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Mode réactionnel psorique
et pathologie bucco-dentaire
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La bouche ne
peut que refléter ce qui se passe dans l’organisme. Dans le schéma du mode
psorique, les deux phases, sthénique puis asthénique, s’expriment de la même
manière qu’ailleurs dans l'organisme.
La première phase
est celle des éliminations par voie cutanée ou muqueuse, avec alternances et
périodicité. La gingivite acquiert ainsi une signification qui échappe
totalement aux praticiens « classiques », qui lui opposent une
thérapeutique que nous, homéopathes, savons iatrogène, mais qui est logique
dans leur conception.
Dans un premier
temps, il s’agit d’une forme de gingivite banale, érythémateuse, avec
des douleurs plus ou moins brûlantes. On ne trouve pas le plus souvent de
causes locales habituellement avancées pour expliquer l’apparition de cette
affection. Ou encore peut-il s’agir d’une glossite elle aussi banale.
On peut voir également une aphtose banale en elle-même, sinon que
déjà la périodicité est présente et qu’il faut savoir rechercher l’existence
d’une éruption cutanée avec laquelle elle peut alterner. C’est là une notion
purement homéopathique.
Ce n’est que
par la suite, et progressivement, parallèlement aux difficultés
émonctoriales et éliminatoires, que la gingivite devient progressivement
ulcéreuse, puis ulcéro-nécrotique. La muqueuse gingivale et le
parodonte traduisent localement ce qui se passe dans l’ensemble de
l’organisme. A leur niveau, les troubles perdent en intensité ce qu’ils
acquièrent en torpidité. La gingivite érythémateuse douloureuse du début
est devenue une gingivite ulcéreuse chronique, peu ou pas douloureuse. Il y
a parfois, et même souvent, formation d’une poche suppurée, gingivale
d’abord, puis parodontale. On se demande pourquoi tel patient a longtemps
supporté sans inconvénient une cause locale d’irritation, comme par exemple
un amalgame débordant ou une couronne mal ajustée ou encore un tartre plus
ou moins abondant. La gingivorragie motive fréquemment la consultation. mais
souvent aucune cause locale ne l’explique. Ou alors on constate l’existence
d’une cause locale présente depuis longtemps et bien tolérée jusque-là et on
peut se demander pourquoi cette irritation n’a pas provoqué le saignement
auparavant. Il s’agit en fait du reflet local de la congestion portale,
elle-même conséquence de l’atteinte hépato-digestive. Et progressivement la
maladie parodontale se développe, souvent débutant au niveau des incisives,
inférieures habituellement, sans doute parce qu’il s’agit d’une circulation
sanguine « terminale ». Les détartrages successifs ralentissent l’évolution,
sans inverser le sens évolutif. Alors on tente une intervention parodontale,
on comble, on curette, avec des résultats momentanés satisfaisants, mais avec
des récidives fréquentes que l’on attribue à une maîtrise insuffisante de la
plaque dentaire. Le patient est ainsi culpabilisé. Lorsqu’on ne trouve pas
de cause locale, comme le tartre ou une épine irritative, il reste le
problème occlusal. On est alors heureux de trouver une perturbation, car
chacun a besoin d’une explication, le praticien surtout.
Cependant, si
la maladie parodontale est bien l’expression locale de troubles
éliminatoires qui se font mal, toutes les techniques chirurgicales sont
vouées à l’échec, avec en plus le risque de bloquer un émonctoire, de
déplacer le problème par une métastase qui peut elle-même être un facteur
d’aggravation de l’état général.
La conception
homéopathique des modes réactionnels généraux permet tout d’abord une
compréhension de la pathologie locale, ici buccale. Avec déjà un avantage =
ne pas commettre l’erreur thérapeutique de bloquer une élimination
salutaire. Ensuite, elle permet de proposer une prévention en associant les
techniques locales par suppression des causes irritatives, à des règles
hygiéno-diététiques nécessaires puis à un traitement de fond par des
médicaments homéopathiques indiqués par la symptomatologie globale du
patient. Sans oublier la collaboration du médecin chaque fois que nécessaire
= c’est en réduisant, voire en supprimant la congestion portale que l’on
peut parvenir à faire disparaître la pathologie buccale sus-décrite, parce
qu’elle est la cause première et que le reste n’est que la conséquence.
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TRAITEMENT HOMEOPATHIQUE
DES TROUBLES BUCCO-DENTAIRES
DU MODE PSORIQUE
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Les sujets les plus susceptibles de
réagir sur le mode psorique sont d’abord les brévilignes, ils le font
précocement du fait de leur ralentissement métabolique disons
« constitutionnel » et sont donc plus sensibles aux conséquences des
facteurs d’auto-intoxication, surtout d’origine digestive. Puis les
normolignes plus tardivement par suite de la sédentarité, des erreurs
hygiéno-diététiques et autres facteurs associés. Il serait donc logique de
commencer cette étude par les premiers. Mais en réalité, la logique reste en
faveur des normolignes parce que chez eux le mode psorique est très souvent
le seul mis en oeuvre, simplement parce que longtemps il suffit au maintien
de l’équilibre. Alors que chez le bréviligne le mode psorique devient vite
insuffisant et l’organisme doit mettre en oeuvre un autre mode réactionnel,
en l’occurrence et le plus souvent le mode sycotique.
Le mode psorique chez
le normoligne:
Depuis M.
MARTINY et H. BERNARD, le normoligne, appelé par BERNARD le
sulfurique, est caractérisé par une particulière bonne adaptation à son
milieu et par des réactions défensives sthéniques. Tout cela du fait d’une
distribution optimale de ses feuillets embryonnaires. Et comme on retrouve
dans SULFUR les principales indications lorsque ce sujet est malade, BERNARD
a décrit un biotype sulfurique, qu’il subdivisait en plus en trois biotypes:
SULFUR NEUTRE parce que réagissant uniquement (et longtemps) sur le seul
mode psorique - SULFUR GRAS lorsque ce biotype, sans doute du fait de son
hérédité, se décompensait en en ralentissant son métabolisme, en retenant
l'eau des ses espaces péri-cellulaires, en grossissant et mettait en oeuvre
le mode sycotique lorsque le mode psorique devenait insuffisant - SULFUR
MAIGRE lorsque le biotype devenait sensible aux facteurs du mode
tuberculinique en accélérant son métabolisme, en "brûlant" ses minéraux,
(remèdes « muriatiques » pendant un temps et à titre transitoire).
