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La gencive constitue un élément essentiel du parodonte, assurant une double
fonction = protéger les éléments profonds du parodonte contre les agressions
continuelles de la flore microbienne buccale, exacerbée par des désordres
locaux ou généraux - participer aux efforts d'élimination de
l'organisme au sens le plus large, par exemple et à l’occasion celle de
certains toxiques comme des métaux lourds qui signent leur présence par des
signes visibles (colorations diverses). D'autre part, la circulation
sanguine terminale au niveau de la bouche et du parodonte rend plus
sensible celui-ci à la congestion veineuse, propice aux inflammations
gingivales et à la déminéralisation de l'os alvéolaire. Aussi
existe-t-il souvent en clinique une intrication de divers mécanismes
aboutissant à une gingivite, puis à une parodontopathie. Et dans ces cas
complexes, il est indispensable d'agir sur l'ensemble des causes
provocatrices ou favorisantes, la négligence de l'une d'entre elles
débouchant sur l'échec thérapeutique ou à un résultat incomplet.
Dans ce
contexte original et complexe, comment peut-on envisager la solution
homéopathique au problème de la gingivite ? D’autant plus que si la
gingivite n’évolue pas fatalement vers une maladie parodontale, une
parodontopathie commence toujours par une gingivite. Et les médicaments
homéopathiques n’ont pas de frontière entre ces deux étapes d’une même
maladie.
Lorsque la
gingivite apparaît comme un épisode localisé, le chirurgien-dentiste
homéopathe doit mettre en œuvre les moyens thérapeutiques habituels: hygiène
buccale, suppression des irritations locales (obturations ou prothèses
inadéquates, tartre). Puis, si nécessaire, il doit proposer un médicament
homéopathique à partir des signes présents chez le patient et directement
liés à cette gingivite. C'est ce que l'on appelle à tort un traitement
symptomatique, dont les principaux remèdes seront développés dans le
cadre du présent ouvrage.
Lorsque la
gingivite fait partie d'un ensemble de troubles réalisant une réponse
globale de l'organisme à des agressions mettant en cause la modalité
réactionnelle du patient, c'est ce que l'on appelle "le terrain"
qu'il faut traiter. Pour bien faire comprendre cette position, qui
peut sembler tranchée arbitrairement, voici un exemple significatif.
Exemple pratique:
Voici un
homme d'une trentaine d'années venant consulter pour une gingivite ulcéreuse
aiguë. La première démarche implique un examen buccal: pas de tartre, aucune
carie et aucune prothèse, hygiène satisfaisante, articulé normal.
Donc a priori, aucune cause locale ne peut être mise en évidence.
Le patient
décrit une sensation de bouche sèche avec brûlure intense, soif modérée. Ce
n'est pas la première fois qu'une telle gingivite apparaît, elle dure quatre
à cinq jours et s'améliore spontanément.
L'interrogatoire révèle les précisions suivantes: cet homme mène une vie
active sur le plan professionnel mais sédentaire. Il a tendance à
trop manger: repas d'affaires copieusement arrosés, excès de plats en sauce,
de mets épicés, d'alcools, de café et de tabac. Il a peu de temps pour
pratiquer son sport favori, ce qu'il regrette. Il a quelques troubles
digestifs, revenant périodiquement = sensation de lourdeur à
l'estomac avec quelques renvois acides, un ballonnement intestinal, un
peu de constipation avec besoins inefficaces. Et de temps en temps, il se
plaint d'avoir la peau sèche, un peu brûlante avec des démangeaisons,
surtout à la chaleur du lit qu'il ne supporte pas ou après avoir pris
une douche.
Enfin, aux
questions du praticien, ce patient constate qu'effectivement la gingivite
survient au cours ou juste après les troubles digestifs et que lorsqu'il
souffre de sa gingivite, il n'a plus de démangeaisons cutanées. Enfin, une
fois passés tous ces troubles, il se sent particulièrement bien sur tous
les plans.
A partir des
seuls signes présents (digestifs et cutanés), le médicament homéopathique
correspondant est SULFUR que l'on donne en 7 CH trois fois par
semaine.
