EXPRESSION BUCCALE
D’UN MODE REACTIONNEL
EXEMPLES = MEZEREUM, LACHESIS, SULFUR
Dans la plupart des cas,
une gingivite exprime un trouble local développé à partir de facteurs
étiologiques bucco-dentaires, comme l’absence d’hygiène, la présence de
tartre ou d’autres épines irritatives de la gencive.
Dans d’autres cas,
notamment ceux pour lesquels aucune cause apparente n’est retrouvée malgré
une investigation minutieuse, peut-on se contenter d’un traitement chimique
classique ? Un chirurgien-dentiste homéopathe ne peut que répondre par la
négative. La bouche n’est pas isolée du reste de l’organisme. Tout cela est
banal à l’évidence.
Voici une illustration
= un adolescent de 18 ans vient consulter pour une gingivite dont il souffre
depuis deux jours. L’examen endo-buccal montre une bouche propre et aucune
carie. On constate que c’est la gencive autour des molaires et prémolaires
supérieures droites qui est œdématiée, qui saigne au moindre contact. Aucune
cause dentaire n’expliquant cette gingivite, il est normal de penser à une
éventuelle sinusite maxillaire. Imaginons que tel n’est pas le cas et
éventuellement l’avis de l’ORL lèvera le doute. Dans un tel cas, que fait le
dentiste « classique » ? Dans l’immense majorité des cas, il prescrit un
antibiotique ou un antiseptique, associé éventuellement à un
anti-inflammatoire si le contexte inflammatoire est important. Mais que se
passe-t-il si, après une amélioration, la gingivite récidive au bout de
quelques semaines ?
Devant le même cas, un
dentiste homéopathe raisonne différemment. L’absence d’une cause locale
l’incite à regarder « autour de la bouche ». Il pose quelques questions et
apprend que quelques jours, voire une ou deux semaines avant la première
gingivite, ce jeune homme a utilisé une pommade « miracle » pour faire
disparaître une acné faciale qui le complexait. Lui sait immédiatement qu’il
y a un rapport entre la suppression d’une éruption cutanée et le
développement de la gingivite. Cette notion est totalement inconnue des
« classiques », médecins ou dentistes. Les uns prennent en charge l’éruption
et estiment avoir rempli leur devoir lorsque celle-ci disparaît. Mieux, le
malade s’estime guérit. Les autres s’occupent des dents, détartrent s’il y a
lieu, recherchent d’éventuels points d’occlusion pathogènes. Et si malgré
tous ces soins, il y a toujours une récidive, les antibiotiques pallient un
temps les inconvénients.
Seulement, dans cet
exemple, il peut arriver que, quelque temps après la « guérison » de la
gingivite, le patient souffre d’un asthme ou d’une entérite. Le médecin s’en
occupe avec la même efficacité. Tout le monde est content. Mais aucun des
« classiques » n’a compris les liens entre l’acné et la gingivite, et encore
moins celui avec l’asthme ou l’entérite. Les homéopathes interprètent tout
cela d’abord comme des alternances entre un trouble cutané et un trouble
muqueux, consécutif à la suppression du premier. Puis l’asthme ou l’entérite
comme une métastase consécutive à l’efficacité du traitement antibiotique
itératif. Ils reconnaissent là des manifestations d’un mode réactionnel, en
l’occurrence le mode réactionnel psorique et interprètent le traitement
efficace de la gingivite comme la fermeture d’un émonctoire. Chez un jeune
malade comme celui de l’exemple, en bonne santé générale malgré ces petits
problèmes, le traitement homéopathique se montre particulièrement efficace,
car après quelques temps, il n’aura ni acné, ni gingivite, ni asthme ou
entérite.
Voici un second exemple,
un cas clinique réel de syndrome de SLUDER qui, est comme chacun le sait une
algie vasculaire de la face débutant souvent au niveau des molaires
supérieures. L’histoire de cette femme de 31 ans peut ainsi être résumée :
vers l’âge de 15-16 ans elle a eu une acné traitée par une pommade
elle aussi « miracle ». Peu de temps après elle a commencé à souffrir d’une
aphtose buccale récidivante, plusieurs fois par an, très douloureuse,
traitée uniquement par des topiques. Cette aphtose a curieusement disparu
spontanément vers 29-30 ans. Et puis sont apparues les premières algies
vasculaires. Tout a commencé par des douleurs violentes au niveau de la
première molaire supérieure droite. Ensuite, la douleur a évolué vers l’œil,
puis vers l’oreille, etc… Il s’agissait de douleurs surtout brûlantes, ou
encore battantes. A la supplication de la patiente, le dentiste a commencé
par dévitaliser la molaire, puis par l’extraire, sans aucun changement dans
les crises. Les crises se sont répétées épisodiquement, depuis deux à trois
fois par semaine, tantôt plus fréquemment, tantôt semblant disparaître. On a
ensuite posé le diagnostic de névralgie faciale, traitée par du Tégrétol.
Devant les récidives, un service hospitalier a fini par poser le diagnostic
de syndrome de SLUDER. Mais l’inefficacité des traitements a conduit cette
patiente a consulté un homéopathe qui nous l’a adressé. Tous les symptômes
locaux de la crise étaient présents dans un seul médicament = BELLADONA. Et
toute l’histoire de la maladie se résumait dans SULFUR. Tous ces troubles
n’étaient que la manifestation du mode réactionnel psorique. Le traitement
de fond par SULFUR et celui de la crise par BELLADONA a permis, en plus de
son efficacité, a vérifié les lois de HERING = d’abord l’évolution des
troubles de dehors vers dedans qui est d’un mauvais pronostic puis avec le
traitement homéopathique, guérison du dernier trouble (le syndrome de SLUDER)
mais avec réapparition des aphtes buccaux, et ensuite de l’acné. Mais cette
fois, la réapparition des troubles anciens dans l’ordre chronologique
inverse n’a été qu’éphémère sur le plan clinique et la patiente, dûment
informée, ne leur a opposé aucun traitement chimique et a eu la sagesse de
la patience. C’est encore la vérification d’une des lois de HERING.
