Le sodium joue un rôle
capital dans le métabolisme de l'eau des cellules et des espaces
péricellulaires assurant ainsi le transport et la fixation des minéraux.
Les troubles de son métabolisme relèvent des sels de sodium = la
déshydratation avec le chlorure de sodium ou Natrum
muriaticum - et l'inverse = la rétention d'eau, l'imbibition
avec le sulfate de sodium ou Natrum sulfurique.
Le chlore
n'existe pas à l'état naturel dans l'organisme, on ne le trouve que sous
forme combinée. L'ion sodium ou Na est activé par l'eau, dans les deux
sens opposés décrits. Or, tous les mécanismes biochimiques de
l'organisme se font en milieu aqueux.
Le chlore
peut se combiner facilement à l'hydrogène, en particulier celui de
l'eau, avec lequel il forme entre autres de l'acide chlorhydrique avec
dégagement d'oxygène naissant. Le chlore joue donc un rôle oxydant, que
l'on retrouve dans l'action des médicaments muriatiques, en particulier
à la phase dite "oxygénoïde" du mode tuberculinique.
Le chlore
joue un rôle important dans le sang car toute variation de son pH
l'influence. Lorsque le pH sanguin baisse, le chlore du plasma passe
dans les globules, expliquant l'hypochlorémie constatée dans l'acidose,
avec une urémie hypochlorémique de compensation afin de rétablir le pH
normal. Il y a un inconvénient = la surcharge en chlore des globules
peut se faire au détriment de l'oxygène et retentit ainsi sur les
oxydations. Sans trop détailler, le chlore intervient à trois niveaux =
dans les chlorures sanguins, dans l'acide chlorhydrique (suc gastrique)
et par l'intermédiaire du chlorure de sodium dans la régulation de la
pression osmotique des cellules.
L'excès de
chlore dans le sang entraîne des troubles au niveau de la peau et des
muqueuses, notamment digestives et respiratoires. Ces troubles sont
détaillés dans les chapitres suivants.
oOo
SIGNES CARACTERISTIQUES COMMUNS
AUX MEDICAMENTS "MURIATIQUES"
1 – LA DESHYDRATATION:
Comme
dit plus haut, la déshydratation découle d'un trouble du
métabolisme du chlore, elle s'exprime au mieux dans Natrum
muriaticum, car le sodium joue également un rôle dans ce
trouble.
La déshydratation de la peau:
·
La peau est sèche, rugueuse, se craquelle facilement,
tout simplement par sécheresse. Les sueurs diminuent, se localisent
(aisselles, mains, visage), deviennent huileuses.
·
La déshydratation explique également les troubles des
phanères = ongles et cheveux secs et cassants, tendance aux
formations verruqueuses.
·
Les principales maladies de la peau sont = l'herpès,
l'acné, l'eczéma, plus rarement l'impétigo et les furoncles. Les
lésions cutanées sont sèches ou le deviennent rapidement, elles
laissent parfois suinter un écoulement épais, à l'image des
éliminations difficiles des muriatiques tuberculiniques.
La déshydratation des muqueuses:
·
Le chlore a une action sympathicotonique sur les
muqueuses de l'appareil respiratoire et sur le tube digestif. Cette
action et la présence de chlore dans les sucs gastriques,
pancréatiques et intestinaux expliquent que les sujets "muriatiques"
ont tendance à une lourde pathologie respiratoire et digestive.
·
Les atteintes des muqueuses présentent les
caractéristiques suivantes = tendance à la sécheresse, sécrétions
épaisses, exsudats fibrineux. Selon l'autre composant du médicament,
ces caractéristiques se modulent allant par exemple des exsudats
fibrineux spectaculaires de Kali muriaticum à l'alternance de
sécheresse et de sécrétion grasse de Natrum muriaticum.
La
sécheresse des muqueuses explique aussi d'autres signes typiques des
muriatiques:
·
La soif = sans doute pat compensation pour
lutter contre la sécheresse. Cette soif présente quelques variantes
selon l'autre composant du médicament.
·
La constipation = la sécheresse des muqueuses
intestinales perturbe le transit intestinal = constipation avec
atonie rectale (sphincter anal), selles sèches, dures avec une
tendance aux fissures anales, provoquant une constriction
spasmodique de l'anus et donc rétention des selles. Natrum
muriaticum est le principal remède de la constipation du
tuberculinique avec alternance de diarrhée et de constipation..
·
Les troubles respiratoires = coryzas, asthme
avec sécrétions épaisses, etc.....
