Sur le
plan diathésique:
La pédagogie impose très souvent une schématisation dans
l'explication de mécanismes qui sont en réalité complexes parce
qu'intriqués. L'homéopathe se révèle ici efficace mais hélas très difficile
à manier parce que l'on se trouve confronté à l'indication possible de
plusieurs médicaments. Alors que la médecine "classique" offre une certaine
facilité, le même antibiotique couvrant toutes les manifestations cliniques,
associé à divers sirops ou gouttes pour le nez ou la gorge.
En développement, même sommairement ces problèmes, nous avons
conscience que dans la plupart des cas, ils ne concernent pas le
chirurgien-dentiste. Mais celui-ci se doit de connaître les enfants qui lui
sont confiés.
Chez un
enfant bréviligne équilibré:
Cet enfant a peu de problèmes, en dehors des signes signalés
plus haut, qui restent le plus souvent discrets. Sur le plan bucco-dentaire,
les problèmes ont été bien étudiés par Bertrand de Névrezé. Certes la
dentition pose parfois quelques difficultés: inflammation de type Belladona,
troubles digestifs, retard, etc…. Mais dans l'ensemble, les dents se
minéralisent convenablement.
S'il n'y a pas de facteurs externes, comme l'abus de sucreries,
l'absence de brossage des dents, cet enfant présentera peu ou pas de caries,
il n'aura pas non plus de problème orthodontique. On peut voir parfois une
aphtose buccale banale, ou une gingivite érythémateuse, périodiques, dont
SULFUR 15 CH, une fois tous les 15 jours, vient rapidement à bout.
C'est
donc le prototype de l'enfant bréviligne équilibré, qui réagit avec une
sthénicité suffisante, que l'on peut maintenir en bonne santé avec quelques
doses de CALCAREA CARBONICA et de SULFUR. Le mode psorique suffit largement.
Lorsque
les problèmes commencent !
Chez ces enfants brévilignes du type Calcarea carbonica,
l'expérience clinique montre la fréquence de troubles que l'on peut
considérer comme étant la manifestation du mode psorique devenant vite
insuffisant, du fait du ralentissement métabolique "constitutionnel" et
ensuite de la mise en œuvre du mode sycotique.
Il y a sans aucun doute un facteur héréditaire. Ensuite les
aléas de la vie expliquent l'évolution. Faut-il rappeler encore une fois que
ces enfants brévilignes sont sensibles au froid et au froid humide. Ils
s'enrhument très facilement, réagissent par des infections ORL hivernales
et par des hypertrophies des formations lympho-ganglionnaires, notamment
les amygdales et les végétations adénoïdes, ces formations devenant à leur
tour une source d'ennuis. En dehors des jeunes patients traités par
homéopathie, la plupart sont traités par une antibiothérapie itérative,
souvent massive du fait de la chronicité et des récidives. A cela s'ajoutent
les mauvais effets des vaccinations, elles aussi répétées, trop précoces.
Voici donc réunis les grands facteurs étiologiques du mode sycotique.
Comme cela a été précisé plus haut, ces problèmes ORL ne
concernent pas le chirurgien-dentiste. Cependant, un fait nouveau apparaît =
les caries du collet d'abord au niveau des dents de lait, ensuite des dents
permanentes. Les médicaments sont les suivants: Ammonium carbonicum,
Argentum nitricum, Arsenicum album, Calcarea carbonica, Calcarea fluorica,
Fluoric acid., Iodum, Luesinum, Mercurius solubilis, Mezereum, Silicea,
Thuya et Tuberculinum.
On peut voir également ces enfants pour des douleurs dentaires
qui, en l'absence de causes dentaires, peuvent être considérées comme des
névralgies dentaires. On retrouve l'influence du froid humide dans les
circonstances étiologiques. Il faut penser alors à DULCAMARA, mais aussi
à NATRUM SULFURICUM et à THUYA. Il faut penser aussi à ANTIMONIUM CRUDUM si
l'enfant est devenu glouton (notamment après des problèmes d'ordre affectif
et par compensation) ou à GRAPHITES, notamment en cas d'éruptions croûteuses
laissant suinter un exsudat épais et mielleux.
