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LA PSORE
LE "MIASME" PSORIQUE
LA "DIATHESE" PSORIQUE
LE MODE REACTIONNEL PSORIQUE
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INTRODUCTION
Dans un sujet
précédent ont été rappelées les circonstances qui ont conduit Samuel
HAHNEMANN a échafaudé une conception des maladies chroniques auxquelles il
attribuait une origine infectieuse, « miasmatique » selon la terminologie de
son temps. L’ensemble de ses conceptions a été publié dans le Traité des
maladies chroniques en 1828.
HAHNEMANN
pensait que 7/8° des maladies chroniques étaient consécutives à la
suppression d’une éruption cutanée prurigineuse, que l’on pensait alors
d’origine galeuse. Il appliquait à ce propos le même raisonnement qu’il
faisait au sujet de la syphilis, dès 1788, pour laquelle il s’opposait aux
traitements de son époque, qui consistaient à supprimer le chancre par des
moyens coercitifs, au risque, selon lui, d’enfermer la maladie que
l’organisme tentait de rejeter par le chancre.
Cette
conception a connu un retentissement extraordinaire en raison de la
personnalité du Maître, bien que dès la parution de son Traité des voix
discordantes se sont faites entendre, critiques très mal admises par
HAHNEMANN, dont le penchant naturel ne le portait pas à la tolérance.
On peut dire,
hélas, qu’il y a encore en cette fin du XX°siècle de nombreux praticiens qui
restent encore persuadés que la gale, la syphilis ou la blennorragie sont
les causes de toutes les maladies, n’acceptant pas l’évolution des idées
depuis un siècle et demi après la mort de HAHNEMANN, le 2 juillet 1843. Pour
rester dans le domaine odonto-stomatologique, notre « terrain » de
prédilection par définition et aussi par obligation, la théorie des trois
miasmes est présentée comme étant actuelle dans un ouvrage d'un
chirurgien-dentiste , pourtant érudit en homéopathie. Cet auteur s’est
laissé pénétrer de conceptions ou plutôt d’interprétations particulièrement
fumeuses (à notre avis bien entendu) d’un médecin mexicain, dont seront
cités plus loin quelques textes.
Ainsi, la
"psore" est-elle présentée comme « un déséquilibre de la force vitale qui
se manifeste dans le sens du manque, de l’inhibition, de l’altération du
rythme allant vers le signe « moins »...Le psorique est timide, réservé,
mou, indifférent; il est lent par nature... ». Sans vouloir être
méchant, voilà un échantillon d’inepties qu’on peut s’étonner de lire dans
un ouvrage tout de même assez récent (1988)! Et ces billevesées sont
reprises par d’autres !!!
Il faut donc
pour clarifier le débat retracer, certes à grandes lignes, l’évolution des
idées d’hier à aujourd’hui pour aboutir in fine à la conception
actuelle, celle du moins à laquelle nous sommes attachés parce débarrassée
de toutes interprétations métaphysiques, puis pour en montrer les
incidences en pratique bucco-dentaire. |
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LA « FORCE VITALE » OU « VITALISME »
OU "ENERGIE VITALE"
PEUT-ON SE REFERER ENCORE A CES NOTIONS
AU DEBUT DU XXI° SIECLE ?
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Dans certains textes contemporains, on ne peut qu'être stupéfait que leurs
auteurs fassent référence à la notion de « force vitale »,
force mystérieuse immatérielle qui était pour les médecins dans toute
l’histoire de la médecine depuis l’Antiquité, le principe de vie qui
expliquait d’abord l’état de santé, puis l’état de maladie lorsque cette
énergie vitale était « désaccordée ». Il y a eu aussi pendant des
siècles l’influence dominante de l’Eglise avec la dualité âme/corps, qui
imposait une certaine vision des choses et interdisait des pratiques comme
l’autopsie. Certains médecins ont même inventé la « glande pinéale » qui
servait de réceptacle à l’âme !
HAHNEMANN ne
pouvait s’abstraire totalement de cette pression intellectuelle et morale et
a longuement décrit lui aussi une force vitale ou « dynamis ». Sa
conviction a dû être sans doute confortée par l’immatérialité des dilutions
infinitésimales et par les succès thérapeutiques de ses médicaments dénués
de matière dosable. Mais HAHNEMANN, avant Claude BERNARD, a démontré avec
éclat la nécessité et la primauté de l’expérimentation, essentiellement sur
l’homme « sain ». Cependant et à notre humble avis, l’existence d’une
« force vitale » n’a jamais été démontrée, elle n’était qu’une hypothèse, et
donc soumise à critique. Il y a dans l’oeuvre de HAHNEMANN deux grandes
parties: la première regroupe l’ensemble de ses expérimentations
(pathogénésies), les principes pratiques d’une méthode thérapeutique dégagés
par la pratique et la description clinique des états pathologiques. Cette
partie reste toujours valable et n’a pratiquement jamais été réfutée, tout
simplement parce qu’elle repose sur des faits observables et reproductibles quelle que soit
l’époque. Il est étonnant qu’en ce début du XXI°siècle, les médicaments
décrits par HAHNEMANN il y a plus de deux siècles soient toujours prescrits
avec succès pour les mêmes indications et aux mêmes dilutions. C’est sans
doute un fait unique en médecine.
La seconde partie de l’oeuvre de HAHNEMANN
regroupe ses hypothèses et interprétations, comme par exemple la force
vitale, ou la gale à l’origine de pratiquement toutes les maladies. Cette
seconde partie, ne reposant pas sur l’expérimentation, a subi d’abord la
critique de proches, puis l’érosion du temps et n’a pas été confirmée par
l’évolution des connaissances scientifiques et médicales. Il n’est plus
possible de continuer à les présenter comme des vérités intangibles, comme
des dogmes sous prétexte de ne pas trahir le Maître. Il est probable que
l’homéopathie soit une médecine énergétique, l’immatérialité des hautes
dilutions autorise cette interprétation. Mais objectivement, nous n’en
savons rien. Personne ne parvient à démontrer d’une manière irréfragable
l’activité des dilutions infinitésimales que les cliniciens et les malades
constatent pourtant tous les jours. Et encore moins l’existence d’une
« force vitale » ! Alors est-il utile en cette fin du XX° siècle de laisser
croire que cette notion obsolète continue à hanter la pensée de tous les
homéopathes contemporains ? Ne vaut-il pas mieux lui laisser son caractère
historique comme hypothèse émise en un temps lointain que l’état des
connaissances autorisait?
