Si
l’on considère cette double action dans le temps, on constate, comme
toujours pour les substances étrangères à l’organisme = une première phase
dite « sthénique » car l’organisme est encore capable de réagir contre
« l’agresseur » puis une seconde phase dite « asthénique » car l’organisme
débordé subit l’action du toxique.
Dans
Thuya, le stade sthénique qui
se traduit par l’état hydrogénoïde, l’organisme réagit par des éliminations,
ici torpides et irritantes = tendance aux infections récidivantes et des
muqueuses ou de la peau, progressivement de plus en plus tenaces. Le stade
scléreux ouvre le chapitre des atteintes scléreuses des grandes fonctions de
l’organisme, comme l’artériosclérose ou les arthroses et autres rhumatismes.
On constate également la multiplication de productions tumorales bénignes
souvent, malignes parfois.
Dans sa monumentale « Matière
médicale homéopathique constitutionnelle » (première édition du tome 1
en 1958), Roland ZISSU présente une étude exhaustive sur le sujet qui nous
concerne ici. Nous lui empruntons l’essentiel.
L’ETAT HYDROGENOÏDE DE THUYA
selon Roland ZISSU
C’est un état décrit par
Grauvogl qui se caractérise par :
·
Une sensibilité exagérée à l’humidité avec
aggravation par l’humidité et le froid humide (cette
caractéristique se retrouve dans plusieurs médicaments que l’on peut
regroupe de ce fait parmi les médicaments du mode sycotique dans sa phase
hydrogénoïde).
·
Une infiltration aqueuse des espaces
peri-cellulaires expliquant la silhouette de certains sujets = THUYA et
NATRUM SULFURICUM pour les médicaments de fond du mode sycotique.
·
Une vagotonie de fond qui s’exprime en
particulier au niveau de l’appareil digestif (troubles digestifs avec
flatulence et borborygmes, entre autres).
·
Un ralentissement métabolique =
hypohypophysie, hypothyroïdie, hypoparathyroïdie, par contre
hypercorticoticisme.
Cet état hydrogénoïde explique
pour THUYA :
·
L’aggravation par l’humidité et le froid
humide = dans les cas bénins, le moral est en baisse dès évolution du
temps vers l’humidité froide, dans les cas plus avancés, tous les symptômes
ont cette modalité.
·
L’aggravation de 3h à 5h du matin =
insomnie, troubles digestifs, signature de la vagotonie.
On note une latéralité gauche,
très fréquente, au degré fort, mais inconstante. Comme dans SULFUR et
LACHESIS. Pour Thuya :
·
Sein gauche = gonflement, sensibilité,
noyau induré, aggravation à la période menstruelle.
·
Ovaire gauche et région inguinale gauche
avec douleurs violentes, piquantes et déchirantes pendant les règles et
augmentant avec elles alors que Lachesis et Zincum sont
améliorés par l’écoulement, surtout abondant.
La morphologie de Thuya :
La rétention hydrique se
complique d’une tendance à l’engraissement, avec empâtement des hanches, du
bassin et de l’abdomen, donnant une silhouette caractéristique que l’on
retrouve surtout dans Natrum sulfuricum que dans Thuya, mais
avec tous les paliers selon la progression de cette rétention.
Le visage présente un aspect gras
et huileux, plus particulièrement au niveau des plis naso-géniens et de
l’espace inter-sourcillier avec une peau irritée, épaisse, les pores sont
dilatés et apparents (peau d’orange). On constate souvent des varicosités
sur les ailes du nez, au niveau des pommettes et de la face inférieure de la
langue. Les artères temporales sont souvent visibles, de même que les veines
du dos des mains. La tendance scléreuse se manifeste au début par une
hyposphyxie périphérique que l’on peut voir au niveau des lèvres = lèvres
violacées, liseré blanchâtre transversal de la lèvre inférieure.
