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AVANT-PROPOS
Le mercure fait beaucoup saliver ! Que
ce soit lors de son intoxication ou lors de sa pathogénésie.
Mais actuellement,
il fait surtout saliver les médias, car il ne se passe pas de semaine sans
que la polémique sur les amalgames ne fasse l’objet d’articles
de journaux, de controverses, d’affirmations alarmistes et de réponses
rassurantes des Officiels, Ordre des chirurgiens-dentistes entre autres.
L’objet de ce cours n’est pas d’entrer dans cette polémique, car nous
l’avons déjà fait. Mais de présenter le médicament homéopathique, appelé
MERCURIUS SOLUBILIS, sous toutes ses facettes en insistant et en développant
ses aspects diathésiques différents, sur le plan général puis dans ses
applications en pratique odonto-stomatologique.
Le Mercure des Grecs de
l’Antiquité correspond à Hermès des Romains, ils en ont fait le Dieu
des voleurs ! (Déjà un symbole car dans la tête de certaines associations de
consommateurs « dentistes = voleurs ! ! !). Le métal en question était
appelé vif-argent par les romains et plus tard les alchimistes l’ont
appelé Hydrargyrum (d’où son appellation Hg en chimie). Le nom
de mercure, associé au Dieu des voleurs, lui aurait été attribué
parce que ce métal a la propriété de s’emparer avidement des autres métaux
pour former des amalgames.
C’est HAHNEMANN qui a
proposé un mode de préparation original pour rendre le mercure « soluble »
dans l’organisme afin de donner une pathogénésie plus étendue. Le procédé de
HAHNEMANN est encore utilisé aujourd’hui pour préparer Mercurius
solubilis. Sans entrer dans les détails, on utilise du nitrate de
mercure, de l’acide nitrique et du mercure métallique. Après contact de 24
heures de ces constituants, la souche est précipitée par de l’ammoniaque. On
obtient ainsi une poudre grisâtre que l’on dilue d’abord par trituration
dans du lactose/saccharose, puis selon le procédé classique à partir de la
3° CH.
LA TOXICOLOGIE DU MERCURE
1.
La
toxicité aiguë provoque
des signes différents, selon la voie de pénétration du toxique :
> Voie respiratoire
par inhalation de vapeurs è
trachéo-bronchite et pneumonie.
> Voie
digestive par ingestion de sels de mercure
è troubles digestifs (stomatite et gastro-entérite hémorragique,
sensation de brûlure, vomissements immédiats et sanguinolents, puis
diarrhée séro-sanglante) et troubles rénaux (néphrite tubulaire
interstitielle aiguës, anurie ou oligurie, effondrement de l’urée urinaire
et hyperazotémie).
> Voie cutanée par
contact è
érythème de formes variées, accompagné d’adénopathies loco-régionales, de
fièvre, parfois d’une protéinurie ou eczéma de contact.
2.
La
toxicité chronique
développe un ensemble :
> de symptômes
généraux = asthénie,
anorexie, amaigrissement, anémie, céphalées, douleurs périostées aggravées
par la chaleur du lit, agitation anxieuse, sueurs nocturnes abondantes qui
ne soulagent pas, éruptions cutanées diverses, œdème avec ou sans
albumine, diarrhée... le tout aboutissant à la cachexie.
> de symptômes
bucco-pharyngés = stomatite
et gingivite ulcéro-nécrotique hémorragique, goût métallique,
hypersalivation nauséabonde, glossite, hypertrophie des glandes
salivaires.
> de symptômes neurologiques
= irritabilité, troubles de la mémoire, insomnie…, tremblements
(mains, lèvres, langue, membres, semblables à ceux de la sclérose en
plaques) - puis crampes et contractures musculaires, enfin paralysie
flasque), modifications de la personnalité (excitation et dépression),
comportement suicidaire…
> de troubles rénaux =
glomérulonéphrite, insuffisance rénale…
RAPPEL
DE LA MATIERE MEDICALE
DE MERCURIUS SOLUBILIS
Un médicament à usage
homéopathique existe d'abord par lui-même. Par exemple, le mercure existe
depuis la nuit des temps, en tout cas bien avant que les homéopathes se
s'en préoccupassent. Et puis il a ce que les homéopathes en font, à partir
d'une expérimentation originale, la pathogénésie, complétée
par la toxicologie et les renseignements provenant de l'expérience
clinique des praticiens.
1 - LES CIRCONSTANCES ETIOLOGIQUES:
·
Toutes les
affections aiguës, selon R. ZISSU, qui déterminent les 4 stades
physio-pathologiques de l'intoxication mercurielle: irritation +
exsudation + suppuration + ulcération. Et à cela ont doit ajouter la
tendance aux fausses membranes. Il s'agit en fait d'infections
saisonnières déclenchées et aggravées par le froid humide, notamment
celles du carrefour ORL = angines, coryzas, bronchites, mais aussi
intestinales et rénales.
·
Les
toxi-infections alimentaires.
·
Les
intoxications mercurielles: affirmation personnelle qui mérite une
confirmation clinique et qui repose sur la notion de la cinétique
d'élimination d'un toxique fixé dans les tissus et non éliminés
spontanément. Ce peut être le cas des intoxications par le mercure des
amalgames dentaires et celles des professionnels du cabinet dentaire qui
travaillent dans une atmosphère qui peut contenir des vapeurs de
mercure. Il ne faut pas oublier les intoxications exogènes dues par
exemple au mercure présent dans les gaz rejetés dans l'atmosphère, la
pollution de l'eau et de certains aliments (semences traitées de
pesticides), dont se nourrissent des animaux (poissons, oiseux,
gibiers),
En glanant ça et là dans
les Matières médicales et Répertoires, on trouve en plus les circonstances
suivantes:
Ø
Suites de
suppression de: condylomes, coryza, écoulement, éruption, sueurs des
pieds, transpiration, ce qui évoque le mode psorique.
Ø
Suites de
froid humide, de froid, mais aussi de chaleur.
Ø
La dentition.
Ø
Après avoir
bu de la bière.
Ø
Suite
d'humiliation.
Ø
Suite de
masturbation.
Ø
Suite d'abus
de quinine.
Ø
Suite de
traumatisme, dont le traumatisme crânien (ce qui évoque le mode
sycotique).
2 - SIGNES ET SYMPTOMES PSYCHIQUES:
Rappelons que le mercure
est une substance étrangère à l'organisme et qu'il ne peut avoir qu'une
action toxique en deux temps, un premier d'excitation et un second de
dépression. Par conséquence et logiquement, les symptômes psychiques vont
exprimer cette action diphasique.
1./ A la phase
d'excitation:
Ø
Agitation
anxieuse avec précipitation (fait tout avec hâte = Argentum nitricum,
Aurum metallicum, Medorrhinum, Nux vomica, …).
Ø
Angoisse
comme si un malheur allait arriver.
Ø
Mauvaise
humeur, hargne, méfiance, querelle, colères soudaines, impulsions
violentes, désir impulsif de suicide ou d'homicide.
