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LE LUETISME
LA DIATHESE LUETIQUE
LE MODE REACTIONNEL LUETIQUE
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INTRODUCTION
« Le terme
luétisme est à rejeter »
« Le luétisme est une vue de l’esprit »
Ces
deux phrases courtes et péremptoires sont extraites du livre de Denis
DEMARQUE : « Techniques homéopathiques » - 2° édition (page 82) -
Editions BOIRON 1989. Or, dans la première édition de 1973, cet auteur n’a
pas traité les diathèses ou des modes réactionnels. Dans son dernier
ouvrage, D. DEMARQUE réduit les modes réactionnels à deux, le mode
psorique (comprenant un sous-groupe = le tuberculinisme) et le
mode sycotique. Comme cet auteur est une personnalité éminente,
influente et érudite, il convient de se poser la question de savoir pourquoi
il défend cette thèse réductrice et tout de même en contradiction avec les
autres courants de pensée des homéopathes français et surtout pourquoi il le
fait à la fin d’une longue carrière, c’est-à-dire après avoir acquis une
solide expérience clinique. Cela interdit de rejeter cette nouvelle thèse
sans l’étudier. Cependant, il faut rappeler que ce débat n’est pas nouveau,
il est ouvert depuis 1828, année de parution du premier tome du « Traité
des maladies chroniques » par S. HAHNEMANN. Les polémiques et les
contestations ont commencé dès lors et n’ont pas cessé depuis, au gré de
nouvelles interprétations. Dans les précédents cours, nous avons tenté de
dresser la chronologie et les étapes marquantes de l’évolution des pensées.
Dans le présent cours, nous tenterons de montrer que le luétisme existe et
nous dirons pourquoi nous ne partageons pas l’avis de Denis DEMARQUE.
DE LA SYPHILIS AU LUETISME
Nous devons
rappeler succinctement qu’HAHNEMANN, après avoir constaté l’échec de
l’application du principe de similitude dans le traitement des
maladies chroniques, alors qu’il en vérifiait chaque jour son efficacité
dans celui des maladies aiguës, en était arrivé à échafauder une conception
des maladies chroniques d’origine miasmatique. Pour lui, toute la pathologie
se résumait en trois maladies chroniques contagieuses = la plus importante
étant la psore, les deux autres la syphilis et la sycose.
Il faut
rappeler également qu’en 1788 (c'est-à-dire deux ans avant l'expérimentation
de l'écorce de quinquina sur lui-même qui devait ouvrir la voie de la
découverte de l'homéopathie), HAHNEMANN avait publié un livre sur sa
conception de la syphilis et de son traitement par le mercure. Contre les
idées de son temps, HAHNEMANN affirmait que le chancre n’était pas la
première manifestation de la syphilis, qu’il suffisait de supprimer pour
guérir le malade. Il disait au contraire que lorsque le chancre apparaît,
cela signifie que la maladie a déjà infesté tout l’organisme et que celui-ci
tente de la rejeter par le chancre. Et par conséquent, il s’opposait à toute
suppression du chancre, surtout par voie externe, car on enfermait la
maladie en supprimant son exutoire. De plus, il préconisait des faibles
dosages du mercure pour éviter l’intoxication des malades. Bien plus tard,
il a appliqué le même raisonnement à la maladie chronique qu’il a appelé la
« psore » = car au départ de la décompensation du malade, il retrouvait très
fréquemment la suppression par voie externe le plus souvent, d’une
dermatose pruriante, classée alors et à tort dans le cadre nosographique de
la gale. Il a alors donné le nom de psore aux conséquences de la
suppression d’une éruption prétendue galeuse, il décrivait ensuite les
conséquences de la psore « rentrée » ou interne. Autrement dit, HAHNEMANN
ne confondait pas la gale, maladie infectieuse et la psore,
conséquence de la suppression d’une éruption galeuse.
De même,
HAHNEMANN avait constaté que la suppression d’un écoulement urétral, que
l’on ne savait pas alors dû au gonocoque, avait des conséquences pour le
malade, dont la production de tumeurs bourgeonnantes ayant l’aspect d’une
figue. Il a donc donné à ces conséquences et non à l’écoulement
urétral lui-même le nom de sycose (du grec siko = figue),
terme déjà utilisé dans l’Antiquité.
Alors qu’il ne
confondait pas la gale avec la psore ou l’urétrite avec la sycose, pourquoi
HAHNEMANN aurait-il confondu la syphilis avec les conséquences de la
suppression du chancre, que l’on appelait autrefois luese venerea,
aujourd’hui le luétisme ? Répétons = Il y a d’abord la maladie
appelée syphilis, ensuite les conséquences de la suppression du
chancre. Ce sont donc deux notions bien distinctes. Il est bien vrai
qu’HAHNEMANN parlait presque toujours de syphilis et que les auteurs qui ont
écrit après lui également. De même et pendant des décennies et jusqu’au
cours des années cinquante, les auteurs officiels et homéopathes accusaient
la syphilis, comme d’ailleurs la tuberculose, de nombreux troubles non
seulement congénitaux, mais héréditaires. GOUGEROT affirmait en 1914 : « La
syphilis atteint tous les pays, tous les milieux, tous les âges.
L’invraisemblable est vrai en matière de syphilis... ». Affirmation toute...
luétique !
