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LE TRAITEMENT
HOMEOPATHIQUE
DES APHTOSES BUCCALES
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Dans son
livre « Homéopathie en Odonto-stomatologie » (1974), Jean MEURIS
(1914-1983) écrivait dans son chapitre sur « L’aphtose » :
« Alors que
l’école officielle est pratiquement désarmée dans le traitement de
l ‘aphtose, nous obtenons des guérisons définitives de cette affection
récidivante, dès le moment où, selon la conception homéopathique, nous
considérons et les phénomènes locaux et les signes généraux du terrain ».
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Et
bien nous partageons totalement cette opinion. Au cours de l’année 1969,
nous avons eu personnellement un cas rebelle et c’était alors notre première
prescription homéopathique dans un cas chronique. Le médicament de fond
était THUYA. Et le succès a été éclatant, étonnant pour la patiente qui
avait subi en vain toutes sortes de traitements classiques, encore plus
étonnant pour le praticien néophyte en homéopathie. C’est ce cas précis qui
a motivé notre thèse de doctorat en chirurgie dentaire en 1973. Et depuis
nous avons suivi quelques dizaines de cas et nous pouvons corroborer
l’affirmation de notre regretté confrère Jean MEURIS.
Les
aphtoses buccales s'inscrivent dans le cadre plus général des maladies
auto-immunes, qui sont en considérable développement. Dans ces cas d’aphtose buccale,
comme dans les autres pathologies, la méthode homéopathique doit s’appliquer
avec la même rigueur. Si le patient arrive à la consultation au moment d’une
poussée aiguë, il faut noter tous les symptômes locaux qui se rapportent à
cette poussée, y compris éventuellement les signes concomitants extra-buccaux. Ensuite dans une deuxième consultation, l’anamnèse, les
signes de comportements, les signes ou symptômes généraux seront recherchés
minutieusement et c’est sur l’ensemble que l’on proposera le traitement de
fond. Pour un praticien exercé, le recours au répertoire n’est pas toujours
nécessaire. Sinon, voici ce que propose le Répertoire de KENT :
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Médicaments au degré fort:
ARSENICUM ALBUM +++, BAPTISIA TINCTORIA,
BORAX +, KALI CHLORICUM, MERCURIUS SOLUBILIS ++++, MERCURIUS CORROSIVUS ++,
MURIATIC ACID., NUX VOMICA +++, SULFUR +++, SULFURIC ACID.
Médicaments au degré moyen: (en
caractères gras ceux qui nous semblent plus fréqents)
Aethusa cynapium, Arsenicum jodatum, Arum
triphyllum, Berberis vulgaris, Calcarea carbonica, Carbolic acid.,
Carbo animalis, Carbo vegetabilis, Digitalis, Ferrum metallicum, Helleborus
niger, Hepar sulfur, Iodum, Juglans cinerea, Kali arsenicosum,
Kali bichromicum, Kali bromatum, Kali carbonicum, Kreosotum,
Lachesis, Lactic acid., Lycopodium, Magnesia carbonica,
Myrica cerifera, Natrum aceticum, Natrum muriaticum, Nitri acid.,
Plumbum, Staphysagria.
Médicaments au degré faible:
Acetic acid.,
Agaricus muscarius, Allium sativum, Alumina, Anantherum muriaticum,
Apis mellifica, Argentum metallicum, Asimina triloba, Aurum
metallicum, Aurum muriaticum, Aurum sulfuratum, Bromium, Bryonia,
Cantharis, Capsicum, Carboneum sulfuratum, Caulophyllum, Ceanothus
americanus, Chamomilla, China, Chininum arsenicicum, Chlorum, Cicuta virosa,
Clematis erecta, Cocculus, Cornus circinata, Cubeba officinalis,
Dulcamara, Gambogia, Hydrastis, Kali iodatum, Kali sulfuricum,
Lac caninum, Lac defloratum, Natrum carbonicum, Natrum hypochlorosum, Nux
moschata, Oxalic acid., Phosphorus, Phytolacca, Plantago, Ranunculus
sceleratus, Salicylicum acid., Sanicula aqua, Sarsaparilla, Secale cornutum,
Silicea, Terebenthina, Thuya, Vinca minor.
Aphtes chez les enfants :
BORAX, Cascarilla, Kali chloratum, MERCURIUS SOL.,
Muriatic acid., Nux moschata, Nux vomica, Plantago, Saccharum
officinalis, Sulfur, SULFURIC ACID.
