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EVOLUTION DES CONCEPTIONS
DU « TERRAIN » EN FRANCE
On sait que les conceptions de NEBEL ont été diffusées en
France par Léon VANNIER, à qui on a souvent fait le reproche d’une
systématisation et d’une simplification un peu excessives. Mais le charisme
de cet homme et son activité débordante expliquent son influence qui perdure
aujourd’hui chez de nombreux médecins. Il fonde la revue L’Homéopathie
Française en 1912 (elle perdure toujours sous forme d’une autre revue
L’Homéopathie Européenne), vers les années 30, il crée le Centre
Homéopathique de France (qui existe toujours), les Laboratoires
Homéopathiques de France (achetés par BOIRON dans les années 80) et le
dispensaire HAHNEMANN (qui fonctionne toujours).
Dès le début du
siècle, en 1905, les partisans de NEBEL fondent une revue "Le propagateur
de l’homéopathie", sous la houlette de Henri DUPRAT (1878-1968). Cet
auteur a laissé un livre « Théorie et techniques homéopathiques » et une
Matière médicale, sans compter de nombreux articles.
Une
figure marquante: Maurice FORTIER-BERNOVILLE (1896-1939):
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FORTIER-BERNOVILLE se situe dans le sillage d’Antoine NEBEL dont il accepte
la conception des constitutions minérales, du tuberculinisme et de son
identification à la psore et la nécessité du drainage. Seulement, et c’est
logique, FORTIER-BERNOVILLE et son équipe se proposent de rénover ces
conceptions en les passant au crible des sciences médicales de leur époque.
Ils fondent une excellente revue L’Homéopathie moderne en 1932, on
peut y lire des articles passionnants, même une soixantaine d’années plus
tard. Notamment, FORTIER-BERNOVILLE commence à battre en brèche la
« pureté » de la constitution carbo-calcique, il récuse l’universalité de
ces trois constitutions et souhaite une étude plus scientifique selon les
races. Il est l’un des partisans de l’étude des médicaments homéopathiques
sous l’angle physio-pathologique, amorcée par GRAUVOGL et SCHUESSLER,
développée davantage par A. MOUEZY-EON (1886-1976), dont les articles dans
cette revue sont d’une fraîcheur étonnante. |
Marcel MARTINY ( 1897-1982)
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Ce médecin homéopathe s’est intéressé très tôt aux
formes corporelles constitutionnelles grâce à une étude morphologique de
plusieurs milliers de jeunes gens. Il marque un véritable tournant dans
l’évolution des idées sur le terrain et sur les constitutions humaines. Son
analyse repose essentiellement sur la génétique et l’embryologie. Un type
morphologique dépend de l’équilibre des trois feuillets embryonnaires
(ectoblaste, mésoblaste et endoblaste) ou de la prédominance ou de la
carence de l’un d’entre eux. On peut lire une excellente analyse de cette
thèse, par Henri BERNARD, dans le « Bulletin de la Société de médecine
homéopathique d’Aquitaine », 1953 n°10. Ses travaux sont à la base de la
réflexion de ceux de Henri BERNARD.
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Henri BERNARD (1895-1980)
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BERNARD s’est
intéressé à l’homéopathie grâce au succès de CHAMOMILLA chez sa petite
fille. Il reconnaît ensuite avoir été influencé par Henri DUPRAT et surtout
par Antoine NEBEL, notamment par ses travaux sur les constitutions minérales
et par le rôle du tuberculinisme dans leur genèse. BERNARD avoue qu’il a
commencé l’étude de l’homéopathie par celle des remèdes de A à Z, étude
fastidieuse à l’excès. Avec la découverte des travaux de NEBEL, son étude
est devenue plus intelligente. Et c’est ainsi que: « Mais alors que je
découvrais des analogies frappantes entre les remèdes ayant le même radical
acide, je notais les différences fondamentales qui séparent les différents
CALCAREA. Il n’y avait en effet aucun rapport entre l’individu justiciable
de CALCAREA CARBONICA et celui de CALCAREA PHOSPHORICA et il m’est apparu
qu’il n’existait pas de constitutions fondamentales calciques et que l’acide
était véritablement l’élément constitutionnel de base. Il fallait donc
reprendre les conceptions nebéliennes... ». |
Entre les deux extrêmes
(carbonique et phosphorique), BERNARD entrevoit un sujet équilibré qui
correspond à SULFUR. Et BERNARD l’avoue: « ainsi en fut-il des travaux de M.
