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TRAITEMENT HOMEOPATHIQUE
DES TROUBLES BUCCO-DENTAIRES
DES LUETIQUES
Si
l’on a bien suivi le développement qui précède, on comprendra facilement la
nécessité de scinder en deux parties distinctes le traitement homéopathique
des troubles bucco-dentaires des luétiques. Il y a d’abord les médicaments
qui correspondent aux troubles de la croissance, donc indiqués à l’évidence
chez l’enfant à risques, avec le volet préventif et ensuite le second
curatif. Puis les médicaments indiqués selon la similitude, en dehors des
problèmes de croissance, que l’on retrouve à l’évidence chez l’adulte, mais
encore chez l’enfant. Les premiers sont des minéraux impliqués dans
l’ostéogenèse et ce n’est pas par hasard que l’on retrouve là les
médicaments à base de fluor, essentiellement CALCAREA FLUORICA et FLUORIC
ACID., ou SILICEA. Les seconds sont, et ce n’est pas un hasard, des
médicaments impliqués entre autres indications, dans le traitement de la
syphilis comme MERCURIUS SOLUBILIS et les autres mercuriaux, et d’autres
médicaments répondant à tous les aspects de la pathologie des luétiques.
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TRAITEMENT HOMEOPATHIQUE DES TROUBLES DE LA
CROISSANCE DES LUETIQUES
En principe, CALCAREA FLUORICA, FLUORIC ACID. et SILICEA sont des
médicaments bien connus des chirurgiens-dentistes et nous les avons très
souvent étudiés dans nos cours ou dans nos bulletins. Il n’est donc pas
utile de les reprendre d’une manière exhaustive. Rappelons seulement
quelques signes essentiels.
CALCAREA FLUORICA : le fluorure de calcium
Un peu de fluor,
ça va. Un peu trop de fluor, bonjour les dégâts ! Cette parodie du slogan
publicitaire contre l’alcoolisme illustre bien le problème du fluor. Le di-fluorure de calcium est indispensable à l’ostéogenèse. Il est présent à
l’évidence dans les tissus durs : os, dents, mais également dans les fibres
élastiques du tissu conjonctif et des vaisseaux, dans le peau. Il apporte
l’élément de dureté, de la même manière que la silice. Tout le problème
réside dans la quantité optimale qui peut varier d’un sujet à un autre. Les
intoxications chroniques par le fluor sont bien connues et l’on sait que
certaines régions ayant des eaux trop riches en fluor voient leur population
atteinte de fluorose chronique, comme le darmous au
Maroc.
Nous avons dit
et répété que la constatation de stigmates ressemblant à ceux fluorés ne
signifie pas ipso facto que le sujet est réellement et obligatoirement
intoxiqué par le fluor. Cette intoxication existe certes et souvent, elle
peut faire suite à une fluoration accidentelle ou médicamenteuse proposée
trop systématiquement dans la prévention de la carie dentaire ou de
l’ostéoporose des personnes âgées ou des femmes ménopausées. Mais il y a
tout le cortège de lésions semblables ayant une autre origine, décrite dans
le chapitre sur les facteurs étiologiques du mode luétique, comme les
irradiations ionisantes, les embryopathies ou foetopathies, l’alcool, les
intoxications par métaux lourds, etc...
La prévention
homéopathique par CALCAREA FLUORICA ou le traitement curatif seront
systématiquement proposés chaque fois que le médecin ou le
chirurgien-dentiste constatera soit chez la femme enceinte (et/ou chez le
père) ou chez le jeune enfant quelques-uns des signes suivants, même au
degré faible :
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·
Asymétrie, dysharmonie dans la
morphologie.
·
Dystrophies osseuses.
·
Tendance à la scoliose et d’une manière
plus générale aux anomalies du squelette.
·
Laxité exagérée : articulations d’une
souplesse extrême, tendance aux entorses, aux ptôses, aux hernies, aux
varices du sujet jeune.
·
Prédisposition à la myopie et à
l’astigmatisme.
·
Troubles bucco-dentaires (selon l’âge) :
voûte palatine très ogivale, irrégularité dans l’implantation des dents,
anomalies orthodontiques ou dentaires, dysplasies de l’émail, etc...
·
Tendance aux indurations ganglionnaires ou
glandulaires (thyroïde, seins, testicules, ovaires, utérus...).
·
Tendance à l’ostéoporose avec atteintes
rhumatismales (ostéophytes, déformations, raideur, etc...).
·
Atteintes cutanées dans le sens de
l’épaississement de la peau, de fissures, gerçures, etc...
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Schéma proposé par
Bertrand de Névrezé
(1877-1951) |
CALCAREA FLUORICA est
très souvent utile en orthodontie.
Les modalités générales
valorisent ces signes :
·
Aggravation : par les changements de temps,
par l’humidité, par le repos et au début du mouvement.
·
Amélioration : par la chaleur et par les
applications chaudes, par le mouvement continué.
La posologie
tient compte du contexte clinique et du but thérapeutique. A titre préventif
chez le tout jeune enfant, il est utile, selon les conseils de R. ZISSU, de
mélanger les dilutions : 6X trituration, deux mesures à sec sur la langue
avant les trois repas pour apporter le sel de fluor en quantité très faible
+ une dilution moyenne ou plus haute une à deux fois par semaines selon le
contexte clinique. Ne pas oublier que le métabolisme du fluor est lent,
certes moins que celui de la silice, d’où la nécessité de traitements
prolongés ou répétés par périodes.
Si
nécessaire = revoir notre sujet
Et si l'on parlait du fluor ?
FLUORIC ACIDUM : l'acide fluorhydrique
La présence
d’acide dans ce médicament explique son indication pour des troubles
franchement lésionnels. Lorsqu’on dépose une goutte d’acide sur une
muqueuse, sur la peau ou sur n’importe quel autre tissu, il y a rapidement
formation d’une ulcération par destruction des tissus atteints. Lorsqu’un
veut bien se souvenir que l’acide fluorhydrique est utilisé pour la gravure
du verre, on peut imaginer son pouvoir de destruction. Alors qu’avec
CALCAREA FLUORICA, les troubles sont moins lésionnels, moins destructeurs.
Et comme il est un composant naturel de la matière vivante, ce médicament
joue un rôle préventif et curatif des perturbations de la croissance, ce que
ne fait pas FLUORIC ACID. La Matière médicale de ce médicament concerne les
mêmes cibles que celles de CALCAREA FLUORICA = les tissus riches en fluor,
dont les dents, les os, le tissu fibro-conjonctif, la peau et les phanères.
Selon l’âge de
la décompensation, qui se produit par les mêmes causes que pour CALCAREA
FLUORICA, l’atteinte des dents sera nuancée, allant d’une simple altération
modérée de l’émail à des destructions très importantes dont la fluorose
chronique rend compte. A noter chez ces sujets la fréquence des
complications apicales avec suppuration, et surtout une fistule dont
l’orifice est particulièrement irritant (au contraire de SILICEA). C’est
chez les enfants FLUORIC ACID. que l’on trouve le tableau clinique de
la mélanodontie ou plus généralement celui d’une atteinte de toutes les
dents de lait qui sont rapidement détruites avec le cortège habituel
d’abcès, de suppuration, de parulie ou de fistules. Chez l’adulte, ancien
CALCAREA FLUORICA, on constatera surtout une atteinte des procès alvéolaire
avec destruction. C’est donc avant tout un remède de parodontopathie. On
trouve ce médicament encore indiqué dans les formes disons moins graves pour
les caries des collets radiculaires. Ou encore pour des ulcérations
linguales à tendance phagédénique (c'est-à-dire que l'ulcération s'étend
du centre vers la périphérie et se creuse davantage).
Il ne faut
oublier que le fluor est un halogène, il peut être indiqué dans
l’hyperthyroïdie et d’une manière plus générale dans les troubles résultant
de la mise en œuvre du mode tuberculinique dans sa phase dite
« oxygénoïde ». A ce titre, il faut comparer FLUORIC ACID. à IODUM, dont il
partage l’appétit nettement augmenté et la thermophobie, sans oublier la
tendance aux indurations et hypertrophies des glandes. Nous avons souvent
souligné les conséquences parfois graves pour la minéralisation des dents
lorsque les deux modes tuberculinique et luétique sont mis en œuvre
simultanément, le premier posant le problème des minéraux dont a besoin la
dent et qui peuvent manquer parce que utilisés ailleurs, le second
expliquant les perturbations de la croissance par suite des inflammations
oblitérantes des vaisseaux.
CALCAREA
FLUORICA et FLUORIC ACID. se ressemblent sur bien des points, bien que le
second offre plus de lésions. L’une des principales différences concerne le
comportement vis-à-vis des facteurs climatiques. La présence de l’élément
« carbone » dans le premier explique la frilosité, signe commun à tous les
Calcarea. FLUORIC ACID. est un thermophobe, il est aggravé par la chaleur
sous toutes ses formes et amélioré par le froid (applications froides
notamment).
L’autre
différence concerne le comportement. Le fluor favorise la dépression, alors
que l’acide entraîne une faiblesse irritable. FLUORIC ACID., synthèse des
deux, présente une très grande instabilité mentale, qui est par ailleurs
l’une des caractéristiques du mode luétique. Ce n’est certes pas par hasard.
L’instabilité mentale s’exprime par une double tendance, qui correspond aux
deux phases successives de l’action d’un toxique, excitation d’abord puis
dépression. FLUORIC ACID. est donc un exalté vite enthousiaste, mais
découragé rapidement. Il manque de persévérance dans tout ce qu’il
entreprend et son instabilité explique ses besoins de changement
(profession, vie affective, etc...).
SILICEA :
Il ne faut pas
s’étonner de trouver dans la présente étude l’indication de SILICEA dans le
traitement des troubles bucco-dentaires des luétiques. D’abord parce que ce
médicament constitue un remède quasi obligatoire dans les conséquences du
rachitisme, ensuite parce qu’il est souvent indiqué dans les manifestations
scléreuses, fréquentes chez les luétiques. Du fait de la frilosité, SILICEA
est plutôt proche de CALCAREA FLUORICA, dont il peut être le complémentaire
pour de nombreux troubles liés à la déminéralisation et au rachitisme ou
encore dans les processus suppurés tendant à la chronicité et différents de
ceux de FLUORIC ACID. Par exemple, ils ont en commun les fistules ou les
éliminations d’esquilles osseuses, mais dans FLUORIC ACID. le contexte est
inflammatoire avec un violent prurit de l’orifice de la fistule, ce qui
n’est pas le cas de SILICEA. Il en va de même avec les modalités thermiques.
SILICEA est
étudié en détail dans le dossier "Tuberculinisme"
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LES PRINCIPAUX MEDICAMENTS DES
TROUBLES BUCCO-DENTAIRES
DES LUETIQUES NON FLUORIQUES
Tous les
médicaments étudiés ci-dessous peuvent être indiqués indifféremment chez
l’enfant ou chez l’adulte. Il en va de même des précédents qui certes
concernent davantage l’enfant du fait de la croissance et des troubles qui
peuvent résulter de la mise en œuvre du mode luétique.
MERCURIUS SOLUBILIS :
C’est sans
doute le médicament le plus souvent indiqué dans les troubles
bucco-dentaires des luétiques. Sa toxicité est bien connue, très souvent
incriminée dans des intoxications de toutes sortes, industrielles ou autres,
dont l’accusation des amalgames dentaires. Cette toxicité, quelle que soit
son intensité, s’exprime notamment par la gingivo-stomatite si
caractéristique au point que trop souvent ce médicament est prescrit sans
individualisation suffisante.
Les
signes bucco-dentaires :
·
Haleine fétide, nauséabonde, qui se répand
dans la pièce et donc perceptible à distance du patient.
·
Hypersalivation fétide, visqueuse, qui tache
l’oreiller car elle est très nettement augmentée la nuit (modalité
d’aggravation du remède et du mode tuberculinique).
·
Gencive enflammée, œdématiée, ulcérée,
sanguinolente au moindre contact. Gingivite d’aspect scorbutique. Maladie
parodontale avec poches suppurées.
·
Langue étalée, flasque et enflée, gardant
l’empreinte des dents, sale ou saburrale (enduit jaunâtre nauséabond).
Langue parfois fissurée.
·
Tremblement de la langue lors de sa protrusion
(tremblement mercuriel).
