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LA SYCOSE
LE MIASME SYCOTIQUE
LA DIATHESE SYCOTIQUE
LE MODE REACTIONNEL SYCOTIQUE
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AVANT-PROPOS
Alors que HAHNEMANN avait pensé que "sa" maladie chronique appelée "sycose"
était tout à fait secondaire, les facteurs étiologiques actuels en font au
contraire un mode réactionnel d'actualité. Il est logique de présenter ce
mode sycotique juste après le mode psorique parce que, très souvent, il lui
fait suite. A chaque chapitre nous proposons des rappels afin de mieux faire
comprendre le cheminement et l'évolution des idées sur cette conception du
"terrain".
Juste un rappel très
bref :
HAHNEMANN avait
défini trois miasmes : la psore, la syphilis (ou luèse) et la
sycose. Il considérait surtout ces miasmes comme des maladies
chroniques, contagieuses et héréditaires dues à des miasmes, car à son
époque, le rôle des microbes n’était pas encore connu. Pour lui, la sycose
était le miasme le moins important parce qu’il pensait que seule la
blennorragie en était la cause. Lui même ne connaissait pas encore la
blennorragie telle qu’elle est décrite aujourd’hui, car le gonocoque n’était
pas encore découvert (il faudra attendre NEISSER en 1879). Mais il
connaissait les écoulements urétraux qu’il distinguait de la syphilis et
surtout les conséquences de leur suppression, dont l’apparition de
formations tumorales bourgeonnantes, à l’image de la figue qui donne son nom
à ce miasme : du grec syko = figue ou du latin ficus de même
signification. HAHNEMANN parle volontiers de la maladie des sics ou
des fics.
HAHNEMANN et ses
disciples :
Comme cela a
été dit et répété, les disciples de HAHNEMANN n’ont pas tous admis ses
affirmations. La responsabilité de la « gale » a été très contestée dès la
parution du Traité des maladies chroniques en 1828. Il en a été de
même pour la sycose. JAHR, l’un des premiers élèves de HAHNEMANN, écrivait
en 1857 : « Quant à la sycose, nous n’osons ni affirmer, ni révoquer en
doute l’existence de cette maladie comme affection sui generis ; la seule
chose que nous puissions dire, c’est que nous n’avons jamais vu une cachexie
ou une diathèse qu’on ait pu attribuer, sans risque d’être contredit, à la
répercussion ou à la destruction extérieure des condylomes... ». Les
médecins homéopathes italiens acceptent la conception de la psore de
HAHNEMANN mais refusent la différence entre syphilis et sycose. Les auteurs
français comme PETROZ (en 1851 il étend la sycose aux maladies cutanées qui
ont THUYA comme remède de fond, notamment le zona) ou TESTE regardent la
sycose « comme une ingénieuse hypothèse » mais doutent de la réalité des
différents types de condylomes décrits par HAHNEMANN.
L’assise
étiologique du miasme sycotique a été étendue pour la première fois par C.
de BOENNINGHAUSEN qui recommandait dès 1848 THUYA dans le traitement des
pustules vaccinales paraissant après la vaccination antivariolique. C’est la
première fois qu’on fait un lien entre les manifestations sycotiques et la
vaccination à travers l’efficacité de THUYA, remède principal de sycose
décrit par HAHNEMANN.
Quelques précisions sur JAHR:
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Georg-Heinrich-Gottlieb JAHR est né en Saxe le 30 janvier 1801 et
mort le 11 juillet 1875 en Belgique. Entre ces deux dates, on ne trouve pas
beaucoup de références biographiques. On sait qu’il a été un élève proche de
HAHNEMANN auprès duquel il aurait vécu quelques mois pour certains auteurs,
plusieurs années pour d’autres. Les auteurs ne sont même pas d’accord pour
affirmer catégoriquement qu’il était réellement médecin ! F. COUSSET
rapporte qu’après avoir été guéri par le Dr AEGIDI, médecin homéopathe, JAHR
apprit l’homéopathie à travers les oeuvres d’HAHNEMANN (il n’y avait certes
pas grand chose d’autre à cette époque !). |
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Durant les années 1830-35 (ou plus tard), JAHR travaille auprès de
HAHNEMANN, l’aide à la rédaction de la seconde édition du Traité des
maladies chroniques (1835 pour la 2° édition allemande). Il semble qu’il
fut le premier à imaginer un répertoire homéopathique. En 1836, JAHR vient à
Paris où HAHNEMANN réside depuis un an. Il signera l’acte de décès
d’HAHNEMANN en 1843, avec le Dr Croserio. Au début de la guerre de 1870, il
publie un poème à la gloire des soldats allemands dont les bénéfices de la
vente devaient être utilisés pour aider les soldats allemands blessés. Il
est alors invité à quitter la France et il part pour la Belgique. Il exerce
alors à Bruxelles jusqu’à ce que le gouvernement belge se rendisse compte
qu’il n’avait pas le diplôme de médecin requis dans ce pays et lui interdise
d’exercer en 1875. Il meurt peu après. Il laisse plusieurs ouvrages dont un
Manuel de médecine homéopathique en 4 tomes.
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Quelques précisions sur
BOENNINGHAUSEN :
Il a été un
proche de HAHNEMANN qui le considérait comme le meilleur de ses disciples,
le plus fidèle d’entre eux, il souhaitait l’avoir comme médecin personnel
s’il lui arrivait d’être malade un jour. HAHNEMANN a approuvé le Répertoire
de BOENNINGHAUSEN alors qu’il n’appréciait pas les autres, notamment celui
de JAHR. |
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Le Baron Clémens von BOENNINGHAUSEN est né le 12 mars 1785 en
Hollande. Il devient un spécialiste renommé en botanique. A l’âge de 42 ans,
il est atteint d’une maladie respiratoire qualifiée de phtisie purulente
(mais il s’agissait sans doute d’une bronchite grave) et se croit perdu. Il
est guéri en quelques mois par un médecin homéopathe, Auguste WEIHE. Dès son
rétablissement, BOENNINGHAUSEN s’intéresse à l’homéopathie, expérimente de
nouvelles plantes et devient médecin à l’âge de 58 ans ! Il exerce alors
l’homéopathie pendant 20 ans, jusqu’à sa mort en 1864 et publie de nombreux
ouvrages dont son fameux Manuel de thérapeutique homéopathique d’où
est tiré son Répertoire. Ce dernier a été mis sur ordinateur par Robert
BACHELERIE sous le nom de HOMEOREP. |
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James COMPTON BURNETT (1840-1901) :
En 1892,
BURNETT publie un ouvrage dans lequel il donne une série d’observations de
troubles consécutifs à la vaccination jennériennes et guéris par THUYA.
Selon D. DEMARQUE, il proposait d’appeler ces troubles post-vaccinaux « vaccinosis »
du fait de la mise en cause de la vaccination comme agent déclenchant. Il
s’agissait des troubles suivants : acné, furonculose, céphalées chroniques,
névralgies, parésies, grippes à répétition, etc... BURNETT affirmait que ces
troubles se produisent lorsque le vaccin ne prend pas et que, par
conséquence, l’organisme ne se débarrasse pas du vaccin par les voies
habituelles. Et bien entendu, les troubles décrits par BURNETT correspondent
à ceux qu’HAHNEMANN groupait dans son miasme sycotique.
Ces affirmations
de BURNETT sont reprises par pratiquement tous les auteurs et par la suite,
l’étiologie de ces troubles est étendue à tous les vaccins et injections de
sérums. Notamment, GRAUVOGL rattache la sycose à une constitution
biochimique qu’il appelle « constitution hydrogénoïde », caractérisée par le
ralentissement métabolique du fait de l‘imbibition hydrique ou la rétention
d’eau dans les espaces péri-cellulaires.
Antoine NEBEL
(1870-1954) :
Antoine NEBEL
reconnaît le miasme sycotique comme autonome, accepte la mise en cause de la
blennorragie et la suppression des écoulements urétraux, ainsi que les
propositions de BURNETT.
NEBEL n’apporte
rien de nouveau à ce qu’il appelle la « diathèse » sycotique mais on lui
doit la description du type sensible de THUYA tel qu’il a été repris
depuis dans toutes les publications. Et surtout, il a été le premier à
souligner les relations étroites entre sycose et cancer et évoque
l’existence éventuelle d’une diathèse cancérinique sans insister davantage.
C’est l’un de ses élèves, Léon VANNIER qui va aller jusqu’à faire du
cancérinisme une diathèse autonome, mais quasiment personne ne l’a suivi
dans cette voie, sauf peut-être Max TETAU dans un livre récent sur « Les
diathèses homéopathiques ».