Aux signes précédents, il convient
d’ajouter :
·
Les phanères = cheveux gras avec nombreuses
pellicules durant la phase hydrogénoïde puis bifides, cassants lors de la
phase scléreuse. Les ongles sont souvent mous, cassants, présentant surtout
des cannelures concaves. Voir les photos.
·
Des constructions tumorales allant de toutes
sortes de verrues à des excroissances de chair comme les molluscum et nævi.
Photos = à droite type de verrues que l'on trouve dans Thuya mais
également dans Dulcamara, à gauche cannelures longitudinales sur les
ongles.
LES ELIMINATIONS
Les
éliminations de Thuya sont le prototype des éliminations sycotiques. Elles
s’opposent à celles du mode psorique dont SULFUR est le modèle =
éliminations explosives, périodiques, alternant de la peau à une muqueuse ou
une séreuse, améliorant l’état général, leurs suppressions intempestives
étant suivies d’une aggravation générale.
Les
éliminations sycotiques expriment un mode réactionnel engagé dans la
pathologie, traduisant un potentiel réactionnel diminué = elles sont
torpides, irritantes, tendant à la chronicité. Ces caractères s’intensifient
avec la décompensation sycotique allant de la phase hydrogénoïde vers la
phase scléreuse.
Pour
Thuya, on note des sueurs plus ou moins acides sur une peau grasse, sueurs
huileuses, localisées, accentuées aux mains et aux parties découvertes, dont
le visage (ailes du nez). Viennent ensuite diverses éruptions = verrues,
mollusca, condylomes, herpès, zona, pemphigus etc…
Nous
avons eu maintes fois l’occasion de dire et de répéter, à la suite de nos
Maîtres, que deux secteurs de l’organisme s’affirment comme deux pôles très
importants de la mise en œuvre du mode réactionnel sycotique = les
muqueuses du carrefour ORL et celles de l’appareil génito-urinaire.
Il ne
faut pas oublier que c’est à partir de la constatation de la suppression
intempestive d’un écoulement urétral qu’Hahnemann a échafaudé sa conception
des maladies chroniques. Dans le mode sycotique, on constate un
ralentissement des échanges entre les cellules du fait de la rétention
d’eau, aggravée par temps humide et froid. Il n’est pas illogique de penser
qu’il en est de même avec les éléments cellulaires de la défense
immunitaire. On retrouve la même perturbation immunitaire dans le mode
réactionnel tuberculinique, mais pour une raison inverse = à la stagnation
de l’eau péri-cellulaire s’oppose la déshydratation cellulaire. Le résultat
est assez voisin = infections de ces muqueuses.
Les muqueuses
génito-urinaires :
C’est encore une
constatation clinique. Les sycotiques ont une nette tendance aux infections
répétées de ces muqueuses = c’est le syndrome gonorrhéique.
Pour
THUYA
·
Chez l’homme = urétrite avec écoulement
de peu abondant, verdâtre, de mauvaise odeur, avec des mictions fréquentes,
parfois brûlantes. A la fin de l’épisode, les douleurs deviennent
tranchantes, suivies d’une sensation de goutte coulant le long du canal.
·
Chez la femme = urétrite ou
vulvo-vaginite avec leucorrhées verdâtres, épaisses, irritante, grande
sensibilité du vagin, douleur de l’ovaire gauche.
La répétition de
ces troubles infections expliquent la chronicité. Et comme ces sujets non
seulement ne s’immunisent pas, mais au contraire se sensibilisent à ces
germes, ils développent des infections tenaces, dites torpides, résistantes
aux traitements. L’antibiothérapie itérative n’arrange rien à l’évidence,
elle ne fait qu’ajouter des effets de résistances bactériennes aux
gonocoques, aux colibacilles, plus rarement aux staphylocoques.