Les médicaments "oubliés" dans les
répertoires (du moins dans la
liste principale), que l’on trouve çà et là dans les ouvrages :
Agave americana, Arum dracontium, Aurum
arsenicum, Baryta carbonica, Cadmium sulfuratum, Calcarea silicata, Cina,
Colchicum, Drosera, Illicium, Ipeca, Kali ferrocyanatum, Kali muriaticum,
Luesinum, Malandrinum, Mandragora, Medorrhinum, Mercurius cyanatus, Natrum
sulfuricum, Nitri spiritus dulcis, psorinum, Picinus, Spongia tosta,
Sempervivum tectorum, Sulfur iodatum, Tarentula cubensis, Tarentula
hispanica, Zincum metallicum.
Nota : NITRI SPIRITUS DULCIS est le seul
médicament indiqué par Constantin HERING pour « des aphtes après avoir mangé
du fromage ». SEMPERVIVUM TECTORUM est conseillé par Pierre SCHMIDT
lorsque l’observation clinique ne donne aucun signe ou symptôme suffisant.
Précision:
Habituellement, les matières médicales homéopathiques traitent les
médicaments par ordre alphabétique, selon leur dénomination latine.
Les répertoires précisent pour "chaque symptôme" les médicaments qui le
possède selon 3 degrés d'intensité (fort, moyen, faible).
Depuis quelques années, il existe des répertoires informatisées qui
permettent de retrouver les symptômes beaucoup plus rapidement. Lorsque
plusieurs symptômes du patient sont déterminés, il est très facile de
dresser une liste des médicaments correspondants.
COMMENT
ETABLIR LE TRAITEMENT HOMEOPATHIQUE ?
Pour schématiser quelque peu, il y a deux volets dans le plan
thérapeutique = une poussée aiguë d'aphtes qui motive la consultation d'un
patient et la notion établie de récidives depuis des mois ou des années. Il
est évident que le traitement ne sera pas le même dans les deux cas.
Lors d'une poussée aiguë:
Il convient de
procéder à une observation clinique minutieuse = aspect des ulcérations,
localisations préférentielles (toujours à même endroit ou de tel côté ou
n'importe où dans la cavité buccale), types de la douleurs, modalités
locales d'amélioration ou d'aggravation, état de la salivation, etc...
Lorsque
l'ensemble des signes et symptômes de la poussée aiguë est bien établi, il
convient de rechercher le médicament homéopathique qui "couvre" cet
ensemble. Le recours à un répertoire informatisé peut être précieux. C'est
ce que l'on appelle le traitement symptomatique. Il se fonde sur les seuls
signes buccaux, avec parfois quelques signes concomitants.
NOTA = l'aphtose buccale est le plus souvent une affection banale, sans
pronostic grave, malgré les douleurs et la gêne engendrées qui rendent la
vie quotidienne souvent difficile. Cependant, il existe plusieurs maladies
aphteuses, dont l'une présente des inconvénients parfois graves = la
maladie de Behçet. Il s'agit d'une maladie "générale" dite systémique
qui associe des ulcérations buccales coexistantes ou alternantes avec des
ulcérations génitales, des éruptions cutanées, des troubles viscéraux et
articulaires et des complications oculaires. Heureusement cette maladie est
rare.
Il
convient donc que le chirurgien-dentiste pose des questions pour vérifier
ces différents aspects, même si le traitement de cette maladie doit être
confié à un service spécialisé et même si l'homéopathie peut se montrer
utile.
Lors d'une aphtose chronique:
Le patient vient consulter en dehors d'une poussée aiguë, les signes
buccaux sont alors absents et les autres signes ou symptômes, psychiques,
généraux, modalités générales, sont très souvent discrets, au degré faible.
C'est alors toute la difficulté du traitement car le diagnostic du
médicament le plus approprié s'avère délicat. C'est ce que les homéopathes
appellent le traitement de fond, basé sur des signes ou symptômes que l'on
retrouve d'une façon constante dans l'histoire de la maladie et surtout du
patient. C'est aussi le vaste chapitre des modes réactionnels généraux.
C'est affaire de praticiens bien habitués à ces problèmes.
A noter encore:
Une distinction a été faite entre les symptômes locaux qui caractérisent une
poussée aiguë d'aphtose et des symptômes plus généraux existant d'une
manière constante dans l'histoire du malade et de sa maladie.
Certains médicaments présentent les deux groupes de signes et peuvent donc,
en respectant la similitude, convenir aussi bien à une poussée aiguë qu'au
traitement de fond. Il en est ainsi de Sulfur ou de
Mercurius solubilis, entre autres. |
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LES DIX MEDICAMENTS AU "DEGRE FORT"
DANS LE REPERTOIRE DE KENT
(par ordre alphabétique)
ARSENICUM ALBUM:
Remède
d'utilisation quasi-quotidienne dans les processus de nécrose, c'est
aussi un remède de gingivite ulcéreuse et buccale soit aiguë, soit
chronique. Il faut y penser chaque fois qu’un processus lésionnel tend à
l’aggravation locale ou générale. L'aphtose d'ARSENICUM ALBUM: aphtes de
coloration bleuâtre, accompagnés très souvent d’une gingivite hémorragique,
avec une hypersalivation fétide, un goût de pourriture, des douleurs
brûlantes améliorées par les bains de bouche chauds, aggravées par le froid.
