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L'ENFANT "OBESE" AU
CABINET DENTAIRE
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Dans
toutes les familles on entendait souvent l’ordre impérieux de la maman :
« Mange » ou « Finis ton assiette ». Ce qui n’était pas désagréable quand le
mets agréait, mais semblait une véritable corvée lorsqu’il s’agissait
d’épinards ou de choux de Bruxelles !
Aujourd’hui, la mode a
changé et le mode de vie notamment. Avachis dans le fauteuil et cloués
devant les débilités de la télévision, enfants et parents se goinfrent de
sucreries, de crèmes glacées ou de chips, le tout arrosé de coca-cola ou
autres sodas, tous aliments riches en sucres et en graisses. Maintenant, les
mamans sont de plus en plus nombreuses à ordonner aux enfants : « Arrête de
t’empiffrer de ces cochonneries, tu n’auras plus faim au dîner » ! ! !
Mais ces
mêmes mamans remplissent les caddies de ces cochonneries ! ! ! Ah, la
logique n’est plus ce qu’elle était ! L’a-t-elle été d’ailleurs ?
On dit qu’il faut une
dizaine d’années à l’Europe pour adopter le mode de vie des Américains. Il y
a de quoi s’inquiéter car on estime à environ 50% le nombre d’obèses dans ce
pays. On ne peut qu’être ébahi en comparant la beauté des personnages des
séries télévisées et l’aspect des américains de la rue lors que reportages.
Comme dans ce vaste pays, on adore les quotas, on en est à envisager des
mesures de protection en faveur des obèses, de la même manière qu’on impose
un nombre minimum de Noirs ou de « Latinos » dans certains secteurs de
l’activité, comme les universités !
Certes, l’obésité
fait partie des aléas de la vie, il y en a toujours eu. Comme des maigres,
ou des grands ou des petits. Mais progressivement depuis une vingtaine
d’années, le mode de vie favorise la sédentarité avec ce qu’elle
comporte de modifications défavorables des habitudes alimentaires. Il faut
noter qu’il est aussi difficile de faire maigrir certains obèses que de
faire grossir certains maigres. Sans doute parce qu’il s’agit là de
problèmes génétiques, qui attendent la découverte des gènes responsables et
le traitement éventuel des anomalies. Selon Jacques LAMOTHE pédiatre, « Une
minorité des cas d’obésité de l’enfant serait d’origine somatique,
constitutionnelle ou acquise. La majorité des cas serait psychosomatique
avec boulimie psychogène ». D’où l’erreur stratégique souvent commise,
en tentant de faire maigrir les gros par un traitement du versant somatique
en négligeant la cause réelle psychique.
Cependant nous
n’insisterons pas ici sur le traitement de l’obésité car il ne concerne pas
le chirurgien-dentiste. Le présent sujet est limité aux problèmes
bucco-dentaires des enfants obèses, problèmes qui ne sont pas
obligatoirement spécifiques. Mais en parcourant la liste des médicaments de
l’obésité de l’enfant, il est logique de regarder de plus près ce que dit la
Matière médicale au sujet des signes bucco-dentaires. Et comme selon les
statistiques pessimistes, le nombre d’enfants obèses va aller croissant, il
est logique de consacrer un cours à leurs problèmes dentaires. Il en va de
même avec les personnes du 3° âge qui représentent une part croissante de la
population et le chirurgien-dentiste, qu’il le souhaite ou non, sera de plus
en plus confronté à leurs problèmes spécifiques. Cela nous rappelle une
réflexion de Michel CONAN-MERIADEC qui disait à peu près ceci : « Lorsque
j’étais jeune médecin, je n’aimais pas la pédiatrie ni l’ORL, et pourtant je
passe mon temps à soigner des enfants qui ont des problèmes ORL » !
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Michel CONAN-MERIADEC
(1921-2000)
L'un des médecins homéopathes
contemporains des plus
influents |
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Voici une série de listes de remèdes des enfants "obèses", proposées à partir
des indications des répertoires et de différents articles, dont celui de Jacques LAMOTHE déjà cité.
OBESITE
DE L’ENFANT :
Au degré fort :
ANTIMONIUM CRUDUM, CALCAREA CARBONICA, CALCAREA SULFURICUA, CAPSICUM, FERRUM
METALLICUM, PULSATILLA, SULFUR et THUYA.
Au degré moyen :
Graphites, Lachesis, Lycopodium, Medorrhinum.
Au degré faible : Apis,
Aurum metallicum, Baryta carbonica, Carbo vegetabilis, Natrum muriaticum,
Nux moschata, Opium, Sepia.
Nous avons coutume
de répéter que la première impression que dégage le patient dès qu’il
franchit le seuil de notre cabinet est sa morphologie, qui dans certains
cas, peut évoquer le type sensible de tel ou tel médicament, avec le risque
de court-circuiter la réflexion et la recherche éventuelle du « remède
semblable ». Or, on peut encore distinguer entre les morphologies, en voici
quelques exemples :
·
Obèses de grande taille => LYCOPODIUM
·
Obèses de petite taille => BARYTA CARBONICA,
CALCAREA CARBONICA
·
Obèses avec face rouge => CAPSICUM, LACHESIS,
PULSATILLA, FERRUM METALLICUM (rougeur alternant avec pâleur).
On
peut proposer aussi des listes en fonction de différents critères = goûts
alimentaires, attitude vis-à-vis des facteurs climatiques, attitude mentale,
etc… Ceux que cela intéresse pourront les retrouver dans l’article cité de
Jacques LAMOTHE.
On
peut faire remarquer que l’obésité peut s’expliquer par les modes
réactionnels. Il est bien évident que les sujets réagissant sur le mode
tuberculinique ne sont pratiquement jamais concernés par l’obésité. Pour eux
le problème est juste inverse = ils sont maigres et maigrissent à la moindre
occasion.
Les
sujets sthéniques du type SULFUR (neutre) n’ont pas, non plus, de gros
problèmes avec la tendance à l’obésité, mais celle-ci les menace à une
période de leur vie, essentiellement en fonction de leur mode de vie
lorsqu’ils succombent aux erreurs alimentaires et à la sédentarité. Il
s’agit alors d’une obésité acquise, assez rare chez l’enfant, qui se
développe lentement, habituellement après le début de la vie professionnelle
pour peu que celle-ci favorise une profession sédentaire.
