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Alors que le traitement d’une carie dentaire ne pose pratiquement pas de
gros problèmes, celui d’une gingivite n’en va pas de même. D’abord en
raison des nombreuses formes cliniques, ensuite du fait de la
multiplication des facteurs étiopathogéniques, allant de banales causes
locales d’irritation jusqu’à l’expression buccale de nombreuses maladies
générales.
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A l’état normal, la gencive présente une
surface granuleuse rappelant la peau d’orange, à l’exception
d’une bande de 1 mm environ correspondant à la gencive libre.
Cette texture particulière est due à la présence de fibres de
collagène dans l’épaisseur de la gencive. Dès les prémisses
d’une atteinte gingivale, cet aspect se modifie, le plus souvent
par suite d’un œdème.
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Par évidence exposée à différents facteurs d’agression, notamment du
fait de son contact avec le milieu extérieur, la gencive s’est vue dotée
par la nature ou par la providence, ou encore par le Créateur, de
nombreux moyens défensifs. La salive qui la baigne en est certainement
l’un des principaux par ses composants d’origine immunitaire, par la
présence de nombreux leucocytes, par le lysozyme, et encore bien
d’autres éléments. On sait que le début de la maladie parodontale
commence avec la perte d’étanchéité de l’attache épithéliale de la
gencive au collet de la dent. Cette zone critique est donc naturellement
protégée = c’est le rôle du fluide gingival richement équipé
d’éléments immunitaires. Enfin, la gencive est largement fournie
d’éléments immunitaires dans l’épaisseur de ses couches.
Un autre
facteur capital de la défense gingivale est constitué par sa
vascularisation. Chaque fois que la gencive est agressée, la première
manifestation réactionnelle est un œdème, par dilatation des capillaires
sous-jacents et par augmentation de leur perméabilité afin de concentrer
au niveau du foyer inflammatoire les éléments cellulaires de la réponse
immunitaire. On comprend dès lors le retentissement gingival de la
quasi-totalité des maladies du sang. On comprend également les
conséquences des troubles de la circulation sanguine en amont, dont la
congestion veineuse qui peut perturber plus ou moins gravement la
réponse immunitaire, que l’on rencontre lors des atteintes hépatiques.
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Un esprit homéopathique en lisant ces banalités ne peut
qu’évoquer, malgré lui, certains médicaments homéopathiques.
La congestion veineuse est une étape physiopathologique du mode
tuberculinique surtout, puis du mode psorique.
SEPIA, PULSATILLA, LYCOPODIUM, NUX
VOMICA, SULFUR viennent à l’esprit. Et lorsqu’on se
souvient que le mode luétique perturbe la vascularisation,
on comprend dès lors l’importance des atteintes gingivales et
parodontales chez les sujets réagissant par ce mode. On comprend
ainsi l’importance des lésions parodontales que l’on trouve dans
MERCURIUS SOLUBILIS, notamment chez un sujet ayant
longtemps réagi sur le mode psorique et que l’alcoolisme
chronique, entre autres causes, a poussé à user du mode
luétique. |

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La première agression permanente, particulièrement banale, est
constituée par la présence de la plaque dentaire, qui
justifie à l’évidence le rôle préventif et curatif de l’hygiène
bucco-dentaire. Ainsi peut-on constater en absence de brossage
des modifications de l’aspect de la gencive et ce, assez
rapidement. Notamment, la constitution d’un oedème discret ouvre
déjà la voie de la pathologie gingivale parce qu’il favorise la
rétention de débris alimentaires dans le sulcus gingival ainsi
élargi, et surtout par exacerbation de la virulence de la flore
microbienne de la plaque dentaire concentrée en ces lieux
limités. |

Plaque dentaire colorée |
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Il
n’est pas question de faire l’injure à nos confrères
chirurgiens-dentistes de leur rappeler le rôle étiologique des
irritations locales, du tartre et autres facteurs locaux, comme
le traumatisme occlusal, les malpositions, la
respiration buccale, le tabac, etc..., en principe
causes bien connues, dans le développement des gingivites et d’une
manière plus extensive des maladies parodontales.
L’objet du présent texte est d’aborder un aspect connu mais
actuellement sans réponse thérapeutique en médecine classique = tous les
parodontologistes reconnaissent le rôle favorisant, prédisposant,
aggravant, de ce qu’il faut appeler le « terrain ».
Il est probable que le code génétique explique la résistance ou la
sensibilité de chacun d’entre nous aux facteurs d’agression gingivale.
Mais à l’heure actuelle, aucun moyen thérapeutique préventif ou curatif
n’existe encore faute de connaissances suffisantes. Les homéopathes
possèdent une conception du « terrain », qui n’est certes pas la seule
Vérité, mais qui permet d’interpréter certaines formes cliniques de
gingivites et de leur opposer un médicament capable expérimentalement de
provoquer la même forme clinique. On peut même affirmer que le
« terrain » imprime sa marque à toutes les réactions locales. La même
gingivite définie par quelques symptômes pathognomoniques bien
déterminés n’a pas la même signification selon « l’environnement »
conditionné par le « terrain », avec ses composantes héréditaires et les
facteurs acquis par le mode de vie.
Il y a de
plus des facteurs étiologiques qui exigent un traitement spécifique et
contre lesquels il n’existe pas de solution homéopathique. C’est le cas
du rôle de l’alimentation dans l’apparition de certaines formes de
gingivites. Par exemple, une alimentation trop liquide favorise
l’accumulation de la plaque dentaire par suppression de l’action certes
très modérée de « nettoyage mécanique » par la mastication d’aliments
durs. Une alimentation trop facile à mastiquer favorise sans doute
l’atrophie du parodonte, de la même manière que l’immobilisation d’un
membre entraîne une atrophie musculaire. Le rôle des hydrates de
carbone, et notamment de certains sucres, est bien connu pour y
insister. Enfin, certaines carences d’origine alimentaire peuvent
déclencher une gingivite, l’exemple le plus frappant étant le scorbut,
certes aujourd’hui disparu dans les pays développés. Des intoxications
par métaux lourds ont également une action déclenchante dans certaines
formes de gingivites, de même que les intoxications médicamenteuses dont
la plus fameuse est celle due à la diphénylhydantoïnate de soude.
Les
facteurs psycho-somatiques ne doivent pas être oubliés. La fréquence des
maladies gingivales et parodontales chez les malades mentaux en
constitue un argument, qui doit cependant être relativisé du fait d’une
absence d’hygiène buccale fréquente chez ces malades. Mais la pérennité
d’un état de stress est reconnue comme facteur déclenchant et aggravant,
notamment dans la gingivite ulcéro-nécrotique. Or la situation actuelle,
économique et sociale, multiplie les facteurs psychogènes qui peuvent,
chez des sujets sans doute prédisposés (du moins selon la conception
homéopathique), provoquer des réactions gingivales, entre autres
localisations. Et sur ce chapitre, l’homéopathie se trouve bien armée.
Il existe
plusieurs chapitres de causes générales des gingivites qui ne peuvent
être traitées que par le médecin. Ce sont celles qui résultent de
troubles endocriniens = diabète, puberté, grossesse, menstruation,
ménopause, hypothyroïdie, etc..., sans oublier les leucémies, les
anémies et autres maladies sanguines, et également le SIDA. Mais, quelle
que soit la cause générale, qui nécessite la prise en charge par un
médecin, le dentiste se doit de supprimer tous les facteurs locaux qui
aggravent la gingivite ou qui amplifient les conséquences.
Dans une plaquette appelée « Atlas de parodontologie », éditée
par les Laboratoires UPSA (sans date de publication), le
parodontologiste Alain RIVAULT affirme : « Si parfois l’état
local permet de déceler l’existence d’une maladie générale, très souvent
celle-ci passe inaperçue à moins qu’un interrogatoire détaillée de
chaque patient ne soit entrepris avant tout traitement. Une telle
pratique peut mettre à l’abri de bien des déceptions quant à la
pérennité de l’amélioration qu’il est, malgré tout, possible d’obtenir
dans la très grande majorité des cas grâce à un traitement uniquement
local. La méconnaissance de ces relations risque donc de conduire à de
graves erreurs de diagnostic et par conséquent thérapeutiques. Il ne
nous appartient pas de traiter l’état général, mais de par notre
position privilégiée, observateurs attentifs de la muqueuse buccale,
c’est souvent à nous qu’incombe la responsabilité de déceler et parfois
de diagnostiquer ces problèmes ».