·
Les troubles génito-urinaires = leucorrhée,
cystites, urétrites…
La déshydratation des séreuses:
·
Les éliminations de mode réactionnel tuberculinique
sont fréquentes, voire constantes, au niveau des séreuses.
·
Les muriatiques présentent les signes habituels =
sécrétions fibrineuses épaisses – avec la déshydratation, on observe
une raideur des articulations, une atteinte pleurale, voire même une
atteinte méningée.
Deux retentissements sur l'état
général:
-
L'amaigrissement:
·
L'amaigrissement est l'une des conséquences de la
déshydratation et il s'observe malgré le plus souvent un appétit
conservé, voire le plus souvent augmenté.
·
Dans la phase dite "oxygénoïde" du mode
tuberculinique, l'amaigrissement est constant et s'accompagne
presque toujours d'un appétit augmenté. L'explication est simple =
ce mode entraîne une consommation nettement augmentée de minéraux et
d'oxygène.
·
Dans ce contexte, une anorexie constitue une menace
directe, en particulier pour la minéralisation du squelette et
surtout des dents, dont les lésions de carence sont irréversibles.
Cette anorexie a le plus souvent une cause psychologique.
Natrum muriaticum est ici un médicament
irremplaçable.
-
L'instabilité thermique:
·
La première explication semble être l'amaigrissement
lui-même. Ensuite l'augmentation massive et brutale des oxydations
explique le dégagement de chaleur.
·
Les sujets ont toujours trop chaud, mais ils sont
habituellement frileux et s'enrhument au moindre froid, cherchent le
frais après un exercice, même modéré.
Et ce n'est pas tout !
Il faut
ajouter deux autres caractéristiques = l'atonie digestive et
surtout les engorgements glandulaires et lymphoganglionnaires.
Henri
BERNARD et Roland ZISSU donnent plusieurs explications à l'atonie
digestive. Pour le premier, les tuberculiniques présenteraient une
insuffisance hépatique congénitale. Pour le second, le chlore a une
action sympathicotonique et une hypochlorhydrie. L'ensemble explique
la lenteur des digestions (dyspepsie hyposthénique), les fréquentes
indigestions d'autant plus que ces sujets ont habituellement un gros
appétit (ils mangent peu mais souvent) et une soif accentuée par
période, qui accentue l'hypochlorhydrie.
Dans le
mode réactionnel tuberculinique, la première phase dite "sthénique"
ou "oxygénoïde" se décompose en deux étape = l'étape hépatique,
première barrière défensive d'un système immunitaire débordé puis
l'étape lymphoganglionnaire, deuxième barrière. Encore une fois,
Natrum muriaticum est l'un des médicaments le plus important,
il présente des poly-micro-adénopathies dures. Mais d'autres
médicaments sont utiles, notamment Iodum, remède
incontournable dans l'hyperthyroïdie.
QUELQUES MEDICAMENTS "MURIATIQUES"
Il
serait normal de commencer l'étude des médicaments muriatiques par
le principal d'entre eux = Natrum muriaticum, tant il domine
cette série et tant il tient une place importante dans la matière
médicale homéopathique. De plus, ce médicament est particulièrement
précieux en pratique bucco-dentaire.
Cependant, nous avons déjà consacré une très longue étude à ce
polychreste que nous avons publiée dans "Les dossiers de l'A.O.S.H".
Nous ne rappelons ici que l'essentiel.
LA BOUCHE DE "NATRUM MURIATICUM"
D'abord ce que dit la matière
médicale:
|
 |
 |
·
Grande sensation de sécheresse
alors que la bouche reste humide, avec soif, salive
profuse (aqueuse et salée). Lèvres sèches et
fissurées. |
 |
·
Inflammation, gonflement et saignement
de la gencive. Gencive scorbutique. |
 |
·
Aphtes n'importe où dans la bouche
ou parfois (rarement) localisés à la langue (seul
Zincum metallicum partage cette
localisation). |
 |
·
Odontalgies très marquées par le froid. |
 |
·
Langue couverte d'une salive mousseuse,
mettant sur ses bords comme un chapelet de bulles. |
 |
·
Langue en carte de géographie.
Sensation de cuisson à la langue. Sensation d'un
cheveu sur la langue. |
 |
·
Engourdissement avec picotements,
démangeaisons au niveau de la langue, des lèvres et du
nez. |
 |
·
Goût amer et pâteux. |
 |
·
Désir de sel (par périodes). |
|
La déshydratation de la muqueuse
buccale :
|
La sécheresse buccale se rencontre dans toutes sortes de
pathologies et pas uniquement en stomatologie. Le premier
signe de sécheresse buccale est celle des lèvres avec
fissure d’une lèvre (souvent la lèvre inférieure) ou des
deux.
