Un praticien homéopathe ne peut pas être étonné de ces résultats.
Que 12 ou 13% des enfants prenant du fluor par voie générale et à la
dose préconisée soient atteints d’une fluorose légère correspond
grosso modo à la proportion d’enfants de morphologie dystrophique que
l’on appelait autrefois « constitution fluorique ». Et si
le terme de fluor était associé à ce type morphologique, c’est tout
simplement en raison des relations existantes entre le « type
sensible » du fluorure de calcium et la pathogénésie de CALCAREA
FLUORICA. Ce qu’avait remarqué en son temps Antoine
NEBEL (1870-1954),
observation renouvelée avec les autres sels de calcium = carbonate et
phosphate. Ces observations ont été à l’origine de la conception
des constitutions minérales = carbonique, phosphorique et fluorique.
Pour expliquer ces relations, NEBEL avait émis l’hypothèse
d’une prédisposition familiale (« diathèse ») à
certaines toxines, ici en l’occurrence la syphilis, agent de désorganisation
des mécanismes de la croissance, dans un sens défavorable bien
entendu. Il faut rappeler également le rôle de la toxine
tuberculinique dans les perturbations du métabolisme des minéraux.
Nous avons maintes fois rappelé dans nos cours et bulletins ces
conceptions de NEBEL, reprises par Léon VANNIER (1880-1963), puis les
remises en cause de Henri BERNARD (1895-1980), Roland ZISSU,
Denis
DEMARQUE (1915-1999) et Michel CONAN-MERIADEC (1921-2000). Nous avons
maintes fois expliqué pourquoi la notion théorique des toxines
(tuberculiniques et syphilitiques)
qui imprégneraient des lignées familiales n’avait été
qu’une séduisante hypothèse n’ayant pas résisté à l’épreuve
du temps et du développement des connaissances médicales.
Cependant, les descriptions cliniques
de divers médicaments impliqués dans la morphogenèse et dans la minéralisation
des dents restent toujours valables. Le type sensible de ces médicaments
existe toujours et constitue l’une des composantes de la prévention
homéopathique aussi bien sur le plan général que sur celui plus
particulier de la carie dentaire
L’argumentation de la réponse des praticiens homéopathes au
problème de la systématisation des apports de fluor repose, nous
l’avons déjà dit, sur des arguments cliniques. Lorsqu’un enfant pénètre
dans le cabinet dentaire, c’est d’abord et avant tout
son type morphologique que l’on découvre. Ensuite, mais ensuite
seulement, son comportement et un interrogatoire sommaire laissent
percevoir son mode réactionnel dominant, qui sera confirmé par une
consultation plus longue et plus minutieuse. Avant de développer ce
sujet, on peut dire d’une manière abrupte = un enfant de morphologie
dystrophique ne doit pas recevoir du fluor à dose pondérable. Il y a
un risque potentiel de fluorose iatrogène.
Pour bien préciser nos arguments, il convient de redire ce
qu’est la prévention en homéopathie en rappelant des notions maintes
fois décrites dans nos articles et ouvrages, que l’on peut retrouver
dans notre CD-ROM. Ce sera l’occasion pour nos plus anciens adhérents
et pour nos stagiaires chevronnés, de rafraîchir leurs connaissances
et pour les nouveaux venus à l’homéopathie de les découvrir, en les
invitant à les approfondir.
LA
PREVENTION HOMEOPATHIQUE
D'abord
quelques rappels conceptuels à l'intention des nouveaux. L'homéopathie
repose fondamentalement sur une conception globale
du malade, ce qui signifie que ce dernier est considéré selon
toutes les composantes psychosomatiques ou somatopsychiques de sa
personnalité, en tenant compte également de son héritage génétique
et de son environnement au sens le plus large. Aussi, dans le cadre général
que représente un organisme, la bouche et la dent ne peuvent être
comprises que comme un élément parmi d'autres, intégré
obligatoirement dans l'économie générale de l'organisme.
Cette
conception holistique ne découle
pas d'un a priori théorique ou philosophique, mais de l'expérimentation
des substances médicamenteuses chez des volontaires en équilibre de
santé et sensibles à la posologie usitée. L'expérimentation fait
surgir un ensemble de symptômes, concernant tous les secteurs de
l'organisme, notamment pour les substances les plus actives. Le
corollaire impose en clinique de retrouver tous ces symptômes, à tous
les niveaux. Le médicament indiqué ainsi par la similitude la plus étendue
des symptômes devient ainsi LE médicament "semblable" ou
encore appelé simillimum. Ainsi, en présence d'un malade et quelle que soit
l'affection à traiter, le praticien homéopathe est-il contraint de résoudre
l'équation de la similitude, c'est-à-dire de retrouver parmi
toutes les substances expérimentées (Matière Médicale), CELLE qui
regroupe la totalité des symptômes de ce malade, ou du moins le plus
grand nombre. C'est ce que les homéopathes appellent l'individualisation de la prescription.
