Les
chirurgiens-dentistes homéopathes reconnaissent en lisant les lignes
précédents le mode réactionnel sycotique avec son ralentissement
métabolique, la rétention hydrique, la diminution des réactions immunitaires
qui explique la chronicité des inflammations ou infections. Plusieurs
médicaments viennent à l’esprit = CALCAREA CARBONICA, BARYTA CARBONICA,
GRAPHITES, ANTIMONIUM CRUDUM, NATRUM SULFURICUM, THUYA et bien d’autres…
HOMEOPATHIE ET TROUBLES BUCCO-DENTAIRES
DE L’HYPERTHYROÏDIE
Il faut répéter une fois
encore que lorsque la cause des troubles dentaires n’est pas buccale, le
chirurgien-dentiste ne peut prendre en charge la pathologie générale. Il ne
peut que se préoccuper des troubles buccaux en tentant de ne pas contrarier
le traitement de fond proposé par le médecin traitant.
Dans le cas des
hyperthyroïdies ou dans la maladie de BASEDOW, plusieurs médicaments
homéopathiques répondent à la situation, qu’il convient de connaître. Mais
de toute façon, seule une répertorisation à partir des signes et symptômes
de chaque malade n’a de réelle valeur, le chirurgien-dentiste valorisant en
cette occasion les signes buccaux.
Le médicament le plus
important de l’hyperthyroïdie est IODUM et cela ne peut surprendre quiconque
dès lors que l’iode est l’un des composants principaux des hormones
thyroïdiennes.
IODUM :
Ce métalloïde a été
découvert en 1812 par H. COURTOIS et c’est une fois encore Samuel HAHNEMANN
qui a réalisé la première pathogénésie à partir des effets toxiques de
l’iode. Ce n’est que plus tard que l’on a compris son rôle dans les troubles
de la thyroïde. Le manque d’iode dans l’organisme conduit à l’hypothyroïdie
et au crétinisme, alors que son excès produit l’hyperthyroïdie et la maladie
de Basedow. Cependant, la pathogénésie de IODUM ne se limite pas aux seuls
troubles de la thyroïde et dépasse largement ce cadre limité. Rappelons en
cette occasion que l’homéopathie ne repose pas sur la similitude nosologique
mais uniquement symptomatique.
Comme l’iode a une double
action, métabolique d’abord, puis toxique, sa matière médicale reflète ces
deux actions. C’est le mérite de Roland ZISSU d’avoir bien expliqué cette
dualité d’action de certaines substances.
Son action métabolique
explique son indication dans des troubles du mode tuberculinique à la phase
oxygénoïde : accélération du métabolisme, hyperfonctionnement de la thyroïde
et en même temps hypo-surrénalisme (qui explique la fatigue)). L’action
d’excitation dépasse la thyroïde et concerne toutes les glandes, sauf les
testicules et tous les tissus (nerveux, muscles striés, cœur, système
nerveux, estomac, intestin, rate…). On retrouve ainsi les signes cliniques
décrits dans l’hyperthyroïdie dont la tachycardie, l’amaigrissement malgré
un fort appétit, l’asthénie, les tremblements, etc…
L’iode organique a
également une action métabolique sur le soufre réduisant le glutathion
(coenzyme formé d’acide glutamique, de cystéine et de glycocolle, qui joue
un rôle important de transporteur d’hydrogène). Il peut donc être un
complémentaire de SULFUR par l’intermédiaire de SULFUR IODATUM.
L’action toxique de
l’iode s’exprime classiquement en deux phases successives :
1.
Excitation = congestion, irritation, hypertrophie,
induration (voies respiratoires, digestives, peau, tissus
lymphatiques et glandulaires).
2.
Dépression = atrophie puis sclérose, induration
avec électivité ganglionnaire et glandulaire.
Les initiés reconnaissent
dans cette action en deux phases le mode réactionnel luétique. Mais
curieusement, les ulcérations si typiques du mode luétique ne dominent pas
dans la matière médicale de IODUM alors que l’aphtose buccale figure
au deuxième degré. Nous avons eu l’occasion de voir des patients pour cette
raison.
MATIERE MEDICALE
1/ Suite de : abus
d’iode (par médicaments iodés, par un séjour prolongé au bord de la mer…)
suite de
déminéralisation au cours d’une convalescence épuisante (mode
tuberculinique). Suite de chagrin, de traumatisme.
2/ Psychisme en deux phases :
·
Irritation, agitation, ne peut rester en
place, mais rapidement épuisé.
·
Anxieux, peur d’un malheur imminent, < par
le repos et s’il ne mange pas.
·
Après l’agitation, dépression avec perte de
mémoire, répugnance pour l’effort mental
·
N’aime pas se reposer même quand il se sent
épuisé.
·
L’anxiété explique peut-être des colères pour
des riens
·
Idées fixes = crainte constante d’avoir oublié
quelque chose, qu’il s’énerve à rechercher
3/ Les signes généraux :
Ø
A toujours trop
chaud, aggravation par la chaleur
Ø
Amaigrissement progressif malgré un appétit
vorace = toujours préoccupé par le besoin de manger, mange souvent et
beaucoup, n’est jamais rassasié ; devient agité et anxieux s’il ne peut
manger, se clame s’il mange ou s’il sait qu’il va manger.
Ø
Hypertrophie des ganglions et des glandes avec
induration, puis atrophie. Surtout = kyste et hypertrophie de la thyroïde,
ou encore atteinte des sous-maxillaires et/ou des parotides avec
hypersalivation. Ou encore des testicules puis de la prostate, ou des
glandes mammaires (suivie d’atrophie avec nodosités). Ovarite, kyste de
l’ovaire (droit), pancréatite….