Le
chef de file des médicaments du mode psorique
SULFUR
C’est à juste titre qu’HAHNEMANN, partant uniquement de
constatations cliniques, a fait de SULFUR le remède principal des troubles
psoriques. HAHNEMANN ignorait sans doute le rôle du soufre dans tous les
processus d’élimination et de désintoxication de l’organisme. Il ne
soupçonnait pas à coup sûr l’existence des immuno-globulines, ni que
celles-ci forment des chaînes doubles réunies entre elles par des ponts
di-sulfure, ce qui peut expliquer le rôle thérapeutique de SULFUR dans les
réactions allergiques ou dans les maladies auto-immunes. La biochimie
explique les perturbations physio-pathologiques du soufre et leur adéquation
aux troubles du mode psorique.
On peut dire que
SULFUR « couvre » toute la période de la phase sthénique, qui peut perdurer
des années selon le mode de vie. Il est possible de décrire des cas de
figure montrant la dégradation progressive.
Premier cas de figure:
Il est fréquent
de voir en consultation des enfants ou des adolescents pour une
gingivite ou pour une aphtose banales.
L’interrogatoire ne révèle rien de particulier, ces patients ne sont
pratiquement jamais malades, ils s’adaptent bien à leur environnement, sont
indifférents aux facteurs climatiques, mangent n’importe quoi et digèrent
tout. Bref, on ne trouve rien d’anormal. De plus aucune cause locale
n’explique la pathologie buccale. L’expérience clinique montre pourtant
l’efficacité de SULFUR 15 CH, donné une fois par semaine ou tous les
15 jours. En dehors de la notion de récidive, ou parfois de la périodicité
de ces affections, rien n’est retrouvé des facteurs étiologiques du mode
psorique pourtant à l’évidence mis en oeuvre, ne serait-ce que du fait de
l’efficacité de SULFUR qui constitue un argument suffisant. Il s’agit sans
doute du facteur héréditaire de ce mode réactionnel. C’est chez les parents
que l’on pourra mettre en évidence le mode psorique = l’un ou les deux
parents peuvent être atteints d’une maladie dite de « surcharge »: diabète,
goutte, dyslipidémies, hypertension, arthrose, asthme, eczéma ou affections
cutanées récidivantes, rhume des foins, etc...
Chez ces sujets,
on peut voir une gingivite érythémateuse plus ou moins tapageuse sur
le plan de l’expression clinique. Plusieurs médicaments dits
« symptomatiques », qu’il vaut mieux appeler « d’action ponctuelle »,
répondent à différents tableaux cliniques:
·
ACONIT = apparition brutale de la gingivite,
brûlure et bouche chaude, avec sensation d’engourdissement de la gencive,
sécheresse buccale avec violent désir d’eau froide. Mais ce médicament n’est
indiqué que si le gingivite, du fait de sa soudaineté et de sa violence,
provoque une anxiété et une agitation hors de proportion.
·
BELLADONA = gingivite aiguë plus congestive,
oedème important, douleurs brûlantes (comme si la bouche avait été
échaudée), soif intense, sécheresse buccale mais transpiration abondante de
la tête...
·
BRYONIA = gingivite d’apparition plus
progressive avec une sécheresse extrême de la bouche, soif importante pour
de grandes quantités d’eau froide à de longs intervalles. Cette inflammation
buccale apparaît souvent au cours d’une convalescence d’une maladie
éruptive.
·
APIS = gingivite brutale avec oedème
important, sensation de brûlure intense, ou de piqûres d’aiguilles
brûlantes, sécheresse de la bouche mais sans soif.
·
CANTHARIS = gingivite brutale avec sensation
de brûlure intense, un peu comme APIS, mais avec soif intense contrariée par
une dysphagie spasmodique.
·
ARUM TRIPHYLLUM = stomatite aiguë avec brûlure
et sensation que la muqueuse est à vif, salivation abondante, nauséabonde,
mais surtout excoriation des lèvres avec manie carphologique
caractéristique.
·
CAPSICUM ANNUUM = gingivite d’abord
érythémateuse avec brûlure intense, mais évoluant rapidement vers des
ulcérations phagédéniques.
·
IRIS VERSICOLOR = gingivite érythémateuse
particulièrement brûlante, tendance à l’extension de cette brûlure à tout le
tube digestif, dans un contexte de gastrite acide (tout aliment, toute
boisson semblent se transformer en acide)...
Ces médicaments d’action ponctuelle répondent à des tableaux
cliniques divers qui expriment des réactions différentes d’un sujet à
l’autre dans l’expression d’une banale gingivite ou stomatite. Lorsque le
contexte l’impose, notamment par la notion de récidive ou celle
d’alternances et de périodicité, il faudra prescrire SULFUR en prises
espacées et durant un temps suffisamment long, le tout assorti de conseils
d’hygiène de vie.
Deuxième cas de figure:
Voici une
situation très fréquente, mais non exclusive, celle d’un homme jeune,
environ la trentaine, qui mène depuis quelques années une vie
professionnelle à la fois sédentaire (travail dans un bureau, air confiné,
peu ou pas d’activités sportives) et stressante (activité débordante,
surmenage, stress, etc...). Progressivement, ce sujet présente des troubles
digestifs dus en très grande partie à des erreurs alimentaires = désirs et
abus de stimulants divers comme les alcools, le café ou le thé, le tabac,
les épices, les plats en sauce... Apparaissent d’abord les signes habituels
d’une dyspepsie avec ballonnement (besoin de desserrer la ceinture après le
repas), besoin d’un court sommeil après le repas (qui améliore). Puis des
troubles du transit intestinal: tendance à la constipation avec faux besoins
inefficaces, épisodes diarrhéiques, puis constipation spasmodique avec
antipéristaltisme.