2./ A la phase
dépressive:
Ø
Abattement,
découragement, perte de la volonté
Ø
Lenteur,
paresse, oublis, réponses lentes comme si les questions n'étaient pas
bien comprises.
Ø
Distraction,
les idées se bousculent dans l'esprit.
Ø
Affaiblissement des fonctions intellectuelles pouvant aller jusqu'à
l'imbécillité.
Ø
Grande
lassitude, peur de la solitude, désir de sortir de chez soi.
A retenir la
synthèse
L'instabilité psychique
Agitation, hâte, hyperactivité intellectuelle
puis abattement, dépression, hébétude, lenteur d'idéation
3
- SIGNES ET SYMPTOMES GENERAUX:
Ø
Tendance
générale aux inflammations aiguës ou chroniques avec évolution vers la
suppuration et l'ulcération. Le tout avec des écoulements épais, jaune
verdâtres, irritants. Toutes les muqueuses sont concernées mais avec une
prédilection pour celles du carrefour O.R.L., le tube digestif et
l'appareil génito-urinaire.
Ø
Augmentation
de toutes les sécrétions et excrétions qui sont de mauvaise odeur:
sueurs abondantes, aigres, pires la nuit et ne soulageant pas -
Hypersialorrhée nauséabonde, pire la nuit au point de tacher l'oreiller
- Diarrhée aqueuse, verdâtre, fétide - leucorrhée irritante, brûlante,
fétide….
Ø
Tendance aux
ulcérations superficielles à évolution phagédénique rapide.
Ø
Faiblesse et
tremblements aggravés au moindre mouvement.
Ø
Tendance aux
adénites, adénopathies, suppurations osseuses. DOULEURS OSSEUSES
NOCTURNES = douleurs brûlantes dans les tibias, douleurs périostées,
lancinantes ou déchirantes, exostoses du crâne, ostéites ou nécroses des
os avec pus jaune verdâtre et fétide (surtout face et nez
à
ozène).
Synthèse
Ecoulements irritants, épais, excoriants, jaunâtres,
purulents, fétides, sanguinolents
Tendance aux fausses membranes
4 -
MODALITES GENERALES:
Aggravation: la
nuit
par la chaleur = chambre, lit, localement
le froid surtout humide
l'humidité
(quand imbibition hydrique = sycose)
les températures extrêmes (climat, localement)
les sueurs qui laissent une sensation de malaise
couché sur le côté droit (pour les troubles
hépatiques)
en buvant ou en mangeant chaud (douleurs
dentaires)
courants d'air (céphalée)
Amélioration:
température modérée
friction (de la joue pour les douleurs dentaires)
en fumant et au grand air (pour l'asthme)
applications froides (brûlures vulvaires)
LES
GRANDS SYNDROMES LOCO-REGIONAUX
LES TROUBLES HEPATO-DIGESTIFS:
Les
troubles digestifs sont pratiquement toujours présents, peu ou prou,
notamment la stomatite ou la gingivite ulcéro-nécrotique.
La bouche:
¨
Stomatite et
gingivite ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique = bouche malsaine, enflammée.
¨
Tendance aux
ulcérations et à la suppuration.
¨
Gencive
spongieuse, ulcérée, liseré rouge aux collets, sensible au toucher.
¨
Ulcérations à
fond grisâtre, couvertes de fausses membranes (ressemblant à la diphtérie
ou au muguet). APHTES.
¨
Salivation
abondante et nauséabonde, notamment la nuit (tache son oreiller); haleine
fétide qui se répand dans la pièce.
¨
Langue épaisse,
flasque, étalée, gardant l'empreinte des dents, sale, saburrale.
¨
Goût
métallique, sucré, douceâtre, amer, putride, perverti.
¨
Parodontopathie
chronique avec poches suppurées, mobilité dentaire, rétraction gingivale,
dénudation = caries des couronnes alors que les racines restent intactes.
¨
Sensation de
dents trop longues, douleurs dentaires la nuit et surtout pendant la
mastication, aggravées par les températures extrêmes, la nuit, améliorées
par la friction de la joue.
¨
Sensation de
brûlure dans toute la bouche avec les modalités décrites.
Mercurius solubilis
convient aussi bien aux formes aiguës que chroniques. On lui préfère ou on
lui associe en alternance Mercurius corrosivus lorsque les
ulcérations dominent ainsi que les douleurs brûlantes. Mais la présence
d'une suppuration confirme Solubilis.
Première
remarque
il faut se garder de la prescription systématique de Mercurius sur les
seuls signes buccaux, qui sont ceux de l'intoxication et que l'on peut
retrouver peu ou prou avec d'autres toxiques. Il est nécessaire d'étendre
la similitude à quelques signes psychiques ou généraux, même discrets
Deuxième
remarque
MERCURIUS SOLUBILIS est sans aucun doute le médicament le plus souvent
impliqué dans le traitement des aphtoses buccales, souvent dans la poussée
aiguë (à comparer à Corrosivus) et dans les formes chroniques. Pour la
double raison suivante: ce médicament a dans sa pathogénésie les signes
lésionnels de l'aphtose buccale et en plus les signes les plus
caractéristiques du mode réactionnel luétique. Mais ce n'est pas une
raison suffisante pour le prescrire systématiquement sans rechercher une
similitude suffisante
Malgré l'importance et la
constance des signes buccaux, les autres secteurs de l'appareil digestif
peuvent ou sont concernés:
¨
Foie
hypertrophié, sensible au toucher, douloureux (douleurs pressives,
piquantes ou élançantes aggravées couché sur le côté droit).
¨
Appétit
variable mais aversion pour la viande, pour les aliments gras, pour le
café, le vin, intolérance pour le lait et les sucreries. Soif souvent
augmentée, surtout dans les affections aiguës.
¨
Digestion
difficile: renvois et régurgitations de liquides rances après les repas,
nausées, brûlures, flatulence, crises diarrhéiques, poussée thermique
nocturne avec sueurs grasses, malodorantes, ne soulageant pas.
¨
Dyskinésie
biliaire = induration du foie, tendance à la lithiase biliaire puis à la
dégénérescence hépatique (ne pas oublier que MERCURIUS est l'un des
remèdes de l'alcoolisme chronique, qui elle même est l'une des causes du
mode réactionnel luétique).
¨
Recto-colite
avec coliques, diarrhée dysentériforme et ténesme, selles aqueuses,
verdâtres, parfois sanguinolentes, sensation d'exonération incomplète
malgré les efforts, faiblesse après la selle. Brûlures rectales pendant et
après la selle
LES TROUBLES
RESPIRATOIRES:
C'est encore une fois un
secteur de la pathologie qui voit une prescription trop souvent
systématique, à partir du seul diagnostic clinique, sans individualisation
suffisante et le plus souvent en alternance avec BELLADONA. Rappelons
encore une fois que MERCURIUS SOLUBILIS peut être indiqué aussi bien dans
les formes aiguës que chroniques.
