|
Retour au sommaire des dossiers
APPORT DE L'HOMEOPATHIE
AUX TRAITEMENTS DES PROBLEMES BUCCO-DENTAIRES DES
PERSONNES AGEES
|
|
Le troisième âge, voire le quatrième, ne posent pas de problèmes qu’aux
caisses de sécurité sociale ou de retraite. C’est un truisme que d’affirmer
que les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses dans les pays
industrialisés, qu’elles le seront sans doute davantage dans quelques
décennies. Il est donc logique que le chirurgien-dentiste, comme le médecin,
soient confrontés chaque année davantage aux problèmes particuliers des
pathologies diverses du vieillard. La gériatrie devient progressivement une
spécialité médicale autonome. La gérodontologie est devenue l’objet
d’un enseignement spécifique dans quelques facultés de chirurgie dentaire.
La bouche et les
dents, comme le reste de l’organisme, subissent à l’évidence les effets du
vieillissement. Selon certains nutritionnistes, la sénescence débute dès la
quarantaine, puis commence une période d’adaptation plus ou moins longue, et
enfin le vieillissement proprement dit commence réellement. Bien entendu,
les variations individuelles s’expriment compte tenu des modes de vie, des
conditions hygiéno-diététiques, des aléas de la vie et peut-être aussi d’un
déterminisme génétique. Mais de plus le vieillissement varie selon les
tissus : dès 20 ans pour la peau, vers 25 ans pour le système nerveux, vers
30 ans pour le squelette.
Aussi est-il fréquent d’être étonné en apprenant l’âge réel d’un patient à
qui on donnait 10 à 15 de moins, ou de plus ! ! ! Dans la plupart des cas,
les modifications physiologiques de la sénescence se développent
insidieusement, lentement, avec parfois des phases d’accélération, liées à
des facteurs défavorables du mode de vie. Selon une heureuse formule de
Charles BERENHOLC : « La vieillesse n’est pas une maladie, mais les
transformations liées à l’âge peuvent faciliter les pathologies ».
Les tissus dentaires
et buccaux ne peuvent éviter les effets du vieillissement, reflets des
atteintes physiologiques générales. Et il ne faut pas oublier les effets
iatrogènes des nombreux médicaments chimiques qui retentissent au niveau de
la cavité buccale, rançon du progrès médical. Il n’est que de rappeler les
conséquences des tranquillisants et autres psychogènes sur la salivation ou
ceux des corticoïdes au long cours sur le métabolisme osseux ou encore ceux
de certains traitements hormonaux.
Les dents et leur sénescence:
La pulpe
est constituée d’odontoblastes, de collagènes, de vaisseaux et de fibres
nerveuses. Tous ces tissus sont fatalement concernés par la sénescence. Il y
a d’abord le ralentissement circulatoire dû soit au rétrécissement du
foramen apical par minéralisation, soit par dégénérescence des parois
vasculaires à l’image des autres vaisseaux de l’organisme. Le collagène a
tendance à augmenter du fait des traumatismes divers subis par le dent au
cours de sa vie. Puis il se sclérose ou se calcifie, d’où le rétrécissement
progressif du volume pulpaire bien connu et qui pose des problèmes
endodontiques.
La dentine
évolue vers une dégénérescence scléreuse par hypercalcification progressive
avec rétrécissement des tubuli puis oblitération. Les conséquences sont soit
la diminutions de la perméabilité dentinaire aux agressions chimiques, soit
le dureté dentinaire qui expose aux risques de fracture. |
|
 |
L’émail se modifie essentiellement par usure physique.
L’abrasion physiologique est facile à constater avec disparition des
cuspides et du modelé occlusal et formation d’une dentine réactionnelle
généralement de couleur brune et d’une dureté variable expliquant la
formation de cupules. De même il est fréquent de constater des résorptions
en « coups de hache » aux collets vestibulaires qui augmentent avec l’âge.
Ces modifications de structure des tissus durs sont rarement douloureuses du
fait de la rétraction pulpaire et de la sclérose de pulpe et de la dentine.
|
|
Le Pr J. LEROUX signale qu’outre les lacunes cunéiformes des faces
occlusales, les faces proximales subissent également une involution : les
points de contact deviennent des surfaces de contact, propices aux
rétentions de débris alimentaires et donc aux caries.
Enfin, et cela est
banal, la coloration des dents varie avec l’âge du fait de la diminution de
la translucidité.
Le parodonte et sa sénescence
En dehors de toute maladie parodontale, le parodonte subit les effets du
temps et reflète les troubles généraux. Tous les tissus parodontaux,
gencive, desmodonte, os alvéolaire et cément subissent une involution
physiologique avec diminution des éléments cellulaires, atrophie et
sclérose. L’atrophie des septa interdentaires est bien connue, elle reste
horizontale et évolue progressivement vers la diminution de la hauteur du
parodonte. Selon les sujets, on peut constater soit une diminution de
l’espace desmodontique, avec calcification du conjonctif, soit au contraire
un élargissement de cet espace. D’une manière générale, l’espace
desmodontique est d’environ 0,20 mm chez l’adolescent, il passe à 0,15 mm
après 50 ans. Le cément subit également des modifications : amincissement à
l’image des décalcifications osseuses ou hypercémentose qui se rencontrent
essentiellement chez l’adulte mûr et chez le vieillard. Ces hypercémentoses
se rencontrent surtout chez ce que les homéopathes appellent les
« brévilignes » ou encore les « carboniques ». L’artériosclérose
physiologique des vaisseaux dentaires et péri-dentaires entraîne une
diminution des réponses immunitaires aux agressions buccales.
La langue et les muscles évoluent:
Avec le
vieillissement, les fibres musculaires s’atrophient et sont remplacées
progressivement par du tissu conjonctif. Il s’en suit une diminution de 20 %
de la force masticatoire vers l’âge de 65 ans. Si l’on ajoute la
fatigabilité due à l’âge, on comprend que le déficit masticatoire peut
devenir important et retentir sur la digestion en général.
Les muscles de la
langue n’échappent pas au vieillissement. De même que les papilles
gustatives en s’atrophiant perturbent la fonction gustative. Chez le
vieillard, on constate plus volontiers des troubles trophiques, des
ulcérations, souvent traumatiques, des leucoplasies, sans parler des
répercussions de troubles généraux comme l’anémie, l’insuffisance rénale
chronique, etc...
Les sensations
gustatives sont rarement perçues d’une manière isolée, elles s’associent aux
sensations tactiles, chimiques et olfactives, tous facteurs souvent
perturbés chez certains vieillards. Les altérations du goût et de l’odorat
participent à la perte de l’appétit du vieillard. Le goût disparaît
progressivement de la pointe de la langue vers sa base, touchant
successivement l’amertume, le salé, les acides, le sucré. De ce fait les
sujets âgés abusent volontiers d’assaisonnements, de sucreries, ce qui est
préjudiciable à plus d’un titre.
L’articulation
temporo-mandibulaire (ou A.T.M.):
|
|
La diminution de la dimension verticale par abrasion dentaire, l’atrophie
des muscles masticateurs, parfois l’ostéoporose entraînent progressivement
de nouvelles conditions anatomiques et fonctionnelles des A.T.M. avec
fréquence d’un syndrome algique à ce niveau. Sans oublier les risques
d’atrophie et de dégénérescence du cartilage et de l’os tels qu’on les
rencontre en rhumatologie générale et qui peuvent se localiser également sur
les A.T.M.
|

|
|
L’os basal et les maxillaires:
L’os basal et celui
des procès alvéolaires, en dehors de toute maladie parodontale, subissent
l’involution osseuse normale avec l’âge. Ce phénomène est d’autant plus
important lorsqu’existe une ostéoporose, que l’on retrouve chez 50% des
personnes âgées, et notamment chez les femmes. Avec l’édentation, on sait
que la résorption du maxillaire supérieur est centripète, alors qu’elle est
centrifuge ou verticale à la mandibule, ce qui pose surtout des problèmes en
prothèse totale. L’angle goniaque lui-même subit des modifications : cet
angle à la naissance est compris entre 160 et 170°, il se ferme à l’âge
adulte (95 à 100°) et s’ouvre à nouveau chez le vieillard édenté (140°).
Une autre conséquence => l’atrophie des
glandes salivaires
L’atrophie des
glandes salivaires est lourde de conséquences. Si l’asialie est
exceptionnelle, la diminution du flux salivaire est beaucoup plus fréquente,
souvent d’ailleurs amplifiée par les conséquences iatrogènes de certains
médicaments pris en abondance par le vieillard. On constate également une
fréquence accrue du syndrome de Gougerot mais il ne touche pas exclusivement
le vieillard.
L’hyposialie n’a pas
pour seule conséquence la baisse du pH salivaire avec les conséquences comme
la carie ou la gingivite par diminution de la réponse immunitaire. Ce qui
n’est pourtant pas négligeable. S’y ajoutent diverses conséquences sur la
digestion. Par exemple, l’amylase salivaire ou ptyaline est en moyenne
diminuée des 2/3 chez le vieillard par rapport au sujet jeune. Or la
ptyaline dégrade l’amidon cuit à environ 40% dans la bouche. Cela ne pose
pas trop de problème car l’amylase pancréatique permet la digestion des
hydrates de carbone, qu’il faudrait de toute façon réduite chez le
vieillard. La fonction digestive commence dans la bouche et il faut se
souvenir que 30% des personnes âgées se plaignent de dyspepsie.