MARTINY qui furent pour moi un trait de lumière... » (10). BERNARD pense
redonner raison à HAHNEMANN qui avait fait de SULFUR le « roi des
antipsoriques ».
On a fait
souvent reproche aux partisans de la biotypologie que celle-ci n’apportait
rien à l’homéopathie, qu’il suffit de rechercher le « remède semblable ».
BERNARD réfute cette critique car dit-il « la pathogénésie elle-même est
influencée par la constitution ».
Il n’est pas
possible de donner ici une étude exhaustive des travaux de BERNARD. Il faut
se contenter d’une synthèse, en prenant le risque de la schématisation.
Nous l’avons
déjà dit: BERNARD est très influencé par les travaux de NEBEL sur le
tuberculinisme. Il lui attribut le rôle principal dans le genèse des
constitutions de base. Au centre, il place la constitution sulfurique, celle
la mieux équilibrée aussi longtemps qu’elle se défend bien par des
éliminations centrifuges que l’on retrouve dans la diathèse psorique. D’un
côté, la constitution carbonique résulte d’une adaptation à un
tuberculinisme endogène héréditaire. De l’autre côté, la constitution
phosphorique subit de plein fouet les conséquences d’un tuberculinisme
hétérogène. Les autres intoxinations comme la syphilis surtout n’ont qu’un
caractère secondaire, expliquant les biotypes mixtes. Ainsi, pour chaque
constitution de base, BERNARD décrit différents stades de décompensation:
stade calcique, stade magnésien, stade potassique, stade sodique, stade
acide. Entre les deux constitutions extrêmes, il avance l’hypothèse d’un
type morphologique intermédiaire: SULFUR NEUTRE au centre, SULFUR GRAS comme
un pont entre le sulfurique sthénique et le carbonique, SULFUR MAIGRE entre
le sulfurique sthénique et le phosphorique. Un temps, il a pensé à
l’existence d’une constitution muriatique, puis il l’a incluse dans ses
Sulfur maigres.
H. BERNARD a
laissé un livre sur la sycose: « La réticulo-endothéliose chronique ou
sycose », titre qu’il a remplacé ensuite par « mésenchymatose chronique »,
expliquant et élargissant les facteurs étiologiques de la sycose à tous les
facteurs de vieillissement précoce.
L’oeuvre de
BERNARD est donc très importante, elle influence les homéopathes actuels.
Comme le remarque D. DEMARQUE: « Elle ouvre de multiples aperçus
physio-pathologiques. Basée sur la Matière médicale, l’observation clinique,
l’endocrinologie, l’immunologie, la biochimie, la génétique, elle peut
servir de point de départ à l’étude scientifique des constitutions. Par
contre, il paraît très contestable à l’heure actuelle d’expliquer la
genèse des types constitutionnels à partir de toxines tuberculiniques ou
autres dont la réalité biologique n’a jamais été démontrée ». Et
c’est là tout le problème.
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Roland ZISSU |

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En 1959, Roland ZISSU publie le
premier tome de sa Matière Médicale Homéopathique Constitutionnelle,
qui comprendra 4 volumes. Il est forcément réducteur de vouloir tenter une
synthèse de ce volumineux travail, car on prend le risque de la
schématisation et l’on s’expose à de nombreux oublis. Logiquement, R. ZISSU,
comme tout auteur intelligent et honnête, rappelle les travaux de ses
prédécesseurs en citant ses sources, ce que beaucoup oublient. Grosso modo,
R. ZISSU reprend les trois constitutions de base, c’est-à-dire carbonique,
phosphorique et fluorique et pour chacune d’elles il propose, en des
chapitres autonomes, l’étude des remèdes constitutionnels et des remèdes de
tempéraments. Mais surtout pour chaque constitution, il décrit ses réactions
vis-à-vis des quatre diathèses: psore, tuberculinisme, sycose et luétisme.