¨
Rhinite ou
rhino-pharyngite, angines, coryza aigu, avec écoulement aqueux, abondant,
épais, jaunâtre, le plus souvent brûlant, irritant, avec les narines
irritées et ulcérées. L'écoulement peut avoir une odeur désagréable qui
rappelle le vieux fromage (HEPAR SULFUR). Nécrose des os du nez, ozène,
sinusite. Ces troubles sont très fréquemment accompagnés d'une stomatite
ou gingivite avec les signes buccaux déjà décrits.
¨
Bronchite avec
toux sèche, spasmodique la nuit, mais grasse le jour avec une
expectoration muco-purulente, toujours jaune verdâtre. Asthme > en fumant
et au grand air.
¨
Laryngite avec
voix rauque, douleurs, pire par changements de temps ou de température.
LES TROUBLES RENAUX:
Bien entendu, les troubles
rénaux ne concernent pas le chirurgien-dentiste, mais l'insuffisance
rénale chronique a des conséquences bucco-dentaires, notamment la
parodontopathie. Il faut donc les connaître.
¨
Néphrite aiguë
après froid humide, changements de temps ou de température, urines
foncées, peu abondantes, sanguinolentes, parfois albumineuses, tendance
urémique (sans œdème). la concomitance de la stomatite est presque
constante ainsi que l'aggravation nocturne et les sueurs huileuses
laissant mal à l'aise.
¨
Néphrite
chronique avec insuffisance rénale, urines foncées peu abondantes,
toujours sanguinolentes et albumineuses. Le malade maigrit, présente des
paralysie, puis de la sclérose et évolue vers un état cachectique par
urémie de plus en plus grave (en l'absence de traitement évidemment).
¨
Urétrite avec
écoulement muco-purulent, jaune verdâtre, brûlant, irritant, fétide,
tendance à la suppuration, à l'ulcération….Leucorrhée continuelle, pire la
nuit, verdâtre, brûlante et irritante, prurit aggravé après la miction,
amélioré par les lavages à l'eau froide.
LES TROUBLES OCULAIRES:
¨
Blépharite
aiguë ou chronique = paupières rouges, enflammées, croûteuses, ulcérées,
collées la nuit et le matin au réveil, écoulement muco-purulent, irritant
et brûlant.
¨
Yeux rouges,
larmoyants, larmes irritantes, brûlantes…
LES
TROUBLES CUTANES:
La peau d'un sujet
justiciable de MERCURIUS est toujours moite, même en dehors de toute
pathologie lourde. C'est l'un des signes définissant son type sensible.
Mais à la moindre occasion, le sujet transpire, transpire beaucoup surtout
la nuit, ce qui le laisse mal à l'aise. D'autant plus que cette
transpiration a souvent une odeur désagréable. Sur cette peau apparaissent
diverses lésions avec les signes suivants:
¨
Eruptions
vésiculeuses ou pustuleuses, ou abcès, avec toujours = une rougeur de la
peau, peu de sensibilité au toucher, parfois une sensation de froid local.
¨
Toute éruption
avec rougeur et moiteur de la peau, prurit pire la nuit et
à la chaleur du lit.
¨
Tendance à
l'ulcération de forme irrégulière, aux bords mal tracés, tendant à
s'étendre en surface (phagédénique). L'ulcération voit ensuite ses bords
s'indurer, un pus apparaître = verdâtre, brûlant, corrosif, tendant à la
chronicité.
¨
Adénopathies
satellites.
¨
MERCURIUS est
donc un remède possible d'impétigo, d'intertrigo, d'herpès, d'eczéma, de
furoncles, etc…
LES ALGIES:
MERCURIUS est un remède de
diverses douleurs
¨
Douleurs
dentaires même en dehors d'une gingivite, < la nuit, < par la chaleur
externe, par les températures extrêmes, < en mangeant, < en buvant chaud,
> par la friction de la joue correspondante.
¨
Douleurs
articulaires rhumatismales, déchirantes ou piquantes, < par la chaleur, du
lit notamment, par le mouvement, par les températures extrêmes, en
transpirant. Douleurs apparaissant et aggravées par temps humide. Plus
fréquentes au dos, à la nuque, aux membres supérieurs, au sacrum.
¨
Céphalée
faisant suite à la suppression brutale des sueurs ou d'un écoulement =
douleurs constrictives, brûlante, avec sensation de plénitude de la tête,
avec les modalités thermiques habituelles.
LES TROUBLES OSSEUX:
L'os fait partie des cibles
du mercure. Il se produit une inflammation, c'est-à-dire une ostéite avec
plusieurs caractéristiques = tendance à la suppuration, douleurs et
ensuite nécrose. En dehors de l'ostéite, on constate des douleurs osseuses
ou périostées, notamment au niveau des tibias. Ces douleurs sont à type de
brûlure, elles sont aggravées la nuit, à la chaleur du lit, par les
températures extrêmes. Ces douleurs sont souvent appelées "ostéocopes"
parce qu'elles ressemblent à des douleurs provoquées par des fractures.
Elles sont l'une des caractéristiques du mode réactionnel luétique.
L'ostéite avec suppuration
et nécrose peut se produire au niveau de n'importe quel os, mais avec une
prédilection pour les os de la face (sinusite, rhinite, ozène…), avec un
pus jaune verdâtre, toujours irritant et de mauvaise odeur. On retrouve là
la maladie parodontale, dont MERCURIUS est l'un des
principaux remèdes.
{
Nous avons gardé pour la bonne bouche
(!!!) l'action du mercure sur le système circulatoire. Elle concerne tous
les secteurs de cet appareil = système lympho-ganglionnaire, sang, organes
richement vascularisés.
Le mercure étant une
substance étrangère à l'organisme, celui-ci réagit dans un premier temps
par une excitation, qui se traduit au niveau des ganglions lymphatiques
par une tétrade caractéristique = irritation, exsudation, suppuration,
ulcération et le ganglion concerné s'hypertrophie. Cela explique la
prédilection de MERCURIUS pour le rhino-pharynx avec l'hypertrophie des
amygdales. Tout l'ensemble physiopathologique évoque une fois encore le
mode réactionnel luétique.
Par ailleurs, on sait que
le sang contient de nombreux métaux ou métalloïdes = zinc, cuivre,
magnésium, sodium, potassium, calcium, soufre, etc… Or les dentistes en
particulier connaissent bien la tendance du mercure a produire des
amalgames ! En se combinant avec ces métaux, le mercure provoque un
ensemble de troubles = anémie avec tendance à l'hémorragie (les sécrétions
et excrétions contiennent presque toujours du sang, comme celles de
PHOSPHORUS, remède du mode tuberculinique), modifications hygrométriques
(expliquant l'aggravation par l'humidité, la rétention hydrique, le tout
évoquant le mode sycotique). Le mercure provoque également des troubles du
métabolisme du soufre qui est présent dans les globules rouges et dans
diverses protéines du sang, de même que dans de nombreuses
immunoglobulines (sous forme de ponts disulfures). Le tout explique
l'apparition de signes qui évoquent SULFUR = la thermophobie,
l'aggravation par les températures extrêmes, le besoin de sortir les pieds
du lit par aggravation par la chaleur du lit, etc… Voilà des rapports avec
le mode réactionnel psorique dont on peut entrevoir quelques conséquences
= le souffre participe à tous les processus d'élimination de l'organisme.