ßßß
Aux facteurs
spécifiques et physiologiques de la sénescence qui menacent
« naturellement » l’intégrité bucco-dentaire et contre lesquels le praticien
ne peut opposer de thérapeutique efficace, il convient d’évoquer les
conséquences bucco-dentaires de certaines pathologies générales, certes non
directement liées au vieillissement, mais qui sont parfois plus fréquentes
chez le vieillard. Dans le cadre du présent cours, il n’est pas question
d’en entreprendre une étude exhaustive, mais deux exemples sont évoqués
ci-dessous.
La pathologie thyroïdienne :
L’hyperthyroïdie
est responsable, sur le plan bucco-dentaire, des troubles suivants :
polycaries, alvéolyse, parodontopathies. Ces dernières sont graves le plus
souvent et la cause extra-buccale rend vains les traitements locaux
conservateurs. Et d’autant plus que s’ajoutent les autres facteurs dus au
vieillissement. Comme cela ne suffisait pas, les hyperthyroïdiens sont
hypersensibles aux anesthésiques locaux contenant de l’adrénaline ou de la
nor-adrénaline, compliquant ainsi les interventions chirurgicales.
L’hypothyroïdie
est responsable entre autres d’une gingivite ulcéro-nécrotique, ainsi que
des caries multiples des collets. Ce n’est sans doute pas par hasard que
l’on trouve cette tendance aux caries des collets dans les remèdes
homéopathiques de l’insuffisance thyroïdienne comme CALCAREA CARBONICA,
THUYA, BARYTA CARBONICA, NATRUM SULFURICUM ou ANTIMONIUM CRUDUM....
L’insuffisance rénale chronique :
Plusieurs signes
buccaux, banals en eux-mêmes, peuvent être dus à une insuffisance rénale
chronique = sécheresse buccale avec sensation de langue « rôtie » ou
« brûlée », dépôts brunâtres et collants, gingivite ulcéreuse ou suppurée,
halitose avec odeur ammoniacale. L’hyperuricémie entraîne une inflammation
chronique des tissus parodontaux. Et il ne faut pas oublier les autres
facteurs dus à l’âge et ceux d’origine iatrogène car il est patent que les
vieillards consomment souvent de très nombreux médicaments chimiques.
Le traitement de
l’insuffisance rénale chronique ne relève certes pas du chirurgien-dentiste,
mais il se doit de connaître cette affection afin de ne pas entreprendre une
intervention chirurgicale vouée à l’échec. Plusieurs médicaments
homéopathiques peuvent répondre à ces problèmes à condition que
l’insuffisance rénale ne soit pas irréversible = MERCURIUS SOLUBILIS,
LYCOPODIUM, PHOSPHORUS, ARSENICUM ALBUM, entre autres. Le plus grand intérêt
est qu’il possible de mettre en évidence l’indication de ces médicaments
bien avant l’irréversibilité des lésions et donc de freiner l’évolution en
les donnant en temps utile.
CONCLUSION
DE CE CHAPITRE
Diverses
modifications physiologiques liées à l’âge et à la vieillesse bouleversent
les données générales et pour ce qui nous concerne les conditions
odonto-stomatologiques. De plus et en dehors de son état général, le
vieillard pose quelques problèmes psychologiques. Il faut se rappeler
qu’après 40 ans, l’organisme perd environ 100.000 neurones par jour ! Certes
ces pertes sont plus ou moins compensées par de nouvelles connexions et de
nouvelles cellules nerveuses. Les prodromes de la sénilité commencent avec
des pertes de mémoire. Nous avons vu le cas anecdotique d’un homme de 85 ans
chez qui nous avons, à sa demande, réalisé une prothèse squelettée. Le jour
de la pose, le patient affirme avec conviction qu’il a réfléchi et qu’il
préfère reporter la réalisation de cette prothèse, ayant oublié sa demande
et les séances préparatoires ! De toute façon, lorsqu’on prend rendez-vous
avec un patient âgé, il faut toujours prévoir du temps pour l’écouter, le
mettre en confiance, lui expliquer ce que l’on doit lui faire, lui répéter
aussi souvent que nécessaire toutes nos propositions.
Il nous arrive
hélas souvent de voir des vieillards ayant négligé leurs dents toute leur
vie. La prothèse, surtout totale, sera une épreuve pour le praticien et bien
entendu pour le patient. Tout praticien redoute la réhabilitation
prothétique complète chez un vieillard ayant trop tardé et présentant des
arcades atrophiées, une bouche sèche, un déficit musculaire et
psychologique ! Il y a aussi le problème des extractions indispensables
chez des sujets fragilisés ou ayant une pathologie en cours, ceux par
exemple qui sont sous anticoagulants.
Bref, avec
l’avancement de l’âge, différents problèmes apparaissent qui compliquent les
traitements bucco-dentaires. S’il n’est pas question, pour l’instant, de
supprimer les conséquences du vieillissement, il est parfois possible
d’éviter celles qui résultent d’un vieillissement prématuré.
Le
chirurgien-dentiste « homéopathe » ne peut que partager les conseils
proposés par J. LEROUX (référence déjà citée) :
·
Conseils d’hygiène alimentaire dont la
réduction des sucreries.
·
Conseils d’hygiène bucco-dentaire = brossages,
élimination des débris retenus dans les espaces interdentaires (fil de soie,
pulsojet +++...).
·
Détartrages soigneux et fréquents.
·
Fonds de cavité pour ménager la pulpe au
pouvoir réactionnel diminué.
·
Etc...
|
|
LE
CHIRURGIEN-DENTISTE « HOMÉOPATHE »
FACE AU VIEILLISSEMENT DE L’APPAREIL BUCCO-DENTAIRE
Nous avons bien conscience de livrer dans les lignes suivantes
les éléments d’une stratégie thérapeutique à visée préventive comportant une
grande part d’utopie ou à effet curatif immédiat le plus souvent limité.
Pourquoi ?
Tout
d’abord, le vieillissement est un fait biologique contre lequel il est
impossible de lutter efficacement. Le temps a raison de tout, y compris des
dents et de leurs tissus de soutien. Mais il y a le vieillissement
précoce contre lequel il est parfois possible d’opposer
une thérapeutique préventive ou curative. C’est là que se situe la part
d’utopie évoquée plus haut. Tout simplement parce que nos patients, dans
l’immense majorité des cas, viennent consulter trop tard, le plus souvent à
une période où s’imposent des avulsions, des solutions chirurgicales
parodontales ou des restaurations prothétiques, que tous n’acceptent pas,
pour diverses raisons, souvent pécuniaires hélas. Il n’est pas question de
leur jeter la pierre car les praticiens sont aussi nombreux à ne pas suivre
eux-mêmes les conseils d’hygiène qu’ils prodiguent.
Pourtant,
l’homéopathie permet de comprendre et de traiter précocement des désordres
bucco-dentaires que l’âge n’arrange jamais. Certes, elle n’est ni la seule
thérapeutique possible, ni une panacée. L’attente de la thérapeutique peut
être déçue pour une raison simple. L’homéopathie est essentiellement une
médecine réactionnelle, le « médicament semblable » du fait de sa
dilution infinitésimale ne peut que susciter une réaction, il n’a pas
d’action coercitive. Or le pouvoir réactionnel du vieillard se trouve
souvent insuffisant par le poids des pathologies antérieures, par
l’irréversibilité de certains lésions, par la sclérose générale, par le
ralentissement métabolique général. Et si très souvent une médication de
substitution s’impose, il existe de nombreuses pathologies pour lesquelles
l’homéopathie se montre encore efficace et surtout, très gros avantage, sans
ajouter à la pollution médicamenteuse. Par exemple, les
béta-bloquants sont souvent indispensables en pathologie
cardio-vasculaire, mais les cardiologues homéopathes constatent que l’apport
de l’homéopathie permet d’en diminuer les doses et d’éviter un certain
nombre d’inconvénients.
La
conception homéopathique du « terrain » et des « modes réactionnels » est
l’une des clés de la stratégie préventive ou curative. Par exemple :
1/
Le psorique encore sthénique du type SULFUR
devrait, plus qu’un autre, surveiller ses émonctoires, parmi lesquels la
gencive joue un rôle avec par exemple le tartre ou les gingivorragies comme
autant de sonnettes d’alarme. N’importe quel homéopathe connaît les
conséquences de l’insuffisance des éliminations pour ce type de patients. A
l’occasion d’un banal détartrage, il est facile de prodiguer des conseils
d’hygiène au sens large, bucco-dentaire et diététiques. Si ces conseils
étaient suivis, on verrait des « vieux » SULFUR ayant encore un état de
santé satisfaisant et un appareil masticatoire en parfait état, en dehors de
quelques outrages du temps. Ce n’est plus le cas lorsque les émonctoires
sont devenus insuffisants ou lorsque des erreurs thérapeutiques ont bloqué
des éliminations. Bien entendu, ces erreurs ne sont pas l’apanage des
vieillards, elles sont souvent commises dès la naissance, mais les
conséquences n’ont pas la même gravité. Ainsi, lorsque la maladie
parodontale, insérée dans son contexte général, peut être considérée comme
une élimination du type psorique, il serait vain d’espérer et d’attendre un
résultat dans le temps d’une correction chirurgicale. Car ou bien la maladie
parodontale récidivera et on accusera une fois de plus l’insuffisance de
l’élimination de la plaque dentaire, bouc émissaire facile, ou bien le
malade subira les conséquences d’une métastase morbide = poussée
d’hypertension artérielle avec risque d’accidents vasculaires cérébraux (AVC),
asthme, eczéma, etc...