A. RIVAULT
pose un vrai problème. Face à une gingivite qui semble banale, n’importe
quel chirurgien-dentiste met en œuvre les moyens thérapeutiques
habituels, quel que soit le patient, son histoire pathologique et ses
antécédents. Si la cause n’est pas locale, il est bien évident que la
récidive sera de règle On recommence alors les mêmes traitements et on
culpabilise souvent le patient sur son hygiène insuffisamment maîtrisée.
On traque la moindre trace de plaque dentaire, on exige l’emploi de
jets, d’écouvillons, de fil dentaire et le malheureux patient passe une
heure matin et soir dans sa salle de bain, pour un résultat hélas
décevant et décourageant pour lui-même bien sûr et pour le praticien
Mais
imaginons un scénario bien connu des homéopathes. Devant un tel cas
récidivant, imaginons que le chirurgien-dentiste commence à envisager
l’existence possible d’une cause générale, mais les examens
n’aboutissent à rien. Que pourra faire alors ce praticien ? Soyons plus
précis. Voici un adolescent qui a vu fleurir sur son visage une acné
disgracieuse qui lui donne quelques complexes, surtout à cet âge
critique. Un médecin lui prescrit une pommade ou une lotion qui fait
miracle. Mais quelques semaines plus tard, le même adolescent se
précipite au cabinet dentaire pour une gingivite ulcéreuse unilatérale
très douloureuse au niveau des prémolaires et molaires supérieures.
L’examen ne montre aucun facteur local. On pense alors à une sinusite
maxillaire. Le plus souvent le praticien « classique » commence par
proposer un bain de bouche après éventuellement un détartrage soigneux
si nécessaire, puis si ce premier traitement local ne suffit pas, il
prescrit un antibiotique associé ou non à un anti-inflammatoire.
Miracle, tout guérit en quelques jours. Oui mais, l’acné réapparaît
quelques jours ou semaines plus tard. Le jeune homme retourne voir son
médecin et.... l’histoire recommence ! Ni le médecin, ni le dentiste ne
peuvent comprendre ce qui unit ces deux affections chez ce jeune patient
et le plus souvent ces deux praticiens n’ont aucune relation, chacun
traitant son secteur. Or n’importe quel homéopathe comprend le lien de
cause à effet entre la suppression d’une élimination cutanée et
l’apparition d’une métastase au niveau d’une muqueuse. Ce cercle
vicieux appartient au mode réactionnel psorique et la similitude
réactionnelle impose dans ce cas d’abord MEZEREUM puis SULFUR. Ainsi
pourra-t-on rompre le cercle vicieux. Dans ce cas précis, une gingivite
banale non expliquée par une cause locale offre une signification
originale que les homéopathes peuvent comprendre et surtout guérir
rapidement sans effet iatrogène.
On peut
même affirmer que dans de tels cas, la guérison durable de la gingivite
par des médicaments chimiques peut susciter une métastase ailleurs que
dans la bouche qui peut se révéler plus néfaste pour le patient. Le
dentiste sera pourtant satisfait de son traitement avec la conviction de
l’avoir bien conduit, la preuve est évidente, la gencive est redevenue
normale. Le patient lui-même sera satisfait de son dentiste.
L’apparition quelques temps plus tard d’une colite, d’une bronchite ou
d’un eczéma ne concerne plus le dentiste. Ni le patient, ni son
dentiste, ni même le médecin ne feront le rapport de cause à effet entre
ces affections disparates. Le mode psorique ? Ils n’en ont même pas la
moindre notion. Et l’homéopathie ? Il faut y croire, ce n’est qu’un
effet placebo, etc...
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NOURRISSONS, DENTITION,
GINGIVITES
ET MODES RÉACTIONNELS |
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La dentition peut être l’occasion de quelques ennuis
locaux ou généraux. Même si ces incidents sont la plupart du
temps bénins, il arrive parfois qu’ils débordent le cadre local
de la péricoronarite. Il y a quelques décennies, ces incidents
faisaient encore l’objet de querelles étiopathogéniques.
Plusieurs théories tentaient de les expliquer.
Mais ce qui est intéressant est que le Pr CHOMPRET, cité
par M. DECHAUME dans son:« Précis de stomatologie » -
Masson 1966, affirmait : « La question de terrain domine
ici la scène : l’enfant peut, par hérédité, être un
déprimé et il peut l’être également du fait de maladies
antérieures... S’il est vrai que la dentition ne peut, à elle
seule, déterminer des accidents généraux, il n’est pas moins
certain qu’elle est parfois la cause déterminante, le déclic
d’un réflexe agissant sur un terrain prédisposé, par une tare
héréditaire ou acquise ».
Le Professeur CHOMPRET avait raison et il a bien vu l’importance
du « terrain » même dans les troubles de la dentition.
Malheureusement il ignorait sans doute l’homéopathie et la
conception des modes réactionnels, sans quoi il n’eut pas été
surpris et surtout il aurait pu disposer d’un moyen
thérapeutique particulièrement efficace chez les nourrissons et
surtout sans effets secondaires. C’est ce que nous allons tenter
de démontrer dans les chapitres suivants.
Une gingivite érythémateuse est banale en elle-même
et pourtant elle peut être l’occasion de mettre en évidence
l’existence des modes réactionnels, offrant un très grand nombre
de tableaux cliniques.
Le nourrisson "normoligne" :
Ce type d’enfant répond très souvent à SULFUR
et c’est chez lui que la dentition pose le moins de problème.
Mais il peut arriver quelques incidents locaux comme une banale
gingivite. Le remède le plus fréquent est alors ACONIT :
|
·
Gingivite érythémateuse
apparaissant brusquement
·
Bouche sèche avec soif
intense
·
Agitation, nervosité
·
Peau sèche et bouche sèche.
|
 |
Vite atteint, mais vite remis, la sortie de
la dent entraîne la disparition de tous les signes. Parfois,
lorsque les signes d’excitation dominent, la prise de CHAMOMILLA
s’impose. Dans ce cas, les signes buccaux sont insignifiants, il
n’y a même pas de gingivite, tout au plus une sécheresse buccale
avec soif. C’est le comportement du bébé qui justifie ce
remède : bébé grognon, devenu capricieux, exigeant d’être bercé,
une joue rouge et chaude (celle du côté de la dent en cause),
l’autre pâle et froide.
Mais déjà, même au cours d’un incident aussi banal,
le « terrain » intervient. A côté du bébé typiquement SULFUR
sthénique qu’Henri BERNARD appelait Sulfur neutre
parce que réagissant uniquement sur le mode psorique, cet auteur
décrivait deux autres nourrissons SULFUR moins sthéniques. L’un
SULFUR gras se rapproche de CALCAREA CARBONICA, l’autre SULFUR
maigre évoque CALCAREA PHOSPHORICA. Dans le cas de ce SULFUR
neutre, l’amélioration générale consécutive à la poussée
dentaire après un épisode réactionnel sthénique et court permet
d’imaginer qu’il s’agit sans doute d’une élimination centrifuge
du type psorique. Cette même amélioration se voit également dans
les deux autres types de SULFUR, mais déjà la conjonction des
autres modes réactionnels (sycotique pour Sulfur gras et
tuberculinique pour Sulfur maigre) imprime des réactions
différentes, le trait d’union restant la gingivite
érythémateuse, qui n’a donc plus la même signification.
Le nourrisson "bréviligne" :
C’est le nourrisson
CALCAREA CARBONICA. Les troubles
de la dentition sont déjà plus fréquents. Il n’est pas possible
de reprendre ici une étude exhaustive de ce nourrisson que nous
avons déjà proposée plusieurs fois et que Roland ZISSU a
particulièrement bien étudiée dans sa : « Matière médicale
homéopathique constitutionnelle » Tome 1. Rappelons seulement
que ce nourrisson peut répondre au standard publicitaire du bébé
cadum. Ou bien il peut présenter quelques signes de
décompensation, soit dans le sens de l’obésité avec des troubles
correspondant aux modes psorique et sycotique, soit moins
fréquemment dans le sens de l’amaigrissement avec mise en œuvre
temporaire du mode tuberculinique.
La dentition est souvent une source d’ennuis. Elle
est le plus souvent en retard, comme presque toutes les
fonctions. Elle peut s’accompagner d’un état inflammatoire local
qui donne le tableau clinique de BELLADONA :
|
·
Gingivite érythémateuse,
bouche sèche, grande soif.
·
Tête chaude, en sueurs,
rouge.
·
Yeux brillants, mydriase,
larmoiement.
·
Bébé abattu, fatigué,
fiévreux.
·
Parfois convulsions et
délire.
|
 |
On peut retrouver l’indication de CHAMOMILLA.