Les muqueuses
respiratoires et ORL :
Le coryza, la
bronchorrhée, l’otorrhée chroniques sont un fléau pour ces sujets qui
« mouchent » à chaque changement de temps vers le froid humide et qui
toussent durant des semaines. Les otites chroniques avec otorrhée sont
également très fréquentes chez l’enfant.
A noter = le mauvais effet
du froid humide n’est pas la seule circonstance étiologique de Thuya. Il ne
faut pas oublier le rôle des vaccinations nombreuses, massives et dès les
premières semaines de la vie. Il est de constatation très fréquente que les
premiers troubles respiratoires apparaissent peu après les premières
vaccinations. Thuya donné dès les premiers troubles peut suffire à empêcher
le cycle vicieux des infections répétées et de l’antibiothérapie itérative
qui ne prévient pas pour autant les récidives. Ne pas oublier que Burnett a
été le premier à montrer le rôle des vaccinations dans l’apparition de
l’indication de Thuya.
L’ETAT SCLEREUX
C’est pour une
raison didactique que l’on fragmente ces notions pathogénétiques et
cliniques en chapitres autonomes. La réalité clinique est plus complexe.
Lorsqu’il y a prédominance de la première phase, on a affaire à un Thuya
« gras » à la silhouette enveloppée déjà décrite et illustrée par une
photo de Jacques Jouanny. Lorsqu’il y a prépondérance du second stade dit
« scléreux », on a affaire un Thuya « maigre », qui se rapprochent de
Causticum. On trouve dans la matière médicale de Thuya des troubles
correspondant à ces deux phases, c’est pour cette raison que ce médicament
est considéré comme le chef de file des médicaments du mode sycotique.
Déjà au cours de
la première phase des manifestations scléreuses apparaissent et peuvent
s’aggraver progressivement. Cela s’explique par le blocage des éliminations.
On constate aussi les premières productions tumorales, en particulier de
banales verrues, dont Thuya est l’un des principaux médicaments de fond
(mais pas le seul !).
Un exemple de
blocage éliminatoire est fourni par la constipation de Thuya = au début il y
a une diarrhée de fond, dont l’illustration est celle de Natrum
sulfuricum (matinale et impérieuse peu après la première absorption de
liquide = diarrhée après le petit déjeuner). Petit à petit, la sclérose
encore insidieuse se manifeste entre autres au niveau de l’intestin = c’est
la constipation de Thuya avec des épisodes diarrhéiques de sursaut
réactionnel, aboutissant à la constipation totale de Causticum par sclérose
intestinale et par parésie, voire paralysie.
La constipation
de Thuya offre un autre signe « amusant » = l’inertie rectal, les
selles dures difficiles à expulser explique « que les selles remontant dans
le rectum après avoir été partiellement expulsées (Sanicula,
Silicea). Hélas, ce n’est pas tout ! La contraction spasmodique de
l’anus explique les besoins fréquents et infructueux, souvent accompagnés de
douleurs rectales violentes empêchant les efforts, dues le plus souvent à
des fissures anales ou à des condylomes.
LES PRODUCTIONS TUMORALES
Nous ne savons
plus quel auteur du XX° siècle affirmait que Thuya stockait dans des
constructions cellulaires les déchets métaboliques qu’il ne parvenait pas à
éliminer. Ce n’est sans doute pas exact sur le plan physiopathologique, mais
l’image est attrayante.
Ces formations
tumorales se retrouvent dans les deux types de Thuya, « gras » et
« maigre », de même qu’on le retrouve dans les médicaments des deux stades
évolutifs du mode sycotique, « hydrogénoïde » et « scléreux ». Mais il y a
une tendance progressive à l’aggravation lorsque le sujet évolue vers le
stade scléreux. Roland ZISSU explique que l’émonctoire cutané « se ferme »
progressivement aux éliminations = la peau devient de plus en plus froide
(mais en particulier), présente des taches brunâtres sur tout le corps mais
davantage sur le dos et les bars. Les sueurs sont de plus en plus denses et
fétides.
