Il s’agit d’un vaste et « douloureux » sujet qui pose plusieurs
problèmes. Avant tout celui du traitement, le seul à l’évidence qui
intéresse les malades. Ensuite celui du diagnostic car avant d’affirmer
qu’il s’agit bien d’une névralgie faciale essentielle, il faut éliminer
toutes les causes, même les moins décelables, en tous cas les plus
difficiles à mettre en évidence. Nous avons le souvenir d’un cas exemplaire
qui se passait vers 1967. Un ancien légionnaire souffrait d’une violente
névralgie faciale pour laquelle il avait subi de très nombreuses
investigations et différents traitements, dont une alcoolisation du ganglion
de Gasser, sans résultat sur le long terme. Or, par soucis de bien faire
inhérent au néophyte plein d’enthousiasme, nous avons eu l’idée de reprendre
un traitement endodontique sur une prémolaire supérieure avant réalisation
d’une couronne. Il n’y avait pourtant aucune image radiologique suspecte. Et
miracle, la névralgie qui durait depuis plus de 10 ans a cessé aussitôt ! Il
ne s’agissait donc pas d’une névralgie faciale essentielle, mais seulement
d’une névralgie de cause dentaire !
Le chirurgien-dentiste « homéopathe » a sans doute un avantage =
il est très souvent consulté après plusieurs autres praticiens qui se sont
chargés du diagnostic !
Nous avons ainsi le souvenir d’un cas assez récent. Une femme
d’environ 45-50 ans souffrait d’une névralgie ressentie au niveau de la
deuxième molaire inférieure gauche qui évoluait depuis environ 10 ans. Elle
a eu droit aux soins dentaires, à deux couronnes, puis à un curetage et une
résection des apex parfaitement réalisés avec une cicatrisation totale. Puis
on a recherché une cause occlusale et elle a dû subir plusieurs séances.
Etant le 7° praticien consulté, il semblait logique d’éliminer une cause
dentaire ! Nous avons donc procédé à l’interrogatoire classique et nous
avons mis en évidence l’indication de THUYA (entre autres signes = douleurs
dans les molaires inférieures gauches chez les buveurs de thé !).
L’amélioration a été étonnante, pour la patiente et le résultat a été
maintenu avec quelques prises mensuelles de MEDORRHINUM 30 CH.
Il est classique, chaque fois que l’on veut parler de la
névralgie faciale essentielle, de citer TROUSSEAU qui a décrit avec
méticulosité cette névralgie en 1850.
Dans un article (« Les Annales homéopathiques françaises – 1972,
n°2, p. 115), le Docteur BATEJAT rapporte une observation clinique de
TROUSSEAU :
« Une vielle dame d’Angers me fit
l’honneur de se confier à mes soins en 1845 ; elle était atteinte d’une
névralgie épileptiforme de la face depuis plus de dix ans. Les accès
duraient de quelques secondes jusqu’à trois minutes : ils commençaient
tantôt par le nerf sus-orbitaire, tantôt par le mentonnier, tantôt par le
sous-orbitaire. Le mal irradiait rapidement dans les trois rameaux et
lorsque le paroxysme était à son summum de violence, les muscles du visage
grimaçaient convulsivement. La pauvre femme avait quelquefois vingt accès
par heure, qui revenaient à l’occasion du moindre mouvement. Elle ne pouvait
parler, tousser, manger, boire, sans être prise d’un paroxysme atrocement
douloureux. Pour modérer la douleur, elle portait rapidement la main au
visage, qu’elle pressait avec violence, faisant mouvoir la peau sur les
os…. »
Le traitement a été amorcé avec de la morphine, vite arrêté à
cause du coût, remplacé par de l’opium de mauvaise qualité beaucoup moins
cher, mais avec un certain succès.
Dans son excellent ouvrage « L’homéopathie sans masque »,
Denis DEMARQUE rapporte que Armand TROUSSEAU (1801-1867) a été tenté par
l’homéopathie, dont il s’est inspiré pour sa théorie des substitutions, mais
comme bien d’autres il a eu le vertige de l’infinitésimal, c’est-à-dire
qu’il ne pouvait admettre l’activité des dilutions infinitésimales. Dans
l’observation ci-dessus, qui manque à l’évidence de précisions (il n’y a
même pas mention de la latéralité !), il n’y a que deux éléments =
le déclenchement ou l’aggravation par le moindre mouvement et l’amélioration
par la pression forte. Ces
deux signes sont-ils suffisants pour justifier l’indication de BRYONIA ? On
ne le saura hélas jamais, mais sans doute TROUSSEAU eut-il été surpris de
l’action de BRYONIA 15 ou 30 CH ! Car les hautes dilutions couramment
utilisées en homéopathie heurtaient la compréhension ou l’entendement des
médecins contemporains d’HAHNEMANN, et rien n’a changé depuis, ou presque !
oOo
Quelques rappels semblent utiles, même si du point de vue de
l’homéopathe, les deux distinctions suivants n’ont pas d’intérêt :
1/ La névralgie faciale dite « essentielle » de TROUSSEAU,
encore appelée « Tic douloureux de la face » :
Cette névralgie concerne le
plus souvent un adulte de 40 à 50 ans, le plus souvent une femme. Elle
s’exprime par une douleur paroxystique, violente, intense, mais heureusement
généralement brève. Cette douleur apparaît par crises et disparaît
complètement entre deux crises. La crise est souvent déclenchée par
excitation d’une zone sensible dite « zone gâchette » (« trigger zone » des
anglo-saxons). Il peut s’agit d’un simple effleurement d’une zone ou d’un
contact, d’autres fois c’est la mastication qui déclenche la crise, voire un
simple bâillement. La douleur localisée au début peut irradier le long d’une
ou de deux branches du trijumeau.
Cette douleur est tellement intense que le malade reste
immobile, porte la main sur la zone douloureuse, cherche anxieusement un
moyen de la faire disparaître. On note parfois des contractions musculaires
de certains muscles faciaux (d’où l’autre appellation de « tic douloureux de
la face »). Après quelques minutes, la douleur diminue, ou disparaît,
pouvant laisser place à quelques troubles sympathiques mineurs comme un
larmoiement, un tic musculaire, une rougeur circonscrite de la joue, une
rhinorrhée, etc… Après quelques décharges particulièrement douloureuses,
atroces, comme de « coups de poignard », la douleur disparaît totalement,
mais laisse un souvenir terrifiant. Le malade vit dans la hantise de la
prochaine crise. Tous les examens sont négatifs.
2/ La névralgie
dite « symptomatique » parce que secondaire à une cause déclenchante bien
déterminée, même si elle n’est pas facile parfois à mettre en évidence :
Cette névralgie ressemble à
la précédente, mais après la crise persiste un fond douloureux
quasi-permanent. Les causes déclenchantes sont nombreuses, dentaires le plus
souvent mais le plus souvent passant inaperçues même à un examen minutieux
(par exemple un canal dentaire aberrant masqué à la radiographie ou une
fêlure d’une racine…). Ne pas oublier la névralgie des amputations, même si
l’extraction d’une dent remonte à des mois ou à des années.
En désespoir de cause, le
malade demande parfois l’avulsion de la dent douloureuse qu’il accuse à tort
ou à raison. Le malade devient d’autant plus exigeant et pressant que les
crises douloureuses laissent un souvenir angoissant, le comportement
psychique est bouleversé. Le malade fait une véritable fixation et on le
comprend facilement.
Malheureusement, il n’y a pas
que les seules causes dentaires éventuelles. La proximité des sinus en
fournit d’autres. Il est facile de renvoyer le malade à l’O.R.L., qui le
renvoie à un autre praticien, ophtalmologiste, neurologue, etc…
Enfin, un autre aspect du
problème mérite un commentaire. De nombreux auteurs éminents confondent
certaines névralgies faciales avec les algies vasculaires de la face. A
juste titre semble-t-il car une congestion artérielle brutale et très
localisée déclenche des douleurs tout à fait comparables à une névralgie. La
richesse vasculaire et neurologique de la face explique l’intrication de ces
manifestations douloureuses. En particulier, Pierre TONNELIER décrit trois
tableaux différents.
-
Le syndrome du ganglion ciliaire ou
syndrome de CHARLIN = douleur oculo-nasale, congestion conjonctivale,
larmoiement ou/et rhinorrhée, le tout par souffrance du ganglion ciliaire
ou du nerf nasal.