Cette sécheresse buccale explique en grande partie la
fréquence d’une gingivite avec des gingivorragies
fréquentes, faciles, au moindre contact. Nous avons souvent
rappelé que la sécheresse buccale (comme celle de n’importe
quelle muqueuse) pouvait affecter les mécanismes de
l’immunité locale. Perturbation de la réponse immunitaire
que l’on retrouve dans les nombreux troubles allergiques de
ce remède. Enfin, Natrum muriaticum est un
remède très souvent impliqué dans les maladies auto-immunes
comme l’aphtose, le syndrome de Gougerot.
|
 |
La déshydratation et la déminéralisation cellulaire compromettent la
croissance et la minéralisation osseuse et dentaire. Il n’est donc
pas étonnant que l’enfant Natrum muriaticum
présente des caries dentaires précoces, globales, débutant très
souvent par les faces proximales (forme de carie typiquement
tuberculinique), le tout accompagné de douleurs, soit névralgiques
par déshydratation des tissus nerveux et inflammatoires par réaction
pulpaire.
"Natrum muriaticum" dans les
syndromes douloureux :
Dans ce
chapitre (comme dans tous les autres) revient le leitmotiv de
Natrum muriaticum = déshydratation et
déminéralisation. Ces deux mécanismes expliquent les
douleurs de ce médicament.
D’abord,
Natrum muriaticum est un remède important de céphalée
= il est classique de l’attribuer à une consommation excessive de
minéraux, notamment pendant l’effort mental. Ce n’est sans doute pas
le fruit du hasard si l’on retrouve une céphalée dans la matière
médicale de plusieurs médicaments à base de phosphore =
Phosphorus, Phosphoric acidum, Calcarea phosphorica, etc... Le
phosphore et les phosphorides jouent un rôle éminent dans les
mécanismes cérébraux.
La
céphalée de Natrum muriaticum produit les signes
suivants = céphalée battante, aggravée par la chaleur, avec la
sensation que la tête va éclater, aggravée vers 10 h du matin
jusqu’au maximum à midi, puis décroît. En fait, l’aggravation suit
la courbe solaire. A l’évidence, cette céphalée est particulièrement
fréquente lors des efforts mentaux, chez les écoliers ou étudiants,
travailleurs intellectuels en général. Le caractère des douleurs,
battantes, serait dû à une congestion cérébrale suscitée par la
toxicité du Na Cl en excès. Il en serait de même pour les
palpitations après effort avec point de côté et une sensation de
froid autour du cœur, que l’on retrouve dans Graphites,
Kali chloricum, Lilium tigrinum ou
Petroleum (sensation d’un bloc de glace).
Natrum muriaticum ressent cette sensation de
froid autour du cœur après un effort mental prolongé, le tout dans
un contexte de tristesse, de déprime, < par la consolation et à 10
heures. NASH affirme que « Natrum muriaticum est l’un de
nos meilleurs remèdes de la céphalée des écoliers, avec Calcarea
phosphorica ». Mais TYLER proposait de donner également
Bryonia, le complémentaire au moment de la céphalée et Natrum
muriaticum après.
Natrum muriaticum a bien d’autres douleurs = épine dorsale ou
vertèbres sensibles au toucher, > appuyé sur un plan dur – tension
douloureuse au niveau des plis de flexion avec sensation de tendons
trop courts – craquements dans les articulations (dus aux urates) –
douleurs ressenties au niveau des reins ou céphalée au moment des
règles – douleurs piquantes et brûlantes au niveau de l’anus après
la selle – diverses douleurs brûlantes = lèvres, langue, yeux…
La névralgie faciale:
Natrum muriaticum est cité au degré fort dans le Répertoire
de Kent. Sa principale caractéristique est l'apparition le matin
avec aggravation progressive jusqu'à midi puis diminution de la
douleur. En fait, l'intensité de la douleur de la névralgie suit
la courbe solaire (comme Spigelia).