Et c’est là une nouveauté car R. ZISSU a été l’élève d’Emile ILIOVICI
(1905-1993), lui-même ayant fait partie longtemps de l’équipe de Léon
VANNIER. Nous avons déjà rappelé que Léon VANNIER avait repris les
conceptions constitutionnelles d’Antoine NEBEL, mais en les systématisant,
voire en les simplifiant à l’extrême. Ainsi, le carbonique se voit d’abord
soumis à la psore puis à la sycose, le phosphorique quasi exclusivement au
tuberculinisme, enfin le fluorique au luétisme (ou syphilis). R. ZISSU ose
s’affranchir de ce cadre réducteur et simpliste, de même que quelques années
plus tôt, vers 1954, il a fait partie de ceux qui ont quitté L. VANNIER et
le Centre Homéopathique de France. Mais R. ZISSU, bien qu’il
reconnaisse à H. BERNARD la valeur de ses thèses, ne reprend pas la
constitution sulfurique à son compte, SULFUR n’est pour lui qu’un remède,
certes capital, de la tendance éliminatrice du carbonique sthénique et il
reconnaît que SULFUR déborde largement le cadre limité d’une seule
constitution.
La réaction de
H. BERNARD n’a pas tardé. Quelques mois seulement après la sortie du premier
tome, BERNARD publie une étude à la fois élogieuse et critique. Il écrit
d’abord: « Et c’est ainsi que ce livre, travail considérable qui, tel qu’il
est, représente ce qui a été fait de plus vraiment utile (et de beaucoup)
depuis longtemps dans la littérature homéopathique... ». Mais il
reproche à R. ZISSU de n’avoir pas su échapper à l’enseignement de L.
VANNIER en gardant les trois constitutions de base. Quelques points séparent
ces deux auteurs éminents. Pour R. ZISSU, la constitution fluorique est
certes secondaire par rapport aux autres (existence de biotypes mixtes),
mais elle garde parfois une certaine autonomie, d’où l’indication de remèdes
fluoriques comme remèdes constitutionnels. Ensuite, BERNARD n’accepte pas
l’idée qu’il puisse exister un carbonique sthénique, mais R. ZISSU
n’affirme pas cela, il dit que pour chaque constitution, il existe une
première période sthénique, puis une seconde asthénique. SULFUR correspond
alors aux troubles consécutifs aux tentatives d’élimination centrifuge d’un
sujet qui réagit aux facteurs étiologiques de la diathèse psorique. Pour
ceux que cela intéresse, ils pourront lire la réponse de R. ZISSU aux
critiques de H. BERNARD dans la revue Les Annales Homéopathiques
Françaises n°2 - Novembre 1960.
Personnellement,
nous sommes l’un des élèves de R. ZISSU depuis 1974. Pendant des années nous
avons assisté à ses cours du soir d’abord à l’Institut National
Homéopathique Français, puis à l’Association de Formation Médicale Continue
Homéopathique. Depuis plusieurs années, R. ZISSU participe activement à
notre stage d’homéopathie bucco-dentaire de MONTROUGE. R. ZISSU nous a
appris beaucoup de choses. D’abord, il nous a appris qu’il était devenu
nécessaire de bien séparer la biotypologie (constitutions et tempéraments),
parce qu’elle constitue l’étude des sujets sains, par opposition à
l’homéopathie qui tente de soigner des sujets malades. Ainsi, au lieu de
parler de constitution carbonique, il est préférable de dire
constitution bréviligne. Et ainsi de même pour phosphorique/longiligne,
sulfurique/normoligne et fluorique/dystrophique. De cette manière, on ne
peut plus faire de confusion entre des notions par essence différentes.
Ensuite, R. ZISSU reconnaît que la notion de « toxines », soit endogènes
pour la psore et la sycose, soit d’origine microbienne pour le
tuberculinisme et le luétisme, ne correspond pas à la réalité. Il s’agissait
d’hypothèses certes séduisantes, logiques lors de la période
post-pastorienne, mais qui n’ont pas fait la preuve de leur existence. Il
trouve donc préférable de parler de diathèse, terme qui signifie
prédisposition. De ce fait même, puisque les toxines disons
homéopathiques n’existent pas, la notion de drainage chère à NEBEL perd son
intérêt. Il préfère parler de « remèdes à visée émonctoriale », ce qui
correspond à la réalité.
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DENIS DEMARQUE
(1915-1999)
l'iconoclaste ? |
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Dans la
deuxième édition de son ouvrage Techniques homéopathiques, publié en
1989 par les Editions BOIRON, D. DEMARQUE lance un pavé dans la marre. Les
diathèses ne sont pas 4 mais deux seulement !