La dentition, chez ce nourrisson bréviligne, peut
être à l’origine de troubles locaux avec gingivite et surtout de
troubles digestifs :
Magnesia carbonica :
·
Intolérance au lait qui est
vomi en gros caillots.
·
Diarrhée décolorée,
coliques, ballonnement, gaz..
·
Sueurs acides.
·
Gingivite aphteuse avec
bouche sèche.
Podophyllum :
|
·
Fièvre, rougeur de la face,
soif, abattement = Belladona.
·
Diarrhée profuse, aqueuse,
fétide, jaillissante.
·
Gingivite banale, mais
gémissements, besoin de mordre
et de serrer les arcades,
salivation abondante.
|
 |
L’enfant "longiligne" :
La dentition, souvent en retard, est à l’origine de
troubles digestifs fréquents. CALCAREA PHOSPHORICA est un remède
constitutionnel que l’on peut donner à titre préventif (d’après
le contexte familial, le type morphologique) ou curatif :
·
Spasmes intestinaux qui
expliquent sans doute les pleurs après les tétées.
·
Gaz abondants et fétides,
diarrhée aqueuse, verdâtre, éclaboussante
·
Gingivite banale mais sans
doute douloureuse (parce que l’enfant pleure et crie).
En cas de syndrome fébrile, le remède le plus
fréquent est FERRUM PHOSPHORICUM = instabilité vasomotrice avec
face rouge ou pâle, tête chaude, soif modérée, pouls rapide et
au niveau de la dent responsable : gingivite érythémateuse plus
ou moins étendue, avec congestion locale. Mais le plus
significatif chez ce nourrisson est que le mode tuberculinique
s’exprime déjà par une réponse moins sthénique, avec rapidement
une pâleur qui traduit une tendance à l’anémie et surtout un
amaigrissement plus ou moins rapide, avec risque de
déshydratation, qui menace toujours ce biotype. Les troubles
digestifs fréquents imposent souvent un remède complémentaire,
comme Magnesia phosphorica qui a surtout des spasmes
abdominaux très douloureux, mais peu ou pas de gingivite. Ce qui
n’est pas le cas du suivant :
Argentum nitricum :
L’indication de ce remède pose le problème de la
mise en œuvre simultanée de deux modes réactionnels =
tuberculinique et luétique, ce qui représente une menace pour la
minéralisation des dents :
·
Diarrhée éclaboussante, gaz
abondants et bruyants, qui n’améliorent pas le ballonnement,
selles membraneuses qui verdissent rapidement, comme des
épinards hachés.
·
Agitation, sans doute du
fait des coliques douloureuses.
·
Gingivite banale mais
saignant facilement ou déjà tendance aux ulcérations.
Jalapa :
·
Nourrisson calme le jour
mais agité la nuit.
·
Diarrhée aqueuse,
sanguinolente, pâteuse, d’odeur acide, émise en jets, avec
coliques avant et pendant la selle.
·
Douleurs abdominales
améliorées par une éructation ou par les gaz.
·
Face cyanosée, froideur du
corps mais pieds brûlants.
·
Pas ou peu de signes
buccaux, en dehors d’une langue lisse vernissée.
SILICEA :
Ce grand remède du rachitisme échappe au cadre
étroit d’un seul mode réactionnel, même si le mode
tuberculinique est prépondérant. Il peut être indiqué lors de
troubles de la dentition, qui est souvent en retard. Ce retard
n’est pas isolé : retard pour la fermeture des fontanelles, plus
tard pour la marche et la phonation. Le type sensible est un
nourrisson maigre ou amaigri (sauf au niveau du ventre qui peut
être très gros), frileux, avec une face maladive, ridée et
vieillotte mais avec un regard vif (le tout rappelant
LYCOPODIUM). Il a des sueurs abondantes, surtout de la tête et
des pieds (odeur fétide) comme CALCAREA CARBONICA. Il ne
supporte pas ou plus le lait maternel (aversion, vomissements,
diarrhée) ou de vache (constipation).
La dentition peut être à l’origine d’une gingivite
banale, mais avec une tendance à la suppuration avec des
adénopathies satellites. Cette gingivite suppurée se voit
essentiellement chez des enfants dénutris ou rachitiques.
Rheum :
Ce petit médicament peut accompagner CALCAREA
PHOSPHORICA ou SILICEA lorsque les troubles digestifs
dominent : diarrhée aigre, douloureuse sans doute à cause des
coliques avant et pendant la selle car le bébé pleure et pousse
des cris en cette occasion. Le bébé devient agité, grognon,
capricieux, sa face est pâle, surtout pendant le sommeil avec
des sueurs froides autour de la bouche et du nez.
L’enfant "dystrophique" :
Alors que l’on connaît le rôle préventif essentiel
de CALCAREA FLUORICA chez l’enfant dystrophique à la fois sur la
minéralisation des dents et sur le développement des
maxillaires, ce médicament n’est pas cité dans le Répertoire de
KENT au chapitre « Troubles de la dentition », mais FLUORIC
ACID. est cité au degré moyen à « Dentition lente » et l’on
trouve Kreosotum et Phytolacca au
chapitre « dentition difficile ».
Kreosotum peut être indiqué lors de la
dentition sur les signes d’une gingivite banale : gencive
gonflée, douloureuse, parfois ulcérée et saignante, haleine
fétide, sécheresse importante car le simple effleurement d’un
miroir ou d’un abaisse-langue peut faire saigner. Le bébé
devient grognon, pleure facilement. La dentition peut être
accompagnée de troubles digestifs comme une diarrhée irritante,
des selles sanguinolentes et fétides, une tendance à la
déshydratation, avec amaigrissement, aspect vieillot et
souffreteux qui évoquent SILICEA. Lors des premières éruptions
il est évidemment encore trop tôt pour constater des lésions
dentaires, car ce médicament est l’un des plus importants
remèdes de la mélanodontie.
Phytolacca, le « mercure végétal », est
indiqué lors d’une gingivite liée à la dentition lorsque le bébé
éprouve le besoin impérieux de mordre, de serrer ses arcades
l’une contre l’autre, comme dans Podophyllum. Mais la gingivite
est ici très banale, lorsqu’elle existe. Elle peut avoir une
forme ulcéreuse qui exprime à l’évidence la modalité luétique
qu’il convient de préciser par le contexte.
EN CONCLUSION DE CE CHAPITRE
La gingivite est une manifestation pathologique
banale, notamment au cours de la dentition. Et pourtant elle
permet par son contexte et par ses formes cliniques de montrer
que les modes réactionnels généraux impriment leurs
caractéristiques originales. Surtout, la mise en évidence d’un
mode réactionnel à partir de cet incident banal en lui-même
permet de mesurer les risques potentiels qui pèsent
éventuellement sur les dents, sur leur minéralisation et sur
leur implantation à une époque où une action préventive peut et
doit être tentée. A partir du premier incident de dentition, il
est facile de proposer un traitement préventif pour l’éruption
des dents suivantes en élargissant cette action préventive à
l’ensemble.
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HISTOIRES DE
GINGIVITES ULCERO-NECROTIQUES
Voici une forme de gingivite banale et
fréquente. Elle débute par une gingivite érythémateuse
au niveau des papilles puis évolue rapidement vers
l’ulcération et la nécrose. A la période d’état, on
constate des fausses membranes grisâtres, recouvrant une
zone congestionnée et douloureuse, saignant facilement
au moindre toucher. Déjà s’affirment des formes
cliniques différentes : l’inflammation peut rester
localisée à une ou quelques papilles ou s’étendre plus
ou moins. L’aspect des ulcérations et leur gravité
peuvent varier. On peut même voir des ulcérations dans
toute la bouche et au niveau des bords de la langue.
L’adénopathie satellite est fréquente mais non
obligatoire. Il y a parfois un peu de température et/ou
un vague sentiment de malaise. Toujours à la période
d’état, il y a des douleurs brûlantes, des
gingivorragies spontanées, des difficultés
masticatoires. L’halitose est de règle et souvent il y a
une hypersalivation, parfois pire la nuit. Cette phase
dure de 8 à 10 jours, disparaît spontanément pour
évoluer vers la chronicité avec progressivement
formation de cratères, de poches suppurées, et donc de
pertes de substances alvéolaires. C’est la maladie
parodontale.