SULFUR
couvre une longue période, celle qui concerne la phase des éliminations
centrifuges, suivies d’une amélioration de l’état général. Lorsqu’une
chirurgie parodontale se trouve nécessaire, la prise de SULFUR en dilutions
adaptées permet d’éviter la récidive. Selon le biotype et le mode de vie,
d’autres médicaments se trouvent indiqués : NUX VOMICA ou LYCOPODIUM
notamment, ANTIMONIUM CRUDUM et GRAPHITES de préférence chez le bréviligne,
SEPIA, LACHESIS, puis et plus souvent chez le vieillard = NATRUM CARBONICUM,
KALI CARBONICA, AMMONIUM CARBONICUM, SULFURIC ACID. déjà de mauvais
pronostic ainsi que CARBO VEGETABILIS et enfin PSORINUM.
2/
Le mode sycotique est caractérisé par un
ralentissement des échanges intercellulaires par rétention liquidienne
dans ces espaces, d’où la tendance à l’imbibition hydrique avec sa
modalité caractéristique = l’aggravation par l’humidité et le froid
humide. Viennent ensuite diverses manifestations scléreuses.
Ralentissement des échanges et sclérose sont deux caractéristiques du
vieillissement et c’est à ce titre que Henri BERNARD a intitulé l’un de ses
livres « La sycose ou vieillissement précoce ». De plus le
ralentissement des échanges entraîne des perturbations des réponses
immunitaires aux diverses agressions microbiennes ou virales, ce qui
explique la tendance à la chronicité des pathologies du sycotique. Ainsi,
alors qu’une banale gingivite chez un sujet du type psorique est rapidement
guérie, la même gingivite évolue vers une forme ulcéro-nécrotique qui dure
des semaines, malgré les traitements. Rappelons ici sans les détailler les
facteurs étiologiques de ce mode réactionnel = l’humidité sous toutes ses
formes, le traumatisme crânien, les perturbations du métabolisme de l’eau
dans le sens de la rétention, et surtout les médicaments qui concernent le
système immunitaire dans le sens de sa dépression = antibiotiques mal
adaptés et répétés, corticoïdes au long cours, sérums et vaccins. Enfin,
rappelons que le mode sycotique est très souvent mis en œuvre à la suite de
l’insuffisance du mode psorique. Selon l’heureuse formule de Roger SCHMITT,
« la psore c’est l’élimination manu militari, la sycose c’est la prison »,
comme si le sujet ne pouvant plus éliminer des déchets qui l’encombrent les
emmagasiner dans ses espaces péri ou intercellulaires. Sur le plan
bucco-dentaire, la mise en œuvre du mode sycotique s’annonce d’abord par des
douleurs dentaires au froid humide, puis par la torpidité des inflammations
buccales et gingivales, ensuite par l’apparition de caries des collets
notamment radiculaires dans THUYA, des troubles chroniques comme le lichen,
les leucoplasie, les mycoses etc..., enfin par des tumeurs bénignes souvent
puis cancéreuses. Autour de THUYA, deux autres médicaments dominent = NATRUM
SULFURICUM dans la phase dite « hydrogénoïde » et CAUSTICUM dans la phase
dite « scléreuse ». Sans oublier le biothérapique diathésique = MEDORRHINUM.
Tous ces médicaments peuvent être indiqués à n’importe quel âge selon la
similitude et le stade évolutif. Mais chez le vieillard, le pronostic est
naturellement moins favorable pour les raisons déjà évoquées = ancienneté
des pathologies et pouvoir réactionnel diminué.
3/
Le mode tuberculinique mis en œuvre plus volontiers
par les individus de morphologie longiligne se caractérise par une
accélération du catabolisme cellulaire avec une très grande consommation de
minéraux. Nous avons maintes fois souligné le risque des troubles de la
minéralisation des dents en résultant chez le jeune enfant. Chez le
vieillard, ce sont surtout la déshydratation, la déminéralisation, la
congestion veineuse qui dominent avec une tendance à l’amaigrissement et
surtout à la cachexie. La gingivite hémorragique du sujet jeune laisse place
à de véritables maladies parodontales avec alvéolyse plus ou moins
importante qui exigent ensuite des comblements. Mais chez ce vieillard, le
pronostic est mauvais, fatalement mauvais. Comme le souligne M.
CONAN-MERIADEC : « Pas plus que le sycotique, le tuberculinique ne
s’immunise pas contre les germes et les virus, mais au contraire s’y
sensibilise par une perturbation, sans doute constitutionnelle, de ses
mécanismes immunitaires à médiation cellulaire, comme chez son modèle, le
tuberculeux à l’encontre du bacille de Koch, d’où sa tendance aux infections
à répétition ». Autrement dit, il faut savoir que les gingivites du
vieillard tendent à la récidive et à la chronicité avec évolution
défavorable vers une maladie parodontale destructrice, et d’autant plus que
la fonction hépatique se trouve atteinte, ou encore la fonction rénale. Si
NATRUM MURIATICUM ou PULSATILLA conservent des indications chez le
vieillard, IODUM, KALI PHOSPHORICUM, MURIATIC ACID., SILICEA et PHOSPHORUS
prennent le devant. Rappelons au passage l’intérêt de l’homéopathie dans le
traitement du syndrome de Gougerot ou dans les stomatodynies si fréquentes
chez la personne âgée.
4/
Le mode luétique est caractérisé par des
processus inflammatoires évoluant vers l’ulcération et la nécrose, avec une
prédilection pour les tissus riches en fluor et pour les vaisseaux plus
généralement. Les maladies parodontales peuvent devenir très graves, quel
que soit l’âge d’ailleurs, mais plus particulièrement chez le vieillard. Si
les médicaments fluorés perdent de leur intérêt, les MERCURIUS (Solubilis
et corrosivus surtout), NITRI ACID, ARGENTUM NITRICUM, KALI BICHROMICUM,
AURUM METALLICUM, LACHESIS, LUESINUM se trouvent indiqués quotidiennement
chez les vieillards.
D’une manière
générale, les modes réactionnels traduisent les manières d’adaptation et de
réaction des sujets aux agressions de la vie. Lorsqu’un individu conserve
son pouvoir réactionnel, il met en oeuvre habituellement un seul mode
réactionnel qui suffit à préserver l’équilibre. C’est notamment le cas du
mode psorique, mode physiologique par excellence, ce qui explique sa quasi
universalité. Les autres modes sont déjà plus engagés dans la pathologie et
chez le vieillard, il est fréquent de constater la mise en œuvre simultanée
de deux ou trois modes réactionnels. Ainsi dans la cachexie et surtout dans
la pathologie cancéreuse, qui traduisent la défaite de l’organisme, les
modes réactionnels sont intriqués, le mode psorique apparaît alors comme une
période passée.
LA REPERTORISATION CHEZ LE VIEILLARD
On trouve dans
le Répertoire de Kent, trois rubriques concernant le vieillard. Bien
entendu, il ne faut prendre les listes proposées comme absolues et le
répertoire réunit par ordre alphabétique des médicaments bien différents,
aux indications ponctuelles ou générales qu’il convient d’apprécier en
clinique.
Déchéance
sénile :
Agn.,
Arg-n, Ars, Bar-c, Cann-i,
Con, Fl-ac, Iod, Lyc, Ov, Phos, Thiosin.
Vieillesse prématurée :
Agn,
Alco, Alum, Ambr, Arg-m, Arg-n, Bar-c, Berb,
Bufo, Carb-v, Chin-s, Coca, Con, Cortico, Cupr,
Des-ac, Esp-G, Fl-ac, Kali-c, Kreos, Lyc, Mag-f,
Nux-v, Op, Prot, Psor, Reser, Sars, SEL, Sep, Staph, Stram, Sulf ,
Vip.
