La
pathologie bucco-dentaire est souvent la conséquence d'un mode de vie
défavorable, ayant surchargé la fonction hépato-vésiculo-digestive par suite
d'erreurs hygiéno-diététiques répétées. La gingivite ulcéreuse et
hémorragique ou l'aphtose buccale apparaissent au cours ou à la suite
d'excès alimentaires. Souvent, la gingivorragie exprime une congestion
veineuse accentuée par périodes. Les troubles digestifs dominent, du moins
au départ: désir et abus d'alcool, de café ou de thé, de mets relevés,
épicés, salés, de plats en sauce, etc ... or, il supporte très mal cette
alimentation qui provoque une dyspepsie, et qui pendant un temps provoque
une inappétence ou une faim vite rassasiée, avec dégoûts pour de nombreux
aliments qu'il aime pourtant. Après le repas, un ballonnement oblige à
desserrer la ceinture, il éprouve ensuite un besoin de faire une sieste, un
court sommeil l'améliore, il devient mal à l'aise et irascible s'il ne peut
dormir, même quelques minutes. Progressivement, une constipation apparaît,
avec des besoins urgents mais inefficaces, le plus souvent en raison d'un
réflexe antipéristaltique. Ce même réflexe apparaît lors d'un état
nauséeux, lui donnant l'impression qu'il serait mieux après vomissement, qui
ne se produit pas. De temps en temps, une poussée d'hémorroïdes le rend
irascible en raison de la douleur, de la gêne, des faux besoins, du ténesme
après la selle. Le foie est alors congestionné, douloureux. C'est au cours
de cette période qu'on peut voir ce patient pour une gingivite ulcéreuse, ou
même pour une banale gingivorragie, témoin d'une congestion portale et
veineuse. Pendant la période des troubles digestifs aigus, il n'est pas
facile de donner des soins dentaires à un tel patient. Tout d'abord, parce
qu'il vient au cabinet dentaire contraint le plus souvent par une douleur
qu'il ne tolère pas et qu'il exige d'être pris sur le champ, il ne veut
jamais attendre, il ne supporte aucune contrainte liée au traitement. Il se
réfugie dans une lipothymie au moment critique. Son mode de vie le rend
irascible, coléreux, capable d'impulsions agressives, odieux avec son
entourage professionnel et surtout familial. Heureusement, il parvient
parfois à se contrôler avec des étrangers, surtout dans les périodes moins
aiguës. Et autre conséquence, s'il vient au cabinet dentaire lorsqu'il a
mal, il est difficile de le faire revenir pour des soins répétés. Ce
comportement résulte essentiellement de l'atteinte- de son système nerveux
dans le sens de l'excitation avec spasmes, puis de dépression mélancolique.
En
fait, ce sujet s'est laissé débordé par son mode de vie fait de surcharges
de travail, de manque de repos, d'abus de toutes sortes, alimentaires mais
aussi médicamenteux, pour combattre les troubles et certains effets
désagréables (somnifères puis stimulants, pansements gastriques, laxatifs,
antalgiques ... ). Lorsqu'il prend des vacances suffisamment longues, la
plupart de ses troubles s'améliorent.
Les troubles
bucco-dentaires reflètent l'état de la fonction digestive. Troubles
fonctionnels d'abord à type d'éliminations muqueuses ou par suite de la
congestion veineuse d'origine portale, puis atteinte de la nutrition du
parodonte avec un début d'alvéolyse, gingivite de plus en plus ulcéreuse,
premiers pas vers une parodontopathie véritable, NUX VOMICA est alors
dépassé au profit d'un autre médicament. D'une manière générale, NUX VOMICA
complète ou fait suite à SULFUR, dont il est le remède d'aggravation du
système nerveux et de l'appareil hépato-digestif. Si ces deux médicaments
sont complémentaires, ils sont des modalités différentes. La thermophobie
de SULFUR, puis son instabilité thermique sont ici remplacées par une
hypersensibilité au froid et aux courants d'air froid, qui déclenche
certains troubles comme la rhinite améliorée au grand air et aggravée dans
une chambre chaude.
NUX VOMICA peut
ainsi jouer un rôle curatif sur les troubles gingivaux, mais surtout
préventif sur l'évolution vers une parodontopathie, en agissant sur la cause
profonde, les troubles hépato-digestifs et la congestion portale. Il faut
commencer le traitement par une 7 CH une ou deux fois par jour
pendant les troubles aigus, puis espacer les prises en élevant la dilution
et en recherchant surtout le complémentaire de fond, SULFUR dans une
évolution favorable (et dont les troubles sont plus anciens) ou LYCOPODIUM
ou ARSENICUM ALBUM en cas d'aggravation.
Remarque: IRIS VERSICOLOR
se montre très utile, comme complémentaire de SULFUR ou de NUX VOMICA dans
les inflammations de la muqueuse buccale avec une sensation de brûlure
intense, qui peut se retrouver tout le long du tractus digestif,
accompagnées souvent de migraines, de dyspepsie acide.
LYCOPODIUM
Bien que végétal, ce
médicament a une action très profonde sur l'organisme, tout d'abord en
raison de son tropisme pour le foie dont il perturbe progressivement toute
les fonctions (métabolisme de l'acide urique, de l'urée, du cholestérol),
puis du fait de son action sur le rein, sur l'appareil génital et enfin sur
les émonctoires comme la peau et les muqueuses, sans oublier bien sûr ses
conséquences sur le psychisme.
1/
Les signes bucco-dentaires:
·
Langue sèche, blanchâtre, avec des petites
vésicules à la pointe.
·
Gencives enflées et douloureuses, dents très
sensibles, pyorrhée. (VANNIER et POIRIER).
·
Herpès croûteux et pruriant aux commissures
labiales.
·
Mauvaise haleine le matin principalement.
·
Sécheresse de la bouche et de la langue (sans
soif - signe inconstant) ... Langue sèche, noirâtre, crevassée, cloques ou
aphtes sur la langue. Dents jaunâtres, sensibles au toucher; mal de dents
avec enflure de la joue, soulagé par les applications chaudes.
·
KENT ne signale dans sa Matière
Médicale qu'un gonflement des parotides ou des sous-maxillaires, avec
tendance à la suppuration.
2/ Le
contexte général et commentaires:
LYCOPODIUM est encore un exemple de médicament ayant des signes
pathogénétiques bucco-dentaires banals et un usage clinique très important
en pratique stomatologique.
Le
point d'impact principal de LYCOPODIUM est le foie, la cellule hépatique et
les troubles apparaissent progressivement, allant d'une simple
surcharge hépato-digestive à une véritable atteinte lésionnelle du foie.
Aussi est-il normal de décrire plusieurs tableaux de LYCOPODIUM, selon le
stade évolutif. Et la muqueuse buccale ne fait que refléter l'atteinte
générale.