Les causes reconnues par les officiels sont
d’abord et avant tout l’hygiène bucco-dentaire qui peut
être soit absente, soit nettement insuffisante. Puis la
notion de stress est avancée et conditionne le
traitement (psychothérapie, tranquillisants,
anxiolytiques, etc...). Dans de nombreux cas, il faut
rechercher une cause générale , comme celles déjà
évoquées plus haut. Les officiels reconnaissent que dans
la majorité des cas l’antibiothérapie est inutile, alors
qu’elle est pourtant presque systématique proposée ! Il
est évident que les traitements locaux sont toujours
indispensables : détartrage, surfaçage, débridement des
poches, etc... Ils exigent cependant d’être complétés
par le traitement général si nécessaire.
Si l’on valorise sur tous ces signes, deux
médicaments se détachent nettement = en premier
MERCURIUS SOLUBILIS, ensuite juste après SULFUR,
enfin en retrait IODUM. Puis viennent de nombreux
médicaments.
Pour illustrer l’histoire de la gingivite à
travers les modes réactionnels, il faut commencer par
traiter de celle de SULFUR,
remède comprenant le plus de symptômes de tous ceux de
la Matière médicale et chef de file « incontournable »
du mode réactionnel psorique. On peut même affirmer que
nous sommes tous des SULFUR, ou que tous, nous le
sommes, nous l’avons été ou nous le serons à un moment
de notre vie.
N’importe quel organisme doit, pour assurer
son équilibre fondamental, recevoir d’abord les
nutriments dont il a besoin, idéalement en quantités et
en qualités adaptées à ses propres besoins, variables
d’un sujet à un autre. Puis il lui est nécessaire de les
transformer et de les répartir pour répondre aux
besoins des différentes fonctions, c’est ce qu’on
appelle le métabolisme. Enfin, ce dernier produit
obligatoirement des déchets que l’organisme doit
éliminer, d’abord et à l’évidence par les voies
naturelles (foie, rein, intestin par exemple), ensuite
par des voies de suppléance lorsque les premières ne
suffisent plus, sous peine de troubles fonctionnels
d’abord, puis organiques et enfin lésionnels. Or, le
soufre joue un rôle capital dans tous les processus de
désintoxication de l’organisme.
Tout ce qui précède se retrouve chez tous
les sujets, quel que soit le type morphologique.
Cependant, un individu est le fruit d’un très grand
nombre de brassages génétiques, ce qui explique la
rareté des types morphologiques « purs » et la très
grande variété des biotypes mixtes. Cela n’a pas
échappé aux homéopathes qui ont défini quatre grandes
modalités réactionnelles, avec au sein de chacune de
très nombreuses variantes individuelles. Cette
conception du « terrain » ne pose pas de problèmes
particuliers en thérapeutique homéopathique, car il
suffit de retrouver chez le malade quelques symptômes
suffisamment précis pour déterminer le « remède
semblable ». Le problème est surtout celui d’expliquer
et de faire comprendre ces notions car il est alors
nécessaire et inévitable de schématiser.
LES
« GINGIVITES » DE SULFUR
Premier cas de figure :
Voici un homme d’une trentaine d’années,
jusque-là sans ennui de santé, qui vient consulter pour
une gingivite banale = muqueuse gingivale oedémateuse,
rouge sombre, gingivorragies
surtout provoquées (contact, brossage),
douleurs brûlantes, sécheresse buccale avec soif. Cette
gingivite se reproduit périodiquement depuis deux ou
trois ans et il n’y a pourtant pas de cause locale qui
pourrait l’expliquer. Par ailleurs, ce sujet n’a
pratiquement jamais été vraiment malade. Les maladies
infantiles ont été rapidement surmontées. On note
seulement quelques furoncles à l’adolescence.
Sur ces symptômes locaux banals, il n’est
pas facile de mettre en évidence le seul médicament
indiqué tant sont nombreux les médicaments
homéopathiques éventuels et il faut sans doute pousser
encore plus loin l ‘interrogatoire. Mais l’expérience
montre que SULFUR répond déjà à cette situation,
notamment sur deux notions = d’abord celle de la
périodicité, ensuite sur le fait que ce sujet a toujours
réagi avec sthénicité aux quelques affections qui l’ont
atteint. En fait, le résultat du traitement par ce
médicament confirmera cette affirmation. Sans aucun
doute, on trouvera des signes du mode psorique chez les
parents.
Deuxième cas de figure :
On peut reprendre l’exemple précédent, avec les mêmes
signes bucco-dentaires. Mais si ce patient reste en très
bonne santé, il présente quelques petits signes qui sont
autant d’indices d’un début de décompensation. Par
exemple, ce sujet jusque-là indifférent aux facteurs
climatiques ne supporte plus la chaleur,
particulièrement la chaleur confinée et celle du lit qui
l’oblige à sortir les pieds. Le matin vers 11 heures, il
ressent une fatigue inhabituelle, un « coup de pompe »
qu’il surmonte en mangeant de préférence une pâtisserie
ou des biscuits. L’interrogatoire met en évidence une
alternance entre une petite éruption cutanée sur la
jambe gauche, type eczéma banal, simplement rouge et
pruriant, surtout à la chaleur du lit ou après la douche
et la gingivite.
Cette gingivite banale exprime déjà la mise en œuvre du
mode psorique. Ce patient est engagé dans la vie
professionnelle depuis quelques années et son métier
l’oblige à une vie sédentaire qu’il n’a pas la sagesse
de compenser par des activités sportives ou par un
régime alimentaire adapté à ses besoins.
La prise de SULFUR en 9 ou 15 CH une
fois par semaine fait disparaître aussi bien l’éruption
cutanée que la gingivite. Mais il est nécessaire de
faire respecter des règles d’hygiène de vie sous peine
de récidive.
Troisième cas de
figure :
Voici un homme d’une trentaine d’années,
cadre dans une entreprise, très actif, voire surmené,
qui vient consulter pour une gingivite hémorragique.
L’examen endo-buccal et l’interrogatoire montrent une
gencive oedémateuse, ulcérée par endroits et rouge, du
tartre, une hygiène buccale peu satisfaisante, quelques
dents cariées, une salivation abondante, une haleine
désagréable (surtout le matin à jeun), la langue est
sale notamment dans sa partie postérieure. Le patient se
plaint d’une sécheresse buccale et d’une sensation de
brûlure. Ce n’est pas la première fois que ce patient
souffre de cette gingivite, ou d’une aphtose.
En poussant plus avant l’interrogatoire, on
apprend que cette gingivite survient surtout au cours ou
juste après des troubles digestifs = ballonnement
abdominal juste après le repas qui oblige à desserrer la
ceinture, mauvaises habitudes alimentaires (abus de mets
épicés, de viandes, de sauces, de tabac, d’alcools, de
café...).
Tout cela a provoqué une dyspepsie avec des brûlures
d’estomac, des renvois, une constipation avec des
besoins urgents et une exonération incomplète, ténesme
après la selle. De plus, tous ces troubles et le
surmenage ont entraîné des troubles du comportement =
irascibilité, impatience, intolérance à la moindre
contrariété et irritabilité avec ses proches,
comportement autoritaire, colères violentes,
agressivité, etc... avec de temps en temps des périodes
de dépression, avec dégoût pour le travail, insomnie
(réveil vers 3 heures du matin sans pouvoir se rendormir
après) mais avec somnolence postprandiale (amélioration
de tous les signes par un court sommeil).
Ce tableau clinique esquissé à grands traits
peut être affiné = on peut voir apparaître une rhinite
spasmodique comme une pollinose ou des coryzas à
répétition provoqués par le froid, car ce patient
autrefois indifférent au climat, puis intolérant à la
chaleur surtout confinée est devenu sensible au froid.
Il y a souvent également apparition de poussées
d’hémorroïdes prurigineuses (améliorées par des bains de
siège froids).
Ce troisième cas de figure illustre la
décompensation d’un sujet engagé dans des conditions de
vie défavorables et tentant de maintenir son équilibre
par le mode réactionnel psorique. On retrouve les
alternances et la périodicité des troubles, traduisant
des tentatives d’éliminations sur la peau et sur les
muqueuses, habituellement et pendant une période plus ou
moins longue suivies d’une amélioration de l’état
général. Le tandem NUX VOMICA / SULFUR rend d’immenses
services sur le plan thérapeutique.
MAIS et cela est capital,
l’indication de NUX VOMICA traduit une décompensation,
certes encore réversible, mais lourde de menaces si le
patient poursuivait ce mode de vie défavorable. La
gingivite érythémateuse banale du début a évolué vers
une forme ulcéro-nécrotique qui annonce la maladie
parodontale qui peut s’esquisser déjà dans NUX VOMICA.