Explication selon la conception homéopathique:
il s'agit d'un sujet psorique qui réagit contre les excès de la
sédentarité par des troubles digestifs fonctionnels et par des éliminations
au niveau de la peau et d'une muqueuse (la muqueuse buccale en
l'occurrence). Ce mode réactionnel psorique est caractérisé par des
éliminations cutanées et muqueuses, avec alternances et
périodicité des troubles (le prurit cutané alterne avec la gingivite et
se trouve amélioré pendant celle-ci).
SULFUR
est le remède de fond le plus important de la première phase du mode
psorique, celle des éliminations centrifuges. C'est pourquoi SULFUR est
donné ici en 7 CH, dilution favorisant le sens centrifuge. Chez ce patient,
SULFUR est à la fois le remède symptomatique de la gingivite et en même
temps son remède de fond.
Les
homéopathes interprètent la gingivite comme une élimination centrifuge
favorable car elle améliore l’état général. Et comme HAHNEMANN l’avait
constaté et recommandé, cette élimination doit être respectée. C’est-à-dire
qu’il ne faut pas la contrarier par un traitement antiseptique ou pire
antibiotique, sous peine de métastase, erreur hélas commise de bonne foi en
médecine classique.
Deuxième exemple:
Imaginons un
cas presque identique, avec une seule différence: les troubles digestifs
sont plus marqués et le sujet se trouve excité, irascible, insomniaque
intolérant à la moindre contrariété. La bouche est pâteuse, surtout le
matin, avec mauvaise haleine. Dans ce cas, le remède symptomatique est NUX
VOMICA, remède un peu paroxystique par rapport à SULFUR, signant une
auto-intoxication un peu plus profonde. Mais le remède de fond reste SULFUR,
parce qu'il a dans sa pathogénésie l'ensemble des signes qui existaient
avant le dernier épisode aigu. Alors que NUX VOMICA n'a qu'une similitude
avec les signes les plus récents. Chez ce patient, NUX VOMICA assurera le
traitement de la gingivite aiguë, SULFUR évitera la récidive, pour peu que
le patient prenne conscience de ses erreurs alimentaires et accepte une
hygiène de vie mieux adaptée à ses besoins.
LES PRINCIPAUX
REMÈDES
« SYMPTOMATIQUES » DES GINGIVITES
Il est logique de retrouver dans
ce chapitre des médicaments déjà évoqués dans cet ouvrage.
ACONIT NAPELLUS
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Remède possible de gingivite érythémateuse dans la mesure où les signes
d'une telle gingivite sont bien dans sa pathogénésie, mais on a
rarement l'occasion de le prescrire en raison de la brièveté de son
action. |
Ce
médicament aurait pu être indiqué chez le patient qui a servi d'exemple
pratique et dont le remède est SULFUR. SULFUR correspond à des sujets
sthéniques réagissant avec force à une agression, comme ACONIT qui peut être
indiqué au tout début d'une gingivite lorsqu'on retrouve les signes
suivants: gingivite érythémateuse d’apparition brutale avec bouche sèche,
sensation de brûlure, soif inextinguible pour de l'eau froide (tout a un
goût amer, sauf l'eau), langue recouverte d'un enduit blanc.
Ces signes
sont trop banals en eux-mêmes. Ils ne sont évocateurs d'ACONIT que si la
gingivite apparaît brusquement chez un sujet jeune et sthénique après
un froid sec, ou après suppression brutale de sueurs. En pratique,
cette gingivite se rencontre au cours d'une maladie éruptive infantile:
rougeole, scarlatine, etc..
L'apparition
de sueurs signe la fin de l'indication d'ACONIT que l'on donne en 7 CH,
une à deux fois à une heure d'intervalle. Donné en temps utile, le processus
peut être stoppé très rapidement.
BELLADONA
Remède de
gingivite érythémateuse apparaissant rapidement après un refroidissement
(froid sec) ou après insolation. Toute la bouche est particulièrement sèche
et brûlante, la langue est souvent de couleur framboisée. Le patient
éprouve une soif intense, soit de grandes quantités d'eau froide à de longs
intervalles (comme BRYONIA), soit de petites quantités souvent
répétées (comme ARSENICUM ALBUM), comme pour apaiser la sensation de
brûlure et la dysphagie. S'il y a des douleurs, elles sont battantes,
aggravées chaque fois que la congestion artérielle augmente (par
l'effort notamment).
