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SEMIOLOGIE DES
SENSATIONS
DE BRÛLURES BUCCALES
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INTRODUCTION
Les
stomatopyrosis (pour faire savant) constituent une motivation de
consultation du chirurgien-dentiste. Les causes en sont hélas multiples et
ne sont pas toujours déterminées. Il peut s’agir d’une banale sensation
isolée, ou d’un symptôme d’une maladie générale, ou encore d’une allergie,
parfois à un métal utilisé dans les alliages dentaires à une substance
présente dans un bain de bouche ou dans un dentifrice, ou dans un
médicament. On constate aussi la fréquence des stomatopyrosis ou des
glossopyrosis d’origine dépressive, l’une des formes cliniques des
stomatodynies. On peut voir encore des cas de sensations de brûlure buccale
insérées dans divers troubles digestifs. Enfin, la sensation de brûlure peut
être l’une des expressions d’une banale gingivite ou stomatite dite
« érythémateuse » .
Bien entendu, la
détermination d’une cause facilite le traitement par suppression de celle-ci
chaque fois que cela est possible. Par exemple, il suffit de changer de
dentifrice lorsque l’un de ses composants se trouve incriminé. En voici une
illustration :
Une
observation clinique (DENTARIA ACTA - 1979 n°3
- pas de précision de l’auteur mais vraisemblablement due au Docteur Jean
MEURIS (1914-1984)
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« Mr. G..., 35 ans, vient consulter pour des douleurs brûlantes de toute
la cavité buccale, qui depuis une dizaine de jours, l’obligent à se rincer
périodiquement la bouche à l’eau froide, qu’il recrache dès qu’elle est
réchauffée. Des confrères lui ont prescrit en vain des bains de bouche,
des antibiotiques et un anti-inflammatoire.
Nous nous trouvons en présence d’un patient grand et mince, au visage
émacié dont l’interrogatoire est particulièrement riche. Depuis des
années, il souffre d’une colite sérieuse qui a occasionné une excoriation
anale et de brûlures d’estomac.
Plus récemment, il a fait une «dépression nerveuse » et est encore sous
tranquillisant matin, midi et soir.
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Par ailleurs, il se dit anxieux, agité.
Depuis des années, in ne dort qu’avec des somnifères. Il souffre également
d’une sensation d’oppression dans la deuxième partie de la nuit. Il se
rappelle des épisodes asthmatiformes qu’il a eus, plus jeune, avec un
maximum vers 2 heures du matin.
Nous pensons à Arsenicum
album, mais cela ne nous donne pas la cause de sa stomatite. Interrogé
sur son dentifrice, il dit se servir depuis une quinzaine de jours de
Sanogyl, gagné dans une kermesse. La sensibilisation buccale est donc
vraisemblablement due à l’acétarsol sodique.
Il prend trois granules d’Arsenicum
album 7 CH que j’ai sous la main et je lui prescris un autre dentifrice.
Revu trois jours plus tard, tout est rentré dans l’ordre du point de vue
buccal et sa « colite » s’est calmée (fin de l’observation).
oOo
Dans ce cas clinique, notre confrère anonyme a pu mettre en évidence la
responsabilité du dentifrice qui contient un sel d’arsenic. Sans doute que
ce patient était déjà « Arsenicum album » et c’est pour cette raison
qu’il s’est trouvé sensible à un produit somme toute banal et d’usage
courant. Et sans doute aussi ses brûlures auraient-elles disparues
spontanément peu après la suppression de ce dentifrice. Mais le traitement
homéopathique a hâté la guérison.
L’homéopathie
présente l’avantage de procéder par induction à partir des signes du malade.
Il suffit de mettre en évidence quelques symptômes bien précis accompagnés
autant que possible de modalités précises, pour retrouver le « remède
semblable », le médicament homéopathique de ce patient. Seulement, le
Répertoire de Kent comprend plus de 120 médicaments, dont 6 au degré fort :
Arsenicum album, Arum triphyllum, Belladona, Iris versicolor, Mezereum et
Sanguinaria et une trentaine au second degré.
Dans
l’observation précédente, Arsenicum album était très évident. Ce
n’est hélas pas toujours le cas. Très souvent nous devons procéder à la
répertorisation et dans ces cas l’ordinateur offre d’énormes possibilités
avec l’avantage essentiel de la rapidité.