James Tyler
KENT (1849 -1916):
KENT partage les nouvelles approches étiologiques de la sycose et
c’est à lui qu’on doit la pathogénésie de MEDORRHINUM en 1888. Avec son
charisme et son autorité, il confirme que la sycose n’est pas la
blennorragie mais les conséquences qui suivent sa suppression. Il va jusqu’à
déconseiller le mariage entre sujets sycotiques car il accuse la sycose de
troubles héréditaires = enfants marasmatiques d’aspect vieillot.
Marcel MARTINY (1897-1982):
Jusqu’aux
environs de 1930, il y a peu de mises en cause de la conception étiologique
de la sycose, toujours rattachée à la blennorragie et aux vaccinations.
MARTINY fait remarquer dans un article que les sujets dits « hydrogénoïdes »
et donc sycotiques ont une tendance à l’atonie de leur système
réticulo-endothélial, ce qui explique leurs réactions lentes, torpides,
récidivantes, d’une chronicité désespérante.
Cette
chronicité, qui contraste avec les éliminations psoriques sthéniques,
périodiques et alternantes, est soulignée dans un article par Maurice
FORTIER-BERNOVILLE (1896-1939), de même que le rôle étiologique des
vaccinations, dont la variole. Il rapporte qu’en 1927-1928 des Algériens
sont arrivés à Paris atteints de la variole. Ce qui a entraîné de très
nombreuses vaccinations dans la population parisienne et l’apparition de
nombreux troubles névritiques ou névralgiques dans les six mois qui ont
suivi chez ces récents vaccinés. Il pense donc confirmer ainsi le lien entre
vaccination et sycose. Il souligne également le danger de la même
vaccination chez les jeunes filles peu avant leur puberté, qui perturberait
profondément celle-ci.
MARTINY, qui a
fortement influencé par la suite les travaux de Henri BERNARD, affirmait :
« Il n’y a pas à proprement parler de phénomènes allergiques comme avec les
antigènes secondaires. La tuberculine ne joue pas dans la sycose ni les
affections microbiennes de ce groupe. Le paludisme cependant pourrait être
retenu comme une cause, quand le sujet ne réagit plus et que sa rate, gros
élément du système réticulo-endothélial, est devenue atonique ».
Henri BERNARD
(1895-1980) :
Ce n’est pas
l’avis de BERNARD qui voit du tuberculinisme partout. Il affirme qu’il
existe une sycose tuberculinique même s’il reconnaît que « le virus
tuberculinique est généralement très dilué et n’aboutit à des troubles du
type hydrogénoïde que dans des conditions particulières et au bout seulement
de longues années ». En 1945, le Dr François LAMASSON (1907-1975) établit
une relation entre la sycose et le gonocoque par une épreuve de laboratoire
sur les modifications biologiques des globules blancs. H. BERNARD reconnaît
également le rôle du gonocoque dans la sycose, à côté du bacille de Koch
mais aussi des agents microbiens ou viraux des autres maladies déterminant
une prolifération du système réticulo-endothélial (typhoïde, rougeole,
scarlatine, et surtout la coqueluche). Il y ajoute évidement les vaccins et
les sérums. Il écrit : « A la naissance l’immunisation n’existe pas et Celui
qui nous a créé avait sûrement une bonne raison de ne pas le faire. L’homme
en vaccinant, a voulu faire mieux que Lui, ce qui aboutit immanquablement à
une catastrophe : c’est l’histoire de la sycose vaccinale ». En 1950,
BERNARD publie un ouvrage dans lequel il développe sa conception : « La
réticulo-endothéliose chronique ou sycose ». Il explique que les
nombreuses causes qu’il décrit agissent sur le S.R.E. avec comme
conséquences une mauvaise nutrition des cellules, qui explique leur
vieillissement précoce et donc son atonie. Ce qu’il faut retenir, c’est la
mise en cause du système réticulo-endothélial, que l’on appelle aujourd’hui
le système immunitaire. Remarquons en passant que personne ne parle encore
des atteintes du centre de réglage du métabolisme de l’eau, même si tous ces
auteurs soulignent la prédisposition des sujets infiltrés au mode sycotique.
Une place pour Roger
SCHMITT :
R. SCHMITT n’a
pas laissé dans la mémoire des homéopathes la place qu’il mérite. C’est
encore pour nous l’occasion de lui rendre hommage et de rappeler ses
travaux. Nous possédons 10 articles de cet auteur parus entre 1948 et 1959.
Le plus important est celui publié dans le Bulletin du C.H.F. (année 1951,
deuxième semestre). Cette revue était à tirage limité, réservée aux membres
de C.H.F., car il existait L’Homéopathie Française, revue plus
largement diffusée, créée par Léon VANNIER en 1912. Et c’est regrettable que
cette article n’ait pas été publié dans cette dernière. Nous le publierons
un jour dans l’un de nos bulletins.
Jusqu’aux années
soixante-dix, l’étiopathogénie de la carie n’était pas très bien connue. Il
y a avait les partisans d’une origine externe (le rôle de la plaque dentaire
et de l’hydrolyse des sucres avec formation d’acides, conception qui domine
actuellement), les partisans d’une origine interne (la carie était comprise
comme une maladie pulpaire). Et comme toujours, il existait des partisans
d’une origine mixte, externe et interne. Seuls les homéopathes prétendaient
que le « terrain » jouait un rôle important. En 1913 et 1914, Bertrand de
NEVREZE, médecin stomatologiste, puis professeur d’orthodontie, écrivait des
articles montrant le rôle étiologique des différentes toxines admises alors
en homéopathie, surtout celui de la toxine tuberculinique. Roger SCHMITT se
place dans cette lignée. Il affirme que la carie n’est pas une maladie
locale spécifique de la dent, mais un symptôme, parmi d’autres,
d’une intoxination générale (psore, sycose, tuberculinisme, luétisme).
C’est cet
auteur qui a le premier décrit une forme de carie typiquement sycotique =
celle qui se développe au collet distal des molaires, surtout supérieures,
légèrement sous le collet, rarement douloureuse au début, évoluant de la
dent la plus distale vers l’avant. C’est là un signe dentaire objectif de
l’indication de THUYA. SCHMITT décrit également les caries typiquement
tuberculiniques : celle de SILICEA au collet coronaire avec d’abord
formation d’une tache blanchâtre qui s’opacifie progressivement jusqu’à la
perte de substance et celle de NATRUM MURIATICUM touchant électivement les
faces proximales des incisives.
EN CONCLUSION DE CETTE PREMIERE PARTIE
On est parti du
miasme sycotique de HAHNEMANN, miasme secondaire, celui qui engendre
le moins de désordres. HAHNEMANN assimilait ce miasme à l’écoulement
urétral, qui deviendra par la suite la blennorragie ou la gonococcie. On
arrive à une diathèse dont l’assise étiologique se trouve élargie à
toutes les agressions du système réticulo-endothélial, ce qui donne à ce
mode réactionnel une actualité croissante par la multiplication des facteurs
d’agression du système immunitaire (pollutions de toutes natures,
médicamenteuses en autres). Curieusement tous ces auteurs parlent volontiers
de l’imbibition hydrique mais, à notre connaissance, aucun n’a décrit les
facteurs de dérèglement du métabolisme de l’eau.
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LE MODE SYCOTIQUE AU DEBUT DU XXI° SIECLE
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On pourrait croire qu’avec l’accumulation des connaissances, plus personne
ne parlerait encore de « miasmes » à propos des maladies chroniques
d’HAHNEMANN. Le "miasme" était pour HAHNEMANN et ses contemporains le
responsable des maladies contagieuses. Il ne s’agissait que d’une
interprétation conforme aux données acquises des connaissances médicales de
ce temps. Mais par la suite, et depuis PASTEUR, on connaît les microbes et
leurs toxines. C’est donc tout à fait naturel que les auteurs de la fin du
XIX° siècle, notamment Antoine NEBEL, aient remplacé la notion de miasme
par celle des microbes et des toxines.