Les ulcérations peuvent avoir un aspect inquiétant. Malgré la
salivation, le patient peut ressentir une sensation de bouche sèche, les
lèvres sont sèches et fendillées, le patient a une soif de petites
quantités d'eau froide, mais répétées souvent.
ARSENICUM ALBUM peut être donné sur ce tableau
clinique, ou chaque fois qu'un état local évolue vers l'aggravation, avec
atteinte éventuelle de l'état général. Cette aphtose peut être rencontrée au
cours de troubles digestifs du genre « intoxication alimentaire » (glaces,
fruits de mer, conserves, aliments plus ou moins avariés). Le donner alors
en 7 CH une fois par jour.
ARSENICUM ALBUM peut être
également le remède d’une aphtose chronique dont l’une des
caractéristiques est la périodicité, l’autre l’alternance
= la poussée d’aphtes peut faire suite à un asthme ou à une bronchite, ou
encore à un eczéma. On reconnaît là le mode réactionnel psorique. Mais cela
ne suffit pas encore. Le sujet répondant à ARSENICUM ALBUM est toujours un
anxieux, notamment pour sa santé, un agité (il ne reste pas en place du fait
de son anxiété), mais aussi un asthénique et un frileux. Bien entendu, il ne
faut pas penser trouver tous ces signes au degré fort lors d’une poussée
d’aphtose buccale. Mais celle-ci peut survenir après une maladie plus grave
pour laquelle le patient a éprouvé des craintes plus ou moins fondées pour
son issue. Mais on retrouve des traits de caractère et de comportement comme
la méticulosité, la maniaquerie, de même que les modalités d’aggravation par
le froid, entre 1h et 3h du matin, l’amélioration par les boissons chaudes.
On trouve également la tendance aux éruptions cutanées furfuracées,
pruriantes que le grattage améliore mais des sensations de brûlure
succèdent. Dans ce contexte, il faut donner une moyenne (9 CH) ou une haute
dilution (15 CH) une à deux fois par semaine.
BAPTISIA TINCTORIA:
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En
près de 40 ans de pratique homéopathique, nous n’avons jamais rencontré
un cas relevant de l’indigo sauvage, pourtant mentionné au degré fort
dans le répertoire de Kent. Il semble que ce médicament était utilisé
autrefois dans des cas de maladies infectieuses graves avec une atteinte
profonde de l’état général, une grande prostration, de la confusion
mentale. En pratique bucco-dentaire, ces affections n'existent plus et
la médecine possède aujourd'hui des armes efficaces.
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BORAX:
Ce médicament est cité dans tous les ouvrages de
vulgarisation de l’homéopathie comme pratiquement le seul médicament
d’aphtose buccale. Il est évident que nous ne pouvons nous associer à cette
systématisation. A notre avis, ce médicament concerne surtout l’aphtose
buccale du nourrisson. La matière médicale affirme que le bébé refuse toute
nourriture en raison des douleurs que la tétée provoque. Mais personne n’a
pu interroger un nourrisson. Cependant, c’est sans doute vrai car l’enfant
plus grand a les mêmes douleurs et lui peut les exprimer. Ce qui est plus
sûr, c’est que l’enfant crie lorsqu’on le couche, par anxiété des mouvements
de descente. Un signe concomitant à la poussée d’aphtes est une diarrhée
jaunâtre. Un autre est une hyperesthésie aux bruits. Dans ce contexte,
on donne BORAX de 5 à 9 CH deux à trois fois par jour. C’est encore un
médicament possible d’aphtose buccal chez une femme ayant de gros problèmes
de règles, qui sont douloureuses et chez laquelle on retrouve la crainte des
mouvements de descente, ou d’accélération ou de freinage brutaux, qui créent
une anxiété. Mais quoiqu’en disent certains ouvrages, ce n’est pas un
médicament d’aphtes retrouvé fréquemment.
KALI CHLORICUM:
Bien qu’indiqué au degré fort pour l’aphtose buccale
dans le Répertoire de Kent, le chlorate de potassium reste de prescription
assez rare. On retrouve certes le contexte buccal de gingivite ou de
stomatite aphteuse ou ulcéreuse avec une muqueuse rouge, une hypersalivation
acide. Mais ces troubles buccaux ne sont présents que chez des sujets
souffrant de troubles rénaux de type néphrite aiguë ou subaiguë avec
albuminurie, oligurie et parfois hématurie et même parfois de troubles
pharyngés associés. Ce sont donc des circonstances que le
chirurgien-dentiste rencontre pratiquement jamais, ou très rarement.