Dans
un premier temps, le patient type LYCOPODIUM vient consulter soit pour une
éruption d'herpès au coin des lèvres, soit pour une aphtose buccale, soit
pour une gingivite érythémateuse banale, mais récidivante, périodique. Ces
troubles s'accompagnent souvent d'une sensation de sécheresse buccale ou
d'une mauvaise haleine matinale. L'interrogatoire met souvent en évidence
un mode de vie sédentaire, quelques troubles digestifs à type de dyspepsie
flatulente.
Dans
un deuxième temps, le patient vient consulter toujours pour les mêmes
raisons, mais les troubles semblent plus tenaces. L'herpès croûteux des
commissures revient plus souvent, la gingivite est devenue ulcéreuse, la
gingivorragie est apparue, il peut y avoir des poussées de vésicules
brûlantes dans la bouche ou sur la langue. Des caries sont apparues, alors
que ce patient en avait peu jusque-là. Les troubles digestifs sont plus
importants et plus fréquents. La dyspepsie flatulente est plus manifeste:
ballonnement aussitôt après le repas, mais bien plus importante entre 16h et
20h (en fait en fin d'après-midi). La constipation, épisodique depuis des
mois, devient plus gênante avec des faux besoins urgents et inefficaces.
Des poussées d'hémorroïdes entraînent des douleurs, du saignement, de la
mauvaise humeur (tous signes qui rappellent Nux vomica). Des maux de
tête perturbent la vie, améliorés en mangeant. Ce patient avoue toujours un
appétit franc, mais est vite rassasié, comme si les premières bouchées lui
coupaient l'appétit: il est toujours attiré par les sucreries. La
somnolence postprandiale devient gênante parce qu'il n'a pas le temps de
faire une sieste, ce qui l'énerve. D'ailleurs tout l'énerve, il est
rapidement irrité, a une attitude cassante ou méprisante avec sa secrétaire
et avec ses subordonnés. Tous ces signes sont très proches de NUX VOMICA,
mais les modalités générales les distinguent souvent. LYCOPODIUM a une
latéralité droite dominante.
2/ Le
contexte général et commentaires:
LYCOPODIUM est encore un exemple de médicament ayant des signes
pathogénétiques bucco-dentaires banals et un usage clinique très important
en pratique stomatologique.
Le
point d'impact principal de LYCOPODIUM est le foie, la cellule hépatique et
les troubles apparaissent progressivement, allant d'une simple
surcharge hépato-digestive à une véritable atteinte lésionnelle du foie.
Aussi est-il normal de décrire plusieurs tableaux de LYCOPODIUM, selon le
stade évolutif. Et la muqueuse buccale ne fait que refléter l'atteinte
générale.
Dans
un premier temps, le patient type LYCOPODIUM vient consulter soit pour une
éruption d'herpès au coin des lèvres, soit pour une aphtose buccale, soit
pour une gingivite érythémateuse banale, mais récidivante, périodique. Ces
troubles s'accompagnent souvent d'une sensation de sécheresse buccale ou
d'une mauvaise haleine matinale. L'interrogatoire met souvent en évidence
un mode de vie sédentaire, quelques troubles digestifs à type de dyspepsie
flatulente.
Dans
un deuxième temps, le patient vient consulter toujours pour les mêmes
raisons, mais les troubles semblent plus tenaces. L'herpès croûteux des
commissures revient plus souvent, la gingivite est devenue ulcéreuse, la
gingivorragie est apparue, il peut y avoir des poussées de vésicules
brûlantes dans la bouche ou sur la langue. Des caries sont apparues, alors
que ce patient en avait peu jusque-là. Les troubles digestifs sont plus
importants et plus fréquents. La dyspepsie flatulente est plus manifeste:
ballonnement aussitôt après le repas, mais bien plus importante entre 16h et
20h (en fait en fin d'après-midi). La constipation, épisodique depuis des
mois, devient plus gênante avec des faux besoins urgents et inefficaces.
Des poussées d'hémorroïdes entraînent des douleurs, du saignement, de la
mauvaise humeur (tous signes qui rappellent Nux vomica). Des maux de
tête perturbent la vie, améliorés en mangeant. Ce patient avoue toujours un
appétit franc, mais est vite rassasié, comme si les premières bouchées lui
coupaient l'appétit: il est toujours attiré par les sucreries. La
somnolence postprandiale devient gênante parce qu'il n'a pas le temps de
faire une sieste, ce qui l'énerve. D'ailleurs tout l'énerve, il est
rapidement irrité, a une attitude cassante ou méprisante avec sa secrétaire
et avec ses subordonnés. Tous ces signes sont très proches de NUX VOMICA,
mais les modalités générales les distinguent souvent. LYCOPODIUM a une
latéralité droite dominante.
Dans
un troisième temps, le patient a beaucoup changé, et d'abord physiquement.
Il a maigri, sauf du ventre. Il a vieilli, il semble fatigué, émacié, il a
perdu sa chaleur vitale habituelle, mais garde un regard vif et pénétrant.
Les troubles buccaux sont beaucoup plus graves avec une véritable
parodontopathie, une gingivite ulcéreuse, des poches qui suppurent de
temps en temps, plusieurs dents sont réellement menacées, surtout celles du
bloc antérieur supérieur et inférieur.
L'état
général est atteint: l'effort intellectuel est devenu difficile, la mémoire
baisse, le patient manque de plus en plus de confiance en lui-même. Les
examens de laboratoire sont mauvais: augmentation de l'urée, du cholestérol,
de l'acide urique, baisse de l'urée urinaire, augmentation des
triglycérides, des acides gras, manifestations d'hypertension artérielle,
d'athérosclérose, etc ... La peau est devenue sèche, ridée, pruriante, avec
des éruptions diverses (eczéma derrière les oreilles, acné, furoncles,
naevi, varicosités ... ).
L'explication diathésique est assez simple. LYCOPODIUM est l'un des
principaux remèdes du mode réactionnel psorique (l'un des trois
antipsoriques avec CALCAREA CARBONICA et SULFUR selon HAHNEMANN). Son
indication intervient lorsque la sédentarité et les excès alimentaires ont
fini par atteindre la fonction hépatique. Celle-ci est atteinte
progressivement avec des périodes de réactions sthéniques au cours
desquelles on peut voir l'indication de NUX VOMICA ou de SULFUR (comme
remède de fond). Puis l'atteinte hépatique devient plus importante en même
temps que les émonctoires tendent à faiblir. LYCOPODIUM est indiqué dès le
début, mais encore davantage lorsque les troubles s'aggravent et
retentissent sur la nutrition générale.
La
bouche ne fait que refléter la dégradation de l'état général ou de ce que
l'on appelle la décompensation. Au début, la gingivite représente ou
participe aux éliminations typiquement psoriques, c'est-à-dire sthéniques,
tapageuses, mais efficaces avec retour à l'état normal rapide et
amélioration de l'état général. A ce stade LYCOPODIUM doit être comparé à
d'autres remèdes déjà évoqués, mais il faut se rappeler que tous les
troubles sont encore réversibles, par un traitement approprié, par un régime
alimentaire adapté aux besoins, par une action sur les causes buccales
éventuellement.