C’est
donc logiquement que les enfants obèses se retrouvent surtout parmi ceux qui
mettent en œuvre le mode réactionnel sycotique. Au premier rang, CALCAREA
CARBONICA «couvre » la période initiale, puis ses complémentaires
« naturels » (ANTIMONIUM CRUDUM, GRAPHITES, THUYA, NATRUM SULFURICUM..) ou
occasionnels (CAPSICUM ANNUUM, PULSATILLA). |
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LE NOURRISSON "CALCAREA CARBONICA":
Sans aucun doute, le
nourrisson répondant au type sensible de CALCAREA CARBONICA, est celui qui
présente le risque potentiel le plus grave d’obésité, qui peut être
constitutionnelle. Les parents auront beaucoup de peine à contenir ce risque
et le plus souvent et involontairement, ils vont au contraire le favoriser
par des erreurs diététiques. Sur le plan bucco-dentaire, et c’est logique au
début de la grande aventure de la vie, les problèmes de ce nourrisson
concernent la dentition, qui est le plus souvent retardée (comme bien
d’autres choses) et qui pose quelques difficultés.
Lorsqu'il est en équilibre de santé, le nourrisson CALCAREA CARBONICA est
considéré comme le prototype du "bébé cadum" des publicistes. Pourtant il
est plutôt trapu, potelé et plusieurs signes annoncent quelques
problèmes de santé: le nourrisson transpire beaucoup de la tête pendant son
sommeil, celui-ci est perturbé sans doute par des peurs et des
cauchemars, enfin, malgré sa tendance à grossir, il ne finit pas ses
biberons. Et si on le force, il vomit des caillots de lait non digérés.
Si ces vomissements persistaient, l'enfant maigrirait rapidement.
Frileux, ce bébé s'enrhume au moindre froid. Enfin, un érythème fessier
tenace n est pas rare, de même que la persistance des croûtes de lait. Tous
ces signes sont présents dans la pathogénésie de CALCAREA CARBONICA,
qui peut être à la fois un remède préventif que l'on doit donner dès
que son indication apparaît par des signes discrets, et remède
curatif lorsque ces troubles se développent, même s'il a besoin d'être
complété par des remèdes plus circonstanciels. Il est classique de donner
ce remède en deux dilutions:
·
CALCAREA CARBONICA 3X ( ou DH)
en trituration deux mesures à sec sur la langue deux à trois fois par jour
par périodes de deux ou trois semaines (cela constitue un apport de
carbonate de calcium).
·
CALCAREA CARBONICA 7, 9 ou 15 CH une
fois par semaine ou tous les 15 jours selon le contexte clinique.
Chez ce nourrisson, la dentition est souvent difficile: les dents ont une
éruption retardée, la poussée s’accompagne de troubles divers, mais surtout
digestifs, accusant les prédispositions morbides.
Lorsque la poussée dentaire provoque une réaction inflammatoire, deux
médicaments sont très souvent indiqués, bien qu'ils ne soient pas les seuls,
auxquels on peut ajouter un troisième: |
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n
BELLADONA: la poussée dentaire détermine un état inflammatoire
local avec quelques signes généraux: gencive rouge, tuméfiée, tête rouge
et chaude, sueurs chaudes abondantes surtout pendant le sommeil, yeux
dilatés, brillants, larmoyants, bouche sèche, soif, température. Si
celle-ci augmente trop, les convulsions sont possibles: elles
apparaissent brusquement, un simple mouvement du berceau peut les
provoquer, la photophobie est intense. Parfois, l'enfant peut délirer.
La posologie tient compte des signes
présents, allant de la 5 CH deux à trois fois par jour, à une 15 CH ou
30 CH répétée toutes les heures en cas de participation nerveuse
importante.
n
CHAMOMILLA : (la camomille) est avant tout un remède
d'hyperexcitation nerveuse et sensorielle. L'enfant devient
insupportable, capricieux, pleure pour des riens, ne se calme que s'il est
bercé ou pris dans les bras (amélioration par une vibration au sens
large, sonore, auditive, visuelle). BELLADONA a les deux joues
rouges et chaudes. CHAMOMILLA a une joue rouge et chaude (du côté de la dent
en cause), l'autre reste normale. Lui aussi a des sueurs chaudes de la
tête en s'endormant. Les convulsions sont possibles: en général
avant minuit, aggravées par la chaleur. Enfin, des troubles digestifs sont
fréquents: diarrhée avec selles vertes ou comme des "œufs brouillés". En
raison de la forte excitation nerveuse, il faut donner CHAMOMILLA 15 ou
30 CH répété aussi souvent que nécessaire.
n
CINA (semen contra) = ce médicament peut être indiqué au cours
d'une poussée dentaire entraînant un état d'excitation très voisin de celui
de CHAMOMILLA lorsque l'on retrouve une verminose intestinale,
avec ce que l'on appelle le "faciès vermineux": teint pâle autour de la
bouche et du nez, cernes bleuâtres autour des yeux, mydriase, le bébé se
frotte le nez. Posologie: 5 CH deux à trois fois par jour, dilution
plus élevée si les signes nerveux sont très importants.
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Si les
troubles digestifs prédominent:
n
MAGNESIA CARBONICA (carbonate de magnésium) = c’est un
médicament d'aggravation de CALCAREA CARBONICA chez un nourrisson
devenu intolérant au lait avec des vomissements de lait en
caillots, diarrhée soit décolorée et d'odeur aigre, soit verdâtre,
mousseuse (toujours d'odeur aigre), les sueurs ont aussi une odeur
aigrelette et acide. Le nourrisson est nerveux, agité, ballonné, avec des
coliques et des gaz abondants. On donne ce médicament en 5 CH deux à trois
fois par jour. C’est un médicament fréquent de névralgie faciale ou
dentaire, mais il est difficile d’en poser le diagnostic chez un
nourrisson.
n
PODOPHYLLUM: (la podophylle) = remède de troubles de la
dentition avec les signes suivants: le bébé éprouve le besoin de
serrer ses arcades l'une contre l'autre ou de mordiller sans cesse;
fièvre avec rougeur et chaleur des joues, soif, abattement,
gémissements (signes qui rappellent BELLADONA); diarrhées profuses,
indolores, aqueuses, fétides et jaillissantes. Parfois, une réaction
méningée s'exprime par un roulement de la tête d'un côté à l'autre de
l'oreiller, gémissement en dormant, surtout par temps chaud. La dilution
habituelle est la 5 CH deux à trois fois par jour.
n
AETHUSA CYNAPIUM: (petite ciguë) =
c'est un remède d'aggravation, heureusement rare aujourd'hui, aboutissant
à une gastro-entérite aiguë avec somnolence ou prostration,
vomissements de lait, diarrhées épuisantes, émaciation rapide. Ce remède est
cité ici pour l'information, mais ne sera pratiquement jamais prescrit par
le chirurgien-dentiste.