-
Le syndrome du ganglion sphénopalatin
ou syndrome de SLUDER = douleurs de l’œil, de la racine du nez et des
dents (maxillaire supérieur), accompagnées de conjonctivite, de mydriase,
de rhinorrhée et de larmoiement.
-
Le syndrome du ganglion optique avec
paresthésies pharyngées, sensations douloureuses de chatouillement
péritubaire, de noyau ne pouvant être avalé.
Selon cet auteur, les
stomatodynies font partie de ces sympathalgies, de même que certaines
douleurs dentaires imaginaires observées chez des malades mentaux.
Cependant, la dépression mentale est à l’origine des stomatodynies, alors
que les troubles du comportement sont consécutifs aux douleurs mal
maîtrisées dans les névralgies ou algies vasculaires.
Le traitement « classique » de la névralgie
faciale :
Les antalgiques toujours
prescrits en première intention se montrent inefficaces et leur échec incite
les malades à dépasser les doses préconisées, avec les risques que cela
suppose.
Depuis des années, le
Tégretol ® donne de très bons résultats à la dose de 200 à 1600 mg/j, mais
exige une surveillance médicale. La phénytoïne (300 à 600 mg/j) et le
baclofène (15 à 40 mg/j) se montrent efficaces chez certains malades.
Les solutions chirurgicales
restent un recours = alcoolisation du ganglion de Gasser, section d’une
branche douloureuse, isolement des structures artérielles compriment un
nerf, etc… Mais les malades ayant subi ces interventions les vivent plutôt
mal, même s’ils reconnaissent volontiers le bénéfice.
LA PLACE
DE L’HOMEOPATHIE
DANS LE TRAITEMENT DE LA NEVRALGIE FACIALE
Comme cela est fréquent en
homéopathie, il arrive parfois que le premier traitement homéopathique
proposé au malade aboutisse à un résultat spectaculaire = la douleur
disparaît dès la première prise, ou après quelques prises répétées. D’autres
fois, il est nécessaire de reprendre l’observation pour « affiner » la
prescription. Mais hélas, il arrive aussi très souvent des échecs qui
déçoivent le malade t le praticien, d’autant plus que les consultations
suivantes échouent aussi lamentablement.
La cause de ces échecs est
connue = souvent le malade ne « fournit » pas de symptômes et de modalités
suffisamment précis. Or, le Répertoire propose plus de 160 médicaments et un
seul convient à un malade ! A l’inverse, il arrive aussi que le malade
fournisse tant de symptômes et de modalités contradictoires que le praticien
se perd. Et puis, il ne faut pas oublier le problème des « barrages » à
l’action du médicament homéopathique. Notamment les nombreux médicaments
chimiques pris par le malade peuvent constituer des obstacles et on ne sait
pas lequel neutraliser, d’autant plus que souvent le malade n’a pas gardé le
souvenir précis des médicaments pris depuis des années. Le Dr Gizardin, dans
un article des "Annales homéopathiques françaises" (1973 - n°10, p.37) cite
un cas de « barrage » = une femme de 75 ans souffrait d’une névralgie
faciale depuis des années, avec prise d’une multitude de médicaments
chimiques, puis une neurotomie 5 ans avant la consultation homéopathique.
L’interrogatoire est décevant, peu de symptômes précis, et donc plusieurs
médicaments homéopathiques n’ont aucune action. Mais le Dr GIZARDIN finit
par apprendre que la malade a eu la typhoïde à l’âge de 14 ans en 1912. La
prise de EBERTHINUM entraîne la guérison, qui apparaît miraculeuse. Quelle
peut être l’explication d’un lien entre une typhoïde remontant à plus de 60
ans et la guérison d’une névralgie faciale tenace par des dilutions de lysat
de salmonelles ? C’est une illustration de la notion de « barrage » si
difficile à expliquer et à faire comprendre.
Eberthinum est un biothérapique préparé à partir d'une culture de
bacilles de la typhoïde.
Quoiqu’il en soit, il est
nécessaire de nouer autant que possible un dialogue avec le malade, de créer
un climat de confiance en lui expliquant les difficultés du traitement
homéopathique, sa participation active est indispensable.
Il ne faut pas non plus
oublier le problème de la cause réelle mais inapparente de la névralgie, car
sa suppression conditionne le résultat. Et ce problème explique des échecs..
Comment procéder en pratique ?
Personne ne sera surpris si
nous répétons que le point de départ est une consultation minutieuse avec
recherche d’une cause. Ensuite, l’interrogatoire constitue un second
obstacle important, voire capital. Le Dr Pierre SCHMIDT décrivait 169
douleurs différentes et pourtant certains malades ne sont pas capables d’en
reconnaître une seule. Certes, ils ont des excuses car qui peut distinguer
une douleur « perforante » d’une douleur « creusante » ? Qui sait distinguer
une sensation de brûlure d’une sensation de cuisson ? Et les modalités
d’amélioration ou d’aggravation restent souvent mal définies. Le malade ne
sait pas très bien ce qui le soulage ou l’aggrave, souvent il affirme que
rien ne le calme, etc… De plus, l’horaire peut être variable, différent
selon les jours, la localisation change elle aussi. Bref, plus les
renseignements obtenus restent imprécis, plus le traitement risque d’être
décevant.
Un
conseil = utiliser la méthode décrite par BOENNINGHAUSEN et HERING :
1.
La ou les
sensations ressenties par le malade.
2.
La localisation
3.
Les modalités
4.
Les signes
concomitants (quels qu’ils soient).
MATIERE MEDICALE
ET CLINIQUE
Il
est nécessaire de préciser que de nombreux auteurs homéopathes ou non font
souvent la confusion entre une névralgie faciale et une algie vasculaire.
Notamment dans les matières médicales ou dans les répertoires, cette
distinction n’est pas faite parce que ces ouvrages ont été réalisés pour la
plus grande part, au XIX° siècle, époque durant laquelle le diagnostic entre
ces deux affections n’étaient pas affiné.
Dans les
répertoires, il faut chercher à « Visage/douleurs » ou à « Face/douleurs »
et on parle volontiers de « prosopalgies » (douleurs de la face). C’est pour
cette raison que les ouvrages confondent migraines, céphalées, névralgies
dans une rubrique générale de douleurs de la face. Dans le bulletin 1/1996,
nous avons publié une étude quasi-exhaustive, mais ce numéro est épuisé et
nous proposons l’essentiel.
LES MÉDICAMENTS
AU DEGRÉ FORT
(par ordre alphabétique)
ACONIT NAPELLUS
Névralgie a frigore (suite
de froid sec ou de vent glacial), souvent du côté gauche, débutant
brusquement (souvent nocturne) avec congestion de la zone douloureuse,
sensations de fourmillement ou d'engourdissement, accompagnée
d’anxiété et d’agitation. Cette névralgie concerne essentiellement des
sujets jeunes, particulièrement sthéniques. ACONIT 9 ou 15 CH à
répéter au bout d'une ½ heure ou 1 heure.
Malgré ces précisions, ce
médicament ne sera pas retenu si par hasard le patient était calme et
détendu ! Le patient justiciable d’ACONIT est TOUJOURS anxieux et agité. Ce
sont des symptômes éliminateurs. Par contre, il est dit dans les livres que
la peau est sèche et que l’apparition des sueurs signe la fin de
l’indication de ce médicament. Ceci est parfaitement vrai dans les
affections inflammatoires, surtout fébriles.
Remarque:
le principe actif d'ACONIT est l'aconitine ou ACONITINUN que l'on peut
préférer à ACONIT lorsque la névralgie est particulièrement intense, mais
avec moins de congestion ou d'hyperthermie, localisation sus-orbitaire
fréquente.
ARSENICUM ALBUM
Remède de névralgie avec
douleurs le plus souvent brûlante, comme par des aiguilles brûlantes,
parfois tiraillantes, toujours améliorées par la chaleur (comme HEPAR
SULFUR, MAGNESIA PHOSPHORICA et SILICEA), apparaissant ou pires en
plein milieu de la nuit (entre 1h et 3h). La névralgie s'accompagne d'agitation
et d'anxiété et se renouvelle périodiquement (tous les jours ou
2, 3, 4, 15 jours ou 6 semaines). Et de préférence chez des sujets faibles
et maigres, frileux mais ayant besoin d’air frais. ARSENICUM ALBUM 7 à 15
CH, trois granules une à six fois par jour.