·
Tendance aux caries dentaires (3°d) dont
celles des collets.
·
Douleurs dentaires, pires la nuit, aggravées
par les boissons chaudes ou froides (températures extrêmes)
·
Aphtes (degré fort), n’importe où dans la
bouche mais aussi au niveau de la langue (2°d).
·
Douleurs brûlantes dans toute la bouche ou au
niveau de la langue.
·
Nombreuses dysgueusies : goût amer (3°d),
sucré (3°d), insipide (3°d), mauvais goût (3°d), goût métallique (3°d), goût
salé (3°d), goût acide (2°d), goût vaseux (3°d).
·
Mucosités.
·
Sécheresse de la bouche et de la langue (3°d)
ou du palais (2°).
·
Sensation d’agacement des dents ou qu’elles
sont trop longues.
Comme on peut
le voir, les signes bucco-dentaires sont très nombreux et souvent au degré
fort. Et cependant, ils ne suffisent pas à justifier, à eux seuls, la
prescription de ce médicament. D’abord et paradoxalement, du moins en
apparence, parce qu’ils sont tous présents, mais ils sont communs à de
nombreux médicaments. Ensuite parce que les signes locaux doivent être
insérés dans leur contexte général, qui les valorise et permet
l’individualisation du médicament indiqué.
Voici une
synthèse de la Matière médicale de MERCURIUS SOLUBILIS.
·
Suites de troubles exprimant les
caractéristiques du mode luétique que des causes occasionnelles révèlent
= infections saisonnières déclenchées par le froid humide, qui de plus les
aggrave - mais et cela exprime la complexité des grands polychrestes,
d’autres causes évoquent les modes psorique et sycotique = suppression
d’un écoulement, d’un coryza, de condylomes, d’éruption cutanée, de l
transpiration ou encore suite de vaccinations, de traumatisme crânien, enfin
de troubles provoqués par la dentition. Mais à l’occasion de l’action de
l’une de ces causes, les troubles qui s’en suivent présentent les
caractéristiques du mode luétique.
·
Le comportement psychique reflète l’action
diphasique habituelle des toxiques : d’abord excitation avec = irritabilité,
mauvaise humeur, inquiétude et angoisses, agitation anxieuse, comportement
hâtif et précipité, colères (avec impulsions à tuer ou à se tuer) - puis
dépression = paresse intellectuelle avec faiblesse de la mémoire,
découragement, perte de volonté, prostration, réponses lentes aux questions,
et dans des cas extrêmes évolution vers l’imbécillité ou l’idiotie (comme
dans la syphilis !).
·
Tendance aux inflammations aiguës et
chroniques caractérisées par la suppuration et l’ulcération à tous les
niveaux. Toutes les muqueuses peuvent être concernées = bouche
(gingivo-stomatite ulcéro-nécrotique), pharynx, nez, gorge, yeux,
intestins, appareil génito-urinaire, etc... Ces inflammations sont
accompagnées de sécrétions ou excrétions abondantes, purulentes, corrosives,
nauséabondes.
·
Troubles cutanés = éruptions diverses surtout
vésiculeuses et pustuleuses, prurigineuses (aggravation la nuit à la chaleur
du lit) toujours caractérisées par une tendance à la surinfection, à la
suppuration, à l’ulcération superficielle phagédénique. Transpiration
abondante, notamment la nuit qui rend le sujet mal à l’aise, sueurs
visqueuses et de mauvaise odeur.
·
Troubles neurologiques = tremblements des
extrémités aggravés à l’émotion et à la fatigue - nombreuses douleurs =
céphalées, douleurs périostées à localisations crânienne et prétibiale,
nettement aggravées la nuit.
·
Atteintes des glandes et des ganglions avec
tendance aux adénites suppurées.
·
Troubles osseux = alvéolyse dans un contexte
inflammatoire (maladie parodontale avec poches suppurées), ostéite (dont
l’alvéolite), périostites, etc...
·
Modalités :
*
Aggravation = LA NUIT, par le froid humide,
par les changements de temps, par les températures extrêmes, par la
transpiration, par la chaleur du lit.
*
Amélioration = par une température modérée,
par le repos.
Voilà donc les
grands signes sur lesquels repose l’indication de MERCURIUS SOLUBILIS.
Il faut souligner que ce médicament de fond se trouve très souvent
indiqué pour des troubles inflammatoires aiguës ou chroniques. Et
pour ces derniers, il faut rappeler la posologie = les basses dilutions
favorisent le sens centrifuge (mais ne pas donner en dessous de la 5 CH du
fait de la toxicité) en pensant aux risques de suppuration en cavité close -
les hautes dilutions (15 ou 30 CH) favorisent le sens centripète - enfin les
dilutions moyennes sont ambivalentes. Comme tous les toxiques puissants,
MERCURIUS SOL. Ne doit pas être renouvelé trop souvent = une à deux fois par
jour au maximum dans un cas aigu.
Mercurius solubilis chez l’enfant :
Le mercure est
un toxique et surtout une substance étrangère à l’organisme. Pourquoi
rappeler ces évidences ? Tout simplement pour rappeler que l’action
toxique se manifeste chez n’importe quel sujet, quelle que soit sa
morphologie. Et qu’il n’y a pas de type morphologique particulier. Ce
n’est pas ce qui se passe par exemple pour PHOSPHORUS. Le phosphore étant
l’un des plus importants minéraux indispensables à l’ostéogenèse, il module
un type morphologique qui porte son nom, le type « phosphorique » grand et
maigre, longiligne. Cette action métabolique explique tout un ensemble de
signes et symptômes, que l’on retrouve chez le tuberculinique à la phase
oxygénoïde. Mais le phosphore est aussi un toxique puissant qui peut
atteindre n’importe qui, ce qui explique d’autres signes et symptômes.,
comme par exemple l’action sur le sang et la coagulation, quel que soit le
biotype.
Rien de tel avec
le mercure, qui n’a aucune action métabolique. Cependant, il y a deux types
d’enfants répondant à MERCURIUS SOLUBILIS : un type gras et un type maigre.
Le type gras
est le plus fréquent et il offre de nombreuses similitudes avec CALCAREA
CARBONICA : sensibilité au froid humide qui joue un rôle déterminant dans le
déclenchement d’une pathologie O.R.L. fréquente et surtout itérative chez
l’enfant durant la saison hivernale - atteinte des formations
lympho-ganglionnaires avec hypertrophie - lymphatisme et lenteur, phobies et
apathie après une phase d’excitation. Il est intéressant de noter que chez
cet enfant qui se défend mal, les modes réactionnels sont imbriqués.
L’enfant CALCAREA CARBONICA use avant tout du mode psorique notamment parce
que c’est celui de ses parents ou de l’un des deux. Ensuite, il met
rapidement en œuvre le mode sycotique parce que son système immunitaire est
trop sollicité et surtout déprimé par la sensibilité au froid, par le
ralentissement métabolique et par les médicaments trop abondamment
prescrits. Certains de ces enfants CALCAREA CARBONICA évoluent vers
MERCURIUS SOLUBILIS pour différentes raisons et sans doute encore une fois
du fait d’un facteur héréditaire. Le mode luétique influence alors l’aspect
de la pathologie, notamment dans le sens d’une tendance à la suppuration et
à l’ulcération. Or dans cette occurrence, on retrouve un autre médicament
assez complexe = HEPAR SULFUR, autre remède important de suppuration aiguë,
mais aussi chronique (mais il est aggravé par le froid et amélioré par la
chaleur, comme Arsenicum album). Et curieusement, HEPAR SULFUR est le plus
important remède antidote du mercure. Déjà le nourrisson du type
Mercurius exprime ses difficultés défensives qui offrent encore une fois
des similitudes avec CALCAREA CARBONICA = grosse tête avec fontanelles
larges, peau malsaine sujette à un eczéma humide qui suppure facilement,
érythème fessier (Medorrhinum). Puis rapidement peuvent apparaître des
otites suppurées avec la note luétique représentée par une tendance à
l’ulcération du tympan. Aussi bien chez CALCAREA CARBONICA que chez
MERCURIUS SOLUBILIS, la dentition peut être retardée et difficile
(convulsions).
Autres faits =
MERCURIUS SOLUBILIS comme CALCAREA CARBONICA sont indiqués dans les
suites de suppression d’élimination. MERCURIUS SOL. est l’un des
remèdes de suites de traumatisme crânien, notamment chez l’enfant. Comme
d’ailleurs NATRUM SULFURICUM, le plus important remède du mode
sycotique dans sa phase hydrogénoïde, complémentaire de CALCAREA CARBONICA
(entre autres) dans l’imbibition hydrique et dans la sensibilité au froid
humide ou encore dans les conséquences iatrogènes de certains médicaments
déprimant le système immunitaire comme les antibiotiques ou les vaccins.
Voilà donc une situation clinique complexe du fait de l’expression
simultanée de plusieurs modes réactionnels, ce qui est l’expression d’une
insuffisance immunitaire. Heureusement, il y a des différences qui
permettent de comprendre telle ou telle situation. Chez un enfant CALCAREA
CARBONICA, l’indication de MERCURIUS n’est que transitoire, momentanée,
expliquée par des facteurs circonstanciels et PSORINUM est le complémentaire
diathésique de fond lorsque l’enfant ne réagit plus très bien. Chez l’enfant
luétique, MERCURIUS SOL. est LE remède de fond, avec le renfort du
biothérapique luétique qu’est LUESINUM.
L’enfant
Mercurius sol. consulte son dentiste pour = des aphtes parfois graves,
toujours récidivants, douloureux, accompagnés d’adénopathies satellites,
d’une hypersalivation nauséabonde surtout nocturne, ou pour une gingivite,
parfois d’origine herpétique, mais surtout pour des abcès d’origine dentaire
notamment lorsqu’existe une note dystrophique dans la morphologie avec des
caries des dents de lait plus ou moins importantes. Enfin cet enfant grince
souvent des dents la nuit, son sommeil est troublé par des rêves anxiogènes.
L’enfant MERCURIUS peut consulter également pour des caries dentaires.
MERCURIUS SOL. est cité au degré fort dans le Répertoire de KENT à la
rubrique « Caries » mais est oublié pour les caries du collet, alors qu’on
en trouve mention dans certaines Matières médicales ou publications. Dans
cette localisation, sur 14 médicaments il y en a 8 que l’on peut classer
parmi les remèdes indiqués dans les troubles du mode luétique = ARGENTUM
NITRICUM, AURUM METALLICUM, CALCAREA FLUORICA, FLUORIC ACID., IODUM,
MERCURIUS SOL., LUESINUM, MEZEREUM, les autres sont AMMONIUM CARBONICUM,
ARSENICUM ALBUM, CALCAREA CARBONICA, SILICEA, THUYA et TUBERCULINUM.
C’est sans doute
dans le type maigre de MERCURIUS que l’on rencontre plus volontiers
la tendance aux caries dentaires. Ce type maigre correspond à un enfant
rachitique chez lequel sont mis en œuvre les modes tuberculinique et
luétique, conjonction très défavorable à la minéralisation dentaire. D’où
les caries importantes, notamment des dents de lait avec les habituelles
complications apicales comme les abcès, la gingivite, etc...
Mercurius solubilis chez l’adulte :
Une fois encore,
une situation complexe sur le plan diathésique se retrouve chez l’adulte
Mercurius. Le mercure, il faut le rappeler, est un toxique puissant et
surtout une substance étrangère à l’organisme, il peut donc intoxiquer
n’importe qui. Il y a adéquation entre les troubles qu’il produit et ceux de
la syphilis et d’une manière plus générale ceux du mode luétique, chez
n’importe quel sujet.
Le patient
Mercurius consulte son dentiste le plus souvent pour une gingivite
ulcéro-nécrotique avec les signes décrits plus haut, ou encore pour une
aphtose buccale aiguë ou chronique. Ces troubles buccaux peuvent être plus
ou moins isolés, mais ils se produisent le plus souvent dans un contexte
digestif = foie gros et douloureux au toucher ou couché sur le côté droit,
digestion lente avec des renvois, des régurgitations (liquide rance), des
nausées, des brûlures (pyrosis), de la flatulence abdominale (ventre dur,
sensible au toucher) et de temps en temps des périodes de diarrhée, souvent
hémorragique, presque toujours suivie de ténesme. La colite ulcéreuse est
fréquente, ou la recto-colite, souvent par suite d’amibiase. Rappelons qu’en
1972, notre confrère Jean LEGER a soutenu la thèse de rapports de cause à
effet entre l’amibiase sous sa forme neuro-végétative, donc la moins connue,
et la maladie parodontale. Il expliquait que cette maladie souvent oubliée
pouvait concerner une grande partie de la population de la région parisienne
(plus du tiers !). Dans ce contexte digestif, le remède le plus voisin est
NATRUM SULFURICUM, car ils ont plusieurs troubles en commun, comme la
sensibilité au froid humide.