Dans
les chapitres précédents, une large place a été accordée aux travaux d’Antoine
NEBEL (1870-1954). Les homéopathes lui doivent notamment la conception
des diathèses qui remplaçait la notion de miasmes devenus obsolètes
après la découverte du rôle des microbes et de leurs toxines. C’est lui qui
a introduit en homéopathie la diathèse tuberculinique (qui remplaçait
pour lui la psore d’HAHNEMANN). Compte tenu des connaissances de l’époque,
il était facile de comprendre que les homéopathes aient été tentés
d’expliquer les maladies chroniques d'HAHNEMANN puis la morphogenèse, par
l’imprégnation familiale ou personnelle par les toxines tuberculeuses et/ou
syphilitiques. C’est ce qu’a proposé NEBEL en expliquant ainsi trois
constitutions minérales de base = la carbonique étant la plus
« pure » , c’est-à-dire celle qui avait échappé aux effets de ces
intoxinations au prix d’un ralentissement métabolique - la
phosphorique considérée comme hérédo-tuberculeuse et la
fluorique comme hérédo-syphilitique. La dénomination était due au
fait que chacune d’entre elles correspondait respectivement au type sensible
de CALCAREA CARBONICA, CALCAREA PHOSPHORICA et CALCAREA FLUORICA. Cette
conception semblait d’autant plus solide que l’on constatait chez les
phosphoriques de nombreuses similitudes avec la tuberculose qui faisait des
ravages à cette époque (comme par exemple l’asthénie, l’anémie,
l’amaigrissement, la frilosité, la déminéralisation et la tendance à la
cachexie et d’autres) ou chez les fluoriques des ressemblances avec les
troubles dus à la syphilis (comme les inflammations ulcéro-nécrotiques,
l’hypertrophie et l’induration des glandes et ganglions entre autres). On
doit aussi à NEBEL la première véritable étude pathogénétique et clinique de
la tuberculine de KOCH, qui donnait en hautes dilutions des résultats
inespérés, contrastant ainsi avec les ravages des tuberculines à dosage trop
fort utilisées par les officiels. De même, SWANN en 1880 eut l’idée de
préparer un nouveau médicament (qu’on appelait nosode à cette époque
parce qu’élaboré à partir de produits de la maladie elle-même, du grec
nosos = maladie) à partir de raclures de chancre induré qu’il désigna
logiquement du nom de Syphilinum et que l’on appelle aujourd’hui
Luesinum. Rappelons que le tréponème a été découvert en 1905.
Pendant des
décennies, les homéopathes tellement influencés par la conception des
maladies chroniques d’origine infectieuse, ont cru que l’efficacité des
médicaments homéopathiques confirmait leurs thèses. Par exemple, le fait que
TUBERCULINUM faisait parfois des miracles chez des malades considérés comme
« tuberculiniques » corroborait à l’évidence la croyance que ces malades
étaient réellement imprégnés par une toxine dite tuberculinique, faute de ne
pas arriver à démontrer qu’ils l’étaient par la tuberculose elle-même. Ou
encore, l’efficacité de SYPHILINUM, appelé par la suite LUESINUM, renforçait
la conviction de ces praticiens que les malades dits « luétiques » étaient
bien sous l’influence d’une syphilis héréditaire que les réactions
sérologiques ne parvenaient pas à objectiver. Il y a encore plus = HAHNEMANN
était convaincu que le médicament homéopathique provoquait une maladie
artificielle, médicamenteuse, qui se substituait chez le malade à sa maladie
naturelle. Ainsi, on restait dans la même logique des maladies chroniques,
leur cause avait seulement été actualisée, les toxines remplaçaient les
miasmes. Celles-ci influençaient le développement des constitutions.
LES MIASMES DEVENUS TOXINES
ENVAHISSENT LES CONSTITUTIONS
En décrivant
ses maladies chroniques d’origine miasmatique, HAHNEMANN n’a jamais parlé de
constitutions ou de morphologies, tout au plus a-t-il esquissé des portraits
de remèdes qui deviendront bien plus tard les types sensibles des
médicaments homéopathiques, du moins de certains d’entre eux.
Antoine NEBEL
(1870-1954), inspiré des travaux de GRAUVOGL, a le premier tenté, du moins à
notre connaissance, non seulement d’expliquer d’une manière moderne les
maladies chroniques d’HAHNEMANN en remplaçant la notion de miasmes devenue
obsolète par celle de toxines, mais aussi de démontrer que ces toxines
microbiennes pouvaient influencer le développement ostéo-morphologique. Sans
entrer dans trop de détails, NEBEL avait d’abord constaté comme cela a été
dit plus haut l’adéquation des types sensibles des trois sels de calcium
impliqués dans la morphogenèse osseuse avec trois types constitutionnels :
carbonique, phosphorique, fluorique. La croissance est sous la
dépendance d’abord de l’hypophyse, le chef d’orchestre, puis de la thyroïde
et des parathyroïdes, enfin des surrénales. NEBEL pensait que les toxines
tuberculeuses et syphilitiques présentes dans une lignée familiale en
faibles quantités pouvaient agir sur le système endocrinien. Ainsi pour cet
auteur, le phosphorique est un hypercrinique = son hypophyse et surtout sa
thyroïde fonctionnent un peu trop, par réaction à l’action d’une toxine
tuberculinique, voire tuberculeuse atténuée, expliquant le développement en
longueur, mais la surrénale insuffisante explique l’asthénie de fond. Le
bréviligne, à l’inverse, est un hypocrinique = son hypophyse et sa thyroïde
fonctionnent au ralenti, par réaction aux toxines qui de génération en
génération ont fini par ralentir le métabolisme général, expliquant le
développement en largeur, au détriment de la hauteur. Pour le fluorique,
les explications sont plus floues. Sans doute en raison d’une mauvaise
vascularisation, à l’image de la syphilis qui aime les artères, le
fluorique voit-il l’ensemble de son système endocrinien plus ou moins
perturbé, dans un sens ou dans un autre, mais souvent dans celui d’une
tendance à l’insuffisance hypophysaire ou parfois d’une tendance à
l’hyperthyroïdie. Cela explique pourquoi le sujet fluorique est le plus
souvent petit et maigre, mais parfois plus grand, du moins dans cette
conception.
Ainsi, comme
nous l’avons déjà exposé dans les chapitres précédents, plusieurs
générations d’homéopathes ont été influencées par les conceptions de NEBEL,
notamment les médecins français qui ont subi en plus l’influence de Léon
VANNIER, chantre et épigone de NEBEL, mais figure marquante du monde
homéopathique jusqu’à sa disparition en 1963. A chacun des trois biotypes
correspond une intoxination = le phosphorique est un hérédo-tuberculeux, le
fluorique est un hérédo-syphilitique. Le carbonique est un hérédo-, tiens au
fait, un hérédo- quoi ? Rien justement, c’est la constitution la plus
« pure », sa décompensation ne peut s’expliquer que par une
auto-intoxication favorisée par la sédentarité et les excès alimentaires et
ce d’autant plus que le ralentissement métabolique de base le rend encore
plus sensible aux facteurs d’auto-intoxication = on parle alors de toxines
psoriques ou de toxines sycotiques, d’origine endogène, en attendant une
confirmation du laboratoire, que l’on attendait avec confiance, par
comparaison avec les toxines tuberculeuses ou syphilitiques. Et encore pour
ces dernières, les examens de laboratoire ne permettaient pas de les mettre
en évidence chez tous les patients définis cliniquement comme phosphoriques
ou fluoriques. On a alors avancé l’hypothèse de l’existence de toxines
tuberculiniques et luétiques, formes atténuées et non décelables au
laboratoire. Pour ces deux auteurs, et pour bien d’autres, il faut ajouter
qu’à chaque constitution, considérée comme un élément stable, correspondait
quatre tempéraments évolutifs avec l’âge: lymphatique chez l’enfant,
sanguin chez l’adolescent et chez l’adulte jeune, bilieux chez
l’adulte mûr, nerveux chez le vieillard.