Cette névralgie siège
volontiers à droite, la douleur est ressentie des les maxillaires au point
qu’au début le patient pense à une « rage de dent » (il faudra d’ailleurs
éliminer cette éventualité). Il existe souvent un larmoiement du côté
douloureux juste avant la crise. Le patient peut révéler quelques modalités
= < en mangeant, par la mastication, par le moindre contact, le matin, par
temps venteux, en parlant, par les courants d’air, par temps neigeux et > en
faisant des mouvements d’ouverture et de fermeture de la bouche.
Tous ces signes et modalités
peuvent être intéressants mais la « personnalité » du malade prend le devant
= sujet asthénique, souvent amaigri, voire cachectique ou simplement maigre,
plus ou moins asthénique, plus ou moins hyperthyroïdien, hyposurrénalien,
mais surtout frileux, ayant malgré tout besoin d’air, recherchant la chaleur
(se couvre mais a besoin d’air frais). Le comportement est aussi intéressant
= sujet toujours bien mis, ponctuel, poli, mais vite irritable, impatient,
enclin à la critique, peureux (anxiété au sujet de sa maladie, notamment sur
le devenir de sa névralgie). C’est un sujet méticuleux et précis, à la
maison ou lors de la consultation = il n’est pas rare qu’il sorte un papier
sur lequel il a noté les consultations successives et les traitements
proposés.
A noter un signe intéressant =
la névralgie peut alterner avec un asthme ou avec une diarrhée ou encore un
eczéma. C’est la manifestation du mode réactionnel psorique, qui peut
justifier éventuellement la prescription de PSORINUM 30 CH mensuel afin de
pérenniser le succès thérapeutique.
Observation personnelle : durant le mois
d’août 1995, nous avons reçu en urgence un patient âgé de 87 ans venant pour
une desmondontite aiguë de la canine inférieure droite, supportant un
crochet de prothèse. Cette dent était cariée, très mobile, « déchaussée » et
de plus il existait un granulome apical malgré un traitement endodontique
semblant correct à la radio. L’avulsion était demandée, voire exigée et tout
s’est passé sans difficulté. Mais lors de la séance suivante prévue pour une
empreinte, le patient s’est plaint avec véhémence de la latérale avoisinante
qu’il accusait être responsable de violentes douleurs surtout nocturnes (en
plein milieu de la nuit). Malgré l’insistance « hargneuse » de ce vieux
Monsieur, il accepte finalement de surseoir l’extraction de seulement 24
heures. Nous lui donnons ARSENICUM ALBUM 7 CH dans l’attente. Le lendemain
ce patient est revenu détendu et souriant, il n’avait plus souffert. Il a
gardé sa dent. Nous lui proposons de refaire son vieux squeletté plutôt que
de le modifier. Il accepte. Mais lors de la pose de sa nouvelle prothèse, il
affirme tout de go qu’il a réfléchi et qu’il préfère conserver l’ancienne !
Il avait tout simplement oublié non seulement son accord, mais même la prise
d’empreintes !!!
AURUM METALLICUM
(l'or)
AURUM est indiqué pour des
névralgies surtout nocturnes (mode luétique) et l'hiver (sujet très
frileux), ressenties dans les os de la face avec douleurs perforantes ou
creusantes, ou encore sensation de plaie, de meurtrissure, de contusion au
niveau du maxillaire inférieur, améliorées par la chaleur (enveloppements
chauds). Ou encore le patient peut décrire des douleurs déchirantes dans le
malaire ou dans sa région, plus volontiers du côté droit. De préférence,
AURUM correspond à des sujets pléthoriques, congestionnés, hypertendus,
souvent dépressifs avec risque suicidaire important, imposant une
surveillance de l'entourage. AURUM METALLICUM 9 à 15 CH une à deux fois par
jour.
Du fait de la tendance
congestive, il est fort possible que la névralgie soit en réalité une algie
vasculaire de la face. Ces patients ont souvent des céphalées congestives
intenses avec les mêmes douleurs forantes ou déchirantes ressenties dans les
os du crâne ou de la face.
On accordera une très grande
attention au comportement de ce patient = variations brusques de l’humeur,
passe de la gaieté à la colère brusque et violente avec des poussées
d’hypertension qui peuvent être responsables d’AVC. On se méfiera des
périodes dépressives, avec indignation et désespoir, le patient se fait des
reproches sur son comportement passé, puis s’irrite pour la moindre cause.
Mais la dépression s’accompagne de pensées autolytiques et la peur de la
mort peut quelquefois être surmontée avec risque de passage à l’acte, ce qui
impose une surveillance de l’entourage.
BELLADONA
Remède de névralgie aiguë
survenant après un froid sec ou une exposition au soleil, avec des douleurs
battantes, ou déchirantes, survenant et disparaissant brusquement,
crise souvent déclenchée par une secousse, ou au moindre contact, avec
tressaillements musculaires, rougeur, chaleur de la face, battements
des carotides, sueurs chaudes chez un sujet sthénique, abattu quand il
souffre. C’est l’un des principaux médicaments d’algies vasculaires de la
face. BELLADONA 7 ou 9 ou 15 CH (selon le contexte) à répéter toutes les
heures.
CALCAREA CARBONICA
(le carbonate de chaux)
C’est surtout un remède de
fond de BELLADONA, mais sa matière médicale comprend une névralgie du
trijumeau avec douleurs partant du trou mentonnier droit et irradiant
vers l'oreille, douleur s'accompagnant d'une sensation de froid
localisée, provoquée par le froid humide et aggravée par les lavages
à l'eau froide. On peut tenter n’importe quelle dilution, sans oublier les
hautes = 15 CH deux à trois fois par jour.
On ne peut négliger le
contexte général de ce médicament. C’est même lui qui conditionne et
justifie le choix de ce médicament. CALCAREA CARBONICA est un médicament
« constitutionnel » et même si l’on ne prescrit pas sur un type sensible, ce
médicament correspond à un sujet bréviligne, lent, frileux, ayant été toute
sa vie confronté à un problème de poids, car il a une tendance naturelle à
l’embonpoint et à l’obésité, contre lesquels il doit combattre sans cesse.
Mais voilà, il a une attirance toute naturelle à la sédentarité et se laisse
souvent aller à des excès alimentaires (ANTIMONIUM CRUDUM). Comme il a
naturellement une tendance au ralentissement métabolique, les conséquences
de la sédentarité et des excès alimentaires s’expriment précocement. Le mode
psorique est vite dépassé et la lenteur des réactions métaboliques, la
frilosité et la sensibilité au froid humide suscitent d’autant plus
facilement le mode sycotique que sont imposés divers facteurs étiologiques
du mode sycotique comme les vaccinations répétées et massives, les
médicaments chimiques itératifs pour lutter contre les inflammations des
muqueuses (rhino-pharyngites, angines, bronchites…).
Il ne faut pas oublier non
plus la fréquence des troubles digestifs, cutanés et articulaires. Notamment
la tendance à l’acidité du tube digestif peut expliquer l’indication de
MAGNESIA CARBONICA = névralgie faciale avec des douleurs déchirantes,
aiguës, < à gauche, localisées dans la région zygomatique, apparaissant
souvent la nuit et forçant le malade à se lever et à marcher en se tenant la
région douloureuse à pleines mains et en secouant la tête, temporairement
> par le mouvement. Mais la douleur réapparaît dès qu’il s’arrête de
remuer. Cette douleur crée de l’anxiété et après la crise le malade se sent
épuisé.
Ainsi, avec BELLADONA qui
correspond plutôt à une algie vasculaire de la face chez un sujet hypertendu
et congestionné, et MAGNESIA CARBONICA qui lui convient à une véritable
névralgie, CALCAREA CARBONICA se trouve complété et son action concerne
d’avantage le fond pour éviter la récidive.
CAUSTICUM
Remède de
névralgie faciale avec des douleurs déchirantes ou tiraillantes et sensation
que la partie douloureuse est à vif, avec impression de brûlure comme par
de la chaux vive. Ou encore névralgie souvent paroxystique,
avec sensation de raideur ou de dureté des muscles du maxillaire
inférieur. La latéralité droite semble fréquente. De préférence chez un
sujet faible, émacié, mieux par temps humide et pluvieux. CAUSTICUM 7 CH
deux à trois fois par jour.
CAUSTICUM est
l’un des principaux remèdes des troubles de la phase scléreuse du mode
sycotique avec une modalité caractéristique = l’amélioration par l’humidité.
Un autre point mérite d’être signalé = CAUSTICUM est un remède fréquent de
paralysies faciales a frigore (temps sec) et ces paralysies peuvent alterner
ou cohabiter avec les névralgies.