Quatrième cas de figure :
On peut imaginer un cas semblable au
précédent, mais nettement plus aggravé, notamment sur le
plan bucco-dentaire. Cette fois, la maladie parodontale
est bien évidente, avec ses poches suppurantes, son
alvéolyse, ses gingivorragies.
On a pu voir ce patient l’année précédente
pour des éruptions d’herpès croûteux sur les lèvres, ou
pour une aphtose buccale récidivante, ou déjà pour une
gingivite ulcéreuse. Ce patient n’a pas tenu compte des
conseils d’hygiène de vie et ses troubles digestifs se
sont aggravés : flatulence (pire entre 16h et 20h, soit
deux ou trois heures après le repas), pyrosis,
dyskinésies biliaires (avec ou non des lithiases),
migraines d’origine hépatique, éventuellement un ulcère
de l’estomac ou des troubles urinaires avec ou non des
coliques néphrétiques. L’appétit est devenu capricieux
avec des fringales et des désirs (sucreries, aliments
chauds, huîtres), mais certains aliments ne sont plus
tolérés (huîtres, oignons, ail, féculents), faim
nocturne ou durant la céphalée. Mais le patient est vite
rassasié.
Dans un cas encore plus avancé, les examens
de laboratoire montrent une tendance au cholestérol, aux
triglycérides, à l’uricémie, à l’urémie, etc... soit une
nette décompensation sur le plan général avec
amaigrissement (mais l’abdomen est plus volumineux),
asthénie physique qui peut contraster plus ou moins
longtemps avec le maintien d’un bon fonctionnement
intellectuel. La peau reste rarement intact : elle est
souvent le siège d’une urticaire chronique, ou d’un
eczéma pruriant, qui saigne facilement, ou d’une
dermatose séborrhéïque, etc...
Cette gingivite ulcéro-nécrotique qui est devenue une
vraie maladie parodontale traduit une décompensation
aggravée. Les éliminations du mode psorique dont ce
patient a un besoin crucial se font mal = blocage de
l’émonctoire intestinal (constipation du type Nux
vomica mais sans le péristaltisme), blocage de
l’émonctoire cutané, blocage de l’émonctoire urinaire,
le tout du fait d’une atteinte de la fonction hépatique.
Plusieurs conséquences en résultent = d’abord
l’apparition d’une maladie parodontale exige une
solution chirurgicale car les lésions sont irréversibles
- ensuite il est fréquent que l’organisme mette en œuvre
un autre mode réactionnel. Et c’est à ce stade que
s’expriment certaines tendances héréditaires dont la
biotypologie est l’un des éléments.
Différentes orientations
à partir de LYCOPODIUM :
LYCOPODIUM n’appartient pas à l’organisme,
il s’agit d’une plante herbacée dont les spores ont une
action centrée sur le foie, ce qui explique son action
étendue. Celle-ci n’est pas liée à l’évidence à un type
morphologique particulier. Quel que soit le biotype,
LYCOPODIUM provoque expérimentalement une insuffisance
hépatique progressive allant d’une atteinte d’abord
fonctionnelle (congestion portale) puis pré-lésionnelle
(atteinte des hépatocytes), enfin lésionnelle
(atrophie).
L’insuffisance hépatique qui explique
l’indication de LYCOPODIUM se rencontre dans deux modes
réactionnels :
·
Le mode psorique
= sous
l’action conjuguée et étalée dans le temps de facteurs
d’auto-intoxication (vie sédentaire, alimentation
inadaptée, stress psychiques...), l’insuffisance
hépatique s’accroît au fur et à mesure que les
émonctoires deviennent insuffisants et qu’apparaissent
des troubles nutritionnels. Rappelons que lorsque le
mode psorique ne suffit plus, le mode sycotique
est alors mis en œuvre pour peu que le patient y soit
prédisposé (facteurs héréditaires) et que quelques
causes occasionnelles agissent (vaccinations,
médicaments chimiques déprimant le système immunitaire,
climat froid et humide, etc...).
·
Le mode tuberculinique =
l’insuffisance hépatique est précoce, certains auteurs
affirment même qu’elle est congénitale, ce qui explique
l’indication de LYCOPODIUM chez l’enfant.
1/ L’orientation
psorique ou psoro-sycotique :
GRAPHITES :
Ce minéral se trouve indiqué lorsque les
émonctoires de suppléance ne suffisent plus = blocage
des émonctoires :
·
Intestinal = constipation
sans besoin avec selles de moins en moins abondantes,
grasses, noueuses, entrecoupées de diarrhées avec
scybales dures (ces diarrhées font suite à la
disparition ou à la suppression d’une éruption cutanée).
Le tout dans un contexte digestif dû à la sédentarité et
aux erreurs alimentaires = foie dur et douloureux,
flatulence avec coliques, gaz fétides, constipation de
plus en plus opiniâtre...
·
Cutané = peau malsaine,
sèche, épaissie, suppurant facilement, prurit pire la
nuit à la chaleur du lit (Sulfur, Psorinum...), fissurée
avec des éruptions croûteuses laissant suinter un
liquide épais comme du miel (Antimonium crudum),
notamment autour de la bouche.
·
Génital = règles en retard,
pâles (anémie), courtes, insuffisantes, leucorrhée
blanchâtre et excoriante.
Ce patient est devenu frileux, plus ou moins
obèse, déprimé (pleure pour un rien ou en écoutant de la
musique) et surtout il voit des troubles cutanés
alterner avec d’autres troubles, dont la gingivite
ulcéro-nécrotique. Une tendance au ralentissement
métabolique s’affirme (mode sycotique) avec
hypothyroïdie.
|
Cette gingivite évolue progressivement vers une
véritable maladie parodontale = « Les gencives se
rétractent, les dents brûlent et piquent...deviennent
branlantes... »
Tous les troubles de GRAPHITES
apparaissent et évoluent progressivement,
lentement, laissant une possibilité préventive à
condition que le patient vienne consulter en
temps utile et qu’en cette occasion son
indication n’échappe pas à la vigilance d’un
dentiste homéopathe. |
 |
NATRUM SULFURICUM :
Ce médicament, lorsqu’il se trouve indiqué,
exprime une mise en œuvre du mode sycotique. On retrouve
dans le contexte du patient les facteurs de
déclenchement de ce mode réactionnel = d’abord
l’humidité sous toutes ses formes et notamment le
froid humide - puis éventuellement un
traumatisme crânien qui perturbe le fonctionnement
des centres régulateurs du métabolisme de l’eau (sycose
hydrogénoïde avec imbibition hydrique) - puis
certains médicaments qui dépriment le système
immunitaire comme les corticoïdes.
Ce qui domine ce sont le ralentissement métabolique et
l’imbibition hydrique avec leurs retentissements à
différents niveaux et notamment sur le système
immunitaire, ce qui peut expliquer la torpidité des
réactions inflammatoires avec des écoulements épais,
jaune-verdâtres (rhino-pharyngés, bronchiques,
génito-urinaires...), en particulier mais non
exclusivement au niveau de la gencive et du parodonte.
Le mode sycotique explique en outre l’apparition de
verrues, de condylomes et de toutes sortes de tumeurs
bénignes. Il ne faut pas oublier les troubles
articulaires influencés par le froid humide =
enraidissement, craquements (dont A.T.M.), aggravation
aux premiers mouvements et amélioration par le mouvement
continué (Rhus tox.). Les troubles digestifs évoquent
ceux de GRAPHITES = flatulence avec coliques et diarrhée
(ici pires après le petit déjeuner), congestion
hépatique douloureuse, dyskinésie biliaire, alternance
de diarrhée et de constipation (selles dures, noueuses,
volumineuses). Enfin, la tendance dépressive est
manifeste chez ce patient devenu obèse et frileux =
dépression et tristesse accentuées par froid humide,
pleurs par la musique, irritabilité pire au lever mais
mieux après la selle.
Les troubles bucco-dentaires reflètent
l’atteinte générale qui, rappelons-le, est progressive.
Il y a d’abord une sensibilité des dents, voire des
névralgies dentaires déclenchées et aggravées par temps
froid et humide (Dulcamara, Aranea diadema,
Rhododendron, Rhus tox., etc...). Puis on constate des
aphtes, des sensations de brûlure : « les gencives
brûlent comme du feu, elles sont rouges, ulcérées »
(Lathoud). On retrouve des éruptions vésiculeuses
brûlantes autour de la bouche (sans l’exsudat épais de
Graphites ou de Antimonium crudum). Et
surtout, la gingivite ulcéro-nécrotique apparaît
progressivement avec développement d’une maladie
parodontale : « Rétractions des gencives, déchaussement
des dents, les dents deviennent branlantes et tombent
facilement... »
(Lathoud et Kent).