Note personnelle:
Personnellement, mes origines paysannes expliquent sans doute mon
incapacité intellectuelle à entrer dans le domaine des spéculations plus
ou moins philosophiques ou métaphysiques, qui m’apparaissent le plus
souvent ésotériques, parfois même farfelues. Mais je reconnais volontiers
que je peux avoir tort. Je préfère rester sur le « terrain » matériel, sur
ce qui touche mes sens = les symptômes, la maladie, la similitude, les
faits expérimentaux. Agnostique sur le plan spirituel, je le reste sur le
plan homéopathique. La liberté que je revendique pour moi, je la reconnais
aux autres. J’admets volontiers que ceux qui ont une conviction
l’expriment librement mais à condition qu’ils en revendiquent la
paternité, sans l’attribuer à l’homéopathie, c’est-à-dire sans laisser
croire que c’est une vérité unique, admise par tous et que leur opinion
représente toute l’homéopathie. Je ne sais pas ce qu’il y a dans les
dilutions infinitésimales, je ne sais pas s’il s’agit d’une énergie ou
d’une force vitale, ou d’une puissance divine, ou satanique qui sait ? Ce
que je sais, c’est que lorsque j’ai bien choisi un médicament à partir des
symptômes d’un patient, j’obtiens parfois un résultat positif. Je dis bien
parfois. Lorsque le médicament est mal choisi, il n’y a pas d’action
positive, et çà à coup sûr. Tout le reste me paraît spéculatif. Je ne sais
qui disait: « Je n’ai pas peur de la vérité, j’ai peur de ceux qui croient
la détenir ».
D. DEMARQUE le
souligne justement: « La pensée de HAHNEMANN si ferme tant qu’il reste
sur le terrain de l’observation objective, se fait flottante et imprécise
quand il aborde le domaine métaphysique ». L’unanimité des homéopathes
se fait aisément sur la partie expérimentale de l’oeuvre d’HAHNEMANN, même
les adversaires de l’homéopathie sont contraints d’en admettre certains
principes. Mais dès que l’on aborde la partie spéculative, les discordances
apparaissent. Et c'est bien naturel. |
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CES MÊMES NOTIONS A LA CHARNIERE
DU XIX° ET DU XX° SIECLES
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Dans le dossier "Conception du "terrain" en homéopathie", nous avons
cité l’oeuvre considérable d’un médecin homéopathe de Lausanne, Antoine
NEBEL (1870-1954). Celui-ci a tenté avec succès d’actualiser la
conception des trois « miasmes » d’HAHNEMANN en leur substituant une notion
qu’HAHNEMANN ne pouvait pas connaître, celle des toxines microbiennes
dont la découverte se situe longtemps après sa disparition en 1843. NEBEL a pensé que
la tuberculose jouait un rôle primordial, notamment dans le développement
des constitutions calciques (voir le dossier "Les constitutions en
homéopathie"), notion nouvelle pour l’Ecole homéopathique, après les
esquisses de GRAUVOGL.
En constatant chez des sujets une prédisposition
à la tuberculose et en l’absence de lésions objectives, NEBEL a imaginé
l’existence d’un état tuberculinique, puis d’une diathèse
tuberculinique. Le terme de « diathèse » semblait, et justement, mieux
approprié que celui de « miasmes », car il signifie « prédisposition ».
NEBEL ne rejetait pas totalement la notion de "psore", mais il affirmait que
celle de tuberculinisme devait la remplacer. Il souhaitait cependant
conserver ce terme par respect pour l’oeuvre du Maître, aussi parce que ses
descriptions cliniques demeuraient vivantes et crédibles. NEBEL reste
fidèle à la notion de maladies chroniques qui imprégnaient plusieurs
générations.
A
partir de NEBEL, certains homéopathes vont apporter leurs propres
conceptions en s'éloignant parfois du terrain strictement médical et que
nous considérons personnellement comme des dérapages, mais cette opinion
n'est pas partagée par tous les homéopathes.
James
Tyler KENT (1849-1916):
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C’est à notre avis le premier « dérapage » important (car des contemporains
s’en réclament encore aujourd’hui) de la pensée homéopathique, quittant le
« terrain » solide de l’expérimentation pour s’égarer dans celui des
spéculations métaphysiques délirantes.
Même si l'on ne
partage pas certaines interprétations, KENT reste encore aujourd'hui un
"monument" de l'école homéopathique. Tous les homéopathes ont ou utilisent
encore son "Répertoire", il en existe même des formes informatisées.
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Le Docteur Pierre SCHMIDT raconte les
circonstances de la découverte de l’homéopathie par KENT. Professeur
d’anatomie à 28 ans, KENT est un médecin « classique », particulièrement
compétent. Très chagriné par l’état de santé de sa première épouse, que rien
ne parvenait à améliorer, KENT finit par accepter la consultation d’un vieil
homéopathe de quartier. Le Dr Phelan passe alors une heure à poser des
questions qui paraissent farfelues, sans rapport avec l’état de la malade.
Quelques globules dans un peu d’eau font miracle. « Ce qu’aucun
professeur et médecin réputés n’avait pu faire, ce simple praticien
homéopathe l’avait accompli, restaurant la santé de son épouse d’une façon
prompte, douce et durable ».
KENT se met alors à l’étude de l’homéopathie et devient un très
grand Maître, une célébrité dans cette méthode, au point que certains
aujourd’hui encore le considèrent comme un nouveau prophète !
Malheureusement, ses disciples, les kentistes forment une sorte de secte et
se considèrent comme les vrais, les seuls hahnemanniens véritables.