MERCURIUS SOL.
peut également avoir une insuffisance rénale, ce qui explique l’atteinte
parodontale. Ainsi, par action sur la fonction hépatique dont on connaît les
conséquences bucco-dentaires ou par action sur la fonction rénale, les
facteurs généraux de la maladie parodontale sont réunis pour en expliquer sa
fréquence, son évolution et sa gravité. D’où deux évidences =la chirurgie
parodontale sera déconseillée sous peine de récidive rapide et ce aussi
longtemps que les deux fonctions hépatique et rénale ne seront pas
rétablies - et comme le traitement des troubles buccaux passe d’abord par
celui des causes générales, cela exige la prise en charge par le médecin.
Mais il existe des formes encore discrètes qui s’expriment par une
hypersalivation nauséabonde, par le goût métallique prononcée et par des
sueurs surtout nocturnes laissant le patient mal à l’aise, alors que l’état
gingival et surtout parodontal n’est pas encore trop dégradé. Dans ces cas
encore frustres sur le plan buccal, une action précoce de MERCURIUS SOL.
donne de bons résultats. On peut voir encore ces patients pour une
aphtose buccale, sans retrouver le contexte gingival ou parodontal.
Il est alors parfois difficile de mettre en évidence ce médicament sur des
signes encore peu nuancés et l’on hésite souvent entre plusieurs
médicaments. C’est toute la difficulté de l’homéopathie, mais c’est aussi
son avantage d’une action précoce et préventive sur les menaces connues
parce que bien décrites dans la matière médicale.
Il est donc
possible de mettre en évidence l’indication de MERCURIUS sur des signes
encore banals, certainement réversibles à ce stade. Ensuite se pose le
problème diathésique, après le choix du médicament semblable,
c’est-à-dire le problème de la compréhension du problème buccal dans une
histoire personnelle évolutive. Car une gingivite a toujours plusieurs
significations et la prévention de la récidive doit tenir compte de chaque
mode réactionnel mis en œuvre par chaque patient. MERCURIUS SOLUBILIS se
trouve ainsi souvent indiqué du fait de la polarité buccale de son action
toxique. Il est intéressant de noter qu’il se trouve plus souvent indiqué
pour une pathologie aiguë que chronique. La pathologie aiguë peut être
interprétée comme une tentative d’élimination chez un sujet psorique qui ne
parvient plus à maintenir son équilibre par le seul mode psorique et qui met
en oeuvre le mode luétique jusque-là en réserve, mode sollicité par son mode
de vie, qui réunit plusieurs facteurs d’atteinte des fonctions hépatiques et
rénales.
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ARGENTUM NITRICUM :
le nitrate d'argent
Comme le
mercure, le nitrate d’argent est une substance toxique et étrangère à
l’organisme, il n’a donc pas d’action métabolique mais seulement
toxicologique en deux phases (une première d’excitation, une seconde de
dépression). Alors que l’argent métallique n’est pas ou peu toxique, ses
sels le sont. Le nitrate a une action instable, oxydante et caustique sur
les muqueuses et sur la peau. Au niveau des muqueuses, le nitrate d’argent
produit une inflammation qui évolue chroniquement vers l’ulcération, avec
des excrétions muco-purulentes, parfois sanguinolentes. C’est ce que l’on
retrouve, entre autres, au niveau de la muqueuse buccale.
L’instabilité
chimique de ce sel correspond à l’instabilité mentale des luétiques. La
causticité sur les muqueuses correspond aux troubles ulcéro-nécrotiques des
luétiques. L’action oxydante explique l’anémie et la cachexie, qui
correspond à la déminéralisation tuberculinique. Voici donc à partir de la
chimie la raison de l’implication de ces deux modes réactionnels.
Voici d’abord
quelques signes bucco-dentaires « bruts », avant quelques commentaires.
D'abord, ce que disent
les Matières médicales :
·
Langue sèche (sans soif), papilles
proéminentes, bout de la langue rouge et douloureux.
·
Gencives sensibles et saignant facilement
(Phosphorus).
·
Gingivite chronique avec sensation de plaie.
Haleine fétide, hypersalivation .·
« Les gencives sont tendres et saignent
facilement, mais ne sont pas gonflées, ce qui donne une distinction entre ce
médicament et Mercurius » (Farrington).
·
Il peut y avoir des douleurs au niveau de
dents saines (Causticum), selon LATHOUD.
Le Répertoire de Kent ajoute :
·
Langue blanche (1°)
·
Langue rouge (1°), à la pointe (3°) - avec
sensation de brûlure (1°)
·
Condylomes au palais (1°)
·
Gencives « détachées » des dents (1°)
·
Gencives douloureuses (1°), gonflées (1°),
enflammées (1°)
·
Goût : amer (1°), astringent (1°), métallique
(1°), acide (3°)
·
Mucus (1°), visqueux (1°)
·
Haleine: malodorante (1°), putride (1°)
·
Saignement des gencives (1°)
·
Sécheresse de la bouche (1°), du palais (1°),
de la langue (1°)
·
Dents: douleurs (1°), par le froid (1°),
pendant la mastication (1°)
Ce qui est « oublié » et que l'on glane ça et là au
gré des lectures :
·
Muguet
·
Ulcérations
·
Carie des collets
·
Déchaussement des dents.
·
Goût: cuivre, salé.
Commentaires :
ARGENTUM NITRICUM
fait partie de ces médicaments qui n'ont que des signes banals au niveau de
la bouche et des dents, mais qui se révèlent néanmoins de prescription
courante en pratique bucco-dentaire. Mais évidemment, le choix repose
davantage sur l'ensemble des signes psychiques et généraux que sur les
signes locaux, bucco-dentaires en l'occurrence.
Déjà le comportement au cabinet dentaire attire l'attention
Chacun sait que ce patient
a un conflit permanent avec le temps et avec son emploi du temps, ce qui
l'angoisse et celle-ci transpire dans toutes ses activités, même banales.
Avant même d'être levé, il pense déjà à tout ce qui l'attend dans la journée
et s'inquiète par avance de ne pas arriver à assumer son emploi du temps,
justement par manque de temps, même s'il n'a pas grand chose à faire en
réalité. Aussi n'accorde-t-il pas toute l'attention nécessaire à la
réalisation de la tâche présente parce qu'il pense déjà à la suivante.
Aussi fait-il tout avec hâte et précipitation.
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Cependant, D. DEMARQUE reproche aux différents auteurs contemporains une
inflation de signes psychiques de valeur très relative parce que observés
chez des sujets hypochondriaques et/ou névrotiques. Il souligne
qu’HAHNEMANN, qui a réalisée la première pathogénésie, n’avait observé qu’un
seul signe psychique : « Anxiété qui oblige à marcher vite ». Sans
souhaiter participer à une querelle, nous dirons seulement que la Matière
médicale comprend une troisième source (après la pathogénésie et la
toxicologie) qui est l’expérience clinique des praticiens. Et ce n’est
certainement pas par hasard que l’on décrit le comportement agité et
précipité de ARGENTUM NITRICUM.
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Jacqueline BARBANCEY donne quelques précisions intéressantes : d’abord, elle
affirme que pour Argentum nitricum le temps passe trop lentement,
alors que la plupart des autres auteurs considère le contraire. En fait,
Argentum nitricum est toujours anxieux de ce qu’il entreprend, il veut
finir avant d’avoir commencé. Ou bien il croit manquer de temps et cela
explique son comportement hâtif parce que le temps passe trop vite à son
gré. Ou bien il trouve que le temps passe trop lentement alors que d’autres
tâches l’attendent. Et de plus, il a peur du jugement que l’on portera sur
son travail. Argentum nitricum, dans le meilleur des cas, est un
inquiet par insécurité mentale (à l’image de l’instabilité chimique du
nitrate), contre laquelle il se protège en échafaudant des explications plus
ou moins farfelues pour se rassurer. Comme le dit Alain HORVILLEUR,
Argentum nitricum a surtout « peur de lui-même ». Il a peur de
ses propres réactions. Par exemple, sa phobie des hauteurs, des lieux
élevés, des ponts entraîne une angoisse profonde parce qu’il a l’impulsion
de se jeter dans le vide et donc il fuit ces lieux à grandes enjambées ! J.
BARBANCEY ajoute : « A la différence de THUYA qui est assiégé par des
préoccupations obsédantes mais ne demande qu’à être rassuré, ARGENTUM
NITRICUM a des convictions tenaces qu’aucun raisonnement logique ne peut
entamer... ». Il faudrait tout citer de cette étude passionnante,
terminons par cette belle formule : « Lui qui est toujours en état
d’urgence d’avoir (avoir fait, avoir reçu, avoir fini... avant d’avoir
commencé), interpose justement dans cet engrenage sans fin des rituels
conjuratoires (vérifications, répétitions d’actes, comptabilisations
compliquées) qui s’ajoutent, se coaptent les uns aux autres, rempart à la
fois protecteur et de plus en plus isolant ».
On
retrouve ce comportement au cabinet dentaire: déjà la perspective d'une
séance de soins dentaires lui procure une angoisse qui le fait arriver en
avance à son rendez-vous, afin de s'en délivrer au plus vite. Il arpente la
salle d'attente, ouvre la porte de temps en temps pour voir si par hasard on
ne l'a pas oublié. En particulier, il ne supporte pas que la salle
d'attente soit déjà pleine de patients, ou qu'elle soit surchauffée. Cela
l'irrite et ajoute à son angoisse.
Il
résulte de ce qui précède quelques conseils pratiques : recevoir ce patient
le matin en premier rendez-vous et le faire passer immédiatement dans le
cabinet dentaire. On évite ainsi l'angoisse de l'attente, aggravée par la
claustrophobie et la chaleur de la salle d'attente, surtout s'il y a déjà
quelques patients qui attendent leur tour. Ensuite, ce patient a une
angoisse d'anticipation. Aussi faut-il lui expliquer ce qu'il a, ce qu'on
va lui faire et proposer une anesthésie locale. Enfin, il est préférable
d'éviter les séances trop longues.
Le problème de la carie dentaire :
Elle
n'est citée nulle part et pourtant, ARGENTUM NITRICUM fait des caries,
notamment au niveau des collets. Cela s'explique, à notre avis, par deux
causes: d'abord, quel que soit l'âge, ce patient a de gros désirs de
sucreries, dont il abuse parfois, voire souvent, notamment pour
calmer son anxiété. Ensuite, comme il fait tout avec hâte, il se brosse les
dents en quelques secondes, lorsqu'il les brosse, parce qu'il n'en a pas
toujours le temps, dit-il, ou le pense-t-il !! D’ailleurs, il en est
sincèrement persuadé ! ! ! On peut voir aussi un abus de sucreries, le soir
au coucher, surtout chez l'enfant pour apaiser l'angoisse de la nuit. On ne
dira jamais assez combien cette mauvaise habitude est source de caries. Le
traitement des caries du collet est particulièrement douloureux et nécessite
obligatoirement une anesthésie locale.
La
gingivite :
Cette
gingivite est banale en elle-même mais motive l'essentiel des indications de
ce médicament. Les ouvrages négligent l'aspect ulcéreux de cette gingivite
alors que le nitrate d'argent a bien une action caustique sur les
muqueuses. La sensation d'écharde ressentie parfois au niveau des
ulcérations évoque un complémentaire dans l'aggravation, qui est d'ailleurs
un autre composé nitré = NITRI ACID., remède plus lésionnel du fait de la
présence d'acide, ses ulcérations ont une nette tendance phagédénique. Ces
deux médicaments ont quelques troubles digestifs en commun, mais le
comportement est différent.