Toujours dans
les chapitres précédents a été décrit le bouleversement, voire la révolution
provoquée par les nouvelles conceptions proposées d’abord par Marcel
MARTINY (1897-1982), ensuite et surtout par Henri BERNARD
(1895-1980). Ces auteurs partent de la constatation que n’importe quelle
espèce animale ne peut survivre qu’en s’adaptant aux conditions de vie et en
réagissant aux facteurs d’agression inhérents à toute vie. Or, c’est le
système immunitaire qui assure cette fonction vitale, il était alors appelé
le système réticulo-endothélial. Et les travaux récents à
cette époque montrent que ce système est contenu puis développé à partir du
feuillet embryonnaire moyen, appelé mésoblaste. BERNARD explique
alors que le développement optimal de ces trois feuillets, et même un
développement un peu excessif du mésoblaste, aboutit à une constitution
équilibrée parce que bien armée pour s’adapter et se défendre, qui répond au
type sensible de SULFUR. Il ajoute que l’on retrouve dans la pathogénésie de
ce médicament les réactions sthéniques contre les agressions et les
éliminations salutaires et nécessaires à l’équilibre de l’organisme. D’où la
définition d’une constitution dite Sulfurique au centre de
cette nouvelle construction conceptuelle. BERNARD continue en présentant la
constitution carbonique comme déséquilibrée par excès du développement du
feuillet endoblastique au détriment des deux autres, expliquant ainsi la
prédominance de l’appareil digestif au centre de ce feuillet embryonnaire,
qui correspond aux troubles de cet appareil et aux troubles nutritionnels
que l’on retrouve ensuite dans la décompensation de ce biotype et dont
CALCAREA CARBONICA rend compte sur le plan thérapeutique, aussi bien
préventif que curatif. BERNARD remarque également que la constitution
phosphorique répond à un développement excessif du feuillet ectoblastique,
expliquant ainsi la pathologie de l’appareil respiratoire de ce biotype ou
celle du système nerveux, dont rend compte CALCAREA PHOSPHORICA en
thérapeutique. Enfin, BERNARD fait remarquer que le biotype dit fluorique ne
répond pas au même schéma des feuillets embryonnaires, d’où la
rétrogradation de cette constitution au rang d’un sous-groupe,
« parasitant » plus ou moins les trois constitutions de base en des
biotypes mixtes = sulfo-fluorique, carbo-fluorique, phospho-fluorique.
Pour des
raisons que nous ignorons personnellement, BERNARD accorde à la toxine
tuberculeuse, ou plutôt tuberculinique, un rôle primordial dans la genèse
des constitutions. Nous disons bien « tuberculinique » plutôt que
« tuberculeuse », car dans le cas de la présence effective d’une vraie
toxine tuberculeuse, le sujet développerait la tuberculose. Ce qui n’est pas
le cas chez le tuberculinique, du moins ce qui n’est pas obligatoire.
Comment cette toxine tuberculinique peut-elle intervenir dans le
développement des constitutions ?
BERNARD
affirme avec conviction que le foie joue un rôle capital dans ces
mécanismes. Sans l’expliquer d’une manière déterminante à notre avis, il
affirme que le sujet phosphorique a une insuffisance hépatique congénitale
du fait de son hérédité = famille de tuberculeux ou de tuberculiniques.
BERNARD rappelle que le foie assume une fonction anti-toxique et anti-toxinique
essentielle. Lorsque tout est normal, le foie neutralise les toxines et n’en
laisse passer dans le sang qu’une quantité infinitésimale, suffisante à la
réaction du système immunitaire qui élabore alors les anticorps spécifiques.
C’est ce qui se produit chez le sulfurique. Quelquefois, la réaction dépasse
son but et cela aboutit à un ralentissement métabolique, c’est ce qui se
produit chez le carbonique, de génération en génération. Si le foie ne joue
pas son rôle du fait de son insuffisance congénitale, la toxine
tuberculinique n’est pas stoppée, elle entraîne d’abord une réaction
hépatique, puis lympho-ganglionnaire. L’organisme n’a pas le temps
d’élaborer une défense spécifique et se trouve donc débordé en cas
d’agression plus ou moins massive. N’ayant pas une défense spécifique
adaptée, l’organisme réagit par une accélération brutale des combustions, au
prix d’une augmentation de la consommation d’oxygène et de minéraux et
surtout au prix de destructions cellulaires dont les déchets encombrent
ensuite la circulation sanguine, surtout veineuse, provoquant ainsi une
congestion veineuse propice à la déminéralisation. C’est la diathèse
tuberculinique, que l’on préfère appeler aujourd’hui le mode réactionnel
tuberculinique.
BERNARD accorde une importance secondaire à la toxine luétique, mais
lorsque celle-ci n’est pas stoppée et neutralisée dans le foie, elle passe
dans la circulation sanguine au niveau de laquelle elle provoque des
irritations localisées et disséminées aboutissant à des inflammations
ulcéro-nécrotiques avec hypertrophie puis induration et sclérose des tissus
atteints, mais également des troubles de la croissance chez l’enfant.
Ainsi
comme on peut le constater, ces nouvelles conceptions et explications
physio-pathologiques ont provoqué une contestation des thèses défendues
jusque-là par Léon VANNIER à la suite d’Antoine NEBEL. Comme chaque fois, il
y a eu des querelles entre les partisans des nouvelles théories et les
tenants des anciennes. Mais comme on peut le constater, ces nouvelles
conceptions restaient encore dans le sillage de la notion de maladies
chroniques, la tuberculose surtout mais aussi la syphilis étaient tenues
comme responsables de tous les maux. Par exemple et à propos de Luesinum,
H. BERNARD écrivait juste après la seconde guerre mondiale dans son
Traité de médecine homéopathique : « L’étude de ses symptômes ne doit
pas être négligée, car elle conduira à la découverte d’une hérédité
syphilitique impossible à soupçonner autrement ». Seulement voilà, alors que
les homéopathes se déchiraient une fois de plus, les officiels commençaient
à battre en brèche la responsabilité de ces deux grandes maladies dans la
plupart des troubles dont on les accusait.