Ø
Inflammations des muqueuses :
·
ORL : Coryza irritant, excoriant, irritation
laryngée avec pseudo-membranes, toux rauque, croupale.
·
Digestives : aphtes buccaux, constipation avec
besoins inefficaces, urgents, améliorée en buvant du lait froid, mais
l’absorption de lait peut déclencher une diarrhée !
·
Génitales : leucorrhée abondante, irritante,
excoriante..
Ø
Sensations de battements, de pulsations
artérielles, palpitations au moindre effort, rapides et violentes.
Sensations que le cœur est serré comme par une main, ou un lien, < à
l’effort (Cactus grandiflorus). Céphalées battantes, < dans une pièce
chaude.
Ø
Hyperesthésie au bruit
Ø
Tremblements. Douleurs osseuses ostéocopes,
nocturnes.
4/ Les modalités :
Aggravation = par la chaleur (soleil, pièce, temps), au repos (mais
il aggrave l’anxiété).
Amélioration = en mangeant, par l’air froid, par le mouvement (mais
il est vite fatigué)
Signes et usage en pratique bucco-dentaire :
·
Aphtes et ulcérations de la muqueuse buccale
·
Gencive douloureuse, spongieuse, molle,
saignant facilement
·
Hypersalivation avec mauvaise odeur, pire le
matin au réveil.
Au cabinet
dentaire, comme ailleurs dans la vie, le sujet répondant au type IODUM est
maigre, plutôt grand, il est surtout agité et anxieux. Ce dont il faut tenir
compte.
Il
vient consulter surtout pour des aphtes ou pour une gingivite, et au
début de celle-ci pour des gingivorragies. En fait, on hésite parfois entre
NATRUM MURIATICUM et IODUM, mais le premier a périodiquement une sécheresse
des muqueuses bien plus importante. La frilosité est commune à ces deux
médicaments mais IODUM est particulièrement thermophobe, bien plus que
Natrum muriaticum.
Comme tous
les tuberculiniques au stage oxygénoïde, la fatigue est de règle. Mais IODUM
est encore plus rapidement épuisé que les autres, et notamment en cas de
dysthyroïdie marquée, le plus fréquemment dans le sens de l’hyperthyroïdie,
comme le corollaire est l’hypo-surrénalisme.
NATRUM
MUR. et IODUM sont souvent complémentaires dans les indications
bucco-dentaires. En fait, c’est le comportement vis-à-vis de la faim qui
emporte la décision.
Comme cela
a déjà été dit, IODUM peut être indiqué même si la dysthyroïdie n’est pas
confirmée. On le prescrit alors en 7 CH deux à trois fois par semaine pour
les indications buccales. Dans ces cas, on le trouve le plus souvent chez
des adolescents. Avec l’âge mûr, l’aspect oxygénoïde disparaît
progressivement et c’est la tendance scléreuse qui s’affirme, confirmant le
second aspect de ce remède, c’est-à-dire le volet luétique avec ses
atteintes glandulaires et ganglionnaires. Chez l’adulte mûr, on hésitera
avec LYCOPODIUM, puis au fur et à mesure que se développe la tendance
scléreuse, IODUM perd peu à peu sa prédominance au profit de CONIUM, BARYTA
CARBONICA, SILICEA et surtout PSORINUM.
RAPPEL = IODUM n’est pas
le seul médicaments des hyperthyroïdies, même s’il est l’un des principaux,
notamment dans la maladie de Basedow. Parmi les « polychrestes », il faut
citer = NATRUM MURIATICUM, TUBERCULINUM, PHOSPHORUS, LACHESIS, FERRUM
METALLICUM, ARGENTUM NITRICUM, CALCAREA FLUORICA, sans oublier les composés
iodés = Sulfur iodatum, Ferrum iodatum, Arsenicum iodatum, Kali iodatum,
Calcarea iodata. Il est impossible de les décrire tous en détail, voici
seulement quelques commentaires sur certains d’entre eux.
TUBERCULINUM :
Nous avons coutume de ne
pas parler de ce médicament car à notre avis, sa prescription revient
uniquement au médecin, car il s’agit d’un médicament à prescription
délicate, pouvant avoir parfois des conséquences graves.
Ce médicament préparé à
partir de la tuberculine de Koch a été étudié par Antoine NEBEL, et sa
pathogénésie est surtout clinique et correspond en fait, et c’est logique, à
la tuberculose. Mais comme toujours en homéopathie, on peut et on doit le
prescrire sur la similitude des symptômes, en dehors de cette maladie.
TUBERCULINUM fait partie
des médicaments des dysthyroïdies, avec l’agitation, la tachycardie,
l’amaigrissement, la diarrhée, l’anxiété. La très grande asthénie s’explique
en particulier par l’hypo-surrénalisme. On retrouve l’amaigrissement parfois
considérable malgré un appétit augmenté. On retrouve en plus les troubles de
la croissance lorsque ses circonstances étiologiques agissent chez un
enfant, généralement vivant dans des conditions défavorables.
TUBERCULINUM se
caractérise par les signes suivants :
·
L’instabilité nerveuse avec faiblesse (Natrum
mur., Silicea)
·
L’alternance des symptômes qui passent
brusquement d’un organe à un autre
·
Le manque de réactions aux remèdes qui
explique les rechutes et la chronicité.