C’est
d’ailleurs souvent au cours de troubles digestifs ou peu après que se
développe la gingivite. Ce qui domine c’est une dystonie à prédominance
neurovégétative du fait de l’action du nitrate d’argent sur le système
nerveux. Cela se traduit par de l’aérophagie, de l’aérogastrie avec des
éructations sonores en salves, parfois douloureuses. L’action caustique sur
les muqueuses associée à l’anxiété expliquent sans doute la tendance à
l’ulcère gastrique ou en tous cas les douleurs rongeantes, au creux
épigastrique, survenant ou juste après le repas ou une demi-heure après,
aggravées en buvant froid et améliorées en buvant chaud. Il y a parfois des
vomissements (aliments mêlés de mucus glaireux souvent sanguinolents), qui
améliorent l’aérogastrie. Rappelons la diarrhée verdâtre (comme des épinards
hachés) a frigore ou chez le nourrisson au cours de la dentition ou encore
la banale diarrhée émotive (au cabinet dentaire par exemple).
La maladie parodontale :
Elle est présente
dans ARGENTUM NITRICUM, certes au degré faible: rétractions gingivales,
gingivorragies, « déchaussement des dents ». En cas d'aggravation, le remède
complémentaire est encore une fois NITRI ACID.
La stomatodynie :
Ce n'est certes pas le médicament le plus souvent indiqué. Rappelons que la
stomatodynie est une douleur ressentie dans la bouche en n'importe quel
endroit, sans support lésionnel décelable qui peut l'expliquer. Elle
s'explique en fait par somatisation d'une souffrance psychique dans un
contexte dépressif très net. Avec ARGENTUM NITRICUM, il s'agit le plus
souvent d'une glossodynie à type de brûlure ou de piqûre comme par une
écharde ou encore une sensation de plaie au niveau des papilles linguales.
Le
choix du remède tient davantage compte du comportement et des perturbations
psychiques chez un sujet agité, anxieux, déprimé par divers soucis d'ordre
familial ou professionnel, stressé par la trépidation de la vie moderne et
par ses conflits avec le temps qui passe trop vite à son gré ou trop
lentement, ce qui l’exaspère.
Aspects diathésiques :
Même s'il faut faire de la peine à certains, ARGENTUM NITRICUM répond par
l'ensemble de sa symptomatologie à des troubles relevant de deux modes
réactionnels : d'abord le mode luétique, ensuite le mode
tuberculinique. Chez l'adulte, il est parfois indiqué dans des troubles
relevant du mode psorique ( à comparer alors à NUX VOMICA).
L'agitation anxieuse, la précipitation, les phobies évoquent LUESINUM,
complémentaire diathésique auquel il faut penser lorsque ARGENTUM NITRICUM,
malgré la présence de ses signes, semble ne pas susciter une réaction
favorable. La symptomatologie buccale le rapproche de NITRI ACID., comme
cela a déjà été souligné.
Mais
le plus menaçant est la mise en oeuvre simultanée des modes réactionnels
luétique et tuberculinique. Chez l'enfant répondant à ces deux modes, la
minéralisation des dents est menacée et il est souvent nécessaire d'alterner
ce remède avec NATRUM MURIATICUM. Chez l'adulte, on peut hésiter avec IODUM.
Enfin,
il faut évoquer un problème d'actualité, celui des risques potentiels
d'intoxication par les métaux utilisés en bouche. Notamment les amalgames
d'argent. Habituellement, les sels métalliques produits par l'électrogalvanisme
buccal sont rapidement éliminés et ne présentent pas de danger. Sauf dans
certaines circonstances par exagération de la sensibilité aux sels
métalliques. Le mercure est certainement plus pathogène que l’argent et
MERCURIUS SOLUBILIS peut être indiqué pour favoriser l'élimination de sels
de mercure fixés dans l'organisme et non éliminés spontanément. L'argent
est le second composant important des amalgames et peut donc participer aux
intoxications. ARGENTUM NITRICUM, bien plus souvent qu'ARGENTUM METALLICUM,
peut donc être parfois indiqué pour une neutralisation étiologique. On
rencontre ces problèmes chez des sujets plutôt décompensés. ARGENTUM
NITRICUM se voit surtout chez des sujets amaigris, surmenés sur le plan
physique et mental, avec l’atteinte du comportement que l'on connaît.
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NITRIC ACIDUM:
L’acide nitrique
est un acide fort, très caustique. On retrouve dans sa composition l’élément
« azote » (Nitri) qui se combine facilement à l’oxygène, à l’hydrogène ou
aux métaux, dans des combinaisons instables, oxydantes et endothermiques.
Ces trois derniers qualificatifs expliquent ce que la Matière médicale
reproduit : instabilité mentale comme tous les remèdes luétiques, la
tendance à la cachexie et à la déminéralisation et pour le troisième la
frilosité. Il est logique de retrouver là quelques traits de ARGENTUM
NITRICUM.
La présence de
l’acide explique d’autres troubles : d’abord la causticité sur les muqueuses
et sur la peau (comme sur tous les autres tissus). Puis l’hémorragie des
tissus atteints par suite de l’ulcération des vaisseaux. Enfin l’aggravation
nocturne, commune à pratiquement tous les remèdes acides (l’acidose augmente
pendant le sommeil du fait de l’accumulation du CO2 par
ralentissement de la respiration.
Tous ceux qui
connaissent les tableaux évolutifs de remèdes de R. ZISSU savent qu’il place
les remèdes de troubles les moins graves en haut des tableaux, ceux des plus
graves en bas de tableau. Les acides sont presque toujours en bas des
tableaux. Car ils correspondent à des troubles lésionnels graves le plus
souvent, même si heureusement on peut les voir indiqués pour des troubles
encore peu caractérisés et donc réversibles. Nous avons eu un cas d’aphtose
buccale qu’aucun traitement classique n’était parvenu à guérir chez un jeune
enfant chez lequel la sensation d’écharde au niveau des ulcérations (bouche
et anus), le comportement agité, agressif, peureux, l’amélioration de ce
comportement en voiture indiquait NITRI ACID., qui a donné un résultat
spectaculaire.
Voici
d’abord les signes bucco-dentaires de NITRI ACID. :
·
Gerçures et crevasses des commissures
labiales.
·
Craquement dans les A.T.M. pendant la
mastication.
·
Glossite : ulcérations (sur les bords),
fissures, crevasses, mucosités visqueuses, colorations diverses, langue
« géographique ».
·
Caries dentaires : dents jaunes, douleurs
souvent battantes, aggravées par les températures extrêmes (comme
Mercurius), pires la nuit ou le soir. Odontalgies pendant les règles.
·
Gingivite ulcéro-nécrotique, aspect
scorbutique, gingivorragies importantes...
·
Hypersalivation nauséabonde. Salive irritante
(perlèche).
·
Aphtes et ulcérations à tous les niveaux, à
tendance phagédénique très marquée. Ulcérations à bords irréguliers,
turgescents, fond sanguinolent. On trouve souvent une sensation
douloureuse comme par une écharde plantée au niveau des ulcérations.
·
Parodontopathies.
·
Tendance aux leucoplasies, aux mycoses, au
lichen, au muguet, aux néoformations et on cite même la grenouillette.
Ceux qui suivent
nos cours savent que dans ceux-ci sont privilégiés les commentaires et les
explications car il apparaît inutile ou superflu de reproduire tous les
éléments de Matière médicale que l’on peut retrouver aisément dans n’importe
quel ouvrage. Dans ce cadre, comment comprendre la signification des
troubles bucco-dentaires de NITRI ACID. ?
D’abord quelques
rappels. La constitution appelée autrefois « fluorique », aujourd’hui
« dystrophique » n’existe que rarement à l’état « pur », mais se rencontre
le plus souvent dans des biotypes mixtes, c’est-à-dire que l’on trouve des
caractères dystrophiques chez des sujets brévilignes, normolignes ou
longilignes. D’autre part, le mode réactionnel luétique, s’il est mis en
œuvre électivement par le dystrophique, l’est également par tous les autres
biotypes dans des circonstances données. C’est un mode réactionnel
franchement pathologique. NITRI ACID. est une substance étrangère à
l’organisme, il n’a pas d’action métabolique et n’est pas un médicament
constitutionnel. Il est seulement un remède de troubles lésionnels plus ou
moins graves. Ses principales caractéristiques pathogénétiques expriment à
l’évidence son adéquation avec le mode luétique = inflammations subaiguës ou
chroniques aboutissant à des ulcérations et à des hémorragies, puis à des
nécroses - localisation osseuse, muqueuse, cutanée, nerveuse - aggravation
nocturne - instabilité physique et mentale. On notera que ces signes
évoquent le mode luétique et MERCURIUS SOLUBILIS, dont il est l’un des
remèdes d’aggravation lésionnel. LUESINUM étant le complémentaire
diathésique le plus manifeste.
Cependant,
l’expérience clinique des praticiens montrent que NITRI ACID. est parfois
indiqué dans plusieurs suites de suppression d’éliminations = coryza,
transpiration, éruption, exérèse de condylomes. Ces circonstances
étiologiques évoquent sans aucun doute le mode psorique. R. ZISSU explique
que NITRI ACID se trouve alors indiqué lors de troubles lésionnels graves
d’allure luétique chez des sujets ayant longtemps réagi sur le mode psorique
mais chez qui les éliminations ne suffisent plus et sont parvenues à un
stade de dénutrition de ce fait.
D. DEMARQUE (et
collaborateurs) explique que l’on trouve dans la Matière médicale de NITRI
ACID. 4 des 5 grandes caractéristiques du mode sycotique = production de
néoformations cutanées et muqueuses - production de catarrhes chroniques des
muqueuses, notamment à la suite de froid humide - évolution lente et
chronique des lésions - tendance dépressive. Il rappelle à juste titre
qu’HAHNEMANN considérait NITRI ACID. comme le second remède de la sycose,
juste après THUYA. Roland ZISSU précise que les manifestations sycotiques de
NITRI ACID. s’exprime surtout au niveau génito-urinaire.
Enfin, la
tendance à la cachexie et à la dénutrition évoquent le mode tuberculinique
mais à un stade évolutif avancé. NITRI ACID. se trouve alors au voisinage de
SILICEA, d’ARSENICUM ALBUM, ou de KREOSOTUM.
Voici donc
rapidement esquissés les aspects diathésiques de NITRI ACID., remède
lésionnel. Pour une étude plus approfondie, voir la « Matière médicale
homéopathique constitutionnelle » de R. ZISSU, tome 4, page 239 et
suivantes.
AURUM METALLICUM : l'or métallique
HAHNEMANN a
réalisé la première pathogénésie de l’or en 1818 mais souligne son
utilisation en médecine depuis la haute Antiquité.
L'or, substance étrangère à 1 'organisme, a une action toxique en deux
phases: phase sthénique avec congestion, spasmes, hypertrophie -
phase asthénique avec induration, dilatation, sclérose. Cette action
toxique se manifeste électivement au niveau des vaisseaux et des organes
richement vascularisés: coeur, cerveau, yeux, foie, reins, formations
lympho-ganglionnaires, glandes endocrines, os, périoste.
Cette action toxique est
lente, progressive, disséminée, aboutissant à des congestions, puis à
des scléroses. On reconnaît là des manifestations pathologiques typiquement
luétiques.
Voici d’abord les
signes bucco-dentaires :
·
Haleine fétide, comme du "vieux fromage", goût
putride, ou amer, goût métallique. Haleine fétide chez des jeunes filles
lors de la puberté.
·
Douleurs dentaires, surtout au niveau de dents
cariées, au moindre froid. Douleurs rongeantes, ou de contusion lors de la
mastication. Douleurs dentaires la nuit. Grincement des dents.
·
Carie dentaire, notamment au niveau des
collets.
·
Douleurs perforantes du palais. Ostéite du
palais. Ulcérations, ulcérations syphilitiques du palais.
Aphtose buccale. Lichen.
·
Gingivite ulcéreuse, ou ulcéro-nécrotique,
avec sialorrhée, suppuration alvéolaire, tendance à la nécrose osseuse
(voûte palatine, ulcérations du voile du palais avec douleurs térébrantes) -
Mobilité dentaire par alvéolyse (degré moyen).
·
Sensation de brûlure dans toute la bouche ou
au niveau de la langue, notamment à la pointe. Langue ulcérée, parfois
indurée.
·
Adénopathie sous-maxillaire douloureuse;
hypertrophie et ulcérations des amygdales.