Selon DEMARQUE, J.T. KENT aurait été très
fortement influencé par les conceptions du théosophe ou philosophe
Emmanuel SWEDENBORG (Stockholm 1688 - Londres 1772). Dans la quatrième
de couverture d’un livre qui lui est consacré, on peut lire: « La
personnalité de Swedenborg, dont Jean Prieur nous retrace l’évolution, est
une des plus extraordinaires de l’Histoire. Dans la première partie de sa
carrière, il est un savant universel qui étudie tour à tour et parfois
simultanément l’astronomie, la physiologie, la minéralogie, la physique, le
magnétisme, les mathématiques, la philosophie, la zoologie. Dans chacune de
ces disciplines auxquelles il consacre plusieurs ouvrages, il fait des
découvertes, il a des intuitions dont les savants venus après lui pourront
constater l’exactitude. Or, à la suite d’une vision du Christ, le
scientifique se métamorphose en mystique, il s’entretient comme un ami
avec un ami avec les anges et les esprits qui lui dévoilent les horreurs
de l’Enfer, les merveilles du Ciel et les étrangetés du Monde intermédiaire.
Ces dialogues avec l’Au-delà sont complétés par des visions obtenues en
dédoublement ». Sans entamer une polémique stérile, il est tout de même
notable que nous sommes très loin de la médecine expérimentale !
KENT a peu écrit, en
dehors de son monumental Répertoire. Ses cours oraux ont été transcrits et
constituent la trame de son ouvrage « La science et l’Art de
l’homéopathie ». Or que dit KENT vers 1900 à propos de la psore ?
Pour KENT, la psore
est bien une maladie infectieuse et contagieuse qui remonte à la nuit des
temps. Mais alors que pour la syphilis ou la blennorragie, l’homme doit
commettre préalablement le péché de débauche en allant se pervertir dans des
lieux où ces maladies prolifèrent, il n’en est pas de même pour la psore. On
trouve mention de la psore dans la Bible. « Longtemps avant le déluge, qui
ne fut rien d’autre qu’une inondation ayant pour but de détruire les êtres
corrompus qui vivaient alors sur la surface habitée de la terre, il y avait
une maladie appelée la lèpre, qui n’était que le résultat de l’effroyable
profanation et du paganisme régnant à cette époque. C’est alors qu’un grand
nombre de gens furent atteints par cette violente aura de lèpre dont ils
eurent à subir les tourments, alors qu’aujourd’hui le mal fondamental du
genre humain se présente sur une race différente et sous forme d’une psore
apparemment plus bénigne... ». Bref, la psore est la conséquence du péché
originel, il y a dans ce livre de KENT plusieurs passages qui
accréditent cette affirmation. La psore n’est plus un miasme matériel mais
une maladie spirituelle. « A partir de cette maladie spirituelle, toutes les
races ont engendré ce que nous pouvons appeler la réceptivité psorique qui,
à son tour, a posé les fondations de toutes les autres maladies ». Il y a de
plus chez cet auteur l’affirmation de l’importance du psychisme dans le
développement des maladies, qui devient facteur étiologique de plus en plus
dominant. On est tout de même loin de la conception de HAHNEMANN ! Il y a
encore de nos jours des partisans de KENT qui continuent de propager de
telles idées délirantes, tels Tomas Pablo PASCHERO ou Sanchez ORTEGA, ou
encore George VITHOULKAS, qui n’est pas médecin, il est directeur de l’Athenien
Center of Homeopathic medicine, mais qui s’active et s’agite beaucoup et
consacre son temps et sa fortune à donner des consultations, des
conférences, publie une revue internationale (« European Journal of
Classical Homeopathy ». Il a sorti une matière médicale et d’autres livres,
publié dans sa revue des observations cliniques de son propre exercice
illégal.
En 1977, on peut
lire dans une revue mexicaine (La homeopatia en el mundo - 1976-1977 n°1 et
2, p.73) sous la plume d’un proche collaborateur de S. ORTEGA: « La
transgression des lois naturelles par l’homme doué de libre arbitre produit
le miasme, origine du déséquilibre intime de l’unité biologique de
l’organisme et de la coordination psycho-somatique ». Bien entendu, tout
cela n’est pas faux: les erreurs diététiques aboutissent bien à des
manifestations cliniques que nous appelons aujourd’hui le mode réactionnel
psorique, mais dans notre conception, le « miasme » n’existe plus, il n’est
pas en tout cas une émanation spirituelle, il n’a rien à voir avec le péché
originel. Lorsque PASCHERO, pourtant semble-t-il excellent médecin, affirme
que le véritable sens de la vie est l’Amour, on peut le suivre dans cette
voie, même si on peut se demander qu’elle est le rapport avec l’homéopathie.
Mais quand il ajoute que «le blocage de ce processus vers le développement
de l’Amour détermine l’anxiété psorique ou angoisse existentielle que
l’homéopathie doit, en dernière instance, traiter en tous et chacun de ses
malades », ou encore « C’est l’expression symboliquement représentée dans la
maladie humaine par le cri de la naissance, par la séparation de la mère,
cri dont la transformation en ton, rythme, harmonie, donne lieu à la
musique.... L’homéopathe doit capter ce profond cri d’angoisse dans ses
infinies modalités personnelles... de même il doit capter l’image, le
biotype, le génie du médicament à travers la configuration pathogénique
qu’il a pu susciter dans les expérimentateurs... », on ne peut que rester
consterné !!!