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Il y a bien longtemps, Jean MEURIS (1914-1984) avait rapporté un
cas de gingivite survenue peu après la sclérose des hémorroïdes. Le
traitement de la gingivite avait réveillé les douleurs anales. Un
homéopathe peut comprendre ce phénomène, qu’en est-il d’un
« classique » ? La sclérose des hémorroïdes et le traitement
antibiotique de la gingivite sont, pour les homéopathes, des erreurs
thérapeutiques car ils constituent deux fermetures d’émonctoires.
L’histoire ne dit rien de la suite, mais il est vraisemblable que ce
patient a dû subir une autre pathologie, sans doute plus grave. |
Dans les
exemples ci-dessus a été illustrée une notion qui a une valeur essentielle =
la métastase à la suite de la suppression d’une éruption. Et ce n’est pas
par hasard que cette notion a été choisie parmi d’autres. En effet, un
commentaire s’impose.
En 1788,
HAHNEMANN avait abandonné la médecine malgré sa situation matérielle et
familiale. Il pensait à juste titre que la pratique médicale de son temps
était bien plus dangereuse que la « bonne nature ». Pour vivre, il faisait
des traductions, écrivait des articles, publiait quelques ouvrages sur
l’hygiène par exemple. Cette année-là HAHNEMANN publie un petit ouvrage :
« Traité des maladies vénériennes ». Il avance une thèse originale à propos
du chancre syphilitique. A cette époque, le chancre est systématique
supprimé par des moyens un peu barbares = cautérisation à l’acide ou au fer
chauffé au rouge, exérèse chirurgicale sans anesthésie et sans asepsie ! On
imagine facilement ce que pouvait ressentir le supplicié et les conséquences
infectieuses. Or HAHNEMANN affirme que cette intervention est inutile et
même dangereuse. Pour lui, la maladie se répand dans l’organisme dès la
contamination et celui-ci tente de s’en débarrasser par le chancre qui n’est
rien d’autre qu’un exutoire somme toute salutaire et donc à respecter. Il
faut reconnaître que cette thèse, qui s’est avérée exacte, n’a pas connu de
succès.
On connaît la
suite. En 1790, HAHNEMANN traduit la matière médicale de CULLEN, n’accepte
pas les affirmations de celui-ci sur l’action du quinquina. Il entreprend
une auto-expérimentation et constate que : « l’écorce de quinquina qui
guérit la fièvre quarte peut aussi la provoquer ». Après 6 années
d’expérimentations, il publie un article : « Essai pour découvrir les
vertus curatives des substances médicinales », puis en 1805 une première
« Matière médicale pure » comprenant l’étude pathogénétique de 27 souches.
Enfin en 1810, il publie « l’Organon de l’art de guérir », alors que
le titre allemand est « Organon pour une médecine rationnelle », le terme
« rationnelle » convenant mieux à la démarche intellectuelle d ‘HAHNEMANN.
Et puis HAHNEMANN continue son travail de médecin en mettant en œuvre sa
nouvelle méthode, l’homéopathie. Rapidement, il constate que le principe de
similitude si éprouvé dans le traitement des maladies franchement aiguës ou
accidentelles, ou encore épidémiques si fréquentes à cette époque, se
montrait insuffisant, voire inefficace dans le traitement des maladies
chroniques, qui récidivaient à la moindre occasion.
Après maintes
réflexions, HAHNEMANN finit par comprendre que son principe de similitude
était exact, mais mal appliqué dans les maladies chroniques. Pour la simple
raison que l’on s’efforce de déterminer le « remède semblable » à partir des
symptômes de l’épisode aigu qui a motivé la dernière consultation. C’est
donc une application trop restrictive car elle ne tient compte que du
dernier avatar alors que la maladie existait bien avant. D’où l’idée de
rechercher des symptômes présents chez le malade depuis le début de sa
maladie chronique et qui reviennent dans l’histoire de cette maladie. Pour
ce faire, il est nécessaire d’interroger le malade sur toute son histoire,
c’est ce que l’on appelle l’anamnèse, notion bien connue aujourd’hui mais
nouvelle et innovante à cette époque. Or, en interrogeant de nombreux
malades, HAHNEMANN découvre que dans la plupart des cas, les malades ont
entamé leur maladie chronique après la suppression d’une éruption cutanée,
pruriante le plus souvent. Et à cette époque où la nosologie n’était que
balbutiante, les dermatoses pruriantes étaient considérées comme des
manifestations galeuses.
L’histoire ne
le dit pas, mais peut-être qu’HAHNEMANN est sorti un jour de son bain en
criant à l’étonnement de son entourage : « Euréka, j’ai trouvé ! ». Et c’est
là que l’histoire du chancre ressurgit. La suppression du chancre
« enfermait » la maladie dans l’organisme par suppression de son exutoire
salutaire. Et si la suppression de l’éruption galeuse avait la même
conséquence ? Hypothèse qui est apparue bien fondée par le traitement
homéopathique à partir des symptômes du malade retrouvés d’une manière
constante tout au long de l’histoire de sa maladie. La cerise sur le gâteau,
le dernier argument irréfragable = après le traitement, le malade voyait
réapparaître sa dermatose originelle, que la poursuite du traitement
homéopathique faisait à son tour disparaître, sans intervention externe.
La suite a été
maintes fois racontée au stage d’homéopathie bucco-dentaire de l’A.O.S.H. =
c’est la théorie des maladies chroniques d’origine miasmatique. Les
« miasmes » étaient l’explication de ce temps pour expliquer la contagiosité
des maladies infectieuses, car on ne connaissait pas encore le rôle
pathogène des microbes et de leurs toxines. Mais le roc sur lequel repose
l’édifice conceptuel de HAHNEMANN est celui des conséquences fâcheuses des
suppressions cutanées. Cette hypothèse est devenue une réalité clinique
mainte et mainte fois constatée par plusieurs générations de praticiens.
Sans développer
ici une fois de plus la conception miasmatique des maladies chroniques,
résumons ainsi = voir le sujet "Conception du terrain en homéopathie". Pour
HAHNEMANN, il existe trois maladies chroniques, toutes trois conséquences
d’une suppression pathologique :
- La
plus fréquente (7/8°) est due à la suppression d’une éruption galeuse à
l’origine de la décompensation. Comme cette éruption était supposée de
nature galeuse, HAHNEMANN a décrit les conséquences de la suppression sous
le terme générique de « psore » (du grec psora = gale).