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BELLADONA s'adresse à
des sujets sthéniques mais vite abattus en cas de maladie. Son
indication suit celle d'ACONIT, lorsque les sueurs apparaissent.
La dilution dépend du contexte clinique. |
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BRYONIA ALBA
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Troisième remède
de gingivite érythémateuse avec une
muqueuse d'une extrême
sécheresse, soif de grandes quantités d'eau froide à de longs
intervalles. |
Les lèvres sont tellement sèches que des petites squames se
détachent et font saigner (ARUM TRIPHYLLUM.). La gingivite se développe
lentement, après un refroidissement (froid humide) chez un sujet
plutôt maigre et moins sthénique. S'il y a des douleurs, elles ont les
caractéristiques connues: douleurs vives, lancinantes, aggravées par le
moindre mouvement, améliorées par le repos absolu et la pression
forte (cette dernière modalité est moins nette dans une gingivite). La 7
CH deux à trois fois par jour donne de bons résultats.
APIS
MELLIFICA
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Remède de gingivite
érythémateuse avec une sensation comme si la bouche était à vif,
comme brûlée par de l'eau bouillante. Cette gingivite survient
brusquement, et malgré la brûlure intense,
avec œdème de la gencive,
le patient
n'éprouve aucune soif. |
 |
Remède de
gingivite par réaction à un allergène, notamment à une prothèse en résine
ou à un produit d'usage dentaire chez un patient hypersensible. Sa
posologie nécessite souvent une haute dilution comme la 15 CH donné
immédiatement après le développement des signes. Il existe une forme
d'évolution plus lente, aboutissant en une heure ou deux au même tableau
clinique. Dans ce cas, on donne APIS en 5 CH deux à trois fois à une heure
d'intervalle.
CANTHARIS
(la
cantharide)
|
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Remède voisin d'APIS
(il s'agit de deux insectes) donnant expérimentalement la même sensation
de brûlure et de sécheresse, mais avec soif intense (et cependant
difficulté pour avaler les liquides). Un autre élément différentiel est
l'apparition de vésicules, voire d'ulcérations.
On donne CANTHARIS
en 5 ou 7 CH deux à trois fois par jour. |
ARUM TRIPHYLLUM
(le gouet à 3 feuilles)
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Remède de gingivite
érythémateuse avec sensation de bouche à vif, brûlante, fourmillements
et picotements. La muqueuse buccale est rouge vif (comme une
tranche de viande). Les lèvres sont
sèches et comme à vif, entraînant un mordillement incessant,
le patient arrache les petites squames jusqu'à se faire saigner.
La salive est abondante, âcre, corrosive et ulcère les
commissures labiales. La langue est dépapillée ou en aspect de
fraise, avec des douleurs brûlantes. ARUM TRIPHYLLUM. 5 CH trois fois
par jour. |
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LES MERCURIUS
DANS LE TRAITEMENT DES GINGIVITES
|
Le mercure a
une action toxique connu, notamment au niveau de la bouche, la gingivite
mercurielle étant systématiquement présente, quelle que soit
l'intensité de l'intoxication. Parmi tous les composés mercuriels,
trois d'entre eux sont de prescription fréquente en pathologie buccale:
MERCURIUS SOLUBILIS, MERCURIUS CORROSIVUS, MERCURIUS CYANATUS.
Quel que
soit le MERCURIUS considéré, ils ont en commun les signes de la
gingivo-stomatite mercurielle, qu'il faut bien connaître.
·
La bouche est humide, avec
une hypersalivation fétide, pire la nuit (au point de tacher son oreiller).
Le patient ressent un goût métallique (quelques fois goût sucré ou
insipide ou d'œuf pourri). Il existe une tendance aux ulcérations
phagédéniques.
·
La gencive est enflammée,
rouge, ulcérée avec des fausses membranes plus ou moins épaisses; elle
saigne au moindre contact. Parfois, aspect scorbutique avec décollement
des collets.
·
La langue est épaissie,
flasque, étalée, sale, et garde l'empreinte des dents sur ses bords.
Présence d'ulcérations, ayant quelques
·
fois une allure syphilitique.
·
Les douleurs sont
brûlantes, donnant la sensation d'une plaie de la gencive, aggravées par
les températures extrêmes et la nuit.