Plus tard
apparaissent des hémorroïdes qui saignent et font mal, qui sont l’expression
d’une congestion veineuse, portale surtout puis des varices des membres
inférieurs (congestion du système cave). Tous ces troubles entraînent un
abus de médicaments divers (pollution supplémentaire) mais également des
perturbations du comportement, qui s’expriment surtout avec les proches
(famille, secrétaire, collaborateurs, etc...) = colères violentes,
irascibilité, intolérance à la contradiction ou à toutes contraintes,
susceptibilité, etc...
De plus, alors
que SULFUR sthénique est indifférent aux facteurs climatiques, la
thermophobie apparaît progressivement avec la congestion veineuse et
artérielle, c’est-à-dire avec la décompensation. NUX VOMICA est un frileux,
sensible au froid, il s’enrhume facilement = rhinite avec nez bouché, > à
l’air frais et < dans une pièce chaude. C’est dans ce contexte dominé par
les troubles digestifs que la pathologie buccale se développe: aphtose
périodique, gingivite érythémateuse d’abord puis rapidement ulcéreuse ou
ulcéro-nécrotique, bouche sale, gingivorragies, mauvaise haleine surtout le
matin au réveil ou après le repas. Et ensuite, une maladie parodontale se
développe: poches suppurées, mobilité dentaire, douleurs diverses, etc... Le
comportement de ce sujet au cabinet dentaire est à l’image de celui qu’il
manifeste ailleurs: non respect des rendez-vous, intolérance aux contraintes
imposées par le traitement surtout par peur excessive d’une douleur
éventuelle, tendance lipothymique, ulcérations au point d’impact de
l’anesthésie locale, tendance hémorragique après chirurgie, suites
opératoires désagréables, etc...
Cette situation
correspond à NUX VOMICA que l’on donne le plus souvent en 7 CH une à
deux fois par jour jusqu’à amélioration, puis que l’on doit compléter par la
prise de SULFUR en dilutions moyennes ou hautes et en prises espacées.
Avec le tandem
SULFUR / NUX VOMICA les troubles du mode psorique sont facilement maîtrisés
parce que le potentiel réactionnel des sujets reste encore suffisant, à
condition que ce traitement de fond soit complété ou épaulé par des règles
d’hygiène de vie adaptée, qui sont également la clé de la pérennité du
résultat thérapeutique. Mais la décompensation menace dès lors que le
patient continue dans la mauvaise voie. C’est alors le stade éventuel de
LYCOPODIUM.
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LYCOPODIUM CLAVATUM |
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Des spores pour la psore:
LYCOPODIUM
(« pied de loup », plante herbacée dont on utilise les spores) a une action
élective sur le foie et sur l’appareil digestif
(métabolisme de l’acide urique, de l’urée, du cholestérol, etc...), sur l’appareil
rénal (lithiases) et génito-urinaire, sur la peau et les muqueuses et
enfin sur le système nerveux (asthénie physique et mentale).
En fait tout
découle de l’atteinte hépatique et tous les troubles se manifestent
progressivement et s’aggravent vers une dénutrition générale. Il se passe
donc du temps entre les premières atteintes facilement réversibles et les
troubles graves. C’est ce que l’on constate également au niveau des dents et
de leurs tissus de soutien. Voici ci-dessous le schéma d'un des sujets
justiciables de Lycopodium.
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Au début, les signes bucco-dentaires évoquent un autre médicament, notamment
NUX VOMICA = gingivite banale, gingivorragies abondantes (le foie joue un
rôle capital dans les mécanismes de la coagulation), ou encore aphtose
buccale périodique. Les signes concomitants restent très banals: sécheresse
buccale avec absence de soif (signe inconstant, en tout cas pas aussi
caractéristique que dans PULSATILLA), dysgueusies (goût amer, de fromage, de
moisi). Les troubles digestifs qui précèdent ou accompagnent les troubles
bucco-dentaires évoquent également NUX VOMICA: dyspepsie flatulente,
pyrosis, distension abdominale (même s’il mange peu), sensation de
plénitude, constipation avec besoins inefficaces, défécation souvent
douloureuse par constriction spasmodique de l’anus ou présence d’hémorroïdes
procidentes et douloureuses (< au toucher, assis et > par un bain chaud), on
ne retrouve pas l’antipéristaltisme, ou du moins aussi prononcé que dans NUX
VOMICA. Mais LYCOPODIUM a une faim vorace vite rassasiée que n’a pas NUX
VOMICA, de même qu’une faim nocturne (qui annonce sans doute PSORINUM et que
l’on retrouve aussi dans PHOSPHORUS, autre « grand » remède du foie). Au
début, il n’est pas facile de distinguer ces deux remèdes car les signes ne
sont pas très différenciés. Progressivement, les différences apparaissent:
NUX VOMICA est aggravé juste après le repas, avec besoin de desserrer sa
ceinture, besoin de faire une sieste qui améliore. LYCOPODIUM est aggravé
deux ou trois heures après le repas, entre 16h et 20H, période de la
digestion qui fait participer le foie.
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Dans une deuxième période, l’état général se trouve atteint, comme
d’ailleurs les troubles digestifs et bucco-dentaires: éructations et
brûlures intenses, ulcère gastro-duodénal, dyskinésie biliaire pouvant
aller jusqu’à la lithiase ou à la colique hépatique, gingivite
ulcéreuse avec parodontopathie, herpès croûteux et pruriant des commissures
labiales, éruptions vésiculeuses dans la bouche.
Enfin, dans un
troisième tableau, l’aggravation est manifeste aussi bien sur le plan
général qu’au niveau des différents appareils. Le sujet tend à maigrir mais
garde un gros ventre, l’asthénie physique apparaît et contraste durant une
période plus ou moins longue avec un intellect conservé. Les constantes
biologiques sont perturbées: acide urique, urée, cholestérol, acides gras,
triglycérides, etc... L’appareil rénal et génital n’échappe pas: lithiase
urinaire, coliques néphrétiques, urines avec dépôt de sable rouge non
adhérent, acétonémie avec vomissements, prostatisme, impuissance avec désirs
conservés, etc... Sur le plan bucco-dentaire, la maladie parodontale
domine et surtout s’aggrave.