MATIERE MEDICALE COMMENTEE
DES SIX MEDICAMENTS AU DEGRE FORT
(dans le Répertoire de Kent)
Comme il n’est
pas possible d’étudier tous les médicaments de brûlures buccales, voici
quelques commentaires sur ceux qui semblent les plus importants , en
commençant par les six au degré fort, puis d’autres au second degré et enfin
d’autres moins connus du chirurgien-dentiste. Seront laissés de côté ceux
bien connus de tous comme Apis, Causticum ou Sulfur et
bien d’autres.
ARSENICUM ALBUM :
L’arsenic
provoque expérimentalement une intense sensation de brûlure, comme par des
charbons ardents avec les modalités suivantes : amélioration
par une boisson chaude, aggravation par une boisson froide. Cette
sensation de brûlure ou plutôt cette douleur brûlante apparaît surtout lors
d’un état inflammatoire : gingivite, stomatite, alvéolite, etc... Cette
brûlure peut être ressentie, en dehors d’une pathologie buccale, à tous les
niveaux de l’organisme, ce qui lui donne rang de « symptôme général ».
Ainsi : le patient peut-il éprouver cette sensation de brûlure à l’intérieur
du cerveau avec besoin de se laver la tête à l’eau froide. Ou au niveau de
l’estomac avec désir de boire de l’eau froide, ou encore au niveau de la
peau alternant avec un prurit intense, etc... Ne pas oublier la notion de
périodicité des manifestations pathologiques.
ARSENICUM ALBUM
est l’un des principaux remèdes de stomatopyrosis d’origine dépressive :
suite de deuil ou de chagrin, tristesse et mélancolie avec différentes peurs
(fantômes, obscurité, solitude, mort avec certitude de l’incurabilité de son
mal et de la vanité des traitements...). Cette dépression s’accompagne
toujours d’anxiété, d’agitation physique et mentale alternant avec une
prostration par asthénie.
S’il en était
besoin, l’indication de ce médicament est renforcée lorsque l’on a affaire à
un patient habituellement avare, méchant, égoïste, hypersensible (odeurs,
toucher), maniaque dans la méticulosité pour des futilités (manie du
rangement, ne supporte pas qu’un tableau soit légèrement de travers,
etc...).
I
ARUM TRIPHYLLUM :
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Il est certain que cette plante vivace de Virginie,
appelée « gouet à 3 feuilles » possède bien le symptôme de « brûlure de
la bouche » au degré fort. Mais cette brûlure fait partie le plus
souvent d’un rhume ou d’un coryza aigus. Le signe concomitant le plus
caractéristique est le besoin du malade de se gratter l’intérieur du nez
du fait de l’excoriation induite par les sécrétions âcres ou de se
mordiller les lèvres, surtout la supérieure jusqu’à arracher des petites
squames et de se faire saigner. Toute la muqueuse buccale peut être
concernée avec une sensation violente de brûlure, ou de fourmillements
et de picotements. La muqueuse est rouge vif. On constate aussi une
salivation augmentée, fétide et âcre, ulcérante, gerçant les commissures
labiales. |
Par
ailleurs ARUM TRIPHYLLUM est un remède de laryngite des orateurs par
surmenage de la voix ou encore de laryngite a frigore.
BELLADONA :
La sensation de
brûlure de la bouche apparaît presque toujours au cours d’une inflammation
congestive. La muqueuse est rouge vif, très sèche avec une soif intense
tantôt pour de grandes quantités d’eau froide (comme Bryonia) ou pour de
petites quantités dans le but d’humidifier la muqueuse (comme Arsenicum
album). Remède fréquent de gingivite à condition que l’inflammation
apparaisse brusquement, soit rapidement congestive avec des douleurs
battantes. Les signes concomitants quasi obligatoires sont la face rouge,
avec sueurs chaudes, yeux en mydriase (qui a donné son nom à ce médicament =
les belles dames italiennes mettaient un peu de teinture de belladone pour
augmenter l’éclat de leur regard).
IRIS
VERSICOLOR :
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Le « glaïeul bleu » a été introduit en homéopathie en
1852 par l’américain J.C. ROWLAND, provoque expérimentalement une action
élective sur tout le tube digestif depuis la bouche jusqu’à l’anus avec
une très nette sensation de brûlure. On peut voir son indication au
cours d’une gastrite avec pyrosis, éructations, nausées, vomissements
(liquide fluide, aqueux, glaireux, en longs filaments, goût aigre). Ou
encore en cas de dyspepsie hyperchlorhydrique. Ou enfin en cas de
brûlures anales avec diarrhée. |
Le « glaïeul
bleu » a été introduit en homéopathie en 1852 par l’américain J.C. ROWLAND,
provoque expérimentalement une action élective sur tout le tube digestif
depuis la bouche jusqu’à l’anus avec une très nette sensation de brûlure. On
peut voir son indication au cours d’une gastrite avec pyrosis, éructations,
nausées, vomissements (liquide fluide, aqueux, glaireux, en longs filaments,
goût aigre). Ou encore en cas de dyspepsie hyperchlorhydrique. Ou enfin en
cas de brûlures anales avec diarrhée.