AURUM
METALLICUM semble un peu oublier dans le Répertoire de KENT pour les
maladies parodontales, pour lesquelles il est cité au degré moyen ou
faible.
Sur un
plan général, il faut avoir toujours à l'esprit l'action diphasique de l'or,
que l’on retrouve dans toutes les substances toxiques et étrangères à
l’organisme, qui explique deux tableaux cliniques bien différents, et qui
correspondent tous deux à AURUM METALLICUM.
Le
premier tableau, correspondant à la première phase de l'intoxication par
l'or, donne à la congestion active la priorité: congestion psychique (sujet
agité, autoritaire, coléreux et intolérant, entreprenant, toujours pressé
... ), congestion circulatoire (hypertension artérielle, battements
artériels, palpitations, hypertrophie cardiaque, bouffées de chaleur,
céphalée congestive, face rouge ... ), congestion hépato-digestive
(foie dur et gros, estomac ballonné, brûlures, éructations, régurgitations,
désirs de boissons froides, de café, d'alcools ... ), congestion
oculaire (tendance au glaucome) ....
Durant
cette période, le patient AURUM METALLICUM peut présenter une pathologie
inflammatoire au niveau bucco-dentaire: la tendance congestive peut
provoquer une 'hyperhémie pulpaire expliquant les pulpites aiguës pour
lesquelles on pense le plus souvent, et à juste titre, à BELLADONA.
L'inflammation gingivale est du type congestif, avec tuméfaction,
ulcérations, haleine fétide.
A ce
stade, plusieurs médicaments gravitent autour de AURUM METALLICUM, auxquels
le chirurgien-dentiste pense plus volontiers: la tendance congestive évoque
¢ ACONIT, BELLADONA, GLONOINE,
puis LACHESIS, SULFUR; l'intolérance à la contradiction et le comportement
emporté ¢ NUX VOMICA,
LYCOPODIUM; les troubles vasculaires et endocriniens
¢ LACHESIS. Toujours à ce
stade, AURUM METTALICUM peut être indiqué dans l'hyperthyroïdie, en tout
cas, sa pathogénésie donne des signes semblables.
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Le deuxième tableau est celui du déprimé mélancolique,
introspectif, dégoûté de la vie (idée obsédante de suicide, compensée
par la peur de la mort). A ce stade, les troubles congestifs perdent
leur caractère paroxystique pour devenir plus fixes : hypertension par
artériosclérose, troubles vasculaires (artérites, anévrismes..);
tendance à la cirrhose et aussi à la néphrite chronique dont les
conséquences dentaires sont connues: parodontopathies. Apparaît
également une pathologie osseuse: exostoses, caries, ostéites,
suppurations chroniques, douleurs nocturnes, pires en hiver, par temps
froid, par le toucher ... douleurs articulaires chroniques. |

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Au
cours de cette deuxième phase, les troubles buccaux évoluent de la gingivite
ulcéreuse à l'atteinte parodontale, par inflammation torpide de l'os
alvéolaire, tendance à la suppuration des poches constituées, atrophie
progressive. D'ailleurs, dans certains cas relativement moins graves, la
tendance générale à la sclérose peut freiner la destruction parodontale.
Est-il
facile de reconnaître un AURUM METALLICUM au cabinet dentaire ? Lorsqu'il
s'agit d'un adulte d'âge mûr, la tendance congestive et le comportement
irritable, irascible, qui évoquent tant NUX VOMICA, d'autant plus que
l'hypersensibilité sensorielle rend les soins dentaires très mal supportés,
exigent habituellement un interrogatoire, en raison du risque hémorragique.
Toujours comme NUX VOMICA, ce sujet a tendance à trop manger et à trop
boire, surtout des alcools. L'alcoolisme chronique est une des
causes de décompensation d'un psorique de type SULFUR (NUX VOMICA,
LYCOPODIUM, LACHESIS). L'alcoolisme est également une cause luétique
majeure. Tout cela peut favoriser le développement d'une parodontopathie.
Dans ce contexte précis, AURUM METALLICUM peut avoir une action favorable
sur la sclérose qui débute, il peut ainsi prévenir l'indication de BARYTA
CARBONICA, remède de parodontopathie grave.
Chez
un vieillard devenu taciturne, poly-scléreux, sujet aux spasmes, le
pronostic en cas de parodontopathie est mauvais, surtout si les fonctions
principales sont atteintes: foie, reins, notamment.
La
prescription d'AURUM METALLICUM est toujours un problème délicat, surtout
chez le type dépressif. Une aggravation par le remède peut accentuer la
velléité suicidaire, quelle que soit la dilution, nécessitant une
surveillance par l'entourage. De toute façon, ce médicament a une action
lente, à l'image de l'intoxication par l'or. Il faut donc le donner
longtemps, surtout à un sujet déprimé et scléreux.
DEUX "KALI" AU SECOURS DES LUETIQUES
Les kali forment un groupe de médicaments ayant en commun un ensemble
de symptômes pathogénétiques découlant de l'action métabolique et toxique du
potassium.
Le
potassium intervient dans un certain nombre de processus métaboliques.
Il est présent dans quasiment toutes les cellules, notamment dans les
hématies, dans les muscles striés, dans tous les organes à fonctions
actives. En cas de troubles de son métabolisme, il en résultent des
troubles cellulaires, dans le sens d'un hypo-fonctionnement, avec une anémie
qui explique la frilosité par diminution des oxydations, des troubles
musculaires dans le sens de l'atonie, de l'affaiblissement par baisse de
l'excitabilité et de la contractilité, des troubles du métabolisme de l'eau
(le potassium peut favoriser la diurèse et la fuite de chlore et de sodium),
etc ...
Lorsque le potassium n'est pas
totalement assimilé, il se trouve en excès dans le sang et provoque des
troubles toxiques. C'est surtout cette dernière action qui explique les
caractéristiques de la gingivite retrouvée dans les Kali. On retrouve
l’action biphasique des toxiques : dans le cas du potassium, on note une
phase courte d'excitation, une phase plus longue de dépression. Tous
les Kali présente le même fond dépressif, avec des périodes d'excitation
courtes, mais parfois intenses.
Pour
Henri BERNARD, le stade Kali traduit une étape de décompensation déjà
importante, mais encore réversible. Ceci est important dans le
traitement des gingivopathies.
Chaque sel de
potassium a des cibles privilégiées, en raison de l’action de son autre
composant. Le potassium a au moins deux cibles électives:
·
Le système nerveux:
à
système nerveux central: phases d'excitation
courtes, mais intenses, fond dépressif dominant associé à la frilosité et
l'asthénie.
à
système nerveux périphérique: douleurs
piquantes, lancinantes, qui accompagnent les troubles.
·
Les muqueuses, dont la muqueuse buccale:
à
Le potassium détermine une action
d'irritation au niveau des muqueuses, aboutissant à une ulcération
et à une nécrose, quelle que soit la muqueuse.
à
Aussi, par similitude, de nombreux Kali
peuvent se trouver indiqués dans le traitement d'une gingivite
ulcéro-nécrotîque, qui a des caractères typiquement luétiques.
KALI
BICHROMICUM :
C’est le plus
important des KALI en odonto-stomatologie, avec KALI CARBONICUM.
A 1
'action du potassium, le chrome ajoute la sienne, qui est tout à fait
semblable, ce qui explique l 'aspect des inflammations des muqueuses, cible
privilégiée: inflammation souvent violente, avec rougeur, gonflement,
exsudation d'un mucus abondant, visqueux, jaunâtre, filant, tendance aux
fausses membranes puis aux ulcérations profondes à bords taillés à pic,
comme à l'emporte-pièce, avec des douleurs lancinantes,
piquantes, ou brûlantes, très localisées (le patient peut mettre le doigt
sur la zone douloureuse) mais erratiques. Le patient est aggravé par le
froid humide, mais aussi par les fortes chaleurs de l 'été, 1a nuit de 2
à 3 heures. La chaleur 1 'améliore et 1e patient aime être chaudement
enveloppé.
Cette
tendance aux inflammations des muqueuses peut s'exprimer au niveau buccal:
sécheresse buccale, gingivite ou stomatite ulcéreuse, avec des
ulcérations profondes, sensations de brûlure intense, salivation profuse et
filante (salive amère, ou épaisse ou graisseuse). Remède important d’aphtose
buccale. Muguet. En cas de stomatite, la langue est rouge, sèche,
vernissée, fendillée. Dans les cas chroniques, elle ressemble à celle de
MERCURIUS: sale, flasque, gardant l'empreinte des dents, ou encore langue
« en carte géographiques », papillites, ulcérations sur les bords.
L'indication de KALI BICHROMICUM dans la gingivite aiguë ou dans une
aphtose aiguë repose presque essentiellement sur l'aspect à l'emporte-pièce
des ulcérations (mais ce signe n'est pas constant, même s'il est fréquent),
les douleurs erratiques et très localisées, la tendance aux fausses
membranes, aux écoulements épais et visqueux tenaces et filandreux.
CARACTERISTIQUES DES DOULEURS
· Début
et fin brusques (BELLADONA, MAGNESIA PHOSPHORICA, COLOCYNTHIS)
·
Erraticité = la douleur passe d’un
point à un autre très rapidement (PULSATILLA, LAC CANINUM)
·
Le malade peut mettre le doigt sur le point
douloureux (IGNATIA)
Ses
nombreux troubles semblables à ceux de MERCURIUS évoquent le mode
réactionnel luétique: tendance aux inflammations avec hypertrophie,
ulcérations, nécrose des muqueuses, de la peau, du cartilage, du périoste et
de l'os, douleurs ostéocopes, aggravation nocturne (surtout entre 2h et
3h). KALI BICHROMICUM présente, très souvent, un type sensible voisin de
celui de MERCURIUS GRAS: sujet gras, lymphatique, très sensible à l'humidité
et au froid humide, aux tissus mous, vite fatigué, indolent et paresseux,
frileux et s'enrhumant facilement (rhinite avec rhinorrhée épaisse jaune
verdâtre ou sinusites aiguës ou chroniques). L'enfant de ce type renifle
sans cesse, parce qu'il est souvent enrhumé.
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Il
manque à KALI BICHROMICUM, selon l'heureuse formule de Michel
GUERMONPREZ, des signes psychiques suffisants, pour en faire un
remède d'action profonde.
Souvent
lorsqu'on hésite parce que les troubles buccaux manquent de signes
distinctifs, plusieurs signes curieux font pencher en faveur de KALI
BICHROMICUM: désir de bière inhabituel et pourtant elle est mal
supportée, le patient racle sa gorge le matin en raison de la présence
d'un mucus adhérent qu'il élimine en petites masses fétides, parfois
sensation d'un cheveu sur la partie postérieure de la langue.
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Si les
signes luétiques dominent, l’aggravation à l'humidité et au froid humide,
le rôle déclenchant du froid humide évoquent le mode sycotique et quelques
signes évoquent le mode psorique: alternances (rhumatismes/troubles
digestifs) et périodicité (névralgies surtout, chaque jour à la même heure
comme CEDRON).Aussi, même si KALI BICHROMICUM n'est pas un remède de fond,
son indication fréquente doit inciter à une étude approfondie du cas, en
raison du risque d'évolution vers une parodontopathie lorsque l’on voit le
patient pour une banale gingivite. On le prescrit le plus souvent en 7
CH une à deux fois par jour, en plus haute dilution en cas de
chronicité, mais avec recherche d'un remède d'action plus profonde
(MERCURIUS souvent, AURUM METALLICUM, et également CALCAREA CARBONICA et
SULFUR).
KALI IODATUM :
Cité
au degré fort dans le Répertoire de KENT à la rubrique "stomatite ulcérée et
fétide", ce remède est pourtant ignoré de nombreuses Matières Médicales, et
s'il est cité , peu de signes buccaux sont précisés. Henry DUPRAT
signale seulement : « salivation abondante, stomatite, pharyngite". KENT
lui-même ne dit pas un mot sur cette stomatite dans sa Matière Médicale.
Mais dans son Répertoire, on trouve de nombreux signes bucco-dentaires :
aphtes, goût graisseux et/ou métallique, leucoplasie, brûlure de la langue
(bords et bout).