Au premier stade
« hydrogénoïde », on note des excroissances de chair, des verrues, des
végétations ou des éruptions de grosses pustules au niveau des parties
couvertes du corps.
Au second stade
« scléreux » ou « maigre », on trouve des polypes, des condylomes, des
végétations et malheureusement des néoplasies. Elles sont en commun dans les
deux stades = la mollesse, le suintement, le saignement facile,
l’aggravation par l’humidité (1° stade) et par le froid ‘2° stade).
Les
localisations sont:
·
Surtout génitales = tumeurs bénignes ou
malignes de l’ovaire gauche, fibromes utérins, cancers génitaux, adénome ou
cancer de la prostate.
·
Peau et muqueuses = verrues pédiculées
en chou-fleur, végétations, condylomes, polypes du nez, polypes des cordes
vocales, végétations adénoïdes, hypertrophie des amygdales chez les enfants
sycotique (chef de file des remèdes de fond = Calcarea carbonica).
LES TROUBLES DIGESTIFS
Les troubles
digestifs sont importants dans la matière médicale et ils sont rarement
absents chez nos patients, certes à des degrés divers.
Deux caractéristiques pour ces troubles :
ce que l’on appelle la dyspepsie flatulente et la
constipation de fond.
La dyspepsie
flatulente s’exprime au niveau de l’estomac et de l’intestin :
·
Il existe une aérogastrie qui explique sans
doute des renvois rances, surtout après avoir absorbé des aliments gras
(insuffisance hépatique) et des éructations du même type. Ces troubles sont
aggravés pat le thé, par les oignons, le café et les graisses.
·
L’aérocolie explique la distension de
l’abdomen = borborygmes, gaz, le péristaltisme intestinal est exagéré.
Lorsque le sujet est suffisamment décompensé sur le plan psychique, en
particulier lors qu’existent la tendance obsessionnelle et les idées fixes,
ces flatulences lui donnent l’impression qu’il a quelque chose de vivant
dans le ventre, impression qui peut devenir une obsession.
·
La tendance habituelle est à la constipation
de fond, avec de temps en temps des débâcles diarrhéiques = diarrhée
matinale, de bonne heure, expulsée avec force, avec de nombreux gaz, des
gargouillements (la matière médicale précise = comme si de l’eau s’échappait
d’une barrique !). La diarrhée est aggravée après le repas, le café
(éructations, diarrhée), les oignons (diarrhée, flatulence), les aliments
gras (éructations), par le thé, par la bière (flatulence et renvois).
Chez l’enfant surtout, la diarrhée apparaît plus fréquemment après des
vaccinations. Le temps humide et froid n’arrange rien, bien au contraire.
Ces troubles
digestifs s’accompagnent d’un goût fade qui incite à saler un peu trop les
aliments. La constipation s’accompagne de besoins mais la défécation est
difficile = parésie rectale, grosses selles dures et foncées, difficiles à
expulser en raison de leur grosseur et par des douleurs rectales et anales,
dues à des fissures ou à des formations cellulaires (condylomes). La selle
sèche partiellement expulsée remonte dans le rectum, ce que certaines
matières médicales appellent « selles à ressort ».
&
SIGNES ET SYMPTOMES
PSYCHIQUES
Rappelons encore
et encore une autre fois que les substances étrangères à l’organisme
provoque une double réaction, d’abord une première dite sthénique, une
seconde dite asthénique = l’organisme réagit au début avec une certaine
force parce que son potentiel réactionnel est encore entier, puis il subit
l’action du toxique.
Cette précision
permet de faire comprendre (aux néophytes !) des signes en apparence
contradictoires dans les matières médicales, par exemple = excitation
psychique, et plus loin dans le même paragraphe dépression mentale.