CAUSTICUM
correspond le plus souvent à un sujet grand et maigre, « sec », facilement
déprimé par un chagrin ou des soucis, très sensible aux malheurs d’autrui
qui accentuent sa dépression. LATHOUD le décrit comme « un mélancolique
pessimiste, voyant tout en noir, sensible aux malheurs d’autrui… ». Il se
trouve aussi indiqué lors de convalescences à la suite d’une maladie grave.
Par ailleurs,
il arrive que des sujets CAUSTICUM viennent consulter pour des douleurs
dentaires sans cause dentaire évidente et qui peuvent être considérées comme
des névralgies, même si elles n’ont pas l’intensité d’une véritable
névralgie faciale. Ces patients se plaignent souvent de morsures de la joue
et de la langue, notamment après la pose d’une prothèse, qui s’expliquent
par des parésies de la langue. Enfin, ne pas oublier que CAUSTICUM est un
médicament possible de gingivite ulcéreuse avec des gingivorragies, qui
peuvent évoluer facilement vers une maladie parodontale (poches suppurées,
fistules, etc…). La chirurgie ne sera tentée qu’après traitement de fond et
avec prudence.
CEDRON
(le cédron, arbuste
d'Amérique)
La névralgie est pratiquement la seule
indication de ce médicament à condition de retrouver ses caractéristiques =
périodicité d’horloge è
tous les jours ou tous les deux jours mais toujours à la même heure en
particulier 9 h ou 16 h. La localisation est sus-orbitaire (avec sensation
de brûlure de l’œil) ou trigéminale avec douleur intense aiguë, irradiant à
l'intérieur du crâne, le plus souvent à gauche, avec sensation
d'engourdissement local ou de tout le corps, sensation d'augmentation de
volume de la zone douloureuse, aggravée la nuit, couché ou après
avoir dormi, ou avant l'orage, améliorée debout, s'accompagnant de
larmoiement. Les crises sont accompagnées de troubles de la vue = sensations
de lumières vives, les objets semblent rouges la nuit, jaunes le jour. Les
compresses froides améliorent alors que les applications chaudes aggravent.
Il serait plus fréquent chez des sujets ayant eu le paludisme (comme CHINA).
CEDRON 5 à 30 CH plusieurs fois par jour si nécessaire. On peut le donner
une heure avant l’heure habituelle de la crise.
Par ailleurs
rappelons les rares signes buccaux de ce petit remède = sensation de brûlure
dans toute la bouche et de la langue, sécheresse buccale et linguale, pire
pendant les règles, salivation abondante, douleurs dentaires la nuit,
pendant les règles, sensation de picotement de la langue, lèvres sèches,
haleine fétide.
COLOCYNTHIS
(la coloquinte)
Névralgie de la
face extrêmement violente, arrachant des cris, douleur déchirante ou
crampoïde, discontinue, en éclairs, paroxystique, améliorée par la pression
forte ou par la crispation des muscles de la face, apparaissant souvent
après une colère ou une vexation. Le patient ressent diverses sensations =
brûlures, décharges électriques, sensation de tiraillement ou de
martèlement, ou encore sensation de froid qui pénètre dans les maxillaires.
Cette névralgie donne souvent l'impression au patient qu'il est serré
dans des liens de fer. Les crises sont généralement courtes (30 secondes à
quelques minutes) mais elles sont intolérables. La douleur est aggravée par
le moindre contact de la zone douloureuse, en mangeant, en buvant, en
parlant, en se mouchant. La latéralité gauche est fréquente. La chaleur
peut l'améliorer. La douleur apparaît au niveau de la lèvre inférieure, ou
de la région sus-orbitaire ou encore de la gencive qui alors augmente de
volume avec afflux de sang, pouvant donner l’impression d’une cause
dentaire. La face devient rouge. La douleur peut irradier à l’œil. Les
signes concomitants sont une sécheresse du nez et de la gorge, une
hypersalivation, des démangeaisons intenses du conduit auditif avec la
sensation que quelque chose veut sortir de l’oreille. COLOCYNTHIS 7 à 30 CH
toutes les heures en espaçant dès l’amélioration.
Le malade
COLOCYNTHIS souffre très souvent de rhumatismes ou de troubles hépatiques et
digestifs. Il est maigre = KENT affirmait qu’on trouve rarement son
indication chez des sujets forts et vigoureux et bien portants mais surtout
chez des sujets faibles, amaigris, devenus irritables par des soucis, des
tracas familiaux ou professionnels. KENT se laisse aller à une banalité du
genre « lapalissade » = l’expression du visage de COLOCYNTHIS exprime
l’anxiété du fait de l’intensité de la douleur, où qu’elle siège !
Personnellement je n’ai jamais vu un sujet atteint de névralgie faciale (ou
autres) détendu et souriant pendant une crise !
GELSEMIUM
(le jasmin)
Névralgie faciale avec des
douleurs aiguës, soudaines, lancinantes, erratiques, suivant le trajet du
nerf. Leur apparition soudaine fait sursauter le patient. La face est
congestionnée, avec vertiges et troubles de la vision. La localisation est
souvent sus-orbitaire. Il y a parfois une sensation d'engourdissement, des
contractions musculaires ou des tremblements. La douleur est pire le matin
au réveil, en ouvrant la bouche, en commençant à manger, en se mouchant, en
frottant le coin de l’œil. Plus les crises sont rares, plus la douleur
est violente, plus elles sont fréquentes, plus la douleur est fugace.
La névralgie ne
domine ni la pathogénésie, ni la clinique, bien que les douleurs soient
nombreuses dans sa matière médicale, notamment les céphalées. Car GELSEMIUM
agit sur le système nerveux périphérique au niveau duquel il produit des
algies avec lourdeur de la partie atteinte et des tremblements. On ne
peut oublier ses indications dans le stress, les suites de peur, de chocs
affectifs, le trac d’anticipation avec anxiété et inhibition (comme
paralysé, ne parle pas…). On l’a donné avec efficacité dans la poliomyélite
(D. DEMARQUE à ses propres enfants).
De préférence, chez
des sujets sensibles, irritables, nerveux, mais faibles, facilement inhibés
en cas de stress. GELSEMIUM 5 ou 7 CH une à deux fois par jour.
MAGNESIA PHOSPHORICA (le phosphate acide de
magnésium)
Névralgie faciale sus ou
sous-orbitaire ou rétro-auriculaire, ou névralgie dentaire (de l’orifice
sous-orbitaire jusqu’aux incisives), le plus souvent à droite, avec
contraction des muscles de la face (tendance aux spasmes), à début
et fin brusques, améliorée par la chaleur (applications chaudes), la
pression ou la friction, provoquée et aggravée par le moindre froid,
notamment dans la bouche. La douleur survient souvent après exposition
au froid. Elle s'accompagne de tics ou de spasmes musculaires
(paupières notamment). Douleurs aiguës, élançantes, lancinantes,
fulgurantes, intolérables au moment du paroxysme, erratiques. MAGNESIA
PHOSPHORICA 7 ou 15 CH toutes les heures.
NATRUM MURIATICUM
(sel marin)
Bien
qu'indiqué au degré fort dans le Répertoire de KENT, la névralgie n’est
pas l'indication majeure de ce remède (c’est peut-être pour cette raison
qu’on l’oublie parfois) = névralgie faciale périodique, avec
paralysie faciale, avec sensation de plaie ou de contusion. Cette névralgie
apparaît chez des sujets ayant abusé de quinine ou après une crise de
paludisme (comme CHINA ou CEDRON). Cette circonstance peut avoir un
caractère contemporain en raison des voyages dans les pays où le paludisme
reste endémique et qui nécessite une précaution par la nivaquine.
L’aggravation selon la courbe solaire sur laquelle on insiste est surtout
valable pour la céphalée car la névralgie est heureusement plus fugace.
Pendant les troubles, quels qu’ils soient, le sujet éprouve une très grande
sécheresse buccale avec une grande soif (grandes quantités d’eau froide et
souvent répétées, un peu comme BRYONIA son complémentaire qui boit beaucoup
à la fois mais moins souvent).
Le contexte
psychique et général reste capital dans le choix de ce médicament. Il s’agit
souvent d’un sujet jeune, mais sans systématisation. Ce qui frappe c’est
l’amaigrissement chez un sujet généralement maigre, qui maigrit à la moindre
occasion, malgré un appétit souvent conservé. Mais, au contraire de
ANTIMONIUM CRUDUM ou de CALCAREA CARBONICA, ce sujet est facilement
anorexique dès qu’il éprouve une peine ou un chagrin. Il se réfugie dans la
solitude pour pleurer, penser à ses peines et les ressasser sans cesse, se
confiant très rarement à un ou une amie.