Aussi,
n'ayant pas de signes buccaux précis, il convient de préciser le contexte
général. KALI IODATUM se trouve indiqué le plus souvent chez des
sujets maigres, agités, nerveux, présentant des manifestations luétiques
typiques: tendances aux inflammations lympho-ganglionnaires, périostées avec
sensibilité douloureuse, douleurs osseuses nocturnes, aux inflammations
vasculaires (anévrisme de l'aorte). Ces sujets maigres rappellent IODUM,
notamment par leur thermophobie assez rare chez les remèdes Kali. Comme
IODUM, ce sujet a des ganglions durs, hypertrophiés; il est agité, a
toujours besoin de remuer. Mais contrairement à IODUM, ce sujet n'est pas
boulimique. Il est épuisé et irritable.
Il
s'agit essentiellement d'un remède de la série luétique, indiqué autrefois
après une mercurialisation intensive pour le traitement de la syphilis,
traitement inusité aujourd'hui. Il reste aujourd’hui l’un des remèdes de
rhinite périodique printanière ou de rhinite chronique avec écoulement
purulent, ou encore de sinusite avec douleurs à la racine du nez. Il est
cité dans le traitement de la névralgie faciale, surtout sus-orbitaire
gauche.
Même
s’il « emprunte » davantage à IODUM qu’aux KALI (c’est le seul KALI
thermophobe et agité), sa tendance aux ulcérations, l’aggravation nocturne,
le tropisme osseux font de KALI IODATUM un remède surtout luétique.
IODUM : l'iode
Utilisé
empiriquement depuis l’Antiquité sous forme d’éponges (Spongia tosta),
l’iode n’a été découvert qu’en 1812 et HAHNEMANN a réalisé la première
pathogénésie. L’iode joue un rôle métabolique très important à travers les
hormones thyroïdiennes, mais il peut avoir aussi une action toxique. Ce
médicament a été décrit dans notre cours sur le mode réactionnel
tuberculinique. Son action dans ce mode réactionnel découle des troubles de
la fonction thyroïdienne, notamment dans l’hyperthyroïdie (ou la
dysthyroïdie) qui présente de très nombreuses similitudes avec la phase dite
« oxygénoïde » de ce mode réactionnel. C’est le cas pour tous les halogènes
comme le chlore, le brome, le fluor.
Dans le mode
luétique, c’est essentiellement l’action toxique qui explique le rôle de
IODUM = irritation avec congestion, hypertrophie des tissus atteints, puis
induration et atrophie et sclérose finale. De plus, l’iode a une action
toxique sur les muqueuses, les séreuses, l’os, les tissus
lympho-ganglionnaires, le tissu conjonctif et enfin sur le système nerveux.
Au niveau des
muqueuses en particulier, l’iode provoque une irritation qui entraîne un
catarrhe, une induration de la zone concernée, aboutissant à une ulcération.
C’est ce qui se passe au niveau de la muqueuse buccale :
·
Aphtes (notamment de la langue) et ulcérations
de toute la muqueuse.
·
Gingivite ulcéreuse, gencive spongieuse,
d’aspect scorbutique, douloureuse, molle, saignant facilement.
·
Gingivite « expulsive » selon DUPRAT.
Rétractions gingivales et mobilités dentaires.
·
Hypersalivation avec haleine fétide, pire le
matin au réveil.
·
Glossite avec brûlure (à la pointe), la langue
garde l’empreinte des dents, langue sèche.
·
Caries dentaires, notamment aux collets.
Douleurs dentaires.
Ces troubles
bucco-dentaires doivent être compris dans le contexte de IODUM =
amaigrissement rapide malgré un appétit augmenté - Faim importante qui
retentit sur le comportement = agité et excité si le repas tarde,
amélioration en mangeant du psychisme et des troubles digestifs -
thermophobie, sensations constantes de chaleur générale, de brûlures au
niveau des muqueuses - Sensations de battements, de pulsations artérielles,
palpitations violentes et rapides au moindre effort avec sensation que le
cœur est serré comme par une main, sensation pire à l’effort.
L’aggravation par
la chaleur sous toutes ses formes est bien connue et constitue un signe
éliminateur.
Chez l’enfant et
chez l’adolescent, IODUM correspond surtout au mode réactionnel
tuberculinique. Alors que chez l’adulte, les deux modes tuberculinique et
luétique sont mis en œuvre simultanément. On retrouve donc les grandes
tendances déjà décrites. Mais les troubles digestifs sont sans doute
l’explication de la dégradation du parodonte. Ces troubles ressemblent à
ceux de LYCOPODIUM = insuffisance hépatique avec hypertrophie et induration,
dyspepsie flatulente, gastralgies avec crampes, aigreurs , brûlures,
aérophagie, distension et borborygmes, constipation opiniâtre (si domine le
mode tuberculinique) avec crises diarrhéiques, notamment après absorption de
lait, etc... Nous avons souvent souligné les conséquences de l’insuffisance
hépatique sur l’élaboration des Ig A salivaires (composant sécrétoire).
C’est peut-être ce mécanisme qui peut expliquer l’évolution d’une gingivite
ulcéreuse vers une véritable maladie parodontale.
MEZEREUM = un « bois gentil » au
secours des luétiques
Ce
remède végétal, le "bois gentil" , arbrisseau de la famille des
Thymalacées, a une action lésionnelle comparable sur bien des points à celle
du mercure, au point qu'on l'appelle parfois le "mercure végétal".
Voici d’abord les
signes bucco-dentaires :
·
Sensation de brûlure continuelle dans la
bouche. Tendance scrofuleuse des gencives qui se déchaussent autour des
dents. Les dents se gâtent; les racines des dents se carient; douleurs dans
les dents cariées; élancements tractifs, brûlants ou térébrants dans les
dents et jusque dans les os des joues et des tempes ... (LATHOUD).
·
.. Les dents semblent trop longues, la douleur
augmente si on les touche et par le contact des aliments. Les douleurs
s'aggravent le soir et ne siègent pas tant dans les dents cariées que dans
celles dont la membrane alvéolaire est malade; parfois les gencives sont
couvertes de vésicules brûlantes. Dans tous ces cas, il est nécessaire de
noter que les sujets sont travaillés par des éruptions cutanées qui
reparaissaient assez régulièrement tous les étés" (LATHOUD, citant ESPANET).
Deux points
caractéristiques doivent être soulignés dans l'action de MEZEREUM:
l’aspect et les modalités des troubles sont tout à f ait dans la lignée
luétique, qui permettent de comparer ce remède aux MERCURIUS. Mais la
circonstance étiologique fréquente: suppression d'une éruption cutanée
place ce remède dans la lignée psorique, avec comme complémentaires sur ce
signe: SULFUR et PSORINUM.
Au
niveau de la peau, point de départ fréquent de la décompensation, on note:
inflammation violente aiguë avec des éruptions vésiculeuses, ulcéreuses
toujours brûlantes et pruriantes. Ces éruptions se répètent et deviennent
chroniques. Ce peut être: eczéma vésiculeux, impétigo, zona, herpès,
ulcères variqueux, éruptions post-vaccinales ... Le plus souvent, on oppose
à ces affections des traitements locaux, dont les pommades antibiotiques ou
corticoïdes.
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Photos de J. Jouanny |
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Quelques temps après la suppression de l'éruption cutanée, peuvent
apparaître plusieurs troubles:
1.
Des névralgies: intercostales (post-zostériennes),
faciales ou trigéminales, ressenties dans les os de la face,
surtout dans le malaire, ou au niveau des molaires et prémolaires
supérieures, localisation droite fréquente = douleur vive, souvent brûlante
ou crampoïde, aggravée la nuit par le froid humide, interdisant le lavage du
visage, améliorée par les applications chaudes, irradiant dans le voisinage
...
2.
Des affections muqueuses avec inflammation, irritation,
ulcération, sécrétions brûlantes (yeux, oreilles, laryngite, ulcère
gastro-duodénal, muqueuse génitale...) et au niveau de la bouche: gingivite
ulcéreuse avec des douleurs brûlantes, ou parodontite aiguë localisée aux
molaires et prémolaires supérieures, donnant parfois le tableau d'une
sinusite maxillaire, avec des douleurs osseuses, rongeantes ou térébrantes,
pires la nuit, à la chaleur du lit. Parfois on peut voir un patient pour
une glossite aiguë, insérée dans un syndrome digestif à type de gastrite
brûlante, acide, entraînant un besoin de manger sans faim réelle,
intolérance à la bière et aux graisses.
En
raison de la circonstance étiologique fréquente (suppression d'une éruption
cutanée) et de la nature et des modalités des troubles muqueux
et ostéo-périostés, MEZEREUM se place dans une double série de
remède: la série luétique et la série psorique.
Si l
'on voit le patient en temps utile, c'est-à-dire avant que la
parodontopathie ne soit trop évoluée, il faut commencer le traitement par
MEZEREUM pour améliorer les symptômes les plus gênants (douleur
évidemment), en expliquant au patient l'éventualité de 1a réapparition de 1
'éruption cutanée. Mais la notion de chronicité impose la recherche d'un
remède de fond d'action chronique, souvent MERCURIUS SOLUBILIS, complété par
quelques doses mensuelles de LUESINUM 30 CH. Ensuite, lorsque l'état
général et local est amélioré, il est possible de trouver l'indication de
SULFUR, qu'il faudra donner assez longtemps. Si une intervention
chirurgicale était indispensable en raison de la gravité des lésions
parodontales, elle ne sera proposée qu'après amélioration de l’état général
et local par le traitement homéopathique.
LACHESIS : le venin du serpent sururucu
Médicament
d'origine animale, le venin du serpent sururucu ou Lachesis mutus
a une action particulièrement toxique. Sa première pathogénésie a été
réalisée par Constantin HERING (1800-1880), sur lui même, qui en gardé des
séquelles tout le restant de sa vie. Voici d’abord les signes
bucco-dentaires :
·
Gencives molles, spongieuses, saignant
facilement. Rétractions gingivales, poches suppurées, parodontopathies.
·
Aphtes, ulcérations avec brûlure et cuisson (BOERICKE).
Stomatite, gingivite, angine de Vincent...(H. DUPRAT).
·
Ulcérations gangreneuses de la bouche;
gangrène des gencives; ulcérations expansives de la bouche, ulcérations
malignes.
·
Saignement, hémorragies noires de la bouche,
ou après extraction. (BROUSSALIAN).
·
Langue : aphtes, glossite, « géographique »,
ulcérations, sensations de picotements, tremblement.
·
Palais : enflé, sec, brûlure, ulcération.
·
Hypersalivation, salive épaisse, haleine
fétide.
·
Dents : caries, douleurs à la mastication,
pendant les règles.
·
Goût : amer, de cuivre, métallique.
·
Grenouillette.
|
 |
 |
Ce médicament est
d'usage très fréquent au cabinet dentaire. Quel que soit le type sensible
du patient auquel il s'adresse, il y a un certain nombre de signes et
de modalités caractéristiques qu'il est indispensable de retrouver:
·
Alternance de dépression matinale
(deuxième partie de 1a nui t, réveil, matinée) et d'excitation
vespérale avec loquacité extrême et seconde parie de la nuit.
·
Aggravation par l'arrêt d'un écoulement
physiologique ou pathologique, et inversement amélioration par un
écoulement, physiologique (règles) ou pathologique.
·
Latéralité gauche dominante: les
troubles sont pires du côté gauche ou commencent à gauche et évoluent de
gauche à droite (tout le contraire de LYCOPODIUM).
·
Troubles circulatoires avec bouffées de
chaleur, tendance aux congestions, aux hémorragies, aux ecchymoses,
aggravation par la chaleur...
·
Hypersensibilité tactile entraînant une
intolérance à la constriction: vêtements serrés
au niveau du cou et de la taille.
 |
Dessins de Jean-Paul NOWAK et Joliot N'GUYEN TAN HON
(1947-2001)
"Homéopratique"
Octale 1988
L'homéopathie en bandes dessinées |

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A
partir de ces signes très importants, complétés par d'autres, l'usage
clinique de LACHESIS permet de préciser les sujets les plus sensibles
à l'action de ce venin, ou plutôt ceux chez qui il se trouve le plus souvent
indiqué.