- La
seconde est due à la suppression d’un chancre syphilitique et HAHNEMANN
qui ne confondait pas la cause et ses conséquences appela cette maladie
chronique « luese venerea ».
- La
troisième, de loin la moins fréquente et la moins grave, est due à la
suppression d’un écoulement urétral (HAHNEMANN ne connaissait pas le
gonocoque). Comme les conséquences étaient la formation de constructions
cellulaires (verrues, condylomes…), HAHNEMANN a appelé cette maladie
« sycose » du grec syko = figue (par ressemblance de ces tumeurs avec ce
fruit).
oOo
Par la suite et
après les découvertes de PASTEUR, la notion de « miasme » est devenue
obsolète et on l’a remplacée par celle de « toxines » microbiennes qui
polluaient une lignée familiale. Au lieu de maladies chroniques, Antoine
NEBEL a défini des « diathèses », terme signifiant « prédisposition » à
telle ou telle toxine. Il a poussé son étude jusqu’à décrire les
conséquences de l’imprégnation toxinique de la lignée familiale, expliquant
ainsi trois morphologies de base, répondant chacune à l’un des médicaments
homéopathiques dits « constitutionnels », à savoir CALCAREA CARBONICA,
CALCAREA PHOSPHORICA et CALCAREA FLUORICA. Ces conceptions du début du XX°
siècle ont profondément marqué les praticiens homéopathes, au point que les
plus âgés exerçant actuellement en sont encore imprégnés. Notamment, le
stomatologiste et orthodontiste Bertrand de NEVREZE, à partir des années
1914-1915 a abondamment décrit des types morphologiques maxillo-dentaires
découlant des trois constitutions de base (carbonique, phosphorique et
fluorique). Il a été, à notre connaissance et dès 1914, le premier auteur a
incriminé le rôle des toxines (tuberculeuse et syphilitique) dans la
cariogenèse et le développement maxillo-dentaire.
Plus près de
nous, juste après la seconde guerre mondiale, Henri BERNARD a bouleversé des
notions que l’on croyait définitivement acquises. Grosso modo, il mettait en
avant le rôle des trois feuillets embryonnaires dans le développement des
types morphologiques. Mais pour expliquer le développement prépondérant ou
insuffisant de l’un des trois feuillets, il conservait une fois encore la
notion de toxines microbiennes qui polluaient la lignée familiale. Mais il
proposait une nouvelle approche des constitutions, en mettant une
constitution équilibrée, se défendant particulièrement bien et correspondant
à SULFUR sur le plan thérapeutique, car il répond le mieux aux problèmes
pathologiques de ces sujets. Il considérait la constitution carbonique comme
déjà engagée dans la pathologie car s’adaptant aux agressions de la vie par
un ralentissement métabolique général et endocrinien. La constitution
phosphorique était pour lui également pathologique car subissant dès le
début de la vie l’agression de la toxine tuberculeuse. La constitution
fluorique était rétrogradée au rang secondaire sous forme de biotypes
mixtes, les stigmates dus à la toxine syphilitique s’ajoutant aux autres.
A la fin des
années 50, Roland ZISSU a proposé dans une monumentale « Matière médicale
homéopathique constitutionnelle » une conception assez proche de celle de
BERNARD, ajoutant aux deux toxines microbiennes (tuberculinique et
syphilitique) deux toxines endogènes (psorique et sycotique). Par la suite
dans le courant des années 70, cet auteur a révisé ses conceptions,
reconnaissant que les fameuses toxines qui avaient dominé les explications
physio-pathologiques ne pouvaient plus être plus considérées que comme des
hypothèses séduisantes certes, mais qu’il fallait abandonner parce que
n’ayant jamais fait la preuve de leur existence, du moins dans la conception
homéopathique.
Enfin, dans les
années 1980, Michel CONAN-MERIADEC a entrepris une nouvelle étude clinique,
démontrant les erreurs d’interprétation d’HAHNEMANN et redonnant à
l’homéopathie son essence intrinsèque = elle est une médecine réactionnelle,
et rien d’autre. Un malade réagit à un agent pathogène par un ensemble de
symptômes, les volontaires réagissent à l’action d’une substance active par
un ensemble de symptômes. La similitude des deux groupes de symptômes
autorise le praticien à donner au malade la substance ainsi définie, à la
dilution convenable. CONAN-MERIADEC avance l’hypothèse que si les deux
ensembles réactionnels sont semblables, c’est sans doute parce que l’agent
pathogène chez le malade, la substance active chez les volontaires
sensibles, ont mis en œuvre les mêmes mécanismes réactionnels, ce qui
explique la similitude des réactions. CONAN-MERIADEC décrit, à côté de
réactions individuelles, des réactions de groupe permettant de classer les
malades en 4 grands groupes, correspondant sans doute à 4 tactiques
défensives de l’organisme. Il préfère remplacer le terme de « diathèse » par
celui de modalité réactionnelle générale. Pour chaque mode réactionnel,
CONAN-MERIADEC conserve les descriptions cliniques, les trois de HAHNEMANN
(psore, sycose, luétisme) et celle de NEBEL (le tuberculinisme).
Nous n’allons
pas plus loin ici dans ce survol des conceptions, et nous laissons de côté
les polémiques suscitées par Denis DEMARQUE, réduisant les diathèses à deux
(psore et sycose, le tuberculinisme n’étant qu’un sous-groupe de la psore et
le luétisme n’étant qu’une vue de l’esprit !). Nous avons constaté à ce
sujet de nombreux cours et publications.
LES
MODES REACTIONNELS AU CABINET DENTAIRE
EXEMPLES = TROIS MEDICAMENTS
SULFUR – MEZEREUM - LACHESIS
Il faut préciser, même si
cela semble aller de soi, qu’une pathologie bucco-dentaire n’est pas à
chaque fois l’expression d’un mode réactionnel. Par exemple = une glossite
accidentelle ou une gingivite par avitaminose, etc… Mais il arrive parfois
que la constatation de troubles locaux ne puisse se comprendre qu’insérer
dans un processus plus général. C’est l’exemple d’une aphtose buccale banale
ou d’une gingivite érythémateuse qui peuvent ne rien avoir de particulier
sinon qu’elles alternent avec une éruption cutanée ou qu’elles suivent sa
suppression intempestive. Voici une explication à partir d’un médicament =
SULFUR.