On peut voir également des douleurs que l'on appelait autrefois
des monoarthrites au niveau des molaires, molaires de lait et prémolaires
supérieures, donnant le tableau clinique d'une sinusite maxillaire. On
trouve là une fréquente indication de MEZEREUM, dont l'explication est
simple = la suppression d'une éruption cutanée par des moyens coercitifs,
comme par exemple l'application locale et externe de pommades au soufre ou
aux corticoïdes. Comme par ailleurs, MEZEREUM est un médicament important du
mode luétique, il faut voir dans l'apparition de son indication une mise en
œuvre de ce mode, d'autant plus que CALCAREA CARBONICA, HEPAR SULFUR et
MERCURIUS SOLUBILIS (chez de file de ce mode luétique) sont réunis sous
l'égide du froid humide, des infections ORL récidivantes et de la tendance à
la suppuration.
Quelle que soit l'explication que l'on peut en donner, force est
de constater que sont réunis chez ces enfants des signes et des
manifestations pathologiques que l'on retrouve aussi bien dans le mode
sycotique que dans le luétique = notamment la sensibilité au froid et au
froid humide, l'atteinte du carrefour ORL (bouche, pharynx, gorge, nez).
Lorsque la tendance sycotique domine, on voit apparaître la chronicité
désespérante des inflammations de ce secteur et en même temps celle de
verrues. THUYA est un remède d'amygdalites chroniques avec hypertrophie,
dureté, vascularisation et l'on constate souvent cette évolution chez des
enfants brévilignes quelques temps après les séries de vaccination. De même
que l'on constate aussi l'apparition de caries du collet des dents de lait,
que rien n'explique par ailleurs, du moins à notre connaissance.
Mais parfois, c'est la tendance luétique qui domine chez ces
enfants brévilignes, sans doute pour des raisons liées à l'hérédité. Certes,
ils gardent leurs tendances de fond, morphologiques à l'évidence bien que la
croissance peut en être affectée. L'exemple le plus frappant est celui de
MEZEREUM déjà évoqué plus haut = on supprime une éruption cutanée et l'on
voit apparaître peut après des inflammations des muqueuses, notamment aux
environs du malaire et du sinus maxillaire. Il est tout de même curieux de
constater que les caries du collet se retrouvent aussi bien dans des remèdes
typiquement sycotiques que luétiques. Mais on trouve aussi l'indication de
MERCURIUS SOLUBILIS, qui a lui aussi des caries du collet et qui peut être
indiqué après la suppression d'une éruption cutanée, d'un écoulement comme
le coryza ou la transpiration (des pieds entre autres), ou encore après des
vaccinations ou un traumatisme crânien, sans oublier le froid humide. On
retrouve donc un ensemble de facteurs étiologiques du mode sycotique, ou
psorique et en même temps la pathologie évolue vers les caractéristiques du
mode sycotique = tendance aux ulcérations, aux hypertrophies des formations
lymphoganglionnaires et la suppuration. On comprend alors la complexité de
certains tableaux cliniques dont HEPAR SULFUR n'est que l'un des éléments.
Sur le plan dentaire, outre les caries du collet, c'est surtout
la suppuration des dents de lait qui domine, avec les réactions
ganglionnaires satellites. Il est alors bien souvent difficile de mettre en
évidence l'indication d'un seul médicament. Certes la répertorisation
informatisée facilite ce problème. Mais à moins d'être un uniciste fanatique
(pléonasme ?), il n'y a aucun inconvénient à associer dans la même
prescription plusieurs médicaments, à condition de pouvoir justifier la
prescription de chacun d'eux par un faisceau de symptômes semblables. Enfin,
un autre fait mérite ici un bref commentaire = ces enfants ont une tendance
certaine aux aphtoses buccales, qui n'ont plus rien de l'évolution banale et
souvent éphémère de SULFUR. HEPAR SULFUR et MERCURIUS SOLUBILIS se
retrouvent dans cette occurrence, de même que lors d'une suppuration aiguë
ou chronique des dents de lait ou permanentes. Sans oublier SILICEA qui
pointe déjà son nez (enrhumé bien entendu !)!