Chez le vieillard :
Acet-ac, Acon,
Agar, Agn, All-s, Aloe, Alum, Alumn, Am-c, Am-m,
AMBR, Ammc, Anac, Ant-c, Ant-t, Apis, Arg-n, Arn,
Ars, Ars-s-f, AUR, Bapt, BAR-C, Bar-m,
Bry, Calc, Calc-p, Camph, Cann-i, Caps, Carb-an,
Carb-v, Caust, Cham, China, Chin-s, Cic, COCA, Cocc,
Colch, Con, Crot-h, Cupr, Dig, Fl-ac, Gamb, Gins,
Graph, Hydr, Hyos, Iod, Irid, Iris,
Kali-ar, Kali-bi, KALI-C, Kreos, LACH, LYC, Mag-f, Merc,
Mill, Nat-c, Nat-m, Nat-s, Nit-ac,
Nux-m, Nux-v, OP, Ov, Ph-ac, Phos, Puls,
Rhus-t, Ruta, Sabad, Sanic, Sarco-ac, Sars, SEC, SEL, Seneg,
Sep, Sil, Sulf-ac, Sulf, Sumb, Syph,
Tereb, TEUCR, Thiosin, Thuya, Tub, Verat, Zinc.
|
|
ETUDE DE QUELQUES MEDICAMENTS INDIQUES CHEZ LE VIEILLARD QUELQUES PORTRAITS
|
|
Nous proposons ci-dessous quelques portraits de médicaments homéopathiques
indiqués chez des vieillards mais vus uniquement au cabinet dentaire. Ce
sont donc les problèmes bucco-dentaires qui nous retiennent ici, même s’ils
sont replacés dans leur contexte général. Ceux qui désirent une étude plus
complète de la gérontologie se reporteront à l’excellent ouvrage de notre
ami Jean-Paul BILLOT : « Homéopathie en gériatrie » (Maloine 1992).
Il faut rappeler
que les pathogénésies sont réalisées par des volontaires adultes, jamais par
des enfants. Or, le même médicament peut être utile chez l’enfant, ou chez
l’adolescent, ou chez l’adulte ou enfin chez le vieillard. Mais les
indications peuvent varier = par exemple les remèdes de sclérose en
concernent que les adultes mûrs ou les vieillards. C’est le cas de
PHOSPHORUS qui offre deux aspects bien différents, voire opposés selon qu’il
concerne un adolescent ou un adulte plus ou moins âgé.
|
|
« CALCAREA CARBONICA »
Le carbonate de calcium est l’un des sels de
calcium indispensables au développement osseux. Il est donc logique que son
type sensible soit défini par des caractères morphologiques = le
sujet bréviligne à ossature épaisse, aux tissus mous et lent à tous points
de vue.
|
|
Lorsqu’un papi CALCAREA CARBONICA arrive au cabinet dentaire, nous voyons
d’abord sa morphologie bréviligne, souvent toute en rondeur,
toujours au comportement lent. Dans ses antécédents, on retrouve :
|

|
|
·
La tendance à l’obésité qui est
naturelle, mais dans des circonstances inhabituelles, ce sujet peut maigrir
(type maigre).
·
La notion de lithiase biliaire ou rénale
·
Des alternances entre des
troubles cutanés (eczéma, éruptions diverses avec suppuration et
adénopathies) et des troubles muqueux (ORL = rhino-pharyngites
itératives qui ont été très fréquentes dans l’enfance mais qui ont persisté
moins fréquemment à l’âge adulte - mais par la suite bronchites chroniques
ou asthme rebelle ou emphysème, avec < par le froid humide qui est souvent
la cause déclenchante) ou des troubles digestifs (par surcharge
alimentaire, appétit pour des aliments indigestes, dégoût de la viande,
désirs d’œufs, digestion lente avec fermentations acides, insuffisance
hépatique, intolérance au lait, constipation de plus en plus opiniâtre avec
quelques débâcles diarrhéiques à la suite d’écarts de régime, coliques
hépatiques et surtout néphrétique). Le tout aboutit à ce que l’on appelle
des « troubles nutritionnels » avec modifications des constantes biologiques
(cholestérol, acides gras, triglycérides, urée...) avec tendance scléreuse à
tous les niveaux (arthroses, hypertension artérielle...).
Tous ces
troubles étalés dans le temps traduisent la mise en œuvre du mode
réactionnel psorique. Mais du fait de la tendance constitutionnelle au
ralentissement métabolique, ce sujet est contraint de mettre en œuvre plus
ou moins précocement le mode sycotique qui s’exprime par :
·
Une sensibilité au froid humide qui
induit plusieurs pathologies (ORL +++).
·
Des proliférations cutanées (verrues planes de
la face, verrues plantaires larges, polypes dans le nez, l’utérus, le vagin,
la vessie..., des fibromes, des lipomes, des adénomes dont prostate, etc...)
·
Une atteinte rhumatismale comme la goutte ou
tous rhumatismes aggravés par le froid humide, par les premiers mouvements
et améliorés par le mouvement continué.
·
Une imbibition hydrique qui peut conduire à
NATRUM SULFURICUM ou qui l’annonce lorsque s’accentue la sensibilité et
l’aggravation au froid humide..
Voilà donc le
contexte clinique que l’on retrouve à divers degrés chez un papi CALCAREA
CARBONICA lorsqu’il vient consulter son dentiste. Pourquoi vient-il voir son
dentiste : |
|

(Type équilibré)
|
Il existe très souvent des papis de ce type en bon équilibre de santé.
Ils ont certes la morphologie et la lenteur décrites mais leur mode de vie
les a préservés de troubles graves. Ces sujets ont généralement des dents
courtes et trapues et surtout un os alvéolaire bien minéralisé. On retrouve
chez eux une tendance aux hypercémentoses. On constate souvent des abrasions
physiologiques (tendance au bruxisme) parfois très importantes mais pas ou
peu d’alvéolyse, donc pas de mobilité dentaire. Ils se plaignent parfois de
douleurs dans les dents notamment en buvant de l’eau froide ou à l’air
froid, ou encore aux courants d’air. On peut voir encore ces papis pour des
aphtes buccaux notamment au palais. Ou pour des sensations de brûlure dans
toute la bouche ou au palais ou à la langue (pointe notamment). Ou enfin
pour des dysgueusies très variées, la plus fréquente étant un goût acide.
|
|
Mais il existe aussi des papis CALCAREA CARBONICA ayant de gros problèmes
bucco-dentaires. Ils viennent alors consulter pour l’un ou plusieurs des
motifs suivants :
·
Carie dentaire et notamment aux collets, avec
émiettement des dents.
·
Maladie parodontale avec poches suppurées,
gencive œdématiée, décollement cervical, alvéolyse, gingivorragies
importantes...
·
Sécheresse buccale pire la nuit avec salive
acide. C’est un remède possible du syndrome de Gougerot, d’autant plus qu’il
existe une tendance à l’inflammation avec tendance à la sclérose des glandes
salivaires, dont surtout la parotide.
·
Tendance aux proliférations cellulaires =
épulis, grenouillette, toutes tumeurs bénignes ou même cancéreuses (langue).
Penser aussi au pulpomes (tumeurs bénignes de la pulpe dentaire).
·
Tendance à la perlèche, aux mycoses, aux
éruptions vésiculeuses.
|
|

(Type scléreux)
|
Voilà donc nos
papis CALCAREA CARBONICA. Ils n’ont pas obligatoirement tous les troubles
décrits bien entendu, et on retrouve là la possibilité préventive qui a
souvent été précisée. Lorsque l’on voit un tel sujet en bon équilibre, il
convient de lui prodiguer les conseils d’hygiène au sens large, de lui
donner éventuellement son médicament en prises espacées. Lorsque les
troubles généraux existent, la pathologie bucco-dentaire y est associée et
le pronostic est fatalement moins bon. D'autant plus que CALCAREA CARBONICA
est l’un des remèdes de l’hypothyroïdie. Il faut y penser même si c’est
souvent le médecin qui la dépiste et surtout qui la prend en charge. En cas
de parodontopathie, la chirurgie ne sera entreprise que si l’état général
est restauré.
|
|

|
C’est
ce type de sujets qui présentent le plus volontiers des constructions
cellulaires lors de traumatisme prothétique prolongé, alors que le luétique
fait plutôt des ulcérations et que le tuberculinique réagit par une perte de
substance |
|
En conclusion = CALCAREA CARBONICA chez le vieillard se
trouve indiqué surtout pour des troubles qui expriment le mode réactionnel
sycotique car la sclérose et la lenteur dominent. Le potentiel réactionnel
est alors diminué. Il faut le prescrire longtemps en dilutions plutôt
élevées (15 CH hebdomadaire par exemple pour commencer), sauf en cas de
constipation opiniâtre ou en cas de blocage cutané (7 CH deux à trois par
semaine). Bien entendu, il existe aussi des « Mamies » CALCAREA CARBONICA.
Elles commencent souvent leur décompensation au moment de la ménopause,
période où leur silhouette peut prendre l’aspect caractéristique infiltré,
si elle ne l’était pas déjà car les occasions sont nombreuses (excès
alimentaires, sédentarité, puberté, grossesses, vaccinations...)..
«KALI
CARBONICUM »
C’est l’un des
remèdes d’aggravation de CALCAREA CARBONICA. Cela veut dire que l’on
retrouve le type sensible : papi bréviligne, aux tissus mous et
flasques, obèse et infiltré (la fameuse boule oedémateuse de l’angle interne
des paupières supérieures è
petit signe objectif qui peut précéder l’infiltration générale), teint pâle
sans doute par anémie, vite découragé, anxieux pour tout (notamment pour sa
santé), devenu hypersensible (bruits +++, moindre contact, courants d’air
froid...), irritable, de mauvaise humeur. Asthénique et anémié, il est
devenu encore plus frileux que le remède précédent, en particulier les
courants d’air froid sont devenus des phobies. Malgré la frilosité, il
transpire beaucoup et au moindre effort.