SULFUR
HAHNEMANN a
fait des découvertes fondamentales et il était sans doute doué d’une grande
intuition, même si parfois ses interprétations n’ont pas résisté à l’épreuve
du temps et aux découvertes scientifiques. Ainsi, il pensait que sa maladie
chronique appelée « psore » représentait environ 7/8° des maladies
chroniques et il en avait conclu à l’universalité de la contagion galeuse.
Il suffisait de serrer la main d’un galeux pour l’attraper ! Aujourd’hui, on
pense que le mode psorique est universel parce qu’il correspond à une
tactique défensive physiologique = l’organisme a des besoins et des besoins
énergétiques. S’il satisfait à ses besoins par des apports équilibrés, il
reste en équilibre. Si les apports sont insuffisants, il y a des carences.
Mais si les apports sont excessifs, l’organisme doit éliminer les excès sous
peine d’auto-intoxication. C’est pour cette raison que dans un premier
temps, les émonctoires sont sollicités et en premier lieu l’appareil
digestif. Lorsque celui-ci devient déficient par excès fonctionnel,
l’organisme cherche des émonctoires de suppléance = la peau, les muqueuses,
puis les séreuses. Mais aussi longtemps que les éliminations sont assurées,
naturellement ou par les voies de suppléance, l’organisme reste en
équilibre, certes parfois instable. Dès que les émonctoires deviennent à
leur tour insuffisants ou si une thérapeutique coercitive les ferme, alors
le patient bascule-t-il dans une pathologie de plus en plus organique, puis
lésionnelle.
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Toute
l’histoire pathologique du mode réactionnel psorique se retrouve ainsi. Elle
se confond avec tous les processus d’éliminations physiologiques. Uniquement
par la clinique, HAHNEMANN a découvert le rôle prépondérant de SULFUR chez
ce type de malades appelés psoriques. HAHNEMANN ne pouvait connaître ce que
la biochimie a révélé bien plus tard après sa disparition = le soufre joue
un rôle prépondérant dans tous les mécanismes d’élimination et de rejet des
déchets métaboliques. Voici textuellement ce que nous apprend Roland ZISSU
sur le rôle biologique du soufre :
 | Le soufre est un élément
constitutionnel important de la molécule albuminoïde. |
 | Le soufre a une action
capitale dans tous les processus biologiques de réduction et oxydation,
sous forme de cystéine ou de cystine et de glutathion. Ces derniers
contiennent tous deux du soufre dans leur molécule complexe. Le glutathion
est contenu dans les surrénales et est modifié dans l’insuffisance
surrénalienne. Le rôle du soufre dans la physiopathologie des surrénales
est important. Or, SULFUR reflète fidèlement cet aspect glandulaire :
Sulfur gras est un hypo-surrénalien alors que Sulfur maigre est un
hyper-surrénalien. Nous avons là deux types glandulaires opposés,
absolument opposés, mais qui correspondent l’un et l’autre au même remède
SULFUR, ce qui s’explique par l’action du soufre dans la physiopathologie
des surrénales. |
 | Le soufre sous l’aspect
de groupement « disulfure » a une action sur la sécrétion d’insuline. Or,
SULFUR est un des principaux remèdes de fond du diabète gras. |
 | La vitamine B1
dite anti-névritique contient du soufre dans sa molécule. Or, cette
vitamine combinée à l’acide diphosphorique, constitue le co-ferment de la
carboxylase qui régit le métabolisme hydrocarboné. La carence de cette
vitamine détermine les troubles polynévritiques du béribéri. Les troubles
du métabolisme des sucres éclatent dans SULFUR, non seulement remède du
diabète, mais remède de troubles névritiques. Et en lisant la Matière
médicale, on constate que SULFUR a un désir violent d’aliments sucrés,
probablement parce que c’est un sujet qui présente des troubles de sa
fonction insulinique et que, par réaction, il a besoin de sucre, au même
titre que NATRUM MURIATICUM, qui a des troubles du métabolisme du sel, a
un désir de sel. |
 | Le soufre est présent
dans de nombreuses sécrétions physiologiques : tout d’abord dans la salive
sous forme de rhodan, qui peut être décelé dans le sérum où il augmente au
cours de certaines maladies comme l’ictère (Sulfur est un remède d’ictère)
et au cours de l’insuffisance cardiaque (Sulfur présente dans sa
pathologie des signes d’hypertrophie cardiaque). Le soufre est contenu
également dans les acides biliaires, notamment dans la taurine qui n’est
autre que l’acide sulfonique. |
 | Enfin, par l’acide
sulfurique, le soufre sert à la détoxication des produits de putréfaction
des albuminoïdes et en particulier des phénols. Cette action se reflète
dans les selles de SULFUR qui sont particulièrement fétides. (Fin de
citation). |
Il
faut encore ajouter que les immunoglobulines forment des paires réunies par
des ponts disulfure, ce qui explique peut-être ou sans doute le rôle de
SULFUR dans diverses pathologies allergiques ou auto-immunes. Mais en plus
de sa présence dans diverses molécules participant aux métabolismes
physiologiques, on trouve encore du soufre dans pratiquement tous les
produits d’éliminations = dans la peau notamment, dans la sueur, dans les
sécrétions des muqueuses, etc… Cela n’a pas échappé aux officiels qui ont
utilisé et utilisent sans doute encore le soufre en thérapeutique pour
diverses pathologies : dans diverses dermatoses, parasitoses, catarrhes
respiratoires purulents, rhino-pharyngites chroniques, rhumatismes, etc…
Revenons à
l’homéopathie et à la matière médicale de SULFUR, en commençant par les
troubles bucco-dentaires :
 | Autour des lèvres rouges
et brillantes en même temps que sèches et brûlantes, il y a beaucoup de
boutons d’acné et d’éruptions. |
 | L’intérieur de la bouche
présente souvent sur la muqueuse des aphtes, des lésions de stomatite.