Inutile de rappeler
ici encore que ces troubles apparaissent lentement,
qu’il peut se passer des années entre une banale aphtose
et une maladie parodontale mais que dès le début le
patient est devenu particulièrement sensible au froid
humide et que ce fait est une véritable sonnette
d’alarme pour un médecin ou dentiste homéopathes.
2/ L’orientation psore
è tuberculinisme :
Encore une fois, il y a sans doute un
facteur héréditaire qui explique qu’un sujet du type
Lycopodium évolue vers des médicaments du mode
tuberculinique. Le point de cette évolution reste
l’atteinte de la fonction hépatique. Avec Graphites ou
Natrum sulfuricum, le sujet voit son métabolisme se
ralentir et apparaître une tendance à l’obésité. Cette
évolution est fréquente = elle est tardive chez un
normoligne qui suit plus ou moins longtemps un régime de
vie adaptée à ses besoins. Elle est précoce chez un
bréviligne qui a dès le départ un métabolisme ralenti
(c’est justement pour cette raison qu’il est bréviligne)
et qui est donc particulièrement sensible aux facteurs
de ralentissement que représente l’auto-intoxication
chronique.
La mise en œuvre du mode tuberculinique chez
un sujet Lycopodium peut s’expliquer par la
conjonction de plusieurs facteurs déclenchants. Il y a
certes le facteur héréditaire. Puis quelques
circonstances telles que = le surmenage intellectuel,
des problèmes psychogènes (chagrins, deuil, déception
sentimentale, etc...), et souvent des erreurs
diététiques comme les régimes amaigrissants mal
conduits, aboutissant à des carences minérales,
elles-mêmes pouvant expliquer des troubles du
métabolisme de l’eau avec déshydratation des muqueuses.
Plusieurs médicaments sont alors évoquer, le trait
commun entre eux étant l’insuffisance hépatique. La
dyspepsie flatulente que l’on avait avec graphites ou
Natrum sulfuricum, devient ici une dyspepsie avec
dénutrition. Le patient se met à maigrir, aboutissant au
tableau classique d’un Lycopodium aux traits maladifs,
avec une maigreur de tout le corps sauf l’abdomen.
La dénutrition, l’amaigrissement et la
déshydratation des muqueuses évoquent à coup sûr NATRUM
MURIATICUM.
NATRUM MURIATICUM :
Il se trouve indiqué chez ce sujet
Lycopodium disons d’une manière occasionnelle, due aux
circonstances.
Lycopodium et
Natrum muriaticum se
confient peu à leur praticien. Le premier est devenu
triste, déprimé, il doute de plus en plus de lui-même,
il apparaît de plus en plus comme un misanthrope
désabusé mais on sait qu’il cache par un comportement
autoritaire, cassant, parfois méprisant, un besoin
d’affection qu’il ressent comme une faiblesse indigne de
lui. Natrum muriaticum est un autre introverti, triste,
découragé, agité, irritable, intolérant à la
contradiction, ayant besoin de solitude pour ressasser
ses peines et ses problèmes. Il n’accepte pas la
consolation qui l’exaspère.
Tous deux ont des problèmes digestifs =
appétit capricieux, lorsqu’il est augmenté, le sujet a
soif et désire des mets salés, a une aversion pour le
pain et les aliments gras. Sa constipation s’accentue
par sécheresse intestinale avec des problèmes à la
défécation par sécheresse de la muqueuse anale. Sur ce
fond, il y a une diarrhée matinale avec parfois des
selles involontaires.
La bouche des deux patients est sèche, mais
Natrum mur. a une soif fréquente et importante
(cela se produit lorsqu’il y a déshydratation des
muqueuses, donc par périodes), alors que la soif n’est
pas un trait important de Lycopodium.. Tous deux
ont des gingivorragies, des poussées d’herpès labial,
des aphtes. La gencive est souvent enflammée, ulcérée,
celle de Natrum muriaticum offre parfois l’aspect d’une
gingivite scorbutique.
Malgré les nombreuses similitudes, il y a
tout de même de grandes différences, qui ne sautent pas
toujours aux yeux lors de la consultation mais qui
apparaissent lors de la répertorisation. De plus, il y a
dans Natrum muriaticum de nombreux signes qui annoncent
le médicament suivant = SEPIA.
L’aggravation de la congestion veineuse conduit à
SEPIA :
L’indication de SEPIA survient au cours de
la décompensation d’un sujet psorique, ancien Sulfur,
plus récemment Lycopodium, qui a poursuivi son mode de
vie défavorable, notamment sur le plan
hygiéno-diététique et pour peu que surviennent en plus
quelques facteurs psychogènes : contrariétés répétées,
déceptions, chagrins, stress, le tout aboutissant à une
dépression physique et mentale. C’est l’évolution
psorique LYCOPODIUM
è SEPIA. Chez ce dernier, on retrouve encore des
caractéristiques typiquement psoriques = alternances de
troubles cutanés et muqueux (dont la gingivite). Les
troubles digestifs sont encore très importants =
dyspepsie hyposthénique avec dyskinésies biliaires,
constipation avec exonérations insuffisantes,
hémorroïdes prolabées, migraines digestives, difficultés
de digestion avec désir d’aliments épicées pour la
stimuler, etc... La congestion veineuse résultant des
difficultés éliminatoires se concentre surtout au niveau
du petit bassin et concerne aussi bien le système porte
(hémorroïdes) que le système cave (varices). On trouve
également dans SEPIA une tendance au relâchement des
fibres élastiques expliquant des ptôses. Il en résulte =
une sensation de vide au creux épigastrique non
améliorée en mangeant parce que due à une ptôse
gastrique - sensation de pesanteur dans le bas ventre ou
de boule pesante dans le rectum, pire au moment des
règles.
La ménopause est une période propice à
l’apparition de l’indication de SEPIA, c’est alors
l’occasion du développement d’une pathologie
bucco-dentaire. Mais il ne faut pas oublier
l’aggravation au moment des règles depuis la puberté
jusqu’à la ménopause (herpès labial ou génital
cataménial ou gingivorragies par exemple).
L’indication de SEPIA peut se voir également
chez un tuberculinique du type NATRUM MURIATICUM et qui
évolue vers SEPIA par aggravation et concentration de la
congestion veineuse au niveau du petit bassin. Il faut
rappeler que PULSATILLA correspond à une congestion
veineuse plus générale, expliquant entre autres la
thermophobie et la grande variabilité des troubles qui
tendent à la fixation avec SEPIA. C’est ce que l’on peut
constater au niveau bucco-dentaire = la gingivite de
PULSATILLA est facilement réversible, alors que celle de
SEPIA évolue vers une véritable maladie parodontale.
Enfin, il faut rappeler que lors d’une
décompensation, il est fréquent que l’organisme mette en
œuvre plusieurs modes réactionnels. SEPIA peut se
trouver indiqué lors de l’aggravation d’un processus
psorique ou tuberculinique = le trait commun est la
congestion veineuse du petit bassin. Mais, cette
dernière en ralentissant la circulation veineuse
favorise les infections urinaires et génitales,
notamment les mycoses vaginales qui prennent l’allure
sycotique = torpides, récidivantes, chroniques (THUYA ou
PSORINUM).
Le comportement psychique évoque celui de
NATRUM MUR. avec sa dépression, sa lassitude, son besoin
d’isolement, son détachement des êtres proches, son
aggravation par la consolation, son apathie et son
indifférence pour tout et pour tous.
Ainsi, l’histoire de la gingivite de SEPIA
peut appartenir à plusieurs scénarios. Déjà, HAHNEMANN
avait noter les gingivorragies « sans cause », elles ne
sont en fait que la traduction buccale de la congestion
veineuse. Celle-ci ralentit la circulation veineuse et
notamment au niveau des incisives inférieures = tartre,
ulcération, puis alvéolyse, mobilité et poches
parodontales. Progressivement, toutes les autres dents
sont atteintes. Il faut signaler également une tendance
aux caries dentaires, sans doute plus fréquentes chez
les tuberculiniques et plusieurs auteurs soulignent la
rapidité de l’évolution des caries, que l’on trouve
également dans NATRUM MURIATICUM.
Avec LACHESIS et SEPIA, nous possédons deux
grands médicaments de gingivite ou de parodontopathie
chez la femme ménopausée, qui font merveille à
condition de les donner précocement.