Les « miasmes » et la psychanalyse:
HAHNEMANN ne se
doutait sans doute pas de ce que subiraient ses miasmes ! Voici quelques
extraits d’un article d'un pédiatre homéopathe, auteur d’articles souvent
très pertinents. Il affirme d’abord que les trois « miasmes » de HAHNEMANN
sont toujours là et bien là près de deux siècles après la naissance de l’Organon
et du Traité des maladies chroniques !!! « Le terme même de miasme
peut paraître désuet et semble gêner certains homéopathes craignant qu’un
tel jargon rebute leurs confrères allopathes ». En passant les miasmes au
filtre de la psychanalyse, cet auteur rappelle que le stade foetal est celui
du bonheur parfait. Mais voila, la naissance arrive, traumatisme inévitable
qui produit déjà la psore, première angoisse existentielle avec différentes
peurs = de manquer d’air, de mourir de faim, du froid. Et puis la menace
arrive vite: « C’est dans la chaleur du lit, dans la douceur du contact avec
une autre peau, que le psorique attrapera la gale, maladie qui sera le
témoin de cet état fondamental. Dieu sait si les problèmes cutanés sont
fréquents à cet âge ! ». Puis arrive le stade anal et la sycose, avec la
nécessité de se contrôler, notamment au niveau des sphincters, c’est
l’apprentissage de la propreté. « Ce stade laisse certainement une empreinte
profonde chez nous, car cette notion de propreté, d’ordre, est fondamentale
pour le développement harmonieux futur: voilà la sycose. Les entrées ne sont
plus contrôlées et c’est l’engorgement. Les sorties sont trop contrôlées et
c’est la rétention. A la limite il s’ensuit le désordre, l’anarchie, avec
comme phase ultime l’absence de police interne contrôlant les proliférations
cellulaires bénignes et malignes (Thuya par exemple)....Même le temps doit
être contrôlé, car il passe trop vite et nous entraîne très vite vers la
dégradation (Medorrhinum, Argentum nitricum)... A l’âge
adulte, le désordre s’établit sur le plan de la moralité, chez les individus
susceptibles de contracter et de transmettre la blennorragie, maladie-témoin
de ce miasme ». Enfin arrive le stade oedipien, pouvant aboutir à la névrose
qui doit être dépassée. Sinon apparaît la pulsion du meurtre, téléguidée par
la jalousie, le refus de partager ce que l’on possède. « Voilà la syphilis
avec Lachesis, Mercurius par exemple ».
N’étant pas
psychanalyste, nous restons perplexe sur ces affirmations qui nous semblent
tout de même bien éloignées des modes réactionnels généraux. Mais comme
conclut cet auteur: « Le discours psychanalytique et le discours
homéopathique vibrent harmonieusement pour nous chanter notre destinée ».
Alors soyons rassurés !
LE MODE REACTIONNEL PSORIQUE AU COURS
DU XX° SIECLE ET EN CE DEBUT DU XXI°
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Nous pensons avoir retracé l’évolution des idées depuis
l’hypothèse, affirmée comme certitude, de HAHNEMANN sur l’étiologie galeuse
de la psore jusqu’à certains élucubrations contemporaines. Il convient
maintenant d’étudier le mode réactionnel psorique selon les conceptions
récentes et d’en montrer les implications en pratique bucco-dentaire.
Selon la
définition, heureuse à notre avis, de Michel CONAN-MERIADEC, une diathèse
est « un potentiel réactionnel général évolutif, révélé et/ou aggravé par
des facteurs étiologiques circonstanciels et défini par un ensemble
sémiologique homéopathique ». Une diathèse est une manière d’abord de
s’adapter à son environnement, ensuite de réagir aux facteurs d’agression de
toutes sortes.
HAHNEMANN avait
affirmé que son miasme psorique représentait 7/8° des maladies chroniques.
C’était bien vu, à condition de bien expliciter ce problème. Selon la
conception actuelle, le mode réactionnel psorique est un mode de défense de
n’importe quel organisme qui se trouve surchargé, surtout par suite
d’erreurs alimentaires répétées. Un organisme a des besoins énergétiques,
variables d’un individu à un autre. S’il trouve les aliments en quantités et
en qualités nécessaires dans son alimentation, cet organisme reste en
équilibre de santé. S’il y a carences ou excès, les problèmes commencent.
Le mode réactionnel psorique est le plus naturel contre les excès d’apport
nutritionnel. Que se passe-t-il lorsqu’il y a des excès alimentaires =
l’appareil digestif travaille davantage et élimine les excédents. Il ne se
passe rien sur le plan clinique. Du moins pendant une période plus ou moins
longue. Car, il arrivera fatalement un jour où l’appareil digestif, puis le
foie seront débordés, c’est alors que commencent certains ennuis digestifs:
ballonnement, aigreurs d’estomac, constipation et/ou diarrhée. Pendant la
période de surcharge fonctionnelle du foie, il est facile de comprendre que
ce dernier ne fonctionnant pas correctement, laissera passer dans le sang
des protéines d’origine alimentaire mal dégradées que le rein ne pourra pas
éliminer normalement. D’où alors des tentatives d’élimination par des voies
de suppléance: d’abord la peau, ensuite les muqueuses et enfin les
séreuses.
Au début,
l’organisme est encore sthénique, c’est-à-dire que son potentiel réactionnel
est optimal = les éliminations se font donc avec une certaine violence
clinique, puis le sujet se trouve ensuite vite rétabli. C’est justement
la constatation d’une amélioration de l’état général après une manifestation
aiguë cutanée ou muqueuse, qui laisse penser qu’il s’agit bien d’une
élimination salutaire, donc à respecter. Une autre constatation clinique
semble confirmer cette interprétation = si l’on supprime par exemple un
eczéma par une pommade à la cortisone ou au soufre, comme cela est très
fréquent, il se produit dans les semaines suivantes soit une récidive (et
c’est un moindre mal), soit une manifestation aiguë au niveau d’une
muqueuse, dont la muqueuse buccale = gingivite érythémateuse par exemple.
Ainsi, peut-on
dire avec M. CONAN-MERIADEC:
« On
peut interpréter le mode réactionnel psorique comme un mode de défense
par augmentation des éliminations, qui intervient par crises
périodiques et récidivantes: le psorique rejette sur la peau et les
muqueuses les déchets de ses réactions contre les allergènes auxquels il
s’est sensibilisé, comme il rejette les déchets de ses réactions contre
les éléments de surcharge qui l’encombrent. C’est la phase centrifuge
du mode psorique ».