En perturbant le métabolisme du soufre, le mercure entrave ces processus
éliminatoires et peut ainsi s'accumuler. Ainsi explique-t-on sans doute
pourquoi certains individus qui n'avaient pendant des années aucun
problème avec leurs obturations dentaires par des amalgames, peuvent
présenter quelques troubles. La prescription de MERCURIUS dans ces cas
peut provoquer une aggravation temporaire mais souvent désagréable par
mobilisation de sels de mercure jusque-là fixés et non éliminés
spontanément.
MERCURIUS SOLUBILIS
ASPECTS
POLY-DIATHESIQUES
L'homéopathie est avant tout une médecine empirique basée dès sa naissance
sur l'observation clinique, seul moyen d'investigation à la disposition
des praticiens de l'époque. HAHNEMANN a même pensé, au moins pendant une
partie de sa vie, que l'on ne connaîtrait jamais la cause des maladie et
qu'il était par conséquent superflu de perdre son temps dans cette
recherche. D'autant plus que la méthode inductive qu'est l'homéopathie
permettait d'échapper à cette contrainte. Il suffisait de rechercher les
symptômes du malade, puis de mettre en évidence une substance déjà
expérimentée et qui avait développé lors de sa pathogénésie, les mêmes
symptômes que ceux de ce malade. Les résultats thérapeutiques étaient là
pour renforcer sa conviction. On dit souvent avec bon sens que seuls les
imbéciles ne changent jamais d'avis. HAHNEMANN n'était pas un imbécile.
Tout d'abord et à son grand
dépit, il constate que l'application des principes de sa méthode,
l'homéopathie, ne fonctionnait pas toujours, essentiellement dans le
traitement des maladies chroniques. Le médicament choisi sur les symptômes
de l'épisode aigu pouvait certes améliorer celui-ci, mais la récidive
venait prouver que son action n'était pas suffisante.
Nous avons déjà et à
plusieurs reprises expliqué à quelles conclusions HAHNEMANN avait abouti,
l'existence de maladies chroniques d'origine miasmatique, qui
conditionnaient ensuite les autres pathologies == la psore surtout,
puis la syphilis ou luèse et enfin la sycose. A l'origine de
toutes les maladies chroniques, HAHNEMANN pensait qu'il y avait un
miasme (une infection contagieuse disons-nous aujourd'hui) qui pouvait
influencer toute une lignée familiale. Nous avons également décrit les
évolutions de cette conception après les découvertes néo- et
post-pastoriennes de l'existence de microbes et de toxines. Nous avons
enfin développé la conception actuelle des modes réactionnels généraux
pour lesquels les auteurs contemporains ont conservé la dénomination
d'origine, au prix d'explications sémantiques obligatoires. Par exemple,
le mode réactionnel psorique n'est plus considéré comme la conséquence
lointaine de la suppression d'une gale, mais seulement de la suppression
d'une éruption cutanée, quelle qu'elle soit. Le mode réactionnel
tuberculinique n'est pas considéré comme la conséquence de l'imprégnation
familiale ou personnel par la tuberculine de Koch, mais la tuberculose
sert de modèle = les tuberculiniques réagissent à divers facteurs
d'agression comme les tuberculeux au bacille de Koch. On est dans la
similitude réactionnelle et non dans la filiation étiologique.
LE MERCURE ET LA
SYPHILIS
LA SYPHILIS ET LE
MODE REACTIONNEL LUETIQUE
Le mercure et la syphilis sont
étroitement liés depuis la nuit des temps. Plusieurs siècles avant
HAHNEMANN, le mercure était utilisé contre la syphilis. En 1788, dans un
ouvrage sur les maladies vénériennes, HAHNEMANN accusait déjà le mercure
d'être responsable, du fait de sa toxicité induite, de la plupart des
troubles que l'on mettait sur le compte de la syphilis. Et pour diminuer
cette toxicité, HAHNEMANN proposait un mercure "soluble" qu'il était
absolument nécessaire de prescrire à très faible dose, voie à dilution
infinitésimale. Et il n'avait pas encore découvert l'homéopathie !
D'autre part, on sait
qu'HAHNEMANN avait rejeté avec véhémence les méthodes de suppression du
chancre syphilitique utilisées à son époque. Il affirmait que le chancre
n'était qu'une tentative de rejet de la maladie par un organisme déjà
infecté et que le supprimer par voie externe ne pouvait "qu'enfermer la
maladie". Quelques années plus tard, il appliquera ce même raisonnement à
la suppression d'une éruption galeuse ou des écoulements urétraux. Tout
l'édifice conceptuel de HAHNEMANN repose sur cette notion de suppression
d'une élimination salutaire et des conséquences qui en résultent. En
supprimant une éruption galeuse par voie externe, on prive l'organisme
d'un exutoire salutaire et on l'entraîne dans une maladie moins tapageuse
mais beaucoup plus chronique qu'il appelle "la psore", qui n'est donc pas
la gale elle-même mais les conséquences qui suivent sa suppression. Même
chose pour la syphilis dont la suppression du chancre suscite ensuite une
maladie chronique qu'il appelle "la luèse" ou pour les écoulements
urétraux (la gonorrhée ou la blennorragie ne sont pas encore connues) dont
la suppression aboutit à l'apparition de formations tumorales et d'autres
signes qu'il réunit sous le nom de "sycose".
Nous avons longtemps et
souvent exposé l'évolution de cette conception, jusqu'aux conceptions
actuelles basées sur les possibilités réactionnels des organismes. Nous
avons exposé également les dernières querelles conceptuelles sur
l'existence de 4 ou de 2 modes réactionnels à la suite des propositions de
Denis DEMARQUE, qui nie l'existence du mode luétique.