Mais il arrive
de voir cette sensation de brûlure seulement localisée au niveau de la
bouche ou encore seulement au niveau de la langue. Dans ces cas limités, on
oublie souvent ce médicament qui a pourtant une efficacité étonnante. On
l’oublie d’autant plus qu’il n’y a pas de modalités. Il arrive parfois que
le patient soit atteint de céphalées périodiques, de migraines ophtalmiques
elles aussi périodiques ou encore de douleurs rhumatismales (épaule droite,
hanche gauche, petites articulations). C’est encore un « petit » remède de
névralgie faciale. La périodicité et le manque de signes caractéristiques
orientent souvent vers SULFUR, qui est son complémentaire de fond.
MEZEREUM :
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Le « bois gentil » provoque des douleurs brûlantes au
niveau des os du nez, de la face (névralgies dentaires et faciales), de
la bouche, du pharynx, du périoste des os longs (tibia). Cette douleur
brûlante s’inscrit dans un contexte inflammatoire d’une muqueuse, en
l’occurrence celle de la bouche avec un tableau de gingivite et de
parodontopathie : sensation continuelle de brûlure buccale, « les
gencives se déchaussent autour des dents, les dents se gâtent, les
racines des dents se carient.. . » (Lathoud). Pierre d’Espanet ajoute :
« Les dents semblent trop longues, la douleur augmente par le contact
des aliments... Dans tous les cas il est nécessaire de noter que les
sujets sont travaillés par des éruptions cutanées qui reparaissent assez
régulièrement tous les étés ». C’est là l’un des clés de MEZEREUM. |

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Le « bois
gentil » provoque des douleurs brûlantes au niveau des os du nez, de la face
(névralgies dentaires et faciales), de la bouche, du pharynx, du périoste
des os longs (tibia). Cette douleur brûlante s’inscrit dans un contexte
inflammatoire d’une muqueuse, en l’occurrence celle de la bouche avec un
tableau de gingivite et de parodontopathie : sensation continuelle de
brûlure buccale, « les gencives se déchaussent autour des dents, les dents
se gâtent, les racines des dents se carient.. . » (Lathoud). Pierre d’Espanet
ajoute : « Les dents semblent trop longues, la douleur augmente par le
contact des aliments...Dans tous les cas il est nécessaire de noter que les
sujets sont travaillés par des éruptions cutanées qui reparaissent assez
régulièrement tous les étés ». C’est là l’un des clés de MEZEREUM.
MEZEREUM se
trouve indiqué pour des troubles relevant soit du mode psorique, soit
du mode luétique. Le mode psorique s’exprime par les mauvais effets
de suppression d’éruptions cutanées (douleurs, névralgies, par exemple après
suppression d’un zona ou d’une acné) - par l’alternance de troubles cutanés
et internes, ou par troubles psychiques alternant avec un trouble interne,
l’apparition de l’un améliore l’autre. Enfin, il y a dans ce médicament la
périodicité des troubles (tous les étés par exemple pour les éruptions
cutanées). A noter également que l’on peut voir coexister une éruption
vésiculeuse à différents stades : vésicules voisinant avec des croûtes.
Le mode luétique
s’exprime par l’atteinte nerveuse psychique et physique, par la tendance
ulcérative des éruptions cutanées ou des inflammations des muqueuses, par
une électivité osseuse et périostée = ostéite, parodontopathie, sinusite
maxillaire, le tout avec des douleurs ostéocopes, ou brûlantes, et
aggravation nocturne, ou par temps froid et humide. Le patient peut éprouver
un violent prurit qui accompagne les éruptions ou sine materia, erratique
après grattage, < à la chaleur du lit ou par les bains chauds, alors que les
névralgies sont > par les applications chaudes.
SANGUINARIA CANADENSIS:
Le point
d’impact principal de cette Papavéracée concerne le système circulatoire
d’où découlent de nombreux symptômes :
·
Troubles vaso-moteurs congestifs : céphalée
avec douleurs battantes allant de l’occiput à la région sus-orbitaire
(surtout à droite), < par le moindre bruit, par les odeurs, le mouvement, la
lumière, > couché dans l’obscurité ou par l’émission d’un gaz.