Par rapport au
précédent, KALI CARBONICUM exprime une aggravation de la tendance scléreuse,
notamment cardio-vasculaire (anémie, hypotension, faiblesse du myocarde,
insuffisance cardiaque droite) et articulaire (lombalgies, rachialgies,
arthralgies avec sensation de faiblesse des articulations - douleurs
lancinantes, piquantes, brûlantes, erratiques). Ce qui explique cette
évolution, ce sont = les suites de maladies graves débilitantes et à
convalescence difficile, un surmenage physique et surtout intellectuel
intenses et prolongés, le climat froid et humide mal supporté, des erreurs
diététiques (excès de farineux par exemple).
Parfois, sous
l’effet de ces causes, l’insuffisance hépatique s’aggrave, le sujet peut
maigrir, présente un aspect maladif, frissonne au moindre froid, craint
particulièrement le froid humide. Voyant son état de santé se détériorer, ce
patient devient anxieux, agité, il pleure souvent, prend toute activité en
horreur.
Les troubles
digestifs sont souvent importants : digestion lente notamment des féculents
avec fermentations acides, sécheresse buccale en dehors des repas,
ballonnement intense juste après les repas, même en mangeant peu,
constipation opiniâtre avec des selles dures très volumineuses, douleurs
anales à la défécation, hémorroïdes volumineuses, saignantes, brûlantes,
douloureuses, crises hépatiques douloureuses, etc...
Comme
CALCAREA CARBONICA, ce papi peut avoir des problèmes respiratoires = coryza,
asthme, bronchite chronique ....
Pourquoi ce papi
KALI CARBONICUM vient-il consulter son dentiste ?
Pour des troubles banals
tels que :
·
Aphtes ou ulcérations, ou vésicules brûlantes,
douleurs variées (dents, gencives, langue).
·
Dysgueusies : goût amer, aigre, de sang,
sucré, insipide, putride, vaseux...
·
Mauvaise haleine (vieux fromage) ;
·
Sécheresse buccale : le matin au réveil, sans
soif...
A un stade de
décompensation plus avancé : « tout se gâte » =
·
Gingivite ulcéreuse pouvant aller jusqu’à un
aspect scorbutique.
·
Inflammation, gonflement et ulcérations des
gencives
·
Les gencives se décollent des dents, s’en
séparent.
·
Les dents alors se gâtent et il faut les
arracher de bonne heure
·
Parodontolyse.

En résumé, KALI
CARBONICUM réunit des signes de faiblesse physique et mentale, quelques
manifestations d’excitation (irritabilité, hypersensibilités, douleurs...)
sur fond dépressif, des troubles organiques au niveau des grandes fonctions
(digestive, cardiaque, respiratoire, rénale, endocrinienne...), le tout
aboutissant progressivement à des multi-blocages émonctoriaux
et à de nombreuses scléroses. Comme nous le répétons très souvent,
l’attitude du praticien dépend du moment de la consultation. Si le patient
vient consulter au stade des troubles banals, il n’est pas facile de mettre
en évidence l’indication de ce médicament car les signes les plus
caractéristiques sont discrets. Si le patient arrive au stade de la maladie
parodontale établie et difficilement réversible, il ne faut pas attendre des
miracles. Après quelques extractions parfois indispensables pour les dents
les plus atteintes, puis suppression de toutes causes locales d'irritation,
le traitement de fond doit être entrepris, le plus souvent avec la
collaboration du médecin traitant. Lorsque l’état général s’est amélioré, on
pourra alors entreprendre le traitement chirurgical s’il est nécessaire.
c’est à ce prix que l’on évitera les récidives, du moins dans une certaine
mesure.
En fait, KALI
CARBONICUM n’est pas un remède de fond aussi important que CALCAREA
CARBONICA ou d’autres. Il est seulement un médicament satellite qui marque
une étape dans la décompensation d’un sujet soit ancien SULFUR, soit ancien
CALCAREA CARBONICA. En tout cas, ce sujet abandonne le mode psorique parce
que ses éliminations sont devenues insuffisantes, il a mis en œuvre le mode
sycotique, comme CALCAREA CARBONICA. Il peut être comparé à GRAPHITES, il
annonce LYCOPODIUM lorsque ou quand les fonctions hépatiques et rénales vont
être atteintes ou NATRUM SULFURICUM quand l’imbibition hydrique va
s’aggraver. Autrement dit, KALI CARB. marque une étape, il faudra reprendre
l’observation du patient et lui donner un nouveau médicament qui s’imposera
par la symptomatologie.
Ñ
|
|
BARYTA CARBONICA
|
|
Le carbonate de baryum offre une nouvelle occasion de répéter ce
que nous disons inlassablement à la suite de Roland ZISSU. A savoir =
certains médicaments comme GRAPHITES, NATRUM SULFURICUM ou BARYTA CARBONICA,
et bien d ‘autres, développent leur action lentement, progressivement, ils
laissent donc le temps de prévenir les troubles annoncés dans la Matière
médicale à deux conditions = voir le patient en temps utile et dans ce cas
« ne pas rater » l’indication de ces médicaments qui ne s’expriment
précocement que par des signes discrets. Mais les cadres réactionnels
diathésiques constituent alors des guides précieux.
|

|
|
Le
carbonate de baryum a une action sur la croissance et sur la nutrition
générale et se trouve indiqué soit chez l’enfant « retardé » pour tout,
ayant des hypertrophies ganglionnaires (amygdales notamment), soit chez le
vieillard polyscléreux. Cette action est diphasique : il y a d’abord un
stade de pléthore avec engorgement et pré-sclérose déterminant une
hypertrophie tissulaire puis une congestion artérielle, ensuite un second
stade où la sclérose se confirme avec déshydratation, induration tissulaire
et sclérose artérielle. Certains reconnaîtront là le mécanisme
physiopathologique du mode luétique. En fait les choses sont plus
compliquées car BARYTA CARBONICA est l’un des remèdes polydiathésiques :
C’est essentiellement le mode sycotique qui domine chez le vieillard qui est
prématurément vieilli. Tout l’intérêt est justement d’éviter au patient le
stade ultime des lésions. Dans ce dernier cas, nous verrons au cabinet
dentaire un vieillard débilité = sa mémoire est très faible, il ne trouve
pas les mots, hésite, il est lent pour tout. Ce tableau peut aller jusqu’au
gâtisme, on dit souvent de lui qu’il est retombé en enfance ! C’est un sujet
hypertendu par artériosclérose, il n’est pas rare qu’il ait eu déjà quelques
accidents vasculaires. Il se plaint de vertiges, de céphalées congestives.
Il est faible, dur d’oreille, tremblant, il tousse fréquemment jusqu’à
s’étouffer par des spasmes. Il est bien sûr très constipé (selles difficiles
et noueuses avec inertie rectale).
Au cabinet dentaire :
·
Hypertrophie, induration, douleurs des glandes
salivaires, sous-maxillaires et parotides, avec grande sécheresse buccale
pire le matin, avec soif et cependant hypersalivation pendant le sommeil, la
nuit. Remède possible du syndrome de Gougerot.
·
Parodontopathies : gencive enflée, rétractée,
saignant, abcès récidivants avec ou sans fistules d’origine dentaire,
mobilité dentaire, aphtes, mucosités dans la bouche.
·
Indurations dans la joue ou de la langue.
·
Faiblesse et paralysie de langue chez les
personnes âgées, rendant la phonation difficile, morsures de la langue
pendant la mastication, notamment en cas de prothèses.
·
Nombreuses douleurs dentaires.
·
Nombreuses dysgueusies.
D. DEMARQUE
conseille pour prévenir la sénescence = 9 CH chaque matin pendant 20 jours
par mois en alternance avec ARSENICUM IODATUM 9 CH chaque soir dès la
soixantaine.
« AMMONIUM CARBONICUM »
Le carbonate
d’ammonium constitue, du point de vue diathésique, une étape de
décompensation grave sur le plan général par conséquent sur le plan
bucco-dentaire. D’abord sur le plan général, ce médicament s’adresse à un
sujet asthénique, épuisé par une anémie, ou par des hémorragies, par des
intoxications (par l’oxyde de carbone par exemple), très frileux, aggravé
par le froid surtout humide. Il annonce déjà PSORINUM par son manque de
réactions aux médicaments homéopathiques d’action ponctuelle pourtant bien
indiqués. Il s’agit plus souvent d’une femme grasse, épaisse, lourde,
bedonnante, d’aspect malsain, indolente. Cette femme déprimée se néglige
(horreur des lavages), elle a des crises fréquentes de défaillance (lipothymie
à la moindre occasion et notamment au cabinet dentaire). Les
éruptions « sortent » mal, les sécrétions sont irritantes, corrosives,
excoriantes, les inflammations muqueuses évoluent vers l’ulcération avec
hémorragies de sang noir, coagulant mal et vers la gangrène.
C’est un remède
important d’insuffisance rénale, d’asthme, de troubles cardio-respiratoires
(dyspnée pire à 3h du matin et à l’effort - faiblesse cardiaque,
accélération du pouls, palpitations, hémorragies foncées et fluides).