Bien entendu, à chaque étape, tous les actes de chirurgie dentaire doivent
être pratiqués, y compris la chirurgie parodontale. Et ceci est vrai pour
tous les médicaments cités dans cette étude.
LYCOPODIUM
correspond progressivement à un mode psorique devenant de moins en moins
efficace, ce que l’on peut résumer en quelques termes: LYCOPODIUM élimine
mal car ses émonctoires sont devenus insuffisants. De ce fait, LYCOPODIUM
assimile mal et la dénutrition le guette. La peau reflète les difficultés
éliminatoires: urticaire chronique du fait du rôle du foie dans la fonction
anti-toxique, eczéma qui saigne au moindre contact, dermatoses séborrhéiques
et lésions fissuraires et hyperkératosiques.
L’intellect se
trouve ensuite atteint (difficulté de concentration, perte de la mémoire,
erreurs en parlant ou en écrivant...), de même que le comportement. On a
souvent dit, et à juste titre, que LYCOPODIUM présente deux tendances
opposées: une hypersensibilité avec émotivité marquée, besoin avide de
tendresse et d’affection, manque de confiance en soi, anxiété chronique avec
peurs diverses.
Le patient en
est conscient et ressent sa sensibilité comme une faiblesse qu’il cache par
un comportement orgueilleux, autoritaire, susceptible, irritable avec des
colères relativement rares mais violentes, intolérance à la contradiction.
De nombreux signes évoquent encore une fois NUX VOMICA, mais ce dernier
semble plus instinctif = il réagit d’abord et réfléchit ensuite, tout le
contraire de LYCOPODIUM. Tous deux ont un réveil difficile avec mauvaise
humeur.
La posologie ne
pose pas de problème au début du fait du fonctionnement encore satisfaisant
des émonctoires. Une 7 CH deux à trois par semaine donne de bons résultats.
Avec la décompensation, ce médicament devient difficile à prescrire. Il faut
souvent nécessaire de le faire précéder par des complémentaires d’action
ponctuelle, traitement qui revient au médecin. |
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SEPIA |
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De l’encre pour la psore = SEPIA
L’indication de ce médicament d’origine animale (l'encre de seiche) signifie
que les conséquences des facteurs étiologiques psoriques ont fini par
susciter une congestion veineuse importante, notamment au niveau du petit
bassin. L’originalité anatomique féminine explique sans doute que ce
médicament soit plus fréquent chez les femmes. Mais, comme cela a été dit
plusieurs fois, lorsqu’un seul mode réactionnel ne suffit plus à maintenir
l’équilibre de santé, d’autres modes sont alors utilisés, c’est le cas pour
SEPIA, médicament de troubles du mode psorique, mais également ici du mode
sycotique (productions tumorales = polypes, papillomes - torpidité de
certaines manifestations comme les dermatoses comme le psoriasis ou les
mycoses...). Le mode psorique est tout de même dominant et précède le mode
sycotique = alternances et successions d’affections cutanées et muqueuses,
dont pour ces dernières la muqueuse buccale. Par ailleurs, la congestion
veineuse qui prédomine dans SEPIA explique son indication fréquente dans le
traitement de troubles typiquement tuberculinique. Et les élastopathies et
les ptôses qui s’en suivent donnent à SEPIA un rôle dans le traitement de
certains troubles luétiques. C’est donc un médicament poly-diathésique.
La
gingivorragie est sans doute la sonnette d’alarme de la congestion veineuse
portale ou cave. La gingivite apparaît également, HAHNEMANN avait déjà
remarqué que « la gencive gonfle et devient douloureuse, ulcération de la
gencive, saignement de la gencive, les dents se gâtent rapidement,
branlement des incisives inférieures, toutes les dents deviennent branlantes
et douloureuse... ». Kent ajoute « Les gencives se rétractent et
découvrent les dents ». VANNIER et POIRIER parlent de « pyorrhée ».
Mais, et c’est
encore un leitmotiv, tous ces troubles apparaissent progressivement, ce qui
permet dans certains cas une action préventive. Les troubles bucco-dentaires
ne sont pratiquement jamais isolés et font partie de l’atteinte de
l’appareil digestif et des conséquences sur la circulation veineuse, portale
d’abord, puis cave, enfin général.
Comme
LYCOPODIUM, SEPIA représente une étape d’aggravation du mode psorique =
d’abord du fait du blocage des émonctoires (peau surtout, muqueuses ensuite
dont la constipation). LYCOPODIUM se caractérise par une atteinte directe du
lobule hépatique, SEPIA par une atteinte préférentielle du système porte. On
se reportera à la Matière médicale pour rafraîchir ses souvenirs sur
l’ensemble des troubles de ce médicament, notamment sur le comportement
psychique largement décrit.
En
résumé:
La phase
sthénique du mode psorique est caractérisée, sur le plan bucco-dentaire, par
des épisodes de gingivite aiguë, espacés et suivis d’une amélioration de
l’état général, alternant très souvent avec des éruptions cutanées. C’est la
phase de SULFUR, remède central, épaulé selon les cas par des médicaments
d’action ponctuelle.
L’étape
d’aggravation commence avec NUX VOMICA, toujours complété par SULFUR. Avec
des deux médicaments, on constate encore des tableaux de gingivite banale,
mais déjà la décompensation explique un début d’atteinte parodontale, que
l’on retrouve dans la pathogénésie de ces deux médicaments.
LYCOPODIUM
assure la transition entre la phase sthénique, avec des troubles
bucco-dentaires facilement réversibles et la phase asthénique avec
l’apparition progressive de troubles gingivaux et parodontaux de moins en
moins réversibles. Le tout avec en parallèle, l’atteinte de l’état général.
SEPIA se situe
franchement dans la phase asthénique du mode psorique, l’auto-intoxication
est déjà profonde et a commencé une pathologie lésionnelle déjà manifeste au
niveau du parodonte.