Il faut le
répéter, il ne s’agit que d’une interprétation, une explication à partir de
la constatation de troubles cutanés ou muqueux caractérisés par l’aspect
tapageur sur le plan clinique, l’amélioration de l’état général après ce
trouble, la récidive ou la métastase sur un autre émonctoire en cas de
suppression externe du premier trouble. L’alternance et la périodicité sont deux
caractéristiques essentielles. Il y a dans cette interprétation des
arguments cliniques bien plus sérieux que dans celle du péché originel !
Cette interprétation reste valable depuis HAHNEMANN, c’est déjà un fait
inouï en médecine. Seule l’explication de la cause a évolué.
Voici un
exemple de métastase morbide après suppression d’un trouble cutané:
« Un homme d’une soixantaine d’années est porteur d’un botriomycome de la
face palmaire de la première phalange du médius droit. Rappelons que les
dermatologues désignent sous le nom de botriomycome une petite tumeur
cutanée très vascularisée, friable et facilement saignante, qui serait due
à l’infection par le staphylocoque doré ou par le streptocoque, et dont le
seul traitement est l’extirpation à la curette. Ce traitement est
appliqué. Exactement une semaine après: développement d’une hémiplégie
droite passagère ayant régressé sans séquelle au bout de quelques heures.
Huit jours plus tard, survenue d’une diplopie qui a duré un quart d’heure
environ. Depuis presque deux ans, aucune autre manifestation
neurologique ».
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Exemple d'un botriomycome
chez une femme d'âge mûr |
Il faut
accepter cette observation avec les réserves émises d’ailleurs par l’auteur
lui-même: « Cette observation rappelle celles rapportées par HAHNEMANN
dans le Traité des maladies chroniques pour illustrer sa théorie de la
psore. Nous pouvons dire que la petite tumeur cutanée était une élimination
des toxines psoriques et qu’à la suite de sa guérison par des moyens
externes ayant fermé cette soupape de sûreté, la psore est devenue interne
et s’est traduite par des manifestations neurologiques autrement graves.
Cependant, nous sommes absolument incapables d’apporter la preuve de la
véracité de cette affirmation. Combien de ces petites tumeurs sont enlevées
sans aucune suite fâcheuse ? ».
Chacun
appréciera l’extrême prudence du Dr Georges TILITCHEEFF (1901-1968), qui
n’évoque ni le cri de l’angoisse existentielle, ni le péché originel, ni la
gale. Il constate seulement l’alternance de troubles cutanés et
neurologiques après suppression des premiers. Il avance même une
hypothèse de prudence: « Le malade en question est très au courant des
théories homéopathiques. N’y a-t-il pas une liaison de type psychosomatique
entre la destruction d’une lésion réputée dangereuse et l’apparition de
semaine en semaine de manifestations spasmodiques des vaisseaux ? ». Il
est bien évident que ni HAHNEMANN, ni plusieurs générations de praticiens ne
sont arrivés à cette théorie des éliminations à partir d’une seule
observation. C’est au contraire la confrontation de plusieurs centaines de
cas cliniques qui a permis cette interprétation. Il faut regretter que la
prudence du Dr TILITCHEEFF ne soit pas mieux partagée. Elle l’est en tout
cas par M. CONAN-MERIADEC: « La notion diathésique n’a rien d’absolu et
doit toujours être replacée dans la totalité des symptômes. Une notion
diathésique ne doit jamais faire rejeter un médicament bien indiqué. Ce ne
doit pas être un cadre rigide ». Opinion partagée par R. ZISSU que nous
avons très souvent entendu dire: « Priorité à la matière médicale. On
recherche d’abord le remède semblable à partir des signes et symptômes du
malade. Ensuite, mais ensuite seulement, on peut envisager une
interprétation diathésique ».
Deuxième exemple de métastases morbides:
« Au début de décembre 1934, nous sommes appelé auprès d’un enfant de 14
mois, faisant une broncho-pneumonie. Le médecin traitant considère « qu’il
est foutu » (sic).
L’enfant dans un état grave est pâle, émacié, inerte, respirant à peine.
La température a baissé de 40° à 38°5. A l’auscultation, foyers de
broncho-pneumonie multiples. Prescription: CARBO VEG. 30 K + oxygène.
Le pronostic semble fatal. Le lendemain, l’enfant toujours vivant est
inerte, la température à 40°. A l’auscultation, on perçoit en plus des
foyers, de gros râles. La prescription est la suivante: ANTIMONIUM TARTARICUM 6 K.
Les jours suivants, l’état de l’enfant s’améliore et nous sommes frappé
par l’apparition de taches livides disséminées sur tout le corps qui
bientôt se transforme en pustules purulentes. Nous apprenons par la mère
que la broncho-pneumonie est survenue à la suite du traitement externe
d’un impétigo généralisé compliqué de pyodermite. Prescription: SULFUR IODATUM
30 K.
L’état de l’enfant s’améliore de façon surprenante. MEZEREUM 6, HEPAR
SULFUR 30 complètent la guérison. L’éruption et la pyodermite
disparaissent sans laisser de traces. Le petit malade est en excellente
santé (sic). Nous le perdons de vue.
Fin août 1935, rentrant de vacances, nous sommes de nouveau appelé auprès
de l’ enfant qui est dans un état grave en raison d’une diarrhée
cholériforme incoercible. L’enfant est absolument déshydraté, malgré le
sérum et le gélotanin, température: 36°. Une récidive d’impétigo a été
soignée grâce à une nouvelle méthode très active et l’éruption a été
remplacée par ce choléra infantile.
En raison de l’aspect du petit malade, de la suppression intempestive de
l’éruption, CAMPHORA 30 est prescrit et la diarrhée est stoppée.
Apparition de taches livides, gros ronchus, état comparable à celui
observé lors du premier accident. Prescription:
ANTIMONIUM TARTARICUM 6, CHINA 6.
En quelques jours, l’amélioration s’accentue, mais parallèlement
s’installe un impétigo compliqué de pyodermite. Prescription: HEPAR SULFUR
30, MEZEREUM 6, puis PULSATILLA 30. L’éruption disparaît complètement. La
maman, convaincue de l’efficacité du traitement et de la nécessité de
soigner l’état général de l’enfant, me confie celui-ci jusqu’en 1939,
époque où sa santé est excellente, grâce en particulier à MARMORECK et
LUESINUM.