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L’ENFANT « CALCAREA CARBONICA » :
Les caractéristiques du biotype bréviligne vont s’affirmer
peu à peu. Le plus souvent, mais sans obligation, cet enfant a toujours
tendance à grossir, même s’il mange raisonnablement. Les parents doivent
donc être très attentifs. D’autant plus que cet enfant a une tendance
naturelle à la paresse, il n’aime pas les activités sportives, ni les jeux
qui demandent des efforts physiques. Il est la caricature des enfants qui
passent leur temps libre avachis devant la télévision et à s’empiffrer de
cochonneries sucrées.
Sur le plan bucco-dentaire, cet enfant a habituellement peu
de problèmes. Si sa croissance est lente, elle se produit cependant, certes
dans les limites du biotype bréviligne. Les dents, particulièrement étudiées
et décrites par Bertrand de NEVREZE, sont bien minéralisées, bien
implantées. Toujours d’une manière très générale, il n’a pas tendance à
faire des caries sauf si son mode de vie s’y prête. Et c’est là le problème
= il aime bien les sucreries, il n’aime pas se brosser les dents ! De plus,
il existe souvent une tendance à l’hypothyroïdie. Tout cela explique
peut-être que l’on puisse déplorer quelques caries, notamment aux collets
des molaires de lait. Il y a aussi chez certains d’entre eux une propension
aux complications apicales = délabrement des dents, réactions pulpaires,
abcès dentaires => HEPAR SULFUR en aigu et surtout en chronique.
La gingivite érythémateuse est aussi assez fréquente. On peut aussi
voir parfois une tendance à l’hypertrophie de la gencive, qui peut perdurer
en dehors de tout contexte inflammatoire.
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Un complémentaire fréquent = ANTIMONIUM
CRUDUM
J. LAMOTHE rapporte
l’anecdote suivante : « BasileValentin, moine et disciple de PARACELSE,
ayant observé que le stibium faisait engraisser les porcs, voulut rendre un
service identique à ses frères du monastère amaigris par les privations,
mais le résultat fut que tous les moines moururent du traitement par le
stibium, qui fut alors baptisé « antimoine » et banni de la thérapeutique ».
On présente ANTIMONIUM CRUDUM comme l’un des remèdes les « plus
boudeurs » de la Matière médicale, surtout chez l’enfant = enfant grognon,
de mauvais caractère, irritable, toujours de mauvaise humeur, mais il n’a
rien à voir avec CHAMOMILLA car il n’est pas amélioré lorsqu’il est bercé ou
pris dans les bras, et si rien ne le satisfait, ce ne sont certes pas les
marques de gentillesse qui, au contraire l’aggravent, comme le toucher ou
même le seul fait de le regarder. En particulier, il ne supporte pas les
bains froids qui provoquent divers troubles. Rien ne s’arrange en
grandissant, mais par moments il peut devenir affectueux et tous les auteurs
citent « la jeune fille un peu obèse devenant sentimentale surtout au clair
de lune » ! Avant de voir ses problèmes dentaires, il faut insister sur les
problèmes alimentaires et digestifs qui conditionnent en grande partie le
devenir de cet enfant.
ANTIMONIUM CRUDUM est le prototype des enfants « gloutons », très
volontiers boulimique (surtout lorsqu’il est déprimé pour différents motifs,
dont les vexations et les déceptions). Il mange de tout et en grande
quantité, il est obsédé par la nourriture, n’a pas encore fini son repas
qu’il pense au suivant. S’il a une attirance pour les aliments acides, en
fait il aime tout.
Il n’est donc pas illogique que de temps en temps, il ait des
embarras gastriques = dans ces cas, il ne pense plus à manger et même la vue
ou l’odeur des aliments l’incommodent. Il a la sensation d’un poids sur
l’estomac, la conviction d’avoir trop mangé, son ventre est ballonné et
douloureux, la digestion est pénible, il y a des gaz abondants avec des
éructations (ayant le goût des aliments), des nausées, des vomissements.
Pendant cette période, la langue devient blanche comme du lait, avec
un enduit épais, blanc laiteux. Puis viennent des diarrhées aqueuses et
mêlées d’aliments solides. Le tout provoquant souvent une rectite.

Si les troubles digestifs se répètent, et c’est souvent le cas car
dès qu’il va mieux, il retrouve son appétit dévorant, on constate alors une
alternance de constipation et de diarrhée. La langue reste blanchâtre mais
sans l’enduit épais. Les lèvres deviennent sèches et gercées aux
commissures, les narines et les paupières se fissurent et présentent des
croûtes.
C’est le deuxième versant de ce médicament = les troubles cutanés
qui ressemblent beaucoup à ceux de GRAPHITES. L’enfant présente souvent des
poussées d’impétigo, surtout aux joues ou aux sillons rétro-auriculaires, ou
des pustules entourées d’aréole rouge, ou encore des éruptions croûteuses ou
ulcéreuses, particulièrement aux commissures labiales ou au niveau des
paupières, ou au bord des narines. Il y a également une tendance aux
épaississements cornés de la peau en larges plaques à la plante des pieds
(plutôt chez l’adulte) et aux verrues plantaires notamment chez l’enfant (on
accuse volontiers la piscine !).
ANTIMONIUM CRUDUM présente donc de nombreuses ressemblances avec
CALCAREA CARBONICA, qui reste son médicament de fond, parce que
constitutionnel. L’indication du premier apparaît avec les excès
alimentaires.
Sur le plan bucco-dentaire, ANTIMONIUM CRUDUM a grosso mode les mêmes
problèmes que son remède de fond, CALCAREA CARBONICA. IL n’a pas une
tendance naturelle aux caries, mais peut en souffrir par suite de mauvaises
habitudes hygiéno-diététiques. Heureusement, car la matière médicale précise
« Peur des soins dentaires », sentiment partagé par de très nombreux
patients mais rarement cité dans les répertoire. Enfin, Henri DUPRAT ajoute
« Aphtes » alors que le répertoire ne le fait pas.