·
Migraines périodiques (tous les 2, 3 ou 7
jours), pires à droite, commençant le matin, s’aggravant jusqu’à midi et
diminuant le soir (NATRUM MUR.).
·
Bouffées de chaleur à la face avec rougeur
circonscrite aux joues.
|
 |
Au niveau de la bouche, on note une grande sensation de sécheresse avec
brûlure, excoriation de la muqueuse, glossite érythémateuse avec
fourmillements et picotements. La Matière médicale ajoute : douleurs
dentaires par l’eau froide > par les boissons chaudes, « dents
branlantes ». C’est encore un « petit » remède de névralgie faciale > en
s’agenouillant ou par la pression forte. |
Au niveau de la
bouche, on note une grande sensation de sécheresse avec brûlure, excoriation
de la muqueuse, glossite érythémateuse avec fourmillements et picotements.
La Matière médicale ajoute : douleurs dentaires par l’eau froide > par les
boissons chaudes, « dents branlantes ». C’est encore un « petit » remède de
névralgie faciale > en s’agenouillant ou par la pression forte.
La sensation de
brûlure peut se voir à différents niveaux (estomac, pharynx, oesophage, nez,
paumes des mains, pieds - le patient les sort du lit).
Son indication
se rencontre surtout chez la femme en cours de ménopause climatérique et se
trouve d’autant plus confirmée que l’on trouve associés : des polypes (nez,
utérus), une aménorrhée avec des bouffées de chaleur et une névralgie
temporale droite, ou des troubles visuels. L’hypersensibilité aux odeurs (de
fleurs notamment) est un autre trait caractéristique. Ses deux
complémentaires semblent être SULFUR et LACHESIS, ce dernier surtout chez la
femme en cours de ménopause.
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ETUDE DE QUELQUES AUTRES MEDICAMENTS :
AESCULUS
HIPPOCASTANUM :
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Au niveau
de la bouche, on note une grande sensation de sécheresse avec brûlure,
excoriation de la muqueuse, glossite érythémateuse avec fourmillements
et picotements. La Matière médicale ajoute : douleurs dentaires par
l’eau froide > par les boissons chaudes, « dents branlantes ». C’est
encore un « petit » remède de névralgie faciale > en s’agenouillant ou
par la pression forte. |
Le marronnier
d’Inde est utilisé en homéopathie depuis 1861, sa teinture-mère est préparée
à partir des semences fraîches sans enlever le tégument externe.
Sa pathogénésie
montre une action élective sur le système veineux et plus particulièrement
sur le système porte, d’où découlent les signes suivants :
·
Hémorroïdes piquantes, douloureuses, mais
saignant rarement.
·
Congestion du petit bassin avec douleurs
utérines pesantes ou lourdeur prostatique.
·
Varices des membres inférieurs.
·
Pharyngites alternant avec des crises
d’hémorroïdes.
·
Atteinte congestive avec irritation sèche des
muqueuses buccales, pharyngées et rectales.
·
Le tout avec des sensations de plénitude, de
pesanteur, de pulsations, de sécheresse brûlante.
·
Douleurs piquantes des muqueuses « comme par
une pelote d’épingles » surtout au rectum.
·
Aggravation par la chaleur (sauf douleurs
superficielles) qui aggrave la congestion veineuse - par la station debout -
pendant le sommeil et au réveil.
·
Amélioration par le froid, par l’exercice
modéré et prolongé (soit ce qui améliore la congestion veineuse).
Les signes
buccaux sont les suivants :
·
Muqueuse sèche, sensation de brûlure violente
avec rougeur de la bouche et du pharynx.
·
Douleurs piquantes irradiant aux oreilles.
·
Langue chargée et sensation qu’elle a été
brûlée.
·
Le pharynx est toujours concerné en même temps
que la muqueuse buccale = douleurs brûlantes, piquantes, sécheresse,
distension des veines pharyngées. Dysphagie.
Comme on peut le
voir, AESCULUS est avant tout un remède de pléthore veineuse qui se trouve
indiqué chez un sujet sédentaire, enclin aux excès alimentaires ou de
boissons. Le mode psorique est ici évident, mis en œuvre par la sédentarité.
AESCULUS peut être complémentaire de NUX VOMICA, puis de SULFUR qui est son
remède de fond. La congestion pelvienne évoque SEPIA. L’hypertension portale
évoque encore LYCOPODIUM, GRAPHITES et SEPIA.