Lorsque l'atteinte hépatique est plus importante, les troubles généraux et
buccaux deviennent plus lésionnels et progressivement moins facilement
réversibles, puis irréversibles. LYCOPODIUM peut alors être comparé ou
complété par d'autres médicaments: LACHESIS, AURUM METALLICUM, ARSENICUM
ALBUM, PHOSPHORUS ... Sans oublier HEPAR SULFUR pour les processus suppurés,
notamment les poches parodontales. R. ZISSU signale que lorsque
HEPAR SULFUR est donné pour des suppurations chez un sujet LYCOPODIUM, la
prise du premier entraîne une diminution de l'azotémie.
La
prescription de LYCOPODIUM est souvent délicate, en raison de l'état des
émonctoires naturels ou de suppléance. Chez un sujet décompensé, il faut
être très prudent et très souvent, le traitement sera confié au médecin, car
les troubles dentaires ne sont que la conséquence de l'état général.
LACHESIS
Médicament d'origine animale, le venin du serpent sururucu ou
Lachesis mutus a une action particulièrement toxique.
1/ Les signes bucco-dentaires:
·
Gencives molles, spongieuses, saignant
facilement; quand cela se trouve, souvent Lachesis suit bien
Mercurius et si les gencives deviennent pourpres, 1'indication est renforcée
dans le sens de Lachesis" (NASH cité par LATHOUD).
·
Aphtes, ulcérations avec brûlure et cuisson (BOERICKE).
·
Stomatite, gingivite, angine de Vincent ...
(H. DUPRAT).
·
Ulcérations gangreneuses de la bouche;
gangrène des gencives; ulcérations expansives de la bouche, ulcérations
malignes. Saignement, hémorragies de sang noir dans la bouche, ou après
extraction. (BROUSSALIAN).
2/ Le contexte général et commentaires:
Ce médicament est
d'usage très fréquent au cabinet dentaire. Quel que soit le type sensible
du patient auquel il s'adresse, il y a un certain nombre de
signes, de symptômes et de modalités caractéristiques qu'il est
indispensable de retrouver:
·
Alternance de dépression matinale
(deuxième partie de la nuit, réveil, matinée) et d'excitation
vespérale (et première partie de la nuit).
·
Aggravation par l'arrêt d'un écoulement
physiologique ou pathologique, et inversement amélioration par un
écoulement, physiologique (règles) ou pathologique.
·
Latéralité gauche dominante: les
troubles sont pires du côté gauche ou commencent à gauche et évoluent de
gauche à droite (tout le contraire de LYCOPODIUM).
·
Hypersensibilité tactile entraînant
une intolérance à la constriction: vêtements serrés au niveau du cou et de
la taille.
A
partir de ces signes très importants, complétés par d'autres, l'usage
clinique de LACHESIS permet de préciser les sujets les plus sensibles
à l'action de ce venin, ou plutôt ceux chez qui il se trouve le plus souvent
indiqué.
La femme et la ménopause climatérique:
En
dehors de la castration chirurgicale, la ménopause évolue par paliers
(ménopause climatérique) , les muqueuse gingivale et buccale présentent
différents troubles pathologiques au gré de l'état général. La diminution
des hormones sexuelles entraîne une atrophie de 1'épithélium gingival, une
involution des acini des principales glandes salivaires, le tout aboutissant
à une gingivite érythémato-oedémateuse desquamative avec
hyposialie, cette dernière pouvant être à l'origine de douleurs
brûlantes. Les répercussions cardio-vasculaires expliquent les
gingivorragies. Dans certains cas, les troubles du comportement
retentissent sur la pathologie buccale, les douleurs constituent des
stomatodynies, et l'inefficacité des traitements chimiques entraîne
petit à petit une véritable cancérophobie (THUYA). Enfin, le ralentissement
endocrinien peut expliquer l'évolution de la gingivite vers une véritable
parodontopathie avec des poches suppurées, alvéolyse, dénudation
gingivale, etc ...
On
trouve l'ensemble de ces troubles dans la pathogénésie de LACHESIS
avec la progressivité dans l'aggravation qui permet une action précoce, avec
une évolution classique de SULFUR à LACHESIS, par le biais notamment
de la suppression des éliminations que représente la ménopause.
Le
choix de LACHESIS est assez facile à mettre en évidence: bouffées de chaleur
avec tête chaude, thermophobie (chaleur confinée), céphalées congestives
intolérance à toute constriction (col largement ouvert), palpitations
violentes avec angoisse, sensations de constriction précordiale, ecchymoses
au moindre choc, sommeil perturbé par des cauchemars (manque d'air, morts,
d'enterrements dont le sien, ... ). Les troubles du comportement sont
explicites. Au cours des périodes de dépression, on constate de la
tristesse, de l'abattement, une jalousie excessive, surtout vis-à-vis du
conjoint, une peur de la folie, la conviction d'être persécutée. Au cours
des périodes d'excitation, on trouve une loquacité extrême avec incohérence,
une agitation physique et mentale en fin d'après-midi, le soir, au début de
la huit, avec vanité, autoritarisme, manie religieuse, etc ... A cela
s'ajoute, très souvent, une "persécution" du praticien qui se trouve, au
moment de la consultation, agressé par un débordement de discours, de
détails, de réponses aux questions aussi longues et embrouillées que
certains discours politiques, puis lorsque la patiente est rentrée chez
elle, des persécutions téléphoniques au cours desquelles cette femme donne
de nouvelles explications et apportent d'autres précisions sur des
symptômes ou des troubles qu'elle a oubliés de décrire lors de la
consultation.
LACHESIS couvre toute cette période, parfois au début associé à SULFUR,
dès lors qu'il supporte mal les blocages éliminatoires puis par d'autres
remèdes selon la symptomatologie. L'arrêt progressif des règles constitue
bien un blocage éliminatoire. Au début, la patiente peut venir consulter
pour des gingivorragies abondantes les jours précédents les règles, qui
disparaissent avec aussitôt leur apparition. Ou pour une aphtose buccale ou
pour une gingivite érythémateuse. Ensuite, progressivement, la gingivite
devient de plus en plus ulcéreuse. Si les causes locales le permettent, une
ou plusieurs poches peuvent apparaître, avec une tendance à la suppuration,
dans un contexte de gingivite ulcéreuse hémorragique: Théoriquement, il
devrait exister une latéralité gauche prédominante, qui reste à vérifier par
des radiographies panoramiques lorsque l'alvéolyse a commencé.
Donné
en temps utile, LACHESIS donne d'excellents résultats, souvent
spectaculaires sur l'état buccal. Bien entendu les troubles buccaux sont
rarement isolés, il est donc normal de demander la Collaboration du
médecin.
L'alcoolique:
LACHESIS est l'un des médicaments homéopathiques de l'alcoolisme
chronique dont 1es conséquences sur 1 'appareil digestif d'abord, puis sur 1
'ensemble de 1 'organisme sont bien connues. Au stade LACHESIS, le patient
présente les deux phases d'excitation vespérale et la dépression matinale,
les troubles hépato-digestifs sont ici plus marqués. inappétence, soif et
désir d'alcool, foie douloureux et hypertrophié, nausées, hoquet,
vomissements, sensibilité de la région épigastrique, mauvaise haleine,
langue chargée, gingivite ulcéreuse très hémorragique, constipation
opiniâtre, hémorroïdes procidentes, douloureuses ou diarrhée fétide et
irritante par périodes.