Mais si nous nous limitons aux médicaments déjà cités, il faut
prendre le risque de décourager certains praticiens en leur disant qu'ils ne
sont hélas pas les seuls.
Et ce
n'est pas tout !
Si l'enfant HEPAR SULFUR est avant tout ce que l'on appelle une
adénoïdien chez lequel dominent de ce fait les problèmes ORL dans lesquels
sont impliqués et imbriqués les modes réactionnels psorique, sycotique et
luétique, il ne faut pas oublier un autre versant de ce médicament = les
troubles digestifs. Faut-il rappeler que l'enfant bréviligne du type
CALCAREA CARBONICA a toujours de gros problèmes avec son tube digestif,
souvent par excès alimentaires, parfois par erreurs diététiques. Sa tendance
naturelle à la paresse physique (le petit gros réfractaire aux activités
sportives de l'école !) associée aux excès alimentaires favorisent la mise
en œuvre du mode psorique et d'autant plus que le ralentissement métabolique
"constitutionnel" aboutit précocement à l'auto-intoxication. Ensuite divers
facteurs, dont le froid humide et les vaccinations répétées, ou certains
médicaments chimiques, expliquent la mise en œuvre du mode sycotique, voire
luétique. Nous avons déjà décrit ces problèmes.
Les troubles digestifs, et surtout leur persistance ou leur
récidive fréquente, peuvent entraîner des troubles de l'absorption des
minéraux. On sait que l'acidité du tube digestif est un trait commun à
plusieurs médicaments comme CALCAREA CARBONICA, MAGNESIA CARBONICA et HEPAR
SULFUR. Mais c'est aussi une cause très importante de non absorption des
minéraux dans le tube digestif, dans l'intestin essentiellement. Et
plusieurs auteurs, dont Roland ZISSU, ont souvent insisté sur l'erreur
fréquemment commise par des mamans et en toute bonne conscience qui consiste
à abuser de boissons acides, comme les jus de fruits du commerce, les sodas
en particulier. De plus le ralentissement de la digestion et l'acidité du
tube digestif réunissent leurs effets néfastes pour aboutir à des
malabsorptions des minéraux et donc à des carences minérales, souvent
incomprises des mamans. Or qui dit malabsorption des minéraux dit mode
réactionnel tuberculinique. Pour peu qu'il y ait chez l'enfant un facteur
héréditaire, et le voilà confronté aux problèmes de la minéralisation des
dents, de lait d'abord, mais également des dents permanentes dont on
constatera les dégâts vers 6-7 ans avec l'éruption des premières dents.
Si ces troubles digestifs sont très précoces, les dents de lait
peuvent être très mal minéralisées et l'enfant peut souffrir d'une
mélanodontie ou d'une denture très délabrée, avec son lot de douleurs de
pulpites, et les conséquences pulpo-apicales avec des abcès dentaires à
répétition, impliquant souvent en médecine classique la prescription répétée
d'antibiotiques, que l'on donne déjà pour les troubles respiratoires. Et
comme les formations lymphoganglionnaires sont congestionnées
hypertrophiées, souvent atteintes elles-mêmes d'inflammations à tendance
plus ou moins suppurante, nous allons retrouver chez ces enfants
l'imbrication des modes réactionnels. La réponse immunitaire aux agressions
microbiennes ou virales saisonnières étant défectueuse, manquant
d'efficacité, la chronicité et la récidive sont de règle, avec les
conséquences thérapeutiques déjà plusieurs fois rappelées. Et c'est ainsi
que l'on pourra voir chez ces enfants brévilignes, l'indication de
médicaments du mode tuberculinique, qui semblent incongrus chez eux, tant
ils sont éloignés du type sensible habituel = NATRUM MURIATICUM et
PULSATILLA plus particulièrement et évidemment SILICEA dès lors que la
suppuration est devenue chronique.
On ne sera donc plus étonné de voir l'indication de NATRUM
MURIATICUM, par exemple pour un herpès labial récidivant ou périodique chez
ces enfants brévilignes, alors que l'on décrit l'enfant NATRUM MURIATICUM
comme grand et maigre. L'herpès labial correspond à NATRUM MURIATICUM dans
environ 80% des cas, c'est dire que cette indication dépasse le cadre étroit
du mode tuberculinique. HEPAR SULFUR est également un remède possible
d'herpès labial, certes moins fréquemment indiqué que le précédent.