Il est facile de comprendre que « l’excitation psychique » correspond à la
phase sthénique, la dépression à la phase asthénique. Le plus souvent ces
signes opposés se suivent dans le temps, d’autres fois ils alternent plus ou
moins rapidement, comme par exemple dans Lachesis = excitation
vespérale, dépression matinale.
Pour THUYA :
Pour la première
phase, la matière médicale précise = « le sujet est inquiet, sensible,
impressionnable avec tendance à pleurer, « larme à l’œil en écoutant de la
musique ». La matière médicale ne précise pas le genre de musique, mais
étant réalisée au XIX° siècle, on peut éliminer sans risque d’erreur le
rap ! Et on imagine les réactions d’un Nux vomica obligé d’entendre
ce que certains appellent de la musique ! Assoupi dans la journée mais le
sommeil est agité, troublé par des cauchemars (rêves de mort) et réveil
vers 4 heures du matin.
Pour la seconde
phase = cette phase est dominante dans Thuya avec une évolution dans le
temps = d’abord les signes psychiques assez curieux parfois gardent tout de
même un support objectif ou réel, ensuite le patient se trouve dans
l’incohérence. Par exemple = l’idée fixe.
Au début, l’idée
fixe naît et gravite autour d’un sujet mais garde une relative cohérence.
Par exemple = des borborygmes et des spasmes intestinaux donnent au malade
l’impression qu’il a quelque chose de vivant dans le ventre. Le
ballonnement et la mobilité des gaz donnent l’impression à une femme qu’elle
est enceinte. Et le signe capital = lorsque Thuya se sent de plus en plus
asthénique et que de surcroît il maigrit, il s’imagine être atteint d’une
maladie grave et c’est le vaste chapitre de la cancérophobie. A son tour,
cette conviction au début imprécise se transforme en idée fixe, qui explique
l’agitation anxieuse, l’impatience, la précipitation suivies de dépression
et d’abattement. Le sujet devient de plus en plus pessimiste, redoute
l’avenir qui ne lui réserve rien d’agréable, au contraire, « il se fait une
montagne d’un rien » ! Comme on peut le voir, ces interprétations de
symptômes banals reposent sur une base réelle. L’imagination anxieuse
produit le scénario catastrophique.
Puis, les choses
se gâtent ! Le malade n’a pas besoin d’un support pour se focaliser sur une
idée fixe qui devient de plus en plus irrationnelle = le sujet croit qu’un
tiers se trouve à ses côtés ou que quelqu’un marche à ses côtés dans une rue
pourtant déserte. Ou encore il croit que son corps est fragile, en
« verre », que le moindre choc peut le briser, d’où la phobie de la
promiscuité (Luesinum en a une mais par peur des microbes et de la
contagion). L’aboutissement de ces troubles est le dédoublement de la
personnalité.
On comprend
ainsi que Thuya est sans doute le principal médicament des troubles
psychosomatiques. En particulier, il est un remède important de
stomatodynies.
LES CIRCONSTANCES
ETIOLOGIQUES
Voici ce que l’on peut lire
dans les matières médicales :
1 - Les agressions du
système immunitaire = VACCINATIONS intempestives et répétées (variole),
les infections répétées ou traînantes (dont la blennorragie), leurs
médicaments chimiques déprimant le système immunitaire (antibiothérapie
itérative), les sérums répétés, les anti-inflammatoires (dont les
corticoïdes...). Il ne faut pas oublier la POLLUTION sous toutes ses
formes, surtout chimiques.
2 - Suites d’HUMIDIT?,
surtout de FROID HUMIDE, sous toutes ses formes, dont l’habitat humide
(à l’origine de nombreux troubles inflammatoires et infectieux, ORL
notamment). Ces troubles entraînent le plus souvent des traitements
chimiques à base d’antibiotiques, parfois de corticoïdes. Bref, de
médicaments qui peuvent perturber la réponse immunitaire.