Aucune de ces lésions n’a de symptômes très caractéristiques. |
 | Après les repas,
l’haleine peut être mauvaise, de même qu’il peut y avoir un goût amer le
matin au réveil en même temps q’une salive d’un goût salé. |
 | La langue est blanche au
centre, mais rouge au niveau de la pointe et des bords. |
 | Odontalgies aggravées la
nuit, en mangeant et par l’eau froide. |
Voila bien des
signes sans caractères originaux et si l’on se contente de répertorier sur
eux, de très nombreux médicaments sortent.
Et bien ces
signes banals prennent une autre valeur si l’on peut les insérer dans un
ensemble de symptômes constituant :
 | Une alternance entre une
dermatose (supprimée spontanément ou après traitement) et un trouble au
niveau d’une muqueuse comme celle de la bouche = aphtes, stomatite
érythémateuse, etc… |
 | Une périodicité des
troubles = rhume des foins par exemple, ou aphtose buccale désespérément
banale par ailleurs : « Ca brûle ! ». |
Une remarque cependant =
nous avons souvent écrit et dit que lorsque l’observation clinique se
montrait très pauvre en symptômes lors d’une aphtose buccale récidivante (le
patient est en excellence santé, il ne craint ni le temps froid, ni le temps
chaud, il n’a pas de troubles digestifs, n’est pas constipé, dort bien,
etc…), le remède est SULFUR et notre argument est l’efficacité de SULFUR 15
CH une fois par semaine, puis en 30 CH une fois par mois. Dans ce cas assez
fréquent chez des enfants ou des adolescents, il est bien difficile
d’expliquer l’indication de SULFUR et surtout d’évoquer le mode psorique car
sont absents les facteurs étiologiques (excès alimentaires surtout). Nous
avons avancé l’hypothèse d’une sorte de résurgence du mode psorique des
parents, ou de l’un des deux. Mais rien n’est très sûr. Dans un cas aussi
simple, il est difficile d’affirmer que l’aphtose est la manifestation d’une
élimination au niveau d'une muqueuse et qu’il faut surtout ne pas la
bloquer, sous risque de métastase plus gênante. Il peut s'agir d'une banal
ennui sans conséquence.
Dans les cas où les
troubles sont plus prononcés parce que le patient est engagé depuis quelques
années dans une vie sédentaire avec ses excès et erreurs alimentaires, il
n’en va plus de même car cette fois la gingivite peut être interprétée comme
une élimination et il faut la respecter. Ces fois-là, l’observation révèle
sans aucun doute des signes caractéristiques aussi bien de SULFUR (priorité
à la matière médicale) que du mode psorique.
Quand les éliminations ne
sont plus assurées, ce qui se produit progressivement, les troubles
fonctionnels cèdent le pas aux troubles organiques et lésionnels.
Paradoxalement, du moins en apparence, SULFUR devient de moins en moins
indiqué, puis dangereux.
Lorsque la décompensation
s’aggrave, que les émonctoires deviennent déficients et donc les
éliminations insuffisantes, l’organisme n’a pas d’autres ressources, pour
maintenir son équilibre, du moins pour le tenter, que de mettre en œuvre
d’autres modes réactionnels. Le plus souvent et sans doute en raison de
facteurs héréditaires, le sujet se met à grossir, son métabolisme se
ralentit, il devient de plus en plus sensible au froid humide. On devine
l’indication en particulier de GRAPHITES, remède dit « carrefour » par
qu’exprimant en clinique deux tendances = le mode psorique devenu
insuffisant (blocage des émonctoires = en particulier la constipation qui
devient opiniâtre, la peau qui devient sèche, présente des éruptions
torpides laissant suinter un exsudat épais et mielleux) et le mode sycotique
(aggravation par l’humidité, le froid, torpidité des troubles, notamment
cutanés, productions de constructions cellulaires, hypothyroïdie, etc …).
Dans d’autres cas, plus rares, le sujet se met à maigrir, devient de plus en
plus pâle, ses muqueuses se déshydratent…, bref on assiste à la mise en
œuvre du mode tuberculinique, dont SEPIA peut jour un rôle charnière par le
biais de l’insuffisance hépatique qui résulte des erreurs alimentaires et de
la congestion veineuse, surtout portale, évolution que peut constater le
chirurgien-dentiste notamment par les gingivorragies, au début dans les deux
ou trois jours précédant les règles, plus de plus en plus fréquemment. Il
subsiste parfois des réminiscences du mode psorique comme l’éruption
périodique de « boutons » autour de la bouche ou d’un herpès cataménial,
etc…
Henri BERNARD
(1895-1980) avait bien
remarqué et a décrit ces deux évolutions à partir d’un sujet SULFUR bien
équilibré et se défendant particulièrement. Ce sujet-là BERNARD l’avait
baptisé SULFUR NEUTRE, parce qu’il n’utilisait que le mode psorique, mode
physiologique, pour assurer son équilibre. Lorsque la décompensation se fait
dans le sens du mode sycotique, BERNARD appelait ce sujet SULFUR GRAS ou
SCLEREUX. Gras pour la raison évidente de la tendance à grossir,
scléreux parce que le terme de l’évolution du mode sycotique se fait
dans le sens de la sclérose. Lorsque la décompensation se fait dans le sens
du mode tuberculinique, BERNARD désignait ce sujet SULFUR MAIGRE, car la
tendance à l’amaigrissement est l’un des principaux signes de ce mode
réactionnel.
Bien entendu, la
pathologie bucco-dentaire évolue dans le même sens que sur le plan général.
L’aphtose buccale banale ou la gingivite érythémateuse évoluent vers des
formes plus tenaces, de plus en plus rebelles aux traitements
homéopathiques. Notamment, la gingivite évolue vers la maladie parodontale.
oOo
Deux notions méritent un
commentaire.
Pendant longtemps, on a
eu du mal à comprendre l’intrication de plusieurs modes réactionnels chez un
même sujet. On comprenait mal comment on pouvait être à la fois « psorique »
et « sycotique », ou « psorique » et « luétique ». Cette difficulté
provenait sans doute de la conception du « terrain » compris alors comme des
maladies chroniques, transmissibles héréditairement.
Depuis les travaux et
mises au point de Michel CONAN-MERIADEC (1921-2000), la compréhension est plus facile.