PULSATILLA semble a priori plus éloigné de HEPAR SULFUR du fait notamment de
sa thermophobie et son amélioration par le froid, modalités inverses de
HEPAR SULFUR. Mais dans PULSATILLA, qui est souvent un enfant un peu obèse,
il y a une nette tendance à la suppuration, notamment au niveau des dents et
des parodontes. La principale différence entre ces médicaments, c'est que
chez un sujet bréviligne du type CALCAREA CARBONICA ou HEPAR SULFUR, ils
sont "occasionnels", c'est-à-dire indiqués dans des circonstances qui ne
sont pas habituelles, qui restent non pas exceptionnelles mais beaucoup
moins caractéristiques. Alors que ce sont des médicaments de fond du mode
tuberculinique, complémentaires des médicaments constitutionnels du sujet
longiligne du type CALCAREA PHOSPHORICA.
Quant à SILICEA, il se trouve très proche de HEPAR SULFUR de
part sa frilosité, ses atteintes lympho-ganglionnaires, ses troubles
généraux que l'on classait autrefois sous le nom générique de scrofule.
C'est essentiellement la suppuration qui unit ces deux médicaments = HEPAR
SULFUR et SILICEA. Mais alors chez ces sujets, ce n'est plus la suppuration
aiguë, parfois spectaculaire par son contexte inflammatoire douloureux, que
l'on retrouve plus volontiers chez des sujets sthéniques du type SULFUR, qui
domine. Les sujets ont perdu leur potentiel réactionnel, ils sont dans un
état de santé déficient, qui s'exprime par des pathologies lésionnelles
récidivantes, tendant à la chronicité malgré les traitements. On peut
simplement préciser que HEPAR SULFUR est moins décompensé que SILICEA dans
cette indication. Tous deux peuvent présenter une denture très délabrée,
avec de nombreux abcès, des adénopathies satellites, qui peuvent à
l'occasion aller jusqu'à la suppuration. On oublie alors HEPAR SULFUR au
profit de SILICEA. Heureusement, bien d'autres signes, notamment ceux du
comportement, sont différents. En cas de suppuration, SILICEA garde son
comportement doux et timide, qui rappelle un peu celui de PULSATILLA, alors
que HEPAR SULFUR se montre toujours irascible, même s'il ne souffre pas,
comme c'est le cas dans un abcès chronique, simplement parce qu'il a peur
des soins, peur de souffrir, cette peur de la douleur devient
disproportionnée, et influence le comportement, comme dans CHAMOMILLA.
De même, on ne peut confondre PULSATILLA et HEPAR SULFUR ou
SILICEA lors d'une suppuration, ne serait-ce que leur attitude respective
vis-à-vis du froid. Le premier est thermophobe et la chaleur sous toutes ses
formes l'aggrave, alors que les deux autres sont très frileux et la chaleur
les améliore. Mais HEPAR SULFUR parvient à se réchauffer, alors que SILICEA
n'arrive pas, même en se couvrant ou en restant couvert dans une pièce
tempérée. SILICEA peut transpirer, notamment des pieds même lorsqu'il a
froid. Ce n'est pas le cas de HEPAR SULFUR.
Ainsi, chez des enfants brévilignes décompensés, donc réagissant
mal aux agressions saisonnières microbiennes ou virales, plusieurs
médicaments apparaissent parce qu'ils ont des signes communs. Mais, parce
que si ces signes sont bien précis dans les livres, ils sont souvent plus
flous en clinique, le praticien se trouve dans une situation complexe qui le
laisse perplexe sur le choix du médicament à prescrire ? Comme cela a été
dit, une construction thérapeutique pluraliste s'impose souvent, à moins
qu'un seul médicament se détache des autres. C'est ici l'occasion de
rappeler que nous avons chacun d'entre nous inscrits sans doute dans notre
code génétique, les quatre modes réactionnels en réserve. Nous utilisons
celui qui nous est le plus naturel dans l'immense majorité des situations
pathologiques. Surtout, c'est le mode psorique que l'on retrouve le plus
fréquemment parce qu'il est un mode physiologique de défense. Mais la cause
déclenchante la plus habituelle, en l'occurrence les excès alimentaires et
la sédentarité, n'a pas les mêmes conséquences selon la morphologie.