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En janvier 1974, le Dr Jean MEURIS
(1914-1984), chirurgien-dentiste homéopathe éminent, nous a adressé une
lettre de 5 pages manuscrites qu'il concluait ainsi: "On a
tendance à minimiser la valeur des découvertes d’HAHNEMANN et au nom des
découvertes modernes, de bouleverser ses conceptions. En réalité, si on
examine minutieusement les conceptions d’HAHNEMANN, en fonction des
connaissances modernes, sans orgueil de moderne, on se rend compte
qu’elles cadrent parfaitement avec ce que nous pouvons concevoir
aujourd’hui, et qu’elles cadrent bien mieux que les élucubrations de
ceux qui s’en éloignent sous prétexte de modernisme ». |
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Il faut certes
respecter ce qui, dans l’œuvre d’HAHNEMANN, a franchi l’épreuve du temps,
essentiellement ses descriptions cliniques et les traitements qu’il
proposait. Tout ce qui concerne l’étiologie « miasmatique » doit être rangé
dans le classeur de l’histoire. J. MEURIS d’ailleurs, tout en se réclamant
d’être un très fidèle partisan de HAHNEMANN, reconnaît dans son seul livre
que « Si la blennorragie est effectivement un facteur sycotisant, ce n’est
que dans la mesure où elle est une affection chronique qui, par sa
chronicité, finit par épuiser le système réticulo-endothélial. Toute
affection chronique, quelle que soit sa nature, est susceptible de
déclencher des modifications qui altèrent les capacités du système
réticulo-endothélial.... Mais lorsque l’organisme a utilisé toutes les
portes de sortie toxiniques possibles et que, néanmoins, celles-ci s’avèrent
insuffisantes, lorsque par conséquent, les toxines encombrent l’organisme,
que le S.R.E. dont la fonction est de les détruire et assurer leur
élimination, se trouve débordé, l’organisme est évidemment voué à une
prompte destruction par empoisonnement. Il lui reste alors un moyen de
survie qui est d’emmagasiner ces produits toxiques dans les
néo-formations ». Malgré cette concession au modernisme, MEURIS n’en
consacre pas moins un chapitre aux « trois miasmes ».
ATTACHEZ VOS CEINTURES :
DE QUELQUES DÉRAPAGES NON CONTRÔLES !
MEURIS était un
homme intelligent et érudit sur le plan homéopathique. Il ne se livrait pas
à des élucubrations comme celles d’un de nos confrères qui écrit, dans un
livre paru en 1988 « La sycose, tout en pouvant avoir une origine
gonococcique, peut aussi correspondre à un état qui résulte de la
suppression arbitraire et anti-naturelle d’écoulements, qui proviennent
d’affections catarrhales et éliminatoires ou de sécrétions anormales qui se
seraient manifestées à la suite d’excès (table, libations, excès sexuels,
etc...) ». Il semble qu’il y ait là une confusion avec le mode psorique, qui
précède le mode sycotique. Mais c’est surtout la suite qui est étonnante
(pour employer un euphémisme charitable !). Ainsi : « Dans l’adversité, le
sycotique cherchera à s’échapper, sa couardise le fait se cacher, il est
méfiant, susceptible. Quand il se fâche, il se met à crier ». Quelques
lignes plus loin : « C’est un audacieux, c’est le gagneur classique, dont le
but primordial est de s’attribuer l’avantage en tout », encore quelques
lignes plus loin : « Il est constamment inquiet, l’esprit en éveil
nourrissant des projets multiples.... ». Ces affirmations font douter des
affirmations de Denis DEMARQUE qui prétend que le luétisme n’existe
pas ! ! !
A notre avis, la
palme des élucubrations les plus délirantes revient à Jacques MICHAUD
(1918-1999) . Déjà le titre de son livre : « La fluoro-sycose »
(Similia1986), exprime une ambiguïté. Le fluor est un halogène, la sycose un
mode réactionnel ! La fluorose est une intoxication chronique par le
fluor. Le fluorisme est une notion qui a servi de base à la
conception de la constitution fluorique d’Antoine NEBEL, à partir du type
sensible de CALCAREA FLUORICA. Il semble en lisant ce livre qu’en réalité,
MICHAUD veut montrer les liens qui existeraient selon lui entre le mode
réactionnel luétique et le mode sycotique. Dès l’avant-propos, le délire
explose : « L’homéopathie a évolué aussi, ou plutôt ce sont les homéopathes
qui ont évolué, et pas toujours en bien non plus. L’homéopathie, elle, est
enracinée dans la loi de similitude, qui n’est que l’application médicale de
la loi d’analogie. Cette empreinte cosmique lui donne sa valeur éternelle et
sa sérénité de vérité absolue, les vérités scientifiques n’étant que
relatives » (sic !). « Nous offrons donc ce livre à nos auditeurs
(re-sic !), et les remercions de leur attachement et du soutien qu’ils nous
ont toujours apporté dans notre combat. Car il s’agit bien d’un combat,
celui que nous menons depuis plus de vingt ans pour une homéopathie
rigoureuse, qui a le droit d’être sévère avec les autres parce qu’elle est
sévère avec elle-même, fière de ses attaches spirituelles et n’acceptant
aucune compromission... » (re-re-sic ! !). Tout n’est pas mauvais dans ce
livre, heureusement. Par exemple, quand MICHAUD écrit : « La sycose est un
processus de refus, refus d’assimiler une substance non métabolisable, par
souci de respecter sa propre intégrité ». Tout n’est pas faux dans cette
affirmation. Mais l’organisme refuse-t-il cette assimilation pour respecter
son intégrité ou plus simplement parce qu’il ne peut pas assimiler une
substance non métabolisable ? MICHAUD continue : « Or dans la Société c’est
aussi pour respecter sa propre intégrité que l’individu réclame la liberté.
Et les excès de la Société de consommation l’ont amené à une telle exigence,
de même que les excès de la thérapeutique ont entraîné la sycose. En allant
plus loin on débouche sur l’anarchie, anarchie de la cellule d’un côté,
anarchie de la Société de l’autre, cancer de l’individu d’un côté, explosion
de la guerre ou de la révolution de l’autre ». Cela semble logique, même
s’il s’agit d’une extrapolation d’un fait médical plutôt objectif à une
analyse de la société, domaine bien différent par nature. Car MICHAUD
continue dans le même paragraphe et décrit la « société sycotique » basée
sur l’uniformité, comme celle des cellules cancéreuses (pourtant il semble
qu’il existe différents cancers non ?). « C’est ainsi que les prêtres ne
sont plus habillés en prêtres, et que les militaires n’osent plus sortir en
tenue. Par contre tout le monde se tutoie, tout le monde s’appelle par son
prénom, y compris enfants et parents, tout le monde s’embrasse, c’est le
Club Méditerranée en permanence, c’est le royaume du copinage
généralisé... ». Et la société sycotique mène à « l’homosexualité qui prend
des proportions affligeantes ». Car, dit MICHAUD : « La femme faisant fi de
sa spécificité physiologique, et considérant sa féminité comme une tare,
adopte le même langage, le même comportement, le même vêtement que l’homme
et revendique les mêmes activités. Dans un couple moderne, il n’est pas rare
que l’homme donne le biberon au bébé et fasse la cuisine pendant que la
femme travaille... Inversement, le jeune homme sans énergie, sans ambition,
sans courage, a de moins en moins les qualités traditionnelles de la
virilité. Comment s’étonner alors que dans cette Société de plus en plus
asexuée, l’homosexualité prenne des proportions affligeantes ».... «On
conçoit qu’avec de tels principes le contact avec les jeunes de la Société
sycotique soit malaisé. Et même leur langage est incompréhensible. Comme le
fluorique, le sycotique massacre la langue française à coup d’abréviations
et de sigles. Mais chez le fluorique c’est pour aller plus vite, chez le
sycotique, c’est parce qu’il ne peut articuler clairement des mots de plus
de deux syllabes.. ».
Il y a ainsi dans ce livre des pages et des pages d’affirmations de ce
genre. Il n’est pas possible de tout citer et il est plus simple de vérifier
par soi même en le lisant. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on est
bien loin du « terrain médical" et de l'homéopathie.
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POUR REDEVENIR SÉRIEUX
LE MODE SYCOTIQUE ACTUELLEMENT
Comment peut-on
comprendre le mode sycotique en cette fin du XX° siècle ? Comme les autres
modes réactionnels, le mode sycotique se définit d’abord comme une manière
de s’adapter à son environnement et ensuite de réagir aux facteurs
d’agression inhérents à la vie. Sa principale caractéristique est un
ralentissement des échanges entre les cellules, du fait de la rétention
d’eau dans les espaces péri- ou inter-cellulaires. Cette rétention hydrique
est un fait d’observation, avec son corollaire = l’aggravation par
l’humidité, ou par le froid humide, qui est non seulement une modalité
générale, mais souvent aussi un facteur étiologique (l’une des premières
« sonnettes d’alarme » est l’apparition de douleurs, surtout articulaires,
parfois dentaires, par temps humide, ou par temps froid humide) .
Rétention hydrique et rôle de l’humidité sont retrouvés dans tous
les médicaments dits « psoro-sycotiques », c’est-à-dire ceux qui
caractérisent une étape d’évolution lorsque le mode psorique est devenu
insuffisant pour maintenir l’équilibre (par défaillance des émonctoires et
donc insuffisance des éliminations) et que l’organisme met en œuvre le mode
sycotique = comme si les déchets métaboliques ne pouvant être éliminés,
étaient stockés dans les espaces inter-cellulaires. Citons parmi d’autres :
CALCAREA CARBONICA et GRAPHITES. Ces deux mêmes caractéristiques s’expriment
au maximum dans NATRUM SULFURICUM, puis dans THUYA.