Si
l'on reçoit le patient le matin, il est alors de mauvaise humeur, bredouille
les réponses, ne se sent pas bien, radote, tremble de tous ses membres. le
soir, il semble plus en forme, parle d'abondance, il peut être agité, voire
agressif.
L'état
buccal reflète celui de l'état général: gingivite ulcéreuse périodique au
début avec gingivorragies, "bouche sale" par manque d'hygiène, dépôts
crémeux blanchâtres sur les dents, tartre abondant, puis des poches
apparaissent avec des ulcérations plus ou moins profondes, hypersalivation
nauséabonde, etc ...
LACHESIS couvre encore ici les différentes étapes, on en retrouve les
principaux signes. Il faut parfois compléter son action par d'autres
médicaments selon le contexte clinique: SULFUR et NUX VOMICA très souvent,
NITRI ACIDUM, MERCURIUS, THUYA, PHOSPHORUS, AURUM METALLICUM, LYCOPODIUM ...
Très souvent, on trouve une évolution physio-pathologique tant sur le plan
général qu'odonto-stomatologique depuis le stade fonctionnel initial marqué
par 1'indication de SULFUR et de NUX VOMICA, au stade de 1 'atteinte
hépatique et glandulaire avec LYCOPODIUM et LACHESIS, puis au stade
lésionnel de 1 'hépatocyte avec PHOSPHORUS.
Les autres cas:
LACHESIS n'est pas indiqué exclusivement chez la femme ménopausée ou
chez 1'alcoolique que. Il donne de bons résultats chez 1'hypertendu
congestionné, chez des sujets présentant des congestions diverses: foie,
tête, ovaires, etc ... chez lesquels on retrouve les principaux signes, dont
les signes buccaux, dominés par la tendance hémorragique (gingivorragies,
hémorragie per et postopératoire, hémorragie de la pulpectomie ... ).
La
posologie tient compte du contexte clinique. En raison de la toxicité du
venin, les basses dilutions surtout répétées sont à proscrire (jamais en
dessous de la 7 CH). A notre avis, il faut toujours commencer le traitement
par une moyenne dilution, 7 CH une à deux fois par semaine, et
ensuite moduler la dilution et la répétition des prises selon le résultat.
S E P I A
L'encre de seiche est une substance complexe, riche en divers éléments
minéraux, dont le chlorure de sodium (NATRUM MURIATICUM), des sels de
calcium et de magnésium, de la silice, du cuivre et pigments (dont la
mélanine) ... Son action sur l'organisme est par conséquence variée,
complexe, étendue, au point que M. GUERMONPREZ affirme que "SEPIA
agit comme un véritable stimulant hormonal non spécifique".
1/ Les signes
bucco-dentaires:
·
Bouche sèche, lèvres gonflées le matin,
surtout la lèvre inférieure avec craquelures et herpès. Chaque chose a un
goût trop salé.
·
Carie dentaire avec douleurs aiguës aggravées
de 18h à minuit, empêchant le sommeil. Pyorrhée. (VANNIER et
POIRIER).
·
Les gencives se rétractent en découvrant les
dents.
·
Mal de dent et névralgie dentaire en prenant
froid. (KENT).
·
Les dents se gâtent rapidement ...
·
Branlement des incisives inférieures..
·
Toutes les dents deviennent branlantes et
douloureuses, la gencive saigne aisément ... Gonflement douloureux de la
gencive, ulcération de la gencive ... Saignement de la gencive, presque sans
cause (HAHNEMANN)
2/ Le contexte général et commentaires:
L'action de SEPIA s'exerce électivement sur le système
circulatoire (stase veineuse a polarité portale, retentissement
congestif hépatique ... ), sur les tissus élastico-conjonctifs
(élastopathies: ptoses, varices, hypokinésie), sur les muqueuses (irritation
et catarrhes), sur la peau (dermatoses ,,variées) et sur le système nerveux
(comportement).
Les
maladies parodontales découlent directement de la congestion veineuse
porto-hépatique, comme dans PULSATILLA (congestion veineuse généralisée),
mais avec dans SEPIA une nette aggravation du fait de la localisation.
Cette atteinte de la circulation de retour résulte le plus souvent d'un mode
de vie défavorable, sédentaire avec ses excès alimentaires ( dont l'alcool)
et de toxiques (dont le tabac). Sont aussi incriminés: les excès sexuels,
la colibacillose, la blennorragie, et chez la femme la ménopause, les
grossesses, les avortements.
Dans
SEPIA, l'atteinte hépatique est assez importante, bien que progressive mais
toutes les fonctions du foie sont concernées: fonction biliaire avec
hypocholie ou acholie, passage dans le sang des sels biliaires donnant un
teint bistre et taches marrons ou brunes dites hépatiques; fonction
glycogénique avec perturbations du métabolisme des glucides (désir de
sucreries), fonction uro-poïétique avec augmentation de l'acide urique dans
le sang (douleurs rénales), dysurie ... Le résultat en est une dyspepsie
atonique: digestion lente et pénible, sensation de vide au creux
épigastrique vers 10-11 h du matin, non améliorée en mangeant (parce qu'il
s'ajoute souvent une ptose gastrique), nausées le matin à jeun ou à la vue
des aliments, dysgueusies, langue sale et gardant l'empreinte des dents
(sauf au moment des règles, la langue redevient propre), aversion pour les
graisses (qui sont mal digérées), la viande, la bière, le pain, le lait (ce
dernier provoque de la diarrhée), constipation due sans doute à
l'hypocholie, avec sensation de pesanteur, d'une boule lourde dans le
rectum, selles dures, noueuses, qui s'accumulent et ne sont que
partiellement évacuées, hémorroïdes suintantes, saignantes, avec élancements
douloureux, varices ...
Chez
la femme s'ajoute une congestion utéro-ovarienne avec sensation de pesanteur
pelvienne, sensation que l'utérus est tiré vers le bas, tendance à la ptose
utérine ou rectale, douleurs sacro-lombaires, besoin de s'asseoir et de
croiser les jambes, jambes lourdes; règles irrégulières accompagnées de
nombreux troubles: céphalée, douleurs dentaires ...
En
dehors des troubles hépato-digestifs ou génitaux, la congestion veineuse
peut expliquer les bouffées de chaleur avec transpiration et sensation de
malaise, de défaillance; sensation de froid au sommet du crâne ou entre les
épaules.