La guerre nous le fit perdre de vue. Tout à fait fortuitement nous avons
appris sa mort. L’état demeura excellent jusqu’au début de l’année 1947,
où apparurent alors des alternances d’impétigo et de pyodermite. En
juillet 1947, un traitement par injections de pénicilline stérilisa
rapidement la manifestation cutanée. En septembre, un syndrome méningé
s’installe qui rapidement emporte le malade. Cette observation
montre bien le balancement entre troubles cutanés et manifestations
viscérales aiguës graves. Nous regrettons de n’avoir pu suivre cet enfant
qui avait si bien réagi au traitement homéopathique ».
Cette
observation est intéressante à plus d’un titre. Elle montre d’abord
l’efficacité de l’homéopathie même dans un cas qui semble désespéré. Elle
apporte un argument à la théorie des métastases car la suppression de cette
dernière fait « ressortir » le trouble cutané primitif intempestivement supprimé.
Nous avons déjà
dit que chacun d’entre nous possède dans son bagage génétique les 4 grandes
tactiques défensives dont dispose l’organisme. L’un de ces modes est mis en
oeuvre préférentiellement, les autres restent latents jusqu’à ce que
certains facteurs étiologiques ne les suscitent à l’occasion. A l’appui de
ce point de vue, CONAN-MERIADEC remarque à juste titre qu’en dehors de
SULFUR ou de PSORINUM, qui ne sont que antipsoriques, les autres
remèdes réputés antipsoriques sont en fait polydiathésiques: CALCAREA
CARBONICA est psoro-sycotique, SEPIA est psorique et tuberculinique,
GRAPHITES est psoro-sycotique, etc... Voilà donc un argument de plus en
faveur de la thèse des modes réactionnels dont chacun dispose pour s’adapter
à son environnement puis pour réagir aux facteurs d’agression inhérents à la
vie. |
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LE MODE REACTIONNEL PSORIQUE
EN DETAIL
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Dans la présente partie, nous allons étudier en détail le mode réactionnel
psorique, d’abord sur le plan général, puis sur le plan bucco-dentaire. Nous
nous référons aux travaux de R. ZISSU et M. CONAN-MERIADEC.
Un mode
réactionnel, il faut le répéter, n’est qu’une manière de réagir à certains
facteurs ressentis comme agressifs par certains sujets, sensibilisés à ces
facteurs pour des raisons à la fois héréditaires et disons
« conjoncturelles ». Il faut donc envisager chaque mode réactionnel sur
quatre plans: les causes déclenchantes - les sujets sensibles - l’expression
clinique, ensuite celui de la thérapeutique homéopathique.
Les facteurs étiologiques du mode réactionnel psorique:
Le mode
réactionnel psorique est mis en oeuvre par n’importe quel organisme pour
lutter contre les facteurs d’auto-intoxication, mais différemment selon les
besoins énergétiques de chacun et la charge héréditaire. Ces facteurs
circonstanciels sont les suivants:
D’abord
la sédentarité et les erreurs alimentaires:
La sédentarité
diminue les besoins énergétiques. Si l’alimentation était adaptée aux
besoins, il n’y aurait pas mise en oeuvre du mode psorique, du moins par
cette cause. Mais très souvent, il y non seulement la sédentarité, mais
conjonction de la sédentarité et d’erreurs alimentaires: excès alimentaires
d’abord, mais de plus = alimentation mal adaptée et:
déséquilibrée par excès de protéines, de graisses animales,
d’hydrates de carbone, insuffisance en cellulose et en fibres, alimentation
trop raffinée, industrielle, polluée. A cela s’ajoutent d’autres erreurs
liées au régime alimentaire: abus de toxiques comme l’alcool ou le tabac
(même si on ne le mange pas !), abus d’excitants comme le café, le thé, de
stimulants, de sucreries avec manie du grignotage en dehors des repas... -
alimentation polluée = produits chimiques, pesticides et
insecticides présents sur de nombreux aliments.
La sédentarité
engendre divers troubles par plusieurs mécanismes. D’abord, l’immobilité ou
l’absence d’exercice physique diminue l’activité musculaire, c’est une
évidence. Or le travail musculaire participe à la dégradation métabolique de
nombreuses substances, dont les hydrates de carbone. L’inactivité des masses
musculaires favorise la rétention d’eau dans les espaces péri-cellulaires,
qui ralentit les échanges entre les cellules. Ensuite, l’activité physique
provoque une transpiration, elle aussi propice à certaines éliminations.
Enfin, le séjour prolongé sans grande activité dans une atmosphère confinée
suscite une hypo-oxygénation et des stases veineuses.
C’est cet
ensemble de perturbations métaboliques qui engendrent ce que l’on appelle
l’auto-intoxication chronique. J. JOUANNY compare le psorique
sédentaire à « un poêle dont le tirage est mauvais et où les combustions
incomplètes encrassent les conduites ».
L’environnement stressant et pollué:
Surtout dans
les villes, l’environnement est devenu de plus en plus stressant et pollué.
Stressant par le bruit incessant, par les conflits du travail,
familiaux et personnels (exemples: auto-dépréciation de LYCOPODIUM ou de
STAPHYSAGRIA), transports urbains favorisant la promiscuité et les
contaminations (viroses, bactéries, parasites...), mode de vie trépidant
(exemple: décalage de CALCAREA CARBONICA trop lent, qui se sent déphasé et
qui peut vivre dans une véritable angoisse par peur de ne pas s’adapter à un
rythme de vie trop rapide pour lui), etc... Pollué par les toxiques à
tous les niveaux: alimentation, atmosphère (usines, gaz d’échappement des
véhicules), abus de médicaments, etc... Tous ces facteurs obligent
l’organisme à lutter sans cesse. Les polluants sollicitent la fonction
antitoxique du foie et expliquent les pathologie de sensibilisation:
allergies et maladies auto-immunes. Les stress psychiques constituent autant
d’agressions sur le système nerveux central mais également dépriment la
fonction hépatique.