Mais combien de
fois le chirurgien-dentiste homéopathe, consulté en temps utile, peut-il non
seulement traiter ces épisodes aigus sans commettre l’erreur de « bloquer »
une élimination utile, mais encore prévenir et stopper une évolution que
l’on sait très défavorable et que reflète la matière médicale homéopathique.
Le mode psorique chez
le bréviligne:
Il faut rappeler
que la distinction faite ici entre l’expression du mode psorique chez le
normoligne et chez le bréviligne répond à un souci didactique. Le mode
psorique reste ce qu’il est, quel que soit le biotype en cause. Mais la
grande différence entre ces deux biotypes, c’est que le bréviligne est
« constitutionnellement » un ralenti métabolique. Cela signifie que ses
oxydations sont ou bien ralenties, ou bien insuffisantes. Les produits
biochimiques mal dégradés encombrent la circulation sanguine et provoquent
un certain nombre de troubles d’auto-intoxication. Par conséquent, le
bréviligne est très précocement sensible aux facteurs d’auto-intoxication
chronique surajoutés par les facteurs étiologiques du mode psorique. Alors
que le normoligne n’a pas de problème de santé pendant longtemps, parfois
très longtemps, s’il ne succombe pas à la sédentarité, parce que et aussi
longtemps qu’il élimine vite et bien, la décompensation psorique peut être
tardive. C’est tout le contraire chez le bréviligne, surtout si son
potentiel réactionnel se trouve entamé du fait d’une hérédité défavorable.
Cependant, il n’y a pas automaticité, un bréviligne peut être en équilibre
de santé, c’est ce que R. ZISSU a montré en décrivant l’existence de deux
types, l’un sthénique, l’autre asthénique dans chaque biotype. Ainsi
pourra-t-on voir fréquemment SULFUR indiqué pour différents troubles
psoriques de l’enfant bréviligne.
L’huître au secours du
bréviligne = CALCAREA CARBONICA:
Ce médicament
est l’un des principaux remèdes dits « constitutionnels » du bréviligne car
il répond particulièrement bien aux problèmes de ce biotype = type sensible,
pathologies pour lesquelles il permet une action prophylactique et/ou
curative. De plus HAHNEMANN en faisait l’un des trois principaux remèdes du
mode psorique avec SULFUR et LYCOPODIUM.
Le métabolisme
du carbonate de calcium et surtout ses perturbations
correspondent exactement au développement du bréviligne avec ses tendances
naturelles et pathologiques: ralentissement nutritionnel, circulatoire
(notamment lymphatique expliquant les engorgements lympho-ganglionnaires et
la pathologie immunitaire). Le métabolisme de l’eau est également concerné
dans le sens de l’imbibition hydrique, expliquant de ce fait l’implication
de ce médicament dans les troubles du mode sycotique. Le ralentissement
métabolique concerne également tout le système endocrinien:
hypopituitarisme, hypothyroïdie, hypogonadisme, mais à l’inverse
hypercorticosurrénalisme.
Il est bien
souvent difficile de distinguer le mode psorique du mode sycotique dans les
troubles, surtout chroniques, de ce sujet, même enfant. L’asthme alternant
avec un eczéma (ou encore avec un érythème fessier) est très fréquent aussi
bien chez l’enfant que chez l’adulte. C’est là une caractéristique psorique,
mais le rôle déclenchant ou aggravant du froid humide, l’imbibition
hydrique, l’atteinte lympho-ganglionnaire, le rôle étiologiques des
vaccinations et des médicaments chimiques opposés aux troubles respiratoires
(rhino-pharyngites ou angines à répétition pendant la saison froide) sont
autant d’arguments qui témoignent de la mise en oeuvre du mode sycotique. Ce
qui montre que chez ce sujet « ralenti », les éliminations étant difficiles,
le mode psorique seul ne suffit pas à maintenir l’équilibre de santé, le
patient est obligé d’en mettre en oeuvre un autre, en l’occurrence le mode
sycotique, qui est tout de même pathologique par lui même.
Dans nos « Cahiers
de médecine homéopathique » n°6 et n°9, nous avons déjà décrit les
divers aspects bucco-dentaires de CALCAREA CARBONICA. Il suffit de rappeler
quelques faits. Dans le type équilibré, la croissance en générale est
ralentie, de même que la minéralisation des dents, mais elle se fait
bien. Les dents sont donc bien minéralisées et peu sensibles aux
facteurs cariogènes. De même que l’os alvéolaire bien minéralisé résiste
bien aux facteurs étiologiques de la maladie parodontale = chez l’adulte mûr
on constate plutôt une abrasion dentaire importante accompagnant une
alvéolyse horizontale. Il n’en est pas de même dans le type déséquilibré. La
tendance habituelle à l’obésité peut être inversée, certes assez rarement,
par suite de troubles digestifs qui perturbent l’absorption des minéraux. On
peut voir chez le nourrisson une gingivite érythémateuse avec tendance à
l'œdème et à l’hyperplasie (cas chronique) lors des poussées dentaires, dont
BELLADONA est le remède le plus fréquent. On peut voir également une aphtose
buccale assez grave répondant bien à BORAX. Chez l’enfant plus grand,
surtout déséquilibré, les dents de lait peuvent être à l’origine d’abcès ou
de parulies à répétition dont HEPAR SULFUR (mélange calciné de soufre et
d'écaille d'huître) vient à bout, parfois complété par CALCAREA SULFURICA
dès lors qu’une tendance à la chronicité se manifeste.
Chez l’adulte,
il peut être assez fréquent de voir une denture bien équilibrée et peu
sensible aux facteurs pathogènes habituels, mais à condition que ce sujet
respecte une hygiène de vie adaptée à ses besoins. Ce n’est hélas pas le cas
le plus fréquent. La sédentarité et les autres facteurs étiologiques du mode
psorique conjuguent leurs effets avec ceux du mode sycotique (vaccinations,
médicaments chimiques, pollutions, froid humide, etc...). D’où la gingivite
ulcéro-nécrotique et les répercussions sur le parodonte. SULFUR laisse alors
souvent la place à d’autres remèdes comme GRAPHITES, ANTIMONIUM CRUDUM,
plus tard AMMONIUM CARBONICUM ou à des remèdes plus sycotiques comme NATRUM
SULFURICUM ou THUYA.