Selon une approche psychanalytique, ANTIMONIUM CRUDUM aurait eu un
conflit affectif avec sa mère, ce qui s’exprimerait par le refus du sein,
les vomissements particulièrement du lait maternel, l’intolérance aux
caresses, au regard, au bercement, aux chatouilles. Ils vont plus loin = la
peau se transformerait en carapace, devient dure et épaisse, et plus
particulièrement au niveau du visage, zone d’échanges affectifs avec la
mère.
Ce qui est avéré, c’est que ANTIMONIUM CRUDUM est un
hypersensible qui compense ses déceptions par une gloutonnerie effrénée, un
peu comme CAPSICUM qui sera vu plus loin.
L’ENFANT "GRAPHITES' :
Toute la pathogénésie de GRAPHITES est placée sous la prédominance de
divers ralentissements = endocrinien (thyroïde, gonades), métabolique
(rétention d’eau, imbibition…) et caractérisée par les blocages des
éliminations et des émonctoires = digestif (constipation sans besoin), peau
(éruptions suintantes avec un exsudat épais comme du miel, chez le
nourrisson et chez l’enfant, il s’agit surtout d’un eczéma localisé au
visage, au cuir chevelu, autour des orifices)), lymphatique (engorgement
ganglionnaire). Chez ce type d’enfants, il est logique d’hésiter entre trois
médicaments très voisins = CALCAREA CARBONICA, ANTIMONIUM CRUDUM et
GRAPHITES.
Comme pour tous les remèdes d’action profonde, il existe plusieurs
aspects qui s’expriment chacun au mieux selon l’âge. L’enfant est gros,
voire obèse, il peut sembler robuste, mais en fait, il s’agit de mauvaise
graisse. Dans certains cas, et notamment après de nombreux troubles
digestifs, cet enfant peut maigrir et il n’est pas alors facile de mettre en
évidence l’indication de GRAPHITES, mais c’est aussi parfois le cas avec
CALCAREA CARBONICA.
Le comportement est celui d’un enfant timide, triste, mélancolique,
apathique, irrésolu, paresseux. Il est un peu replié sur lui-même et
s’intéresse peu à son entourage. C’est encore un frileux qui a toujours
froid, il craint surtout le froid humide qui provoque des angines ou des
rhino-pharyngites. Sa peau est sèche, rugueuse, infiltrée, malsaine.
Lorsque le tableau est complet, GRAPHITES a moins d’appétit que les
deux médicaments cités. Il a une aversion pour la viande, les aliments
chauds, les sucreries. Il se plaint de sécheresse buccale, il a les lèvres
gercées, les commissures souvent ulcérées, surtout par temps froid humide.
Il se plaint de troubles digestifs = flatulence, éructations après les
repas, douleurs crampoïdes dans l’abdomen (> en éliminant des gaz). La
constipation est habituelle, mais ces enfants y sont habitués. Les selles
sont toujours difficiles à expulser, demandent des efforts. Le matin, les
paupières sont souvent rouges, collées par des croûtes humides (exsudat
épais).
Sur le plan bucco-dentaire, il y a peu de choses nouvelles par
rapport à CALCAREA CARBONICA ou même ANTIMONIUM CRUDUM. Ce qui domine = les
éruptions labiales ou péri-buccales, la perlèche surtout par temps froid
humide. Il y a parfois quelques petites vésicules brûlantes sur la langue,
qui reste blanche mais pas autant que celle de ANTIMONIUM CRUDUM. La carie
dentaire est certes présente, mais sans rien de particulier. La gingivite
ulcéreuse également.
RESUME ET SYNTHESE
Avec ce trio formé de CALCAREA CARBONICA, ANTIMONIUM CRUDUM et
GRAPHITES, le praticien dispose de trois outils particulièrement précieux
pour agir à la fois sur le « terrain » qui se construit chez l’enfant et
plus particulièrement sur les troubles bucco-dentaires.
CALCAREA CARBONICA représente le prototype du bréviligne. Sa
principale caractéristique est son équilibre instable sur le plan
métabolique = il est sans cesse menacé par une intoxication endogène par
suite d’erreurs hygiéno-diététiques. Par tendance naturelle,
« constitutionnelle », il est prédisposé au ralentissement métabolique, qui
explique son développement morphologique bréviligne. Il est indispensable
que son régime alimentaire soit adapté à ses besoins. De plus, il a une
propension naturelle à la paresse physique et intellectuelle. La première
menace est donc constituée par les excès alimentaires et elle s’affirme
souvent dès les premières semaines de la vie = combien de fois voit-on des
mamans pleine de bonne volonté forcer le bébé à terminer ses biberons,
provoquant des vomissements ou même une intolérance au lait (MAGNESIA
CARBONICA) ? Cela explique les troubles digestifs qui vont se manifester
tout au long de la vie de ce sujet bréviligne (rappelons que selon Henri
BERNARD, la bréviligne résulte d’un développement prépondérant du feuillet
mésoblastique, qui donne naissance au tube digestif).
Si l’enfant CALCAREA CARBONICA manifeste un appétit trop grand, on
en arrive souvent à ANTIMONIUM CRUDUM, remède par excellence de la
« gloutonnerie », favorisée ces dernières années par de nouvelles mauvaises
habitudes alimentaires = grignotage incessant et répété de produits sucrés,
notamment devant la télévision !
CALCAREA CARBONICA en équilibre et ayant la chance de bénéficier d’un
régime alimentaire adapté à ses besoins, n’a pas de problèmes de santé
particuliers et réagit volontiers sur le mode psorique aussi longtemps qu’il
maintient cet état. On comprend alors l’indication de SULFUR pour les
troubles périodiques inhérents à la vie.