Et
l’on revient ainsi à Denis DEMARQUE (1915-1999) : « Synonyme désuet de
syphilis, le mot luétisme fit une entrée clandestine dans le vocabulaire des
homéopathes français, après la seconde guerre mondiale. Inutile et
équivoque, il entretient la confusion. La syphilis est une maladie. Elle
n’est pas un mode réactionnel général. Changer de nom ne modifie pas une
réalité clinique évidente. Le terme luétisme est à rejeter ».
D’abord pourquoi DEMARQUE parle-t-il d’une « entrée clandestine » ? Les
congrès des praticiens homéopathes n’ont jamais été clandestins et les
revues homéopathiques ont toujours été vendues au grand jour. Ensuite, si
les homéopathes du début des années cinquante ont cru devoir utiliser le
nouveau nom de luétisme, c’est sans doute et d’abord parce que ce
terme exprime autre chose que la maladie « syphilis », ensuite parce que la
syphilis était dès cette époque innocentée de bien des accusations qui
pesaient sur elle depuis des décennies, notamment son aspect héréditaire, et
enfin parce que l’on commençait à avancer d’autres causes dans la mise en
œuvre du mode réactionnel luétique, de même pour le mode réactionnel
tuberculinique. Sans doute l’un des premiers, François LAMASSON
(1907-1975) a mis en avant le rôle de l’alcoolisme dans des troubles de la
croissance ressemblant à ceux attribués jusque-là à la syphilis ou au
luétisme. Il avance ce fait après une étude clinique portant sur des
familles et sur plusieurs générations de ces mêmes familles. Et encore le
rôle pathogène, voire tératogène de ce nouveau facteur étiologique doit-il
être tempéré.
Roland
ZISSU a consacré une longue étude à l’alcoolisme dans sa Matière médicale
homéopathique constitutionnelle (Tome 4, pages 52 et suivantes). Il
montre que l’alcoolisme peut très bien entraîner des atteintes pathologiques
de la croissance, mais celles-ci atteignent essentiellement la première
génération, puis disparaissent avec les générations suivantes, donc « la
dégénérescence alcoolique est régressive ». Et puis et cela est vrai
pour tous les facteurs étiologiques, les mêmes causes n’ont pas le même
retentissement car il existe le facteur constitutionnel qui présente, lui,
un caractère héréditaire, du moins en partie. R. ZISSU décrit deux types
d’enfants hérédo-alcooliques : le premier phospho-fluorique du type SILICEA,
le second carbo-fluorique du type BARYTA CARBONICA.
Enfin, il y a un dernier aspect : il est bien évident que les facteurs qui
peuvent troubler plus ou moins la croissance ne concernent que les enfants,
ou encore les adolescents, mais plus les adultes. Ainsi, le problème des
conséquences de l’alcoolisme ne sont pas les mêmes selon que l’on a affaire
à un enfant (alcoolisme de la mère pendant la grossesse ou encore l'habitude
détestable de donner un peu d'alcool au bébé pour l'apaiser) ou à un adulte
(alcoolisme acquis). Il en va de même pour d’autres facteurs étiologiques :
les conséquences d’une intoxication chronique par le fluor ne sont pas les
mêmes chez un jeune enfant que chez un adulte mûr. Cela semble évident.

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Voici donc dessinées à grands traits les étapes essentielles de l’évolution
des idées depuis le miasme syphilis d'HAHNEMANN à la diathèse
luétique, dont l’assise étiologique est élargie du tréponème à
l’alcoolisme, puis à d’autres causes. Alors que NEBEL affirmait l’existence
d’une constitution fluorique autonome, qu’il situait au même rang que la
carbonique ou la phosphorique, Henri BERNARD en faisait une constitution
secondaire, n’existant que sous forme de biotypes mixtes. Roland ZISSU
reconnaît que la constitution fluorique est bien secondaire en importance,
mais il lui conserve une certaine autonomie tout en décrivant lui aussi des
biotypes mixtes, car cela est conforme à la réalité clinique du fait des
nombreux brassages qui modèlent les générations d’une même famille, même si
certains facteurs troublant la croissance sont récessifs.
Comme on le
voit, si les toxines ont remplacé les miasmes, il faut se rendre à
l’évidence : les toxines sont impliquées par tous les auteurs dans la
biotypologie. Depuis une vingtaine d’années, un autre auteur contemporain
que nous citons très souvent, Michel CONAN-MERIADEC, confond mode
réactionnel luétique et constitution fluorique appelée maintenant
dystrophique : « Comment peut-on définir le luétisme ? Disons d’abord
que le terme de luèse, avec ses dérivés, est un euphémisme
habituellement employé à la place de la syphilis. Sous le nom de luétisme ou
diathèse réactionnelle luétique, on décrit en réalité le biotype
dystrophique dit fluorique... ». Dans d’autres cours, nous avons
personnellement émis des réserves sur cette affirmation trop catégorique à
notre avis. Il nous semble bien vrai que si les facteurs étiologiques du
mode luétique exercent leur action sur la femme enceinte et sur le
nourrisson, la croissance de l’enfant sera perturbée, plus ou moins selon
l’intensité de ces facteurs et selon la résistance de l’enfant à ces mêmes
facteurs du fait de son hérédité. Par exemple, un père normoligne sthénique
du type SULFUR pourra transmettre à son nourrisson une certaine aptitude à
résister aux facteurs luétiques (et à d’autres), donnant une morphologie
quasi normale à l’exception parfois de quelques stigmates dystrophiques, du
genre atteinte de l’émail des dents. Mais il nous semble aussi vrai que si
les mêmes facteurs luétiques s’exercent sur un adulte, la croissance qui est
terminée depuis longtemps n’en sera pas affectée. C’est sur cette
constatation que nous appuyons notre réserve sur les affirmations de M.
CONAN-MERIADEC, bien que nous accordons à ses thèses une grande confiance.