Ensuite, le
ralentissement des échanges entre les cellules les oblige à une vie
autarcique. La vie cellulaire entraîne ipso facto des déchets métaboliques
que l’organisme doit éliminer. L’élimination des déchets est inhérente à la
vie, c’est une nécessité vitale. Lorsque ces déchets ne sont pas
suffisamment dégradés, par exemple par surcharge hépatique, ils sont
éliminés par des voies de suppléance = c’est le mode psorique. S’il ne peut
assurer les éliminations, l’organisme doit s’adapter sous peine de
pathologies plus dommageables pouvant menacer la vie. Il le fait par mise en
œuvre du mode sycotique = ces déchets sont stockés dans les espaces
intercellulaires puis dans des constructions cellulaires. Il s’agit
évidemment d’une explication schématisée. De plus, il est facile de
comprendre que le ralentissement des échanges se fait d’une manière
progressive et n’est jamais complet, sans quoi la vie cesserait. Cela
explique les états cliniques de transition où l’on retrouve chez le malade
des signes du mode psorique déjà déficient et ceux du mode sycotique, mis en
œuvre pour le suppléer. Ensuite, le ralentissement des échanges perturbe
sans aucun doute la mobilisation des éléments cellulaires de la réponse
immunitaire, ce qui explique la chronicité et la torpidité des troubles
inflammatoires à tous les niveaux, désespérants par leur ténacité et leur
côté rebelle aux traitements chimiques ou homéopathiques. Enfin, le
ralentissement des échanges aboutit finalement à la sclérose, ce que Henri
BERNARD appelait un « vieillissement précoce ».
Pour illustrer
ces notions, on peut imaginer l’organisation d’une grande ville. Chaque
« grand service », public ou privé, peut être comparé aux appareils de
l’organisme humain. La nutrition ou l’alimentation sont assurées par tous
les services alimentaires (importateurs, grossistes, distributeurs...). Le
système immunitaire correspond aux services médicaux, mais aussi aux
services du maintien de l’ordre. La circulation sanguine correspond à
l’évidence aux transports privés ou en commun, etc... Les habitants vaquent
à leurs activités, chacun a des besoins de différentes natures, consomme et
produit des déchets. Le service de ramassage des ordures veille à leur
élimination. La ville reçoit de l’extérieur et envoie à l’extérieur. Bref
il y a une organisation qui répond aux différents besoins d’une population.
Il suffit parfois d’un banal aléa pour dérégler une machine bien huilée. Par
exemple : une grève des transports, ou du service des ordures. Et les
problèmes commencent. S’il s’agit d’une grève de brève durée, il n’y a que
quelques inconvénients mineurs. Prenons un seul exemple = celui des ordures.
Au bout de quelques jours, celles-ci s’accumulent et posent des problèmes :
accumulation sur les trottoirs avec les risques de contagion et gêne de la
circulation des piétons. La mairie peut prendre des mesures de suppléance :
appel à l’armée, ou à des sociétés privées, etc... C’est par comparaison le
mode psorique = aussi longtemps que ces services de suppléance fonctionnent,
les inconvénients restent limités. Si la situation s’aggrave, chaque
habitant peut emmagasiner ses déchets dans son appartement, puis chaque
immeuble devra se débrouiller et s’organiser pour éliminer ses ordures que
les appartements ne peuvent plus stocker. On peut imaginer que le gardien
les brûlent dans la cour = cela correspond à des inflammations qui durent et
peuvent perdurer. On peut même imaginer la nécessité de construire ça et là
des petites unités d’incinération des ordures, un peu à l’image des
formations cellulaires du mode sycotique. On peut encore imaginer que les
habitants se trouvent stresser par ces inconvénients, ou soient atteints
d’infections, le service médical peut alors se trouver déborder par une
surcharge de travail. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, on peut
ajouter une grève des transports : les médicaments vont manquer, de même que
les fournitures de toutes sortes, alimentaires entre autres. Bref, au début
la ville se débrouille pour assurer les besoins et y parvient un temps =
c’est le mode psorique. Ensuite, elle éprouve différentes difficultés et
doit s’adapter = c’est le mode sycotique. Enfin, elle n’y arrive plus =
c’est la sclérose finale.
Une définition proposée
par Michel CONAN-MERIADEC :
Le mode
réactionnel sycotique = c’est une tendance générale à réagir par une
diminution des échanges avec rétention liquidienne et
sensibilisation à l’humidité sous toutes ses formes, le plus souvent
dans le sens d’une aggravation, en déterminant des inflammations
chroniques qui peuvent être :
1.
Soit des infections chroniques,
torpides, traînantes des muqueuses : rhino-pharyngées, respiratoires,
digestives ou génito-urinaires, avec des écoulements épais, jaune verdâtre.
2.
Soit des douleurs tiraillantes péri-articulaires :
·
Aggravées par le repos, le début du
mouvement, l’humidité.
·
Améliorées par le mouvement continué.
3.
Soit des manifestations cutanées sous forme :
·
d’éruptions, souvent vésiculaires et
croûteuses.
·
de tumeurs bénignes : verrues,
condylomes...
·
de sueurs grasses, visqueuses, localisées aux
plis.
4.
Evolution vers la sclérose dite sycose sèche, avec
inversion de la modalité princeps qui devient une amélioration
paradoxale par l’humidité.
LE MODE
SYCOTIQUE EN CLINIQUE
Roland ZISSU a
coutume d’étudier chaque mode réactionnel selon le même triptyque :
1.
Les causes qui mettent en œuvre le mode réactionnel
2.
Les sujets sensibles à ces causes
3.
L’impact clinique de ces causes sur ces sujets sensibles =
signes cliniques du mode réactionnel
Et comme les
trois mousquetaires qui étaient quatre, on peut ajouter à ce « triptyque »
un quatrième élément = les médicaments correspondant aux troubles déterminés
et indiqués selon le principe de similitude.
ETUDE DES
CAUSES DU MODE SYCOTIQUE :
Il faut
rappeler une évidence : chacun de nous est soumis continuellement à diverses
causes d’agression, de toutes natures. Seules certaines d’entre elles
trouvent un écho chez nous, les autres nous laissent indifférents. Il y a
certainement une composante héréditaire qui explique ce fait. Un sujet qui
est né d’un ou de deux parents déjà « ralentis » sur le plan métabolique, et
lui-même subissant cette tendance, sera plus sensible qu’un autres aux
facteurs étiologiques de ce ralentissement métabolique. Il est évident que
ce n’est pas le cas du longiligne réagissant sur le mode tuberculinique et
donc soumis à une accélération de son métabolisme. Ensuite, le facteur
héréditaire seul n’est pas suffisant, il n’exprime qu’une prédisposition,
il faut encore que le mode de vie réunisse ces facteurs d’agression. Par
exemple, un sujet prédisposé à réagir aux facteurs climatiques comme
l’humidité et le froid humide, peut voir ces menaces potentielles ne pas
s’exprimer s’il vit dans un pays au climat chaud et sec. Terrain de
prédisposition et mode de vie sont intimement liés.
R. ZISSU et M.
GUILLAUME affirment « qu’à l’origine des manifestations cliniques apparentes
de la diathèse sycotique, on retrouve en règle générale une porte d’entrée
infectieuse :
·
Soit génitale (gonorrhée, écoulements génitaux
chroniques)
·
Soit rhino-pharyngée (sinusite, rhinite
purulente subaiguës ou chroniques)
·
Soit vaccinale (et surtout évident paraît le
rôle des vaccinations antivarioliques répétées) ».
Ces affirmations
qui correspondent à des constatations cliniques soulignent en fait l’une des
principales causes de la mise en œuvre du mode sycotique que sont :
LES AGRESSIONS DU SYSTEME IMMUNITAIRE :
Tous les auteurs
sont unanimes à reconnaître la tendance à la chronicité des manifestations
sycotiques, surtout infectieuses. Mais il est difficile de dire ce qui la
provoque : il est fort probable que le facteur héréditaire du ralentissement
métabolique et du ralentissement des échanges favorise cette chronicité car
les éléments du système immunitaire circulent mal, expliquant ainsi la
mauvaise qualité de la réponse aux agressions microbiennes. Ensuite, en
supposant que le système immunitaire ait au départ tout son potentiel, il
est probable que des agressions répétées le perturbent. Ainsi, les auteurs
décrivent :
1/ Les agressions directes sur le système immunitaires :
·
d’abord les vaccinations que le nourrisson
subit dès les premiers jours de son existence, et qui seront répétées par la
suite.
·
Ensuite la corticothérapie à condition qu’elle
soit massive et prolongée. On en connaît au moins une conséquence =
l’infiltration des tissus qui correspond exactement à l’imbibition hydrique
décrite dans le mode sycotique.