La tendance à
l’hypothyroïdie explique sans doute les gingivites ulcéro-nécrotique et
les atteintes parodontales, comme de plus les caries du collet. Si
l’atteinte thyroïdienne était confirmée, toute solution chirurgicale sur le
parodonte serait vouée à l’échec.
En conclusion
pour ce médicament constitutionnel, voici en résumé les signes retrouvés
dans sa Matière médicale et chez le sujet qui confirment la mise en oeuvre
du mode psorique, puis du mode sycotique:
·
Antécédents héréditaires: obésité,
lithiases, goutte, eczéma, asthme...
·
Périodicité des troubles: à la pleine lune
(verminose) ou à la nouvelle lune.
·
Alternances: troubles cutanés (eczéma,
suppuration, avec adénites) / troubles muqueux (ORL, bronchites,
gingivite...).
·
Amélioration par une élimination.
·
Puis: tendance aux troubles nutritionnels
par suite du blocage des «émonctoires, scléroses multiples.
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Un complémentaire
fréquent = ANTIMONIUM CRUDUM
Les Matières
médicales sont souvent discrètes sur les problèmes bucco-dentaires de ce
médicament, alors que le Répertoire de Kent le cite au degré moyen aux
rubriques « Gencives scorbutiques » et « Déchaussements des dents ».
ANTIMONIUM
CRUDUM est l’un des principaux remèdes de « grande bouffe » = excès
alimentaires, désir et intolérance de la charcuterie et des mets acides,
aggravation par le vin, le lait. Les excès alimentaires, cause importante du
mode psorique, déterminent une dyspepsie avec des éructations (ayant le goût
des aliments), une diarrhée aqueuse mêlée de matières solides, des nausées
et des vomissements, céphalées, humeur maussade, somnolence. C’est au cours
de la dyspepsie que l’on retrouve le signe abondamment décrit « langue
blanche comme du lait ».
Lorsque les
causes alimentaires persistent, comme la boulimie après une peine ou une
déception sentimentale, le sujet peut se décompenser. Le mode psorique
traduit alors des difficultés éliminatoires: éruptions vésiculeuses d’aspect
impétigineux au visage et autour de la bouche, avec un suintement épais et
mielleux qui annonce GRAPHITES, dermatoses fissuraires et hyperkératosiques,
verrues cornées et dures, toujours comme dans GRAPHITES. C’est alors que la
pathologie bucco-dentaire participe à cet ensemble: la gingivite
érythémateuse du début, contemporaine des troubles digestifs, évolue vers
une forme ulcéreuse avec progressivement une atteinte du parodonte. Il faut
alors discuter l’indication de ce médicament et le distinguer de GRAPHITES.
Il n’y a d’ailleurs pas de problème en les alternant.
Quand l’huître et le
soufre sont associés = HEPAR SULFUR
HEPAR SULFUR répond souvent aux manifestations d’élimination
dont le caractère psorique est évident: périodicité (chaque hiver
notamment), succession et alternances: peau (furoncles, eczéma prurigineux
et souvent surinfecté)/ muqueuses (otite suppurée, amygdalite, toux,
laryngite, etc.. et abcès dentaires). On connaît par ailleurs son indication
fréquente (mais non exclusive) dans les suppurations aiguës, ainsi que sa
posologie délicate dans ces cas. Sur cette indication, il peut être le
remède de poches gingivales ou parodontales suppurées.
Du fait de sa
composition faite d’un mélange d’écaille d’huître et de fleur de soufre,
HEPAR SULFUR peut être un médicament de fond, que l’on oublie souvent sans
doute parce qu’il présente des troubles évoquant d’autres remèdes, comme
GRAPHITES, LYCOPODIUM ou MERCURIUS SOLUBILIS. Il faudra y penser chaque fois
que la maladie parodontale comporte une phase de suppuration, et pas
seulement dans la suppuration aiguë. Lorsque celle-ci domine, il est un
complémentaire fréquent de SULFUR. Quand elle devient chronique, il faut
alors penser plutôt à GRAPHITES. Cela signifie que les émonctoires
commencent à se fermer et donc que les éliminations si utiles deviennent
insuffisantes, ce qui explique la torpidité et la tendance à la chronicité.
Mine de rien =
GRAPHITES:
Avec ce
médicament d’origine minérale (la mine de crayon ou plombagine), le mode
psorique arrive à un stade de blocage avec comme conséquences un
ralentissement général, notamment thyroïdien et digestif. Il est possible de
décrire au moins deux blocages d’émonctoires:
·
Blocage de l’émonctoire intestinal =
constipation installée, sans besoin et de temps en temps des selles
volumineuses et sèches, la défécation est de plus compliquée par la présence
d’hémorroïdes avec fissures douloureuses et suintement anal, mais sans
ténesme.
·
Blocage de l’émonctoire cutané = éruptions
vésiculeuses puis croûteuses avec suintement d’un exsudat épais comme du
miel qui se produisent surtout derrière les oreilles, aux plis de flexion,
au niveau des paupières, autour de la bouche, au cuir chevelu, aux organes
génitaux. Ces éruptions sont prurigineuses, brûlantes, aggravées par la
chaleur et par les lavages, améliorées par le froid.
Ces
éliminations torpides traduisent bien les difficultés du mode psorique, car
il y a toujours alternance des éruptions cutanées avec des troubles
digestifs. Un écoulement épais traduit également une élimination difficile.
Mais le mode sycotique est mis en oeuvre, on se trouve bien dans la suite de
CALCAREA CARBONICA qui est de plus en plus auto-intoxiqué. Le mode sycotique
s’exprime au niveau de la peau par l’apparition de verrues douloureuses
(souvent périunguéales), la peau devient sèche et rugueuse, avec des
épaississements localisés aux zones malades.
Sur le plan
bucco-dentaire, les troubles apparaissent progressivement, lenteur
caractéristique des remèdes carboniques: gingivorragies d’abord au
contact (brossage, pression des doigts) puis spontanées, aphtose périodique,
gingivite érythémateuse puis « les gencives se
rétractent ... » (Kent).