L’atteinte rénale s’exprime par une insuffisance avec uricémie, urémie,
évolution vers une néphrite scléreuse.
Dans ce
contexte, LATHOUD annonce « Un gonflement inflammatoire des gencives,
gencives scorbutiques, les gencives s’écartent des dents qui se déchaussent
et la muqueuse saigne facilement. La bouche est sèche, avec une grande
sensibilité des dents, surtout en les serrant. On a alors l’impression
qu’elles sont trop longues, ou bien cela provoque un ébranlement douloureux
à travers la tête...Les dents font très mal à chaque changement de temps ou
de modification de la température intra-buccale... ».
C’est donc le
tableau d’une maladie parodontale évoluée et évolutive, de pronostic
d’autant plus sévère que la fonction rénale est atteinte. Il est rare que ce
soit le dentiste qui dépiste cette dernière à partir des signes buccaux =
bouche sèche et déshydratée, sensation que la langue est « rôtie », dépôts
brunâtres et collants, gingivite ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique, poches
suppurées, halitose d’odeur ammoniacale, parotidite... Si ce diagnostic
n’était pas encore posé, le rôle d’orientation du dentiste doit s’exprimer.
Mais le plus souvent, cette Mamie vient consulter trop tard, la chirurgie
parodontale serait vaine sans amélioration de l’état général. En tous cas,
la prothèse est sans doute la meilleure solution.
« AURUM METALLICUM »
L’or était déjà
utilisé dans l’Antiquité, notamment par Dioscoride (36 avant J.C.) ou par
Avicenne (XI° siècle), pour le traitement de la mélancolie, contre la
mauvaise haleine, contre la chute des cheveux, les cardialgies, etc... Même
si son utilisation dans les reconstitutions dentaires remontent déjà à
plusieurs siècles, l’or n’en est pas moins un métal étranger à l’organisme
et par conséquent, son action ne peut être que toxique, en deux phases. La
première s’exprime par des congestions, des spasmes, des hypertrophies, la
seconde par des défaillances organiques avec des scléroses multiples sur un
fond dépressif dominant.
MAIS, et c’est
pour nous un leitmotiv, l’action de l’or est LENTE et les troubles
chroniques le plus souvent. D’où la possibilité d’une prévention si les
circonstances conduisent le papi Aurum a une consultation
suffisamment précoce.
D’abord que
disent les Matières médicales à propos de la bouche et des dents de AURUM
METALLICUM ?
·
Haleine fétide comme du « vieux fromage »,
goût putride.
·
Douleurs dentaires au moindre froid, douleurs
rongeantes ou de contusion lors de la mastication. Carie dentaire, aux
collets.
·
Douleurs perforantes du palais, ostéite du
palais, ulcérations du palais (syphilis).
·
Gingivite ulcéreuse, sialorrhée, suppuration
alvéolaire, tendance à la nécrose osseuse, mobilité dentaire...
·
Hypertrophie et ulcération des amygdales,
adénopathies satellites...
·
Brûlure dans toute la bouche - Lichen
buccal...
·
Aphtes, notamment au niveau de la langue....
AURUM peut donc être un remède de
gingivite ou surtout de parodontopathie grave, suppurant beaucoup et donc
d’un pronostic plutôt défavorable si l’on désire conserver le maximum de
dents. La chirurgie doit être particulièrement réfléchie car le contexte
général n’est pas favorable.
Le papi AURUM a habituellement des problèmes cardio-vasculaires, il est
souvent déprimé, il souffre de rhumatismes et ne parlons pas ici des
problèmes sexuels. C’est encore un ancien alcoolique ou même un alcoolique
qui n’a pas encore pris sa retraite !
Le « moins » qu’il
puisse avoir est simplement une atteinte rhumatismale = douleurs
articulaires chroniques, souvent erratiques avec congestion locale,
dilatation veineuse, douleurs aggravées par le froid (et donc en hiver), au
toucher et la nuit, améliorées par la chaleur (et en été).
Le plus fréquent est
l’atteinte cardio-vasculaire = hypertension chez un papi congestionné et
pléthorique. Il a des bouffées de chaleur, des palpitations violentes qui
peuvent inquiéter le dentiste, des battements visibles des carotides ou des
temporales, le tout accompagné d’anxiété. Il existe aussi une « Mamie
Aurum » qui présente le même tableau d’hypertension qui est apparu
progressivement après la ménopause et qui évoque LACHESIS.
Dans la phase d’excitation, on peut voir un papi agité, précipité,
autoritaire, coléreux, hypersensible (à la contradiction, à la douleur, au
bruit, au froid....). Il a souvent des penchants pour l’alcool que pourtant
il ne supporte pas bien : ballonnement de l’estomac, brûlures gastriques,
éructations et régurgitations. Ce qui le met en colère !
Et puis il y a le
contexte dépressif si souvent décrit : VOISIN le décrit comme « un
mélancolique introverti dégoûté de la vie ». Ce grand-père (ou cette
grand-mère) est triste, « voit tout en noir », n’a plus confiance en lui,
hésite pour tout, a des scrupules pour des riens, craint l’avenir. Il se
renferme sur lui-même dans une introspection constante avec désir de
solitude, pleurs sur ses fautes (lesquelles ? il n’en sait pas plus que
LACHESIS !). Le dégoût de la vie apparaît avec des idées obsédantes
d’autolyse compensées par une crainte de la mort. Mais cette inhibition du
passage à l’acte suicidaire peut être parfois levée et il est classique de
conseiller la surveillance de tels patients.
AURUM s’intègre le plus souvent dans la liste des médicaments du mode
luétique (ne pas oublier que les sels d’or ont été utilisés dans le
traitement de la syphilis). Ce mode réactionnel est très souvent sollicité
chez un ancien SULFUR qui a succombé à l’intoxication alcoolique. Son action
lente impose un traitement prolongé.
« CAUSTICUM »
Voilà un papi qui semble bien triste. Certes le cabinet
dentaire, pour le patient, n’est pas forcément un lieu de plaisir ! Mais ce
papi que l’on connaît pour l’avoir suivi depuis longtemps a perdu son
épouse il y a quelques mois et de plus relève d’une maladie grave (troubles
respiratoires).
Ce vieillard
grand et sec, à la démarche enraidie, est particulièrement pâle. Il marche
avec peine, il souffre de rhumatismes depuis des années et certaines de ses
articulations semblent paralysées. Il éprouve d’ailleurs une même paralysie
au niveau de la langue ce qui explique sa parole déformée, hésitante et les
morsures de sa langue lorsqu’il mange ou parle.
Ce qui frappe
d’emblée, c’est d’abord sa grande faiblesse qui se voit dans le comportement
hésitant et sa tristesse : il semble désespéré, il est larmoyant, son regard
traduit une anxiété comme si un malheur allait arriver. Mais en même temps
il est irritable, d’abord contre lui et ses maladresses.
Pourquoi consulte-t-il son dentiste ?
Les signes
bucco-dentaires représentent près de 4 pages dans le Répertoire de Kent. On
ne prescrira jamais sur ces seuls signes locaux et c’est la raison pour
laquelle le contexte général est décrit plus loin, comme d’ailleurs pour
tous les médicaments d’action profonde.
·
Gingivite ulcéreuse avec des gingivorragies
faciles, douleur de plaie ou de meurtrissure, ou brûlante comme par de la
chaux vive. Plusieurs poches suppurées, déjà traitées mais récidivant
souvent. Abcès et fistules.
·
Douleurs dans toute la bouche et au niveau de
la langue : surtout brûlantes, mais aussi sensation d’écorchure, de
rongement, de piqûres...
·
Il y a toujours une douleur dentaire chez ce
pauvre homme : en aspirant de l’air froid, après une boisson, au toucher,
douleur déchirante, piquante, brûlante, cuisante, etc...
·
Dents : cariées, abcès d’origine dentaire,
grincement des dents en dormant, maladie parodontale, sensations : dents
longues, dents « molles », trop grosses, qu’on arrache ses dents... Les
douleurs dentaires irradient un peu partout.
·
Vésicules brûlantes et douloureuses dans toute
la bouche et particulièrement au niveau de la langue.
·
Cancer lingual.
·
Dysgueusies : acide, amer, gras comme par de
l’huile, insipide, putride, irritation des papilles et haleine
nauséabonde...
·
Troubles de l’élocution avec morsures de la
langue ou de la joue dus à la paralysie ou aux parésies de la langue.
Sécheresse linguale.

En dehors de la
pathologie dentaire lésionnelle, CAUSTICUM peut être un remède de
stomatodynies ou de glossodynies.
Plusieurs de ces
troubles bucco-dentaires peuvent s’inscrire dans un contexte digestif :
sécheresse de la langue et de la bouche, douleurs crampoïdes et surtout
brûlantes au niveau de l’épigastre et de l’estomac, nausées aggravées en
mangeant de la viande, vomissements acides, éructations ayant le goût des
aliments, beaucoup de gaz fétides, constipation habituelle avec besoins
fréquents et inefficaces, selles dures, d’aspect graisseux, demandant
beaucoup d’efforts (les selles passent mieux en position debout ! ! !),
hémorroïdes gonflées, dures, prurigineuses, brûlantes (sensation de plaie à
vif).