LE MODE REACTIONNEL LUETIQUE AUJOURD’HUI
A notre avis
personnel, il y a deux aspects bien différents dans l’expression clinique du
mode luétique.
D’abord, comme
le dit si bien M. CONAN-MERIADEC, il y a le problème de l’enfant que
les aléas de la vie intra-utérine d’abord, puis dès son autonomie après sa
naissance ont soumis aux facteurs étiologiques du mode luétique et qui voit
sa croissance plus ou moins perturbée, en particulier mais non
exclusivement ses dents et ses maxillaires, dont les remèdes de fond
préventifs ou curatifs sont CALCAREA FLUORICA et FLUORIC ACID. ou SILICEA.
On trouve chez cet enfant des stigmates semblables aussi bien à ceux que
provoque une intoxication chronique par le fluor qu’à ceux que suscite la
syphilis elle-même. Et il est bien intéressant de comparer les conséquences
dentaires de la syphilis (les dents d’HUTCHINSON) et celles de la fluorose.
C’est ce que nous montrerons plus loin.
Ensuite, il y a
le problème de l’adulte dont la croissance a été plus ou moins
normale et qui se trouve confronté à certains facteurs luétiques qui vont
influencer les formes cliniques des pathologies qui en découlent, comme la
tendance aux inflammations ulcéro-nécrotiques que l’on peut certes retrouver
chez n’importe quel biotype mais qui n’ont pas la même explication
physio-pathologique. Cette tendance ulcéro-nécrotique en dehors d’une
inflammation trouve son illustration dans les aphtoses buccales et ce n’est
sans doute pas par hasard que ces aphtoses buccales les plus spectaculaires
et les plus récidivantes trouvent dans certains remèdes luétiques leurs
médicaments de fond, comme MERCURIUS SOLUBILIS ou NITRI ACID. Dans ces cas,
nous retrouvons non pas les conséquences d’une fluorose qui n’a pas existé
chez ces sujets, mais l’expression clinique de pathologies qui
ressemblent à celles de la syphilis sans que celle-ci en soit la cause.
Mais il faut préciser avec force que la syphilis n’est ici que le modèle
pathologique, les lésions par leur aspect et par leur évolution la
rappellent, mais il y a seulement similitude, sauf à l’évidence si le
malade était réellement atteint de la syphilis, mais alors on ne parlerait
pas de luétisme. Nous sommes dans la similitude, pas dans l’identique.
Il nous paraît
utile de commencer par l’étude des facteurs étiologiques du mode luétique.
Les facteurs étiologiques du mode luétique :
R. ZISSU en
décrit au moins 10.
1/ L’âge avancé des
parents. A l’époque de la parution de sa Matière médicale homéopathique
constitutionnelle (1959), l’auteur signalait la fréquence d’enfants atteints
de troubles de la croissance grave comme l’idiotie mongoloïde ou des
malformations du système nerveux. Aujourd’hui, le tableau a sans doute
changé du fait des progrès médicaux et de la surveillance attentive de la
grossesse de ces femmes qui permettent un dépistage précoce des anomalies.
2/ La consanguinité.
Elle est tellement connue et depuis si longtemps qu’il est inutile
d’épiloguer.
3/ Les facteurs
physiques, comme les radiations ionisantes ou les
ultrasons aujourd’hui largement utilisés, peut-être trop fréquemment
car des mises en garde sont émises.
4/ Les vomissements
gravidiques : une étude de 1962 de médecins allemands a montré que sur
180 enfants nés de mères ayant eu des vomissements sévères pendant la
grossesse 8,3% présentaient des malformations alors que la moyenne normale
est de 0,98%. Sans doute que là encore les progrès médicaux ont changé les
chiffres.
5/ Les carences
vitaminiques ou minérales, surtout les vitamines A, B2, , E,
acide panthothénique..., avec en plus le problème de leur absorption
intestinale qui peut être entravée par exemple par une antibiothérapie
prolongée ou mal adaptée, qui perturbe la flore intestinale. On retrouve ce
même facteur dans le tuberculinisme.
6/ Certaines infections
ont un effet tératogène connu, comme la rubéole. R. ZISSU affirme dans son
livre : « Nous avons eu en clientèle quelques cas d’enfants présentant des
malformations congénitales dues à la rubéole gravidique, ils appartenaient
tous à l’un des biotypes fluoriques ». Sans doute peut-on ajouter la
syphilis congénitale, les MST et certaines viroses.
7/ Certaines
thérapeutiques anté- ou péri-natales, dont la plus tristement connue est
la thalidomide. La liste des médicaments interdits à la femme enceinte est
actualisée continuellement. Et rappelons que la thalidomide est actuellement
utilisée exclusivement dans les services spécialisés dans le traitement des
aphtoses buccales graves, dont nous avons souligné maintes fois le caractère
luétique.
8/ Les intoxications
exogènes dont celles par les métaux lourds (or, baryum, plomb,
mercure...), l’alcoolisme, ou le fluor donné à titre préventif
des caries dentaires de la mère et de l’enfant, surtout en cas de surdosage.
A propos du mercure, certains auteurs affirment que la plupart des troubles
attribués à la syphilis secondaire ou tertiaire seraient dus en réalité aux
conséquences de l’intoxication par le mercure, utilisé en doses trop fortes
et durant des décennies. Enfin, les luétiques sont particulièrement tentés
par la drogue.
9/ Les causes
psycho-somatiques qui agiraient comme des traumatismes du système
nerveux et seraient susceptibles de provoquer des troubles de la croissance.
Quel que soit le mécanisme, il est de constatation courante de voir un ou
plusieurs aphtes après un choc psychique comme un deuil ou une frayeur.
10/ Le fluorisme acquis
qui dépasse ici la seule intoxication chronique par le fluor mais qui est
perçu par les homéopathes comme un ensemble de facteurs, cocktail des causes
précédentes, comprenant tous les facteurs susceptibles de perturber la
croissance, depuis les erreurs alimentaires (carences minérales ou
vitaminiques par exemple) jusqu’aux maladies graves du nourrisson et du
jeune enfant (vomissements répétés, acétonémie...), ou encore à la
prématurité ou enfin à certaines vaccinations de la femme enceinte ou du
nourrisson.
Il faut ajouter
à cette longue liste les conséquences du traumatisme obstétrical, facteur de
croissance défectueuse.
M.