En restant uniquement sur la clinique
et sur la physiopathologie, on peut affirmer qu'il existe des rapports
étroits entre le mercure et le luétisme. On ne peut pas
affirmer que les troubles toxiques du mercure recouvrent tous ceux réunis
sous le terme de luétisme, sans quoi il serait le "remède unique". Mais il
correspond à la plupart d'entre eux, et de plus les plus importants. Il
faut considérer trois constatations:
v
Dans la
syphilis, tout se passe comme si l'organisme n'arrive pas à détruire le
tréponème et se contente de le fixer dans les tissus au prix de lésions
locales = irritation, inflammation, hypertrophie, puis ulcération,
nécrose, sclérose. Dans les vaisseaux, le même processus explique la
formation de processus irritatifs disséminés, avec micro-endartérites,
micro-thromboses plus ou moins hermétiques, le tout entraînant soit une
dévitalisation des tissus ainsi mal irrigués, soit une ulcération
nécrotique.
v
Dans le mode
réactionnel luétique, on constate des troubles semblables sans que le
tréponème ne soit en cause. Pour des raisons non encore expliquées,
divers facteurs étiologiques (infectieux, viraux, toxiques, etc…)
provoquent chez certains sujets sans doute prédisposés des lésions
semblables à celles de la syphilis. Les conséquences peuvent être
variables selon l'âge = croissance défectueuse (sujet
autrefois appelé fluorique, aujourd'hui dystrophique
è
médicaments fluoriques) - processus ulcéro-nécrotiques chez
n'importe quel biotype.
|
 |
 |
v
Dans la
toxicologie du mercure (et d'autres substances), on constate des troubles
tout à fait comparables dans leur expression clinique et lésionnelle, à
ceux de la syphilis (maladie "modèle") que du mode luétique. C'est sur
cette constatation que les homéopathes considèrent MERCURIUS SOLUBULIS
comme le chef de file des médicaments du mode luétique et ce n'est sans
doute pas par hasard que les anciens utilisaient empiriquement le mercure
contre la syphilis.
Lorsque l'on compare point par point
les éléments qui caractérisent le mode luétique à ceux qui résultent de la
toxicologie de MERCURIUS SOLUBILIS, on constate les faits suivants:
¨
Comme le mode
luétique, l'indication de MERCURIUS fait suite à des infections
saisonnières aiguës, subaiguës ou chroniques avec des réactions
ganglionnaires ou osseuses.
¨
L'instabilité
mentale caractéristique du mode luétique se retrouve dans la pathogénésie
de MERCURIUS: hyperactivité intellectuelle avec précipitation, variabilité
de humeur puis dépression avec lenteur.
¨
Similitude
entre les mécanismes physiopathologiques du luétisme et ceux du mercure =
inflammations avec tendance suppurative et ulcérative des muqueuses, de la
peau, des os…avec les adénopathies satellites ou les adénites.
¨
Algies,
notamment osseuses (ostéocopes) prédominant la nuit que l'on retrouve dans
le mode luétique et dans MERCURIUS.
¨
L'aggravation
nocturne est une modalité de premier degré et commune aux deux.
¨
Etc…
Cependant, il manque à MERCURIUS
certains signes concernant la croissance défectueuse mais il possède
d'autres signes qui expliquent ses indications dans des troubles
appartenant à d'autres modes réactionnels.
Les médicaments qui
complètent MERCURIUS SOLUBILIS dans les troubles luétiques:
¨
LUESINUM = en raison
d'une grande adéquation entre le mode luétique et MERCURIUS, il est
évident que le médicament le plus proche est LUESINUM, biothérapique
préparé à partir d'un lysat de chancre syphilitique. En particulier, cette
complémentarité est quasi obligatoire dans le traitement de fond des
aphtoses buccales. Ce qui unit ces deux médicaments, c'est d'abord des
signes communs qui sont évidemment ceux du mode luétique = la tendance aux
ulcérations et aux suppurations (muqueuses, cutanées), l'aggravation
nocturne, l'instabilité du comportement, les douleurs osseuses nocturnes,
etc… Et sur le plan buccal = la gingivite
ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique, l'haleine fétide, l'hypersialorrhée, les
douleurs dentaires nocturnes, la langue par son aspect, dont l'empreinte
des dents et in fine la parodontopathie évoluant vers l'aggravation.
Ainsi, LUESINUM peut être donné dans le traitement de fond d'une aphtose
buccale comme complémentaire diathésique de n'importe quel médicament de
la série luétique sur la seule notion de l'existence du mode luétique.
Dans ce cas, on le donne en 30 CH une fois par mois en dehors des poussées
aiguës.
Mais LUESINUM présente des signes
dentaires très caractéristiques du mode luétique, qui peuvent manquer à
MERCURIUS (du fait que les signes morphologiques et les conséquences sur
la croissance sont très en retrait dans ce médicament) = dents déformées,
tachées, caries précoces. Pour ces troubles dentaires, LUESINUM complète
CALCAREA FLUORICA ou FLUORIC ACID.
¨
MEZEREUM = c'est un
remède lésionnel très proche de MERCURIUS, notamment pour les troubles
bucco-dentaires = douleurs dentaires nocturnes, sensation de dents trop
longues, gingivite ulcéreuse, parodontopathies, etc… De plus MEZEREUM plus
que MERCURIUS voit un certain nombre des ses troubles apparaîtrent
après la suppression d'une éruption cutanée. Ce qui évoque le mode
réactionnel psorique dont MERCURIUS est un remède éventuel, certes
secondaire par rapport à d'autres mais qui rapproche MEZEREUM et
MERCURIUS.
¨
NITRI
ACID. = comme tous
les acides, NITRI ACID. convient à des troubles lésionnels graves, surtout
dans l'ulcération nécrotique (fonction acide). Il constitue donc une
aggravation de MERCURIUS dans la maladie parodontale. Et sur le plan
général, NITRI ACID. annonce déjà un état de cachexie avec évolution vers
la cancérisation (néoformations, condylomes, verrues, épithélioma…). Bien
entendu, même si NITRI ACID. caractérise une étape d'aggravation dans
différentes pathologies, générales ou buccales (dont l'aphtose et la
parodontopathie), il possède certains signes individualisés qui signent
son indication et qu'il faut trouver chez le patient: écoulements
particulièrement irritants, plus que ceux de MERCURIUS, sensation
d'écharde dans les ulcérations, ulcérations à bords irréguliers, à fond
bourgeonnant, saignant facilement, amélioration de tous les signes par le
transport en voiture (mouvement passif).

¨
PHYTOLACCA = il se
trouve souvent indiqué lors de troubles rhino-pharyngés chez un sujet
réagissant sur le mode luétique et de plus il peut antidoter les effets
néfastes du mercure. Nous le conseillons en bains de bouche, associé à
CALENDULA TM, lors du traitement des poussées aiguës d'aphtose buccale,
chaque fois q'un médicament de la série luétique est indiqué. Ce
médicament est connu également pour son indication dans les troubles de la
dentition du nourrisson: le bébé ne semble ni agité, ni fiévreux, il n'est
pas grognon, ses gencives ne sont pas particulièrement gonflées ou rouges,
mais la poussée dentaire le trouble sans doute parce qu'il a besoin de
mordiller ses doigts ou un objet quelconque, il serre ses arcades l'une
contre l'autre et mâchonne sans cesse. C'est aussi un remède d'aphte, de
gingivite ulcéreuse, de parodontopathie, de mycose, de lichen, de muguet,
le tout avec une salivation intense avec une salive épaisse, goût amer ou
métallique, langue saburrale, rouge à la pointe, sensation de dents trop
longues…
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MERCURIUS SOLUBILIS
ASPECTS PSORIQUES ET
SYCOTIQUES
Si MERCURIUS SOLUBILIS
répond particulièrement bien aux troubles les plus importants des sujets
luétiques, sa vaste pathogénésie et sa toxicité sur les grands appareils
expliquent que ses indications débordent largement le cadre unique de ce
mode réactionnel. D'autant plus que le mode luétique est rarement seul mis
en œuvre, parce qu'il s'agit d'un mode réactionnel franchement pathologique
et qu'il est mis en jeu après qu'un autre mode, psorique ou tuberculinique,
soit devenu insuffisant. Par exemple, HAHNEMANN avait affirmé que son miasme
psorique était quasi universel du fait de l'extrême contagiosité de la gale.