1/ Surtout mais non exclusivement chez la femme et la ménopause
climatérique:
En dehors de la
castration chirurgicale, la ménopause évolue par paliers (ménopause
c1imatérique) , les muqueuses gingivale et buccale présentent différents
troubles pathologiques au gré de l 'état général. La diminution des
hormones sexuelles entraîne une atrophie de l'épithélium gingival , une
involution des acini des principales glandes salivaires, le tout aboutissant
à une gingivite érythémato-oedémateuse desquamative avec
hyposialie, cette dernière pouvant être à l'origine de douleurs
brûlantes. Les répercussions cardio-vasculaires expliquent les
gingivorragies. Dans certains cas, les troubles du comportement
retentissent sur la pathologie buccale, par exemple les douleurs constituent
des stomatodynies, et l'inefficacité des traitements chimiques
entraîne petit à petit une véritable cancérophobie (THUYA). Enfin, le
ralentissement endocrinien peut expliquer l'évolution de la gingivite en une
véritable parodontopathie avec des poches suppurées, alvéolyse,
dénudation gingivale, etc ...
On
trouve l'ensemble de ces troubles dans la pathogénésie de LACHESIS
avec la progressivité dans l'aggravation qui permet une action précoce,
selon une évolution classique de SULFUR à LACHESIS, par le biais
notamment de la suppression des éliminations que représente la ménopause.
Le
choix de LACHESIS est assez facile à mettre en évidence: bouffées de chaleur
avec tête chaude, thermophobie (chaleur confinée), céphalées congestives
intolérance à toute constriction (col largement ouvert), palpitations
violentes avec angoisse, sensations de constriction précordiale, ecchymoses
au moindre choc, sommeil perturbé par des cauchemars (manque d'air, morts,
d'enterrements dont le sien, ... ). Les troubles du comportement sont
explicites: dans les périodes de dépression: tristesse, abattement, jalousie
surtout vis-à-vis du conjoint, peur de la folie, conviction d'être
persécutée; périodes d'excitation: loquacité extrême avec incohérence,
agitation physique et mentale, vanité, autoritarisme, manie religieuse,
etc... A cela s'ajoute, très souvent, une "persécution" du praticien qui se
trouve, au moment de la consultation, agressé par un débordement de
discours, de détails, de réponses aux questions aussi longues et
embrouillées que certains discours politiques, puis lorsque la patiente est
rentrée chez elle, des persécutions téléphoniques au cours desquelles cette
femme donne des explications et apportent d'autres précisions sur des
symptômes ou des troubles qu'elle a oublié de donner lors de la
consultation.
LACHESIS couvre toute cette période, parfois au début associé à SULFUR,
qui supporte mal les blocages éliminatoires, puis par d'autres remèdes selon
la symptomatologie. Au début, la patiente peut venir consulter pour des
gingivorragies abondantes les jours précédents les règles, qui
disparaissent avec elles. Ou pour une aphtose buccale ou pour une
gingivite érythémateuse. Ensuite, progressivement, la gingivite devient
de plus en plus ulcéreuse. Si les causes locales le permettent, une ou
plusieurs poches peuvent apparaître, avec une tendance à la suppuration,
dans un contexte de gingivite ulcéreuse hémorragique. Théoriquement, il
devrait exister une latéralité gauche prédominante, qui reste à vérifier par
des radiographies panoramiques lorsque l'alvéolyse a commencé.
Donné
en temps utile, LACHESIS donne d'excellents résultats, souvent
spectaculaires sur l'état buccal. Bien entendu, les troubles buccaux sont
rarement isolés, il est donc normal de demander la collaboration du médecin.
2/ Chez l’alcoolique :
LACHESIS est l 'un des médicaments homéopathiques de fond de
l'alcoolisme chronique dont les conséquences sur l 'appareil digestif
d'abord, puis sur l 'ensemble de l'organisme sont bien connues. Au stade
LACHESIS, le patient présente les deux phases d'excitation vespérale et la
dépression matinale, les troubles hépato-digestifs sont ici plus marqués:
inappétence, soif et désir d'alcool, foie douloureux et hypertrophié,
nausées, hoquet, vomissements, sensibilité de la région épigastrique,
mauvaise haleine, langue chargée, gingivite ulcéreuse très hémorragique,
constipation opiniâtre, hémorroïdes procidentes, douloureuses ou
diarrhée fétide et irritante par périodes.
 |
Si l
'on reçoit le patient le matin, il est alors de mauvaise humeur, bredouille
les réponses, ne se sent pas bien, radote, tremble de tous ses membres. le
soir, il semble plus en forme, parle d'abondance, il peut être agité, voire
agressif.
L'état
buccal reflète celui de l 'état général : gingivite ulcéreuse périodique au
début avec gingivorragies, "bouche sale" par manque d'hygiène, dépôts
crémeux blanchâtres sur les dents, tartre abondant, puis des poches
apparaissent avec des ulcérations plus ou moins profondes, hypersalivation
nauséabonde, etc ... |
L'état
buccal reflète celui de l''état général : gingivite ulcéreuse périodique au
début avec gingivorragies, "bouche sale" par manque d'hygiène, dépôts
crémeux blanchâtres sur les dents, tartre abondant, puis des poches
apparaissent avec des ulcérations plus ou moins profondes, hypersalivation
nauséabonde, etc ...
LACHESIS couvre encore ici les différentes étapes, on en retrouve les
principaux signes. Il faut parfois compléter son action par d'autres
médicaments selon le contexte clinique: SULFUR et NUX VOMICA très souvent,
NITRI ACIDUM, MERCURIUS, THUYA, PHOSPHORUS, AURUM METALLICUM, LYCOPODIUM...
Très souvent, on trouve une évolution physio-pathologique tant sur le plan
général qu'odonto-stomatologique depuis le stade fonctionnel initial marqué
par l’indication de SULFUR et de NUX VOMICA, au stade de 1 'atteinte
hépatique et glandulaire avec LYCOPODIUM et LACHESIS, puis au stade
lésionnel de l 'hépatocyte avec PHOSPHORUS.
3/ Les autres cas
cliniques :
LACHESIS n'est pas indiqué exclusivement chez la femme ménopausée ou
chez 1 'alcoolique. Il donne de bons résultats chez l'hypertendu
congestionné, chez des sujets présentant des congestions diverses: foie,
tête, ovaires, etc ... chez lesquels on retrouve les principaux signes, dont
les signes buccaux, dominés par la tendance hémorragique (gingivorragies,
hémorragie per et postopératoire, hémorragie de la pulpectomie ... ). C’est
un remède possible d’alvéolite.
La
posologie tient compte du contexte clinique. En raison de la toxicité du
venin, les basses dilutions surtout répétées sont à proscrire. A notre
avis, il faut toujours commencer le traitement par une moyenne dilution,
7 CH une à deux fois par semaine, et ensuite moduler la dilution et la
répétition des prises selon le résultat.
Même si ce
médicament est cité dans le chapitre des remèdes du mode luétique, il faut
toujours garder à l’esprit son aspect polydiathésique. Le mode psorique a
été rappelé par le biais des mauvais effets de la suppression des
éliminations physiologiques ou pathologiques (notamment celle des
menstruations qui explique ses fréquentes indications chez la femme
ménopausée). C’est aussi un remède du mode sycotique par la désorganisation
des mécanismes de défense immunitaire. Mais son action inflammatoire avec
ulcérations et nécroses le place en bonne place parmi les remèdes du mode
luétique.
BARYTA CARBONICA :
Ce qui
domine dans l'action du carbonate de baryum est sa tendance à la
sclérose, au ralentissement de toutes les fonctions, l'engorgement des
formations lymphoïdes, l'atteinte des glandes, dont les salivaires. Outre
son action hypertensive sur la circulation artérielle par sclérose
vasculaire essentiellement chez l’adulte mûr ou le vieillard, BARYTA
CARBONICA perturbe profondément la croissance et la nutrition chez l’enfant,
expliquant les nombreux « retards » physiques et mentaux. Le mode luétique
s’exprime par son action sur le système lympho-ganglionnaire = hypertrophie,
induration, puis atrophie et sclérose, notamment chez l’enfant au niveau des
amygdales et chez le vieillard au niveau de la prostate. Voici d’abord les
signes bucco-dentaires :
·
Douleurs, hypertrophie, induration des glandes
sous-maxillaires; enflure parotidienne droite. Ces glandes s'enflamment,
s'hypertrophient, deviennent douloureuses, souvent après
exposition au froid, ou au changement de temps. Il n'y a pas de suppuration,
mais une induration.
·
Sécheresse buccale, le matin au réveil.
·
Aphtes. Enflure de la gencive. Gencives
saignant facilement. Enflure du palais avec suppuration.
·
Faiblesse ou paralysie de la langue chez les
personnes âgées, rendant la phonation difficile. Faiblesse parétique de la
langue, entraînant des morsures notamment après pose de nouvelles prothèses
(observation personnelle = à comparer à CAUSTICUM).
Pour ce remède,
le Répertoire de KENT valorise surtout les gingivorragies, la sécheresse
buccale, puis "I 'enflure des gencives"; BARYTA CARBONICA est cité au degré
faible à la rubrique "Déchaussement des dents" et à "Dents branlantes".
Pourtant, un
auteur éminent qui fait autorité en pratique dentaire, le regretté Jean
MEURIS, cite BARYTA CARBONICA parmi les remèdes possibles de
"parodontose douloureuse", affirmation que nous partageons et qui repose
sans doute bien plus sur l'expérience clinique, que sur les seules données
pathogénétiques. Il n'est pas impossible que la gingivite apparaisse durant
la pathogénésie, de même que l'atteinte des glandes salivaires, mais en
réalité le temps manque lors de la pathogénésie pour permettre le
développement de la parodontopathie. Obstacle qui disparaît avec
l'expérience clinique.
J.
MEURIS affirme également dans le même chapitre de son livre
("Homéopathie en odonto-stomatologie") que l'on ne peut jamais prescrire un
remède de fond sur les seuls signes buccaux d'une parodontopathie. Opinion
que nous approuvons totalement, toutes nos publications en témoignent.
Alors,
comment se présente un patient BARYTA CARBONICA ?
D'abord, le carbonate de baryum développe une action toxique en deux temps:
première phase réactionnelle sthénique (pléthore, engorgement, pré-sclérose,
entraînant une hypertrophie tissulaire et une congestion artérielle), puis
une seconde phase asthénique (avec induration tissulaire, sclérose
artérielle), le tout aboutissant à un ralentissement des fonctions de
croissance chez l'enfant et de la nutrition chez l'adulte ou le
vieillard. R. ZISSU ajoute: "Il est préférable de saisir
pathogénétiquement et cliniquement le premier stade plus réversible que le
second. BARYTA CARBONICA est un de ces remèdes capitaux de
prévention,
à
prescrire chez un sujet qui, manifestement et d'autant plus que la
diathèse l'y prédispose, présente une tendance scléreuse dans le domaine
d'action du remède, dont on n'attendra pas de retrouver tous les signes
(plus ou moins rapidement irréversibles) pour en faire bénéficier le
malade. Une symptomatologie minima suffit pour le prescrire" (Matière
Médicale Homéopathique Constitutionnelle" Ed. BOIRON 1989, tome 1, p. 101).
Ayant
été, étant toujours, un élève et un collaborateur de Roland ZISSU,
personne ne sera étonné que nous partageons tout à fait cette affirmation.
Et qu'elle soit le pilier de notre pratique odonto-stomatologique au point
de paraître pour certains, de l'acharnement pédagogique. La Matière
Médicale d'une part, la conception diathésique d'autre part, sont les deux
outils principaux de la prévention homéopathique. La Matière Médicale dit
pour chaque médicament, les risques potentiels qui menacent un patient. La
diathèse permet de deviner les sujets à risque, bien avant que la
pathogénésie d'un médicament ne se réalise complètement. Il en est ainsi de
BARYTA CARBONICA, et de plusieurs autres remèdes, comme par exemple CARBO
VEGETABILIS ou PLUMBUM METALLICUM pour ce qui concerne les parodontopathies.
BARYTA CARBONICA se trouve le plus souvent indiqué aux âges extrêmes de
la vie: l'enfant retardé intellectuellement et physiquement, souvent en
raison d’une hérédité lourde et l’adulte mûr et surtout le vieillard.
Les
grandes tendances physio-pathologiques de BARYTA CARBONICA donnent un sujet
hypertendu, athéro- ou artérioscléreux, atteint de une ou de plusieurs
indurations glandulaires (parotides, sous-maxillaires, prostate, utérus ...