DEMARQUE retrace
les étapes de la conception miasmatique des maladies chroniques, en
insistant sur la syphilis qui a servi de modèle. Il conclut logiquement que
les descriptions cliniques gardent toute leur véracité mais que l’étiologie
ne permet pas d’accepter la nature infectieuse des maladies chroniques de
HAHNEMANN. Il pense lui aussi « l’hypothèse la plus vraisemblable est
celle d’un mode réactionnel très général d’origine génétique. Ce concept de
mode réactionnel permet de donner aux descriptions cliniques de S. HAHNEMANN
leur véritable sens et d’en développer les conséquences thérapeutiques
modernes » (p. 76).
Surtout, D.
DEMARQUE fait un sort au luétisme, qui « fit une entrée clandestine dans le
vocabulaire des homéopathes français après la seconde guerre mondiale »
(p.82). Que s’est-il passé ? Après avoir fait de la syphilis l’une des
causes principales des malformations morphologiques par hérédité, les
médecins officiels ou homéopathes ont fini par comprendre qu’il n’en était
rien, la syphilis perdait la plus grande partie de ses responsabilités.
C’est dans les années 50 que des arguments scientifiques confirmèrent cette
thèse. Mais les homéopathes constataient tout de même que certains sujets
avaient bien une morphologie dystrophique, que plusieurs facteurs
étiologiques expliquaient cette constitution, dont l’alcoolisme. D’où
l’utilisation du terme « luétisme » qui reprenait l’ancien terme de luese
venerea employé autrefois, d’où encore l’appellation « luesinum » donnée
à la souche préparée à partir du chancre syphilitique (« syphilinum »).
DEMARQUE affirme que puisque la syphilis se voit exonérée de ses
responsabilités, le luétisme n’existe pas. C’est sa thèse et son droit de la
défendre. Mais tous les homéopathes actuels ne le suivent pas dans cette
voie (ou sur ce "terrain" !).
D. DEMARQUE
réduit les modes réactionnels à deux: le mode réactionnel I = psorique, qui
comprend un sous-groupe = le tuberculinisme et le mode réactionnel II =
sycose.
Dès la
publication de son ouvrage, les affirmations de D. DEMARQUE ont suscité des
réactions. Certaines favorables: ses collaborateurs dans son enseignement à
la Faculté de Bordeaux ou à la Société d’homéopathie d’Aquitaine et ceux qui
gravitent autour des organisations d’enseignement contrôlées par le
Laboratoire BOIRON. Beaucoup d’autres défavorables, certains auteurs ont pu
s’exprimer dans un débât organisé à Montrouge le 8 juin 1989, dont on peut
retrouver quelques textes dans la revue L’Actualité Homéopathique -
MASSON n°4-1989.
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Michel CONAN-MERIADEC
(1921-2000)
Un "carbonique
sthénique" |
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Sa silhouette massive et
sa démarche lente donnent une image parfaite du carbonique, ou plutôt du
bréviligne. Mais sa lenteur physique contraste avec une sthénicité
intellectuelle que l’âge n’a jamais entamée jusqu'à sa fin. Le connaissant depuis
plus d'une
vingtaine d’années, nous sommes tenté d’ajouter aux compliments. A la
Société Française d’Homéopathie qu’il a présidée longtemps, nous
l’avions appelé « l’homme dictionnaire », c’était la reconnaissance de sa
vaste culture médicale et homéopathique. Tradition familiale sans doute !
En 1990, M.
CONAN-MERIADEC a enfin publié ses conceptions dans un excellent ouvrage:
« Homéopathie, conception médicale à la dimension de l’homme » (BOIRON
1990). Mais CONAN-MERIADEC a publié avant ce livre plusieurs articles sur ce
sujet des diathèses et à propos de ses conceptions, R. ZISSU a pu dire et
écrire: « Quant à l’interprétation biologique des diathèses, je considère
personnellement que, ce qui correspond le mieux à l’état actuel de nos
connaissances, c’est la mise au point de Conan-Mériadec, ainsi que la thèse
qu’il défend au sujet de chacune des quatre diathèses ».
Alors que dit
CONAN-MERIADEC ?