On
mesure la difficulté d'une telle démarche: la Matière Médicale
comprend plusieurs centaines de médicaments. Aussi la pratique de l'homéopathie
exige-t-elle beaucoup d'efforts, de la persévérance et de l'opiniâtreté,
ainsi qu'un minimum de méthode. Cela rend vain les prétentions de ceux
qui offrent abusivement une formation en quelques jours, moyennant des
frais d'inscription substantiels. Comme
si l'on pouvait maîtriser l'implantologie ou l'orthodontie après
un stage de 3 jours! Comme si l'on proposait à un pianiste juste débutant
d'exécuter un prélude de CHOPIN après trois jours d'enseignement,
surtout théorique !
Le
rôle de l'observation clinique
consiste à relever les symptômes du patient par une interrogatoire
minutieux et par les méthodes d’investigations habituelles. Cette démarche
est commune à toutes formes de médecine, classique ou homéopathique.
Après le diagnostic, le choix thérapeutique est déterminé. Lorsque
l'homéopathie apparaît comme pouvant répondre à la demande, il reste
à résoudre la fameuse équation de la similitude. Mais, dans le cas de
la prévention, il n'y a par définition aucun signe pathologique
puisque le but est de prévenir. Il y a donc une antinomie apparente entre les prétentions
d'une prévention homéopathique et le fondement de la méthode.
Pourtant, la prévention est possible avec des médicaments homéopathiques
et deux groupes d'arguments étayent cette affirmation:
1/ Lorsqu'on
réalise la pathogénésie d'une
substance active (expérimentation sur l'homme en équilibre de santé),
les sujets qui se révèlent sensibles développent des symptômes de
nature variée: depuis des signes discrets, essentiellement fonctionnels
et donc réversibles, jusqu'à
des symptômes beaucoup plus graves. Pour des raisons évidentes, la
pathogénésie est complétée par des données toxicologiques qui précisent
les symptômes lésionnels irréversibles. Si l'on peut mettre en évidence
l'indication d'un médicament à partir des signes fonctionnels réversibles,
il est possible souvent de prévenir les symptômes lésionnels irréversibles (et
donc hors de portée de l'action homéopathique) que la Matière Médicale
précise. Dans ce cas, on ne peut pas encore parler de "prévention",
mais seulement de traitement précoce.
2/ Au cours de l'expérimentation
pathogénétique et en raison des faibles doses utilisées, tous les
volontaires ne réagissent pas. Mais ceux qui réagissent ont quelque
chose en commun: soit une même morphologie, soit le même comportement,
soit les deux. C'est ce que l'on appelle le type
sensible du médicament.
Il
est évident que les substances les plus actives présentent le type
sensible le plus significatif. Par exemple, le phosphore
joue un rôle éminent dans tous les métabolismes du fait de sa présence
dans tous les noyaux cellulaires et notamment dans les tissus osseux et
dentaires. Mais le phosphore est également un toxique puissant. Le rôle
métabolique du phosphore dans l’ostéomorphogenèse est tel que les
morphologistes homéopathes ont décrit un biotype
"phosphorique" caractérisé par un développement en
longueur: sujet de grande taille, généralement maigre ou mince, au
thorax étroit, facilement voûté. Les homéopathes ont complété ce
tableau par des signes de comportement: frilosité mais besoin d'air
frais, aggravation par la chaleur confinée, cyclothymie (vite exalté
et vite déprimé), émotivité, agitation mais vite fatigue rapide,
etc... En clinique, en présence d'un sujet répondant à cet ensemble de
signes, la probabilité est grande qu'un médicament comportant du
phosphore soit indiqué: PHOSPHORUS, KALI PHOSPHORICUM, NATRUM
PHOSPHORICUM, PHOSPHORIC ACID., etc... Mais par ailleurs, le phosphore
est toxique pour tous les sujets, quel que soit leur biotype. Aussi,
certaines indications de PHOSPHORUS peuvent concerner n'importe qui:
syndrome hémorragique par exemple en pathologie aiguë. D'autres
indications, reposant sur la similitude de l'action métabolique répondent
à des troubles chroniques chez des sujets répondant au type sensible décrit.
Ainsi,
en présence d'un sujet que l'on découvre au tout début de la
consultation, qui répond au type sensible d'un médicament dont on sait
par sa Matière Médicale, qu'il peut être indiqué dans certains
troubles précis, comme par exemple la
carie dentaire, il est logique de penser à ce médicament, puis
d'en rechercher les signes, par exemple et en l’occurrence les caries
dentaires. Si celles-ci sont déjà présentes, la prescription ne
pourra qu'accompagner leur traitement pour consolider le résultat et
pour prévenir éventuellement l'apparition d'autres lésions. Si elles
sont absentes et comme l'on sait qu'elles sont contenues dans la Matière
Médicale de ce médicament, sa prescription peut les prévenir.