3 - La suppression
intempestive d’un écoulement, surtout génital, comme la blennorragie (c’est
cette constatation qui est à l’origine de la conception des maladies
miasmatiques chroniques de Hahnemann.
On constate que
ce sont les mêmes circonstances étiologiques que celles du mode réactionnel
sycotique. Personne ne peut être surpris !
THUYA OCCIDENTALIS
ET PATHOLOGIES BUCCO-DENTAIRES
Joseph-Amédée
LATHOUD (1882-1944) écrit dans sa "Matière Médicale":
·
L’intérieur de la bouche peut être le siège
d’une vive irritation; il peut y avoir des aphtes sur la langue et
n’importe où dans la bouche.
·
Les dents commencent à se gâter à la base
dès qu’elles poussent. Les dents se déchaussent et sont très sensibles. La
racine des dents se carie, leur couronne restant intacte (Mezereum). Dents
cariées seulement sur le bord tranchant (Staphysagria). Les dents
s’émiettent, deviennent jaunes. Odontalgie pire en buvant du thé ou
chez les buveurs de thé (notamment au niveau des molaires inférieures
gauches.
·
Langue saburrale très sensible à la pointe.
Cloques blanches sur les bords de la langue et au niveau de la racine.
·
Varicosités dans la bouche, surtout au
niveau de la face inférieure de la langue et dans la gorge.
·
Grenouillette.Gonflement des glandes
salivaires et salivation abondante”.Epulis, tumeurs bénignes.
THUYA est avant tout un remède de fond du mode réactionnel sycotique. Il est
donc presque exceptionnel qu’on ait l’occasion de le prescrive dans un cas
aigu, car même la douleur, ou plutôt la névralgie, est chronique.
Lorsque
la matière médicale précise : « Les dents se déchaussent, caries des collets
radiculaires », cela signifie que Thuya peut être un médicament de maladie
parodontale et de caries. Commençons par la carie dentaire.
La carie dentaire présente plusieurs aspects
très intéressants :
·
Chez l’enfant =Les dents
commencent à se carier à la base dès qu’elles poussent : il s’agit
alors le plus souvent d’un enfant bréviligne du type CALCAREA CARBONICA qui
a subi la série de vaccinations réglementaires dès sa naissance puis dans sa
petite enfance, qui a ensuite présenté des rhino-pharyngites à répétition du
fait de sa sensibilité au froid humide et de sa tendance aux engorgements
lympho-ganglionnaires, traitées par antibiothérapie itérative. Dès leur
éruption, les dents permanentes voient des caries à leur collet, symptôme
que l’on retrouve aussi bien dans CALCAREA CARBONICA que dans THUYA. La
prévention homéopathique prend ici tout son sens car la connaissance des
modes réactionnels permet de deviner les risques potentiels qui menacent la
dent, entre autres organes ou appareils. Les dentistes qui ignore cette
conception constatent que leurs obturations ne suffisent pas à éviter la
récidive de ces caries du collet, ils incriminent alors les mauvaises
habitudes alimentaires comme le syndrome du biberon et les excès de
sucreries, qui ne sont ici qu’un épiphénomène.
·
Chez l’adulte : on retrouve deux autres
types de caries.
1.
Les dents se déchaussent et sont très
sensibles, la racine des dents se carie, leur couronne reste intacte.
On trouve ce même symptôme dans MEZEREUM. Cela signifie à l’évidence qu’il
existe une maladie parodontale. Cette dernière peut se développer
progressivement à la suite d’une gingivite qui est devenue ulcéreuse. Ou
encore on peut constater une alvéolyse précoce sans signe inflammatoire,
c’est une manifestation du vieillissement prématuré qui caractérise entre
autres le mode sycotique.
En présence d’une tumeur bénigne, par exemple une épulis, il faut se poser
la question de la tactique thérapeutique = ablation chirurgicale ou
traitement homéopathique ?