Des rhumatismes sont toujours là :
Il s’agit de
toutes sortes de rhumatismes et leurs caractéristiques proviennent des
modalités : aggravation par temps clair et beau, par le vent froid et sec,
au grand air, la nuit (entre 3 et 4h), amélioration par le temps humide
et pluvieux. En même temps, le patient a la sensation que ses tendons
sont trop courts et l’ensemble s’accompagne d’une grande faiblesse générale,
de contractures tendineuses et musculaires, de raideur et de parésies
locales ou générales.
Et puis il y a des paralysies. D’abord celle spectaculaire qui est la
paralysie faciale par suite de froid sec, qui correspond à la névralgie
faciale dans les mêmes circonstances. Il y a ensuite des parésies ou des
paralysies comme la ptôse de la paupière supérieure, l’incontinence d’urines
en toussant, en éternuant par faiblesse parétique de la vessie ou au
contraire la rétention d’urines avec des besoins fréquents et inefficaces,
toujours pour la même cause. Ou encore la paralysie des cordes vocales, ou
la constipation par parésie de l’intestin, ou enfin la paralysie du nerf
optique avec des troubles de la vision. Il s’agit le plus fréquemment de
paralysies progressives dans leur apparition, elles peuvent se produire
n’importe où.
Il y a bien entendu d’autres troubles que ceux décrits succinctement
ci-dessus. Comme l’écrit R. ZISSU, CAUSTICUM est un remède fréquent chez un
vieillard paralytique (paralysies d’origine cérébrale ou paraplégies
d’origine médullaire) et impotent, bronchitique chronique, incontinent avec
une hypertrophie de la prostate, et surtout artérioscléreux (vertiges,
cardio-vasculaire, vertiges, cataracte...). Inutile de dire combien la
chirurgie parodontale ne sera envisagée qu’avec beaucoup de réserve.
« THUYA »
On la reconnaît
dès qu’elle entre dans le cabinet dentaire = classiquement le « type
sensible » est défini par les signes suivants : aspect gras et luisant de la
peau du visage et notamment les ailes du nez et l’espace inter-sourcillier
(peau épaisse, irritée, pores dilatés), varicosités sur les ailes du nez,
aux pommettes, raréfaction des poils des sourcils (queue), veines
distendues notamment sur le dos des mains, hanches imbibées (cellulite).
Cela c’est ce que l’on voit ou plutôt que l’on devrait voir si Mamie Thuya
ne mettait pas et n’abusait pas de poudre de riz ! C’est que cette vielle
dame est restée coquette ! Ensuite, on peut affiner ce type sensible. Il
existe souvent des varices sous la langue. Il existe également une tendance
aux formations cellulaires dont certaines peuvent être apparentes sans faire
dévêtir = verrues molles, pédiculées, en chou-fleur, humides, saignant
facilement, molluscum pendullum, le tout fréquemment à la face et au menton,
polypes des narines, et il y en a que l’on ne peut apercevoir d’emblée =
polypes, condylomes, végétations, kystes (ovaire gauche notamment), fibromes
localisés notamment dans les régions anale et génitale, ou ailleurs. On peut
constater des ongles mous, cassants striés longitudinalement.
On peut voir
cette Mamie au cabinet dentaire pour diverses raisons :
n
Souvent pour des stomatodynies ou des
glossodynies : sensations de brûlure dans la bouche et plus
particulièrement au niveau de la pointe de la langue. Le contexte psychogène
est apporté fréquemment par la disparition du conjoint surtout par maladie
grave. Le tout aboutit à une véritable cancérophobie obsessionnelle. C’est
qu’il y a dans THUYA une tendance à la dépression et aux idées fixes
obsessionnelles, avec anxiété, sensibilité et impressionnabilité, tendance
aux pleurs.
n
Souvent également pour des caries = caries des
faces distales des molaires et prémolaires, légèrement sous le collet ou
caries des collets radiculaires, ce qui implique une dénudation des collets,
fréquente chez la personne âgée.
n
Ou encore pour une véritable maladie
parodontale, bien qu’habituellement celle-ci soit plus dégénérative
qu’inflammatoire = enflure de la gencive, gingivorragies, douleurs
brûlantes...
n
Ou pour des douleurs dentaires ou faciales :
brûlantes, coupantes, piquantes, avec les modalités typiquement sycotiques
è influence de l’humidité
et du froid humide qui déclenchent ou aggravent ces douleurs. Signalons pour
THUYA les douleurs dentaires, plus volontiers du côté gauche, après avoir bu
du thé ou chez des buveurs de thé (à condition bien entendu de retrouver les
autres signes du remède).
n
Plus rarement mais pas exceptionnellement, les
sujets THUYA peuvent consulter pour une épulis, ou une grenouillette photo
ci-dessous) ou encore pour une néoformation maligne, dont l’épithélioma de
la langue.

THUYA est le
principal remède de fond des troubles du mode sycotique. On retrouve donc
dans les antécédents ou dans les circonstances étiologiques des troubles dus
au dysfonctionnement immunitaire, tenaces, rebelles aux traitements,
récidivants, faisant suite à des injections de protéines étrangères
(vaccinations, sérothérapies), ou à des chimiothérapies itératives (antibiotiques
donnés pour diverses infections, notamment O.R.L. et génito-urinaires -
corticoïdes prescrits par exemple pour des rhumatismes chroniques -
contraceptifs, neuroleptiques, diurétiques...). La susceptibilité
au froid humide, la tendance aux productions tumorales de toutes natures, la
tendance à l’imbibition hydrique, aux infections répétées et tenaces dont
les mycoses, la chronicité, la progressivité des troubles, la tendance
dépressive secondaire confinant aux idées fixes, tout cela définit THUYA et
la Mamie Thuya en offre un exemple , même lorsqu’elle se rend au
cabinet dentaire.
« MEDORRHINUM »
Dans un excellent ouvrage, le Dr E.F. LEFORT dresse un portrait
peu ragoûtant d’une femme prostituée qu’il appelle Medorrhina. Certes
ce portrait décrit une femme encore jeune mais il est facile d’imaginer ce
que le temps et la sénescence peuvent ajouter à cette description. Voici
quelques extraits de cette savoureuse description :
« Sous la poudre et le maquillage... on devine le teint réel de l’héroïne
de Medorrhinum. Les traits dont le contour n’est plus qu’un rappel lointain
du minois de l’arpette de 16 ans, sont oubliés sous cette peau qui a perdu
toute apparence de fraîcheur et de santé. Le teint est jaune, non pas tavelé
de taches régulières comme Sepia, mais d’un ton flétri, cireux,
tirant sur le verdâtre, presque uniforme, plus marqué autour des yeux et à
la lisière des cheveux, ces cheveux qui brunissent trop vite, ce qui
désespère les blondes (les hommes eux, deviennent rapidement chauves, c’est
encore plus grave). Les yeux sont gâtés par une blépharite chronique : le
rimmel ne suffit pas à masquer le bord croûteux et suintant des paupières,
et le larmoiement est là fréquemment pour rappeler « les larmes de Priape »,
qui ont valu à la malheureuse sa contamination première, sans compter celles
qu’elle a fait verser à tant d’autres, souvenirs inoubliables des contacts
impurs et désordonnés. La bouche ne cède en rien aux paupières : croûtes,
herpès labial, voilà qui n’attire guère le baiser. Elle l’attirerait encore
moins si l’amant ingénu savait ce qu’il y a derrière : des dents jaunâtres,
cassantes et cariées, une langue chargée, épaisse surtout le matin
(tristesse des réveils blafards après les nuits mal employées), blanche à la
base, rouge par ailleurs, des aphtes un peu partout, un pharynx encombré de
mucosités grisâtres et sanguinolentes.... ».
Ce
portrait ne doit pas laisser croire que tous nos patients susceptibles de
recevoir MEDORRHINUM se livrent à la prostitution ou s’y sont livrés dans
leur jeunesse !
Notre
Mamie Medorrhinum est agitée, impatiente, précipitée et fait tout
avec hâte (alors qu’elle a le sentiment que le temps passe lentement). Elle
tend à remuer sans cesse (notamment les membres inférieurs, ce qui fait
penser à Zincum metallicum. Et surtout elle est très souvent
déprimée, irritable pour la moindre chose, sursaute au moindre bruit, se
plaint d’une grande faiblesse de la mémoire (surtout pour les faits récents
et pour les noms propres). Tous ses troubles sont aggravés lorsqu’elle y
pense en particulier les douleurs, comme Oxalyc acid.) et elle a tendance à
pleurer en parlant de ses troubles ! Elle a tendance à la lipothymie avec
besoin d’être éventée. Dans les livres surtout un peu anciens, on décrit
MEDORRHINUM comme un ancien blennorragique qui paye plus ou moins
tardivement les conséquences de cette maladie vénérienne par des
rhumatismes, des névralgies ou des troubles cutanés, etc... En fait, il n’y
a pas de systématisation, la blennorragie n’est pas fréquente dans les
antécédents. Mais MEDORRHINUM est le biothérapique du mode réactionnel
sycotique. On retrouve donc dans la matière médicale de ce médicament tous
les signes et symptômes de ce mode réactionnel. Notamment la tendance aux
infections des muqueuses avec les caractéristiques habituelles : chronicité,
torpidité, récidive = infections génitales (dont les mycoses, les
chlamydiases...), infections O.R.L. et bronchiques (asthme en particulier >
au bord de la mer), le tout accompagné de sécrétions et d’excrétions
profuses, irritantes, prurigineuses et de mauvaise odeur.