Remarque:
le tableau clinique de l'intoxication mercurielle est celui fréquemment
rencontré lors d'une banale gingivite inflammatoire. Aussi, ces signes
buccaux sont-ils insuffisants à eux seuls pour justifier la prescription
d'un MERCURIUS.
MERCURIUS SOLUBILIS
Ce
médicament a un mode de préparation original et sa pathogénésie ne se
distingue pas de celle de MERCURIUS VIVUS (le mercure métallique). MERCURIUS
SOLUBILIS a la pathogénésie la plus importante, ce qui en fait un médicament
de fond. Les signes buccaux n'étant pas suffisants, le choix du remède
repose sur les signes suivants:
·
Suite de froid humide, de
suppression d'excrétions purulentes.
·
Comportement hâtif, mais
répond lentement aux questions, devient anxieux et hargneux lorsqu'il
souffre.
·
Frilosité et aggravation
par le froid humide, mais crainte de la chaleur, surtout celle du lit.
·
Les sécrétions et excrétions
sont augmentées: salivation fétide, sueurs visqueuses de mauvaise odeur et
ne soulageant pas.
·
Inflammations des muqueuses
avec catarrhes d'abord fluides, clairs et excoriants, puis vert jaunâtre,
purulents et non excoriants.
·
Tendance aux ulcérations
s'étendant rapidement et devenant torpides.
·
Tendance à la suppuration.
·
Tremblements au moindre
effort.
Commentaire:
MERCURIUS SOLUBILIS correspond à des sujets souvent un peu gras, aux
tissus mous, transpirant facilement (mauvaise odeur), faciès bouffi,
bougons, maussades, facilement vexés. Dans une gingivite aiguë ou
subaiguë, on le donne en 7 CH une fois par jour. On peut ajouter des bains
de bouche avec CALENDULA T.M. et PHYTOLACCA T.M.
MERCURIUS
CORROSIVUS (sublimé corrosif)
Ce
MERCURIUS donne un tableau très comparable au précédent, mais les
douleurs et les ulcérations sont plus graves. Les douleurs sont
beaucoup plus brûlantes, les ulcérations plus profondes, ce qui explique une
aggravation locale manifeste, mais pas de tendance à la
suppuration.
On le donne aux mêmes dilutions que SOLUBILIS.
MERCURIUS
CYANATUS (le cyanure de mercure)
Deux
éléments distinguent ce remède: les fausses membranes plus adhérentes
et plus épaisses et l'état général plus atteint: face pâle,
faiblesse, froideur du corps, fièvre peu élevée. Bref, une gingivite
ulcéro-nécrotique chez un malade atteint au plan général. Pour
mémoire, ce médicament a été utilisé longtemps dans la diphtérie, et reste
encore utile aujourd'hui malgré l'efficacité des traitements classiques de
cette maladie. On le prescrit aux mêmes dilutions que les précédents.
LES MÉDICAMENTS A BASE DE POTASSIUM (KALI)
DANS LE TRAITEMENT DES GINGIVITES
Les
médicaments au radical KALIUM (ou KALI) ont en commun un certain nombre de
signes caractéristiques découlant de l'action métabolique ou toxique du
potassium. Le potassium étant présent dans les cellules, les
troubles de son métabolisme entraîne un hypofonctionnement cellulaire
(anémie en particulier). L'action toxique explique: l'asthénie, des
douleurs, une inflammation des muqueuses avec tendance aux ulcérations
et à la nécrose, le tout sur un fond dépressif mais avec des périodes
d'excitation.
KALI
BICHROMICUM
(le bichromate de potassium)
Remède de gingivite
ulcéro-nécrotique avec sécheresse buccale, salive visqueuse, haleine
fétide. Les ulcérations sont arrondies, profondes et à bords nets et
indurés, comme à l'emporte pièce. La langue ressemble à celle de MERCURIUS.
Le patient décrit parfois une sensation de cheveu sur la partie
postérieure de la langue. Généralement il y a peu de douleurs; s'il
y en a, le patient peut mettre le doigt sur l'endroit douloureux: douleurs
lancinantes, à début et fin brusques, très localisées et erratiques.
Le patient ressemble beaucoup à
celui de MERCURIUS : sujet plutôt gras, infiltré, mou, indolent,
taciturne, indifférent, peu enclin au travail intellectuel. On note une
certaine périodicité et une alternance des symptômes, un curieux désir de
bière inhabituel, pourtant mal supportée et une aggravation générale
par le froid. Un autre point intéressant: le patient racle sans cesse sa
gorge pour éliminer des petits amas muqueux malodorants, surtout le matin.