·
Les troubles cutanés (eczéma, infections).
·
Les troubles de la nutrition = amaigrissement
malgré la faim (se lève la nuit pour manger, désir de lait froid, aversion
pour la viande) et évolution vers la cachexie.
·
La tendance aux inflammations des muqueuses
(rhino-pharyngites itératives, bronchites, colites, cystites…), aux
adénopathies chroniques, à l’hypertrophie chronique des amygdales, aux
atteintes des séreuses (pleurite, pleurésie, synovites…).
·
L’instabilité physique (douleurs erratiques,
agitation) et psychiques (besoin permanent de changement = habitat, amis,
occupations, sentimentalement -> Luesinum).
·
Céphalées des adolescents après effort mental
(ce qui est un signe caractéristique du mode tuberculinique).
Mais TUBERCULINUM est un
frileux, aggravé par le froid, par l’humidité, avant une tempête.
Les signes
bucco-dentaires sont nombreux = aphtes, aphtes sur la langue, ulcérations
linguales et buccales, dysgueusies, herpès, glossite, langue géographique,
caries +++ et notamment aux collets, mycose.
LACHESIS :
Ce médicament a été
souvent étudié au cours de notre stage parce qu’il a de très nombreuses
indications bucco-dentaires. Rappelons simplement ses troubles
neuro-psychiques caractérisés surtout par l’excitation vespérale et la
dépression matinale, circulatoires avec la thermophobie, les bouffées de
chaleur, les hémorragies…, l’hypersensibilité nerveuse et sensorielle aux
bruits, à la constriction (cou, taille), au toucher, sa grande loquacité
incohérente, la latéralité gauche, etc…
Rappelons que LACHESIS
est un très important médicament de gingivite ulcéreuse et de
parodontopathies notamment chez l’alcoolique, au cours des périodes
génitales (menstruation et surtout ménopause). C’est aussi un remède
éventuel de dysthyroïdie, dans le sens hyper.
ARGENTUM NITRICUM:
Son indication dans l’hyperthyroïdie est sans doute
contingente, mais ce médicament se voit assez souvent au cabinet dentaire.
On retiendra de ce médicament ses signes les plus caractéristiques :
·
Précipitation, anxiété, conflit avec le temps
qui passe trop vite = voudrait avoir fini avant d’avoir commencé ; diverses
peurs = lieux élevés, places pleine de monde, endroits trop spacieux, et
surtout peur de lui-même et de ses réactions (impulsions de se jeter d’un
pont, par exemple).
·
Amaigrissement, tendance à la
déminéralisation, remède proche à la fois de NATRUM MURIATICUM (tendance à
la cachexie, sécheresse buccale, entre autres) et de IODUM (tendance aux
ulcérations des muqueuses).
·
Asthénie, tremblements, troubles de la
coordination motrice, crampes, vertige à la vue de lieux élevés, < en
fermant les yeux….
·
Tendance aux inflammations et ulcérations des
muqueuses avec écoulements muco-purulents verdâtres, tenaces = gastrite avec
aérophagie importante, éructations bruyantes, douleurs comme un ulcère,
brûlures, diarrhée verdâtre, souvent émotive.- Enrouement chronique, < le
matin avec des mucosités épaisses obligeant à racler la gorge – Sensation
d’écharde de bois au niveau des ulcérations…
·
Aggravation par la chaleur sous toutes ses
formes…
C’est dans ce contexte
qu’apparaissent les signes bucco-dentaires :
·
Gencive sensible, saignant facilement, molle,
peu ou pas d’œdème, douleurs comme par une plaie, haleine fétide et
hypersalivation.
·
Langue sèche, papilles proéminentes, bout de
la langue rouge et douloureux.
ARGENTUM NITRICUM est
l’un des principaux médicaments de la vie moderne, avec ses stress, son
surmenage, sa pollution.
CALCAREA FLUORICA :
Il fait partie des
médicaments dits « constitutionnels » et a donné son nom à l’une des
constitutions minérales de Antoine NEBEL (1870-1954). Il est vraiment
exceptionnel que sa prescription ne se justifie pas sur ses signes
morphologiques, en raison de son action métabolique, notamment sur les
tissus osseux et dentaires. C’est particulièrement le cas lors d’une action
préventive (favoriser une croissance harmonieuse par exemple).
Rappelons rapidement
quelques-uns de ses principaux signes :
·
Signes osseux = troubles de la croissance
donnant une silhouette dystrophique, asymétrique, tendance à la scoliose ou
à la lordose, troubles du métabolisme de l’os en hyper (exostoses,
ostéophytes…) ou en hypo (carences, ostéoporose…).
·
Signes dentaires = troubles de l’éruption et
de la minéralisation des dents -> dysminéralisation de l’émail, anomalies de
structure, de formes, d’implantation, etc…
·
Signes élastiques = hyperlaxité ligamentaire,
relâchement des tissus de soutien, entorses, ptoses viscérales, varices,
tumeurs vasculaires (anévrisme +++).
·
Signes lympho-ganglionnaires = infiltration,
indurations des glandes et des ganglions, ce qui explique en partie son
action dans les dysthyroïdies, surtout dans le sens hyper
(complémentaire de IODUM ou de NATRUM MUR.).
·
Signes cutanés = peau sèche, dure, souvent
fissurée, ongles durs, cassants, épaissis.
·
Aggravation par le froid, surtout humide, u
repos et au début du mouvement.
·
Amélioration par la chaleur et les
applications chaudes, par le mouvement continué.