Cependant, rappelons-le, CALCAREA CARBONICA est en équilibre
instable. Naturellement « ralenti » sur le plan métabolique, il est sans
cesse menacé par tous les facteurs de ralentissement. Et les exemples sont
nombreux. On sait que le ralentissement métabolique est l’une des
caractéristiques du mode sycotique. Cela explique que l’enfant CALCAREA
CARBONICA réagit tantôt selon le seul mode psorique (sujet en équilibre) ou
met en œuvre très volontiers le mode sycotique. Comme il est frileux et
particulièrement sensible au froid humide, il s’enrhume d’autant plus
facilement qu’il a en outre une tendance aux engorgements
lympho-ganglionnaires. D’où le cercle vicieux qui débute = traitements par
antibiothérapie itérative, qui est un facteur de déclenchement du mode
sycotique. Il faut de plus ajouter les vaccinations massives obligatoires,
qui sont également des facteurs sycotisants. Et voila notre enfant évoluant
vers GRAPHITES, remède carrefour qui exprime le ralentissement des
oxydations (association du fer et du carbone), et donc l’auto-intoxication
chronique et le blocage des émonctoires (notamment intestin par la
constipation et peau par des éruptions croûteuses à exsudat mielleux).
Avec ces trois médicaments, le patient se trouve à un carrefour où
les troubles balancent entre plusieurs interprétations = troubles qui
expriment les difficultés du mode psorique et troubles qui affichent le mode
sycotique. Il est bien évident que ce dernier représente une évolution
pathologique, il est préférable pour n’importe qui de rester sur le mode
psorique, car il est physiologique. En l’absence d’un médecin homéopathe
prenant en charge ces enfants, le chirurgien-dentiste «homéopathe » se
trouve bien placé pour dispenser les conseils d’usage et amorcer le
traitement ou le compléter éventuellement. Il existe d'autres médicaments.
oOo
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CAPSICUM ANNUUM |

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S’il fallait croire les psychanalystes, nous aurions tous besoin de
CAPSICUM, remède de nostalgie du paradis perdu ! Quel que soit l’âge du
patient, on retrouve les signes suivants :
·
Sujet gras, lymphatique mou (aussi bien
physiquement que moralement).
·
Les joues et le nez sont rouges, surtout après
une émotion ou alternativement rouges et pâles, mais froids au contact, les
lèvres sont gercées et fissurées.
·
Le sujet est très frileux, il frissonne au
moindre courant d’air (même si l’air n’est pas froid !).
·
Il a horreur des lavages, se néglige dans sa
tenue, a une aversion pour tout exercice physique ou pour le travail
intellectuel.
·
Sujet hypersensible au bruit, aux odeurs,
manque général de réaction.
·
Indolent, silencieux, d’humeur chagrine,
changeant ou capricieuse, susceptible, irritable, entêté et surtout
nostalgique…
Comme on peut le constater, il y a de nombreuses ressemblances avec
les remèdes précédents, surtout CALCAREA CARBONICA et ANTIMONIUM CRUDUM.
L’obésité de cet enfant est ici secondaire, non constitutionnelle,
elle résulte très souvent de problèmes psychiques. CALCAREA CARBONICA est
très souvent anxieux parce qu’il prend conscience de son décalage entre sa
lenteur naturelle et la vie trépidante qui l’entoure. ANTIMONIUM CRUDUM
compense ses désillusions et ses déceptions par la boulimie. CAPSICUM aurait
une nostalgie, souvent inconsciente, de ce qu’il a perdu = étrangers
immigrés, enfant qui doit quitter son foyer protecteur pour aller à l’école
a priori hostile à son gré, sujet devant par obligation s’installer dans une
autre région que celle où il est né, etc…
D’où la somatisation de cette nostalgie par divers troubles,
traduisant une difficulté d’adaptation à une situation nouvelle =
dépression, insomnie, boulimie et si cela ne suffit pas => otites séreuses
(remède quasi systématique lors d’une mastoïdite), toux nerveuse,
broncho-pneumopathie. Et dans ces cas plus graves, le sujet, enfant ou
adulte, ne réagit plus, se réfugie dans l’entêtement, voire l’insoumission
qui le rend asocial. L’adulte devient volontiers alcoolique.
Sur le plan bucco-dentaire, les matières médicales sont peu
prolixes :
·
Mauvais goût dans la bouche
·
Lèvres gercées
·
Ulcérations sensibles, s’élargissant (tendance
phagédénique)
·
Vésicules brûlantes sur les lèvres et dans la
bouche, sur la langue
Mais le répertoire se montre plus complet :
·
Aphtes
·
Brûlure dans toute la bouche
·
Gencive rétractée, spongieuse, ulcérée
·
Mucosités visqueuses
·
Muguet
·
Salivation augmentée, salive épaisse
On peut donc avoir là l’occasion de rencontrer de tels enfants
obèses. Et devant la banalité des signes buccaux, il peut être difficile de
mettre en évidence l’indication de CAPSICUM. Il ne faut pas oublier que la
clé, fréquente mais non obligatoire, est la nostalgie, qu’il faut
comprendre au sens large car CAPSICUM n’est pas l’apanage exclusif des
émigrés ou transplantés.
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FERRUM METALLICUM :
Ce médicament n’est pas très familier au chirurgien-dentiste. Les
signes bucco-dentaires sont certes peu précis = aphtes, gingivite
hémorragique, dysgueusies (amer, mauvais, œuf pourri, sang), dentition
difficile, douleurs dentaires soulagées par de l’eau froide, brûlure de la
langue qui est parfois engourdie. Comme on peut le constater, c’est tout à
fait banal ! La seule chose qui peut surprendre, c’est la pâleur de la
gencive, de toutes les muqueuses d’ailleurs, ou des lèvres.
Heureusement le contexte l’est moins !
Habituellement, FERRUM METALLICUM convient mieux à des sujets
longilignes, type Phosphorus , Natrum muriaticum ou Sulfur maigre. Mais
il peut être gros, plutôt pléthorique. La très grande caractéristique, quel
que soit la morphologie, est l’irrégularité circulatoire, qu’il possède au
plus haut point, plus que PULSATILLA. La pâleur est de règle, surtout quand
l’enfant est au calme. Mais à la moindre émotion, au moindre effort, il
rougit très rapidement, alors que les muqueuses restent pâles.
Il s’agit d’un enfant frileux, souvent déprimé, plutôt faible (ce qui
s’explique sans doute par l’anémie). Il souffre souvent de céphalées
congestives avec des douleurs battantes, martelantes, la face rouge mais les
pieds froids, les yeux rouges, injectés, les douleurs sont aggravées au
mouvement rapide, au repos, par l’effort cérébral et améliorées par la
pression, le froid, le grand air et en marchant lentement. Il a des vertiges
en s’asseyant dans son lit, des bourdonnements d’oreilles, des palpitations
et surtout, ce qui peut être un signe d’appel, une tendance aux épistaxis
sans cause apparente, déclenchées pour des riens = en se baissant, en
marchant, le matin.
