L’ambre gris est une sécrétion
du cæcum du cachalot. C’est ce que l’on appelle un coprolithe, on y trouve
des débris de la nourriture habituelle de ce cétacé: becs de poulpe,
écailles ou arêtes de poissons. On trouve quelques précisions sur l’origine
de l’utilisation de cette substance en médecine dans la revue Le
Propagateur de l’Homéopathie (1938 n°5). La première référence est parue
dans un ouvrage publié en 1666. Pendant longtemps, les divers auteurs ont
émis des hypothèses plus ou moins fantaisistes sur sa nature, car on le
récoltait à la surface des océans, il n’était pas évident de savoir qu’il
s’agissait en fait d’une sécrétion intestinale du cachalot. Mais son odeur
agréable et pénétrante en a fait rapidement un produit utile en
cosmétologie. La première pathogénésie a été réalisée par HAHNEMANN (490
symptômes).
Ce qui domine dans AMBRA GRISEA,
c’est l’hypersensibilité émotionnelle et sensorielle avec asthénie et
timidité. Ce qui explique des réactions exagérées à des stimuli même
bénins, comme une Ignatia aggravée et semblant « vieillie ». Kent
écrit: « Vous verrez survenir chez une personne de 50 ans des symptômes
qui devraient apparaître à 80 ans ! ». P. BARBIER ajoute: « Ambra
grisea s ’applique surtout à des sujets féminins vieillis précocement.
Je pense entre autres à de vieilles demoiselles tellement introverties,
qu’avec elles il m’était extrêmement délicat, pour ne pas dire impossible,
de pousser mon interrogatoire jusqu’aux précisions intimes".
Un autre trait caractéristique
du comportement est l’aggravation de tous les symptômes en présence
d’une autre personne. Par exemple, la présence d’une infirmière
auprès du malade alité rend la selle impossible. Le sujet doit s’isoler pour
aller à la selle (Natrum mur. pour uriner), signe qui prête toujours
au sourire mais que comprennent ceux qui ont vécu en communauté (pension,
caserne...).
L’excitation nerveuse explique
aussi une insomnie (le sujet veut mais ne peut dormir dès qu’il est couché
car son esprit ressasse des soucis minimes), le trac, des manifestations
spasmodiques (météorisme, toux, dyspnée asthmatiforme...), des palpitations.
Ou encore des métrorragies après un stress, même insignifiant, ou après une
banale contrariété, ou enfin après un traumatisme bénin, ou après un effort
comme une simple ballade à pied.
Si sur le plan du comportement,
AMBRA GRISEA doit être comparé à IGNATIA ou à MOSCHUS, il peut être un
complémentaire de NATRUM MURIATICUM ou de PHOSPHORUS, médicaments d’action
plus profonde.
Quant à la tumeur bénigne, on ne
trouve strictement rien dans la littérature. Sans doute s’agit-il d’une
indication résultant de l’expérience clinique des praticiens, troisième
source de la Matière médicale homéopathique.
AURUM
MURIATICUM NATRONATUM:
Il s’agit d’un « petit »
médicament, le tétrachloroaurate de sodium, ou encore le chlorure d’or et de
sodium, introduit en homéopathie par BURNETT (celui qui a ajouté aux
facteurs étiologiques du mode sycotique, la vaccination antivariolique).
Il n’a pratiquement qu’une
indication: les fibromes utérins non chirurgicaux avec congestion et
induration, souvent alterné avec Fraxinus americanus (fibrome
utérin, utérus volumineux, règles douloureuses, leucorrhée aqueuse non
irritante). Il serait plus efficace que AURUM MURIATICUM et très proche de
AURUM METALLICUM. H. VOISIN ajoute deux autres indications: ictère chronique
avec alternance de selles très foncées et de selles décolorées et le
psoriasis du type Aurum avec bronchite chronique.
En glanant dans les Répertoire,
on trouve quelques signes bucco-dentaires: rétractions gingivales,
parodontopathies, verrues de la langue. Dans BROUSSALIAN, on trouve:
condylomes de la langue.
AURUM
MURIATICUM:
Autre médicament oublié des Matières
médicales, le chlorure d’or est un complémentaire de AURUM METALLICUM. On le
donne lorsque domine la congestion, l’hypertrophie, l’induration et la
sclérose, notamment au niveau du coeur et de l’utérus. VOISIN ajoute la
langue. KENT précise: condylomes et verrues de la langue.
Si les Matières médicales sont
discrètes sur ce remède, le Répertoire fournit tout de même de nombreux
signes, notamment buccaux:
·
Aphtes
·
Gencive: brûlure,
fistules, ulcérations.