Tout d’abord, il
se demande: « Pourquoi peut-il y avoir une analogie de symptômes
entre une maladie naturelle, comme une angine et une maladie médicamenteuse,
comme l’intoxication par des baies de belladone ? Ce ne peut être par une
identité de nature entre deux maladies, puisqu’elles relèvent de deux
facteurs pathogènes de nature différente, d’un côté un germe et de l’autre
une plante. Ce ne peut être que parce que les deux facteurs pathogènes, bien
que de nature différente, d’un côté un virus, de l’autre une plante, ont
mis en jeu les mêmes mécanismes réactionnels ». Cela paraît évident,
mais pourtant depuis des décennies on a tiré argument, par exemple à propos
des tuberculines, que leur succès thérapeutique signifiait bien que le
malade était tuberculinique, ou encore que le succès dû à PSORINUM était
bien la preuve de l’imprégnation du malade par la gale. Nul n’a pourtant été
jusqu’à affirmer la même chose à propos de BELLADONA ou d’une autre plante.
Partant de cette
constatation frappée de bon sens, CONAN-MERIADEC propose l’hypothèse que la
belladone présente une analogie de structure avec l’agent pathogène.
Hypothèse qui, à notre avis, mériterait une confirmation irréfragable. Mais
sa conclusion sur ce sujet ne peut offrir le flanc à la critique = la
guérison homéopathique ne permet pas d’établir une filiation d’identité de
nature entre le facteur pathogène de la maladie naturelle et celui de la
maladie médicamenteuse.
Donc, partant de
cette constatation tellement banale qu’on peut s’étonner qu’elle n’ait pas
été proposée bien plus tôt: un malade réagit à un agent pathogène par un
ensemble de symptômes réactionnels - un sujet en équilibre de santé réagit à
l’action d’une substance active par un ensemble de symptômes réactionnels.
La similitude de ces deux ensembles réactionnels permet une action
thérapeutique = c’est sans doute parce que la substance active a mis en jeu
les mêmes mécanismes réactionnels chez les volontaires que l’agent pathogène
chez le malade, que cette substance peut agir sur ceux du malade et les
réguler dans un sens favorable à la guérison. Ainsi, l’homéopathie retrouve
sa réalité fondamentale, essentielle, consubstantielle, elle n’est
qu’une médecine réactionnelle. De ce fait, CONAN-MERIADEC étudie non
plus les diathèses, mais les modalités réactionnelles générales. Ainsi, les
biothérapiques diathésiques comme PSORINUM, TUBERCULINUM, MEDORRHINUM ou
LUESINUM (que l’on a longtemps appelé des nosodes) ne sont que des
résonateurs-clefs des modes réactionnels correspondants, c’est-à-dire qu’ils
sont capables de les réguler, quels que soit les facteurs pathogènes qui les
ont mis en jeu chez un malade.
Nous
reviendrons dans les chapitres suivants sur chacune des modalités
réactionnelles générales, en retraçant l’évolution des idées depuis
HAHNEMANN. Mais dans le chapitre actuel, voici la conclusion de
CONAN-MERIADEC lors de son cours à Montrouge le 2 octobre 1990. Il existe un
polycopié du texte intégral de cours publié par l’A.O.S.H. (Hors série
1991).
(Citation)
L’impasse
hahnemannienne:
Les progrès de
la biologie nous ont permis de sortir l’homéopathie de l’impasse dans
laquelle HAHNEMANN l’avait engagée avec ses conceptions miasmatiques sur la
nature des maladies chroniques.
Ce génie
précurseur avait bien soupçonné l’origine infectieuse, microbienne, de la
plupart des maladies aiguës, contagieuses, épidémiques, bref
occasionnelles. Les connaissances de son temps ne lui permettaient pas
de comprendre que, même si ces maladies pouvaient devenir des maladies
chroniques, comme la syphilis ou la tuberculose, elles étaient de nature
et d’origine différentes des véritables maladies de « terrain », que
sont l’eczéma ou l’asthme: seules les découvertes génétiques nous ont permis
de le comprendre.
Du reste, les
conceptions miasmatiques de HAHNEMANN sont à l’origine d’une première
scission entre homéopathes, beaucoup d’entre eux refusant d’y adhérer. Par
contre, tout au long du XIX° et du XX°siècles, les homéopathes fidèles à la
notion d’une origine infectieuse des maladies chroniques de terrain se sont
efforcés d’adapter les maladies chroniques de HAHNEMANN aux progrès des
connaissances et particulièrement aux découvertes pastoriennes, ce qui nous
a valu les « diathèses toxiniques homéopathiques ».