On le donne en
7 à 15 CH deux à trois fois par jour.
NUX VOMICA
Névralgie faciale avec des
douleurs déchirantes, avec rougeur et gonflement de la joue, spasmes
musculaires, aggravées par le mouvement, le travail intellectuel et les
excitants (café, alcool...). La localisation est fréquente dans la région
sus-orbitaire, irradiant ensuite vers l’intérieur de l’oreille, avec
gonflement de la joue et des spasmes musculaires. J. HUI BON HOA affirmait :
« Lorsque la douleur est provoquée par un courant d’air et qu’il n’y a pas
de rhinorrhée, le remède est NUX VOMICA. Lorsqu’il y a écoulement nasal qui
devient purulent au bout de quelques jours, le remède est HEPAR SULFUR ».
Une fois encore, le contexte
psychique et général est capital. NUX VOMICA correspond à des sujets
sédentaires mais surmenés, devenus irascibles, coléreux, ne supportant pas
la contradiction ou un contretemps, souvent insomniaques et toujours
poly-intoxiqués (café, tabac, excitants, médicaments sédatifs antalgiques ou
autres). En particulier, la névralgie comme d’ailleurs n’importe quel autre
trouble, provoque une colère violente dont l’entourage subit les
conséquences, le patient peut devenir brusquement odieux et violent. Mais
attention, le comportement souvent décrit et qui correspond à la réalité
doit être nuancé car NUX VOMICA peut se maîtriser en présence de son médecin
ou de son dentiste. Mails il suffit de peu de choses pour l’irriter = un
retard dans le rendez-vous, la peur d’une douleur, etc… le masque tombe ! Le
contexte digestif est également très important qui explique le comportement,
de nombreux troubles dont ceux de la cavité buccale.
NUX VOMICA 7 ou 15 CH toutes
les heures.
Commentaire personnel:
nous avons vu un cas de névralgie paroxystique sous-orbitaire droite
survenant au moment de l'orgasme chez un patient répondant bien au
type sensible de NUX VOMICA. Quelques prises en 15 CH ont transformé sa vie
affective !
PHOSPHORUS
Encore un médicament cité au degré fort
dans le Répertoire de KENT alors
que les Matières médicales n’en parlent pratiquement pas ! Cela signifie que
les signes locaux sont moins importants que les signes psychiques et
généraux. La névralgie faciale provoque des douleurs déchirantes,
élançantes, piquantes, tiraillantes, commence souvent au niveau du
maxillaire inférieur et s’étend ensuite à la région temporale. Elle
s’accompagne de sensations de chaleur, de congestion de la face,
est aggravée lorsque le patient parle ou mange, améliorée par le sommeil ou
en frottant la zone douloureuse. Ou encore il s‘agit de névralgie dentaire
avec douleurs du même type améliorées par la chaleur (alors que les
douleurs de la tête sont améliorées par le froid), localisées à la face,
irradiant vers les yeux, la tempe. Les signes généraux du remède sont
indispensables à la prescription.
Ce médicament, éminemment important du
fait de sa double action métabolique et toxicologique, présente deux
aspects opposés : son rôle métabolique explique son indication dans des
troubles typiquement oxygénoïdes du sujet jeune longiligne réagissant sur le
mode tuberculinique. Son action toxicologique concerne en fait une
pathologie lourde ou grave chez n’importe quel sujet, quel que soit le
biotype et diverses manifestations scléreuses du sujet âgé.
Ses circonstances étiologiques sont les
suivantes : le surmenage intellectuel, les convalescences de maladies
graves, les pertes de liquides organiques, les poussées de croissance trop
rapide, les atteintes toxiques ou infectieuses du foie (hépatite virale par
exemple). Toutes ces circonstances devraient entraîner des indications
fréquentes, voire quotidiennes. C’est peut-être le cas en médecine générale,
mais personnellement nous ne trouvons qu’exceptionnellement son indication
chez l’enfant tuberculinique, peut-être un peu plus fréquemment chez
l’adolescent. Il faut sans doute s’en réjouir. Avant les antibiotiques,
PHOSPHORUS était utilisé avec succès dans la tuberculose ostéo-articulaire,
mais avec beaucoup de risque d’aggravation dans la tuberculose pulmonaire,
qui reste aujourd’hui encore une contre-indication.
Est-il utile de rappeler son
type sensible ? Il est à l’évidence le même que CALCAREA PHOSPHORICA,
car le phosphore a donné son nom à la constitution longiligne, longtemps
appelée « phosphorique ». L’image de la flamme de phosphore qui s’embrase
très vite mais s’éteint aussi vite illustre bien les troubles oxygénoïdes de
l’enfant tuberculinique : sujet hypersensible, hyper-émotif, vite exalté et
passionné, mais instable, aussi vite déprimé ou épuisé. C’est un
hyper-thyroïdien, un hypersympathicotonique, un « cérébral » (de SIGAUD).
La cyclothymie est encore plus manifeste que dans les autres médicaments de
la série. A la phase sthénique, l’enfant peut être actif, brillant sur le
plan scolaire, dominateur, charmeur, puis la phase dépressive apparaît avec
apathie, aversion pour tout effort physique et surtout mental. Il devient
alors susceptible, indifférent, pleure facilement. Ce sujet a toujours
besoin de récupérer après un effort, il a besoin de dormir longtemps et
beaucoup, il mange beaucoup et souvent, même la nuit, avec désir d’aliments
salés et froids, sensation de vide et de défaillance s’il ne mange pas.
Bref, on trouve des signes qui évoquent soit NATRUM MURIATICUM, soit IODUM,
ou d’autres comme PHOSPHORIC ACID. son complémentaire aigu.
Les troubles bucco-dentaires
de PHOSPHORUS ne sont pas spécifiques :
·
Lèvres sèches et
parcheminées, saignement facile.
·
Gencive
enflammée, oedématiée, ulcérée, suppurante et surtout gingivorragies très
abondantes.
·
Aphtes sur la
face interne des joues et des lèvres.
·
« Les dents se
gâtent rapidement. Les gencives saignent et découvrent les dents » (Kent).
·
« Enflure,
hypertrophie de la mandibule, nécrose et ostéite. Déchaussement des dents
avec gingivorragies faciles ».
Ce qui domine c’est la
tendance hémorragique. En pratique courante, PHOSPHORUS est donné chaque
fois que la pathologie locale évolue vers l’aggravation, malgré la
prescription du remède correspondant qui semble pourtant bien indiqué,
PHOSPHORIC ACID. par exemple lors d’une gingivite ulcéreuse aiguë. Ou encore
lorsque NATRUM MURIATICUM semble inefficace.
Mais pour revenir à la
névralgie faciale, les auteurs sont moins prolixes. Il était donc utile de
rappeler le cadre général. Il est classique également de rappeler qu’une
tuberculose récente ou ancienne mais mal maîtrisée est une contre-indication
formelle à la prescription de PHOSPHORUS.
PLATINA
(le platine)
La névralgie faciale provoque
des douleurs qui augmentent et disparaissent graduellement, accompagnées
d'une sensation d'engourdissement des zones douloureuses. Il s'agit soit
d’une douleur crampoïde ressentie au niveau du malaire ou d’une douleur
perforante et creusante du côté droit de la face. Le patient décrit parfois
une sensation de pression avec paresthésies des muscles de la face ou de
froid local.
PLATINA concerne plus souvent
une femme à l'élégance voyante, au regard arrogant, hautain, méprisant, à la
limite de la paranoïa (elle voit les autres plus petits qu’ils ne le sont),
souffrant de problèmes sexuels (troublée par des désirs obsédants mais avec
une hyperesthésie génitale au contact, métrorragies, douleurs...). PLATINA 7
ou 15 CH deux à trois fois par jour.
SPIGELIA
ANTHELMIA
(la spigélie vermifuge)
Il s’agit d’une plante de la famille des
Logonaciées, sa pathogénésie a été faite par HAHNEMANN en 1819. Mais elle
est surtout connue comme « l’herbe de la BRAINVILLIERS », la célèbre
empoisonneuse. Elle provoque une névralgie
faciale ou dentaire, surtout du côté gauche, avec douleurs aiguës
paroxystiques, déchirantes, térébrantes, élançantes, irradiantes (oreille,
malaire, mandibule), avec larmoiement, hypersensibilité aux bruits,
aggravées par le mouvement, le toucher, les secousses, la fumée de tabac,
par le froid (mais les douleurs dentaires sont améliorées en buvant froid),
améliorées couché, ou en mangeant. Il y a souvent des palpitations ou une
cardialgie. Les battements du cœur sont si violents qu’on les voit des
l’extérieur ! Quelquefois, le patient ressent une sensation de froid ou de
brûlure au niveau de la région douloureuse. HUI BON HOA affirme que la seule
latéralité gauche suffirait à sa prescription ! ce qui semble tout de même
exagéré, mais que corrobore Jean MEURIS.