BROMIUM :
Le point
d’impact principal du brome concerne :
1/ les
muqueuses O.R.L. et respiratoires = coryza fluent avec éternuements
continuels et irritation des bords des narines, enrouement avec aphonie,
toux croupale, sifflante, spasmodique, déclenchée par une inspiration
profonde ou en passant du froid au chaud (Bryonia) - Dyspnée avec
impossibilité d’inspirer à fond. Asthme amélioré au bord de la mer ou
sur la mer.
2/ les
tissus lympho-glandulaires = gonflement avec induration indolore des
glandes (thyroïde, testicules, glandes salivaires...) et des
ganglions lymphatiques.
3/
enfin l’appareil génital féminin = mastose indolore, dysménorrhée
avec règles abondantes, souvent accompagnée de douleur de l’ovaire gauche.
Dans ce
contexte, BROMIUM présente une sensation de brûlure de la bouche. La langue
est sèche et brûlante, avec des petits boutons nombreux sur la face
postérieure et à droite.
CAPSICUM
ANNUUM :
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La première pathogénésie du piment ou poivre de Cayenne est due à
HAHNEMANN. Il suffit d’en manger un peu pour ressentir presque
immédiatement une violente sensation de brûlure, qui « emporte » la
bouche. Mais cela ne suffit pas à justifier sa prescription
homéopathique. Il est logique de trouver dans la Matière médicale le
signe suivant : « Irritation avec inflammation et sensation de brûlure
intense comme si on avait versé du poivre dessus, avec en même temps une
sécrétion exagérée ». Cette sensation se retrouve dans la bouche, dans
le pharynx, dans tout le tube digestif (pyrosis) ou dans l’urêtre. Cette
brûlure n’est pas améliorée par la chaleur comme celle de Arsenicum
album, mais elle est aggravée par le froid. |
La première
pathogénésie du piment ou poivre de Cayenne est due à HAHNEMANN. Il suffit
d’en manger un peu pour ressentir presque immédiatement une violente
sensation de brûlure, qui « emporte » la bouche. Mais cela ne suffit pas à
justifier sa prescription homéopathique. Il est logique de trouver dans la
Matière médicale le signe suivant : « Irritation avec inflammation et
sensation de brûlure intense comme si on avait versé du poivre dessus, avec
en même temps une sécrétion exagérée ». Cette sensation se retrouve dans la
bouche, dans le pharynx, dans tout le tube digestif (pyrosis) ou dans
l’urètre. Cette brûlure n’est pas améliorée par la chaleur comme celle de
Arsenicum album, mais elle est aggravée par le froid.
CAPSICUM est par
ailleurs un remède précieux d’otalgies en « coup de poignard », ou d’otite
congestive moyenne, surtout lorsqu’il y a une réaction au niveau de la
mastoïde.
Ce qui valorise
ce médicament est le type sensible = sujet souvent corpulent, asthénique,
très frileux, avec le nez rouge, froid au toucher, les joues rouges et
chaudes, couperosées sans doute du fait de la tendance à l’alcoolisme. On
décrit ce sujet comme taciturne, grincheux, suicidaire et surtout
nostalgique au sens large = immigrés, déplacés dans une autre
région, mais encore des enfants scolarisés qui ont la « nostalgie » de la
maison, etc...
CARBONEUM
SULFURATUM :
Il s’agit du
sulfure de carbone, un solvant utilisé dans l’industrie du caoutchouc ou
comme dégraissant ou encore comme pesticide en agriculture. Du fait de sa
solubilité dans les lipides, son action toxique se développe électivement au
niveau des tissus riches en lipides : moelle osseuse, corticosurrénales,
tissu nerveux). Il en résulte les grandes indications homéopathiques :
·
Chez un anémique frileux mais ne supportant
pas la chaleur, déprimé, à la mémoire faible (ne trouve pas ses mots),
atteint de céphalées fréquentes (frontales, bruits dans la tête, troubles de
la vue), de douleurs dentaires provoquées par les aliments
chauds. Le tout avec un signe concomitant = sensation de poids dans le dos
entre les épaules qui oblige à se pencher en avant.
·
Chez un alcoolique débilité, maigre, frileux,
coléreux. Sujet atteint de fermentations intestinales fétides avec diarrhée.
Sujet ayant besoin de grand air qui l’améliore, mais qui craint la chaleur,
le temps chaud et humide, les bains chauds.
·
Chez un sujet tabétique (action sur la moelle
et sur le système nerveux) = troubles de la motilité, vertiges avec Romberg+,
douleurs fulgurantes, bourdonnements d’oreilles, troubles de la vue,
hypoesthésie cutanée des membres. Ce sujet est toujours frileux, maigre,
coléreux.