LES AUTRES MEDICAMENTS "MURIATIQUES"
CALCAREA MURIATICA
Il
s'agit du chlorure de calcium, utilisé en médecine classique
comme hémostatique ou comme antispasmodique, mais ignoré
pratiquement en homéopathie. La quasi-totalité des matières
médicales n'en parlent pas, il n'est même pas cité dans le
Répertoire de Kent ! Seules trois ouvrages en parlent:
·
Roland ZISSU: "Matière Médicale Homéopathique
Constitutionnelle" T III, p.218-220
·
Henri BERNARD: "Traité de médecine homéopathique",
p.236-237
·
Henri VOISIN: "Matière médicale du praticien
homéopathe", p.254-255
Le type sensible
de Calcarea muriatica":
Il
semble que l'élément "Calcarea" ne domine pas, n'impose pas l'aspect
morphologique des carboniques, car le sujet est faible, surtout
physiquement, anxieux, maigre, à la peau sèche qui suppure
facilement. Ce sujet présente une tendance aux troubles capillaro-veineux
= acrocyanose, engelures, varicosités.
Les signes
cliniques:
Ils sont
relativement peu nombreux et concernent essentiellement des troubles
digestifs et des problèmes cutanés. On ne trouve rien sur la bouche
et sur les dents.
Ce sujet
maigre présente une nette propension aux excès alimentaires, mal
supportés cependant et à l'origine de vomissements (après absorption
d'aliments !), épisodes diarrhéiques (diarrhée indolore, parfois
irritante, avec incontinence, sensation de défaillance après les
repas). Il y a de la soif et de la constipation par
atonie intestinale et par sécheresse des muqueuses => l'élément
"muriatique" domine.
Sur un
fond d'atonie gastrique, d'insuffisance hépatique et de
ralentissement nutritionnel, le sujet présente des troubles cutanés
= peau sèche, tendance suppurative, acné, furoncles, impétigo,
eczéma suintant, le tout avec des adénopathies satellite et œdème
local. Ces troubles sont généralement très douloureux, le pus est
épais et blanchâtre.
Malgré
la pauvreté pathogénétique, ces troubles montrent d'abord des signes
évidemment tuberculiniques avec des souvenirs psoriques.
Malheureusement, ce médicament n'a pas fait l'objet d'une
pathogénésie suffisante. Faut-il en penser que si tel était le cas,
le registre thérapeutique serait plus étendu, peut-être à des signes
bucco-dentaires ? Seule une expérimentation pourrait répondre çà
cette question. Mais cela reste un rêve !
MAGNESIA MURIATICA
Le
chlorure de magnésium est un sel contenu en grandes quantités dans
l'eau de mer et dans les diverses eaux minérales (Chatel-Guyon,
Miers, Montmirail…). Il est utilisé en médecine classique comme
laxatif ou purgatif et en application locales sur les verrues ou les
polypes. Comme toujours en homéopathie, sa pathogénésie reflète ses
deux composants avec tout de même quelques signes originaux.
Les signes dus au
magnésium:
Le
magnésium intéresse le système neveux avec une première phase
d'excitation et une seconde de dépression:
·
Système nerveux central = agitation + anxiété.
·
Système nerveux périphérique = les douleurs dont
celles de la face et de la bouche.
·
Système nerveux végétatif = les spasmes avec deux
électivités => le foie et le tube digestif puis l'utérus et la
vessie.
Il ne
faut pas oublier que tous les médicaments magnésiens ont des
douleurs et des spasmes, seules les localisations changent peu ou
prou selon l'autre composant.
Ce qui revient au
chlore:
·
Le chlore accentue les troubles hépato-digestifs avec
atonie digestive et insuffisance hépatique (ce que l'on retrouve
dans tous les remèdes muriatiques).
·
Le chlore donne des signes évidemment muriatiques !
tels que l'appétit augmenté, et malgré cela la maigreur ou la
tendance à l'amaigrissement, la soif et la constipation.
·
Le chlore accentue la dysménorrhée due aux spasmes
sympathicotoniques et au magnésium.
Le type sensible
de Magnesia muriatica:
Il
s'agit soit de femmes maigres, hypersensibles sur le plan
émotionnel, spasmophiles, constipées, se plaignant de douleurs
diverses, soit de jeunes enfants, notamment au cours de la
dentition, eux aussi constipés surtout par le lait.
Pour quelles
raisons Magnesia muriatica consulte-t-il son dentiste ?
J.A. Lathoud met en avant des signes linguaux qui peuvent justifier
son indication lors de glossodynies, voire de glossites:
 |
Langue chargée d'un
ensuit jaune. |
 |
Langue épaisse comme
celle de Mercurius et gardant l'empreinte des d ents. |
 |
Langue ayant un
aspect comme si elle avait été brûlée, excoriée, crevassée ou
fissurées = les fissures brûlent comme du feu. |
Georges
Broussalian confirme la sensation de brûlure de la langue, surtout
le matin. Il ajoute "sensibilité des incisives".