En fait, mais on l'a compris bien plus tard, le mode psorique est universel
parce qu'il correspond à un moyen de défense physiologique. L'organisme a
des besoins que l'alimentation lui procure. En cas d'excès d'apports, il y a
d'abord une surcharge fonctionnelle de l'appareil digestif. Puis des
éliminations centrifuges qu'il faut respecter parce qu'elles assurent le
maintien d'un équilibre. On sait que ces éliminations concernent d'abord la
peau et les muqueuses, puis les séreuses, elles sont périodiques,
alternantes d'un émonctoire à un autre et sont suivies d'une amélioration de
l'état général. Lorsque les émonctoires deviennent insuffisants pour
diverses raisons, les ennuis commencent réellement avec développement d'une
pathologie de moins en moins fonctionnelle pour aboutir à des troubles
nutritionnels dont les constantes biologiques rendent compte. C'est le vaste
chapitre de l'auto-intoxication chronique. Et lorsque les éliminations ne
sont plus assurées d'une manière satisfaisante, l'organisme met en œuvre
d'autres modes réactionnels: le mode sycotique très souvent, luétique
parfois. Et c'est dans ces circonstances que l'on peut voir apparaître
l'indication de MERCURIUS. Ces sujets ont en commun une tendance acquise à
l'obésité ou une tendance héréditaire chez les sujets brévilignes. C'est
donc le type gras de MERCURIUS que l'on peut rencontrer chez
l'adulte ayant eu une hygiène de vie inadaptée (obésité tardive) et chez
l'enfant bréviligne du type CALCAREA CARBONICA. Il existe un type maigre qui
sera étudié plus loin.
Il faut encore rappeler que
chaque individu est l'enfant d'une lignée hétérogène. Il est donc logique de
retrouver chez chacun des signes de plusieurs médicaments homéopathiques,
qui traduisent la diversité des influences génétiques. C'est d'ailleurs
l'argument, justifié dans une grande mesure, que les pluralistes
avancent pour légitimer la prescription de plusieurs médicaments en
alternance, afin de "couvrir" tous les aspects de la personnalité
réactionnelle du patient. Mais les unicistes avancent un argument
différent, se basant sur une affirmation de HAHNEMANN qu'il n'est jamais
utile de prescrire plus d'un médicament à la fois. Il s'agit d'une querelle
qui n'est finie, ni prête de voir son terme !
CALCAREA CARBONICA et MERCURIUS SOLUBILIS:
C'est deux médicaments ont beaucoup de
points communs et quelques différences ! Le premier point commun est ce que
l'on appelle le lymphatisme = tendance aux atteintes inflammatoires
des formations lympho-ganglionnaires avec hypertrophie, dont les amygdales (Baryta
carbonica = remède ayant également des signes du mode luétique). Et très
souvent les troubles commencent par le froid humide et sont aggravés
par lui. C'est donc là tout le chapitre des affections ORL et pharyngées qui
perturbent très souvent la vie de nombreux enfants pendant la saison froide.
L'association BELLADONA - MERCURIUS dans une rhino-pharyngite aiguë ou lors
d'une angine est donc très fréquente chez ce type d'enfants dont le remède
de fond est CALCAREA CARBONICA. Et il y a dans CALCAREA CARBONICA une
certaine tendance à la suppuration que l'on retrouve dans MERCURIUS = la
sensibilité au froid humide déclenche une rhino-pharyngite ou un coryza qui
évoluent souvent vers une suppuration, pus qui infecte les formations
adénoïdes et provoque une hypertrophie des amygdales. Ces formations souvent
irritées deviennent encore plus sensibles au froid humide. Le cercle vicieux
est établi dont les antibiotiques, non seulement ne viennent pas à bout à
moyen ou à long terme (car ils faut renouveler leur prescription très
fréquemment), mais ils sont eux-mêmes des facteurs déclenchants du mode
sycotique, encore sollicité par les vaccinations fréquentes de l'enfance.
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Noter l'hypertrophie
des amygdales et la langue chargée, gardant sur les bords l'empreinte
des dents. Mercurius solubilis est très souvent le remède "aigu" de
Calcarea carbonica, remède de fond |
Voilà donc un ensemble de
circonstances qui créent une situation pathologique qui s'installe dans la
chronicité. Même un praticien exercé ne s'y retrouve pas toujours dans
l'imbroglio des modes réactionnels. Si l'on comprend bien la filiation mode
psorique è
mode sycotique, on peut s'interroger sur la mise en oeuvre simultanée du
mode luétique. Les circonstances particulières de la vie et sans doute aussi
une part d'hérédité expliquent cela. Mais on retrouve là un autre trait des
grands médicaments homéopathiques = l'étendue de leur pathogénésie ne peut
les enfermer dans un seul mode réactionnel.
Sur le plan bucco-dentaire,
les dents de CALCAREA CARBONICA sont habituellement bien minéralisées et
bien implantées. Mais les troubles gingivaux sont fréquents dont la
gingivite souvent banale et érythémateuse, avec l'indication fréquente de
BELLADONA, notamment au cours de la dentition des dents de lait, ainsi que
des dents de sagesse. La gingivite peut s'aggraver vers une forme plus grave
avec des abcès parodontaux. CALCAREA CARBONICA laisse alors le devant de la
scène à d'autres médicaments, comme HEPAR SULFUR, mais aussi MERCURIUS
SOLUBILIS. C'est aussi le cas dans le traitement de l'aphtose buccale
chronique. Et c'est toute la subtilité de l'homéopathie qui s'exprime =
MERCURIUS peut très bien se voir indiqué dans une aphtose aiguë par la
symptomatologie présente chez un sujet bréviligne et selon l'anamnèse, il
faudra compléter le traitement de fond par le remède constitutionnel, en
l'occurrence CALCAREA CARBONICA. Alors que chez d'autres sujets dont
l'anamnèse met en évidence la prédominance du mode luétique et sa constance
dans les antécédents, il faudra recourir à LUESINUM pour empêcher les
récidives.
Voici donc dans cette exemple
de troubles rhino-pharyngés et buccaux, une illustration de l'intrication de
plusieurs modes réactionnels. Cela signifie que l'on a affaire à un sujet,
enfant en l'occurrence, qui se défend mal, soit pour des raisons
héréditaires, soit en raison d'un mode de vie mal adapté, soit le plus
souvent par l'association de ces facteurs. Chez ces sujets, MERCURIUS
SOLUBILIS n'est qu'un élément du traitement, il n'est pas le remède de fond.