2/ Les agressions
indirectes :
·
Au premier rang = l’antibiothérapie inadaptée,
notamment la pénicilline.
·
Les infections prolongées, chroniques,
traînantes, négligées ou mal traitées, notamment lorsque le site favorise la
prolifération microbienne : rhino-pharynx, voies génitales, intestins... En
fait, il y a sans doute une interaction entre le rôle du terrain sycotique
qui favorise la torpidité de ces infections et ces dernières qui sollicitent
une réaction immunitaire, elle même sans doute perturbée par la rétention
d’eau et le ralentissement des échanges. Et s’ajoute à tout cela le rôle de
la thérapeutique antimicrobienne, surtout par antibiothérapie et encore plus
particulièrement par la pénicilline. La nature du germe en cause joue aussi
un rôle, certains micro-organismes ont une tendance naturelle à la
chronicité : paludisme, colibacilloses, salmonelloses, mycoses,
gonocoque.... Et leur tendance à la chronicité entraîne des traitements
répétés et au long cours. C’est le cercle vicieux.
A propos de la
pénicilline :
Dès la fin des
années 40, les médecins « classiques » et homéopathes ont attiré l’attention
sur les effets iatrogènes des antibiotiques utilisés pourtant depuis
seulement quelques années. Pour ce qui concerne les homéopathes, Michel
GUERMONPREZ a publié un article en 1951 dans lequel il rapporte 4
observations qui montrent l’apparition de troubles typiquement sycotiques
chez des sujets pas spécialement prédisposés à cette diathèse, à la suite de
traitement intensif par la pénicilline. Il en tire plusieurs enseignements :
d’abord, il considère la pénicilline comme une cause importante de sycose
même chez des sujets non prédisposés (comme d’ailleurs la corticothérapie
intensive). Ensuite, il a l’idée de réaliser une pathogénésie de
PENICILLINUM et cette pathogénésie confirme le lien entre cet antibiotique
et le mode réactionnel sycotique = suppuration peu abondante mais
récidivante, traînante, gros furoncles successifs peu douloureux, douleurs
articulaires aggravées par le mouvement et par le froid humide, mycoses
variées et lichen, verrues et tumeurs cutanées bénignes, etc... (dont la
langue noire villeuse et les algies dentaires). Et GUERMONPREZ constate que
le traitement des états post-pénicillothérapiques impose outre la
prescription de PENICILLINUM comme remède de neutralisation étiologique,
mais aussi celle de THUYA, de NATRUM SULFURICUM, de NATRUM CARBONICUM, de
SILICEA, selon la similitude des symptômes des malades. Il conclut cet
article en affirmant que ses observations sur la pénicilline doivent être
sans doute étendues aux autres antibiotiques et que ce constat ne condamne
pas pour autant l’utilité des antibiotiques.
Dans la même
revue (Bulletin du C.H.F. 1951 - 2° semestre), on trouve également un
article de Roland ZISSU intitulé « Les antibiotiques et l’homéopathie ».
Citant divers articles « classiques », R . ZISSU souligne « Quelles soient
connues ou encore inconnues, les toxines microbiennes jouent un rôle
perturbateur dans l’immunité antimicrobienne, personne actuellement ne nie
ce fait ». Tous ces auteurs constatent qu’un traitement antibiotique donné
pour des infections comme la typhoïde, la variole, la rougeole, la
coqueluche..., est souvent suivi par d’autres infections. R. ZISSU donne
également quelques observations et étudie la réaction des malades aux
antibiotiques selon leur constitution et leur mode réactionnel. Il n’est pas
possible hélas de reproduire ici cet article in extenso, mais nous en
conseillons la lecture.
Pour résumer ce
premier point = chez le sycotique, le système immunitaire est perturbé du
fait du ralentissement des échanges intercellulaires. Tout ce qui peut
ajouter à cette perturbation du système immunitaire favorise la mise en
œuvre du mode sycotique ou exaspère ses réactions déjà manifestes par le
fait héréditaire. Même chez les sujets non prédisposés, l’antibiothérapie et
la corticothérapie intensives et répétées suscitent une réaction sycotique.
LES PERTURBATIONS DU METABOLISME DE L’EAU :
Comme cela sera
étudié plus loin, l’une, sinon la principale, des caractéristiques du mode
réactionnel sycotique est l’imbibition hydrique, la rétention d’eau
dans les espaces péricellulaires. On peut en conclure à l’évidence que le
sycotique a des problèmes avec son métabolisme de l’eau. Mais dans le sens
inverse de celui du tuberculinisme qui se déshydrate. Et c’est logiquement
que l’on trouve chez le sycotique l’indication de NATRUM SULFURICUM (le
sulfate de sodium) et chez le tuberculinique celle de NATRUM MURIATICUM (le
chlorure de sodium), deux sels de sodium car ce dernier joue un rôle capital
dans le métabolisme de l’eau.
Qu’est-ce qui
peut perturber le métabolisme de l’eau dans le sens de l’hydratation ?
·
Il y a d’abord le traumatisme crânien. Ce
n’est sans doute pas le plus fréquent des facteurs étiologiques, quoique la
circulation automobile en fournit tous les jours. Or, NATRUM SULFURICUM est
le seul médicament cité au degré fort dans le Répertoire de KENT pour les
suites de traumatisme crânien médiates ou immédiates. Et il ne faut pas
oublier les traumatismes psychiques avec leurs médicaments chimiques qui
peuvent avoir des conséquences semblables sur le métabolisme de l’eau
(diurétiques par exemple).
·
Un deuxième facteur est lié à la géographie.
Un sujet prédisposé à réagir selon le mode sycotique manifestera ce mode
réactionnel d’autant plus précocement que les circonstances de la vie le
font vivre dans un climat humide, ou dans un habitat humide, ou exercer une
profession comme autrefois les travailleuses des laverie. Et comme il n’est
pas toujours facile d’envoyer tous les prédisposés au mode sycotique vivre
au Sahel.... Il est de constatation courante de voir des sujets sycotiques
très infiltrés, d’ailleurs souvent des femmes généralement après les
grossesses et surtout après la ménopause, dans les îles au climat plus
humide, avec sans doute en plus une imprégnation par le chlorure de sodium
de la mer, suscitant sans doute une réaction inverse.
·
Le métabolisme de l’eau peut être perturbé par
certains agents chimiques dont les médicaments comme les diurétiques,
certaines hormones comme la pilule contraceptive et surtout, une fois
encore, les corticoïdes. A la pollution médicamenteuse, il faut ajouter de
nombreux polluants atmosphériques ou alimentaires (engrais chimiques,
pesticides, carences en oligo-éléments, etc...).
Il est
intéressant de souligner qu’HAHNEMANN considérait son miasme sycotique comme
le moins important, celui qui entraînait le moins de conséquences. Ce n’est
plus le cas aujourd’hui du fait de la multiplication prodigieuse des
facteurs sycotisants comme les pollutions de tous genres et les médicaments
utilisés massivement qui perturbent aussi bien les mécanismes immunitaires
que le métabolisme de l’eau.
|
LES DEUX GRANDES
ETAPES CLINIQUES
DU MODE SYCOTIQUE
|
|
LA PREMIERE ETAPE EST DITE "HYDROGENOÏDE"
C’est souvent, mais non exclusivement, la première phase du
mode réactionnel sycotique. Le terme “hydrogénoïdisme” est dû à
GRAUVOGL, qui définissait ainsi un état caractérisé par la rétention
hydrique par excès du métabolisme de l’hydrogène. Aujourd’hui, il a
essentiellement un sens clinique qui se limite à décrire un état particulier
sans interpréter sa cause.
A la suite d’une cause,
ou plutôt de la conjonction de plusieurs causes sur un “terrain” prédisposé,
le mode sycotique s’exprime en clinique par une sensibilité exagérée à
l’humidité, et plus particulièrement au froid humide. Cette
hypersensibilité apparaît progressivement = le patient perd sa bonne humeur
habituelle par temps humide, par temps pluvieux et froid, “il n’a pas le
moral ces jours-là”. Puis s’ajoutent à cet état dépressif des douleurs
articulaires d’abord assez imprécises, puis déchirantes, aggravées aux
premiers mouvements, améliorées au mouvement lent continué. Tout cela tend à
l’aggravation, ce qui accentue la tendance dépressive. Le patient ne fait
pas toujours spontanément le lien entre ses douleurs et l’humidité. Ensuite,
l’imbibition hydrique apparaît, localisée à certains tissus (peau d’orange)
ou plus généralisée, donnant la sensation subjective de bouffissure. C’est
la “cellulite” qui fait à la fois la désolation des femmes qui en sont
atteintes et le bonheur des marchands d’illusion qui proposent des
traitements miracles.