Une autre histoire de
gingivites = MERCURIUS SOLUBILIS
La
gingivo-stomatite est constante dans toutes les formes
d’intoxication par le mercure. C’est ce qui explique
sans doute sa prescription quasi systématique par
certains praticiens ou par de nombreux patients qui ont
recours à l’auto-médication. Comme toujours en
homéopathie, il n’y a pas de succès sans respect du
principe de similitude. Et MERCURIUS apparaît plus
complexe que ne le laisse supposer sa toxicologie.
Le mercure est toxique pour tout le monde,
quel que soit le type sensible morphologique. Aussi
est-il difficile de décrire un seul type de patients
répondant à ce médicament. Voici d’abord quelques signes
caractéristiques de MERCURIUS qu’il est nécessaire
de retrouver chez n’importe quel patient pour justifier
sa prescription.
·
Suites de = FROID HUMIDE -
suppressions = condylomes, coryza, écoulement, éruption,
transpiration.... - Vaccinations - traumatisme
crânien...
·
Instabilité mentale avec agitation
anxieuse (sommeil agité, angoisses, mauvaise humeur),
besoin de remuer et de changement. On retrouve les deux
phases successives de l’action de tout toxique =
excitation avec comportement hâtif et précipité puis
dépression avec anxiété, obsessions, lenteur
intellectuel (confinant parfois à l’idiotie).
·
Propension aux inflammations aiguës ou
chroniques des muqueuses et de la peau avec tendance aux
ulcérations (superficielles et phagédéniques) et à la
suppuration . Augmentation des sécrétions et excrétions,
qui sont de plus de mauvaise odeur. Tendance aux
hypertrophies ganglionnaires, soit satellites, soit
autonomes, dont les amygdales très important remède de
rhino-pharyngites).
·
Douleurs osseuses nocturnes, brûlantes
dans les tibias ; douleurs périostées lancinantes ou
déchirantes - tendance aux ostéites avec nécrose et
suppuration (pus verdâtre), notamment des os de la face
et du nez (ozène). Tendance aux exostoses du crâne.
·
Frisolité avec aggravation par le froid
humide (facteur étiologique très fréquent), intolérance
à la chaleur (du lit, d’une chambre, d’une boisson,
etc...). Aggravation par les températures extrêmes.
Aggravation nocturne. Sueurs nocturnes qui ne soulagent
pas.
LA BOUCHE:
*
Gencive = enflammée,
ulcérée, douleurs brûlantes aggravées par les
températures extrêmes. Tendance à la suppuration (poches
gingivales et parodontaleè
MERCURIUS SOLUBILIS - Tendance aux ulcérations
creusantes è
MERCURIUS CORROSIVUS - Tendance aux fausses membranes
adhérentes è
MERCURIUS CYANATUS. Rétractions gingivales,
gingivorragies, maladie parodontale tendant à la
gravité.
*
Langue = flasque, étalée,
saburrale, gardant l’empreinte des dents, ulcérée...
*
Dans toute la bouche =
hypersalivation nauséabonde, pire la nuit au point de
tacher l’oreiller - ulcérations superficielles et
phagédéniques, dont les aphtes. Adénopathies satellites.
Goût métallique (parfois sucré, amer, putride ou
perverti). Muguet.
*
Dents = caries coronaires
alors que les racines restent intactes - sensation que
les dents sont trop longues - douleurs dentaires lors de
la mastication ou la nuit ou à la chaleur locale, > par
la friction.
Voilà donc un ensemble de signes qui
caractérisent MERCURIUS SOLUBILIS. On peut comprendre
son importance dans le traitement de la gingivite
ulcéro-nécrotique, bien qu’il ne soit pas le seul.
Cependant, l’histoire de la gingivite de
MERCURIUS peut s’inscrire dans plusieurs scénarios. Par
comparaison avec le cinéma, il est très fréquent de voir
la même scène se dérouler dans des histoires
différentes. Il en est de même pour la gingivite en
elle-même et pour MERCURIUS en particulier.
Le scénario le plus
« classique » = une histoire de luétique.
Mercurius solubilis a été longtemps et reste
encore un médicament de la syphilis. Il est sans
doute l’un des plus importants du mode réactionnel
luétique, par similitude. Mais il est très souvent
associé à d’autres modes réactionnels.
On retrouve dans les antécédents familiaux
du patient parfois une syphilis de l’un des parents, ou
l’éthylisme de l’un des deux ou des deux, des fausses
couches répétées ou un accouchement prématuré, ou encore
des différences morphologiques dans la fratrie. Dans les
antécédents personnels on trouve des rhino-pharyngites à
répétition par temps froid et humide, des hypertrophies
ganglionnaires dont les amygdales, des vomissements
répétés dans l’enfance, ou des convulsions avant le 6°
mois...
Bien
entendu, on retrouve les signes bucco-dentaires de
MERCURIUS, puis les signes psychiques et généraux,
ensemble qui justifie sa prescription. Il arrive souvent
que l’état aigu soit traité par MERCURIUS CORROSIVUS et
le traitement de fond par MERCURIUS SOLUBILIS.
Mais le plus souvent, l’indication de
MERCURIUS n’apparaît pas dans des manifestations luétiques isolées, mais plutôt dans des états
polydiathésiques.
Chez l’enfant :
Il existe deux types d’enfants MERCURIUS,
selon R. ZISSU = l’un « gras » chez lequel se même
d’abord le mode psorique, puis sycotique et enfin
luétique - l’autre « maigre », déminéralisé, chez lequel
coexiste le mode tuberculinique et le mode luétique.
Le
type gras s’explique par la
présence de signes communs à CALCAREA CARBONICA et à
MERCURIUS = lymphatisme de fond avec engorgement et
hypertrophie des formations lymphoïdes, la sensibilité
au froid humide qui déclenche et aggrave de nombreux
troubles dont la rhino-pharyngite. Il y a sans doute une
note héréditaire pour expliquer la mise en œuvre du mode
luétique. Mais l’enfant plutôt indolent, apathique et
lent devient agité, instable, de mauvaise humeur. La
peau déjà malsaine avec des sueurs localisées (tête
notamment) voit des sueurs nocturnes malodorantes et
laissant mal à l’aise. A l’intolérance au froid humide
s’ajoute et se renforce une aggravation par la chaleur.
Il y a peu de signes bucco-dentaires dans CALCAREA
CARBONICA, alors que ceux-ci se développent avec
MERCURIUS, pouvant donner le tableau, certes devenu rare
aujourd’hui, d’une parodontite juvénile, parfois grave.
Dans les formes moins graves, on trouve la gingivite
ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique et la tendance aux
suppurations d’origine dentaire.
Il est intéressant de souligner que CALCAREA
CARBONICA réagit d’abord sur le mode psorique, qu’il a
donc besoin d’éliminations. Or celle-ci peuvent être
contrariées et le mode sycotique est alors sollicité. Et
curieusement, on trouve parmi les signes étiologiques de
MERCURIUS, à côté de ceux du mode luétique, la
suppression des éliminations (circonstances du mode
psorique) et deux causes du mode sycotique = les mauvais
effets des vaccinations et le traumatisme crânien.
Le
type maigre est plus menacé au
niveau de ses dents. Il y a chez cet enfant conjonction
de la mise en œuvre du mode tuberculinique avec son
cortège de troubles minéraux aboutissant à ce que l’on
appelait autrefois la « scrofule », avec anémie,
fatigabilité, congestion veineuse. Le luétisme ajoute
son atteinte particulière des formations lymphoïdes,
dont les amygdales, son instabilité mentale avec
agitation anxieuse, sa tendance aux excrétions et
sécrétions fétides, aux ulcérations et aux suppurations,
l’aggravation nocturnes... La gingivite est alors
fréquente et beaucoup plus grave que lorsque le mode
luétique n’est pas sollicité. C’est sans doute chez ce
type d’enfant que l’on retrouve la tendance aux caries
dentaires, au degré fort dans le répertoire de KENT.
Chez l’adulte :
On peut voir souvent MERCURIUS SOLUBILIS
apparaître chez un sujet ayant longtemps réagi sur le
mode psorique, répondant à SULFUR, mais parvenu à un
stade de décompensation avancé. L’explication provient
souvent des troubles hépato-digestifs à la suite d’un
mode de vie mal adapté. On sait que dans le mode
psorique, les ennuis arrivent avec une atteinte
hépatique acquise. Or le mercure est un toxique pour le
foie = foie hypertrophié, sensible au toucher,
douloureux. On trouve dans Mercurius une répugnance pour
la viande, pour les aliments gras, pour le café, pour
les sucreries, pour le vin, tous aliments dont le
sédentaire psorique a longtemps abusé. L’alcoolisme est
l’une des causes de la mise en œuvre du mode luétique.