CONAN-MERIADEC souligne que les facteurs étiologiques, spécifiques ou non
d’un mode réactionnel, révèlent un terrain sensible et n’entraînent
de perturbations que chez des sujets prédisposés (ce que l'on retrouve
dans l'allergie = l'allergène révèle un terrain allergique). C’est la raison
pour laquelle on peut retrouver certains facteurs étiologiques dans
plusieurs modes réactionnels. Par exemple, une série de vaccination peut
révéler soit un mode tuberculinique avec asthénie, déminéralisation,
amaigrissement, frilosité, etc... chez des sujets longilignes type Natrum
muriaticum ou surtout SILICEA - soit un mode sycotique avec aggravation
de la sensibilité au froid humide, imbibition hydrique et apparition de
verrues, etc... chez des sujets brévilignes du type Natrum sulfuricum
et surtout THUYA. Alors que la même série de vaccination laisse indifférent
le plus souvent un sujet normoligne du type Sulfur. Il y a en plus
l’importance de l’intensité du facteur étiologique. Par exemple, une
corticothérapie massive et prolongée entraîne chez tous les malades une
imbibition caractéristique qui ressemble à celle du mode sycotique (phase
hydrogénoïde), alors que les facteurs sycotiques même discrets provoquent
cette même imbibition mais seulement chez des sujets prédisposés, notamment
les brévilignes ralentis sur le plan métabolique. Il en va de même avec les
facteurs luétiques. Par exemple, on connaît les conséquences d’une
irradiation ionisante massive sur les dents = quelques semaines ou mois,
voire des années après, l’émail des dents présente des lésions qui évoquent
celles de la fluorose chronique chez pratiquement tous les sujets, avec sans
aucun doute des variantes individuelles. Or on trouve des lésions
semblables, plus ou moins graves, chez des sujets typiquement dystrophiques
(ou fluoriques) en dehors de toute irradiation massive, mais à la suite de
l’action de certains facteurs déclenchants, même peu intenses.

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L’ENFANT DYSTROPHIQUE
LONGTEMPS APPELE « FLUORIQUE »
L’étude de ce biotype particulier est intéressante à plusieurs
titres. Elle permet d’abord de rappeler certains traits typologiques et
comportementaux qui appartiennent en propre à ce sujet. Elle permet ensuite
de proposer une thérapeutique préventive individuelle, car la reconnaissance
précoce de ce biotype laisse deviner les menaces qui pèsent sur la
minéralisation des dents et sur le développement des maxillaires, comme
d’ailleurs du squelette dans sa totalité. On évitera par exemple chez ces
jeunes enfants le fluor pondérable proposé sans discernement par les
officiels.
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Nous avons souvent cité l’observation proposée par
Pierre BARBIER (1916-2002) dans la revue Les Annales
Homéopathiques Françaises (1977 n°1) = un médecin stomatologiste
« classique » avait donné du fluor pondérable à sa fille selon les conseils
de prévention de la carie. Or au fur et à mesure de leur éruption, les dents
permanentes présentaient les stigmates les plus caractéristiques de
fluorose. C’est-à-dire que le but atteint était à l’opposé de celui
recherché, et P. BARBIER expliquait que cette enfant était manifestement de
constitution dystrophique ou « fluorique » et qu’elle n’aurait jamais dû
recevoir du fluor pondérable. Ce qui est encore plus intéressant, c’est que
les autres biotypes, normoligne ou sulfurique, bréviligne ou carbonique et
longiligne ou phosphorique n’ont pas la même réaction à l’apport pondérable
de fluor, qui peut leur être bénéfique pour les dents, à condition de ne pas
dépasser le seuil critique. Même si la conception homéopathique des biotypes
peut présenter des aspects critiquables, elle n’en permet pas moins de
deviner certains risques potentiels et de les prévenir souvent.
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L’aspect
morphologique :
On a
complaisamment décrit le sujet dystrophique avec ses asymétries
morphologiques (en biais) = asymétrie faciale (voir le comédien Rufus),
osseuse (une épaule plus haute que l’autre par exemple, ou un membre plus
court que l’autre, genu valgum, pieds plats, tibias en lame de sabre,
etc...), bucco-dentaire (malpositions et troubles orthodontiques.
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Photo J. Jouanny
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Les
élastopathies sont également un trait dominant expliquant = les luxations ou
entorses très faciles, notamment des ATM ou le bras faisant un angle
supérieur à 180° par rapport à l’avant-bras - tendance aux ptôses qui
s’exprimera plus souvent chez l’adulte - tendance aux troubles vasculaires =
anévrisme, dilatation, varices précoces, etc... - fréquence et précocité des
troubles articulaires dont ceux du rachis. Sans oublier les anomalies
orthodontiques. |
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Cependant, ces tendances
peuvent être discrètes et un sujet dystrophique présente souvent un
physique d’aspect agréable. Penser que tous les danseurs ou presque sont des
dystrophiques. Leur hyperlaxité ligamentaire autorise toutes les audaces
chorégraphiques. C’est le mérite de Roland ZISSU d’avoir montré que chaque
biotype peut être en équilibre.
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Le comportement :
Ce qui surprend
chez un enfant dystrophique est l’anarchie fonctionnelle à tous les niveaux
= intelligence précoce ou retardée, déficience d’une fonction intellectuelle
(inaptitude aux mathématiques par exemple) mais développement d’une autre,
parfois un comportement génial (artiste créateur) contrastant avec une
incapacité totale, ou encore un comportement hâtif et précipité ou une
lenteur exaspérante. Le déséquilibre et l’instabilité sont des
traits dominants, plus ou moins marqués selon les enfants. D’une manière
générale, un tel sujet est incapable d’une activité régulière ou de se plier
à la discipline, ce qui pose d’énormes problèmes à l’école ou dans la vie
sociale. Bref, le dystrophique est un créateur actif mais aux résultats
incertains, irréguliers, souvent imprévisibles. Le plus souvent c’est encore
un agité (besoin de remuer, touche à tout) surtout la nuit =
insomnie par peur de la nuit et cauchemars... A cela on peut encore ajouter
certaines phobies : peur de la nuit, peurs diverses, notamment de la
contagion = besoin impérieux de se laver les mains très souvent, signe que
l’on trouve au degré fort dans LUESINUM. Enfin, cet enfant peut avoir des
tendances perverses et asociales : cruauté surtout envers les animaux,
perversions sexuelles chez l’adolescent ou chez l’adulte, sadisme, impudeur,
impulsions irrationnelles.