La biologie nous
permet aujourd’hui de cesser cette course-poursuite en remettant
l’homéopathie dans son véritable domaine: une thérapeutique régulatrice du
déséquilibre réactionnel que constitue la maladie. Nous savons maintenant
que la similitude homéopathique n’est pas une similitude de nature
entre deux maladies, mais une similitude de réactions entre deux
maladies de nature différente: une maladie naturelle et une maladie
médicamenteuse.
(fin de citation)
EN
CONCLUSION DE CE CHAPITRE
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CONCEPTION ACTUELLE
DES MODES REACTIONNELS GENERAUX
La génétique et l’immunologie permettent de
comprendre aisément que dès sa naissance, l’enfant se trouve confronter à
des facteurs d’agression auxquels il peut réagir d’abord par son bagage
génétique (anticorps de la mère pendant quelques mois par exemple) puis par
l’élaboration de ses propres mécanismes de défense. En fait tout est
question d’adaptation à son milieu et de réactions vis-à-vis d’agressions
multiples.
Depuis
HAHNEMANN, les homéopathes constatent deux sortes de réactions: d’abord la
réaction individuelle de chaque individu = le même streptocoque peut laisser
indifférent ou susciter une maladie différente (angine, endocardite, RAA,
etc...). Puis des réactions de groupes = exemple le plus banal du froid
humide qui laisse indifférente une grande partie de la population ou qui
réveille ou provoque des douleurs articulaires chez d’autres, ou encore de
la même température dans une salle qui est diversement supportée, certains
ont chaud, d’autres froid.
Nous savons que
l’homéopathie est essentiellement, intrinsèquement une médecine
réactionnelle. Elle oppose à une maladie aiguë un médicament différent selon
les formes variées de la même maladie. Une angine peut être traitée par
différents médicaments selon la symptomatologie individuelle de chaque
patient. Mais aux réactions de groupes correspondent des groupements de
médicaments. CONAN-MERIADEC précise: « Tout se passe comme si
les organismes disposaient de quelques grandes tactiques réactionnelles
de défense et que chaque individu avait sa tactique réactionnelle
privilégiée, qui est électivement mise en jeu au cours de diverses
maladies de son existence et particulièrement au cours de ses maladies de
terrain qui engagent profondément sa personnalité réactionnelle: ils sont
un mode réactionnel général préférentiel ». Il ajoute: « Les
psoriques réagissent par crises, en alternant les manifestations cutanées et
internes; les sycotiques en ralentissant leurs échanges et en retenant l’eau
dans leurs tissus; les tuberculiniques en augmentant leur catabolisme et en
détruisant leurs tissus; les luétiques enfin réagissent de façon anarchique
et fixent les facteurs pathogènes qu’ils ne peuvent détruire ».
Jusqu’à présent,
la majorité des homéopathes contemporains s’accordent pour reconnaître
quatre grands modes réactionnels généraux, tout en admettant que
d’autres pourraient exister. Faute d’avoir trouvé mieux, les mots de
psore, de sycose, de tuberculinisme et de luétisme,
qui semblent désuets, doivent être conservés. Mais à condition d’avoir
toujours à l’esprit que ces termes n’ont plus aucune signification
étiopathogénique.
Chacun de nous
est un individu unique et le résultat de brassages génétiques multiples.
Nous disposons dans notre bagage génétique de toutes les modalités
réactionnelles générales, mais nous usons de celle qui nous est
préférentielle pour des raisons de « loterie génétique ». Nous avons
personnellement coutume de proposer l’image d’un individu possédant sur lui
quatre armes différentes = par exemple un pistolet, une mitraillette, un
poignard, un lance-flammes. D’accord, il faut un peu d’imagination !
Imaginons que cet individu soit menacé par un voyou, le poignard peut
suffire à la défense. Mais s’il y a deux ou trois voyous, le pistolet sera
plus dissuasif. Et si notre sujet se trouve menacé par toute une bande de
loubards, la mitraillette sera plus efficace. Enfin, contre un essaim
d’abeilles agressives, le lance-flammes se révélera supérieur aux autres
armes. Donc en résumé, nous sommes armés génétiquement pour utiliser
plusieurs moyens d’adaptation à nos conditions de vie et de réaction aux
facteurs d’agression. Du fait de notre hérédité, nous avons une préférence
pour tactique défensive, mais des circonstances particulières peuvent nous
obliger à mettre en oeuvre une autre tactique.