Les maladies chroniques ont cédé la place à des modes réactionnels généraux,
c’est-à-dire des tactiques défensives de l’organisme vis-à-vis des facteurs
d’agression de l’environnement. Chaque individu possède les 4 modes
réactionnels dans son patrimoine génétique, du moins c'est ce que pensent
ces auteurs. Mais selon son hérédité et son
mode de vie, il met en œuvre celui qui lui convient le mieux, donc très
souvent le mode le plus physiologique dont on a conservé le nom de « psore »
en souvenir de HAHNEMANN et faute d’en avoir trouvé un nouveau mieux adapté.
Et puis quand la nécessité se fait jour, il met en œuvre un autre mode
réactionnel, jusque-là gardé en réserve, latent, qui n’attendait que
l’occasion de s’exprimer.
Pour utiliser une image
dans la mode du temps, tout se passe comme dans un ordinateur. Cet appareil
est livré avec de nombreux programmes = traitement de texte, tableur, base
de données, traitement des images, montage vidéo, jeux, etc… La plupart des
utilisateurs ne recourent qu’à deux ou trois d’entre eux et il est certain
que de nombreux ordinateurs finissent leur carrière sans que personne n’ait
utilisé tel ou tel logiciel. Mais à l’occasion, l’utilisateur peut très
bien ouvrir un programme resté longtemps sans utilisation. Il existait
bien, il attendait sagement dans un secteur du disque dur. De la même
manière que le mode psorique est mis en œuvre par tout le monde, parce qu’il
est un mode physiologique contre les excès d’apport nutritionnel, le traitement
de texte d’un ordinateur est utilisé également par tous les possesseurs car
c’est une fonction de base. Les autres programmes sont en réserve pour le
cas où !
La seconde notion est
celle qu’un même médicament peut répondre à des troubles exprimant un ou
plusieurs modes réactionnels. Ainsi voit-on des médicaments cités tantôt
dans ceux du mode psorique, tantôt dans ceux du mode tuberculinique, tantôt
dans ceux des 4 modes réactionnels. Le débutant s’y perd un peu et c’est
compréhensible s’il n’a pas l’information nécessaire.
En voici deux exemples =
MEZEREUM et LACHESIS.
MEZEREUM
Ce
remède végétal, le "bois gentil" , arbrisseau de la famille des
Thymalacées, a une action lésionnelle comparable sur bien des points à celle
du mercure, au point qu'on l'appelle parfois le "mercure végétal".
Voici d’abord les
signes bucco-dentaires :
·
Sensation de brûlure continuelle dans la
bouche. Tendance scrofuleuse des gencives qui se déchaussent autour des
dents. Les dents se gâtent; les racines des dents se carient; douleurs dans
les dents cariées; élancements tractifs, brûlants ou térébrants dans les
dents et jusque dans les os des joues et des tempes ... (LATHOUD).
·
.. Les dents semblent trop longues, la douleur
augmente si on les touche et par le contact des aliments. Les douleurs
s'aggravent le soir et ne siègent pas tant dans les dents cariées que dans
celles dont la membrane alvéolaire est malade; parfois les gencives sont
couvertes de vésicules brûlantes. Dans tous ces cas, il est nécessaire de
noter que les sujets sont travaillés par des éruptions cutanées qui
reparaissaient assez régulièrement tous les étés" (LATHOUD, citant ESPANET).
Deux points
caractéristiques doivent être soulignés dans l'action de MEZEREUM:
l’aspect et les modalités des troubles sont tout à fait dans la lignée
luétique, qui permettent de comparer ce remède aux MERCURIUS. Mais la
circonstance étiologique fréquente: suppression d'une éruption cutanée
place ce remède dans la lignée psorique, avec comme complémentaires sur ce
signe: SULFUR et PSORINUM.
Au
niveau de la peau, point de départ fréquent de la décompensation, on note:
inflammation violente aiguë avec des éruptions vésiculeuses, ulcéreuses
toujours brûlantes et pruriantes. Ces éruptions se répètent et deviennent
chroniques. Ce peut être: eczéma vésiculeux, impétigo, zona, herpès,
ulcères variqueux, éruptions post-vaccinales ... Le plus souvent, on oppose
à ces affections des traitements locaux, dont les pommades antibiotiques ou
corticoïdes.
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Quelques temps après la suppression de l'éruption cutanée, peuvent
apparaître plusieurs troubles:
1.
Des névralgies: intercostales
(post-zostériennes), faciales ou trigéminales, ressenties dans
les os de la face, surtout dans le malaire, ou au niveau des molaires et
prémolaires supérieures, localisation droite fréquente = douleur vive,
souvent brûlante ou crampoïde, aggravée la nuit par le froid humide,
interdisant le lavage du visage, améliorée par les applications chaudes,
irradiant dans le voisinage ...
2.
Des affections muqueuses avec inflammation,
irritation, ulcération, sécrétions brûlantes (yeux, oreilles, laryngite,
ulcère gastro-duodénal, muqueuse génitale...) et au niveau de la bouche:
gingivite ulcéreuse avec des douleurs brûlantes, ou parodontite aiguë
localisée aux molaires et prémolaires supérieures, donnant parfois le
tableau d'une sinusite maxillaire, avec des douleurs osseuses, rongeantes ou
térébrantes, pires la nuit, à la chaleur du lit. Parfois on peut voir un
patient pour une glossite aiguë, insérée dans un syndrome digestif à type de
gastrite brûlante, acide, entraînant un besoin de manger sans faim réelle,
intolérance à la bière et aux graisses.
3.
Une dépression psychique avec tristesse, pleurs après
soucis, le tout pouvant évoluer jusqu’à la mélancolie, avec indifférence
envers tout, tous et soi-même, faiblesse de la mémoire (faits récents). Sur
ce fond dépressif, quelques accès d’irritabilité = colères pour un rien,
céphalée après vexation…
En
raison de la circonstance étiologique fréquente (suppression d'une éruption
cutanée) et de la nature et des modalités des troubles muqueux
et ostéo-périostés, MEZEREUM se place dans une double série de
remède: la série luétique et la série psorique.