Dans une
gingivite, on le donne en 5 CH deux à trois fois par jour. On peut ajouter
le même bain de bouche avec CALENDULA T.M. et PHYTOLACCA T.M.
KALI
CARBONICUM
(le carbonate de potasse)
Remède
précieux de parodontopathie, il peut être indiqué dans une gingivite
ulcéro-nécrotique avec sensation de sécheresse buccale malgré une
salive abondante, la gencive est enflammée, ulcérée, avec des poches
parodontales suppurantes, alvéolyse rapide, des plaques d'ulcérations
couvrent toute la muqueuse buccale.
KALI
CARBONICUM s'adresse surtout à l'adulte gras, affaibli physiquement et
psychiquement, pâle, ayant tendance à l'imbibition hydrique (état
hydrogénoïde) particulièrement frileux, ne supportant pas les courants
d'air, suant facilement au moindre effort. La tendance à la bouffissure,
voire aux œdèmes, se manifeste n importe où, notamment aux pieds et à
l'angle interne des paupières supérieures. Ce sujet désire des aliments
sucrés, ne supporte pas le lait, et surtout présente un ballonnement
abdominal considérable aussitôt après avoir mangé, même peu.
Dans une
gingivite aiguë, assez rare, on le donne en 5 CH deux à trois fois par
jour. Surtout, son intérêt devient manifeste dans le traitement de
fond précoce, pour éviter que la gingivite n'évolue vers une parodontopathie
rapidement mutilante.
KALI
PHOSPHORICUM (le phosphate de potasse)
Du radical
"phosphore", ce remède tient sa tendance au saignement, notamment des
gingivorragies importantes et son type sensible: sujet longiligne,
asthénique, adolescent ou adulte jeune, vieillard ridé, sans vitalité. La
gingivite se rencontre volontiers chez des adolescents épuisés par un
surmenage intellectuel (périodes d'examen), par des soucis ou des
chagrins. Cette gingivite saigne abondamment, avec une gencive
« spongieuse », dénudant les collets. La bouche est sèche, sans soif
marquée. La langue est parfois recouverte d'un enduit de couleur moutarde.
L'haleine est fétide. Il y a une tendance aux ulcérations de couleur
grise. L'alvéolyse est fréquente, précoce et souvent d'évolution rapide.
Outre les signes buccaux, le choix du remède repose sur la notion
d'épuisement, de frilosité, d'hyperémotivité avec anxiété pour des riens.
Dans une
gingivite, on doit commencer par une 5 CH deux à trois fois par jour, puis
espacer et élever les dilutions. Reprendre ensuite l'observation pour
proposer un traitement de fond, car la menace de parodontopathie est
manifeste.
KALI
MURIATICUM
(le chlorure de potasse)
Le type
sensible de ce remède ressemble au précédent mais le patient est très
irritable, coléreux à propos de rien, en même temps que découragé,
taciturne, déprimé. La gingivite suit fréquemment une angine, une
pharyngite ou une amygdalite (cryptique). La langue est sèche ou visqueuse,
surtout recouverte d'un enduit épais blanc ou gris au niveau de la base.
Il y a de nombreuses ulcérations dont la caractéristique est un enduit
grisâtre adhérent comme une fausse membrane. On prescrit ce remède en 5
CH trois fois par jour.
KALI CHLORICUM
(le chlorate de potassium)
Les signes
buccaux sont assez banals: gingivite ou stomatite ulcéreuse avec peu de
douleurs, une muqueuse rouge, des ulcérations grisâtres, une salivation
abondante, acide. C’est un médicament important d’aphtose buccale.
Cette
gingivite peut être présente chez un patient atteint d'une néphrite avec
urines peu abondantes, albuminurie, peu ou pas d'œdèmes ou chez un
patient atteint d'hépatite avec sub-ictère, tendance à la diarrhée
abondante (avec mucosités verdâtres) et vomissements vert foncé. On le donne
en 4 ou 5 CH deux à trois fois par jour.