SULFUR - MERCURIUS SOLUBILIS:
Un sujet du type SULFUR réagit
généralement bien et avec violence aux agressions de la vie. Bien et
violemment, du moins aussi longtemps qu'il reste sthénique. L'histoire de
ces sujets est fréquente et à peu près semblable d'un sujet à un autre =
enfance sans gros problèmes de santé, quelques maladies infantiles vite
surmontées, parois quelques éruptions d'eczéma ou de furoncles. Avec l'âge
adulte et l'entrée dans la vie professionnelle, les problèmes commencent si
ces sujets ne savent pas conserver ou suivre une hygiène de vie adaptée à
leurs besoins. Le plus souvent c'est la sédentarité et ce
qu'elle comprend d'erreurs alimentaires qui va déclencher une série de
troubles centrés d'abord sur l'appareil digestif. C'est tout le chapitre des
troubles digestifs qui indiquent très souvent NUX VOMICA et bien plus tard
LYCOPODIUM quand ils seront aggravés. C'est toute l'histoire du mode
réactionnel psorique dans sa première phase, puis dans l'étape intermédiaire
qui évolue ensuite vers des troubles beaucoup plus sérieux avec
perturbations des constantes biologiques, apparition de troubles
nutritionnels de moins en moins réversibles. C'est d'abord la phase dite
sthénique caractéristique du mode psorique qui s'exprime par des troubles
cutanés, muqueux et ensuite séreux que l'on interprète comme des
éliminations salutaires dans la mesure où l'on constate ensuite une période
d'amélioration de l'état général. C'est enfin la phase dite asthénique du
même mode caractérisée par des difficultés au niveau des émonctoires
surchargés et progressivement insuffisants. Tout se passe comme si les
déchets métaboliques que le sujet ne parvient plus à éliminer deviennent à
l'origine de troubles au niveau de divers appareils. Certes l'organisme
tente d'abord d'utiliser alternativement un émonctoire ou un autre. C'est la
période des alternances morbides. Puis apparaissent des troubles de moins en
moins fonctionnels, de plus en plus lésionnels, avec des conséquences
fâcheuses sur les appareils importants, nécessitant le plus souvent une
thérapeutique substitutive, car l'homéopathie atteint ici et parfois ses
limites.
Sur le plan bucco-dentaire,
on retrouve la même évolution vers l'aggravation depuis la gingivite banale,
puis l'aphtose elle aussi banale mais qui récidive souvent, puis
l'apparition de troubles parodontaux. A leur début, l'association SULFUR /
NUX VOMICA rend d'énormes services.
Que vient faire MERCURIUS
dans ce contexte ? Son indication apparaît chez certains sujets de ce type
lorsque les troubles hépato-digestifs s'aggravent et dans les cas où
apparaissent des troubles rénaux, dont une insuffisance progressive.
Rappelons les signes digestifs de MERCURIUS = foie sensible et hypertrophié,
douloureux au toucher, < couché sur le côté droit, épigastre sensible,
digestion lente avec renvois et régurgitations de liquide rance, nausées,
brûlures et pyrosis, crises diarrhéiques qui expriment une hypercholie,
flatulence abdominale, ballonnement, etc... Tous ces signes sont communs à
quelques nuances près à NUX VOMICA, à LYCOPODIUM ou à SULFUR, ainsi qu'à
quelques autres. Et on retrouve au niveau de la bouche les signes de la
gingivite ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique, puis les parodontopathies communs
à plusieurs médicaments, dont MERCURIUS avec sa nette tendance à la
suppuration.
Il ne faut pas s'étonner de
voir MERCURIUS SOLUBILIS indiqué lors de ces troubles car la gingivite
ulcéro-nécrotique de ce toxique peut frapper n'importe qui du fait de la
toxicité du mercure. Et il ne faut pas oublier que MERCURIUS a dans ses
circonstances étiologiques = suppression de diverses éliminations.
On retrouve donc bien là le mode psorique et les erreurs thérapeutiques qui
sont souvent commises en "bloquant des éliminations". Et rappelons que
l'insuffisance rénale chronique est un très grand facteur d'aggravation des
maladies parodontales, que son traitement appartient au médecin et que
l'intervention chirurgicale sur le parodonte est interdite aussi longtemps
que la fonction rénale n'est pas rétablie.
Dans ce contexte
hépato-digestif et rénal inscrit dans le mode psorique en cours de
décompensation, MERCURIUS n'est qu'un remède occasionnel, indiqué
provisoirement pour les troubles lésionnels, notamment bucco-dentaires. Si
la situation peut être rétablie, même au prix de gros efforts, le sujet
reviendra sur SULFUR, qui reste son remède de fond et qui assurera le
maintien des résultats acquis, parfois difficilement. Chez ces sujets,
LUESINUM qui est le complémentaire diathésique de MERCURIUS ne sera
pratiquement jamais indiqué ou alors exceptionnellement. Alors qu'il l'est
toujours chez les luétiques. Il faut enfin ajouter que dans les situations
pathologiques complexes, le sujet ne parvenant plus à se maintenir en
équilibre avec son mode réactionnel électif, utilise les autres modes de
défense qu'il a en réserve. Et avec les troubles hépato-digestifs, le mode
sycotique est souvent mis en œuvre. On voit ainsi l'indication possible de
NATRUM SULFURICUM, remède de fond du mode sycotique dans sa phase
hydrogénoïde. Ce qui unit NATRUM SULFURICUM et MERCURIUS est l'influence de
l'humidité et du froid humide et la tendance dans ces deux médicaments aux
infections urinaires et génitales, dont les écoulements urétraux dans les
deux sexes, dont la tendance aux mycoses, aux condylomes, etc…
Comme on peut le constater,
MERCURIUS apparaît lorsque les éliminations salutaires ne se produisent
plus. Il y a dégradation progressive de l'état général comme en écho des
difficultés éliminatoires. Pour ne prendre qu'un exemple, l'attitude
vis-à-vis des facteurs climatiques = un sujet SULFUR sthénique se moque du
climat, il supporte aussi bien la chaleur que le froid, il s'adapte comme
s'il possédait un climatiseur interne. Lorsque commence la décompensation,
il y a une certaine congestion et une aggravation par la chaleur, surtout
confinée = le sujet ne supporte plus une pièce surchauffée, il doit sortir
des jambes de sous les couvertures car ses pieds deviennent brûlants, parce
qu'il transpire. Et dans un premier temps, cela lui suffit. La peau devient
facilement rouge, pruriante sur tout à la chaleur du lit, des éruptions
apparaissent. Tous ces signes sont communs aussi bien à SULFUR qu'à
MERCURIUS et à quelques autres médicaments. Alors que ces troubles étaient
passagers chez SULFUR sthénique, ils sont plus tenaces au fur et à mesure de
la décompensation. Toutes les variétés réactionnelles individuelles
s'expriment "et donnent des tableaux légèrement différents, correspondant en
similitude à tel ou tel médicament. Mais progressivement, le sujet devient
sensible au froid et s'enrhume facilement = NUX VOMICA. Et puis, lorsque la
décompensation continue, il devient de plus en plus sensible au froid,
surtout humide. On voit ainsi poindre les indications de médicaments comme
GRAPHITES, NATRUM SULFURICUM ou MERCURIUS. Tout dépend en fait du contexte
individuel. Et l'on peut noter en passant que cette décompensation étant
bien plus précoce chez l'enfant bréviligne du type CALCAREA CARBONICA,
l'indication de MERCURIUS est elle aussi précoce = notamment dans le
traitement des rhino-pharyngites si fréquentes.