Comme on
peut le constater, ces signes buccaux sont tout de même banals. Il
est donc nécessaire des les valoriser par le contexte général.
Chez le
nourrisson:
Magnesia muriatica peut être un complémentaire de Calcarea
phosphorica ou même Calcarea carbonica dans les troubles
accompagnant une poussée dentaire = constipation, non digestion du
lait, amaigrissement, nervosité, agitation.
Chez l'enfant:
Magnesia muriatica s'adresse à un enfant tuberculinique, maigre,
déminéralisé, menacé de rachitisme. Sa constipation est accentuée
par les abus de sucreries, dont il est friand, seul signe original.
Comme tous les tuberculiniques, Magnesia muriatica a des problèmes
hépato-digestifs, que l'on retrouve également chez l'adulte.
Périodiquement, l'enfant ou l'adulte présente une dyspepsie
atonique, sans doute en raison de l'accentuation périodique de
l'insuffisance hépatique et de la constipation. Le foie devient
sensible au toucher, les selles deviennent dures, sèches, difficiles
à expulser. Le tout s'accompagne d'un état d'agitation, de nervosité
et d'anxiété. C'est durant ces périodes que la langue devient étalée
et se charge d'un enduit jaunâtre, garde l'empreinte des dents, tend
à se fissurer, de même que les lèvres se gercent.
On ne peut donc parler ici d'une pathologie buccale autonome, isolée
mais d'une pathologie accessoire qui participe à des troubles
digestifs. Le malade consulte plutôt le médecin.
Chez l'adulte:
On
retrouve les signes digestifs déjà décrits. Chez la femme, ces
troubles s'accompagnent souvent une congestion utérine avec des
règles abondantes et des douleurs lombaires. Surtout, les règles
sont précédées d'une excitation nerveuse avec agitation physique et
mentale, frisant l'hystérie.
Les
algies sont nombreuses et variables = céphalée surtout temporale
> par la pression forte et la tête chaudement enveloppée –
palpitations douloureuses < au repos, > au mouvement – sensation de
tension dans les cuisses, dans les mollets – douleurs déchirantes
dans les membres – sensation de secousses électriques dans le corps
– sensation de brûlure à la plante des pieds la nuit. Le tout
s'accompagne toujours d'un état d'anxiété, d'agitation, en même
temps que de l'asthénie, de la frilosité mais avec désir de grand
air, de maigreur malgré l'appétit.
Des troubles urinaires sont fréquents = atonie vésicale, difficultés
de la miction, "le patient ne sent pas qu'il urine !", surtout dans
l'obscurité, incontinence d'urine car le patient ne se rend pas
compte s'il a envie ou non d'uriner !.
En conclusion, Magnesia muriatica n'est pas un médicament
d'un intérêt capital en stomatologie. C'est un médicament
complémentaire de Natrum muriaticum notamment lorsque domine
la tendance spasmodique.
KALI MURIATICUM
Le
chlorure de potassium est encore un sel proche de Natrum
muriaticum mais avec des signes distincts = disparition de la
faim et persistance de la soif. Kali muriaticum est moins déprimé.
La présence de potassium explique la nette tendance à la production
de sécrétions fibrineuses qui caractérisent les inflammations des
muqueuses = exsudats fibrineux gris blanchâtres, épais, tenaces,
visqueux, adhérents, avec des fausses membranes. Kali muriaticum est
surtout indiqué à la seconde période inflammations des muqueuses ou
des séreuses.
Il
existe dans ce médicament des douleurs articulaires ou
tendineuses avec gonflement oedémateux et léger épanchement
synovial.
Il
présente enfin des éruptions vésiculeuses ou squameuses, avec
desquamation fine ou furfuracée.
A
l'évidence, le potassium imprime son action propre = atonie
musculaire et anémie, deux caractéristiques des
médicaments potassiques.
Deux
mots précisent le comportement = faiblesse irritable. Le
sujet est faible mais aussi irritable, grognon, se plaint sans cesse
et s'agite constamment. Le sujet devient asocial, hypocondriaque,
rabrouant son entourage. Il devient misanthrope, fuit toute
consolation ou marques de sympathie (comme Natrum muriaticum)
mais il ne pleurniche pas, n'est pas désespéré, ni profondément
mélancolique.
Pour quelles
raisons Kali muriaticum consulte-t-il son dentiste ?
La
matière médicale donne les signes suivants:
·
Aphtes, ulcérations blanc-gris dans la bouche des
petits enfants.