·
Enfin chez un sujet qui ressemble à CARBO
VEGETABILIS (autre remède possible de brûlure buccale) par sa faiblesse, sa
maigreur, sa frilosité, mais surtout par sa flatulence abdominale avec des
flatuosités fétides, ses crises diarrhéiques pendant un jour ou deux
revenant chaque mois.
Cependant les
Matières médicales sont assez discrètes sur les signes bucco-dentaires qu’il
faut rechercher dans les Répertoires et ils sont nombreux :
·
Aphtes et ulcérations.
·
Gingivite et parodontopathie = gencive enflée,
rétractée, gingivorragies, mobilité dentaire.
·
Salivation abondante et sanguinolente, haleine
fétide, sécheresse buccale pire la nuit.
·
Douleurs dentaires la nuit ou lors de la
mastication.
·
Dysgueusies : goût amer, mauvais, métallique,
salé.
·
Lèvres : herpès, sèches, ulcérées.
·
Et bien sûr = sensation de brûlure au degré
moyen.
Bien entendu les
signes buccaux doivent être retrouvés chez un patient répondant aux
occurrences précédentes.
DIGITALIS PURPUREA:
 |
Ce médicament est
bien connu des cardiologues aussi bien classiques qu’homéopathes. Ils
savent en particulier qu’entre la dose thérapeutique et celle toxique,
la marge est faible. Les patients souffrant de troubles
cardio-vasculaires sont assez nombreux et demandent quelques précautions
bien connues.
Bien
entendu, les problèmes cardiaques dominent = troubles du rythme surtout,
lenteur, faiblesse, irrégularité du pouls, avec des palpitations ou la
sensation que le cœur va s’arrêter de battre. Le patient reste immobile,
retient sa respiration et on peut comprendre que ces sensations
entraînent de l’anxiété. Comme ces problèmes se répètent souvent, le
patient est déprimé, triste, a peur de la mort, perd la mémoire et son
sommeil est troublé par des cauchemars.
Alors que la
sensation de brûlure buccale est citée au degré moyen par KENT, les
Matières médicales n’en parlent pas. En glanant, on trouve les signes
suivants
|
 |
Aphtes. |
 |
·
Salivation intense avec haleine fétide. |
 |
·
Mauvais goût ou goût amer. |
 |
·
Fuliginosités noirâtres sur les dents. |
 |
·
Langue : oedème, ulcérations, varices, se
mord la langue facilement. |
 |
·
Lèvres ; pâles, enflées, herpès. |
Il est possible
que la sensation de brûlure apparaissent lors de troubles digestifs = perte
de l’appétit, mais soif intense, la vue seule des aliments ou leur odeur
entraînent des nausées qui évoquent Colchicum. Le foie est gros,
congestionné, sensible, voire douloureux, avec fréquence d’un ictère. Le
patient éprouve une sensation de faiblesse au niveau de l’estomac ou de
vide, avec défaillance angoissante au creux épigastrique qui donne
l’impression d’une mort imminente, le tout non amélioré en mangeant. Il y a
en même temps quelques petits troubles urinaires (envies fréquentes mais
urines rares, voire oligurie parfois accompagnée d’oedème des membres
inférieurs) et de troubles visuels (les objets paraissent jaunes, ou verts
pâles ou encore vision de la moitié inférieure des objets).
HYDRASTIS
CANADENSIS :
 |
Cette renonculacée est
citée au degré moyen dans le Répertoire de KENT pour la brûlure buccale
mais les ouvrages restent discrets, voire muets sur ce signe. Cependant,
nous choisissons cette occasion pour rappeler quelques indications
bucco-dentaires de ce médicament un peu méconnu du dentiste. |
N’importe quelle
muqueuse peut être concernée par ce médicament qui provoque une augmentation
des sécrétions (catarrhes) qui ressemblent à celles de Kali bichromicum
= sécrétions épaisses et jaunâtres, puis verdâtres, visqueuses et filantes.
On peut voir cela au cours d’un coryza, d’une sinusite, d’une pharyngite,
d’une laryngite, d’une bronchite, d’une cystite, d’une métrite, etc...
c’est-à-dire au cours d’une inflammation mais essentiellement chronique et
torpide. Car le plus important pour ce médicament est que son action sur le
tube digestif qui s’exprime par une dyspepsie atonique somme toute banale
finit par retentir sur la nutrition et sur l’état général qui explique ainsi
le type sensible.