Cet enfant a généralement un gros appétit, mais il devient
rapidement anorexique, dès qu’un trouble digestif apparaît ou en cas de
soucis. On peut donc constater une alternance d’appétit et d’anorexie très
rapidement = désir de pain, de beurre, de sucreries, dégoût pour la viande,
le lait, la bière, le thé, intolérance pour les œufs. On
constate également une alternance de constipation (souvent sans besoin,
fréquence d’un mégacôlon) et de diarrhée en selles non digérées,
accompagnées d’un peu de fièvre. L’estomac est plein de gaz de fermentations
en raison de la lenteur de la digestion, ce qui explique sans doute des
régurgitations, des vomissements soit aussitôt après le repas, soit dans la
nuit.
Voilà donc le contexte de FERRUM METALLICUM. Il est possible d’en
recevoir au cabinet dentaire, le plus souvent pour des douleurs dentaires
améliorées par une boisson froide, et non expliquées par des caries.
L’aphtose et la gingivite banales sont possibles.
PULSATILLA :
On a souvent
décrit le type sensible de ce médicament comme étant une femme plutôt
blonde, un peu anémique, rougissant facilement à la moindre émotion,
cherchant la sympathie, voire la consolation en cas de peine, etc... Ce
portrait correspond sans doute à la vérité, mais il ne faut pas oublier que
la pathogénésie a été faite par et sur des hommes, notamment par HAHNEMANN
lui-même.
J. LAMOTHE
montre des dispositions poétiques lorsqu’il écrit : « Fleur rose, jolie,
fragile et changeante sous le vent comme la petite fille typique de
PULSATILLA ». Mais derrière cet aspect, il y a la réalité = les enfants
PULSATILLA souffriraient au départ d’un abandon affectif, notamment de la
mère, mais également lors d’événements dans la famille, même banals pourtant
=> mise à la crèche, école, naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur,
divorce, etc… L’attachement à la mère peut s’exprimer inconsciemment chez le
nourrisson par le besoin de téter sans lâcher le sein plus que quelques
secondes, plus tard chez l’enfant scolarisé par différents troubles le
dimanche soir, régression, jalousie et insomnie lors de la naissance d’un
second enfant, enfants malades les jours de fêtes, les week-end, les « ponts
fériés » afin d’accaparer et de monopoliser les parents.
Ainsi, on peut
constater quelques ressemblances avec CAPSICUM ou même ANTIMONIUM CRUDUM
dans la dépendance de ces enfants et leur sentiment d’abandon dans des
périodes banales de la vie. L’enfant PULSATILLA peut réagir parfois par une
boulimie compensatrice, mais ce n’est pas obligatoire. LAMOTHE ajoute : « En
général, il peut développer une obésité sans boulimie, obésité qui nous
apparaît psorique et neuroendocrinienne et, sur le plan psychologique, de
nature régressive, correspondant à un désir profond soit de conserver les
formes du bébé, soit de s’identifier physiquement à sa mère : l’obésité est
alors gynoïde chez le garçon comme chez la fille ».
En quelles
occasions peut-on voir des sujets PULSATILLA au cabinet dentaire ?
·
Fréquemment, ce sont des douleurs dentaires
qui motivent la consultation : douleurs erratiques, très changeantes dans
leur localisation et dans leur forme clinique, apparaissant le plus souvent
brusquement et disparaissant plus lentement. Les douleurs dentaires sont
souvent pulsatives, apparaissent ou sont aggravées le soir ou à la chaleur
du lit. Elles apparaissent très souvent lorsque le sujet pénètre dans une
pièce chaude en venant du froid, ou en prenant une boisson ou un aliment
chauds, avec amélioration temporaire en laissant s’échauffer un peu d’eau
froide. Un signe intéressant = pendant la crise douloureuse, le sujet a une
tendance larmoyante mais résignée (H. VOISIN).
·
Autre motif de consultation : la sécheresse
buccale sans soif avec de nombreuses dysgueusies : mauvais goût, goût sucré,
ou salé, ou graisseux, ou amer (tous les aliments paraissent amers, surtout
le pain). Ou encore perte du goût et de l’odorat en même temps.
·
Curieusement la gingivite est plus rare.
Logiquement, la congestion veineuse provoque quasi systématiquement une
congestion gingivale et parodontale, avec des gingivorragies passives. Ce
n’est pas toujours le cas avec PULSATILLA, sans doute parce que cette
congestion veineuse est plus diffuse, s’exprimant surtout aux extrémités.
Mais on peut voir une gingivite bien caractérisée au cours de troubles
digestifs : digestion difficile et lente avec ballonnement, éructations
ayant le goût des aliments, sensation de lourdeur au creux épigastrique. Ce
sont surtout les graisses, les aliments gras, les pâtisseries qui sont la
cause de ces troubles, sans doute par insuffisance biliaire. De même les
fruits, les pâtisseries, les glaces provoquent une diarrhée avec des selles
très variables (jamais deux selles semblables). Un peu comme NUX VOMICA, le
sujet a surtout une constipation avec des désirs constants mais sans
exonération complète, avec besoin de desserrer ses vêtements après le repas.
De toute façon,
l’indication de ce médicament repose essentiellement sur l’ensemble des
signes psychiques et généraux. Il est nécessaire de retrouver l’émotivité,
la timidité, la pudeur avec rougissement facile. Ce sujet est avide de
compassion, de sympathie, devient rapidement « collant » dès lors qu’on lui
donne ce qu’il demande. L’humeur est variable, le sujet passe rapidement des
pleurs en racontant ses troubles à la jovialité avec sourires et rires dès
que l’on s’occupe de lui. Il est nécessaire de retrouver également les
grandes modalités : aggravation par la chaleur (extérieure, d’une pièce ou
du lit, boissons ou aliments) - amélioration par la fraîcheur ou par le
froid (boissons et aliments, air), et surtout amélioration par la sympathie
et par la consolation, ce qui est tout le contraire de NATRUM MURIATICUM ou
de SEPIA. PULSATILLA n’a qu’une peur, qu’on l’oublie et une seule obsession,
qu’on pense toujours à lui. Ne peut plus être le centre de l’attention des
autres le rend malade, comme un PLATINA.