·
Goût: insipide,
métallique, perdu.
·
Salivation intense.
·
Stomatite avec
brûlure et sensation de sécheresse.
·
Dents: douleurs,
mobilité.
·
Langue: glossite,
brûlure, indurée, ulcérée = verrues et condylomes.
·
Lèvres: ulcérées.
CALCAREA IODATA:
Du fait de la présence d’iode et
de calcium, l’iodure de calcium a une action ponctuelle sur les glandes:
thyroïde surtout (dysthyroïdie et goitre à la puberté, seins, utérus) et sur
les formations lymphoïdes (ganglions, amygdales hypertrophiées et cryptiques
avec adénopathies sous-maxillaires et des végétations adénoïdes).
Il convient à un sujet
tuberculinique et dysthyroïdien, parfois hyperthyroïdien (du fait de la
présence d’iode), ayant une peau sèche mais transpirant au moindre effort,
ou la nuit, notamment au niveau de la tête et du cuir chevelu, au front et
aux extrémités, ulcères indolents entourés de varicosités. Il a tendance à
prendre froid très facilement (toux chronique avec expectoration purulente
et verdâtre ou céphalée après vent froid)). Mais comme IODUM, ce sujet
n’aime pas la chaleur qui l’aggrave, ni le froid, surtout humide.
On a beau parcourir les Matières
médicales, qui oublient souvent ce « petit » remède, il n’y a pas trace de
tumeurs bénignes.
CARBO
ANIMALIS:
Ce médicament est peu connu du
chirurgien-dentiste. Il s’agit du charbon animal, préparé depuis HAHNEMANN
en laissant calciner un épais morceau de cuir de boeuf.
Remède très proche de CARBO
VEGETABILIS, le charbon végétal, CARBO ANIMALIS est caractérisé par:
·
Un épuisement
physique et mental avec perte d’énergie, frilosité, recherche de la chaleur,
transpiration nocturne fétide salissant le linge.
·
Une hypertrophie
torpide et indurée des glandes et des ganglions. Ce sont surtout les
ganglions des aisselles, du cou ou de l’aine avec teinte violacée de la peau
en regard de ces localisations. Puis les seins, les testicules ou les
parotides s’hypertrophient et s’indurent. Il y a une tendance à l’évolution
vers des ulcérations torpides laissant suinter un liquide ichoreux,
sanguinolent, fétide, irritant.
·
Un engorgement de la
circulation veineuse (joues, lèvres, mains, pieds violacés, veines
superficielles distendues).
·
Une dyspepsie
atonique avec fermentations anormales et une grande flatulence, le patient
ressent le goût d’aliments mangés depuis longtemps, avec sensation de vide
et de défaillance au creux de l’estomac non améliorée en mangeant, nausées
fréquentes, surtout la nuit, pyrosis et brûlures de l’estomac améliorés en
mangeant...
Sur le plan bucco-dentaire:
·
Aphtes
·
Gingivite: gencive
enflée, rétractée, gingivorragies, suppuration.
·
Salivation intense,
surtout pendant le sommeil. Sensation de bouche sèche.
·
Dents: mobilité,
douleurs en mastiquant ou la nuit.
·
Langue: brûlures (à
la pointe), indurée, sèche.
·
Morsure des joues en
mangeant
Dans le Répertoire de KENT (version Broussalian p.335, §69), ce
médicament est cité au degré fort à la rubrique « Nodosités de la langue ».
LACTIC
ACIDUM:
Ce remède est cité au degré
faible à la rubrique « Grenouillette ». Il est surtout connu pour son action
ponctuelle lors des nausées de la grossesse, accompagnées d’une
hypersialorrhée, pires le matin et améliorées en mangeant. On trouve encore
dans VANNIER et POIRIER, des douleurs rhumatismales avec grande faiblesse
chez le diabétique, ou un tumeur du sein avec adénopathie axillaire et des
douleurs irradiant à la main, des brûlures gastriques avec pyrosis, < en
fumant et en buvant du café.
Le Répertoire donne les signes
buccaux suivants:
·
Aphtes
·
Ulcération et
rétraction de la gencive
·
Goût: acide,
métallique
·
Brûlure, sécheresse,
vésicules au niveau de la langue
MANGANUM:
Le manganèse en très faibles
dosages, sous forme de traces même, est indispensable à toutes les cellules
(mitochondries, respiration cellulaire). Si sa carence est rare (besoin = 2
à 3 mg/j), son excès provoque une intoxication avec des signes neurologiques
(« parkinson manganique », asthénie, céphalées, somnolence, troubles du
caractère, crampes, nausées, douleurs abdominales, puis troubles de la
marche, de l’équilibre, de l’élocution...) et respiratoires (pneumonie aiguë
grave, bronchite chronique, asthme...).