SPIGELIA 7 CH deux à trois fois
par jour. Dilution plus élevée (15 CH) lorsqu'existe un état
d'excitation nerveuse et d'intolérance à la douleur.
Remarque:
SPIGELIA est un remède de céphalée névralgique violente, surtout du côté
gauche, commençant à l'occiput pour se fixer ensuite sur l'œil gauche. La
céphalée suit la courbe solaire, avec une intensité maximale vers
midi. On retrouve quelquefois cette évolution solaire lors d'une
névralgie faciale.
STANNUM
Névralgie faciale ressentie au
niveau du malaire ou sus-orbitaire avec des douleurs vives, constrictives ou
déchirantes, augmentant et disparaissant graduellement de 10h à midi,
aggravées par le froid, améliorées par la pression forte ou en marchant. La
douleur peut suivre la courbe solaire, elle peut être battante pire au
moment des règles, avec quelquefois des spasmes ou tics douloureux de
la face. LATHOUD ajoute : « La douleur peut être si violente qu’elle
s’accompagne de violentes pulsations battantes que l’esprit paraît
engourdi ». Un peu signe peut-être intéressant = la douleur commence souvent
à la mandibule puis irradie vers la tempe. Une fois cette localisation
atteinte, la première n’est plus douloureuse.
En fait, le chirurgien-dentiste
a peu de probabilités de voir un sujet STANNUM, autrefois utilisé dans le
traitement de la tuberculose pulmonaire (comme Phosphorus). Dans ce cas même
peu probable, il est préférable de laisser la prescription au médecin, car
la guérison de la névralgie pourrait réactiver une tuberculose mal
cicatrisée. KENT affirme avoir rencontré un cas chez une femme = la
suppression de la névralgie faciale a fait réapparaître une leucorrhée
épaisse, jaune, abondante. Il affirme aussi que cette leucorrhée était
vicariante de la tuberculose ! Les sujets sont particulièrement
asthéniques, épuisés mentalement ou physiquement, souvent bronchiteux
chroniques. Ils sont enclins à la rétention d’eau. STANNUM 5 CH deux à
trois fois par jour.
STAPHYSAGRIA
Névralgie faciale avec douleurs pressives, pulsatives, depuis les
dents jusqu'à l'œil, ou douleurs lancinantes, brûlantes, tractives,
déchirantes, avec sensation de gonflement du côté douloureux, pleurs
spasmodiques, mains froides, sueurs froides à la face. Les douleurs sont
améliorées par la chaleur d’une pièce, par la pression et aggravées par
l’effort mental, pendant la mastication, par le mouvement, par le toucher.
Le sujet est surtout un
introverti, susceptible, préoccupé par toutes sortes de frustrations,
indignations ou colères non exprimées, mais douloureusement ressenties.
LATHOUD précise que STAPHYSAGRIA peut avoir une céphalée (comme s’il y avait
entre les deux yeux une boule pesante, fixe ou une douleur sourde,
engourdissante…) après une vexation. Mais rien n’est précisé sur le facteur
déclenchant de la névralgie faciale qui n’est même pas abordée.
La femme STAPHYSAGRIA présente
des douleurs dentaires pendant les règles et pendant la grossesse. Les
douleurs dentaires sont aggravées par les boissons froides, par l’air froid,
après le repas et la nuit.
STRAMONIUM
(solanée, comme Belladona)
Bien qu'indiqué au degré fort
par KENT pour les névralgies faciales, le même auteur n’en donne aucun
signe dans sa matière Médicale. Tout au plus est-il mentionné une
céphalée violente apparaissant après que le sujet a longtemps marché au
soleil, céphalée s'étant aggravée progressivement la journée et pire le
soir, obligeant le patient à s’asseoir dans son lit: aggravation allongé,
par la moindre secousse. On le donne en 7 ou 15 CH deux à trois fois par
jour.
N’ayant aucune expérience de
ce médicament, nous pensons que l’éventuelle névralgie faciale s’inscrit
dans le contexte du remède = troubles nerveux extrêmement violents avec
agitation, mouvements spasmodiques, délire, souvent après suppression de
sécrétions ou d’exanthème. Mais VANNIER et POIRIER ajoute : « Absence totale
de douleur » ! Comprenne qui pourra ! Heureusement, le chirurgien-dentiste
n’aura jamais l’occasion de le prescrire.
VERBASCUM THAPSUS
(le bouillon blanc =
scrofulariacée)
C’est HAHNEMANN qui a
expérimenté le « bouillon blanc » en 1821. Dans sa Matière médicale, il en
profite pour lancer une critique contre les « tenants de l’école dominante »
qui attribuait à cette scrofulariacée des vertus émollientes, résolutives et
adoucissantes en se basant exclusivement sur l’odeur douce des fleurs
lorsqu’on les froisse entre les doigts !
C’est un médicament de
névralgie faciale surtout du côté gauche avec douleurs broyantes (sensation
que la partie douloureuse est broyée, écrasée, comme par des
pinces), ou douleurs en éclair, ressenties au malaire ou à l'articulation
temporo-maxillaire avec des paroxysmes revenant plusieurs fois par jour
aux mêmes heures, souvent vers 9h et 16h. La névralgie est accompagnée de
larmoiement ou de coryza. La douleur est aggravée par le courant d'air
froid, en parlant, en mastiquant, améliorée en serrant les dents. La zone
gâchette est le toucher du maxillaire inférieur et un signe concomitant
fréquent = l’obstruction nasale. VERBASCUM 5 CH trois fois par jour,
parfois en alternance avec CEDRON sur la notion de retour des signes chaque
jour à la même heure.
oOo
QUELQUES MÉDICAMENTS DU DEGRÉ MOYEN
AGARICUS MUSCARIUS
(amanite tue-mouche ou fausse
oronge)
Névralgie faciale avec des
douleurs à celles que provoqueraient des aiguilles de glace piquant la
joue ou douleurs aiguës lancinantes comme par une éclisse de bois. De
préférence chez des enfants retardés sur le plan psychomoteur, ou chez des
adultes prédisposés aux tremblements et présentant un déficit intellectuel
ou intoxiqués par les psychotropes.
L’action toxique montre surtout
une atteinte du système nerveux qui provoque des spasmes musculaires, dont
les « tics de la face », du nystagmus, des mouvements choréïques, des
spasmes d’origine médullaire avec des contractures douloureuses, une
agitation euphorique avec loquacité. Le tout alterne avec une dépression,
troubles du comportement et incoordination motrice (action diphasique d’un
toxique).
La sensation d’aiguilles de
glace n’est pas l’apanage de l’amanite tue-mouches, elle n’est donc pas un
signe pathognomonique de ce médicament. ARSENICUM ALBUM peut avoir cette
même sensation. De plus, cette sensation peut manquer et AGARICUS peut avoir
des douleurs déchirantes, lancinantes ou tiraillantes. Le point de départ de
la névralgie est souvent dentaire, notamment au niveau des molaires
inférieures, surtout du côté droit. Par ailleurs, AGARICUS a une gingivite
ulcéreuse, de l’herpès sur les lèvres, des aphtes, des ulcérations
phagédéniques (frein de la langue +++), une sensation que les dents sont
trop longues, la langue sèche, tremblante avec une papillite.
Classiquement, on cite pour
AGARICUS l’enfant arriéré mental et physique, paresseux, ayant horreur de
tout effort mental, frileux, atteint de tics, maladroit, etc… Mais la
névralgie faciale concerne surtout l’adulte le plus souvent surmené
intellectuellement ou épuisé par des excès sexuels ou encore un alcoolique
décompensé et enfin un vieillard frileux et tremblant. Depuis quelques
années, les toxicomanies sont incriminées et même le traumatisme rachidien.
AGARICUS 5 à 7 CH trois fois
par jour.