Inutile de
rappeler que nos papis et mamies Medorrhinum sont perclus de rhumatismes.
Ils viennent consulter le dentiste pour les troubles suivants, banals par
eux-mêmes mais que le contexte général valorise :
·
Aphtes dans toute la bouche ou sur la langue
(qui est saburrale).
·
Maladie parodontale : gencive pâle, rétractée,
ulcérée, suppurante...
·
Caries dentaires avec émiettement, bords
friables, dents sensibles à la mastication...
·
Haleine fétide, hypersalivation pire la nuit
avec une salive filandreuse, goût métallique (cuivre).
·
Ulcérations et vésicules au niveau de la
langue.
·
Herpès labial.
·
Mycose buccale.
Comme on le
voit, ces signes bucco-dentaires sont en eux-mêmes peu significatifs mais le
mode sycotique s’exprime par la ténacité, la chronicité, la récidive des
troubles et cela s’explique sans doute par une perturbation des réponses
immunitaires locales et :ou générales. Rappelons en passant que MEDORRHINUM
peut être un remède de la polyarthrite rhumatoïde, maladie auto-immune. On
peut lire à ce propos une observation clinique de G. NOWACZYK dans laquelle
MEDORRHINUM a été mis en évidence entre autres signes par une désir
inhabituelle d’oranges (importance des signes curieux, inhabituels,
singuliers déjà signalée par HAHNEMANN dans son Organon)!
On retrouve
fréquemment chez le vieillard une polypharmacie chimique comme les
vaccinations répétées, l’antibiothérapie, les anti-inflammatoires dont les
corticoïdes au long cours, tous médicaments qui favorisent ou accentuent le
mode sycotique. Le ralentissement des échanges et la rétention d’eau dans
les espaces péri-cellulaires perturbent la mobilisation des éléments
cellulaires de la réponse immunitaire. C’est le même mécanisme que l’on
retrouve dans NATRUM SULFURICUM et THUYA, entre autres. Mais, et c’est
notable, MEDORRHINUM est beaucoup moins sensible à l’humidité que les autres
remèdes cités.
Comme pour les
autres biothérapiques diathésiques, on donne MEDORRHINUM en moyennes ou
hautes dilutions lorsque la similitude l’impose. Mais on peut l’ajouter à
une prescription lorsque le mode sycotique l’impose à l’évidence, en 30 CH
une fois par mois par exemple, notamment lorsque dominent les troubles
scléreux et lorsque la déshydratation commence à faire suite à l’imbibition
de NATRUM SULFURICUM ou de THUYA.
« PSORINUM »
Avec ce Papi,
prévoir du temps. Il doit enlever son pardessus, sa veste, ses pull-overs,
sans oublier le cache-nez. Quoi ? Vous dites qu’on est en été ? Et alors. Ce
Papi a toujours froid . Et puis penser au médecin lorsqu’il doit faire
déshabiller complètement ! Et lorsqu’il est « enfin » prêt pour l’examen
dentaire, on remarque son aspect souffreteux, sa silhouette maigre, son
teint pâle, la peau grasse sur le front, sa perlèche, sa blépharite, ses
cheveux secs et cassants (ou très gras). On dit dans les livres que ce Papi
a un aspect sale et sent mauvais. C’est sans doute exagéré, du moins en
patientèle de ville.
Ce papi est
asthénique et cela se voit. Il est anxieux et cela se voit aussi. Comme
ARSENICUM ALBUM, il se croit incurable, quel que soit le trouble dont il
souffre, d’ailleurs il faudrait dire « les troubles », car il en a
plusieurs.
PSORINUM, nul
l’ignore, est le biothérapique du mode psorique lorsque celui-ci est parvenu
au terme de son cheminement. Ce qui explique l’état général de ce patient, à
l’opposé du SULFUR sthénique. Tous ses émonctoires ne fonctionnent pas ou le
font très mal, d’où l’anergie qui en résulte et qui se manifeste
par :
n
Un manque de réactions aussi bien aux
agressions banales de la vie, comme le froid qu’aux médicaments
homéopathiques bien indiqués, au point que le praticien doute de sa
prescription et le malade de l’homéopathie, voire de la médecine tout court,
d’où son anxiété et sa certitude de l’incurabilité des ses troubles.
n
Les alternances morbides et le côté violent
des éliminations n’ont plus rien à voir avec SULFUR. Chez ce papi, tout est
avec les 7 bémols à la clé, c’est-à-dire moins spectaculaires sur le plan
clinique mais plus tenace et rebelle. La périodicité est ici annuelle =
troubles accentués en hiver. Curieusement, ce parient toujours patraque se
sent anormalement bien la veille d’une nouvelle maladie.
n
Il a aussi chez ce pauvre Papi de nombreux
problèmes respiratoires allant d’un coryza banal par temps froid, à un vrai
rhume des foins et surtout à une bronchite ou à un asthme tenace,
accompagnés d’une toux hivernale avec expectoration de mucus jaune verdâtre
de goût salé.
n
Ce Papi souffre fréquemment d’une migraine, ou
d’une céphalée occipitale ou frontale, notamment lorsque tarde l’heure du
repas. Cette migraine s’accompagne d’une sensation de fringale et se trouve
améliorée en mangeant. Il est plutôt constipé avec inertie rectale qui
explique les difficultés de défécation et sur ce fond quelques diarrhées
impérieuses et brusques, parfois involontaires.
n
La peau est malsaine avec des éruptions
revenant sans cesse, très prurigineuses, surtout à la chaleur du lit et
après lavage, souvent sèches et écailleuses ou suintantes avec un écoulement
aqueux, fétide et excoriant, souvent aux oreilles, aux plis de flexion, au
cuir chevelu, entre les doigts. Mycoses cutanées et unguéales très tenaces.
Très souvent la peau est rouge autour des paupières avec blépharite
chronique, paupières agglutinées facilement, larmoiement, photophobie
intense (attention au Scialytique), ophtalmie chronique.
n
C’est un Papi maigre ou plutôt amaigri, malgré
un appétit vorace = il se lève la nuit pour manger, il est mieux après avoir
mangé. Il est particulièrement frileux, comme cela a déjà été dit = il
craint le froid, l’hiver, les changements de temps (vers le froid), l’orage.
Il est mieux en été, il recherche la chaleur mais la chaleur du lit réveille
un prurit cutané intolérable ! Sa frilosité extrême ne signifie pas que la
canicule lui convienne.
Voilà esquissé à grandes lignes le contexte général de ce Papi.
Pourquoi vient-il voir son dentiste ?
·
Au mieux, c’est-à-dire pour des troubles de
gravité moyenne : sécheresse buccale, aphtes, sensation de brûlure,
gingivorragies, mucosités tenaces, dysgueusies (goût amer, graisseux,
d’oeufs pourris, métallique, insipide, perdu, sucré). Perlèche, mycose.
Douleurs dentaires, la nuit. Le problème est celui de la cause de ces
troubles, souvent d’origine iatrogène du fait des nombreux médicaments
chimiques que prend ce Papi.
·
Plus grave : une maladie parodontale plus ou
moins avancée, le plus souvent évolutive et au-delà le plus souvent d’une
solution conservatrice.
Ce Papi qui
« dans la galerie abondamment garnie des portraits homéopathiques, occupe
une place peu enviable sans doute, mais de choix », « Ce parent triste et
misérable de Sulfur », « Un pauvre être qui va accablé, fatigué, qui marche
voûté, l’air maladif, peu agréable à voir et peu appétissant à approcher »,
comme l’écrit LEFORT, ce Papi donc doit être rassuré. Certes, il ne faut pas
lui promettre des miracles hors de portée du bistouri mais lui annoncer avec
psychologie les solutions adaptées à son état. Et surtout, il faut prescrire
ce médicament assez longtemps en l’accompagnant de satellites choisis sur
les signes locaux.
Ne pas oublier
non plus de le donner en hautes dilutions espacées lorsqu’un sujet a des
difficultés avec son mode psorique.
EN CONCLUSION
La pathologie du troisième âge, voire du quatrième, devient progressivement
la pathologie du quotidien au cabinet dentaire comme chez le médecin. La
vieillesse n’est certes pas une maladie, mais elle accumule de nombreux
troubles chez le même vieillard. La pathologie bucco-dentaire n’échappe pas
à ce fait. Et le dentiste doit s’y préparer. Il se passe toujours quelque
chose dans la bouche du vieillard et les incidents mineurs peuvent devenir
obsessionnels chez certains patients âgés. L’homéopathie offre l’avantage de
ne pas ajouter à la pollution médicamenteuse. La iatrogénie du vieillard
tend à devenir envahissante. Il faut le savoir et l’expliquer en mots
choisis à ces patients souvent impatients !
|
Retour au sommaire des dossiers
|