Au cabinet dentaire:
Il est fréquent de
voir des patients consulter pour des douleurs dentaires assez imprécises. La
mise en cause du mode sycotique est d’autant plus aisée que l’on ne trouve
pas de causes dentaires qui pourraient expliquer ces douleurs. Ce n’est pas
toujours le cas: on trouve souvent une obturation inadaptée ou un canal mal
obturé, ou un granulome quelque part. Mais il est rare qu’une cause dentaire
explique des douleurs des deux côtés, c’est-à-dire du côté droit et du côté
gauche, en haut et en bas. C’est souvent le praticien qui met en cause le
froid humide. Le traitement est alors simple: DULCAMARA se trouve le plus
souvent indiqué bien qu’il ne soit pas le seul, avec ses remèdes de fond
comme NATRUM SULFURICUM ou THUYA.
Mais le plus
intéressant pour le patient, c’est que les douleurs dentaires par froid
humide doivent être considérées comme une sonnette d’alarme de la mise en
œuvre du mode sycotique et doivent inciter à la mise en œuvre d’un
traitement de fond, souvent en collaboration avec un médecin, afin d’éviter
les conséquences prévisibles sur le parodonte telles qu’on les trouve
exprimées dans la Matière médicale.
Pendant cette période
apparaissent des infections traînantes et récidivantes:
Ces infections
concernent différentes muqueuses = O.R.L., digestives, génito-urinaires,
avec les caractères déjà décrits: tendance à la torpidité, à la chronicité,
à la récidive. Il est fréquent d’entendre les patients dirent “Autrefois, un
rhume durait deux ou trois jours, maintenant j’en ai pour des semaines!”. Le
froid humide joue le rôle de déclencheur et de modalité d’aggravation.
Ces infections sont
considérées comme des tentatives d’élimination, surtout du fait de leur
aspect catarrhal. Mais à l’inverse des éliminations centrifuges du mode
psorique, ces éliminations ne soulagent pas le patient. L’imbibition
hydrique et la rétention d’eau dans les espaces péricellulaires expliquent
la tendance à la fixité et à la chronicité.
Ces infections se
manifestent également au niveau de la muqueuse buccale = gingivite qui
s’exprime en différents tableaux, en voici trois:
·
NATRUM SULFURICUM = il y a d’abord
accumulation d’un mucus épais et tenace, puis une sensation de sécheresse
buccale avec brûlure. La gencive devient enflée, rouge, puis s’ulcère. A la
longue apparaît une maladie parodontale = “les dents deviennent branlantes
et tombent facilement”.....
·
THUYA = irritation de la muqueuse
buccale avec aphtes, gingivite banale au début, puis ulcéreuse, avec
dénudation des collets, tendance aux caries des collets radiculaires, etc...
·
KALI CARBONICUM = “sensation de
sécheresse, inflammation, gonflement et ulcérations de la gencive, qui se
“décolle” des dents, les dents alors se gâtent et il faut les arracher de
bonne heure”.
Il existe
d'autres médicaments qui concernent le chirurgien-dentiste
Entre les
prémisses comme la sensation de sécheresse et de brûlure et l’aboutissement
qui entraîne l’avulsion des “dents branlantes”, il se passe du temps et
l’on peut tenter une prévention si le patient vient consulter précocement.
Il ne faut pas alors “rater” l’indication de l’un de ces médicaments qui ne
s’expriment encore que par des signes discrets.
M. CONAN-MERIADEC
voit dans ces infections récidivantes “une sensibilité de type
allergique à médiation cellulaire, microbienne ou toxique, à un germe, à un
virus, à un polluant chimique”. Ceci est important dans la mesure où
le traitement en est conditionné = c’est la prescription de un ou plusieurs
médicaments à visée de neutralisation étiologique (vaccins, médicaments
polluants dilués et donnés en prises répétées en dehors des phases aiguës et
en accompagnement des médicaments de fond ou de syndromes).
|
|
 |
Le froid humide influence la pathologie infectieuse soit comme agent
déclenchant, soit comme modalité d’aggravation. Il témoigne de la rétention
d’eau par le sujet, rétention qui s’exprime au niveau de tous les tissus
conjonctifs expliquant les tendances à l’obésité, aux névralgies, aux
troubles articulaires, aux troubles cutanés, à la dépression etc... Le
système immunitaire n’y échappe pas: “Le sycotique ne s’immunise pas,
au contraire il se sensibilise aux germes et aux virus, surtout s’il vit
dans un environnement humide et pollué” - Michel CONAN-MERIADEC
(1921-2000). |
Toujours pendant cette période apparaissent des constructions cellulaires:
On sait qu’HAHNEMANN
avait décrit le premier les excroissances bourgeonnantes comme étant la
conséquence de la suppression d’un écoulement urétral. Il a regroupé ces
conséquences sous le nom générique de sycose, terme que l’on trouve déjà
dans “De arte medica” de CELSE (Aulus Cornelus Celsus = médecin du temps
d’Auguste -63 avant et 14 après J.C.) qui affirmait alors “Un ulcère a reçu
des Grecs le nom de sycose d’après la ressemblance qu’il offre avec une
figue” (siko = figue).
Dans les tumeurs
bénignes sycotiques, on trouve toutes sortes de verrues, de végétations
comme les condylomes, les polypes, les papillomes, les kystes, les fibromes,
les molluscum, etc...
Note:
Dans l’E.M.C.
Homéopathie (tome 1, 38.150 A40), Georges FOIX signale que les anglo-saxons
ont mis en évidence deux petits signes objectifs pathognomoniques du mode
sycotique:
·
L’induration du cartilage de l’oreille
·
La rétraction des tendons fléchisseurs de la main
(maladie de Dupuytren)
En résumé:
La première
phase du mode sycotique est appelée “phase hydrogénoïde” en raison de
l’hypersensibilité à l’humidité et au froid humide. Ceux-ci déclenchent et
aggravent une tendance dépressive avec anxiété, puis idées fixes, des
douleurs articulaires, des inflammations muqueuses tenaces, des productions
tumorales bénignes au niveau des muqueuses et de la peau. Et bien entendu
divers autres troubles à différents niveaux, entre autres la fameuse
diarrhée de NATRUM SULFURICUM qui apparaît par temps humide ou après le
petit déjeuner.
| LA SECONDE ETAPE
EST DITE "SCLEREUSE"
Elle peut faire suite à la précédente, ou apparaître d’emblée mais
progressivement chez des sujets prédisposés (luétiques maigres par
exemple selon R. ZISSU). Elle se caractérise essentiellement par une
tendance aux scléroses multiples. R. ZISSU donne l’explication
suivante : « L’eau péri-cellulaire à la longue, en stagnant, finit
par étouffer la cellule, dont les processus anaboliques et cataboliques
se ralentissent, puis s’éteignent, aboutissant à la sclérose. A ce
stade, l’apport d’un peu d’eau permet un réamorçage transitoire du
mouvement péri-cellulaire et une réaction elle-même éphémère des
processus métaboliques cellulaires, correspondant cliniquement à une
amélioration générale ou seulement locale... ».
Ainsi s’explique une modalité caractéristique de la phase scléreuse, l’amélioration
par l’humidité et par la chaleur (la vasodilatation qu’elle
provoque suscite la même reprise transitoire des échanges). Et R. ZISSU
ajoute que l’indifférence vis-à-vis de l’humidité signifie une
aggravation générale car l’apport d’eau extérieure ne suffit plus.
La sclérose
se manifeste à tous les niveaux, notamment aux articulations avec
enraidissement péri-articulaire et des tendons aboutissant à une
véritable arthrose de plus en plus difficile à traiter. La peau se
couvre d’éléments du type noevi-rubis, de taches ou de plaques brunâtres
appelées « crasse sénile ». Les tumeurs jusque-là bénignes peuvent
évoluer vers la malignité.
La sclérose constitue un vieillissement des tissus atteints. Elle peut
se manifester précocement chez les sujets mettant en œuvre le mode
sycotique pour les raisons déjà évoquées, d’autant plus précocement que
la charge héréditaire est plus pesante. C’est en ce sens que se trouve
justifiée la conception de Henri BERNARD qui considérait la sycose comme
« un vieillissement prématurée »
|
TRAITEMENT HOMÉOPATHIQUE
DES TROUBLES BUCCO-DENTAIRES DU SYCOTIQUE
Comme cela a
été dit plusieurs fois = le mode sycotique se caractérise essentiellement
par un ralentissement des échanges intercellulaires du fait d’une rétention
hydrique. Cela explique la tendance à l’imbibition (obésité flasque) avec
des troubles déclenchés et aggravés par l’humidité et le froid humide, dont
des névralgies dentaires. De plus le ralentissement des échanges perturbe
profondément les mécanismes immunitaires à tous les niveaux dont la cavité
buccale, ce qui explique la torpidité de tous les troubles. Il faut en
prévenir le patient, qui risquerait de se décourager sans attendre les
résultats. La mauvaise qualité de la réponse immunitaire au niveau de la
bouche explique la persistance d’une gingivite banale au départ, mais qui
évolue ensuite progressivement vers une maladie parodontale mutilante. On se
méfiera dans le traitement de la gingivite ou des inflammations buccales des
effets iatrogènes et sycotisants des médicaments chimiques comme les
antibiotiques.