HOMEOPATHIE ET TROUBLES BUCCO-DENTAIRES
DE L’HYPOTHYROÏDIE
Plusieurs médicaments
répondent aux signes cliniques correspondant à l’hypothyroïdie. Car, il faut
toujours le rappeler, les matières médicales homéopathiques regroupent des
symptômes provenant de trois sources (pathogénésie, toxicologie, pratique
médicale) et non des maladies précises.
Les « grands remèdes de
fond » de l’hypothyroïdie sont (par ordre alphabétique) = AMMONIUM
CARBONICUM, ANTIMONIUM CRUDUM, BARYTA CARBONICA, CALCAREA CARBONICA,
CAPSICUM ANNUUM, GRAPHITES, HEPAR SULFUR, KALI CARBONICUM, MANGANUM, NATRUM
MURIATICUM, NATRUM SULFURICUM, PULSATILLA et THUYA OCCIDENTALIS.
Voici quelques commentaires sur certains
d’entre eux.
CALCAREA CARBONICA:
Ce médicament
est l’un des principaux remèdes dits « constitutionnels » du bréviligne car
il répond particulièrement bien aux problèmes de ce biotype = type sensible,
pathologies pour lesquelles il permet une action prophylactique et/ou
curative. De plus HAHNEMANN en faisait l’un des trois principaux remèdes du
mode psorique avec SULFUR et LYCOPODIUM.
Le métabolisme
du carbonate de calcium et surtout ses perturbations
correspondent exactement au développement du bréviligne avec ses tendances
naturelles et pathologiques: ralentissement nutritionnel,
circulatoire (notamment lymphatique expliquant les engorgements
lympho-ganglionnaires et la pathologie immunitaire). Le métabolisme de l’eau
est également concerné dans le sens de l’imbibition hydrique, expliquant de
ce fait l’implication de ce médicament dans les troubles du mode sycotique.
Le ralentissement métabolique concerne également tout le système
endocrinien: hypopituitarisme, hypothyroïdie, hypogonadisme, mais à
l’inverse hypercorticosurrénalisme.
Il est bien souvent
difficile de distinguer le mode psorique du mode sycotique dans les
troubles, surtout chroniques, de ce sujet, même enfant. L’asthme alternant
avec un eczéma (ou encore avec un érythème fessier) est très fréquent aussi
bien chez l’enfant que chez l’adulte. C’est là une caractéristique psorique,
mais le rôle déclenchant ou aggravant du froid humide, l’imbibition
hydrique, l’atteinte lympho-ganglionnaire, le rôle étiologique des
vaccinations et des médicaments chimiques opposés aux troubles respiratoires
(rhino-pharyngites ou angines à répétition pendant la saison froide) sont
autant d’arguments qui témoignent de la mise en œuvre du mode sycotique. Ce
qui montre que chez ce sujet « ralenti », les éliminations étant difficiles,
le mode psorique seul ne suffit pas à maintenir l’équilibre de santé, le
patient est obligé d’en mettre en œuvre un autre, en l’occurrence le mode
sycotique, qui est tout de même pathologique par lui-même.
Dans nos « Cahiers
de médecine homéopathique » n°6 et n°9, nous avons déjà décrit les
divers aspects bucco-dentaires de CALCAREA CARBONICA. Il suffit de rappeler
quelques faits. Dans le type équilibré, la croissance en générale est
ralentie, de même que la minéralisation des dents, mais elle se fait
bien. Les dents sont donc bien minéralisées et peu sensibles aux
facteurs cariogènes. De même que l’os alvéolaire bien minéralisé résiste
bien aux facteurs étiologiques de la maladie parodontale = chez l’adulte mûr
on constate plutôt une abrasion dentaire importante accompagnant une
alvéolyse horizontale. Il n’en est pas de même dans le type déséquilibré. La
tendance habituelle à l’obésité peut être inversée, certes assez rarement,
par suite de troubles digestifs qui perturbent l’absorption des minéraux. On
peut voir chez le nourrisson une gingivite érythémateuse avec tendance à
l'œdème et à l’hyperplasie (cas chronique) lors des poussées dentaires, dont
BELLADONA est le remède le plus fréquent. On peut voir également une aphtose
buccale assez grave répondant bien à BORAX. Chez l’enfant plus grand,
surtout déséquilibré, les dents de lait peuvent être à l’origine d’abcès ou
de parulies à répétition dont HEPAR SULFUR (mélange calciné de soufre et
d'écaille d'huître) vient à bout, parfois complété par CALCAREA SULFURICA
dès lors qu’une tendance à la chronicité se manifeste.
Chez l’adulte,
il peut être assez fréquent de voir une denture bien équilibrée et peu
sensible aux facteurs pathogènes habituels, mais à condition que ce sujet
respecte une hygiène de vie adaptée à ses besoins. Ce n’est hélas pas le cas
le plus fréquent. La sédentarité et les autres facteurs étiologiques du mode
psorique conjuguent leurs effets avec ceux du mode sycotique (vaccinations,
médicaments chimiques, pollutions, froid humide, etc...). D’où la gingivite
ulcéro-nécrotique et les répercussions sur le parodonte. SULFUR laisse alors
souvent la place à d’autres remèdes comme GRAPHITES, ANTIMONIUM CRUDUM,
plus tard AMMONIUM CARBONICUM ou à des remèdes plus sycotiques comme NATRUM
SULFURICUM ou THUYA.
La tendance à
l’hypothyroïdie explique sans doute les gingivites ulcéro-nécrotiques et
les atteintes parodontales, comme de plus les caries du collet.