ANACARDIUM ORIENTALE :
Pour ce
médicament encore on a de la peine à décrire sa névralgie car, bien
qu’indiqué au degré moyen, les Matières médicales n’en parlent pratiquement
pas. Remède connu depuis le Moyen-Age par les médecins arabes pour les
défaillances de la mémoire, indication confirmée par la pathogénésie
réalisée par HAHNEMANN et ses proches en 1823 qui précise : « Perte soudaine
de la mémoire des noms, des faits récents ». Mais le plus caractéristique de
ce médicament est son hésitation, son indécision, ses impulsions
contradictoires comme s’il y avait deux volontés opposées en lui.
L’aggravation par le travail mental est fait un remède des écoliers, des
étudiants en période d’examen ou de concours.
Pour la névralgie, les signes
passent au second plan et il faut compulser les ouvrages pour apprendre les
faits suivants : douleurs brûlantes, déchirantes au maxillaire inférieur. La
céphalée s’exprime par une sensation de lien serré autour de la région
douloureuse ou l’impression d’un poids ou d’une pression, comme un
« tampon » sur le rebord de l’orbite ou de la région temporale. Est-ce un
signe concomitant que l’agressivité, la tendance querelleuse, injurieuse,
blasphémateuse que l’on constate lors d’une douleur ?
BRYONIA :
Il n’est pas possible d’oublier ce
médicament même s’il est plus souvent indiqué dans les affections
inflammatoires. La nature de la douleur passe vraiment au second plan et il
suffit de retrouver les modalités du remède chez un patient pour le
prescrire = aggravation au moindre mouvement, amélioration par l’immobilité
absolue et par la pression forte. Le signe concomitant
quasi-pathognomonique, surtout dans les affections inflammatoires, est
l’extrême sécheresse des muqueuses, surtout de la bouche avec la soif
caractéristique = grandes quantités d’eau froide à de longs intervalles. Ne
pas oublier sa fréquente complémentarité de NATRUM MURIATICUM.
CADMIUM SULFURICUM :
Il est normal pour ce toxique
de provoquer des troubles toxiques ! Notamment des troubles par intoxication
chronique chez des professionnels travaillant le cadmium, parmi lesquels on
cite la « dent jaune cadmique » par dyschromies de l’émail. Il existe aussi
des névralgies ou des paresthésies invalidantes liées à des troubles osseux
(syndrome de Looser-Milkmann = fissures osseuses au niveau du bassin, des
fémurs, des côtes et des omoplates, avec des douleurs diffuses, forme
clinique de l’ostéomalacie).
C’est encore un médicament
surtout de névralgie faciale a frigore, associée à une névralgie faciale
avec des douleurs tiraillantes. C’est tout ce que disent les ouvrages !
Cadmium s’adresse de
préférence à un alcoolique faible, frissonnant, paresseux, anxieux (il
craint l’air froid et n’arrive pas à se réchauffer). Naturellement chez un
alcoolique, le foie est congestionné, le patient a des envois rances, des
nausées violentes, des vomissements noirâtres après avoir bu (quoi ?), du
ballonnement avec sensibilité au toucher de l’abdomen. VOISIN affirme que
CADMIUM peut être utile dans les suites de traitements au radium ou aux
rayons X.
Pour conclure, citons G.
DEMANGEAT :
« Ce remède est voisin d’ARSENICUM ALBUM pour l’anxiété, la prostration,
l’irritabilité gastrique, les vomissements semblables à ceux de la fièvre
jaune, des vomissements noirs. Mais comme BRYONIA, il réclame la
tranquillité totale et montre une grande indolence et de l’aversion pour le
mouvement qui l’aggrave. Tous les symptômes de CADMIUM s’accompagnent de
l’asthénie d’ARSENICUM et de l’aversion du mouvement de BRYONIA ».
CHAMOMILLA
Névralgie faciale paroxystique, intolérable, avec des douleurs
lancinantes, déchirantes, tractives, parfois pulsatiles, aggravées par
la chaleur, améliorées par le froid et surtout par une vibration
sonore, mécanique ou visuelle, survenant après une colère, un abus de
café, un coup de froid chez un sujet devenu particulièrement agité,
irascible, coléreux, grossier, agressif et capricieux. Les douleurs sont
parfois accompagnées de sensation d'engourdissement ou de chaleur locale
(joue rouge) ou encore de sueurs chaudes. CHAMOMILLA 9, 12 ou 15 CH toutes
les heures.
CHINA RUBRA
(ou officinalis)
Ce médicament est bien connu du
chirurgien-dentiste pour son action dans le traitement d’une hémorragie per-
ou post-opératoire. Mais c’est également un remède de névralgie
faciale avec des douleurs lancinantes dans les joues, la mandibule
ou sus-orbitaire, aggravées par l'air froid, ou un simple effleurement,
améliorées par la pression forte et la chaleur. Surtout, il y a une tendance
à la périodicité (un jour sur deux). Névralgie dentaire chez un sujet
anémique ou chez une nourrice pendant la tétée. CHINA se trouve souvent
indiqué chez des sujets ayant un antécédent de malaria ou de paludisme.
CHINA 5 à 15 CH trois fois par jour.
COLCHICUM
(la colchique d'automne)
Névralgie faciale, surtout du côté gauche, avec douleur
intolérable, sensation de fourmillements dans la peau comme si elle
avait été gelée à ce niveau. La joue douloureuse est gonflée, rouge,
humide avec des douleurs crampoïdes dans l’articulation temporo-mandibulaire,
irradiant vers l’oreille ou la tête. Remède indiqué le plus souvent chez
des sujets goutteux ou rhumatisants. COLCHICUM 5 CH trois fois par jour.
DULCAMARA
(la douce amère)
Névralgie faciale ou dentaire dont la principale
caractéristique est l'apparition ou/et l'aggravation par LE FROID
HUMIDE. La douleur peut être tiraillante, déchirante ou
lancinante, elle est le plus souvent sourde avec sensation de froid
pénétrant dans la partie douloureuse. La douleur est aggravée par les
applications froides et améliorée par la chaleur et par le mouvement. Le
diagnostic différentiel impose la recherche d’une cause dentaire avant
d’incriminer le froid humide comme étant responsable de la névralgie..
DULCAMARA 5 CH deux à trois fois par jour. A donner à titre préventif chez
des sujets sensibles au froid humide, s'ils ont déjà eu un antécédent. La
constatation de l’indication de ce médicament doit être interprétée comme
une sonnette d’alarme de la mise en œuvre du mode sycotique et nécessite la
prise en charge du « terrain » pour prévenir les troubles de ce mode, aussi
bien sur le plan général que bucco-dentaire.
IRIS VERSICOLOR
(le glaïeul bleu)
Névralgie faciale pire du côté droit, à début sus-orbitaire puis
irradiant dans les maxillaires, commençant souvent le matin, ou après le
petit déjeuner, donnant parfois une sensation de brûlure. Souvent cette
névralgie survient chez des sujets ayant des brûlures de tout le tube
digestif ou à l’un des segments (bouche, langue) et , migraineux. La
sensation de brûlure, la périodicité (hebdomadaire), le contexte digestif en
font un complémentaire fréquent de SULFUR. IRIS VERSICOLOR 5 CH trois fois
par jour. A noter la fréquence des migraines ou céphalées survenant le
week-end chez des sujets surmenés durant la semaine. C’est alors un bon
signe d’appel de ce médicament, qui se montre alors très efficace.
LACHESIS
Névralgie faciale du côté gauche avec douleurs brûlantes
ressenties dans les os de la face, avec congestion vasculaire et
bouffées de chaleur, hypersensibilité exquise au moindre toucher ou douleurs
déchirantes dans les maxillaires. Le contexte général est très important
pour la prescription et notamment la dépression matinale et l’excitation
vespérale, la thermophobie surtout confinée, l’intolérance aux vêtements
serrés à la taille et au cou. C’est un remède plus fréquent d’algies
vasculaires de la face en raison de son action sur le système vasculaire,
artérielle surtout mais également veineux avec congestion et hypertension
artérielle. LACHESIS 7 CH une à deux fois par jour.
MAGNESIA CARBONICA
(le carbonate de magnésium)
Névralgie de la face avec
douleurs élançantes ou fulgurantes le long du nerf, aggravée par le
froid, le courant d'air, ressentie au maximum au niveau du malaire.