Commentaire:
Les KALI sont indiqués habituellement lors d'une gingivite aiguë ou
subaiguë, plus rarement chronique, mais ce sont des remèdes "symptomatiques",
c'est-à-dire indiqués momentanément. Ils doivent être ensuite complétés par
un remède de fond, afin d'éviter l'évolution vers une parodontopathie plus
grave.
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LES "ACIDES"
DANS LE TRAITEMENT
DES GINGIVITES |
 |
Tous les
remèdes "acides" ont en commun un certain nombre de signes
caractéristiques liés à leur fonction « acide », qui est l'une des
formes que revêtent les éliminations de déchets métaboliques: acide urique,
acide oxalique, acide benzoïque, etc. . . Leur excès dans la
circulation sanguine entraîne une « acidose », dont les signes sont
présents dans la pathogénésie de tous les remèdes acides. Il faut retenir 4
groupes de signes communs aux acides:
·
La causticité des
acides sur la peau ou les muqueuses aboutit à des ulcérations.
·
L'ulcération des
vaisseaux explique les hémorragies.
·
L'acidose provoque sur le
système nerveux une dépression et une atonie musculaire.
·
Pendant le sommeil, la
diminution de l'oxygénation favorise l'acidose et explique l'aggravation
nocturne et matinale que l'on retrouve dans la pathogénésie des
remèdes acides.
MURIATIC ACID.
(l'acide chlorhydrique)
L'action
caustique et ulcérative s'exerce plus particulièrement au niveau du tube
digestif surtout à ses deux extrémités: la bouche et l'anus
(hémorroïdes très douloureuses). La gingivite présente les signes suivants:
·
Extrême sécheresse de la
bouche (la sécheresse des muqueuses est un trait commun caractéristiques des
remèdes au radical "muriatic"): lèvres sèches et craquelées, langue sèche
comme du cuir, voire paralysée, le tout avec sensation de brûlure.
·
Les ulcérations sont
spectaculaires par leur profondeur, leur fond induré et noirâtre, leur
aspect ecchymotique, leur fétidité et leur sensibilité au toucher. Quelques
fois, un diagnostic différentiel avec un épithélioma s ' impose.
L'indication
de MURIATIC ACID. correspond à des états aigus ou chroniques, mais toujours
graves. Il y a adynamie dans les états aigus et asthénie
dans les états chroniques. Autrefois indiqué dans des états
septicémiques, MURIATIC ACID reste encore d'actualité dans les
gingivites ulcéro-nécrotiques graves chez des patients dont l 'état
général n'est pas encourageant: grands malades, convalescents, chez
lesquels on retrouve l'autre polarité du remède: hémorroïdes très
douloureuses, risque de prolapsus rectal subit. On note également une
hypersensibilité ou une allergie au soleil.
Pour une
gingivite aiguë, on le donne en 5 ou 7 CH deux à trois fois
par jour.
SULFURIC
ACID.
(l'acide sulfurique)
La gingivite
de SULFURIC ACID. n'a pas de signes originaux et spécifiques, suffisants au
diagnostic du remède:
·
Gingivite ulcéro-nécrotique
avec hémorragies passives, salivation abondante, grande soif et
inappétence.
·
Lèvres souvent très rouges,
douloureuses au toucher, gercées.
·
Ulcérations phagédéniques.
Si la
gingivite n'est pas très caractéristique, les circonstances d'apparition
valorisent l'indication du remède:
·
Stomatite aphteuse
au cours de l'allaitement aussi bien chez le nourrisson que chez la mère
(allaitement au sein).
·
Gingivite ulcéreuse ou aphtose
buccale chez un enfant maladif au cours d'une convalescence longue et
débilitante.
·
Stomatite ulcéreuse avec
hémorragies passives chez des femmes ménopausiques souffrant de bouffées de
chaleur, de tremblements et de sueurs froides (à comparer à LACHESIS).
·
Gingivite ulcéro-nécrotique
chez un alcoolique dont l'état général est délabré,
sujet épuisé, au comportement précipité, avec tendance à la prostration et
à la tristesse, frileux et dyspeptique (régurgitations acides, désirs
d'alcools, l’eau n’est pas supportée !!!).
Au cours
d'une gingivite aiguë, on le donne en 5 CH deux à trois fois par
jour. Souvent, le contexte général impose une prise en charge par le
médecin traitant.
NITRIC
ACID.