·
Langue sèche ou visqueuse, recouverte à la base d'un
épais enduit blanc ou gris.
·
Pharyngite folliculaire.
·
Amygdales enflammées, avec des cryptes d'où suinte un
caséum grisâtre, épais, de mauvaise odeur (Magnesia carbonica).
L'aphtose buccale de Kali muriaticum rappelle d'autant plus
celle de Borax qu'elle frappe surtout les enfants.
La production de fausses membranes évoque Mercurius cyanatus et/ou
Kali bichromicum, car il y a, en plus des fausses membranes des
mucosités adhérentes dans la gorge obligeant le patient à racler
sans cesse. Cependant Kali muriaticum est rarement prescrit
pour une aphtose buccale parce que celle-ci est rarement isolée mais
participe à un ensemble digestif qui conduit le patient à consulter
son médecin plus tôt que son dentiste. Et si cette aphtose buccale
est isolée, comment penser à ce médicament en l'absence d'autres
signes ? Peut-être avec l'aide d'une programme informatique.
BARYTA MURIATICA
Le
chlorure de baryum n'a qu'une pathogénésie très limitée et
pourtant Kent le considérait comme un remède constitutionnel ??!! Il
affirmait que ce médicament souvent prescrit par les premiers
homéopathes était un peu oublié, du moins du temps cet auteur.
La
présence et l'action du baryum expliquent de nombreux signes de
sclérose, comme Baryta carbonica, mais ici plus
volontiers localisée au niveau des artères, du muscle cardiaque, de
l'utérus et du pancréas. Ce médicament s'adresse donc davantage à
l'adulte mûr ou au vieillard, donc médicament de sera de plus en
plus utile compte tenu de l'espérance de vie. On le trouvera souvent
indiqué dans les parodontopathies ou dans le syndrome
de Gougerot.
Ce sujet
justiciable de Baryta muriatica est donc plus volontiers un adulte
d'âge mûr ou un vieillard, maigre ou ayant maigri, d'une
frilosité excessive, anormale. Il souffre de scléroses variées,
tressaille sans cesse ou sans cesse en mouvement convulsif. La
bronchite chronique est fréquente, comme l'artériosclérose et
l'hypertension. Mais il ne faut pas oublier que ce médicament rend
de gros services chez des enfants un peu arriérés ou très en retard
pour les fonctions essentielles de la vie (marche, parole,
intelligence…).
Chez
l'adulte, Kent décrit son comportement comme anxieux, croit qu'il va
mourir, peur de l'avenir. Il est méfiant, peu enclin à parler, reste
assis en silence, irritable surtout le soir, coléreux. Il souffre
d'illusions = de marcher sur le genoux ! Impression que la pièce
dans laquelle il vit a changé, lui paraît étrange. Il a toutes
sortes de manies.
Pourquoi
Baryta muriatica consulte-t-il son dentiste ?
La matière médicale donne les signes suivants, au degré faible:
·
Langue blanche, chargée, parois craquelée.
·
Sécheresse buccale (degré fort), surtout le
matin, mais sialorrhée au paroxysme des douleurs (lorsqu'il en a
évidemment !).
·
Ulcération de la langue.
·
Gingivite avec gingivorragies.
·
"Déchaussement" des dents avec hypersalivation, goût
perturbé (amer, putride, sucré ou acide), les aliments ont un goût
putride.
·
Douleurs dentaires lancinantes, obligeant le patient à
s'asseoir dans son lit, < après minuit ou après avoir dormi.
Douleurs piquantes par saccades.
Malgré les affirmations de Kent, il apparaît, au vu des signes
présents, que ce médicament n'ait qu'un intérêt relatif, même en
médecine générale.
AMMONIUM MURIATICUM
Le
radical ammonium signifie "fin de parcours" ! Le malade ne
peut plus faire face aux agressions qu'il subit, souvent depuis
longtemps = dépression du système nerveux, troubles nutritionnels,
stases sanguines, irritation des muqueuses (respiratoires et
génitales notamment). Le chlorure d'ammonium représente à peu
près le même schéma de déchéance organique, comparable à
Ammonium carbonica.
La maigreur caractéristique des muriatiques est ici masquée par des
infiltrations cutanées, voire des petits oedèmes. Il s'agit d'une
infiltration adipeuse malsaine du tissu cellulaire sous-cutané,
particulièrement au niveau du ventre, les membres et le cou restant
maigres. Dans tous les remèdes muriatiques, on trouve quelques
signes que l'on peut considérer comme des tentatives d'éliminations
= éruptions cutanées sous forme d'acné, de furoncles, d'eczéma ou
d'herpès. Avec Ammonium muriaticum, l'émonctoire cutané ne
fonctionne plus.