Dans tous ces états digestifs, on pense à NUX VOMICA qui
a été longtemps utile, ou à LYCOPODIUM lui aussi
longtemps prescrit avec succès puis sans effet.
MERCURIUS apparaît alors avec les signes suivants =
digestion difficile, renvois, régurgitations rances,
nausées, brûlures épigastriques ou gastriques,
ballonnement douloureux, crises de diarrhée (pouvant
prendre une forme dysentériforme). Et progressivement
une insuffisance biliaire apparaît et s’accentue avec
lithiase et même dégénérescence hépatique.
Dans le même temps, la pathologie
bucco-dentaire se développe, traitée un temps par NUX
VOMICA ou LYCOPODIUM, puis par MERCURIUS lorsque ses
signes apparaissent avec leurs caractéristiques propres.
Un autre fait mérite citation = MERCURIUS
est un gros toxique du rein et l’insuffisance rénale est
l’une de ses conséquences, dont on connaît les effets
bucco-dentaires, comme la maladie parodontale. Il est
bien évident que la chirurgie parodontale ne sera pas
tentée chez ce patient. L’homéopathie est alors un
recours du fait de l’absence d’effets toxiques sur le
rein. Mais le résultat est incertain.
Un « copain » de
MERCURIUS
è NITRI ACIDUM
Logiquement, NITRI ACID. s’adresse à des
états graves, aussi bien sur le plan général que
bucco-dentaire. Mais heureusement, on rencontre des
formes cliniques moins « avancées ». L’élément « acide »
explique la gravité des ulcérations = profondes, à bords
irréguliers et tourmentés, à fond saignant, sanieux et
parfois bourgeonnant, suintement d’un écoulement
corrosif et fétide, sensation d’écharde ou douleur
rongeante comme par un acide ( !), tendance
phagédénique. L’acide nitrique a une prédilection pour
les orifices, ce qui rappelle SULFUR.
NITRI ACID. se situe dans la série luétique
mais s’y ajoute la déminéralisation et la cachexie
d’origine tuberculinique. Le patient au stade aigu est
faible, très déprimé moralement, amaigri et émacié,
irritable et coléreux à la moindre contrariété, anxieux
pour sa santé, facilement vindicatif, rancunier, têtu.
Il ne supporte pas grand chose = toucher, bruits,
secousses, etc...
La décompensation survient après un
surmenage physique ou moral, ou après des insomnies
prolongées, ou des troubles de la nutrition. Il est
frileux et aggravé par le froid, par les changements de
temps, mieux par la chaleur modérée. De nombreux
troubles surviennent par temps froid et humide.
L’aggravation par le froid et l’amélioration de la
chaleur, ajoutées au caractère grave des lésions
ulcéreuses permet d’évoquer ARSENICUM ALBUM, remède
complémentaire dans une évolution défavorable.
L’amélioration de nombreux signes lorsqu’il circule en
voiture est une modalité fréquente. L’aggravation
nocturne est constante, comme chez tous les luétiques.
Sa bouche reflète son mauvais état général :
·
Commissures labiales ulcérées, fissurées,
craquelées, saignement facile, douleurs piquantes
(perlèche de toute nature).
·
Gencive = enflammée, ulcérée, spongieuse,
très hémorragique, donnant parfois un aspect
scorbutique. L’atteinte de l’os alvéolaire est
fréquente, avec tendance à la suppuration. Le tout donne
donc le tableau classique de la gingivite
ulcéro-nécrotique évoluant vers une parodontopathie.
·
Salivation abondante, excoriante, fétide,
haleine nauséabonde.
·
Aphtose buccale grave avec les ulcérations
déjà décrites. Lichen, leucoplasie, mycose, muguet.
·
Langue nette, rouge, humide, avec un
sillon central. Langue en « carte de géographie »
douloureuse. Ulcérations linguales, notamment aux bords.
·
Herpès labial (et herpès génital).
·
Dents cariées, douloureuses la nuit
(douleurs battantes ou déchirantes), pendant les règles,
au cours de la mastication,< par les températures
extrêmes.
·
Craquements dans les A.T.M.
Comme souvent dans les états de dénutrition,
tous les modes réactionnels se manifestent, comme si
l’organisme usait de tous ses moyens pour se défendre.
Ainsi, si le mode luétique domine largement, si le mode
tuberculinique explique la cachexie, le mode sycotique
s’exprime par une tendance aux néoformations = polypes,
condylomes génitaux (saignant, sensibles au toucher,
sensation d’écharde), verrues pédiculées, molles, en
choux-fleurs, saignant facilement au contact. Toutes ces
tumeurs siègent électivement au niveau des orifices
(anus, paupières, vulve. Les ulcérations se retrouvent
au niveau de la peau, surtout à la jonction
cutanéo-muqueuse, avec leurs caractères décrits. Il est
intéressant de souligner que parmi ses facteurs
étiologiques, on retrouve plusieurs suppressions (de
condylomes, d’une éruption, d’un coryza, de la
transpiration), tous facteurs que l’on trouve aussi dans
MERCURIUS et qui rappellent le mode psorique du début.
L’appareil digestif n’échappe pas à l’action
de l’acide nitrique = dyspepsie acide, ulcère gastrique,
brûlures et crampes d’estomac, acidité, < par les
graisses, > en mangeant, digestion difficile surtout
pour le lait et les graisses, désir d’aliments épicés ou
indigestes, aversion pour le pain, la viande et les
sucreries. Au niveau de l’intestin, on trouve une
diarrhée irritante, fétide, excoriante pour l’anus,
suivie de ténesme, de douleurs déchirantes ou piquantes
pendant plusieurs heures après la selle, avec tendance
aux fissures anales très douloureuses (sensation
d’écharde), d’hémorroïdes douloureuses et très
hémorragiques, etc...
Comme on peut le constater, NITRI ACID. est
un important remède de troubles graves, bucco-dentaires
entre autres, soit aigus, mais plus volontiers
chroniques. C’est avant tout un remède évolutif
dans une décompensation défavorable, qu’il peut stopper.
Il convient ensuite de rechercher le remède qui
correspond à l’amélioration.
IL FAUT BIEN
CONCLURE !
Cette étude hélas bien incomplète n’avait
d’autre prétention que de raconter quelques histoires de
gingivites. On pourrait en raconter bien d’autres.
Le fil conducteur a été de montrer que les modes
réactionnels chers aux homéopathes permettent
d’expliquer les différentes formes cliniques d’une
malade somme toute banale. Les « officiels » ont bien
compris le rôle du « terrain », mais ils ne
disposent pas pour l’instant d’une conception suffisante
pour moduler leurs traitements de fond, en complément de
ceux que l’état local impose et nous ne pouvons que
saluer les prouesses techniques des parodontologistes,
qui ne suffisent pas dans certains cas à éviter la
récidive. Tout simplement parce que l’on se contente de
corriger ou de supprimer une conséquence locale sans
agir sur la cause profonde, méconnue des officiels.
Entre le gingivite ulcéro-nécrotique de SULFUR et de
PSORINUM, il se passe du temps, beaucoup de temps et des
événements dans la vie du patient, que l’on peut deviner
grâce aux conceptions des modes réactionnels et parfois
prévenir. Ces mêmes modes réactionnels permettent de
comprendre pourquoi une évolution peut prendre un
« tournant », pourquoi peut survenir une aggravation que
n’expliquent pas les seuls facteurs locaux, qui peuvent
d’ailleurs manquer. Dès la première enfance, les modes
réactionnels s’expriment entre autres dans la gingivite
érythémateuse de la dentition. Et bien plus tard, les
différentes formes cliniques de la même gingivite
ulcéro-nécrotique rendent compte de la complexité des
itinéraires individuels, même si le trait commun reste
la maladie gingivale ou parodontale.
Au cours de l’année universitaire 1996-1997,
nous avons repris l’étude détaillée des modes
réactionnels, en précisant notre conception qui se situe
dans le sillage de Roland ZISSU et de Michel
CONAN-MERIADEC et qui s’éloigne d’une tentation récente
de remise en cause entreprise par Denis DEMARQUE, pour
lequel nous conservons une grande admiration mais que
nous ne suivons pas sur ce « terrain ». Notre
contribution personnelle depuis cette dernière décennie
a été d’expliquer la pathologie bucco-dentaire en la
situant dans les grandes tendances réactionnelles de
l’organisme.
Après relecture, persiste et signe (plusieurs fois!)
C. GARCIA
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