L’homéopathie
est une médecine holistique, tout le monde le sait. Il faut en tenir compte
même lorsque l’on doit traiter une affection localisée. Bien entendu, il ne
faut pas non plus exagérer = une carie banale ou une gingivite érythémateuse
n’imposent pas systématique une anamnèse poussée et remontant jusqu’aux
arrière-grands-parents. Mais lorsqu’un sujet jusque-là sans carie commence à
en avoir plusieurs, il est normal de se demander pourquoi. Il peut s’agir de
simples erreurs hygiéno-diététiques. Mais ce peut être les prémisses d’une
décompensation diathésique. C’est alors que l’homéopathie peut jouer son
rôle préventif si l’on peut situer cet incident local dans son contexte
général. Par exemple, et nous commencerons notre
étude sur la thérapeutique des troubles bucco-dentaires des sycotiques par
cela, la mise en œuvre du mode sycotique peut se manifester par des
névralgies dentaires qu’aucune cause locale n’explique. De plus,
nous l’avons dit et répété, le mode sycotique est mis en œuvre
progressivement, le plus souvent lorsque le mode psorique est devenu
insuffisant. C’est pour cela que l’on décrit des remèdes d’évolution
psoro-sycotique qui peuvent concerner le chirurgien-dentiste. Voici les
principaux pour ce qui concerne la pathologie bucco-dentaire.
PREMIER EXEMPLE = GRAPHITES
C’est l’un des
principaux remèdes d’évolution psoro-sycotique. Ce patient a longtemps réagi
sur le mode psorique. Puis pour diverses raisons, notamment par suite de la
persistance de la sédentarité, des erreurs alimentaires, des troubles
endocriniens comme l’insuffisance thyroïdienne, des troubles de la vie
génitale féminine (puberté, grossesses, ménopause climatérique), ce sujet
voit ses émonctoires se bloquer : émonctoire cutané (peau devenue épaisse,
éruptions croûteuses laissant suinter un liquide épais, troubles
trophiques..., à comparer à ANTIMONIUM CRUDUM, complémentaire fréquent),
émonctoire intestinal avec une constipation de plus en plus opiniâtre,
tendance à l’obésité, etc... Le ralentissement métabolique progressif
accentue la tendance à l’auto-intoxication. Ce sujet devient sensible au
froid humide et garde du mode psorique initial l’aggravation par la chaleur
qui accentue ses troubles circulatoires.
Voilà donc ce
sujet devenu gras, constipé et frileux. Pour quelles raisons vient-il
consulter son dentiste ? Rarement pour ses éruptions labiales ou
péri-labiales, car il consulte pour cela plus volontiers son médecin. Il
vient plutôt pour des vésicules brûlantes au niveau de la lèvre inférieure
ou au niveau de la langue, surtout à la pointe, avec sécheresse buccale pire
au réveil, salivation abondante notamment la nuit (Mercurius sol.). Il peut
venir consulter également pour une gingivorragie au brossage ou au contact.
Que peut faire un dentiste « classique » pour un tel patient ? Sans doute
pas grand chose, à part les éternels bains de bouche. Un dentiste
« homéopathe » peut mettre en évidence l’indication de GRAPHITES, plus sur
ses signes généraux et psychiques que buccaux. Et là la possibilité
préventive de l’homéopathie peut s’exprimer car si l’on consulte la matière
médicale on peut lire textuellement : « Les gencives se rétractent, les
dents brûlent et piquent, douleurs dans les dents par vent froid... »
(Kent).
 |

Ces photos de J. Jouanny montre l'eczéma derrière
l'oreille et une verrue plantaire |

Type de verrues de
GRAPHITES |
En résumé : au début
quelques troubles banals conduisent le patient GRAPHITES au cabinet
dentaire. Si l’on peut mettre en évidence l’indication de ce médicament,
outre la guérison de ces troubles réversibles, on a une action préventive
sur la maladie parodontale annoncée dans la Matière médicale. Si le patient
vient consulter trop tard, c’est-à-dire lorsque les dents sont déjà
menacées, la chirurgie parodontale est vouée à l’échec sans une action sur
le terrain.
DEUXIÈME
EXEMPLE = KALI CARBONICUM
Il s’agit encore
une fois d’un médicament d’évolution psoro-sycotique. Ce patient a tendance
à l’obésité par infiltration de ses tissus et par rétention d’eau. C’est un
sujet devenu déprimé, hypersensible (au bruit, au contact...), irritable,
frileux, anémique, multiphobique (comme CALCAREA CARBONICA), très
asthénique. Sa tendance à la bouffissure s’exprime notamment aux angles
internes des paupières supérieures. Ce sujet craint particulièrement le
froid humide, déteste les courants d’air, transpire au moindre effort. Il
souffre d’une dyspepsie flatulente intense, éructe sans cesse, est constipé,
a des hémorroïdes douloureuses. Parfois il a de l’asthme (crise entre 2h et
4h du matin). Bref, c’est un sujet souvent très décompensé, souvent à la
suite d’une maladie grave.
Il vient au
cabinet dentaire au début pour une sensation de sécheresse buccale malgré
une salivation augmentée, pour des vésicules brûlantes dans la bouche et sur
la langue, pour une haleine fétide, pour des douleurs dentaires chaque fois
que le patient a eu froid, douleurs lancinantes, élançantes au niveau de
dents saines, odontalgies en mangeant, ou par les aliments froids. Mais le
plus souvent, il vient pour une gingivite : « Inflammation, gonflement et
ulcérations des gencives ; les gencives se décollent des dents, s’en
séparent ; les dents alors se gâtent et il faut les arracher de bonne heure.
La bouche est pleine de petites plaques, de petites ulcérations ; pus
suintant entre les gencives et les dents » (Lathoud). Les choses sont bien
claires. C’est la maladie parodontale dans sa splendeur. La carie dentaire
peut s’expliquer par plusieurs causes : d’abord par abus de sucreries,
ensuite par brossage insuffisant, enfin par dépression de l’immunité locale
du fait du mode sycotique. La gingivite et la maladie parodontale ne font
qu’exprimer la décompensation de ce sujet. Inutile de dire que la chirurgie
est vouée à l’échec. Et encore une fois, tout l’intérêt est de reconnaître
ce médicament suffisamment tôt, au stade des troubles banals réversibles,
afin de prévenir la maladie parodontale.
TROISIEME
EXEMPLE = LACHESIS
Voici encore un
médicament très intéressant aussi bien sur le plan général
qu’odonto-stomatologique. Il s’agit d’un polychreste aux indications
nombreuses qui échappent au cadre étroit d’un seul mode réactionnel. Pour
rester sur le plan limité ici de l’évolution psoro-sycotique, LACHESIS se
trouve indiqué lorsque les éliminations salutaires du mode psorique ne se
font pas, ou se font mal. Et l’exemple le plus démonstratif est celui de la
femme en cours de ménopause climatérique, toujours sur le plan général, mais
particulièrement sur le plan des conséquences bucco-dentaires qui concernent
le chirurgien-dentiste, en raison de l'arrêt d'une élimination, ici
physiologique, mais salutaire.
Toutes les
femmes ménopausées ne sont pas systématiquement justiciables de LACHESIS. Il
s’agit le plus souvent d’une femme qui a longtemps réagi sur le mode
psorique et qui trouvait dans SULFUR le remède de nombreux de ses troubles
généraux ou locaux. LACHESIS est un venin de serpent, donc une substance
étrangère à l’organisme, dont l’action sur ce dernier ne peut être que
toxique. C’est exactement ce que représente l’alcool, autre toxique, aux
effets sur l’organisme comparables à ceux de LACHESIS, avec deux cibles
privilégiées : le foie et l’appareil vasculaire. On comprend ainsi pourquoi
l’alcoolisme est l’une des causes principales de LACHESIS, de même qu’il est
l’une des causes de la décompensation psorique (il l'est également pour le
mode luétique). On sait que le mode sycotique peut être mis en œuvre à la
suite du mode psorique lorsque les éliminations indispensables ne se font
plus. On retrouve cela au degré fort dans LACHESIS = mauvais effets de la
suppression d’un écoulement et inversement amélioration par un écoulement.
Cette caractéristique explique à elle seule, même s’il y en a d’autres,
l’indication si fréquente de LACHESIS au cours de la ménopause climatérique.