Ammonium muriaticum a des muriatiques la même sécheresse des
muqueuses, la production anormale de fibrine. Cependant, le patient
a perdu le peu de chaleur des autres remèdes de la série. Bien que
frileux, il n'a même plus besoin d'air frais.
Les
différentes matières médicales ne donnent qu'une pathogénésie
limitée, il s'agit donc d'un "petit remède", qui peut être utile
dans certains cas ponctuels qui sont précisés ci-dessous:
·
Douleur des moignons d'amputation, avec sensation de
contraction des muscles et des tendons (autour de l'amputation). A
comparer à Allium cepa et à Hypericum.
·
La sciatique pire étant assis avec la même sensation
de contraction des muscles et des tendons jusqu'aux pieds. Cette
sensation serait un signe différentiel avec les autres remèdes de
sciatique aggravée assis = Sepia, Kali bichromicum, Ruta,
pour les plus connus. Cette sciatique apparaît plus volontiers par
temps froid et humide.
·
Les inflammations des muqueuses, avec des sécrétions
abondantes, irritantes et excoriantes, notamment chez un sujet
indolent présentant des zones adipeuses (ventre surtout, face) =
coryza fluent, irritant, excoriant – bronchite par temps froid
humide avec toux sèche, saccadée ou suffocante.
·
Constipation flatulente, atonique, opiniâtre, avec des
selles durets, sèches, difficiles à expulser, enrobées de mucus,
chez un sujet déjà décrit (maigreur des membres et du cou,
infiltration adipeuse par ailleurs). L'anus est le siège
d'excoriations qui peuvent remonter dans le rectum. Les hémorroïdes
sont fréquentes, très douloureuses, avec des brûlures pendant et
après la selle (on pressent déjà Muriatic acidum). Cette
constipation s'inscrit dans une dyspepsie atonique avec une
congestion chronique du foie, douleurs élançantes et flatulence.
·
Autres signes "en vrac":
o
Céphalée avec sensation de plénitude dans la tête.
o
Chute des cheveux avec pellicules et démangeaisons.
o
Sensation de froid dans le dos, entre les épaules.
Raideur douloureuse des membres avec sensation de raccourcissement
des tendons (Causticum, Natrum muriaticum).
o
Signes psychiques peu marqués = tristesse, se complait
dans la pensée de ses malheurs, rumine sa détresse physique,
sensible au moindre grief, il lui semble que crier le soulagerait
mais ne peut le faire, résigné dans ses souffrances. Antipathie
irraisonnée pour certaines personnes. Peur de l'obscurité.
Les signes
buccaux => ils sont peu nombreux et peu significatifs.
·
Bouche et lèvres douloureuses et excoriées.
·
Langue chargée, épaisse, sèche, recouverte d'un enduit
gluant.
·
Salive épaisse, rare, collante, sialorrhée pendant la
toux.
·
Gonflement des sous-maxillaires et des parotides avec
douleurs piquantes.
Ce
médicament n'a donc qu'un intérêt relatif. Plusieurs signes le
rapprochent de Ammonium carbonicum qui a lui, un registre
plus étendu.
MURIATIC ACIDUM
L'acide chlorhydrique est le constituant principal du suc
gastrique. Et c'est aussi un acide particulièrement corrosif et
caustique qui explique les ulcérations, en particulier au
niveau du tube digestif.
Les remèdes "acides" ont au moins deux points communs importants:
l'atonie musculaire (que l'on explique par une
dégradation des protéines musculaires dès que le pH diminue) et une
action caustique et ulcérative sur tous les tissus.
L'acide
chlorhydrique présente ces deux propriétés au degré fort,
expliquant les signes essentiels de sa pathogénésie.
·
Autrefois, Muriatic acid. était utilisé dans
les formes les plus graves des fièvres infectieuses dites
adynamiques, avec faiblesse musculaire intense, avec les "mâchoires
tombantes", glissement du malade au fond de son lit par manque de
tonus musculaire pour le maintenir assis, incontinence d'urines,
paralysie de la langue et des sphincters de la vessie et du rectum
·
Les ulcérations dominent la pathogénésie à tous les
niveaux et en particulier au niveau du tube digestif. En cas
d'alitement prolongé, les escarres variqueuses sont souvent graves
et saignent facilement. Toutes ces ulcérations se couvrent de
fausses membranes dues à la coagulation des albumines par l'acide.