). Ce sujet est devenu très frileux, très sensible au froid, au moindre
froid même (PSORINUM). Le blocage, d'interprétation psorique, est
manifeste: constipation de plus en plus invétérée, selles difficiles,
noueuses, insuffisantes, dures, hémorroïdes saillantes (chaque fois que le
sujet urine, les hémorroïdes sortent de 1 'anus, de même qu'au cours de la
selle); blocage cutané: peau malsaine, les plaies cicatrisent mal, eczéma
... ; et surtout, tendance aux catarrhes respiratoires au moindre froid, à
la rétraction de l'aponévrose palmaire, aux tumeurs bénignes (polypes,
lipomes, ... ). Ce patient enfin présente une tendance à hypothyroïdie, à
l’hypogénitalisme et au vieillissement précoce.
A un
stade plus avancé, BARYTA CARBONICA correspond à un vieillard plus ou moins
débile, voire gâteux, hypertendu, gras, à tendance apoplectique, faible, à
mentalité infantile, avec une mémoire très faible, des vertiges, des
céphalées congestives avec risque d'accident vasculaire ou cérébrale.
Sur le
plan bucco-dentaire, il est évident que le pronostic d'une maladie
parodontale dépend étroitement de l'état général. Si l'on voit en
consultation un vieillard scléreux et "gâteux", il est certain que l'on ne
pourra plus rien en cas de parodontopathie, en dehors des avulsions et d'une
solution prothétique. Mais si l'on a affaire à un adulte mûr, présentant
quelques signes de BARYTA CARBONICA, sans qu'il y ait encore de
pathologie lourde, sur le plan général ou bucco-dentaire, il faut supprimer
toutes causes d'irritation buccales, détartrer les dents aussi souvent que
nécessaire, éduquer et motiver à l'hygiène bucco-dentaire, proposer une
hygiène alimentaire (suppression de l’alcool, du tabac ... ). Et prescrire
BARYTA CARBONICA: la sécheresse buccale peut être un signe du syndrome de
Gougerot, surtout s'il y a atteinte des glandes salivaires. Or, il ne faut
pas attendre la sclérose de celles-ci pour s'en inquiéter. L'homéopathie
donne pour cette affection des résultats parfois étonnants. La tendance à
l'hypothyroïdie doit être combattue car les conséquences bucco-dentaires
sont importantes: gingivo-stomatite ulcéreuse oedémateuse chronique, caries
multiples des collets, alvéolyse horizontale ... L'hypothyroïdie joue un
rôle déterminant et est une des causes principales de la maladie parodontale
chez le jeune (P. TONNELIER). Chez l'adulte aussi.
Ainsi,
tout un ensemble de signes plus ou moins importants traduit-il l'atteinte en
profondeur de la nutrition générale. Si l'on peut recevoir un patient à un
stade où les troubles sont encore réversibles, il faut agir vite, le plus
souvent en collaboration avec le médecin traitant, de préférence
homéopathe. Bien que BARYTA CARBONICA soit un remède d'action lente, il y a
urgence de stopper un processus qui aboutit à une édentation plus ou
moins rapide.
On
peut donner BARYTA CARBONICA en 1 ou 3 CH deux à trois
fois par jour pour lutter contre la tendance scléreuse et associer BARYTA
CARBONICA en 15 ou 30 CH, en prises espacées pour un traitement de fond.
LUESINUM : lysat de sérosités de chancre syphilitique
Du fait de
sa composition (lysat de sérosités de chancres syphilitiques), LUESINUM,
encore parfois appelé Syphilinum), LUESINUM exprime dans sa matière
médicale la quasi totalité des troubles syphilitiques et correspond, en
similitude, aux troubles du mode luétique. Il a été introduit dans la
pratique en 1880 par SWANN, un médecin homéopathe américain. Voici d’abord
les signes bucco-dentaires :
·
Déformations des dents qui se carient
facilement au bord des gencives (STAPHYSAGRIA, THUYA, CALCAREA CARBONICA) et
se cassent facilement (KREOSOTUM). Douleurs dentaires aggravées la nuit.
(VANNIER et POIRIER)
·
Les dents sont déformées, tordues, tachées;
elles se carient de bonne heure; dents cupuliformes chez les enfant.
Violentes douleurs dentaires, sensation de reptation, comme par un ver, à la
racine des dents. Bouche et langue ulcérées. Haleine fétide. Langue
molle, spongieuse, gardant l'empreinte des dents. Abondante salive
visqueuse. Sa Saignement venu des ulcères .... (KENT).
·
Stomatite, parodontose, glossite, caries.
Muqueuses gonflées, ulcérées. Langue rouge, sensible, spongieuse, paralysée
d'un côté, dépapillée par endroits. Dents tordues, dentelées, palais
ogival, dents tachées par endroits, se cariant de bonne heure. (W.
BUSCHAUER - Homéopathie Maisonneuve 1988).
Malgré
les signes bucco-dentaires, rapportés par KENT lui-même dans sa Matière
Médicale, son Répertoire ne cite pratiquement jamais LUESINUM aux
différentes rubriques concernées. C'est là un mystère inexplicable.
Au terme de la présente étude, il est utile de répéter que LUESINUM
étant préparé à partir de sérosités de chancre syphilitique, sa
pathogénésie présente de nombreuses similitudes avec cette maladie et il
représente le biothérapique, le résonnateur-clef selon M. CONAN-MERIADEC, du
mode réactionnel luétique. Or, ce mode réactionnel se caractérise par une
multitude de processus irritatifs disséminés à travers la circulation
sanguine, aboutissant à des oblitérations des vaisseaux, à une
dévitalisation des tissus irrigués par ceux-ci, le tout aboutissant à des
lésions hypertrophiques, à des indurations, puis à des atrophies et à la
sclérose, à des ulcérations nécrotiques. Tous les tissus sont concernés, et
notamment les muqueuses, dont la muqueuse buccale et gingivale, au niveau
desquelles sont retrouvés les processus irritatifs ulcéro-nécrotiques. Pour
cette raison, les médicaments de la série luétique sont pratiquement tous
des remèdes de fond des aphtoses buccales.
L'enfant LUESINUM est maigre, chétif, il semble parfois vieillot, comme
ridé. D'humeur changeante, cet enfant est instable, mauvais élève,
indiscipliné, il devient vite asocial (scolaire, familial). Sur le plan
ostéo-morphologique, il répond souvent, mais pas obligatoirement, au
prototype du dystrophique classique. Sur le plan bucco-dentaire, cet enfant
présente une denture de lait et définitive très délabrée, à la suite de
troubles de la minéralisation des dents (dents d'Hutchinson) et osseuse
(troubles orthodontiques majeurs). Les dents de lait ou définitives sont
rapidement cariées, notamment aux collets, ou bien présentent seulement des
atteintes partielles de l'émail (mince, ou altéré par endroits, sous forme
de taches blanches ou crayeuses). Ces dents sont très semblables à celles
de CALCAREA FLUORICA ou FLUORIC ACIDUM. Les complications apicales sont
fréquentes avec des abcès d'origine dentaire. La gingivite de l'enfant est
fréquente, rapidement ulcéreuse, ou sous forme d'aphtose buccale. LUESINUM
sera donné sur ce tableau buccal, associé aux remèdes fluorés selon les cas,
et sur le tableau général: agitation physique et mentale, irritabilité (ne
supporte pas les remontrances, alors que FLUORIC ACIDUM s'en moque et tend à
narguer leur auteur), insomnie avec agitation des membres, aggravation
nocturne de tous les troubles, manque d'assiduité scolaire avec inaptitude
pour les mathématiques, amélioration par un séjour à la montagne ...
Lorsqu'on rencontre en consultation des jeunes parents répondant au type
morphologique dystrophique et réagissant sur le mode luétique, il est
indispensable de proposer un traitement préventif e avant la grossesse ou
juste au début de celle-ci, en collaboration avec le médecin traitant, pour
éviter autant que possible et entre autres risques, les atteintes du
développement et de la minéralisation des dents.
Chez
un adulte devenu luétique par un mode de vie défavorable (alcoolisme
notamment), les dents sont moins concernées puisqu'elles peuvent être
normalement minéralisées. Elles subissent alors les agressions
habituelles. Mais le mode luétique explique la tendance aux gingivites
ulcéro-nécrotiques, puis aux parodontopathies parfois graves,
selon l'état général. Il peut s'agir d'un adulte dystrophique (l'enfant
précédent qui a vieilli): sa denture est le plus souvent en très mauvais
état, ou bien de nombreuses dents sont absentes, ou bien elles ont été
plusieurs fois traitées et ont des obturations parfois mal adaptées,
débordantes, iatrogènes, ce qui peut être le cas également de prothèses
fixées ou amovibles. Il y a donc toutes ou de nombreuses causes
locales d'irritation, qui associent leur action défavorable à celle du
"terrain".
Le
tableau habituel de LUESINUM est celui d'un déprimé, plutôt
égocentrique (ne s'intéresse qu'à lui-même), obsédé par sa santé, par la
peur des microbes et de la contagion (manie de se laver les mains très
souvent). Cet état empire lorsqu'il maigrit, ou lorsqu'il perd ses cheveux
qui ont souvent blanchi avant l'heure. L'humeur est changeante, capable de
s'emporter à la moindre contradiction, agité physiquement (besoin de remuer,
de marcher) et mentalement (colères, agressivité). Ce sujet peut devenir un
asocial, un marginal, avec une tendance à l'alcoolisme, ou à la toxicomanie,
à la dépravation. L'alcoolisme explique de nombreux signes digestifs et
buccaux, déjà vus avec LACHESIS, dont il peut être un complémentaire (cela
montre une fois encore qu’il y a similitude avec la syphilis et non
obligatoirement identité). On retrouve également l'aggravation
nocturne de tous les signes, avec l'anxiété qui est plus manifeste
alors que le soir arrive, ce qui le distingue de LACHESIS. En général, un
sujet LUESINUM a de nombreuses douleurs, osseuses chez l'enfant,
articulaires ou musculaires, toujours aggravées la nuit, améliorées le jour,
ou par un climat sec, à la montagne, par le mouvement lent et continué. Ces
douleurs apparaissent et disparaissent progressivement.
Dans
ce contexte général, il y a d'abord une gingivite rapidement
ulcéreuse avec des douleurs variables, pires la nuit, accompagnée d'une
hypersalivation surtout nocturne, au point de tacher l'oreiller. C'est
donc un tableau clinique qui évoque MERCURIUS SOLUBILIS, remède
complémentaire, aussi bien aigu que chronique. L'aggravation se fait vers
une parodontopathie rapidement mutilante, avec des poches suppurées
(MERCURIUS), des ulcérations profondes, le tout aggravé par une hygiène
buccale ou générale décevante, souvent inexistante.
En
dehors d'un tableau aussi caractéristique, il est possible d'associer
LUESINUM, le plus souvent en 30 CH une fois par mois, pour compléter
l'action d'un autre médicament de fond, chaque fois que l'on constate chez
le patient quelques signes du mode luétique, Notamment dans le cas d'aphtose
buccale grave et particulièrement rebelles.
CONCLUSION GENERALE
Au terme de cette
étude, nous espérons avoir montré que le mode luétique présente suffisamment
de particularités originales pour attester de son existence. Les salles
d’attente des chirurgiens-dentistes ne sont pas seulement fréquentées par
les tuberculiniques . Les luétiques sont aussi nombreux. On les voit souvent
dès leur plus tendre enfance et ensuite tout au long de leur existence.
Certes, il existe des luétiques heureux, car il n’y a jamais de fatalité,
les risques potentiels peuvent rester potentiels, heureusement.
Le mode luétique
est certainement le mode le plus pathologique et le plus pathogène des
quatre grands modes généraux. On le rencontre le plus souvent associé à
d’autres modes réactionnels, notamment sous forme de sujets à morphologie
quelconque mais à réactions psoro-luétiques ou tuberculino-luétiques.
A la suite de nos
Maîtres Roland ZISSU et Michel CONAN-MERIADEC, nous persistons à maintenir
ce mode réactionnel, nous ne partageons donc pas la conviction de Denis
DEMARQUE. Nous espérons par cette longue étude avoir offert suffisamment
d’arguments pour montrer que « le luétisme n’est pas une vue de l’esprit ».
Mais nous restons ouvert à toute contestation pourvue qu’elle touche notre
compréhension .
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