L’intoxication chronique
provoque également une atteinte endocrinienne: insuffisance notamment de la
thyroïde, des corticosurrénales et des gonades.
La pathogénésie a confirmé ces
signes. Aujourd’hui, ce médicament est utilisé dans le traitement de
certains troubles O.R.L. (enrouement, raucité de la voix, sécheresse
laryngée ou hypersécrétion muqueuse, < au froid humide, par le surmenage
vocal, > en s’allongeant). Quelques signes généraux sont présents: asthénie,
tendance dépressive avec ruminations hypochondriaques, douleurs variées,
crampes, tremblements. Tous signes améliorés étant couché.
Les signes bucco-dentaires sont
au degré faible: brûlure dans la bouche, goût acide ou amer, salivation
augmentée et amère, glossite, herpès sur la langue. Le Répertoire précise:
condylomes ou verrues sur la langue, nodosités sur le palais, tubercules (?)
sur la langue.
EUPIONUM:
Encore un « petit » remède
souvent absent des Matières médicales. Il s’agit du produit de la
distillation du goudron de bois. Est-il pour autant complémentaire de
KREOSOTUM ? Il est cité au degré faible bien sûr dans le Répertoire de Kent
à la rubrique « Nodosités de la langue » (Broussalian, p.335, §69).
VOISIN affirme qu’il s’adresse à
une femme affaiblie, tuberculinique déprimée, qui transpire au moindre
mouvement, présente des douleurs lombaires intenses, une douleur à l’ovaire
droit et au bassin (> couchée sur un plan dur), une leucorrhée abondante,
très irritante, corrosive, foncée, plus abondante après les règles, avec
exacerbation du lumbago, des crampes nocturnes des mollets (> en marchant,
par le mouvement).
Mais on ne trouve rien sur la
bouche, en dehors de la précision de KENT.
°
Voici donc les « petits »
remèdes cités dans les diverses rubriques du répertoire de Kent pour les
tumeurs bénignes de la bouche. Il est évident que ces petits remèdes ne
peuvent avoir qu’une action complémentaire de médicaments d’action plus
profonde: surtout THUYA, CALCAREA FLUORICA, NITRI ACID.
Pour chaque cas, il convient
d’appliquer la méthode à la lettre = observation minutieuse - traitement de
fond que l’on doit donner longtemps, avant de décider une ablation
chirurgicale. D’ailleurs celle-ci ne dispense pas du traitement de fond. Il
ne sert à rien de supprimer une conséquence sans agir sur la cause profonde.
Les modes réactionnels sycotique et luétique sont très souvent impliqués.
En guise de conclusion:
Voici une observation condensée
que l’on peut trouver (sous forme plus détaillée) dans la thèse pour le
Doctorat en chirurgie dentaire de notre consoeur Jacqueline SUDRIE> (Paris V
- 29/6/1978).
Il s’agit d’un homme de 45 ans
venant consulter le Dr ZISSU au Centre Homéopathique Saint-Augustin à Paris
pour une déformation du palais, apparue peu après la pose d’une prothèse
adjointe supérieure. Cette formation tumorale bourgeonnante est constituée
principalement d’une hyperplasie d’aspect papillomateux du chorion
sous-jacent, avec une importante néo-vascularisation capillaire et une
infiltration d’éléments inflammatoires (plasmocytes surtout). Cette tumeur a
été enlevée en avril 1977 et lors de la consultation en septembre de la même
année, le patient se plaint de la persistance d’un bourgeonnement rougeâtre,
ce qui motive la consultation. Le diagnostic de récidive d’épulis est posé.
Première prescription du Dr ZISSU:
IGNATIA 9, 15, 30 CH une dose à
24 heures d’intervalle, puis 6 jours plus tard:
NATRUM SULFURICUM 5 CH et 9 CH,
deux granules de chaque, ensemble 6 jours sur 7.
Revu trois mois plus tard, la
situation locale est nettement améliorée. Sur le plan général, divers
problèmes digestifs persistent, avec un appétit particulièrement augmenté.
Deuxième prescription du Dr
ZISSU:
THUYA 9 CH le dimanche, les
autres jours:
ANTIMONIUM CRUDUM 7 CH / NATRUM
SULFURICUM 7 CH, en alternance, un jour l’un un jour l’autre.
Revu quelques semaines après
cette deuxième prescription, l’épulis a totalement disparu et l’ensemble est
totalement amélioré.
Notons que si l’on avait proposé
ce traitement au moment de la première intervention chirurgicale, la
récidive ne se serait sans doute pas produite !