Nous avons
également coutume de proposer une autre image. Si l’on veut bien comparer
une maladie à une diapositive, la modalité réactionnelle générale serait un
film = le film de la vie d’un individu. Et en restant sur ce thème, la
diathèse ou le mode réactionnel peuvent être comparés à un genre
cinématographique. Par exemple, en allumant un poste de télévision, on peut
reconnaître le genre western aux premières images tant elles sont
caractéristiques. Nous savons que chaque western réunit les mêmes
ingrédients, mais chaque scénario offre tout de même quelques originalités.
Il en est ainsi du mode réactionnel général. Il arrive parfois que l’on
reconnaisse tel ou tel mode chez un patient dès qu’il entre dans notre
cabinet ou le plus souvent après avoir posé quelques questions. Grosso modo,
l’histoire d’un patient « psorique » est semblable à celle d’un autre
« psorique », avec cependant quelques variances individuelles.
On peut encore
proposer une troisième image qui sera plus familière aux utilisateurs d’un
ordinateur. Dans celui-ci sont présents différents programmes que l’on peut
utiliser tous ou seulement l’un ou l’autre. On n’a pas forcément besoin d’un
traitement de P.A.O. par exemple, mais ce programme existe cependant et
reste potentiel. Un jour, on pourra l’utiliser lorsque le besoin sera là. Il
en va de même avec les modes réactionnels. Un psorique réagit d’une certaine
manière, mais si on le fait vivre longtemps dans un milieu humide, si on le
« bombarde » de cortisone, si on le vaccine et revaccine, il finira bien par
réagir sur le mode sycotique, mode qui était resté latent jusque-là. Chez un
sujet prédisposé, il suffit d’un facteur étiologique faible pour mettre en
jeu le mode réactionnel correspondant, de la même manière que réagit un
allergique à son allergène en très faible quantité. Dans le cas contraire,
ce facteur déclenchant doit être particulièrement pathogène ou répété
souvent.
Certains peuvent
se demander quel peut être l’intérêt de ces modes réactionnels dont on parle
tant. Beaucoup de praticiens, les unicistes notamment, se limitent à
rechercher le remède semblable et à le prescrire, sans aller plus loin. A
notre avis, ils se privent d’une partie importante de la médecin
homéopathique. Et surtout de la prévention de certains troubles. Nous
donnons souvent l’exemple d’un patient qui viendrait consulter pour une
banale aphtose buccale périodique ou pour une glossite. Si l’examen et
l’interrogatoire mettent en évidence l’indication de NATRUM SULFURICUM, il
suffit d’ouvrir une Matière médicale pour lire les menaces qui pèsent sur la
dent et sur le parodonte = « les dents deviennent branlantes et tombent
facilement » (Lathoud) ou « rétraction des gencives et déchaussement des
dents » (Kent). C’est clair. NATRUM SULFURICUM est l’un des principaux
remèdes du mode réactionnel sycotique à sa phase dite « hydrogénoïde ». Le
reconnaître chez un patient lors d'une pathologie banale implique de la part
du praticien de rechercher les facteurs étiologiques de ce mode réactionnel,
d’envisager chaque fois que possible une action de neutralisation de ces
causes déclenchantes et de suivre ce patient pour lui éviter ce que prédit
la Matière médicale, aussi bien sur le plan bucco-dentaire que sur le plan
général. Si les médecins homéopathes prenaient cette habitude, sans doute
que ces patients auraient moins d’ennuis parodontaux. On pourrait ainsi
multiplier les exemples, notamment dans la prévention de la carie dentaire
chez les petits enfants tuberculiniques ou luétiques. Même si nos prévisions
comportent un côté aléatoire, elles sont un élément de plus apporté à nos
patients. Même s’il n’y a qu’une faible chance de prévenir un trouble, il
faut la tenter.
Dans des
prochains sujets, seront étudiés en détail chaque mode réactionnel, d’abord
sur un plan historique, puis actualisé, d'abord sur le plan général et enfin
dans les conséquences bucco-dentaires, sous l’angle à la fois préventif et
curatif.
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