HYDRASTIS
s’adresse de préférence à un adulte ou à un vieillard maigre ou amaigri,
déprimé et fatigué du fait de troubles hépatiques et digestifs anciens, soit
par suite d’une infection ou d’une intoxication, soit par sédentarité avec
les conséquences habituelles du mode psorique : blocage des émonctoires
comme par exemple une constipation avec colite et surtout abus de laxatifs.
La brûlure
buccale s’inscrit le plus souvent dans le contexte digestif : d’abord la
fréquence des aphtes est soulignée par tous les auteurs, avec des signes qui
évoquent Mercurius solubilis. On note également des poussées d’herpès
sur la lèvre inférieure, surtout à droite. Ou encore une gingivite ulcéreuse
avec des mucosités épaisses, une salive épaisse et visqueuse.
Le foie est
généralement gros et dur, sensible ou douloureux. La constipation est
ancienne, sans aucun besoin, alternant ou accompagnée parfois avec d’une
céphalée frontale avec sensation de lourdeur. Les selles sont dures, pâles
ou noirâtres, recouvertes de mucosités épaisses, jaunâtres et adhérentes. Ce
patient qui a été longtemps un sédentaire du type Nux vomica a
maintenant perdu l’appétit = sensation de vide ou de faiblesse à l’estomac,
avec nausée, non améliorées en mangeant, dégoût des aliments, le pain et les
légumes provoquent des éructations aigres, aggravation en mangeant, douleurs
abdominales < de 9h à 10h et > par l’émission d’un gaz. C’est ainsi que
progressivement l’état général se trouve atteint : amaigrissement, faiblesse
générale, déprime (indifférence, toute activité même banale demande de gros
efforts), mais irritable, de mauvaise humeur, triste, mélancolique, pensées
autolytiques.
Personnellement
et depuis près de 30 ans, nous avons l’habitude d’ajouter à la prescription
d’un remède de fond indiqué par le contexte pour une aphtose buccale
chronique, des bains de bouche au moment des poussées : CALENDULA TM pour la
surinfection des ulcérations et HYDRASTIS TM pour un effet antalgique et
cicatrisant, qui complète celui du premier. HYDRASTIS est proposé chez un
sujet amaigri, voire cachectique, tel que décrit plus haut. Nous sommes
heureux de voir cette pratique préconisée par D. DEMARQUE et collaborateurs
dans « Pharmacologie et matière médicale homéopathique » (Boiron 1993,
p.203).
MAGNESIA MURIATICA :
La brûlure
buccale fait partie d’un syndrome digestif : nausées avec pyrosis, langue
chargée d’un enduit jaune épais, la langue garde l’empreinte des dents,
douleurs dentaires avec sensation que les incisives supérieures sont trop
longues et hypersensibilité au contact. Le foie surtout est
concerné : augmentation de volume, douleurs aggravées par le toucher, ou
couché sur le côté droit, peau plus ou moins ictérique. La constipation est
de règle avec des selles dures, petites, comme des crottes de brebis,
difficiles à expulser. La présence de magnésium explique sans doute les
douleurs crampoïdes ou tiraillantes dans l’abdomen et dans l’hypocondre
droit. De nombreux troubles digestifs peuvent être provoqués par
l’intolérance au lait ou par abus d’aliments salés : dyspepsie avec pyrosis,
gastralgie, dyskinésie biliaire avec la constipation....
L’autre pôle
d’action de ce chlorure de magnésium est l’appareil génito-urinaire :
dysménorrhée spasmodique avec des règles précoces, abondantes, noires, très
douloureuses = douleurs crampoïdes dans le dos améliorées par une pression
forte sur les reins - miction en goutte à goutte, ténesme urinaire,
difficultés pour uriner.
On dit
souvent dans la presse que la spasmophilie est une maladie française. C’est
peut-être possible mais quoiqu’il en soit, MAGNESIA MURIATICA est l’un des
remèdes possibles. Les douleurs dentaires en font partie, comme la céphalée
temporale avec sensation vertigineuse et tendance lipothymique, etc...
MANCINELLA HIPPOMANE:
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Ce médicament est très peu connu des dentistes et
même sans doute de nombreux médecins. Il a fait l’objet d’une nouvelle
expérimentation récemment.
Il s’agit du mancenillier ou figuier vénéneux, petit remède d’inflammation
bucco-pharyngée aiguë ou sub-aiguë à tendance ulcérative, avec salivation
abondante et fétide, sensation de brûlure comme par du poivre et de
constriction de la gorge, aggravée en buvant froid malgré un désir d’eau
froide, avec dysphagie. Ces signes sont tout de même tellement banals qu’ils
ne permettent pas la prescription. Pour le valoriser voici les quelques
symptômes singuliers, en vrac : |
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Désir d’être de bonne humeur sans y parvenir.