La
constipation exprime déjà une tendance au blocage émonctorial, elle
s'aggrave petit à petit, en même temps que l'organisme tente des
éliminations par les voies de suppléance: peau et muqueuses. Au niveau de
la peau, outre les taches dites hépatiques, le sujet SEPIA a une peau atone,
terreuse, de mauvaise odeur, des sueurs irritantes et fétides, localisées
(aisselles, pieds). "SEPIA transpire difficilement et aux endroits où il est
le plus facile de transpirer" R. ZISSU). SEPIA a également des éruptions
(cataméniales), le plus souvent vésiculeuses, notamment autour de la bouche,
aux plis articulaires, aux régions génitales, avec prurit puis brûlure, et
parfois ulcérations. Les muqueuses sont le siège d'inflammations, avec
catarrhes irritants, de mauvaise odeur.
Dans
ce contexte, le mode réactionnel psorique est évident. Les troubles
parodontaux s'y inscrivent, avec d'abord la tendance aux gingivorragies,
traduisant la congestion veineuse. Comme dans PULSATILLA, la répétition de
ces états congestifs favorise l'évolution vers la maladie parodontale, après
des épisodes de gingivites ulcéreuses et hémorragiques. Heureusement, il
y a progression dans l'évolution des signes, tendance à la chronicité
des troubles, gingivo-parodontaux entre autres. Ce qui peut permettre, dans
certains cas de consultation en temps utile, une action efficace.
Un
autre aspect de SEPIA est la tendance aux élastopathies, expliquant les
varices (par congestion veineuse et relâchement des fibres élastiques des
parois veineuses), les ptoses à différents niveaux (estomac, rectum, utérus,
paupières ... ). Cet aspect physio-pathologique indique SEPIA dans certains
troubles luétiques. La gencive comprend des fibres élastiques, sont-elles
concernées elles aussi par la tendance au relâchement ? En tout cas, cela
expliquerait certaines formes graves chez des sujets SEPIA.
La
présence de troubles hépato-digestifs acquis par le mode de vie sédentaire
et les difficultés éliminatoires expliquent d'abord le mode psorique, car on
retrouve dans l'anamnèse les alternances de troubles cutanés et muqueux.
Puis avec le blocage éliminatoire, les troubles tendent à la torpidité, à la
chronicité, et évoquent alors le mode sycotique, confirmé progressivement
par l'apparition de productions type papillomes, polypes, par la persistance
de dermatoses comme le psoriasis, l'apparition de mycoses ou de candidoses
...
L'insuffisance hépatique, surtout chez l'enfant, évoque le mode
tuberculinique. Ainsi, SEPIA est-il un remède poly-diathésique. La mise en
œuvre du mode tuberculinique chez l'enfant explique un signe souligné déjà
par HAHNEMANN: la tendance aux caries dentaires d'évolution rapide et
globale.
Malgré
l'importance des signes somatiques, déjà caractéristiques sur bien des
plans, il est indispensable de confirmer l'indication de SEPIA par ses
signes psychiques et par son comportement. SEPIA est asthénique, dépressif,
triste, progressivement indifférent à tout et à tous, notamment à son
entourage familial, avec un besoin de solitude, de se replier sur lui-même,
avec aggravation par les tentatives de consolations qui l'exaspèrent, en
même temps que naît un sentiment de remord sur ses manquements à ses devoirs
(vis-à-vis du conjoint ou des enfants). Sur ce fond dépressif, des périodes
d'irritabilité, de colères pour des futilités traduisent un état
d'excitation, généralement de courte durée, et fréquent chez la femme au
moment des règles, qui sont une période difficile.
La
pratique montre la fréquence de l'indication de SEPIA pour les troubles
gingivaux et parodontaux au moment de la grossesse, après la grossesse et
durant la ménopause climatérique (les règles, même pénibles, constituent
sans doute une élimination favorable chez une psorique).
De
plus, l'expérience clinique montre que des résultats surprenants peuvent
être obtenus avec SEPIA dans des cas où la logique imposerait des avulsions
en nombre. Notamment, au cours ou après la ménopause, chez des femmes
psychologiquement fragiles, chez lesquelles des avulsions seraient
ressenties comme une mutilation qui s'ajouterait déjà aux conséquences de la
ménopause. SEPIA se montre efficace comme remède d'accompagnement des
solutions chirurgicales, ou même comme solution palliative dans l'attente
d'un moment psychologique plus opportun.
Sa
prescription ne pose pas de problème si l'on tient compte du blocage
éliminatoire. Dans ce cas, il semble préférable de commencer le traitement
par une 7 CH deux à trois fois par semaine, durant un temps suffisant
permettant d'ailleurs la remise en état satisfaisant de la denture.
Ensuite, la posologie peut être adaptée selon l'évolution et surtout selon
le contexte clinique, complexe et variable d'un patient à un autre en raison
des différentes tendances diathésiques.
NATRUM SULFURICUM
On
peut opposer la tendance à la rétention hydrique du sulfate de soude à
la tendance inverse du chlorure de sodium.
1/ Les signes bucco-dentaires:
·
Mucus épais, tenace et visqueux, goût amer.
·
Sécheresse brûlante de la bouche comme par du
poivre. Les gencives brûlent comme du feu, elles sont rouges, ulcérées.
·
Les dents deviennent branlantes et tombent
facilement.
·
Langue recouverte d'un enduit gris vert ou
vert brun ou langue en "carte de géographie" ... (LATHOUD).
·
"Il se forme beaucoup de mucus dans la bouche
et dans la gorge. Ptyalisme. Rétractions des gencives et déchaussement des
dents, qui tombent, dans les états sycotiques. Eruptions de vésicules
brûlantes sur la lèvre inférieure et autour de la bouche..." (KENT).
2/
Le contexte général et commentaires:
Alors que NATRUM
MURIATICUM s'annonce par des signes de sécheresse, par la soif et le désir
de sel, NATRUM SULFURICUM se manifeste par une sensibilité
inhabituelle à l'humidité et au froid humide. Dans son ouvrage
"Homéopathie et Physiologie" (Baillière et Similia - réédition 1983); G.
HODIAMONT écrit: "Le rôle capital du sulfate de soude dans le
métabolisme de l'eau, l'état hydrogénoïde d'un individu qui peut être poussé
jusqu'aux extrêmes, fait que toute maladie, quelle qu'elle soit, quelle que
soit sa localisation ou l'étiquette clinique que l'on pose, lorsque
l'aggravation par l'humidité est très marquée, doit faire penser à
rechercher les symptômes de Natrum sulfuricum".
Bien
avant, plusieurs mois, voire plusieurs années avant "que les dents
deviennent branlantes et tombent facilement", ce médicament s'annonce par la
sensibilité à l'humidité surtout au froid humide, et le patient vient
consulter son dentiste soit pour une aphtose banale, soit pour une gingivite
érythémateuse, soit pour des douleurs brûlantes imprécises, soit pour des
névralgies dentaires, en général bilatérales et variables dans leur
expression. "Docteur, j'ai mal à toutes mes dents", c'est ce que l'on
entend souvent. Ou encore une autre réflexion fréquente: "Docteur, je viens
vous voir parce que j'ai des aphtes. Avant, j'en avais une ou deux fois par
an et ils passaient vite; mais depuis quelques temps, ils reviennent plus
souvent et durent bien plus longtemps". Souvent, les patients n'ont pas
encore remarqué que leurs douleurs (surtout) apparaissent par temps humide
et froid. Mais ils ont noté que le froid humide ne les laisse plus
indifférents, comme autrefois, qu'ils le sentent arriver par de vagues
douleurs dans les articulations.