Il faut
reconnaître de telles tumeurs sont assez rares. Ma conduite personnelle
dépend de l’ancienneté de la tumeur. Une épulis récente mérite un traitement
homéopathique car il n’y a pas urgence, on peut prendre le temps de tenter
ce traitement. Mais alors, Thuya n’est pas le seul médicament possible. Il
faut prévenir que le traitement homéopathique demandera quelques semaines.
Si l’on choisit la chirurgie, il faudra de toute façon entreprendre le
traitement homéopathique de fond afin de prévenir la récidive qui est très
fréquente. Et pour ce traitement, Thuya a une place de choix.
Thuya et les
stomatodynies :
C’est sans l’un
des deux ou trois principaux médicaments des stomatodynies. La cancérophobie
est sans doute le signe étiologique majeure dans un grand nombre de cas,
mais elle peut aussi être induite par les traitements inefficaces d’une
douleur à un endroit quelconque de la bouche ou des dents.
L’histoire la
plus classique est celle d’une femme sexagénaire, veuve depuis peu (en
particulier si le mari est mort d’un cancer). Elle déprime, se retrouve
seule et somatise sa peine en un endroit de l’organisme, bouche ou dents
entre autres. A cet âge, il n’est pas rare d’avoir un problème
bucco-dentaire. Une douleur apparaît, banale à souhait, en un point de la
langue, ou au niveau d’une dent, ou en un point de la gencive. Le dentiste
consulté ne trouve aucune explication rationnelle, prescrit un bain de
bouche. Mais la douleur réapparaît et un jour, elle devient obsédante, au
point de devenir une véritable idée fixe. Cette malheureuse patiente
entreprend un véritable chemin de croix, consulte plusieurs praticiens,
jusqu’au jour où l’un d’entre eux parle de maladie psychosomatique et
propose un antidépresseur, qui ne change rien. La patiente se met dans la
tête qu’il s’agit d’un cancer que les praticiens sont incapables de
découvrir.
Dans un cas de
ce genre, la cancérophobie n’est pas à l’origine de la stomatodynie, elle en
est la conséquence. A l’évidence, la prescription de Thuya dans de tels cas
se fait à partir de signes hautement hiérarchisés, pratiquement sur les
signes de la stomatodynie elle-même mais l’on retrouve souvent les signes de
la carie déjà décrits ou ceux d’une maladie parodontale, même peu évolutive.
Thuya et la névralgie
faciale :
La matière
médicale parle de douleurs dans la face sous forme de céphalée très
douloureuse, avec sensation comme si un clou était enfoncé à petits coups
dans la région frontale (comme Ignatia), aggravée par la chaleur et après des excès
sexuels, améliorée en se promenant au grand air. On cite aussi « Névralgies
faciales chez les buveurs de thé (comme Selenium) ». Cette
occurrence est assez fréquente.
Cette névralgie
faciale se localise souvent au niveau des dents, surtout du côté gauche
(latéralité dominante pour tous les troubles), aggravée par la mastication et par
le thé. Nous en avons vu plusieurs cas cliniques.
EN CONCLUSION
Thuya
occidentalis est l’un des médicaments les plus importants de la matière
médicale homéopathique. Il est de prescription fréquente au cabinet
dentaire. Il y a quelques années, nous avons titré l’un de nos textes « Le
mode sycotique – de plus en plus d’actualité ». Cette affirmation se trouve
confortée car les facteurs de pollutions sont multiples et touchent tous les
secteurs. Les vaccinations sont toujours pratiquées massivement, même si
quelques restrictions apparaissent ça et là. Les mises en garde des médecins
homéopathes à propos des effets secondaires de l’antibiothérapie dès le
début de la prescription massive de la pénicilline après la seconde guerre
mondiale sont enfin corroborées par les officiels.
Il faut donc que
le chirurgien-dentiste homéopathe s’imprègne bien de la matière médicale de
ce médicament polychreste, tellement utile pour nos patients.