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Peur d’être possédé par le démon.
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Douleur dans la tête comme un marteau sur une
enclume.
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Désir de pain à moitié cuit.
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Choc électrique cervical en se réveillant.
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Douleur du poignet comme par une cordelette.
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Peut-être
pourrait-il s’agir d’un éventuel remède de stomatodynie. H. VOISIN décrit
une jeune fille timide à la puberté ou hantée par l’idée du mariage ou du
célibat. Ou encore d’une femme à la ménopause, excitée sur le plan sexuel.
Ou encore de n’importe quel sujet triste, taciturne, silencieux, déprimé,
trouvant tout ennuyeux et lassant, ayant une aversion pour le travail mental
et la conversation, répondant à peine aux questions, perdant le fil de ses
pensées, ayant peur de devenir fou. La congestion de la tête est souvent
citée (surtout avant les règles) avec céphalée aggravée par la chaleur
rayonnante, douleurs battantes aggravées en baissant la tête, alors que les
mains sont froides, voire glaciales, avec sensation qu’elles sont grosses,
engourdies et lourdes.
SPONGIA :
Il s’agit d’une
éponge vivant dans les eaux grecques ou vénitiennes. Elle est calcinée pour
l’utilisation homéopathique et c’est une fois encore HAHNEMANN qui en a fait
la première pathogénésie en 1821. Mais l’éponge calcinée a été introduite
dans la pratique médicale dès le XIII° siècle par Arnaud de Villeneuve
(1238-1311), professeur à l’Ecole de médecine de Montpellier, qui
l’utilisait déjà dans le traitement du goitre.
Sans doute la présence d’iode explique-t-elle la tendance aux indurations et
aux hypertrophies des ganglions et des glandes dont la thyroïde avec ou sans
maladie de Basedow.
SPONGIA est
surtout prescrit en pratique quotidienne pour son action sur les muqueuses
respiratoires : sécheresse nasale et laryngée, sensation de brûlure et de
constriction, enrouement, et surtout toux sèche, croupale, dyspnéïsante
(comparable au bruit d’une scie dans une planche de sapin),
avec sensation de muqueuse à vif. Le patient se réveille vers minuit avec
la toux et surtout une sensation de suffocation anxiogène.
Selon LATHOUD,
c’est aussi un « petit » remède d’aphtes de la langue ou de la face interne
des joues, oublié dans le Répertoire de KENT.
TARAXACUM :
Le pissenlit est
connu pour sa langue en carte de géographie, généralement douloureuse au
contact, seul médicament cité au degré fort pour ce symptôme dans le
Répertoire de KENT. En fait cette langue géographique se voit au cours de
troubles digestifs, surtout typhiques. Il s’agit plus souvent d’un embarras
gastrique ou d’un état bilieux, avec nausées, éructations amères, douleurs
du foie, avec hypersalivation sensation de brûlure de la bouche et la langue
soit recouverte d’un enduit blanchâtre qui évoque Antimonium crudum,
soit en carte de géographie.
On peut voir
également ces troubles digestifs évoluant d’une manière chronique et peu
caractéristiques avec un goût amer et les mêmes signes au niveau de la
langue. C’est donc un médicament qu’il est difficile de mettre en évidence
et qui constitue parfois une surprise de répertorisation informatisée. En
médecine, on le donne le plus souvent comme « draineur » hépatique lorsque
les signes hépato-digestifs sont peu caractéristiques mais qu’existe la
langue géographique.
EN
CONCLUSION
Cette étude
n’avait d’autre prétention que d’évoquer quelques médicaments homéopathiques
de sensations de brûlure buccale, en sachant d’avance et même
en prévenant que l’exhaustivité n’était pas recherchée.
C’est surtout
lorsqu’une cause n’est pas mise en évidence que l’homéopathie rend parfois
et souvent de grands services à des patients qui souffrent de cette
sensation désagréable, qui ont souvent subi en vain de nombreuses
investigations, ainsi que de nombreux traitements, sans résultat. Mais il ne
faut pas se laisser à un optimisme exagéré = il est difficile de mettre en
évidence avec certitude le médicament indiqué. La matière médicale donne des
listes de symptômes précis pour chaque médicament alors que
l'interrogatoire, même minutieux, n'a pas la même précision.
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