Si l’atteinte thyroïdienne était confirmée, toute solution chirurgicale sur
le parodonte serait vouée à l’échec.
En conclusion
pour ce médicament constitutionnel, voici en résumé les signes retrouvés
dans sa Matière médicale et chez le sujet qui confirment la mise en œuvre du
mode psorique, puis du mode sycotique:
Un complémentaire fréquent = ANTIMONIUM CRUDUM
Les Matières
médicales sont souvent discrètes sur les problèmes bucco-dentaires de ce
médicament, alors que le Répertoire de Kent le cite au degré moyen aux
rubriques « Gencives scorbutiques » et « Déchaussements des dents ».
ANTIMONIUM CRUDUM est
l’un des principaux remèdes de « grande bouffe » = excès alimentaires, désir
et intolérance de la charcuterie et des mets acides, aggravation par le vin,
le lait. Les excès alimentaires, cause importante du mode psorique,
déterminent une dyspepsie avec des éructations (ayant le goût des aliments),
une diarrhée aqueuse mêlée de matières solides, des nausées et des
vomissements, céphalées, humeur maussade, somnolence. C’est au cours de la
dyspepsie que l’on retrouve le signe abondamment décrit « langue blanche
comme du lait ».
Lorsque les
causes alimentaires persistent, comme la boulimie après une peine ou une
déception sentimentale, le sujet peut se décompenser. Le mode psorique
traduit alors des difficultés éliminatoires: éruptions vésiculeuses d’aspect
impétigineux au visage et autour de la bouche, avec un suintement épais et
mielleux qui annoncent GRAPHITES, dermatoses fissuraires et
hyperkératosiques, verrues cornées et dures, verrues plantaires, toujours
comme dans GRAPHITES. C’est alors que la pathologie bucco-dentaire participe
à cet ensemble: la gingivite érythémateuse du début, contemporaine des
troubles digestifs, évolue vers une forme ulcéreuse avec progressivement une
atteinte du parodonte. Il faut alors discuter l’indication de ce médicament
et le distinguer de GRAPHITES. Il n’y a d’ailleurs pas de problème en les
alternant, car ils sont complémentaires. CALCAREA CARBONICA, ANTIMONIUM
CRUDUM et GRAPHITES forment un trio répondant aux troubles des sujets le
plus souvent brévilignes, ayant tendance à l’obésité, craignant le froid
humide, et surtout mettant en œuvre le mode sycotique pour compenser les
insuffisances du mode psorique, devenu inefficace.
Comme on peut le
voir à travers les quelques signes ci-dessus, ANTIMONIUM CRUDUM n’est sans
doute pas le principal remède de l’hypothyroïdie, mais il tient sa place,
plus particulièrement chez le sujet bréviligne en pleine décompensation,
trouvant dans les excès alimentaires un dérivatif à ses déceptions.
HEPAR SULFUR
HEPAR SULFUR
répond souvent aux manifestations d’élimination dont le caractère psorique
est évident: périodicité (chaque hiver notamment), succession et
alternances: peau (furoncles, eczéma prurigineux et souvent surinfecté)/
muqueuses (otite suppurée, amygdalite, toux, laryngite, etc.. et abcès
dentaires). On connaît par ailleurs son indication fréquente (mais non
exclusive) dans les suppurations aiguës, ainsi que sa posologie délicate
dans ces cas. Sur cette indication, il peut être le remède de poches
gingivales ou parodontales suppurées.
Du fait de sa
composition faite d’un mélange d’écaille d’huître et de fleur de soufre,
HEPAR SULFUR peut être un médicament de fond, que l’on oublie souvent sans
doute parce qu’il présente des troubles évoquant d’autres remèdes, comme
GRAPHITES, LYCOPODIUM ou MERCURIUS SOLUBILIS. Il faudra y penser chaque fois
que la maladie parodontale comporte une phase de suppuration, et pas
seulement dans la suppuration aiguë. Lorsque celle-ci domine, il est un
complémentaire fréquent de SULFUR. Quand elle devient chronique, il faut
alors penser plutôt à GRAPHITES. Cela signifie que les émonctoires
commencent à se fermer et donc que les éliminations si utiles deviennent
insuffisantes, ce qui explique la torpidité et la tendance à la chronicité.
HEPAR SULFUR est
donc un médicament possible de l’hypothyroïdie, mais surtout comme
complémentaire des précédents chaque fois que dominent les manifestations
suppurées aiguës ou ici plutôt chroniques.
GRAPHITES:
Avec ce
médicament d’origine minérale, le mode psorique arrive à un stade de blocage
avec comme conséquences un ralentissement général, notamment thyroïdien et
digestif. Il est possible de décrire au moins deux blocages d’émonctoires:
·
Blocage de l’émonctoire intestinal =
constipation installée, sans besoin et de temps en temps des selles
volumineuses et sèches, la défécation est de plus compliquée par la présence
d’hémorroïdes avec fissures douloureuses et suintement anal, mais sans
ténesme.
·
Blocage de l’émonctoire cutané =
éruptions vésiculeuses puis croûteuses avec suintement d’un exsudat épais
comme du miel qui se produisent surtout derrière les oreilles, aux plis de
flexion, au niveau des paupières, autour de la bouche, au cuir chevelu, aux
organes génitaux. Ces éruptions sont prurigineuses, brûlantes, aggravées par
la chaleur et par les lavages, améliorées par le froid.