En
fait, tous ces troubles s'expliquent par la mise en œuvre du mode sycotique
dans son étape hydrogénoïde, c'est-à-dire la période d'imbibition hydrique,
de rétention d'eau dans les espaces péri-cellulaires avec ralentissement des
échanges. Certes, au début, les patients n'ont pas encore de modifications
morphologiques, qui vont se développer progressivement pour aboutir
longtemps après à une silhouette empâtée, infiltrée, parfois d'une manière
intense (voir la photographie d'un tel sujet dans l'ouvrage de J. JOUANNY
"Notions essentielles de thérapeutique homéopathique" Boiron 1977 - p.59).
Au
stade initial, les douleurs dentaires (entre autres, mais celles-ci
concernent le dentiste) sont imprécises en dehors de l'apparition et de
l'aggravation par temps humide. Plusieurs autres médicaments doivent être
comparés, souvent complémentaires: DULCAMARA le plus fréquent (à notre
avis), avec sa sécheresse buccale, sa gingivite ulcéreuse, ou ARANEA DIADEMA
avec sa névralgie faciale ou trigéminale revenant chaque jour à la même
heure ou encore RHODODENDRON ou enfin RHUS TOXICODENDRON qui a aussi une
névralgie, une gingivite ulcéreuse, une sécheresse buccale.
L'indication d'un de ces médicaments et de NATRUM SULFURICUM plus
particulièrement, doit inciter à rechercher les causes habituelles du mode
sycotique et à les neutraliser si possible, avec l'aide du médecin traitant
homéopathe. Car il est important, sur tous les plans, de bloquer
l'évolution vers le mode sycotique, dont les troubles sont plus tenaces et
plus résistants.
Hélas,
on peut voir le patient en consultation pour des troubles bucco-dentaires
déjà plus lésionnels. En général, ce patient présente alors les signes les
plus caractéristiques de NATRUM SULFURICUM, dont la morphologie imbibée
(cuisses, hanches, abdomen ... ). La rétention d'eau peut expliquer de
nombreux signes: doigts bouffis le matin (la bague ne sort plus facilement,
comme le soir), diarrhée après le petit déjeuner, tristesse et tendance
dépressive lorsque le temps est humide (ce qui aggrave la rétention) ... Les
troubles hépato-vésiculo-digestifs sont fréquents et peuvent être à
l'origine de l'évolution psoro-sycotique: inappétence, soif, bouche pâteuse,
langue sale, foie gros et douloureux, douleur pire couché sur le côté
gauche, flatulence avec borborygmes, coliques venteuses, digestion lente,
nausées, régurgitations acides, digestion difficile des féculents. Le
matin, le malade est tiré du lit par des borborygmes et après son petit
déjeuner et après avoir remué (comme si ces deux situations favorisaient une
mobilisation de l'eau ayant stagnée durant le sommeil), une diarrhée
apparaît brusquement, avec des selles aqueuses, jaunâtres, évacuées en jets
bruyants avec de nombreux gaz qui soulagent le ballonnement. Mais la
constipation existe, avec des selles dures, noueuses, grosses.
La
gingivite peut très bien s'inscrire dans cet ensemble digestif, interprétée
comme une élimination muqueuse. Elle a déjà quelques caractères sycotiques
par un début de torpidité, "elle ne passe aussi vite qu'autrefois".
L'aggravation de la gingivite et le développement d'une véritable
parodontopathie accompagnent l'atteinte générale de la nutrition, avec un
ralentissement métabolique. Les éliminations cutanées sont devenues, elles
aussi, typiquement sycotiques: peau jaune, terreuse, pruriante, verrues
(cuir chevelu, face, paupières, parties génitales, anus..), condylomes
génitaux, autres manifestations tumorales, dont l'épulis. L'atteinte des
séreuses, notamment articulaires traduit un blocage éliminatoire des autres
émonctoires: douleurs articulaires, arthrites, myalgies, craquements,
enraidissement, le tout aggravé par l'humidité et amélioré par le mouvement
lent et continué, sauf au début.
Les
muqueuses respiratoires (irritation catarrhale avec excrétions jaunâtres
épaisses, verdâtres) et génito-urinaires (urétrorrhée, leucorrhée ... )
traduisent la prédilection du mode sycotique pour ces localisations. Enfin,
le moral est toujours concerné: la dépression domine avec la mélancolie, la
tristesse, les pleurs faciles (en écoutant de la musique, par exemple), le
besoin de solitude pour ressasser ses malheurs ... et des manifestations
d'irritabilité, de mauvaise humeur (surtout le matin, améliorée après la
selle), l'hypersensibilité sensorielle (bruits ... ).
Ainsi
petit à petit se développe un état d'atteinte nutritionnelle profonde avec
parfois une hypothyroïdie), dont les répercussions sur l'appareil
dento-parodontal expliquent l'apparition progressive d'une alvéolyse, avec
parodontopathie mutilante. Heureusement, il se passe généralement du temps
entre les premières manifestations de sensibilité à l'humidité dont les
douleurs dentaires peuvent être le signal d'alarme, et les parodontopathies
graves. Il faut alors ne pas manquer 1 'indication de ce remède à une
époque où la pathologie est encore facilement réversible. Ensuite, si le
patient vient consulter trop tard, il est bien évident que, si NATRUM
SULFURICUM reste encore indispensable, le traitement est plus difficile
parce que le potentiel réactionnel du patient peut être plus ou moins
profondément atteint.
T H U Y A
Thuya occidentalis est le remède central du mode sycotique, parce sa
pathogénésie l'indique aussi bien dans les troubles de la phase
hydrogénoïde, que dans ceux de la phase scléreuse.
1/ Les
signes bucco-dentaires:
·
Irritation de la muqueuse buccale avec
aphtes. Langue saburrale, très sensible à la pointe. Varicosités dans la
bouche, surtout sous la langue. Grenouillette.
·
Les dents se déchaussent et sont très
sensibles, caries des collets radiculaires. Ou caries dentaires aux collets
peu après l'éruption. Ou encore dents cariées seulement sur le bord
tranchant (Staphysagria).
·
DUPRAT écrit textuellement:
"Odontalgie; gingivite expulsive; épulis; psoriasis lingual; varices
sublinguales; grenouillette".
2/ Le
contexte général et commentaires:
Les
médicaments de fond du mode sycotique ne sont pas très nombreux, au
contraire des remèdes de syndromes dans lesquels ce mode est très souvent
impliqué. Comme THUYA "couvre" les deux grandes étapes, son
indication est fréquente, d'autant plus que les facteurs susceptibles de
provoquer la mise en œuvre du mode sycotique abondent, se multiplient,
notamment avec la pollution au sens le plus large (médicaments chimiques
particulièrement et les vaccins). Le mode sycotique est mis en jeu, puis
imprime sa marque, à la suite de maladies traînantes, notamment les
infections O.R.L. ou génito-urinaires (deux secteurs électifs), de
vaccinations répétées, des traitements chimiques opposés à ces troubles,
notamment ceux qui agissent sur la réponse immunitaire, dans le sens de la
dépression (ce qui entraîne à nouveau une certaine torpidité des troubles,
en véritable cercle vicieux).