GRAPHITES est
considéré par R. ZISSU comme un « remède carrefour ». Cela signifie que le
patient arrive à un stade évolutif qui peut encore être réversible, même si
cela demande des efforts ou peut évoluer vers l’aggravation, le plus souvent
par la mise en oeuvre du mode sycotique. Comme pour SEPIA ou LACHESIS,
certains troubles concernent plus particulièrement la femme au moment de sa
ménopause, c’est le cas notamment pour les parodontopathies.
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LA PATHOLOGIE BUCCO-DENTAIRE DE
LA PHASE ASTHENIQUE DU MODE PSORIQUE
Comme cela a été
dit et répété, le mode psorique comprend deux phases distinctes, la première
dite sthénique qui est celle des éliminations centrifuges favorables
parce que suivies d’une amélioration générale, la seconde dite asthénique
par les éliminations ne se faisant plus ou se faisant mal, une pathologie
organique puis lésionnelle se développe. Bien entendu, la frontière entre
ces deux phases n’est pas précise.
Chez le
normoligne bien armé génétiquement pour se défendre, la phase sthénique peut
durer très longtemps, voire parfois toute une vie pour autant que le sujet
sache respecter une hygiène de vie convenable. Il a de temps en temps une
éruption ou une inflammation au niveau d’une muqueuse, qui constitue une
élimination à respecter et tout rentre dans l’ordre. Ce n’est plus tout à
fait le cas chez le bréviligne qui présente souvent des manifestations du
type psorique assez tôt, parfois dès la première enfance. Ainsi, chez un
normoligne l’indication de GRAPHITES arrive tardivement, habituellement vers
la cinquantaine et chez la femme au moment de la ménopause. Alors qu’il est
courant de voir l’indication de GRAPHITES chez l’enfant bréviligne.
Pour mémoire,
le remède principal de la phase sthénique est SULFUR, puis NUX VOMICA et
chez le bréviligne CALCAREA CARBONICA se trouve complété par ANTIMONIUM
CRUDUM.
Lorsqu’apparaissent les indications de LYCOPODIUM, SEPIA, GRAPHITES, HEPAR
SULFUR ou encore de NATRUM CARBONICUM ou NITRI ACID., cela signifie que les
patients sont parvenus à la phase dite « intermédiaire » ou déjà à la phase
asthénique. Ces médicaments se retrouvent dans ces deux phases parce ils ont
une pathogénésie étendue comprenant des troubles encore réversibles puis
irréversibles. Enfin, lorsqu’on se trouve franchement dans la phase
asthénique, les remèdes suivants sont alors indiqués : KALI CARBONICUM,
AMMONIUM CARBONICUM, CAUSTICUM, SILICEA, CARBO VEGETABILIS et bien sûr
PSORINUM.
KALI CARBONICUM :
On sait depuis
H. BERNARD que le stade potassium caractérise une dégradation
générale et locale, en tout cas une étape importante de la décompensation.
Chez les sujets répondant à ce médicament, il y a un ralentissement
métabolique (mise en œuvre du mode sycotique) et une dépression à tous les
niveaux (circulatoire, mental, respiratoire, digestif, nerveux). Sur ce
fond dépressif, l’élément potassium ajoute des épisodes inflammatoires
aigus, courts mais intenses.
Le patient qui
vient au cabinet dentaire est profondément déprimé, semble épuisé (il relève
souvent d’une maladie débilitante ou vient de traverser une période
difficile de surmenage, ou d’accouchement ou d’avortement pénibles...). Il
est irritable, impatient, hypersensible (au bruit, au contact), peureux. Il
est faible, frileux et frissonnant (avec phobies des courants d’air, sueurs
faciles au moindre effort). Il a une tendance générale à l’anémie, à la
bouffissure (dont le fameux oedème de l’angle interne des paupières
supérieures).
Ce patient
vient consulter son dentiste pour les troubles suivants :
·
Sensation de sécheresse malgré une
accumulation de salive
·
Inflammation, gonflement et ulcérations de la
gencives
·
La gencive se
décolle des dents et s’en sépare, les dents se carient et les avulsions sont
souvent inévitables
·
Pus suintant
aux collets
·
Petites plaques d’ulcérations disséminées dans
la bouche
Il est évident
que l’état général et local laisse peu d’espoir quant aux suites d’une
chirurgie réparatrice. La solution prothétique s’impose souvent.
CAUSTICUM :
Remède
important du mode sycotique dans sa phase scléreuse avec la caractéristique
d’indifférence ou même d’amélioration par l’humidité, CAUSTICUM est aussi un
remède poly-diathésique. On le retrouve lorsque le mode psorique n’est plus
suffisant par blocage des éliminations ou insuffisance des émonctoires.
On peut voir ce
sujet au cabinet dentaire pour :
·
Une névralgie
faciale : après froid sec, avec des douleurs brûlantes,
sensations d’écorchure ou de plaie à vif, le tout associé à une faiblesse
générale.
·
Une paralysie faciale
a frigore (froid sec), une paralysie linguale avec morsures des
joues ou de la langue.
·
Une gingivite
ulcéreuse avec gingivorragies, douleur de plaie, de contusion, de
brûlure.
·
Une maladie
parodontale avec des poches suppurées.
Le choix du
remède dépend bien entendu du contexte : patient frileux, amaigri de longue
date ; très faible, nombreux états parétiques, tendance à la raideur des
articulations, rétractions et raccourcissements tendineuses, atrophies,
etc...
Comme il s’agit
souvent d’un remède d’aboutissement du mode psorique et du mode sycotique,
c’est la sclérose qui domine et il faudra être patient pour obtenir un
résultat qui ne sera jamais à la hauteur des espérances du patient et de son
praticien.
CARBO VEGETABILIS :
C’est souvent
un remède d’états très graves, on l’utilise souvent au stade de l’agonie.