Ces éliminations torpides
traduisent bien les difficultés du mode psorique, car il y a toujours
alternance des éruptions cutanées avec des troubles digestifs. Un écoulement
épais traduit également une élimination difficile. Mais le mode sycotique
est mis en œuvre, on se trouve bien dans la suite de CALCAREA CARBONICA qui
est de plus en plus auto-intoxiqué. Le mode sycotique s’exprime au niveau de
la peau par l’apparition de verrues douloureuses (souvent péri unguéales),
la peau devient sèche et rugueuse, avec des épaississements localisés aux
zones malades.
Sur le plan
bucco-dentaire, les troubles apparaissent progressivement, lenteur
caractéristique des remèdes carboniques: gingivorragies d’abord au contact
(brossage, pression des doigts) puis spontanées, aphtose périodique,
gingivite érythémateuse puis « les gencives se rétractent ... » (Kent).
GRAPHITES est
considéré par R. ZISSU comme un « remède carrefour ». Cela signifie que le
patient arrive à un stade évolutif qui peut encore être réversible, même si
cela demande des efforts ou peut évoluer vers l’aggravation, le plus souvent
par la mise en œuvre du mode sycotique. Comme pour SEPIA ou LACHESIS,
certains troubles concernent plus particulièrement la femme au moment de sa
ménopause, c’est le cas notamment pour les parodontopathies.
BARYTA CARBONICA :
Le carbonate de baryum
est bien connu pour son action sur la croissance et sur la nutrition =
retards physiques et intellectuels, pour son action de sclérose artérielle
et hypertensive réactionnelle, enfin pour son action sur le système
lympho-ganglionnaire (hypertrophie des glandes et des ganglions =
amygdales+++, végétations adénoïdes, prostate, utérus, glandes salivaires,
goitre…). La clinique montre ses indications aux âges extrêmes de la
vie = enfant retardé, « scrofuleux » et adénoïdien et vieillard
athéro- et artérioscléreux, hypertendu, prostatique et fibromateux.
Ses principales
caractéristiques cliniques sont = la lenteur pour comprendre, pour
apprendre, pour bouger, la perte de mémoire qui peut être considérable chez
le vieillard, la frilosité extrême, la grande susceptibilité à prendre
froid, les sueurs froides et offensives des pieds, la sensation de toile
d’araignée sur le visage.
Son intérêt réside dans son action
préventive sur les retards d’acquisition chez l’enfant (développement
physique et mental, puberté, problèmes scolaires…) et sur la sénescence trop
précoce.
Les signes bucco-dentaires sont les
suivants :
·
Douleurs, hypertrophie, induration des glandes
salivaires, sous-maxillaires notamment. Enflure de la parotide droite. Ces
glandes s’enflamment, s’hypertrophient, deviennent douloureuses, souvent
après exposition au froid ou aux changements de temps. Peu de suppuration
mais induration.
·
Sécheresse buccale surtout le matin au réveil.
·
Aphtes
·
Enflure de la gencive, la gencive saigne
facilement, enflure du palais avec suppuration.
·
Faiblesse et paralysie de la langue chez les
personnes âgées, entraînant des morsures, notamment après la pose de
nouvelles prothèses (observation personnelle – à comparer à CAUSTICUM).
En résumé,
BARYTA CARBONICA réunit un ensemble de signes cliniques qui peuvent
éventuellement correspondre à un syndrome d’hypothyroïdie, de myxœdème mais
qui peuvent dépasser cette indication limitée. Rappelons que son intérêt
est sa prescription précoce = en 1 à 3 CH deux à trois fois par jour pour
lutter contre la sclérose, avec une dilution plus élevée, 15 CH par exemple,
en prises espacées dès lors que la similitude est retrouvée avec
précision.
NATRUM SULFURICUM :
Il est possible de
formuler une règle dégagée de la pratique : chaque fois que des
troubles sont influencés par l’humidité, il faut rechercher les signes de
NATRUM SULFURICUM. Certes, au tout début de la mise en œuvre du mode
sycotique, ceux-ci sont forcément discrets. En bout d’évolution, le type
sensible de ce remède apparaît dans toute sa splendeur: sujet souvent de
morphologie bréviligne, devenu corpulent par adiposité et rétention d’eau,
infiltré notamment au niveau de l’abdomen et des cuisses, au comportement
habituellement lent, apathique, indolent, facilement déprimé, de mauvaise
humeur (le matin au réveil).
NATRUM
SULFURICUM est le principal remède de fond de la phase hydrogénoïde du mode
sycotique. Il est donc logique de retrouver parmi ses circonstances
étiologiques celles de ce mode réactionnel : d’abord les facteurs de
perturbation du métabolisme de l’eau dont l’humidité (chaude ou froide), le
froid humide provenant aussi bien du climat que de l’habitat. Il ne faut pas
oublier les traumatismes crâniens dont ce médicament est le principal
remède. Ensuite, les facteurs de dérèglement du système immunitaire :
vaccinations, antibiotiques, diurétiques, quinine, etc..., ainsi que les
infections répétées et récidivantes qui entraînent à leur tour une pollution
médicamenteuse. Le ralentissement métabolique induit par ce mode réactionnel
explique l’indication de ce médicament dans les troubles de
l’hypothyroïdie.
Il n’est pas
question ici de développer toute la Matière médicale de ce médicament, que
l’on peut synthétiser ainsi.