Cette
"actualité" du mode sycotique, on peut la voir dans l'augmentation des cas
de stomatodynies ou de glossodynies, dont THUYA est souvent le remède, de
même que NATRUM SULFURICUM ou CAUSTICUM. La glossodynie se retrouve presque
totalement dans la pathogénésie de THUYA avec sa douleur à la pointe de la
langue et son contexte dépressif avec sa cancérophobie initiale ou
secondaire.
La
Matière Médicale précise pour THUYA: "Les dents se déchaussent, caries des
collets radiculaires". Mais avant la dénudation des racines et leur carie,
il se passe du temps. Si la patient vient consulter à ce stade, le
traitement par THUYA, complété éventuellement par d'autres médicaments,
permet d'espérer une certaine pérennité de la solution chirurgicale.
Heureusement, le patient peut venir à un stade bien antérieur, alors que la
parodontopathie n'existe pas ou est encore discrète. Le traitement
homéopathique permet alors une action préventive. Tout ce que l'on sait du
mode sycotique et de ses remèdes de fond les plus importants (THUYA, NATRUM
SULFURICUM, CAUSTICUM, mais aussi NATRUM CARBONICUM, LACHESIS, MEDORRHINUM
et d'autres), montre à l'évidence le risque potentiel de maladies
parodontales. Aussi, chaque fois que l'on se trouve en présence d'un
patient, venant consulter pour une raison quelconque, et que l'on trouve
quelques signes de sycose, ou de troubles correspondant à un mode psorique
en difficulté, il y a nécessité et utilité pour le patient de proposer un
traitement préventif, le plus souvent avec le con cours d'un médecin
homéopathe, car le risque bucco-dentaire n'est pas isolé.
Un
sycotique se reconnaît à une multitude de signes, que l'on retrouve à des
degrés divers dans THUYA: infiltration hydrique plus ou moins importante
(notamment hanches et cuisses), aggravation par l'humidité sous toutes ses
formes (modalité inverse à la phase scléreuse, penser alors à CAUSTICUM),
tendance aux infections persistantes des muqueuses, aux mycoses rebelles,
aux proliférations cellulaires (verrues, condylomes, polypes, molluscums ...
), fréquentes douleurs tiraillantes des articulations avec besoin de
s'étirer, etc ... Sur le plan mental, THUYA se distingue par une tendance
dépressive et obsessionnelle, avec idées fixes (d'être suivi, d'avoir des
membres fragiles d'être surveillé, d'un malheur imminent, d'un corps
étranger remuant dans le ventre ... et la fameuse cancérophobie, parfois
prémonitoire).
On
décrit dans tous les livres le type sensible de THUYA: cellulite sur tout le
corps et surtout aux hanches, face huileuse, avec des rides profondes
surtout les sillons naso-géniens, queues des sourcils manquantes, cheveux
gras, veines superficielles gonflées et très marquées...Il existe aussi un
type maigre, moins fréquent, dont la cellulite est uniquement fessière.
Quel que soit le type, il est
fréquent de constater des formations cutanées sur le visage comme (verrues,
molluscums ... ).
La
prescription de THUYA peut poser quelques problèmes. M. GUERMONPREZ
écrit textuellement dan s sa Matière Médicale Homéopathique: "Cette
pathogénésie décrit la sycose infiltrante et génératrice de tumeurs. THUYA
entretient avec le cancer des rapports qui le rendent dangereux. On s'en
méfiera chez les sujets à risque, chez les cancéreux guéris. Il semble que
toute médication modifiant l'immunité puisse favoriser la sycose et les
signes de THUYA. De même, les thérapeutiques symptomatiques qui laissent
évoluer à bas bruit les maladies chroniques: antibiothérapies longues et
répétées, corticoïdes, tranquillisants, sédatifs, antalgiques,
anti-inflammatoires. Bref, "THUYA devient, plutôt que Nux vomica, le
principal antidote des thérapeutiques modernes en usage au long cours ou
excessif".
PHOSPHORUS
Le
phosphore blanc est une substance présente dans les noyaux cellulaires
de toutes les cellules, qui participe à pratiquement tous les métabolismes
importants, mais elle est en même temps très toxique, et de cette action
toxique découle de nombreuses indications cliniques.
1/ Les
signes bucco-dentaires:
·
Gencives enflammées, œdématiées, ulcérées,
très hémorragiques, abcès. Toute la muqueuse buccale peut être ulcérée, les
aphtes saignent facilement. Aphtes sur la face interne des lèvres et des
joues. Lèvres sèches, parcheminées, saignant facilement.
·
"Les dents se gâtent rapidement. Les gencives
saignent et découvrent les dents..." (KENT).
·
Enflure, hypertrophie du maxillaire inférieur,
nécrose du maxillaire inférieur, ostéite du maxillaire inférieur;
déchaussement des dents avec gingivorragies faciles .... (BROUSSALIAN).
2/ Le contexte général:
La
Matière Médicale est très précise: PHOSPHORUS est un médicament très
important de gingivite ulcéreuse hémorragique et de
parodontopathies, parfois graves. Le phosphore fait partie des
éléments indispensables à la biologie cellulaire, il joue un rôle
prépondérant dans l'ostéo-morphogenèse au point que certains auteurs ont
donné à la constitution longiligne le nom de "phosphorique". Le phosphore
est aussi un produit très toxique, et cette action peut se produire chez
n'importe qui, quel que soit le biotype.
Comme quelques autres médicaments d'action profonde,
PHOSPHORUS a des indications en pathologie aiguë et d'autres en
pathologie chronique. Ainsi, PHOSPHORUS est souvent indiqué dans les
syndromes hémorragiques, quels qu'ils soient, il se trouve indiqué aussi
bien en cas d'augmentation du temps de coagulation que du temps de
saignement. La gingivite quelle que soit sa forme clinique saigne
abondamment. Dans l'hépatite virale aiguë, l'indication quasi-systématique
repose sur la similitude lésionnelle ou anatomo-pathologique et donc sur
l'action toxique. PHOSPHORUS est encore souvent indiqué dans la néphrite
hématurique aiguë, dans la pancréatite aiguë, dans la gastro-entérite aiguë,
dans les vomissements acétonémiques graves. Son indication dans ces
pathologies est à discuter par rapport à ARSENICUM ALBUM, remède d'états
graves également.
En
pathologie aiguë, PHOSPHORUS reste donc un médicament de gingivite ulcéreuse
ou de parodontite aiguës et d'évolution grave, très hémorragique, on le
donne alors une à deux fois par jour en 7 ou 9 CH.