Il ne faut pas
négliger non plus le rôle des médicaments chimiques qui peuvent perturber
aussi bien le système immunitaire que différentes fonctions, comme la
fonction urinaire, ou hépatique par toxicité de certains produits. Cette
dernière cause est encore plus conséquente dans la mise en oeuvre du mode
sycotique.
Le rôle de l’hérédité:
Des parents
réagissant électivement sur le mode psorique engendrent des enfants qui
réagissent eux aussi sur ce mode, au moins au début de leur vie. Exemples de
l’eczéma atopique ou de l’asthme du nourrisson qu’aucun allergène ne peut
expliquer et qui réagissent bien à des médicaments homéopathiques du mode
psorique, ou encore des croûtes de lait persistantes du nourrisson CALCAREA
CARBONICA. Ou encore l’exemple éclatant de l’aphtose buccale périodique de
l’enfant ou de l’adolescent qui réagit bien à SULFUR alors qu’on ne retrouve
pas les facteurs étiologiques sus-décrits.
Les sujets
qui réagissent électivement sur le mode psorique:
Le mode psorique
est celui mis en oeuvre contre les excès d’apport nutritionnel, excès que
l’on doit apprécier en fonction des dépenses énergétiques de chacun. Un
« travailleur de force » dépense plus qu’un sédentaire, c’est une banalité.
L’organisme réagit d’abord par une surcharge fonctionnelle de l’appareil
digestif, notamment du foie. Dans un premier temps, il élimine les excès,
puis il en subit les conséquences dès que ces éliminations deviennent
insuffisantes. On voit ainsi se dessiner les deux grandes phases du mode
réactionnel psorique: tant que les éliminations peuvent être assurées, le
sujet reste en équilibre, certes plus ou moins satisfaisant, avec de temps
en temps des manifestations aiguës, plus ou moins tapageuses sur le plan
clinique. C’est la première phase caractérisée par des éliminations
centrifuges, périodiques et alternantes, suivies d’une amélioration de
l’état général. Ensuite, il est facile de comprendre que les émonctoires
surchargés deviendront un jour insuffisants. C’est alors la deuxième phase
avec des éliminations contrariées et des conséquences pathologiques sur les
grands appareils, dont la sclérose à différents niveaux (vasculaires,
articulaires, cutané...).
La connaissance
de cette conception du mode psorique, puis sa reconnaissance dans les
manifestations d’un patient, permettent de comprendre la signification d’une
pathologie banale en évitant d’ajouter une erreur thérapeutique (suppression
d’une élimination surtout), tout en autorisant une prévention. Ainsi:
¨
Un bréviligne, que l’on a longtemps
appelé carbonique, a naturellement un métabolisme ralenti, c’est
justement pour cette raison qu’il est bréviligne. Par conséquent, les
facteurs de surcharge et de ralentissement métabolique seront précocement
ressentis, plus que pour n’importe quel autre biotype. On constate déjà chez
le nourrisson et chez l’enfant des manifestations cliniques typiquement
psoriques. Et l’on peut déjà à ces âges deviner les conséquences plus ou
moins lointaines et parfois les prévenir. Exemple: les nourrissons CALCAREA
CARBONICA = ces nourrissons peuvent offrir les aspects de bébés en bonne
santé, qui font souvent la fierté des parents ou des grands-parents (bébé « cadum »),
mais qui ne sont souvent qu’apparence pour l’oeil exercé d’un homéopathe.
Les croûtes de lait ou l’érythème fessier sont déjà des manifestations du
type psorique et hélas du mode sycotique. Mais surtout, ces nourrissons sont
menacés déjà par la suralimentation: on les force souvent à terminer les
biberons. Commence alors une pathologie digestive (vomissements de lait en
gros caillots, éructations acides, diarrhée verdâtre et acide) qui explique
que l’enfant peut maigrir et faire des carences minérales préjudiciables à
la minéralisation des dents, entre autres conséquences. Pour une étude
approfondie de ce problème particulier, nous conseillons le livre de R.
ZISSU (Matière médicale Homéopathique Constitutionnelle) à partir
duquel nous avons personnellement développé nos conceptions personnelles sur
les problèmes bucco-dentaires (Cahiers de médecine homéopathique n°6
- Masson 1989 et n°9 - Masson 1992.
¨
A l’opposé, le longiligne, longtemps
appelé phosphorique, est toujours en « manque de nourriture » car il
a besoin de minéraux pour assurer ses combustions métaboliques augmentées.
Une surcharge alimentaire n’a donc pas les mêmes conséquences, aussi le mode
psorique est rarement mis en oeuvre chez ces sujets. On retrouve chez eux un
signe typique du mode tuberculinique = sujet qui maigrit à la moindre
occasion malgré un appétit augmenté.
¨
Le normoligne, longtemps appelé
sulfurique, a par nature un métabolisme équilibré et se défend bien
contre les agressions diverses, suralimentation comprise. Ce sujet
particulièrement sthénique, du moins au départ, est capable d’assumer plus
ou moins longtemps les conséquences d’une suralimentation ou de facteurs
d’agression divers. C’est chez ce sujet que l’on constate les manifestations
pathologiques les plus tapageuses sur le plan clinique (par exemple la
réaction thermique très élevée de ACONIT). Et ce n’est pas par hasard que
ses vrais problèmes du type psorique ne commencent qu’avec la vie sédentaire
souvent imposée par l’exercice d’une profession elle-même sédentaire. Lui
doit faire preuve dune grande sagesse pour adapter son mode de vie à ses
besoins: alimentation équilibrée, activité sportive. Ce n’est hélas pas le
cas pour beaucoup de sujets. Ou alors acceptent-ils de suivre les conseils
pendant quelques jours, jusqu’à amélioration des troubles digestifs. C’est
l’exemple fréquent de NUX VOMICA.