Au départ, le
sujet n’a pas encore sa silhouette enveloppée. Mais il est déjà très
sensible à l’humidité et peut venir consulter pour des douleurs dentaires
(voir chapitre plus haut). Il peut venir aussi consulter pour des
sensations de brûlure de la bouche ou de la langue (langue en carte de
géographie possible), pour des aphtes et même pour une gingivite
érythémateuse banale = la gencive est en feu comme par du poivre. Ces signes
buccaux peu significatifs en eux-mêmes s’inscrivent souvent dans un contexte
digestif : blocage de l’émonctoire intestinal exprimée par une constipation
avec selles dures, noueuses, grosses, alternant avec une diarrhée
jaillissante, aqueuse, avec beaucoup de gaz. On peut retrouver déjà quelques
signes d’imbibition hydrique = signe de la bague que le sujet peut retirer
facilement le soir mais pas le matin au réveil, diarrhée matinale peut après
le petit déjeuner. Ces deux signes peuvent s’expliquer ainsi : pendant le
sommeil, l’eau stagne, notamment dans les régions déclives. Les doigts sont
ainsi imbibés le matin. L’eau apportée par le petit déjeuner relance la
cinétique de l’eau qui est alors chassée par la diarrhée.
Un peu plus
tard, ce sujet se décompensant un peu plus, son foie se congestionne,
apparaît une certaine flatulence ou des troubles biliaires. Parallèlement,
la gencive reflète l’état digestif : gingivite ulcéreuse, poches et
alvéolyse, avec mauvaise haleine, brûlure, aphtes, etc... Dans le même
temps, le sujet devient de plus en plus sensible à l’humidité ce qui
explique les douleurs articulaires avec enraidissement, le tout amélioré par
le mouvement lent (Rhus toxicodendron.). Il s’enrhume au moindre froid
humide, avec un écoulement épais, une toux grasse, parfois un asthme.
Progressivement
la silhouette se précise, l’obésité se développe. La peau s’infiltre et en
même temps présente certains troubles : prurit pire au déshabillage, verrues
(cuir chevelu, face, paupières, parties génitales, anus...), condylomes,
mycoses (dont la mycose buccale).
Comme toujours,
le comportement se trouve modifié dans le sens de la dépression avec
mélancolie et tristesse, humeur chagrine avec irritabilité,
impressionnabilité (la musique le fait pleurer). Sur le plan bucco-dentaire,
la gingivite ulcéreuse évolue vers une maladie parodontale de plus en plus
grave qui impose souvent des extractions multiples. Et ce d’autant plus que
NATRUM SULF. est un remède éventuel d’insuffisance thyroïdienne du fait du
ralentissement métabolique général.
THUYA OCCIDENTALIS:
Médicament
important de l’hypothyroïdie, THUYA est surtout considéré comme le remède
central du mode sycotique parce qu’il se trouve indiqué dans les deux
phases, même si les troubles de la phase hydrogénoïde sont plus nombreux.
Toute la physio-pathologie du mode sycotique se retrouve dans la matière
médicale de THUYA, en commençant par toutes les circonstances étiologiques :
atteintes du système immunitaires (vaccinations, sérothérapies, pollutions
chimiques et médicamenteuses dont les antibiotiques, la cortisone, la pilule
contraceptive..., les infections itératives et tenaces avec leurs
traitements chimiques, les stress répétés. THUYA est également sensible au
froid humide qui perturbe le comportement, produit des douleurs variées
(notamment au niveau de l'ovaire gauche et à la face). Le type sensible est
façonné par le mode sycotique : silhouette infiltrée (surtout tronc,
hanches, cuisses mais pas les membres qui restent maigres), peau grasse,
huileuse par endroits comme le visage et les ailes du nez, sèche par
ailleurs. La peau offre diverses productions cellulaires = éruptions
papulo-vésiculeuses ou pustuleuses, et surtout des verrues.
Le comportement
est bien connu : il s’agit le plus souvent d’une tendance à la dépression
consécutive à la chronicité et à la ténacité des troubles qui finissent par
engendrer une cancérophobie. A l’image de l’eau qui stagne, les idées et
pensées stagnent également = remède central des idées fixes. Les
éliminations de type sycotique (persistantes, rebelles aux traitements,
récidivantes, tenaces) se manifestent un peu partout mais plus
particulièrement au niveau génito-urinaire et rhino-pharyngé, avec des
sécrétions et excrétions épaisses et verdâtres.
Voici
donc le contexte général dans lequel vont apparaître les troubles
bucco-dentaires. Comme pour tous les médicaments du mode sycotique, tous les
troubles, quelle que soit leur localisation, sont progressifs dans leur
évolution vers l’aggravation. Aussi, comme par exemple pour GRAPHITES ou
pour NATRUM SULFURICUM, les troubles bucco-dentaires de THUYA débutent par
des lésions réversibles : irritation de la muqueuse buccale, aphtes,
douleurs dentaires par le froid humide, brûlure dans la bouche et notamment
à la pointe de la langue. C’est un remède très fréquent de glossodynies et
stomatodynies.
La carie
dentaire présente plusieurs aspects très intéressants :
·
Chez l’enfant =Les dents
commencent à se carier à la base dès qu’elles poussent : il s’agit
alors le plus souvent d’un enfant bréviligne du type CALCAREA CARBONICA qui
a subi la série de vaccinations réglementaires dès sa naissance puis dans sa
petite enfance, qui a ensuite présenté des rhino-pharyngites à répétition du
fait de sa sensibilité au froid humide et de sa tendance aux engorgements
lympho-ganglionnaires, traitées par antibiothérapie itérative. Dès leur
éruption, les dents permanentes voient des caries à leur collet, symptôme
que l’on retrouve aussi bien dans CALCAREA CARBONICA que dans THUYA. La
prévention homéopathique prend ici tout son sens car la connaissance des
modes réactionnels permet de deviner les risques potentiels qui menacent la
dent, entre autres organes ou appareils. Les dentistes qui ignorent cette
conception constatent que leurs obturations ne suffisent pas à éviter la
récidive de ces caries du collet, ils incriminent alors les mauvaises
habitudes alimentaires comme le syndrome du biberon et les excès de
sucreries, qui ne sont ici qu’un épiphénomène.