De
plus, on connaît le rôle métabolique des sels de calcium dans le développement
du squelette et plus particulièrement des différents tissus dentaires.
Que survienne un trouble de leur métabolisme durant la période de l'odontogenèse,
par exemple une carence d'apport ou un défaut d'absorption, la minéralisation
des tissus dentaires s'en trouve perturbée et l'on sait leur caractère
définitif. Or l'expérience clinique montre qu'en donnant durant cette
période l'un ou plusieurs de ces sels, en dilutions, on favorise une
meilleure minéralisation des tissus concernés. Allant encore un peu
plus en avant, l'expérience clinique a montré que la prédominance de
l'un de ces sels est à l'origine du développement d'un type
morphologique particulier, répondant et définissant pour chaque sel un
ensemble caractéristique: morphologique, comportemental, plus un
certain nombre de prédispositions à certaines pathologies, dont la
carie dentaire. Plusieurs générations d'étudiants en chirurgie
dentaire ont appris à distinguer les dents "carboniques",
"phosphoriques" ou "fluoriques", sans savoir
toujours que ces descriptions sont dues à un stomatologiste homéopathe,
Bertrand de NEVREZE ( 1877-1951),
dont les travaux remontent au début de ce siècle, à la suite de ceux
du médecin homéopathe suisse, Antoine NEBEL, auteur d'une
conception de trois constitutions minérales. On peut même mesurer
l'influence des thèses de
de Névrezé car elles sont encore décrites dans la revue non homéopathique:
"La Pratique dentaire" (volume 1-1985-n°1-p.23).
Pour
en venir maintenant au problème de la prévention de la carie dentaire
chez l'enfant, cette étude est volontairement limitée au fluorure
de calcium. Mais la Matière Médicale est bien plus riche
d'autres médicaments concernés par la carie: les remèdes à base de
magnésium, ou d'autres minéraux important comme la silice. Pour ce médicament
étudié ici, le plan
suivant est proposé, en séparant bien des notions distinctes:
1/
LE BIOTYPE:
Chaque
individu est défini par un ensemble de signes morphologiques,
psychiques et physiopathologiques, dépendant de l'action complexe de
facteurs métaboliques, hormonaux, humoraux, voire héréditaires, dont
l'étude constitue la base de la biotypologie, science humaine de l'Homme considéré comme une espèce
animale parmi d'autres, en tout cas indépendante de l'homéopathie.
2/ LE TYPE SENSIBLE
D'UN MEDICAMENT:
Cette notion découle directement de l'expérimentation pathogénétique
et appartient en propre à l'homéopathie. Il est évident qu'une
substance intervenant directement dans le métabolisme osseux aura un
type sensible caractérisé par des signes morphologiques. Une substance
végétale étrangère à l'organisme n'aura pas de signes
morphologiques, mais essentiellement des signes de comportement liés à
son action plus ou moins toxique ou ponctuelle sur un appareil préférentiel.
Cependant les signes du type sensible d'un médicament ne sont pas
suffisants pour le choix du médicament: toutes les substances minérales
comprenant du phosphore se montrent plus actives chez des sujets
longilignes. Donc le même type sensible répond à plusieurs
substances, exceptionnellement, voire jamais à une seule substance.
3/ LA PATHOGENESIE ET
LA MATIERE MEDICALE:
La
pathogénésie rassemble les signes révélés par l'expérimentation
pathogénétique, démarche typiquement homéopathique, complétée
ensuite par des données toxicologiques puis par l'expérience clinique
des praticiens (par exemple les circonstances étiologiques = à la
suite de quoi les signes pathogénétiques sont-ils apparus chez le
patient ?). Ce sont sur les signes de la Matière Médicale que doit
reposer exclusivement le choix du remède semblable, et sur eux seuls.
Précisons
ici que la carie dentaire n’est pas une observation de la pathogénésie.
Notamment la carie dentaire de l’enfant, car les pathogénésies ne
sont jamais réalisées chez des enfants, mais toujours chez des
adultes. L’apparition des caries, leur aspect, découlent de
l’observation clinique des praticiens homéopathes.
Noter ci-dessous un exemple de type morphologique fluorique ou
dystrophique, avec son hyperlaxité ligamentaire excessive. Outre les
caries, ces enfants "fluoriques" sont exposés, plus que tous
les autres, aux troubles orthodontiques = dents mal implantées,
irrégularités de formes, déformations des maxillaires, etc...
Il est évident que seul un praticien
expérimenté peut prendre en charge le traitement préventif ou curatif
des problèmes présentés par ces enfants.