La prescription
de « cette girouette de la Matière médicale » (BOERICKE) ne pose pas
de problème. S’il n’y a pas de processus suppurées en cavité close (otite,
sinusite), la dilution est déterminée par le contexte : une 7 CH deux à
trois par semaine pour une gingivite, une 15 CH deux à trois fois par jour
en cas de névralgie.
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L’ENFANT SULFUR :
Il faudrait
parler plutôt « des enfants SULFUR » car ce médicament tient une place
prépondérante dans la Matière médicale (on dit volontiers qu’il est celui
qui a le plus de symptômes). Sa prépondérance révélée par l’expérimentation
pathogénétique a encore été renforcée par le rôle qui lui a été attribué par
Henri BERNARD, celui de chef de file d’une constitution minérale, la plus
équilibrée, celle qui s’adapte le mieux au milieu de vie et qui réagit avec
le plus d’efficacité aux facteurs d’agression inhérents à la vie. Nous avons
traité largement de toutes ces conceptions dans des cours précédents et nous
leur avons consacrées plusieurs publications.
Rappelons
seulement les quelques éléments suivants. L’enfant SULFUR est le mieux armé
génétiquement pour s’adapter et réagir aux conditions de vie. Si tout se
passe normalement, les médecins et les chirurgiens-dentistes ne les
rencontrent que très rarement. Le dentiste en a l’occasion lors de poussées
d’aphtes buccaux sans spécificité et nous avons maintes fois souligné
l’efficacité de SULFUR 15 CH une ou deux fois par mois.
Seulement, la vie quotidienne n’est pas toujours idyllique et des menaces
pèsent sur chacun de nous. Et puis il y a le poids des facteurs héréditaires
qui se distribuent différemment selon les individus, même ceux de la même
fratrie. BERNARD l’avait bien observé car il a classé les sujets SULFUR en
trois groupes :
1°
groupe = SULFUR NEUTRE => les mieux équilibrés, ne posant que très peu
de problèmes pathologiques. Ils trouvent dans le mode psorique un moyen de
défense efficace en rejetant à la périphérie les éventuels déchets
métaboliques qui les troublent.
2°
groupe = SULFUR GRAS => pour des raisons héréditaires et en fonction du
mode vie, ces sujets SULFUR NEUTRE au départ évoluent vers un type gras,
parce qu’ils sont devenus sensibles aux facteurs de ralentissement
métabolique. Ils ont alors une tendance à l’obésité par surcharge, par
ralentissement métabolique, par imbibition hydrique. Bref, le mode psorique
est devenu insuffisant et ils doivent mettre en œuvre le mode sycotique.
C’est l’évolution de SULFUR vers CALCAREA CARBONICA, GRAPHITES, NATRUM
SULFURICUM, THUYA etc… Chez eux, CALCAREA CARBONICA n’est pas le remède
constitutionnel, mais seulement un remède occasionnel en fonction des
troubles.
3°
groupe = SULFUR MAIGRE => pour d’autres raisons que le type précédent,
ces sujets deviennent sensibles aux facteurs déclenchant le mode
tuberculinique. L’exemple le plus extrême est celui des famines, ou dans
notre pays, celui de l’anorexie mentale ou des régimes aberrants.
Dans le cadre
de ce présent sujet, seul l’enfant SULFUR GRAS sera étudié ici.
Roland ZISSU
est sans doute l’auteur qui a le plus et le mieux étudiés ces problèmes dans
sa « Matière médicale homéopathique constitutionnelle ». Cette
monumentale étude a été écrite il y a déjà plus de 40 ans, elle grade encore
beaucoup d’intérêt à condition que l’on fasse intellectuellement les
ajustements imposés par l’évolution des conceptions des modes réactionnels,
ainsi que le recommande l’auteur.
L’enfant
SULFUR GRAS :
L’évolution de
ce biotype est la sclérose, mais il est évident que celle-ci est très rare
chez l’enfant. On constate seulement que cet enfant a tendance à grossir,
qu’il évolue vers une obésité de moins en moins réversible. Sur le plan
diathésique, on constate en clinique que les caractéristiques du mode
psorique s’estompent, perdent en sthénicité et deviennent moins
spectaculaires. Par exemple, on sait qu’un enfant SULFUR neutre réagit par
des manifestations bruyantes sur le plan clinique, qu’il surmonte rapidement
= au lieu de réagir par une poussée thermique brutale dans son apparition
mais vite surmontée, du type ACONIT, l’enfant va faire une poussée thermique
moins élevée mais plus durable. Autre exemple = les éruptions cutanées
« sortent » mal lors des maladies éruptives de l’enfance, tendent à la
suppuration (aiguë = HEPAR SULFUR – sub-aiguë = CALCAREA SULFURICA –
chronique = SILICEA). R. ZISSU donne l’exemple de la rougeole, qui ne pose
aucun problème chez le SULFUR NEUTRE (vite atteint, vite rétabli), mais qui
atteint plus profondément le SULFUR GRAS = l’éruption ne « sort » pas,
l’état général est plus atteint et les complications sont plus fréquentes.
On pense alors à PULSATILLA, remède souvent impliqué dans les complications
de la rougeole, autre enfant pouvant être gras. On retrouve encore ce
médicament si l’enfant SULFUR GRAS présente quelques manifestations de
congestion veineuse induites le plus souvent par l’insuffisance hépatique
acquise par les conditions d’hygiène alimentaires. On retrouve alors
LYCOPODIUM, PULSATILLA, voire THUYA.
Un autre point
= les manifestations pathologiques deviennent torpides. La peau de SULFUR
laisse ici la place à une peau sèche, malsaine, notamment si LYCOPODIUM
pointe son nez ! ou apparaissent quelques verrues (c’est alors le tour de
THUYA) ou enfin un eczéma peut survenir, présentant différents aspects,
évoquant CALCAREA CARBONICA dans la meilleure occurrence ou PSORINUM dans
les cas défavorables. On retrouve les éruptions péribuccales ou labiales
déjà évoquées avec ANTIMONIUM CRUDUM ou GRAPHITES, dont la prédilection pour
les orifices a été soulignée de même que la tendance à l’aspect croûteux et
à l’exsudat mielleux. Une constatation est bien établie = un écoulement
pathologique épais traduit une décompensation.