Comme
remède de fond, PHOSPHORUS peut avoir une action curative et même dans
certains cas, une action préventive sur l'évolution d'une gingivite
ulcéreuse vers une parodontopathie grave.
Tout
d'abord, PHOSPHORUS peut être un remède de fond de certaines maladies
chroniques du foie et des voies biliaires, de préférence chez un adulte
d'âge mûr ou chez un vieillard, allant d'une banale insuffisance
hépato-biliaire jusqu'à une atteinte profonde par dégénérescence
graisseuse. Il s'en suit des indications fréquentes chez l'alcoolique.
Dans cet ouvrage, les répercussions sur la pathologie gingivale et
parodontale des affections hépato-digestives ont été souvent évoquées. Le
choix du remède repose sur les signes locaux, banals en dehors de la
tendance hémorragique qui peut surprendre, et sur les signes généraux et
digestifs: douleur dans la région hépatique, aggravée couché sur le côté
droit, foie et rate hypertrophiées, éventuellement signes d'ictère,
constipation par insuffisance biliaire coexistant ou alternant avec une
diarrhée par hypercholie ou par entérocolite: diarrhée abondante, indolore,
jaillissante, décolorée, parfois brûlante, comportant parfois des graisses
ou constipation de petites selles, blanchâtres, dures, expulsées avec
efforts (cette alternance s'explique par l'excès ou l'insuffisance biliaire,
selon les cas et les périodes). La tendance hémorragique est encore
présente: sang dans les selles, hémorragies digestives.
PHOSPHORUS peut être indiqué également dans l'insuffisance rénale chronique
dont la parodontopathie est l'une des conséquences. Le choix de ce remède
repose sur la présence de quelques signes: hématurie, phosphaturie,
albuminurie, augmentation de l'urée et de la créatinine, oligurie, etc ...
Parfois ces signes s'inscrivent dans une insuffisance cardio-vasculaire
(cœur droit, palpitations violentes, dyspnée intense, ... ), avec petit à
petit des manifestations scléreuses à différents niveaux, dont les vaisseaux
(céphalée congestive, vertige, hémorragie rétinienne, artériopathies des
membres inférieures, etc ... chez le vieillard.
Cependant, sur un plan moins lésionnel de l'état général, PHOSPHORUS
apparaît souvent chez un sujet longiligne jeune (adolescent ou adulte encore
jeune), typiquement tuberculinique oxygénoïde, c'est-à-dire ayant un
métabolisme accéléré dans le sens des oxydations et du catabolisme
cellulaire décrit comme un sympathicotonique, ou un hyperthyroïdien, un
hyposurrénalien. Physiquement élancé, longiligne maigre, un peu voûté, ce
sujet a une démarche et des gestes souples et élégants, une intelligence
vive et rapide, mais
facilement cyclothymique,
hypersensible, hyperémotif, idéaliste exalté et passionné, instable,
velléitaire, vite découragé, abattu. Tout évoque l'image du phosphore qui
s'enflamme rapidement avec une flamme intense, brûlante, et qui s'éteint
aussi rapidement. Il y a donc alternances de phases d'excitation
(euphorique, optimiste, aimable, sentimental, plein d'idées grandioses, de
projets extraordinaires, ayant souvent une très haute estime de lui-même, et
donc un comportement dominateur. Les émotions provoquent des
palpitations, le font trembler, provoquent des sensations de chaleur, une
hyperesthésie sensorielle (contact, odeur). L'éréthisme cardiaque explique
la céphalée congestive, avec bouffées de chaleur, battements' artériels.
Ces périodes d'excitation sont suivies rapidement de périodes d'abattement,
de dépression, avec apathie, irritabilité, peurs (crépusculaire, obscurité,
orage ... ), difficulté pour le travail intellectuel. Comme tous les
oxygénoïdes, ce sujet a un appétit important, avec des fringales, besoin de
manger souvent, même la nuit, sous peine de sensation de défaillance. C'est
aussi un sujet instable sur le plan thermique: aggravé par la chaleur
(interprétée comme la résultante des nombreuses oxydations exothermiques et
la chaleur aggrave les congestions fréquentes dans ce remède); il cherche
donc la fraîcheur surtout lorsqu'il a ses extrémités ou sa tête brûlantes,
aime les boissons froides ... Mais il est aussi aggravé par le froid,
surtout à la phase de dépression, il aime alors se couvrir chaudement.
Chez
un tel sujet, la gingivite peut être interprétée comme une élimination de
signification tuberculinique, résultat d'une congestion veineuse passive,
elle-même conséquence de troubles qui se sont produits, ayant abouti à des
destructions cellulaires dont les déchets encombrent la circulation de
retour. Lorsque la gingivite récidive, il est fréquent, outre la très nette
tendance à l'hémorragie, de constater une mobilité dentaire, souvent
transitoire (du moins au début), qui est un signe de déminéralisation
osseuse, les minéraux étant mobilisés pour les processus de défense
tuberculiniques. Mais la réversibilité ne dure pas éternellement, petit à
petit, la déminéralisation tend vers la chronicité, c'est le départ de la
parodontopathie, surtout s'il y a sur le plan général, des troubles du
métabolisme phosphocalcique. Une fois encore, l'homéopathie permet une
action préventive, curative aussi bien-sûr, tant que le seuil de
réversibilité n'a pas été dépassé. Dans certains cas, on peut commencer le
traitement avec PHOSPHORIC ACIDUM, remède très proche, très utile
chez l'adolescent épuisé par une longue période de veillées, de travail
intellectuel intense. On peut également compléter l'action de fond de
PHOSPHORUS par CALCAREA PHOSPHORICA en deux dilutions, très basses (3 à 6 X
trituration avant les repas) et hautes ou moyennes selon la similitude. Ce
tandem donne de bons résultats pour reminéraliser l'os alvéolaire.
Comme
toujours lorsqu'il s'agit de substances particulièrement toxiques,
PHOSPHORUS ne doit pas être prescrit en trop basse dilution (en dessous de
la 4 CH) ni répété trop souvent. De plus, la tuberculose évolutive ou
récente constitue une contre-indication à la prescription de PHOSPHORUS.
CONCLUSION
Dans la présente
étude, seuls quelques médicaments ont été détaillés. Ce qui ne signifie pas
pour autant qu'ils soient les seuls ! Hélas !!
L'indication de ces
médicaments autorise l'hypothèse d'une cause de parodontopathies souvent
méconnue des "officiels", à savoir = l'insuffisance hépatique, liée
le plus souvent à la vie sédentaire, si fréquente aujourd'hui. Sa
méconnaissance explique peut-être des récidives, décevantes évidemment pour
le patient et pour le praticien, ce dernier pouvant se féliciter à juste
titre d'une prouesse chirurgicale.
Quoi qu'il en soit des
causes réelles ou supposées, en dehors des causes locales bien entendu, la
méthode homéopathique doit s'appliquer = résoudre l'équation de la
similitude à partir des signes et symptômes du patient, comparés à ceux de
la matière médicale. Le reste n'est que conjecture, mais intéressante
n'est-ce pas ?