Si l'on voit le patient en temps utile, c'est-à-dire avant que la
parodontopathie ne soit trop évoluée, il faut commencer le traitement par
MEZEREUM pour améliorer les symptômes les plus gênants (douleur
évidemment), en expliquant au patient l'éventualité de la réapparition de l'éruption cutanée. Mais la notion de chronicité impose la recherche d'un
remède de fond d'action chronique, souvent MERCURIUS SOLUBILIS, complété par
quelques doses mensuelles de LUESINUM 30 CH. Ensuite, lorsque l'état
général et local est amélioré, il est possible de trouver l'indication de
SULFUR, qu'il faudra donner assez longtemps. Si une intervention
chirurgicale était indispensable en raison de la gravité des lésions
parodontales, elle ne sera proposée qu'après amélioration de l’état général
et local par le traitement homéopathique.
LACHESIS :
Médicament
d'origine animale, le venin du serpent sururucu ou Lachesis mutus
a une action particulièrement toxique. Sa première pathogénésie a été
réalisée par Constantin HERING (1800-1880), sur lui-même, qui en gardé des
séquelles tout le restant de sa vie. Voici d’abord les signes
bucco-dentaires :
·
Gencives molles, spongieuses, saignant
facilement. Rétractions gingivales, poches suppurées, parodontopathies.
·
Aphtes, ulcérations avec brûlure et cuisson (BOERICKE).
Stomatite, gingivite, angine de Vincent...(H. DUPRAT).
·
Ulcérations gangreneuses de la bouche;
gangrène des gencives; ulcérations expansives de la bouche, ulcérations
malignes.
·
Saignement, hémorragies noires de la bouche,
ou après extraction. (BROUSSALIAN).
·
Langue : aphtes, glossite, « géographique »,
ulcérations, sensations de picotements, tremblement.
·
Palais : enflé, sec, brûlure, ulcération.
·
Grenouillette.
·
Dents : caries, douleurs à la mastication,
pendant les règles.
·
Goût : amer, de cuivre, métallique.
·
Hypersalivation, salive épaisse, haleine
fétide.
Ce médicament est
d'usage très fréquent au cabinet dentaire. Quel que soit le type sensible
du patient auquel il s'adresse, il y a un certain nombre de signes et
de modalités caractéristiques qu'il est indispensable de retrouver:
·
Alternance de dépression matinale
(deuxième partie de 1a nui t, réveil, matinée) et d'excitation
vespérale (et première partie de la nuit).
·
Aggravation par l'arrêt d'un écoulement
physiologique ou pathologique, et inversement amélioration par un
écoulement, physiologique (règles) ou pathologique.
·
Latéralité gauche dominante: les
troubles sont pires du côté gauche ou commencent à gauche et évoluent de
gauche à droite (tout le contraire de LYCOPODIUM).
·
Troubles circulatoires avec bouffées de
chaleur, tendance aux congestions, aux hémorragies, aux ecchymoses,
aggravation par la chaleur...
·
Hypersensibilité tactile entraînant une
intolérance à la constriction: vêtements serrés au niveau du
cou et de la taille.
A
partir de ces signes très importants, complétés par d'autres, l'usage
clinique de LACHESIS permet de préciser les sujets les plus sensibles
à l'action de ce venin, ou plutôt ceux chez qui il se trouve le plus souvent
indiqué.
1/ Surtout mais non exclusivement chez la femme et la ménopause
climatérique:
En dehors de la
castration chirurgicale, la ménopause évolue par paliers (ménopause
c1imatérique) , les muqueuses gingivale et buccale présentent différents
troubles pathologiques au gré de l 'état général. La diminution des
hormones sexuelles entraîne une atrophie de l'épithélium gingival , une
involution des acini des principales glandes salivaires, le tout aboutissant
à une gingivite érythémato-oedémateuse desquamative avec
hyposialie, cette dernière pouvant être à l'origine de douleurs
brûlantes. Les répercussions cardio-vasculaires expliquent les
gingivorragies. Dans certains cas, les troubles du comportement
retentissent sur la pathologie buccale, par exemple les douleurs constituent
des stomatodynies, et l'inefficacité des traitements chimiques
entraîne petit à petit une véritable cancérophobie (THUYA). Enfin, le
ralentissement endocrinien peut expliquer l'évolution de la gingivite en une
véritable parodontopathie avec des poches suppurées, alvéolyse,
dénudation gingivale, etc ...
On
trouve l'ensemble de ces troubles dans la pathogénésie de LACHESIS
avec la progressivité dans l'aggravation qui permet une action précoce,
selon une évolution classique de SULFUR à LACHESIS, par le biais
notamment de la suppression des éliminations que représente la ménopause.
Le
choix de LACHESIS est assez facile à mettre en évidence: bouffées de chaleur
avec tête chaude, thermophobie (chaleur confinée), céphalées congestives
intolérance à toute constriction (col largement ouvert), palpitations
violentes avec angoisse, sensations de constriction précordiale, ecchymoses
au moindre choc, sommeil perturbé par des cauchemars (manque d'air, morts,
d'enterrements dont le sien, ... ). Les troubles du comportement sont
explicites: dans les périodes de dépression: tristesse, abattement, jalousie
surtout vis-à-vis du conjoint, peur de la folie, conviction d'être
persécutée; périodes d'excitation: loquacité extrême avec incohérence,
agitation physique et mentale, vanité, autoritarisme, manie religieuse,
etc... A cela s'ajoute, très souvent, une "persécution" du praticien qui se
trouve, au moment de la consultation, agressé par un débordement de
discours, de détails, de réponses aux questions aussi longues et
embrouillées que certains discours politiques, puis lorsque la patiente est
rentrée chez elle, des persécutions téléphoniques au cours desquelles cette
femme donne des explications et apportent d'autres précisions sur des
symptômes ou des troubles qu'elle a oubliés de donner lors de la
consultation.
LACHESIS couvre toute cette période, parfois au début associé à SULFUR,
qui supporte mal les blocages éliminatoires, puis par d'autres remèdes selon
la symptomatologie. Au début, la patiente peut venir consulter pour des
gingivorragies abondantes les jours précédents les règles, qui
disparaissent avec elles. Ou pour une aphtose buccale ou pour une
gingivite érythémateuse. Ensuite, progressivement, la gingivite devient
de plus en plus ulcéreuse. Si les causes locales le permettent, une ou
plusieurs poches peuvent apparaître, avec une tendance à la suppuration,
dans un contexte de gingivite ulcéreuse hémorragique. Théoriquement, il
devrait exister une latéralité gauche prédominante, qui reste à vérifier par
des radiographies panoramiques lorsque l'alvéolyse a commencé.