Chez un sujet normoligne du
type SULFUR, ces troubles sont bien plus tardifs. La sédentarité ne
s'exprime que progressivement, laissant ainsi une possibilité préventive,
d'abord par de banales règles hygiéno-diététiques, puis à l'aide de quelques
médicaments homéopathiques. Puis tout s'aggrave. On peut affirmer que
MERCURIUS est contemporain des difficultés éliminatoires. Et l'on peut
rappeler ici les problèmes de l'intoxication par les amalgames dentaires. Il
est certain que la présence d'amalgames produit des sels de mercure en très
faibles quantités qui sont le plus souvent ingérés et éliminés. Mais il est
facile d'imaginer que lorsque les éliminations décrites dans le mode
psorique se produisent mal et a fortiori lorsqu'elles sont insuffisantes,
ces sels de mercure peuvent s'accumuler dans certains tissus et produire des
troubles qui indiquent MERCURIUS SOLUBILIS. Ce n'est là qu'une explication
qui vaut ce qu'elle vaut.
ASPECTS
TUBERCULINIQUES
Cet aspect de MERCURIUS est
sans doute moins connu. le mercure est un toxique important, ses troubles
peuvent être graves. Par conséquent, MERCURIUS SOLUBILIS peut être un
médicament de troubles graves. S'il est plus fréquent de retrouver ce
médicament dans des troubles des modes psorique et sycotique chez des sujets
décompensés, qui sont devenus gras, voire obèses par erreurs
hygiéno-diététiques, MERCURIUS peut trouver une indication chez des sujets
longilignes, maigres ou amaigris, à la suite d'une série de troubles qui ont
atteint l'état général et confinent ces patients à un état de cachexie plus
ou moins important.
On trouve déjà en écho dans
la matière médicale de NATRUM MURIATICUM un ensemble de troubles qui peuvent
annoncer MERCURIUS, mais moins graves. La poly-micro-adénopathie du premier
aboutit à un engorgement lympho-ganglionnaire avec une tendance à la
suppuration aiguë, subaiguë et surtout chronique. L'insuffisance hépatique,
les troubles de la fonction rénale, la tendance à l'amaigrissement, la
frilosité, etc… en s'aggravant, aboutissent à un état de dénutrition ou
d'athrepsie, certes rare en France, mais qui nécessite d'autres médicaments.
MERCURIUS est l'un de ceux-là et précède souvent SILICEA, remède le plus
important du rachitisme et de la dénutrition.
Et en tableau final dans une
situation très grave, PHOSPHORUS apparaît avec ses nombreux troubles
lésionnels, sa toxicité sur le foie et sur la fonction rénale, comme
d'ailleurs sur tous les tissus et appareils. MERCURIUS et PHOSPHORUS sont
tous deux indiqués dans la dégénérescence du foie et des reins.
Heureusement, nous ne verrons pratiquement jamais ces cas désespérés au
cabinet dentaire. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de ces médicaments dans
des cas moins graves, de pratique courante.
CONCLUSION
Si une place importante a été
réservée à MERCURIUS SOLUBILIS, c'est parce qu'il s'agit d'un médicament
fréquemment indiqué en pratique bucco-dentaire. Le fait que sa gingivite
ulcéro-nécrotique se trouve présente dans toutes les formes de
l'intoxication par le mercure a incité de nombreux praticiens à une
prescription systématique sans individualisation suffisante. D'où des
résultats décevants dans ces cas. En fait, MERCURIUS possède une
pathogénésie importante, reflet de sa grande action toxique. L'expérience
clinique en a fait un médicament complet parce que concernant pratiquement
tous les appareils ou tissus. Mais l'universalité de sa toxicité ne dispense
pas d'appliquer la méthode homéopathique dans toute sa rigueur. Alors
seulement apparaissent l'efficacité et l'utilité de ce polychreste.
Comme pour la plupart des
médicaments d'action profonde, MERCURIUS ne peut être réduit à un seul mode
réactionnel, même si à l'évidence son action physiopathologique le situe au
premier rang des médicaments du mode luétique.
Il est normal en pratique,
surtout lorsque l'on n'a pas une habitude suffisante, de se trouver plongé
dans l'incertitude et dans la perplexité pour comprendre les indications
différentes du même médicament. Ceux qui ne connaissent pas l'homéopathie,
posent souvent la question: "Quel médicament donnez-vous dans telle maladie
?". Ceux-là nous pas compris, ou ignorent tout simplement que l'homéopathie
ne soigne pas une maladie mais un malade. Or celui-ci est une personnalité
complexe, reflet de ses ascendances diverses et de son mode de vie. Tous les modes réactionnels
sont inscrits dans le bagage génétique de chacun. Et quand l'organisme se
défend mal, il use de tous ses moyens. Cela explique les aspects
poly-diathésiques des grands médicaments, ceux qui ont une action profonde,
le plus souvent toxique, sur l'organisme.
Cependant, afin de ne pas
décourager ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas entrer dans le labyrinthe
ou les méandres de l'intrication des modes réactionnels, ils peuvent se
rassurer en étant certain qu'ils peuvent rendre d'immenses services à leurs
patients en respectant tout simplement la méthode homéopathique = d'abord un
diagnostic de l'affection qu'il faut traiter pour choisir le traitement
adapté. Ensuite si l'homéopathie se trouve indiquée, appliquer le
principe de similitude. Si ces impératifs sont respectés, le reste est
secondaire. Il importe peu pour le patient que MERCURIUS ait des aspects
poly-diathésiques, du moment que ses troubles disparaissent aussi vite que
possible.
Seulement, les modes
réactionnels apportent un éclairage différent et original sur chaque
pathologie, quelle qu'elle soit. Surtout, ils permettent dans certains cas
un moyen de prévention efficace et dénué d'effets secondaires. Il faut
cependant toujours garder à l'esprit que la conception des modes
réactionnels reste souvent théorique et donc sujette à des remises en
question. Des hypothèses qui semblaient logiques en fonction de leur
adéquation avec les connaissances du moment deviennent dépassées lorsque ces
connaissances ont évolué. Si l'on a toujours cela à l'esprit, alors les
modes réactionnels resteront à leur place = ils ne sont pas une finalité,
ils ne sont qu'un moyen, un moyen de comprendre et d'expliquer telle ou
telle pathologie.
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