Notamment chez le sujet longiligne qui doit son développement en longueur à
un métabolisme accéléré. Henri BERNARD en son temps avait proposé une
explication qui semble difficile à admettre aujourd'hui = l'hypothèse de
l'action de la "toxine tuberculeuse" sur le foie du nouveau-né ou du jeune
enfant qui aurait favorisé une insuffisance hépatique congénitale avec pour
conséquence l'absence ou l'insuffisance de l'élaboration d'anticorps
spécifiques lors des agressions microbiennes ou virales banales. L'enfant
confronté à une agression et faute d'une défense immunitaire préparée,
réagirait par une brutale accélération de son métabolisme, au prix d'une
consommation accrue d'oxygène et de minéraux. Ainsi expliquait-on la
tendance aux déminéralisations en générale et aux caries dentaires précoces.
HEPAR
SULFUR peut correspondre, comme cela a été déjà dit, à des enfants
brévilignes se défendant mal, notamment du fait de l'engorgement de leur
système lymphoganglionnaire. Et comme chaque fois qu'un mode réactionnel se
trouve dépassé par les circonstances, les autres modes sont mis en œuvre.
Sans doute en raison d'un facteur héréditaire, il peut arriver que des
enfants brévilignes usent à leur tour du mode tuberculinique, certes
occasionnellement. Mais la conséquence est la même au niveau des dents de
lait ou permanentes = les troubles de leur minéralisation, expliquant
ensuite les atteintes pulpaires et les complications apicales avec des abcès
à répétition. Et si l'on veut compliquer encore le mode luétique est lui
aussi mis en œuvre du fait des circonstances déjà évoquées. Et voilà réunis
tous les facteurs étiologiques des troubles de la croissance et de la
minéralisation des tissus durs, expliquant par là l'apparition de denture
particulièrement délabrée, dont HEPAR SULFUR n'est qu'un des médicaments
possibles, parmi bien d'autres.
Rappelons que les modes réactionnels ne sont que des constructions
conceptuelles, calquées a posteriori sur des constatations cliniques. C'est
parce que dans certains cas, on constate chez certains sujets, enfants ou
adultes, l'indication de plusieurs médicaments pourtant opposés par certains
signes mais réunis par d'autres, que l'on peut penser que plusieurs modes
réactionnels sont mis en œuvre simultanément. Face à la fragilité
conceptuelle de nos hypothèses, certains peuvent se demander pourquoi des
auteurs persistent à les formuler. C'est le cas fréquent des unicistes qui
refusent souvent la conception même des modes réactionnels. Pourtant, avec
Roland ZISSU et Michel CONAN-MERIADEC, nous pensons avec d'autres, que les
modes réactionnels permettent souvent la compréhension des différentes
pathologies et surtout la proposition d'une prévention. Selon notre avis, il
n'est pas vain de s'interroger sur la signification de l'indication de
médicaments bien différents chez un enfant. Par exemple, si l'on hésite
entre HEPAR SULFUR et MERCURIUS chez le même enfant, c'est parce qu'il met
sans doute en œuvre deux modes réactionnels, dont l'un, le mode luétique,
peut avoir des conséquences fâcheuses sur la croissance, des dents et des
maxillaires entre autres. Même chose si l'on trouve en plus quelques signes
de NATRUM MURIATICUM ou de PULSATILLA, qui signent la mise en œuvre du mode
tuberculinique, avec ses conséquences sur les minéraux et leur métabolisme.
En fonction de l'âge de l'enfant, les conséquences pour les dents peuvent
être graves ou banales. Il est donc justifié pour nous de nous poser la
question pour tenter une prévention, même si l'on doit avouer la fragilité
éventuelle de nos hypothèses. On ne peut se contenter de la prescription
d'un médicament ou d'un autre sans se demander pourquoi et comment le
patient en est arrivé là. Et sans les modes réactionnels, comment répondre à
ces questions ?