·
Chez l’adulte : on retrouve deux autres
types de caries .
1.
Les dents se déchaussent et sont très sensibles, la
racine des dents se carie, leur couronne reste intacte. On trouve ce
même symptôme dans MEZEREUM. Cela signifie à l’évidence qu’il existe une
maladie parodontale. Cette dernière peut se développer progressivement à la
suite d’une gingivite qui est devenue ulcéreuse. Ou encore on peut constater
une alvéolyse précoce sans signe inflammatoire, c’est une manifestation du
vieillissement prématuré qui caractérise entre autres le mode sycotique.
2.
Les dents se carient au niveau des faces distales,
sous le collet, en commençant par les molaires les plus postérieures et en
évoluant progressivement vers l’avant. Ce type de carie a été décrit par
Roger SCHMITT.
·
Chez l’enfant et plus rarement chez
l’adulte : les dents se carient sur le bord tranchant,
s’émiettent et deviennent jaunes, symptôme partagé par STAPHYSAGRIA. Nous
n’avons pas d’explication rationnelle. Il faut simplement rappeler que
STAPHYSAGRIA chez l’enfant est un remède de troubles polydiathésiques,
surtout de rachitisme, à comparer à SILICEA.
La
gingivite de THUYA = elle est certes présente, mentionnée d’ailleurs
plus dans le Répertoire de KENT que dans les ouvrages de Matière médicale.
C’est que THUYA n’est qu’exceptionnellement indiqué dans une forme aiguë.
C’est essentiellement un remède de gingivite chronique et son choix repose
davantage sur les signes psychiques et généraux.
THUYA est
également un remède possible de petites tumeurs buccales, dont l’épulis, la
grenouillette. On l’a cité dans le traitement de fond des granulomes
apicaux, on a même dit qu’il avait une action préventive. Personnellement,
nous pensons que le seul traitement de ces lésions apicales relève de
l’endodontie. Les varices sub-linguales sont citées dans tous les ouvrages.
Enfin, il faut rappeler l’indication de THUYA comme remède de fond des
mycoses, en général, buccales en particulier, à condition de retrouver
quelques signes psychiques et généraux et surtout de le prescrire longtemps.
La mycose est bien une affection à l'image des troubles sycotiques, tenace,
récidivante, rebelle aux traitements.
CONCLUSION
Aujourd’hui et
de plus en plus, on reconnaît volontiers que de nombreuses maladies
générales annoncent leur début de développement par des signes
bucco-dentaires, certes discrets, alors que rien d’autre sur le plan général
ne permet encore de les suspecter.
Cette
affirmation ne peut étonner un praticien homéopathe. Combien de fois
avons-nous insisté sur les signes bucco-dentaires qui annoncent la survenue
plus ou moins proche de troubles buccaux plus ennuyeux ? Nous donnons
volontiers, au point d’en devenir une litanie, que les aphtes ou les
brûlures de la langue, ou encore les douleurs dentaires par temps humide,
annoncent en même temps que l’indication éventuelle de NATRUM SULFURICUM, la
mise en œuvre du mode sycotique avec tout ce que ce mode pathologique
contient en puissance de troubles graves, notamment sur le plan
bucco-dentaire. Une aphtose buccale récidivante peut très bien évoluer vers
une maladie de Behçet dont on connaît le risque mortel. Des aphtes banals
peuvent être le signe de départ de la maladie de Crohn. Une banale
sécheresse buccale, non expliquée par la prise de certains médicaments
psychotropes, peut annoncer une hypothyroïdie, ou une maladie de Gougerot ou
encore une sarcoïdose.
Des ulcérations
du voile du palais, creusantes et douloureuses, font partie éventuellement
d’une maladie générale plus grave, la maladie de Wegener, vascularite
systémique qui peut être grave avec ses troubles ORL, respiratoires ou
rénaux. Des ulcérations semblables peuvent être le point de départ d’un
lymphome malin ou d’une leucose.
Encore un
exemple = les télangiectasies qui sont souvent banales peuvent être le point
de départ d’une sclérodermie systémique ou de la maladie de Rendu-Osler.
Il en va de même avec certaines pathologies générales comme les troubles de
la thyroïde que nous avons tenté de mieux comprendre dans le présent sujet.
Les médicaments cités sont parmi les plus fréquents mais ne sont pas les
seuls. Mais il ne faut pas basculer dans la paranoïa = tous les troubles
buccaux n’annoncent pas de catastrophe, heureusement. Et même ceux-ci sont
tout de même peu fréquentes. En plus de 30 ans d’exercice, nous n’avons
dépisté que deux syndromes de Behçet, alors que les cas d’aphtoses buccales,
même graves, sont fréquents. A l’inverse, nous avons suivi pendant quelques
années une jeune patiente traitée depuis des mois pour une hyperthyroïdie
qui ne présentait pas les signes bucco-dentaires de cette maladie. Sans
doute son traitement était-il bien conduit.