(l'acide nitrique)
La gingivite
de NITRI ACID. est une forme ulcéreuse ou
ulcéro-nécrotique, avec des ulcérations de taille variable, parfois
minuscules, mais à tendance phagédénique . Une caractéristique: vive
douleur d'écharde au niveau des ulcérations (sensation d'écharde
retrouvée au niveau de n'importe quelle ulcération, même extra-buccale).
Les lèvres sont sèches, fissurées, surtout aux commissures. La gencive
peut avoir un aspect scorbutique, avec une salivation abondante et
corrosive, haleine fétide, et parfois goût sucré ou douceâtre.
Le choix du
remède, outre les signes buccaux, repose sur un ensemble fait de
dépression anxieuse, d'hyperesthésie aux bruits, aux secousses, d'une
irritabilité qui complique la vie sociale et scolaire, d’une atteinte des
jonctions cutanéo-muqueuses (lèvres, anus...). NITRI ACID est aussi un
remède de papillomes, de polypes saignants et suintants. Les troubles
digestifs sont fréquents: désirs d'aliments gras (mal supportés), salés ou
de choses indigestes (craie, terre, grains de café), aversion pour la
viande, le pain, les aliments sucrés, difficulté pour digérer le lait. La
région anale est concernée: fissures, fistules, polypes, ulcérations,
toujours avec la sensation d'écharde. Une selle, même molle, provoque
des douleurs importantes, avec ténesme persistant une heure ou deux. Ce qui
fait que le patient évite la selle, se retient, et souffre de fermentations
intestinales. Tout cela le rend coléreux, irascible, difficile à vivre. Cet
état d'énervement s'améliore par un mouvement continu sans trop de secousses
comme par exemple par une promenade en voiture ou un voyage en chemin de
fer. Enfin, ce patient est frileux, craint les changements de temps et
ses troubles sont souvent aggravés la nuit.
Enfin, si
ces signes ne suffisaient pas encore au diagnostic, l’aspect des
ulcérations est évocateur: ulcérations à bords surélevés et
irréguliers, à fond sanieux laissant sourdre une sécrétion
corrosive, saignant au moindre contact, toujours la sensation fréquente
d'écharde et la tendance phagédénique (l’ulcération commence toute petite et
s’étend).
Une telle
gingivite demande une 5 CH deux à trois fois par jour. Mais si les signes
concomitants, notamment comportementaux, dominaient le tableau
clinique, il faudrait élever la dilution: NITRI ACID 15 CH une à deux
fois par jour.
FLUORIC
ACID.
(l'acide fluorhydrique)
Le fluor a
une affinité pour la dent, l'os, les tissus conjonctif et nerveux.
L’acide ajoute à leur niveau son action caustique, corrosive et
ulcérative. Pourtant, la gingivite n'est pas une indication directe
de ce remède. En fait, elle est la conséquence de délabrements
dentaires: caries globales, complications inflammatoires et suppurées
apicales et alvéolaires, abcès, fistules pruriantes, élimination de
micro-séquestres osseux par suite de nécrose.
FLUORIC ACID
est surtout indiqué chez l'enfant dystrophique, aux articulations hyperlaxes,
au comportement agité et paradoxal, ou chez un adulte prématurément vieilli
par une hygiène de vie déréglée.
On peut
donc être amené à prescrire FLUORIC ACID. en 5 CH deux fois par jour,
bien que son intérêt thérapeutique découle d'un diagnostic précoce (à
partir de signes d'appel encore discrets), afin de limiter autant
que possible la réalisation du potentiel morbide, notamment au niveau des
tissus dentaires et osseux. Ce n'est hélas pas toujours le cas en raison de
consultations trop tardives.
oOo
QUELQUES
AUTRES MEDICAMENTS
MEZEREUM
(le bois gentil)
Les signes
buccaux de ce remède sont importants: gingivite inflammatoire avec
décollement des collets radiculaires, douleurs brûlantes avec élancements
brûlants ou térébrants dans les os (malaire, temporal, maxillaires),
douleurs aggravées par le toucher, en mangeant. De plus, il y a une
nette tendance aux caries des collets radiculaires. Enfin, c'est un
remède de névralgies faciales ou trigéminales.