Georges HODIAMONT explique ainsi deux autres signes importants
de Muriatic acid.= l'aversion pour la viande et
l'hypersalivation.
·
L'acide chlorhydrique de l'estomac permet de digérer
la viande et l'absorption de cet aliment entraîne ipso facto une
sécrétion d'acide dans l'estomac. Lorsqu'un sujet présente déjà des
signes de Muriatic acid. une sécrétion d'H Cl supplémentaire ne
peut que l'aggraver. La répulsion pour la viande peut être
interprétée comme un réflexe de défense.
·
La salive joue le rôle tampon qu'on lui connaît. En
cas d'acidose, l'hypersalivation accentue l'effet tampon. Encore un
réflexe de défense.
Muriatic acid. présente un autre signe qui mérite un
commentaire = la faim variable. Lorsque l'on mange, l'estomac
produit du H Cl et souvent le sujet éprouve une aversion pour tous
les aliments, réflexe de défense. Mais parfois, le sujet éprouve une
fringale brutale, comme si l'absorption d'aliments pouvait
"colmater" l'excès d'acide en le diluant, ce qui diminue la
sensation de brûlure. On est un peu loin, là, de la faim habituelle
des muriatiques.
Autre
caractéristique = les ulcérations des remèdes acides ont une nette
tendance à saigner, du fait de la causticité des acides sur tous les
tissus, vaisseaux compris. Bien qu'étant un acide fort, Muriatic
acidum saigne moins que les autres remèdes, en particulier
Sulfuric acidum.
Quel que
soit le syndrome clinique qui motive la consultation, il est
indispensable de retrouver chez le malade les signes suivants, même
à des degrés divers:
·
Atteinte profonde de l'état général avec prédominance
de l'adynamie par faiblesse musculaire. Cependant, une aphtose
buccale, même grave, n'a pas forcément un retentissement grave sur
l'organisme.
·
Tendance ulcéronécrotique avec des ulcérations
profondes, à bords indurés, noirâtres, ecchymotiques, laissant
suinter une sécrétion fétide, sensibles au toucher, saignant
facilement.
·
Dans les malades générales graves comme la typhoïde,
la scarlatine maligne, la diphtérie, les infections puerpérales…),
la sidération organique est le signe d'appel le plus important. A
notre époque, ces maladies sont exceptionnelles en Europe, mais se
voient encore dans les pays défavorisés. Heureusement, la médecine
classique possède des armes efficaces, mais l'homéopathie n'est pas
sans intérêt si l'on en croit l'ONG "Homéopathes sans frontières".
Muriatic
acidum au cabinet dentaire:
Il est normal que les affections buccales présentant des ulcérations
importantes soient une indication préférentielle de ce médicament =
aphtoses, gingivites ulcéreuses et ulcéronécrotiques. La sécheresse
buccale est alors importante.
Autres
signes = la langue parait trop longue – goût avarié ou d'œufs
pourris – goût douceâtre après avoir bu de la bière, atrophie et
parésie de la langue.
A noter:
 |
Muriatic acidum concerne tout le tube
digestif et en particulier à ses deux extrémités = bouche et anus.
Au niveau de l'anus, les hémorroïdes sont fréquentes, excessivement
douloureuses, notamment au moindre contact, même pas celui d'un
linge.
|
La
tendance aux ulcérations génitales fait de Muriatic acidum un
médicament possible de la maladie de Behçet. On retrouve les aphtes
buccaux, les aphtes génitaux et les éruptions cutanées, papulo-vésiculeuses
pruriantes et brûlantes.
En
dehors de ces indications sérieuses, le Dr Michel GUERMONPREZ
conseille de prendre Muriatic acidum 4 CH chaque jour avant le
bronzage de l'été pour prévenir l'érythème et l'œdème cutané.
En conclusion, Muriatic acidum a conservé aujourd'hui deux grandes
indications =la crise d'hémorroïdes aiguë particulièrement
douloureuse et tous les syndromes ulcéreux présentant un aspect
inquiétant, y compris un épithélioma.
oOo
Les
"muriatiques" forment un groupe important mais la plupart d'entre
eux ont peu d'intérêt, surtout en stomatologie.
Parmi
eux, Natrum muriaticum domine largement, loin devant les
autres, sans doute du fait de l'universalité de l'action de ce sel
dans la pression osmotique de toutes les cellulaires.
Il ne faut pas oublier non plus Muriatic acidum
si précieux dans les inflammations graves des muqueuses. Comme tous
les acides, son indication apparaît lors les lésions sont graves,
avec parfois retentissement sur l'état général.