Les dents et les maxillaires :
1/ L’influence syphilitique peut s’exprimer ainsi, selon Michel
DECHAUME :
·
Les manifestations muqueuses :
leucoplasie, glossite exfoliatrice marginée, langue fissurée, langue
scrotale.
·
Les manifestations maxillaires : voûte
palatine ogivale, atrophie de la région antérieure du maxillaire supérieure,
béance incisive - à la mandibule : rétrécissement. Bec-de-lièvre ?
·
Les manifestations dentaires : lésions
de l’émail, dents d'Hutchinson (1858)
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Noter entre les deux incisives
centrales la présence d'une dent surnuméraire en forme de cône, appelée
"mesiodens", très fréquente chez ce type de sujets.
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2/ L’influence de la
fluorose chronique :
Le fluor n’est
pas le seul agent étiologique des dysplasies dentaires plus ou moins sévères
que l’on peut voir chez l’enfant dystrophique. On peut ajouter la
mélanodontie infantile qui concerne les dents de lait, due vraisemblablement
à des carences minérales ou vitaminiques (vitamine C ?).
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L’intoxication chronique par le fluor donne des lésions dentaires
caractéristiques, atteignant la denture permanente, notamment au niveau de
l’émail. Les lésions peuvent aller de simples taches blanchâtres et opaques
dans l’épaisseur de l’émail (que l’on trouve dans CALCAREA FLUORICA, FLUORIC
ACID. et dans SILICEA) à des lésions plus sévères avec pertes de substances,
taches brunâtres. En dehors de ces dysplasies plus ou moins importantes,
tous les auteurs notent une tendance à la coloration grisâtre générale des
dents. Il faut ajouter la fréquence des malpositions, des anomalies de forme
et de nombre, d’une gingivite, voire d’une parodontopathie précoce.
Il est évident
que ces dents dont l’émail et la dentine présentent de telles lésions sont
atteintes précocement de caries, puis de pulpopathies, avec très souvent des
abcès et des fistules dont FLUORIC ACID . (orifice douloureux) et SILICEA
(suppuration silencieuse et interminable) rendent compte sur le plan
thérapeutique. Rappelons l’indication possible de médicaments comme
KREOSOTUM et STAPHYSAGRIA = dents délabrées précocement et globalement.
Inutile de dire que ces sujets « fluoriques » fréquentent les cabinets
dentaires pratiquement toute leur vie, d’abord pour faire traiter leurs
nombreuses caries, traitements sans cesse repris, ou pour un traitement
orthodontique qui nécessite une contention prolongée, ensuite (et surtout à
l’âge adulte) pour des restaurations prothétiques. Signalons que les
prothèses fixes, comme les dents à tenon, les couronnes ou les bridges sont
souvent voués à l’échec du fait de la mauvaise qualité des dents piliers.
Pour
conclure ce chapitre, il faut dire et redire que ces troubles, s’ils sont
fréquents notamment dans les formes légères, ne sont pas obligatoires. Il
existe heureusement des sujets dystrophiques présentant une denture normale.
Et c’est le rôle des homéopathes d’y contribuer.
L’ensemble de
ces troubles et notamment ceux qui atteignent la bouche, les dents et les
maxillaires semble suffisamment spécifique et original pour que l’on ne
puisse l’intégrer dans les deux seuls modes réactionnels (psore et sycose)
décrits par D. DEMARQUE et c’est pour nous un argument de poids pour
justifier l’existence et l’autonomie du mode réactionnel luétique. |
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EXPRESSION PHYSIO-PATHOLOGIQUE
DU MODE LUETIQUE
Il a été dit et
répété que le luétisme présente une similitude physio-pathologique avec la
syphilis sans que cette dernière soit toujours en cause, elle l’est même
très rarement. Similitude ne signifie pas identité. C’est donc à partir
des connaissances sur la syphilis que l’on peut interpréter ce qui pourrait
se passer chez un luétique, il s’agit donc essentiellement d’hypothèses et
non de certitudes irréfragables.
Tout se passe
comme si la lésion initiale était une irritation aboutissant à une
micro-endartérite oblitérante ou comme le dit CONAN-MERIADEC à des
micro-embolies artériolaires, très ponctuelles mais disséminées dans tout
l’organisme. Si l’infarctus est important, la portion de tissu irrigué par
le vaisseau atteint s’ulcère et se nécrose. Voilà pourquoi l’ulcération
nécrotique est caractéristique du mode luétique, même si elle n’est pas
exclusive de ce mode réactionnel. Voilà ce qui explique, à notre avis,
l’importance des remèdes luétiques et notamment MERCURIUS SOLUBILIS et
CORROSIVUS, NITRI ACID., KALI BICHROMICUM dans le traitement des aphtoses
buccales. Il est intéressant de noter que ces patients améliorés par le
médicament semblable de la série luétique voient le résultat consolidé dans
le temps par la prise de LUESINUM 30 CH chaque mois pendant plusieurs mois.
Or LUESINUM n’est pas un remède d’aphtose, on ne retrouve pas cette
affection dans sa pathogénésie (ou alors citée uniquement par de rares
auteurs), mais il est le biothérapique du mode luétique et il a une action
de neutralisation étiologique.
Le plus souvent,
ces processus pathologiques se développent sur le mode chronique, parfois
sub-aigu. Une irritation pour une raison quelconque provoque une
oblitération d’un petit vaisseau. L’oblitération n’est pas complète et la
nécrose n’est que partielle, ce qui laisse le temps à l’organisme de tenter
une réparation avec néo-vascularisation, souvent une hypertrophie (qui
rappelle la gomme syphilitique). A la longue, le processus aboutit à
l’atrophie et à la sclérose du tissu atteint. Bien entendu, les conséquences
sont très variables selon la localisation (un capillaire atteint donnera
moins de conséquences qu’une artère), selon la fréquence et la répétition de
ces processus. Mais leur dissémination peut perturber plus ou moins la
physiologie des tissus atteints. C’est le chapitre suivant.