Donné
en temps utile, LACHESIS donne d'excellents résultats, souvent
spectaculaires sur l'état buccal. Bien entendu, les troubles buccaux sont
rarement isolés, il est donc normal de demander la collaboration du médecin.
2/ Chez l’alcoolique :
LACHESIS est l'un des médicaments homéopathiques de fond de l'alcoolisme
chronique dont les conséquences sur l'appareil digestif d'abord, puis sur
l'ensemble de l'organisme sont bien connues. Au stade LACHESIS, le patient
présente les deux phases d'excitation vespérale et la dépression matinale,
les troubles hépato-digestifs sont ici plus marqués: inappétence, soif et
désir d'alcool, foie douloureux et hypertrophié, nausées, hoquet,
vomissements, sensibilité de la région épigastrique, mauvaise haleine,
langue chargée, gingivite ulcéreuse très hémorragique, constipation
opiniâtre, hémorroïdes procidentes, douloureuses ou diarrhée fétide et
irritante par périodes.
Si l'on reçoit le patient le matin, il est alors de mauvaise humeur, bredouille
les réponses, ne se sent pas bien, radote, tremble de tous ses membres. le
soir, il semble plus en forme, parle d'abondance, il peut être agité, voire
agressif.
L'état
buccal reflète celui de l'état général : gingivite ulcéreuse périodique au
début avec gingivorragies, "bouche sale" par manque d'hygiène, dépôts
crémeux blanchâtres sur les dents, tartre abondant, puis des poches
apparaissent avec des ulcérations plus ou moins profondes, hypersalivation
nauséabonde, etc ...
LACHESIS couvre encore ici les différentes étapes, on en retrouve les
principaux signes. Il faut parfois compléter son action par d'autres
médicaments selon le contexte clinique: SULFUR et NUX VOMICA très souvent,
NITRI ACIDUM, MERCURIUS, THUYA, PHOSPHORUS, AURUM METALLICUM, LYCOPODIUM...
Très souvent, on trouve une évolution physio-pathologique tant sur le plan
général qu'odonto-stomatologique depuis le stade fonctionnel initial marqué
par l’indication de SULFUR et de NUX VOMICA, au stade de 1 'atteinte
hépatique et glandulaire avec LYCOPODIUM et LACHESIS, puis au stade
lésionnel de l 'hépatocyte avec PHOSPHORUS.
3/ Les autres cas
cliniques :
LACHESIS n'est pas indiqué exclusivement chez la femme ménopausée ou
chez 1 'alcoolique. Il donne de bons résultats chez l'hypertendu
congestionné, chez des sujets présentant des congestions diverses: foie,
tête, ovaires, etc ... chez lesquels on retrouve les principaux signes, dont
les signes buccaux, dominés par la tendance hémorragique (gingivorragies,
hémorragie per- et postopératoire, hémorragie de la pulpectomie ...). C’est
un remède possible d’alvéolite.
La
posologie tient compte du contexte clinique. En raison de la toxicité du
venin, les basses dilutions surtout répétées sont à proscrire. A notre
avis, il faut toujours commencer le traitement par une moyenne dilution,
7 CH une à deux fois par semaine, et ensuite moduler la dilution et la
répétition des prises selon le résultat.
Même si ce
médicament est cité dans le chapitre des remèdes du mode luétique, il faut
toujours garder à l’esprit son aspect polydiathésique. Le mode psorique a
été rappelé par le biais des mauvais effets de la suppression des
éliminations physiologiques ou pathologiques (notamment celle des
menstruations qui explique ses fréquentes indications chez la femme
ménopausée). C’est aussi un remède du mode sycotique par la désorganisation
des mécanismes de défense immunitaire. Mais son action inflammatoire avec
ulcérations et nécroses le place en bonne place parmi les remèdes du mode
luétique.
EN CONCLUSION
Il existe
plusieurs manières de pratiquer l’homéopathie. Leur trait commun reste
obligatoirement le principe de similitude, sans quoi il n’y aurait pas
d’homéopathie (souffrance semblable).
Beaucoup de
praticiens homéopathes méconnaissent les conceptions du « terrain ». Soit
par paresse intellectuelle, soit par dénégation, considérant qu’il ne s’agit
que d’interprétations plus ou moins sérieuses, en tous cas sans intérêt pour
leur pratique quotidienne. Les « unicistes » en particulier limite leur
pratique à la détermination du simillimum et le prescrivent seul, le plus
souvent en hautes dilutions, voire très hautes. Cette méthode exige une
répertorisation rigoureuse car sans quoi, la maladie continue son évolution.
Les tenants des
conceptions du « terrain » considèrent que les modes réactionnels sont des
cadres dans lesquels la maladie du patient s’inscrit avec une approche
dynamique, chronologique = on sait d’où vient le malade, on prévoit où il
irait sans prise en charge de son « terrain ». Bien entendu cette approche
concerne essentiellement les maladies chroniques.
Par exemple,
une aphtose buccale récidivante impose la prise en charge du « terrain »
sous peine de voir le malade rechuter à la moindre occasion. Ce qu’avait
déjà remarqué HAHNEMANN, constatation qui l’avait conduit à réfléchir sur
les causes profondes.
Reprenons
l’exemple de MEZEREUM, remède dit poly-diathésique parce que sa matière
médicale inclut des troubles de plusieurs modes réactionnels. Si l’aphtose
buccale de MEZEREUM peut être interprété comme une métastase morbide
consécutive à la suppression d’une éruption cutanée, il est logique d’en
conclure que le mode psorique s’exprime. Le traitement de fond comprendra à
coup sûr SULFUR, plus rarement PSORINUM. Si l’observation ne révèle pas
cette circonstance étiologique et que d’autres signes mettent en évidence le
mode luétique, le traitement de fond comprendra à coup sûr quelques hautes
dilutions de LUESINUM, le biothérapique diathésique de ce mode luétique.
Chaque école de
praticiens défend à juste titre sa pratique, avec parfois des arguments
excessifs et des anathèmes injurieux. Notre pratique tient compte des modes
réactionnels, nous n’imposons pas notre conception, nous la défendons tout
simplement.
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