HEPAR SULFUR
CHEZ L'ADULTE
Il est logique de retrouver les différentes tendances
diathésiques de HEPAR SULFUR chez un adulte avec cependant quelques
variantes. On peut rappeler ici l'indication fréquente de HEPAR SULFUR dans
les suppurations aiguës, quel que soit le type sensible du sujet car cette
indication repose avant tout sur la similitude physiopathologique.
Comme "remède de fond", HEPAR SULFUR est moins concerné chez
l'adulte et lorsqu'il l'est, il se situe près de CALCAREA CARBONICA et de
SULFUR, ses deux constituants. Le sujet sthénique qui réagit sur le mode
psorique verra des suppurations aiguës, vite dominées par HEPAR SULFUR à
condition que la posologie soit respectée. Mais comme on l'a vu chez
l'enfant, HEPAR SULFUR s'exprime bien mieux dans des situations moins
favorables, lorsque l'organisme se trouve en difficulté pour assurer ses
éliminations nécessaires et salutaires.
On retrouve alors le mode sycotique avec des médicaments comme
GRAPHITES, remède de transition entre le mode psorique devenu insuffisant
par blocage des émonctoires cutané (éruptions croûteuses laissant suinter un
liquide épais et collant, entre autres la blépharite chronique avec les
paupières collées) et intestinal (constipation de plus en plus opiniâtre
avec des selles sèches et dures, difficiles à expulser). On voit apparaître
également l'indication de NATRUM SULFURICUM, remède dominant du mode
sycotique dans sa phase hydrogénoïde, puis de THUYA. Ce qui explique cette
évolution c'est avant tout la sensibilité au froid humide et ce qui en
découle, comme l'imbibition hydrique qui accentue le type sensible (sujet
bréviligne ayant une tendance à l'obésité) ou l'apparition de troubles
articulaires (tiraillements douloureux dans les muscles, gonflement des
articulations avec sensation de dislocation…). On retrouve à l'évidence les
tendances oubliées de HEPAR SULFUR = la chronicité de certaines
inflammations mais gardant la nette tendance à la suppuration (pus d'odeur
désagréable, voire fétide), toutes déclenchées et aggravées par le froid
humide.
Un autre groupe de troubles mérite un commentaire =
les
troubles génito-urinaires. On sait que le mode sycotique est souvent
sollicité à partir soit de troubles du carrefour ORL, soit de troubles
génito-urinaires, les deux favorisés par l'action déclenchante et aggravante
du froid humide et par les erreurs thérapeutiques qui leur sont opposés du
fait de leur chronicité et de leur récidive (antibiothérapie notamment),
sans oublier l'action des vaccinations. Les troubles génito-urinaires ne
concernent pas le chirurgien-dentiste mais cependant, les deux grands
médicaments de fond, lorsque le mode sycotique est impliqué, NATRUM
SULFURICUM et THUYA ont de nombreux signes bucco-dentaires. HEPAR SULFUR
complète l'action de ces deux remèdes de fond chaque fois que les troubles
évoluent vers la suppuration, souvent aiguë ici d'ailleurs = gonorrhée,
herpès avec ulcérations purulentes et fétides du prépuce, leucorrhée fétide,
irritante, avec l'odeur de vieux fromage souvent décrite en différentes
localisations, etc…
A noter que les maladies vénériennes ou les infections à germes
banals (staphylocoques par exemple) concernent aussi MERCURIUS SOLUBILIS qui
a été longtemps utilisé en médecine classique à doses trop fortes et
iatrogènes. Or HEPAR SULFUR est un antidote du mercure, aussi bien sur le
plan chimique qu'en homéopathie.
Sur le plan bucco-dentaire, nous retrouvons et c'est tout de
même curieux un signe commun à HEPAR SULFUR, NATRUM SULFURICUM et THUYA = la
sensation de brûlure de la langue, notamment à la pointe. Or nous voyons
fréquemment ce trouble lingual en consultation, en dehors souvent d'autres
pathologies plus graves. c'est par exemple le cas des glossodynies, dont
HEPAR SULFUR n'est certainement pas le remède.