Les
conséquences neuro-psychiques :
La
mentalité des luétiques est dominée par deux caractères = l’instabilité
et le paradoxe. La première entraîne l’indécision, le désordre et
l’agitation physique et mentale. Le second explique l’incompréhension de
l’entourage et l’isolement social fréquent de ce sujet qui apparaît souvent
comme un marginal ou un original. On retrouve ainsi une tendance aux fugues
chez les enfants ou chez les adolescents, ou des manifestations de
perversité, des actes de délinquance, le tout aboutissant au rejet du milieu
familial et social. Le luétique déséquilibré offre des réactions
imprévisibles, vives, mais toujours éphémères par instabilité (ZISSU). ZISSU
et GUILLAUME décrivent deux types :
·
Un type supérieur intuitif, assimilant vite
sans avoir besoin d’apprendre, comprenant tout avec facilité mais agissant
sans réflexion, réalisateur immédiat mais incapable de persévérance, l’échec
pouvant être aussi retentissant que le succès.
·
Un type inférieur désabusé, irréfléchi,
ambitieux, sans scrupules, parfois dépravé, vicieux avec tendance aux
perversions mentales et sexuelles.
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Les luétiques, plus que les autres, sont susceptibles de
développer une véritable pathologie psychiatrique. Mais bien entendu,
toutes les nuances sont présentes, depuis l’équilibre jusqu’aux
perturbations profondes, dont rendent compte les médicaments
homéopathiques. On lira avec intérêt l’étude proposée par Jacqueline
BARBANCEY (1920-1995) sur le psychisme de CALCAREA FLUORICA ou de
FLUORIC ACID. et de bien d ‘autres médicaments. |
Les
atteintes neurologiques expliquent la fréquence des douleurs, à prédominance
nocturne, persistantes, profondes (osseuses), névralgies diverses,
percussion douloureuse des os (sternum, rachis, tibias). Il faut ajouter les
névrites et les tremblements (qui évoquent aussi bien l’alcoolisme que des
remèdes comme MERCURIUS SOLUBILIS) les paralysies localisées, la fréquence
de l’épilepsie à crises nocturnes.
Les
conséquences cardio-vasculaires :
Elles
sont fréquentes et surtout précoces = artérites, aortites, coronarites,
accidents vasculaires précoces, anévrismes, ectasies veineuses. Chaque fois,
on retrouve au niveau atteint les quatre signes caractéristiques :
inflammation, hypertrophie puis induration et atrophie. Le tout aboutissant
à la sclérose. Cette pathologie vasculaire s’explique par la richesse en
fibres élastiques des différents vaisseaux et à la tendance aux irritations
localisées et disséminées (micro-endartérite oblitérante). Signalons au
passage la fréquence d’une telle pathologie chez l’alcoolique et on retrouve
une fois encore le rôle étiologique de l’alcool.
Les
conséquences ostéo-articulaires :
Déjà
chez l’enfant, la croissance osseuse peut être plus ou moins perturbée =
douleurs de croissance, douleurs osseuses profondes dites ostéocopes pires
la nuit - tendance aux exostoses (tibias, crâne, poignets...) - tendance aux
ostéites avec suppuration chronique avec fistule, séquestres.
L’élastopathie
explique la tendance aux luxations, aux entorses, aux troubles rachidiens, à
la pathologie discale et radiculaire. Le tout évoluant vers l’arthrose
précoce avec tendance aux déformations articulaires.
Les
conséquences cutanéo-muqueuses :
L’inflammation des muqueuses est caractérisée par une tendance rapide à
l’ulcération nécrotique que l’on retrouve à différents niveaux : O.R.L.,
génital, urinaire, ano-rectal, digestif dont la bouche = fréquence et
gravité des gingivites ulcéro-nécrotiques avec évolution vers la
parodontopathie, même chez l’enfant (parodontite juvénile) . Le tout
s’accompagne d’une hypertrophie et d’une adénopathie réactionnelle (ganglion
dur et indolent, mais parfois adénite pouvant suppurer).
Même
chose au niveau de la peau, mais se manifeste surtout une tendance
scléreuse : chéloïdes, rétractions tendineuses, indurations, sclérodermie,
etc...
Les
conséquences lympho-ganglionnaires :
L’adénopathie satellite accompagne toute inflammation d’une muqueuse avec
les caractéristiques = hypertrophie, induration, atrophie et sclérose. Et
surtout, les glandes richement vascularisées ne sont pas épargnées :
thyroïde, parotides, prostate...
Les
modalités générales des luétiques :
Surtout =
aggravation nocturne (modalité commune à
tous les remèdes luétiques).
aggravation au bord de la mer
amélioration diurne et à la montagne
R. ZISSU et M.
GUILLAUME, dans leur Manuel, résument ainsi les grandes tendances
luétiques :
·
Chez l’enfant = il a un aspect
vieillot, il est plutôt petit, malingre, toujours agité, ne tient pas en
place, instable, travail scolaire insuffisant (mémoire déficiente,
incapacité d’un effort continu), peur du noir, sommeil agité (cauchemars) -
croissance défectueuse = os, dents - tendance aux rhino-pharyngites, aux
angines, à l’acétonémie (Senna), à l’énurésie et aux convulsions.
·
Chez l’adulte = cyclothymique instable,
insomnie avec peur de la nuit, peurs multiples dont la phobie de la
contagion et des maladies, phobie de la ruine, propension à l’alcoolisme et
aux dépravations, instabilité affective et tendance à la débauche - algies
aggravées la nuit - grande fatigue au réveil - modalités générales
sus-décrites - tendance aux caries dentaires, à la gingivite
ulcéro-nécrotique, à la suppuration, aux fistules.
Comme nous
l’avons déjà dit, si le mode luétique imprime ses caractéristiques
spécifiques aux sujets sensibles à ses facteurs étiologiques, la réalité
clinique complexe exprime des tableaux très variables dont de nombreux
médicaments rendent compte sur le plan thérapeutique.
Comme on peut le constater au terme de cette étude des généralités, il
existe tout de même un faisceau de caractéristiques spécifiques que l’on ne
retrouve que chez certains sujets, souvent dystrophiques mais sans
exclusivité et qui sont autant d’arguments en faveur de l’existence du mode
réactionnel luétique. Nous ne partageons donc pas l’opinion de D. DEMARQUE
et nous restons fidèle à ceux qui persistent à maintenir dans la pensée
homéopathique ce mode réactionnel luétique, comme R. ZISSU, M.
CONAN-MERIADEC ou J. ALGAZI, et bien d’autres.

Suite
= les troubles bucco-dentaires des luétiques |
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