Chez cet enfant
SULFUR GRAS apparaissent les manifestations lymphatiques que l’on voit plus
volontiers chez l’enfant CALCAREA CARBONICA, en particulier les engorgements
lympho-ganglionnaires, comme l’hypertrophie des amygdales, passant parfois
par des suppurations aiguës, adénites suppurées. On peut aider avec HEPAR
SULFUR, BARYTA CARBONICA ou SILICEA.
Comment explique-t-on cette évolution de
SULFUR NEUTRE chez l’enfant vers SULFUR GRAS ? Il y a plusieurs causes qui
conjuguent leurs effets. Le plus important des facteurs est le mode de vie
sédentaire avec son corollaire d’excès alimentaires et d’une alimentation
déséquilibrée. On imagine facilement un enfant fuyant les activités
sportives de l’école ou des loisirs, passant volontiers son temps avachi
devant la télévision à s’empiffrer de paquets de chips, ou de friandises
largement arrosés de sodas sucrés.
On ne peut négliger non
plus les vaccinations répétées, massives, imposées par la loi et les
nouvelles habitudes à leur égard (mythe de la protection absolue). Sans
prise en charge homéopathique pour minimiser leurs conséquences, elles sont
très souvent à l’origine de la mise en œuvre du mode réactionnel sycotique.
Il y a de plus et sans doute l’influence des facteurs héréditaires. Car, un
enfant qui a tendance à évoluer vers le type gras tire bénéfice de THUYA, en
préventif ou des les suites des vaccinations. Alors qu’un enfant tendant
vers le type maigre bénéficie plus volontiers de l’action efficace de
SILICEA dans la même occurrence.
Un autre facteur est
intéressant. SULFUR NEUTRE affiche une indifférence totale vis-à-vis de la
température ambiante. Il se fiche du temps qu’il fait. Il s’adapte sans
difficulté à la température ambiante. Dans les deux autres cas, l’enfant
devient frileux, le type gras surtout au froid humide, comme CALCAREA
CARBONICA. D’où l’apparition, nouvelle chez cet enfant devenant gras, d’une
pathologie ORL (coryzas, rhino-pharyngites, otites, bronchites…) influencée
par le froid humide, facteur étiologique et modalité d’aggravation. Et au
fur et à mesure que l’enfant se décompense, la torpidité et la chronicité
signent le mode sycotique. Le nez bouché, les végétations adénoïdes qui se
développent en même temps que s’hypertrophient les amygdales, la récidive
des troubles, tout cela entraîne des conséquences thérapeutiques en médecine
classique qui vont accélérer la décompensation = mauvais effets des
suppressions (amygdalectomies, végétations…) et surtout l’antibiothérapie
itérative tout au long de la saison froide.
On ne peut non plus
oublier ici le rôle des problèmes psychologiques déjà évoqués plus haut. Ce
sont tous les facteurs de frustrations, de déceptions, d’angoisses, tous
facteurs psychologiques qui poussent à la boulimie, comme d’ailleurs parfois
à l’anorexie.
Et qu’en est-il des problèmes
dentaires ou buccaux ?
Alors que SULFUR NEUTRE
ne voyait que très rarement son dentiste et alors à l’occasion de poussées
d’aphtes buccaux, banals mais revenant de temps en temps, l’enfant devenu
SULFUR GRAS viendra plus souvent. D’abord pour des douleurs dentaires par
temps froid et humide, qui évoquent DULCAMARA, RHUS TOXICODENDRON, ARANEA
DIADEMA ou encore RHODODENDRON, puis souvent NATRUM SULFURICUM qui devient
alors un remède de fond.
Ces douleurs dentaires
ne peuvent souvent s’expliquer par la présence de caries. Mais celles-ci
peuvent apparaître dans une bouche jusque-là saine car les dents ont été
bien minéralisées. On peut déplorer des caries délabrantes des dents de lait
avec les complications apicales classiques, comme l’abcès dentaire = HEPAR
SULFUR ou CALCAREA SULFURICA. On peut voir aussi des caries au niveau des
collets. Il faut alors penser à CALCAREA CARBONICA ou même à THUYA, qui a
encore une fois une action préventive sur le mode sycotique, aussi bien sur
le plan général que bucco-dentaire.
Il peut arriver
également de voir chez ces enfants devenus ou devenant « gras », une
nouvelle tendance à la gingivite banale au début, parfois expliquée par le
manque ou l’insuffisance de l’hygiène buccale ou encore sans explication par
des facteurs buccaux. Si le rétablissement d’une hygiène suffisante ou si la
suppression d’une cause locale ne suffisent pas à rétablir l’état normal de
la gencive, et si l’on constate une tendance à l’hypertrophie de la gencive,
hypertrophie avec des tissus plus durs, non spongieux comme lors de
certaines gingivites, il faut alors se demander s’il n’y a pas là la
manifestation d’une hypothyroïdie. Et naturellement, l’avis du médecin
traitant sera demandé.
CONCLUSION
Si le sujet n’est pas
encore épuisé, sa rédaction a tout de même largement entamé la résistance à
la fatigue de son auteur qui souhaite donc conclure.
Nous concluons donc en
rappelant notre conception de l’homéopathie, surtout exercée par un
chirurgien-dentiste. Il existe plusieurs approches. On peut recevoir un
patient, adulte ou enfant, et répondre seulement au problème présent que
l’homéopathie peut résoudre, si elle est indiquée. On recherche les signes
et symptômes présents et l’on essaye de trouver le médicament
« homéopathique », c’est-à-dire celui qui « couvre » le cas. Si l’on est
uniciste, on prescrit ce médicament seul. Mais il y a une autre conception,
plus large et sans aucun doute plus ambitieuse, et parfois un peu utopique.
Qui est ce patient, pourquoi a-t-il grossi, ou maigri, pourquoi a-t-il des
aphtes en ce moment, pourquoi….
A toutes ces
questions, l’homéopathie apporte parfois, pas toujours il ne faut pas rêver,
une explication. La pathologie banale en elle-même le plus souvent, peut
avoir une signification. Elle peut exprimer une manière de réagir à certains
facteurs agressifs, ou devenus agressifs. C’est toute la conception des
modes réactionnels. C’est notre conception de la pratique de l’homéopathie,
même au cabinet dentaire.
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