Climatérique parce que la ménopause ne se fait pas en un seul jour, à
l’évidence.
Lorsqu’une femme
LACHESIS vient au cabinet dentaire, on retrouve obligatoirement ses grandes
caractéristiques :
·
Alternance dans la même journée
d’excitation et de dépression : dépression matinale avec
asthénie, anxiété avec mélancolie, tristesse, humeur maussade, quasi
mutisme, phobies, jalousie surtout vis-à-vis du mari, etc... et
excitation vespérale avec loquacité incohérente,
activité débordante, autoritarisme, orgueil, etc...
·
Troubles circulatoires : bouffées de chaleur,
intolérance à la chaleur, palpitations à la moindre émotion, céphalée
congestive, tendance aux hémorragies, aux ecchymoses, à l’hypertension,
etc...
·
Intolérance à toute constriction et notamment
aux vêtements serrés au niveau de la taille et du cou.
Cette femme
vient consulter son dentiste :
·
Au début pour des gingivorragies très faciles,
surtout juste avant ses règles. Ou encore pour des aphtes apparaissant
souvent quelques jours avant les règles. Ou encore pour des sensations de
brûlure dans la bouche dues souvent à une hyposialie liée à la ménopause qui
arrive. Se méfier des hémorragies per- et post-opératoires et de la tendance
aux alvéolites suppurées.
·
Puis apparaît une gingivite plus lésionnelle
avec des ulcérations qui vont progressivement s’aggraver. Tendance
hémorragique très nette qui rappelle celle de PHOSPHORUS (remède
d’aggravation). Formation de poches gingivales puis parodontales avec
alvéolyse, mobilité dentaire, bref développement d’une maladie parodontale.
·
En dehors de cette pathologie parodontale, il
est fréquent de voir cette femme après sa ménopause pour des stomatodynies
expliquées par l’anxiété, la dépression, les soucis de toutes sortes,
notamment ceux engendrés par une jalousie maladive et soupçonneuse vis-à-vis
du mari.
L’expérience
clinique montre des résultats spectaculaires lorsque le traitement est
commencé en temps utile, avant l’irréversibilité des lésions parodontales.
On constate cette même efficacité sur des troubles bucco-dentaires
comparables mais survenant chez un alcoolique invétéré.
Résumé: ces trois
médicaments ne sont pas les seuls mais ils représentent trois situations
courantes au cabinet dentaire. Leur trait commun est le mode réactionnel qui
s'exprime ainsi en clinique, selon l'histoire de chaque patient. Donnés en
temps utile, c'est-à-dire lorsque les troubles sont réversibles, ils peuvent
"guérir" les troubles buccaux et surtout, stopper un processus qui évolue
lentement vers l'aggravation et la sclérose.
LES NÉVRALGIES DENTAIRES PAR LE FROID HUMIDE
Ce
chapitre est ici isolé parce qu’il constitue une cause fréquente de
consultation du chirurgien-dentiste et qui pose souvent un vrai problème de
diagnostic étiologique. Ces névralgies dentaires touchent plus
volontiers des adultes, parfois d’âge mûr. Ils ont donc souvent reçus de
nombreux soins dentaires, plus ou moins bien réalisés. Il faut donc
rechercher une cause dentaire avant d’en attribuer la responsabilité au mode
sycotique. Ce qui n’est pas une mince affaire. Il arrive ainsi que l’on
reprenne certains traitements parce qu’un canal est mal obturé, parce qu’il
existe un ou plusieurs granulomes apicaux, parce qu’une couronne semble
n’être plus adaptée, etc...
Lorsqu’une cause
dentaire est écartée, on peut alors envisager la responsabilité du mode
sycotique qui commence seulement à être mis en œuvre chez ces sujets et dont
la première manifestation clinique peut être la névralgie dentaire qui
apparaît et qui est aggravée par temps humide et le plus souvent par temps
froid et humide. Certes en cherchant un peu et en interrogeant, on
retrouve bien quelques signes de l’état hydrogénoïde comme la cellulite par
rétention d’eau, la tendance à l’embonpoint qui commence et ne cède pas à
quelques jours de régime comme c’était le cas il y a seulement deux ou trois
ans, l’apparition parfois de verrues. On retrouve aussi quelques causes
typiquement sycotisantes, notamment des vaccinations.
DULCAMARA :
C’est sans doute le premier médicament auquel il faille penser en cas de
névralgies dentaires ou faciales apparaissant et/ou aggravées par le froid
humide, par temps pluvieux ou par brouillard. Plusieurs auteurs, dont D .
DEMARQUE, affirment que cette seule circonstance suffit à sa prescription,
que ce médicament est au froid humide ce qu’ACONIT est au froid sec. Bien
entendu, ces douleurs ne sont pas les seules manifestations de l’état
hydrogénoïde, ni la seule localisation. Ce sujet ressent dans ses muscles
et dans ses ligaments les changements de temps dans le sens de
l’humidité.
On peut classer ce médicament dans la série psoro-sycotique parce qu’il
n’apprécie pas la suppression intempestive d’une élimination =
élimination cutanée du type sycotique (volontiers torpides) comme les
éruptions vésiculeuses prurigineuses, saignant, suppurant (impétigo,
eczéma, etc... - élimination digestive comme la diarrhée visqueuse,
jaunâtre ou verdâtre, précédée de douleurs ombilicales, améliorée par
l’émission de gaz - élimination respiratoire comme le coryza au moindre
froid humide, avec expectoration épaisse. A signaler la névralgie faciale
faisant suite à la suppression de dartres de la face, évoquant le mode
sycotique et un autre médicament comme MEZEREUM.
La névralgie faciale ou les douleurs dentaires produisent une sensation de
percement dans la joue, ou des douleurs déchirantes avec sensation de
froid dans la zone douloureuse (AGARICUS = aiguilles de glace). DULCAMARA
peut être aussi un remède de stomatite évoquant celle du mercure, avec
sécheresse et soif, à condition de retrouver la circonstance étiologique
et la modalité d’aggravation par le froid humide.
Bien entendu, l’indication et surtout l’efficacité de ce médicament oblige
à rechercher un remède de fond, souvent NATRUM SULFURICUM ou THUYA. Mais
s’il apparaît au début de la mise en œuvre du mode sycotique, ce qui est
fréquent, le retour vers le mode psorique peut être constaté. On ne
commettra pas alors l’erreur thérapeutique de bloquer une élimination.
RHODODENDRON :
Ce médicament est très proche du précédent dans la mesure où l’on retrouve
les douleurs dentaires ou la névralgies faciales apparaissant et aggravées
par temps froid et humide. La seule différence est que RHODODENDRON est
plus particulièrement influencé par l’atmosphère chargée en électricité,
c’est-à-dire que ses douleurs apparaissent souvent avant un orage et
disparaissent lorsque celui-ci a éclaté .
Les douleurs dentaires sont comparables à celles de DULCAMARA, elles sont
améliorées en mangeant, par la chaleur (locale), par le mouvement. Elles
apparaissent avant l’orage, par temps humide et froid, lors des
changements de temps. Elles sont très souvent accompagnées de douleurs
déchirantes dans les articulations influencées par les mêmes circonstances
climatiques ou de douleurs dans les testicules et les cordons
spermatiques.
ARANEA DIADEMA :
Cette araignée à diadème est plus connue sous son nom d’épeire car
on en trouve dans les jardins. Elle fournit un « petit » médicament
homéopathique pour divers troubles chez des sujets typiquement sycotiques
hydrogénoïdes toujours « frigorifiés « et rhumatisants.
Le patient se dit « glacé jusqu’aux os », ne parvient pas à se
réchauffer, craint surtout l’humidité froide ou le froid humide. On
retrouve les névralgies dentaires, trigéminales, localisées souvent au
maxillaire supérieur, apparaissant et aggravées par le froid humide, ou
chaque fois que le sujet a travaillé ou séjourné dans un local humide et
froid. L’originalité par rapport aux deux remèdes précédents est la
régularité périodique des douleurs, habituellement vers minuit. La
régularité d’horloge (chaque jour à la même heure) évoque CEDRON auquel on
pense d’abord, ou ARSENICUM ALBUM et CHINA, ces deux derniers ayant une
action plus étendue. L’aggravation la nuit, la localisation osseuse,
l’aggravation par le froid humide font penser au luétisme.
D'une manière générale, ces douleurs dentaires ne comportent pas de
caractère de gravité. Mais, pour un praticien averti, elles constituent une
véritable sonnette d'alarme. Elles sont les premières manifestations du mode
réactionnel sycotique. Elles permettent d'alerter le patient, de proposer
une thérapeutique préventive, non seulement sur le plan bucco-dentaire, mais
surtout sur le plan général en orientant les patients vers un médecins
homéopathes.
Suite = étude des
médicaments de fond du mode sycotique
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