Névralgies dentaires avec aggravation de la dent sensible au moindre contact
de la langue, améliorée en gardant de l'eau froide dans la bouche (comme
COFFEA). Souvent le patient se lève la nuit en raison de la douleur et
transpire quand celle-ci est à son paroxysme. D'ailleurs, la névralgie
commence souvent la nuit et du côté gauche. Les patients sont souvent
amaigris, déminéralisés, asthéniques, frileux, toutes leurs excrétions
sont acides (sueurs, selles). C’est un complémentaire habituel de CALCAREA
CARBONICA, mais alors le sujet a perdu de l’embonpoint. MAGNESIA CARBONICA
7 à 15 CH deux fois par jour.
MERCURIUS SOLUBILIS
Névralgie faciale intéressant toute la face avec douleurs déchirantes
ou lancinantes, aggravées surtout la nuit à la chaleur du lit,
avec salivation abondante, larmoiement, sueurs (face ou tête),
insomnie. Ou encore douleurs osseuses profondément ressenties dans les
os de la face avec sensation de brûlure et sensibilité au toucher.
MERCURIUS SOL. 7 CH une fois par jour.
MEZEREUM
Névralgie faciale avec douleurs crampoïdes ressenties dans les
os de la face, surtout au malaire, irradiant vers l'œil, la tempe,
l'oreille, les dents, le cou, aggravées par l'eau froide, la nuit, le
toucher, améliorées par les enveloppements chauds. Cette névralgie fait
souvent suite à la suppression d'une éruption cutanée. MEZEREUM 7 à
15 CH deux à trois fois par jour.
PULSATILLA
Névralgie faciale avec
douleurs erratiques, irradiant à l'oreille, ou douleur déchirante ou
piquante. La névralgie survient souvent quand le patient entre dans
une pièce chaude. Névralgie dentaire provoquée par un
aliment ou une boisson chaude, améliorée par le froid, ou en marchant au
grand air. Le contexte général est important, notamment la congestion
veineuse et le comportement maintes fois décrit. PULSATILLA 7 ou 15 CH une à
deux fois par jour.
RHODODENDRON
Ce médicament est à comparer à
DULCAMARA ou à ARANEA DIADEMA par l’influence du froid humide. RHODODENDRON
est plus particulièrement indiqué dans les névralgies, faciales entre
autres, apparaissant quand le temps devient froid humide et surtout
« lorsqu’il y a de l’électricité dans l’air », avant un orage en particulier
ou quand la pression barométrique se trouve perturbée. La névralgie faciale
est améliorée en mangeant, aggravée à la chaleur du lit et par le toucher.
La douleur est variable et sa nature n’est pas importante. Il est rare que
la névralgie faciale soit la seule localisation, elle s’inscrit dans un
contexte douloureux de toutes les articulations. Penser à un remède de fond
du mode sycotique.
RHUS TOXICODENDRON
Une fois encore le froid humide est à la
fois le facteur étiologique majeur et une modalité d’aggravation très
importante. La névralgie faciale n’a rien de spécifique. Le patient éprouve
des douleurs dans toutes les articulations, souvent annonciatrices des
variations du temps dans le sens de la dépression barométrique et du froid
humide. D’où les douleurs articulaires, avec des craquements que l’on
retrouve notamment au niveau des articulations temporo-mandibulaires. Toutes
ces douleurs sont particulièrement aggravées aux premiers mouvements et
améliorées par le mouvement lent et continué. Cela suffit à la prescription,
mais à condition de rechercher ensuite un médicament de fond,
essentiellement du mode sycotique.
Ne pas oublier son indication
très fréquente dans les éruptions vésiculeuses douloureuses comme l’herpès
ou le zona, sur lesquelles il peut avoir une action résolutive à condition
de le donner dès la sensation de brûlure prodromique. RHUS TOX. 15 CH
plusieurs fois si nécessaire.
THUYA
Névralgie faciale avec douleurs crampoïdes, lancinantes,
ressenties au malaire, au maxillaire supérieur, aux dents (en
particulier au niveau des molaires inférieures gauches), au point
sus-orbitaire, avec sensation de froid intérieur. A chaque exacerbation
de la douleur, le visage devient rouge subitement, avec tics douloureux de
la lèvre supérieure. Souvent, la névralgie commence à 3h du matin. A
noter que plusieurs matières médicales précisent que cette névralgie
apparaît volontiers chez des grands buveurs de thé, ce que nous avons
personnellement observé. Le contexte général est très important pour la
prescription (c’est le principal médicament du mode réactionnel sycotique).
THUYA 7 ou 15 CH (selon le contexte) une fois par jour.
QUELQUES MÉDICAMENTS
AU DEGRÉ FAIBLE
Dans cette
série sont cités quelques remèdes indiqués par KENT au degré faible, mais
que nous avons pourtant quelquefois eu l'occasion de prescrire avec des
résultats très satisfaisants.
ARANEA DIADEMA
(araignée à croix papale)
Névralgie du trijumeau ou
dentaire apparaissant soudainement et toujours aux mêmes heures, avec
sensation d'augmentation de volume de la région douloureuse ou
d'engourdissement ou encore de courant électrique, aggravée vers
minuit (obligeant le patient à se lever) ou dès que couché, améliorée
par la pression forte. Surtout, le choix s'impose chez des sujets très
sensibles à l'humidité, frileux, ayant une sensation de froid
continuel. ARANEA DIADEMA 5 CH trois fois par jour.
KALMIA LATIFOLIA
(laurier des montagnes)
Névralgie en éclairs fulgurants changeant
brusquement de place, aggravée par le moindre mouvement, souvent du côté
droit, quelquefois donnant l'impression d'une décharge électrique.
Le tout s'accompagnant d'une sensation de faiblesse. C’est aussi un
remède d’algie vasculaire de la face. Cette névralgie peut faire suite à la
suppression d'une éruption ou après un zona. KALMIA LATIFOLIA 5 CH trois
fois par jour.
LAC CANINUM
Il s’agit du lait de chienne
recueilli environ trois semaines après la mise bas. C’est un « petit »
médicament qui ne mériterait pas sa place ici s’il n’avait pas une
caractéristique originale = la douleur peut changer de côté en quelques
minutes ou quelques heures, et ce quel que soit le trouble en cause. Le
contexte concerne surtout une femme atteinte de mammites, de troubles
ovariens et du comportement (hystériforme).
UNE OBSERVATION CLINIQUE AVEC REPERTORISATION PAR
LE PROGRAMME KENT+ ASSISTANT PROFESSIONNEL
Il s'agit
d'une femme d'une cinquantaine d'années, grande, mince, émaciée avec un
teint pâle, peu bavarde, réservée. Elle vient consulter pour une
névralgie trigéminale droite dont elle souffre depuis environ deux
mois. A cette époque, elle traversait une période difficile: divorce.
La névralgie
survient avec des douleurs déchirantes, paroxystiques, brûlantes
(comme une plaie à vif), elle est soulagée par des applications
froides. Cette névralgie est particulièrement violente.
Cette femme se
dit très frileuse, elle ne supporte pas le froid sec, ses rhumatismes
sont nettement améliorés par temps humide. Elle est pessimiste, anxieuse
pour des riens, surtout quand vient le soir. Elle pleure facilement quand
elle entend parler des malheurs d'autrui.
Commentaire:
Puisqu'il s'agit
d'un cas aigu, les signes directement en rapport avec la névralgie sont
retenus pour la répertorisation:
1.
La névralgie
violente, (degré fort dans le Répertoire).
2.
Nature de la
douleur: surtout déchirante.
3.
Douleur
déchirante paroxystique.
4.
Douleur brûlante
5.
Modalité:
amélioration par les applications froides.
6.
Anxiété vespérale
7.
Sensible aux
malheurs d’autrui.
L'exemple de répertorisation
est réalisé à l'aide du Répertoire de KENT, dans sa version enrichie de E.
PLISNER et M. VAN WASSENHOVEN, édité par M. PIETTEUR, accompagnée d’un
CD-ROM.
La recherche des symptômes se
fait à l’écran de l’ordinateur. Il suffit de sélectionner ceux du patient et
le programme établit une grille de recoupement que l’on peut modifier en
ajoutant ou retranchant autant de symptômes qu’on le souhaite (dans la
limite de 14). La grille de recoupement peut être gardée en mémoire dans un
dossier au nom du patient, qu'on pourra ainsi retrouver ensuite aux
consultations suivantes. Il est possible l’imprimer bien entendu.
En dressant cette grille, on peut
constater que seul un remède est présent dans les 7 colonnes, c'est
CAUSTICUM, avec un total de 17 points, devant PULSATILLA qui obtient 12
points. C'est donc le remède correspondant à la névralgie de cette
patiente. Une vérification dans la Matière Médicale confirme les autres
signes: psychisme, frilosité, modalités générales.