En résumé:
les sujets les plus aptes à mettre en oeuvre le mode psorique sont d’abord
les brévilignes, déjà dès l’enfance du fait de leur ralentissement
métabolique, puis les normolignes, plus tardivement et le plus
souvent après le début d’une vie professionnelle sédentaire.
Expression
clinique du
mode réactionnel psorique
A - LA PREMIERE PHASE EST
DITE « STHENIQUE »:
Cette phase est
dite sthénique parce que le potentiel réactionnel est encore intact et le
sujet peut réagir avec sthénicité aux facteurs étiologiques. Elle réunit des
manifestations pathologiques aiguës, le plus souvent inflammatoires, parfois
allergiques, au niveau de la peau et des muqueuses, plus tard au niveau des
séreuses (articulaires notamment). Ces inflammations n’ont rien de
spécifique en elles-mêmes sinon qu’elles sont caractérisées par:
·
leurs alternances
·
leur périodicité
·
l’amélioration de l’état général qui les
suit
Au niveau de la peau:
la peau est toujours impliquée chez un psorique parce qu’elle constitue le
premier émonctoire de suppléance utilisé par l’organisme. En dehors
d’éruptions, la peau est souvent malsaine, sèche, rêche, sujette à un prurit
sine materia plus ou moins intense, mobile (par la chaleur = lit notamment,
après un lavage). Puis des éruptions se produisent, de toutes natures:
infectieuses comme les furoncles, les staphylococcies, l'impétigo… ou
métaboliques ou allergiques comme les eczémas, l’urticaire, ou encore les
mycoses et parasitoses. Très souvent, le psorique ne supporte pas ou plus le
contact de la laine ou des fibres synthétiques (mais il n’y a rien de
systématique). Ces éruptions sont d’abord plutôt fugaces, mais elles
deviennent rapidement récidivantes et de plus en plus tenaces. Elles sont
le plus souvent prurigineuses. La cortisone ou les pommades au soufre font
des « miracles » (du moins les officiels et les malades le croient-ils !).
En fait, c’est une erreur thérapeutique hélas fréquemment commise, qui peut
expliquer l’alternance avec une autre manifestation, le plus souvent au
niveau d’une muqueuse.
Au niveau d’une
muqueuse: inflammation d’abord érythémateuse, souvent douloureuse
quelle que soit la muqueuse concernée: bronchite, gingivite ou stomatite,
cystites (le plus souvent amicrobiennes), leucorrhées (irritantes et
pruriantes, souvent sur-infectées ou parasitées), ou encore rhinite
allergique, rhume des foins, pollinoses...sans oublier l’asthme ou même
l’oedème de Quincke.
Un exemple parmi d'autres de constatation clinique fréquente = l'alternance
entre une éruption cutanée, par exemple un herpès labial et
l'atteinte d'une muqueuse, par exemple une aphtose buccale.
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Ces
manifestations peuvent alterner ou coexister avec des troubles digestifs.
C’est le cas chez le psorique sédentaire enclin aux erreurs alimentaires
sus-décrites: dyspepsie d’abord banale, fonctionnelle avec ou sans
dyskinésie biliaire, puis entérite ou colite fonctionnelles, constipation
alternant avec une diarrhée, ano-rectite compliquée par la suite
d’hémorroïdes, etc...
Durant cette
phase dite « sthénique » parce que le pouvoir réactionnel du patient n’est
pas encore entamé et que par conséquent il réagit avec une violence clinique
qui contraste avec la banalité du trouble, le traitement est simple:
prescription du médicament homéopathique correspondant aux signes cliniques
du patient. Le plus souvent l’observation de règles hygiéno-diététiques
simples suffisent largement.
B - LA SECONDE PHASE EST
DITE « ASTHENIQUE »:
Après une
manifestation aiguë telle que décrite lors de la phase sthénique, l’état
général se trouve nettement amélioré, comme si l’organisme s’était
débarrassé de déchets qui l’encombraient. Au début, les troubles sont
espacés dans le temps, puis ils tendent à une récidive de plus en plus
rapide avec en plus une évolution de plus en plus torpide. Il existe donc
une phase intermédiaire, plus ou moins étendue dans le temps. Mais dans tous
les cas, la clinique constate les mauvais effets des suppressions
pathologiques, qu’elles soient spontanées ou provoquées par une
thérapeutique inadaptée. Ou bien il se produit une métastase dont
l’évolution peut être plus grave (cf les exemples donnés plus haut), ou bien
il y a récidive. On retrouve les mêmes manifestations cutanées ou muqueuses,
mais elles ont perdu leur caractère explosif et leur résolution demande
beaucoup plus de temps. Progressivement, une pathologie organique, puis
lésionnelle fait suite aux troubles fonctionnels du début. Entre les deux
phases, on retrouve volontiers des manifestations spasmodiques le plus
souvent douloureuses, comme les coliques hépatiques ou néphrétiques.
Par la suite,
les émonctoires eux-mêmes deviennent insuffisants = les éliminations
salutaires ne peuvent plus être assurées. C’est alors la phase asthénique,
appelée « psore rentrée » par HAHNEMANN. Elle est caractérisée par l’anergie
fonctionnelle = le sujet ne peut plus réagir avec sthénicité et subit
les conséquences, avec apparition de troubles de plus en plus tenaces, quels
que soient les moyens thérapeutiques mis en oeuvre. Tous les organes, tous
les systèmes peuvent être atteints, d’une manière variable selon les sujets:
troubles de la nutrition avec perturbations des constantes biologiques
(urée, hyperglycémie, cholestérol, acides gras, triglycérides...), scléroses
à différents niveaux (par exemple l’hypertension fonctionnelle épisodique
est suivie d’artériosclérose et d’athérosclérose de plus en plus
permanentes), atteintes de séreuses articulaires = le rhumatisme
inflammatoire devient arthrose...). Progressivement, le traitement
homéopathique devient insuffisant et doit être complété par des
thérapeutiques substitutives. Sans oublier enfin les répercussions sur le
système nerveux, comme la tendance dépressive qui peut s’accentuer
progressivement.
Suite =
les problèmes
bucco-dentaires des sujets réagissant sur le mode psorique.
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