L'intérêt de
ce remède réside dans une circonstance étiologique fréquente chez
l'adolescent acnéique: la suppression des boutons d'acné par des pommades (à
la cortisone par exemple) est suivie quelque temps après soit de névralgie
faciale, soit de la gingivite ulcéreuse et brûlante. Dans cette
occurrence, MEZEREUM est un complémentaire de SULFUR. On le donne en 5 CH
deux fois par jour.
STAPHYSAGRIA
(la staphysaigre ou herbe aux poux)
Remède de
gingivite ulcéreuse et hémorragique apparaissant dans un contexte
particulier. Chez l'enfant malingre, maladif, avec de nombreuses caries
globales (dents noires, se cariant rapidement après leur éruption)
ou adulte avec des caries d'évolution lente (dentine réactionnelle brune
ou de couleur noirâtre très dure).
Remède type
de troubles psychosomatiques à partir d'une frustration intériorisée,
persistante, soit sexuelle (refoulement, abstinence, onanisme,
mésentente) soit professionnelle (conflit du travail) ou de colères et
d'indignations contenues. C'est chez ces sujets que l'on trouve les caries
d'évolution lente, avec ou sans gingivite.
La posologie
varie en fonction du contexte. Pour la gingivite de l'enfant, STAPHYSAGRIA 5
CH deux fois par jour, le plus souvent dans une construction thérapeutique
comportant plusieurs médicaments en alternance (imposés par une hérédité
défavorable). Chez l'adulte, le contexte psychosomatique impose une
dilution plus élevée: 15 CH deux à trois fois par semaine.
ARSENICUM ALBUM (l'anhydride arsénieux)
La gingivite
ressemble à celle de MERCURIUS: forme ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique, avec
hypersalivation fétide et sanguinolente, douleurs brûlantes améliorées par
les boissons chaudes et pires entre 1h et 3h du matin.
L'indication d'ARSENICUM ALBUM doit être envisagée chaque fois qu'il
y a aggravation, soit locale (il suit MERCURIUS), soit générale: sujet
asthénique, agité, anxieux (se croit plus gravement atteint qu’en réalité,
manque de confiance dans le traitement proposé d'où un certain désespoir),
frileux mais ayant besoin d'air.
ARSENICUM ALBUM 7 CH une fois par jour
donne de bons résultats en pathologie aiguë. Il peut être très précieux
lorsqu'un autre remède qui semblait indiqué ne donne pas les résultats
escomptés: on le donne alors en échelle 9, 15, 30 CH une dose de
chaque et dans l'ordre à 24h d'intervalle.
BAPTISIA TINCTORIA
(l'indigo sauvage)
Pour
certains auteurs (Jean MEURIS), ce remède peut être considéré comme un
remède de gingivite encore plus grave que celle d'ARSENICUM ALBUM =
gingivite ulcéreuse, très douloureuse, haleine putride, langue
tremblante, enflée, douloureuse puis sèche, difficile à tirer.
L'agitation
anxieuse d'ARSENICUM ALBUM serait remplacée par une grande prostration, une
parfaite indifférence, comme si le patient était trop atteint pour être
conscient de son état.
KREOSOTUM
(la créosote)
Utilisée
autrefois pour fumer les viandes afin d'en assurer leur conservation,
l'abus de consommation de telles viandes provoquait une gingivite ulcéreuse
semblable au scorbut.
Aussi
KREOSOTUM est-il indiqué pour une gingivite ulcéreuse, d’aspect
scorbutique, voire nécrotique, avec une grande sensation de brûlure et une
tendance hémorragique = la muqueuse buccale est tellement sèche qu'elle
saigne au moindre contact (d'un miroir par exemple), avec sécrétions
excoriantes (perlèche). Les douleurs sont brûlantes, lancinantes,
parfois battantes, aggravées par le froid (air et boissons), améliorées
la chaleur. KREOSOTUM 5 CH deux à trois fois par jour.
oOo
Les médicaments proposés sont
parmi les plus fréquemment rencontrés en pratique courante. Ils donnent le
plus souvent d’excellents résultats. Une gingivite occasionnelle ne pose pas
d’autre problème que celui de son traitement immédiat. Mais l’existence de
récidives oblige le praticien à une observation plus attentive de son
patient et apparaissent alors les notions constitutionnelles et diathésiques
qui permettent à un praticien homéopathe exercé de reconnaître les sujets à
risques et souvent de leur proposer une action préventive. |