Mais bien entendu, on peut l’utiliser parfois dans des situations moins
désespérées. On le rencontre le plus souvent chez le vieillard ou chez un
adulte d’âge mûr débilité par une maladie grave ou par des causes moins
dramatiques mais ayant laissé une trace importante du fait du potentiel
réactionnel épuisé. L’asthénie prédomine ainsi que la dépression. H. VOISIN
affirme qu’il s’agit d’anciens NUX VOMICA qui ont fait beaucoup d’excès
alimentaires et qui sont maintenant très frileux, affaiblis, bien qu’il ont
encore un bon appétit : désirs de café, d’aliments sucrés ou salés, aversion
pour les graisses qu’ils ne peuvent digérer, pour le lait ou la viande qui
les aggravent. Ils ont souvent des problèmes cardio-vasculaires et
respiratoires. GUERMONPREZ résume les signes d’appel par l’association d’un
météorisme gastrique, d’un syndrome vasomoteur de la face, d’une céphalée
congestive. R. ZISSU ajoute que l’état asphyxique prédomine.
Que peut faire
le dentiste pour ce patient ? L’état buccal est à l’image de l’état
général :
·
Gencive rétractée, spongieuse, saignant
facilement au moindre contact (Lathoud).
·
Gingivite avec « déchaussement des dents ».
·
Ulcérations : gencive, bouche. Aphtes.
Parotidite (Duprat).
·
Gencive scorbutique, pyorrhée
alvéolo-dentaire... (Kent)
Tout l’intérêt
est de reconnaître ce médicament avant la réalisation des troubles
annoncés dans la Matière médicale. Sinon, seule la solution prothétique sera
réalisable.
PSORINUM :
Il s’agit du
biothérapique du mode psorique, préparé à partir de sérosités de lésions
galeuses prélevées chez plusieurs malades et sans adjonction
d’antiseptiques. Il est donc normal de retrouver dans sa pathogénésie les
grandes caractéristiques de ce mode réactionnel : périodicité des troubles,
alternances ou successions, une tendance aux parasitoses. Mais il s’agit
aussi du remède d’aboutissement du mode psorique : cela signifie que très
souvent (mais heureusement pas toujours), le malade est parvenu à un stade
évolutif grave : asthénie intense, avec anxiété par sentiment d’incurabilité
(ARSENICUM ALBUM), frilosité très importante (on est très loin de la
thermophobie de SULFUR). Ce patient se couvre beaucoup et n’a jamais chaud
et s’il craint le froid, la chaleur du lit déclenche un prurit intense et
intolérable qui le pousse à se découvrir. Déminéralisé, anémique, ce patient
a une très grande faim, même la nuit.
Il se passe
toujours quelque chose avec ce patient, il y a toujours une pathologie en
cours et curieusement il se sent anormalement bien la veille d’un épisode
aigu. Mais surtout, il manque de réaction, il se défend mal, son potentiel
réactionnel est épuisé. Il est donc souvent malade et ses maladies traînent
désespérément. C’est le cas des affections cutanées comme les éruptions de
toutes natures, périodiques (< en hiver), des mycoses tenaces.
La bouche est le
reflet de l’état général :
·
Sécheresse des
lèvres, de la langue et de la bouche.
·
Brûlure la langue, avec ulcérations ou
aphtes.
·
Gingivite ulcéro-nécrotique avec
« pyorrhée », rétractions, suppuration. Alvéolyse très importante.
Il est évident,
de même que pour d’autres médicaments comme CARBO VEGETABILIS, que si le
patient vient à la consultation alors que sa maladie parodontale est très
évoluée, il ne reste que la solution prothétique. Mais, lorsqu’on a la
chance de suivre les patients durant une période suffisante, la connaissance
de la conception des modes réactionnels et ici du mode psorique permet une
action précoce chaque fois qu’elle est possible. On parvient ainsi, dans
certains cas, à enrayer un processus qui, sans ce traitement, associé
évidemment aux soins locaux, évolue vers l’édentation. Il faut savoir donner
en temps utile des doses de PSORINUM 30 CH très espacées (une fois par mois
par exemple) chaque fois qu’un patient réagit mal à un ou plusieurs
médicaments pourtant bien indiqués et que le mode psorique est mis en
évidence.
EN CONCLUSION
Nous voici au
terme de cette longue étude du mode réactionnel psorique. Entre la
conception de HAHNEMANN d’un miasme qui contaminerait l’humanité
presqu’entière et la manière de s’adapter à son environnement et de réagir
aux facteurs d’agression, les idées ont bien évolué. Il faut toujours
soumettre son jugement aux faits constatables et se garder d’interprétations
philosophiques ou spirituelles. L’homéopathie n’est qu’une méthode
thérapeutique, elle n’est pas toute la médecine, elle ne guérit pas tout et
tous sans limites.
Il reste
beaucoup de l’oeuvre de HAHNEMANN, notamment la partie clinique et
thérapeutique. Les maladies liées au mode psorique sont toujours traitées de
la même manière avec les médicaments décrits par HAHNEMANN. C’est déjà un
fait unique en médecine. Le reste n’est que spéculation. Il faut laisser le
péché originel dans son domaine spirituel. Il faut se garder d’affirmer
comme Jacques MICHAUD
que « L’homéopathie s’intègre dans une vision philosophique et planétaire de
l’univers et est capable de répondre ainsi à toutes les angoisses et à
toutes les aspirations de notre temps auquel elle, et elle seule, est
merveilleusement adaptée ». De telles assertions ne seraient que risibles si
elles ne déconsidéraient que leur auteur ! (opinion personnelle).
La
reconnaissance d’un mode réactionnel permet de comprendre la signification
d’un épisode pathologique, par exemple une gingivite, puis de lui opposer un
traitement adapté qui ne risque pas d’ajouter un facteur iatrogène
supplémentaire (blocage d’une élimination par exemple). Ensuite, connaissant
le « scénario » que représente une diathèse ou un mode réactionnel, il est
parfois possible d’inverser le cours de l’histoire dans un sens favorable au
patient, en lui évitant de voir se réaliser les menaces potentielles
contenues dans la Matière médicale. Ce n’est déjà pas mal. Alors laissons de
côté le « cri existentialiste de l’angoisse de la naissance » ou le « péché
originel » ou d’autres fadaises de la même eau. |
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