MERCURIUS SOLUBILIS et MERCURIUS
CORROSIVUS:
Avec ce médicament et ses proches, surtout CORROSIVUS,
le chirurgien-dentiste se trouve en pays de connaissance. Ce sont sans
doute les deux médicaments les plus souvent retrouvés dans les aphtoses
buccales. Cela n’est pas suffisant pour les
prescrire systématiquement. La pollution par le mercure est à
l’ordre du jour et les amalgames ne sont pas les seuls responsables. Mais il
s’agit là d’un autre problème.
La poussée aiguë d’aphtose buccale s’inscrit dans un
contexte de gingivite ulcéreuse, avec une hypersalivation nauséabonde, des
douleurs brûlantes aggravées par les boissons trop chaudes ou trop froides,
une langue sale, flasque et étalée, gardant l’empreinte des dents. Le
patient décrit un goût métallique prononcé. L’aggravation nocturne est de
règle, la chaleur du lit est mal supportée, elle provoque des sueurs
abondantes qui laissent le patient mal à l’aise. Dans ce contexte, il faut
donner MERCURIUS SOLUBILIS 7 CH une fois par jour, plus un bain de bouche
avec CALENDULA T.M. et PHYTOLACCA T.M. On peut préférer MERCURIUS CORROSIVUS
si le tableau local est particulièrement grave : ulcérations plus profondes,
douleurs brûlantes plus intenses.
MURIATIC ACIDUM:
La présence de chlore explique la grande sécheresse
des muqueuses, celle de l’acide la profondeur des ulcérations. Les signes
buccaux évoquent ceux des Mercurius, ils sont ceux d’une gingivite
ulcéreuse, avec tendance aux fausses membranes et une tendance phagédénique
des aphtes. On retrouve la tendance aux hémorragies des acides, une atteinte
générale avec prostration, dépression, adynamie, ensemble de signes graves
qui faisait de ce médicament un remède de toxi-infections graves. Il y a
souvent concomitance d’une poussée d’hémorroïdes très douloureuse avec
prolapsus du rectum. On comprend que ce médicament est peu fréquent au
cabinet dentaire. Un autre signe concomitant est la sensibilité au soleil
(lucite, allergie...). On le donne en 5 à 7 CH deux à trois fois par jour
jusqu’à amélioration de la poussée.
NUX VOMICA:
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Voilà un médicament fréquent d’aphtose buccale
avec son complémentaire de fond SULFUR. Il convient à des sujets devenus
hypersensibles sur le plan sensoriel (intolérance aux stimuli comme le
bruit, la lumière, aux odeurs, aux contacts...) et neurovégétatif
(spasmes, hyperréflectivité, hypertension artérielle...).
Le tout s’explique par une auto-intoxication
induite par un mode de vie défavorable = sédentarité et surmenage, excès
alimentaires et d’excitants de toutes sortes (café, tabac, alcool,
médicaments...). |
L’aphtose buccale en
elle-même n’a rien de caractéristique, sinon qu’elle s’inscrit dans un
contexte de troubles digestifs ou leur fait suite = digestion difficile avec
ballonnement, besoin de desserrer la ceinture après le repas, besoin et
amélioration par une sieste, constipation spasmodique avec faux besoins
urgents et inefficaces, exonération incomplète ou nausées avec
antipéristaltisme, puis hémorroïdes douloureuses, etc... . Les céphalées ou
les migraines sont fréquentes, concomitantes aux troubles digestifs. Le
comportement est également très significatif = sujets de mauvaise humeur dès
le réveil, coléreux à la moindre contrariété, irritabilité pour des riens,
puis dépression consécutive.
NUX VOMICA est facile à mettre en évidence. La notion
de récidive impose un traitement de fond, surtout avec SULFUR, mais il est
nécessaire que le patient accepte de se soumettre à un mode de vie adapté à
ses besoins, ce qui est un autre problème. On le donne généralement en 7
CH une à deux fois par jour.
SULFUR:
C’est sans doute le médicament le plus important de la
matière médicale, c’est sans doute également celui qui possède le plus de
symptômes. Il est très fréquemment indiqué dans l’aphtose buccale
périodique. Le soufre joue un rôle important sur le plan métabolique car il
est présent dans de nombreux systèmes enzymatiques et qu’il est impliqué
dans tous les processus d’élimination. Sur le plan homéopathique, il est
très souvent indiqué dans les maladies allergiques ou auto-immunes, sans
doute du fait de la présence de soufre dans les immunoglobulines (ponts
disulfures).
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(Photo J. Jouanny)
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Du fait du rôle des
éliminations dans le mode réactionnel psorique, du moins dans sa
première phase, SULFUR se trouve très souvent indiqué comme remède
de fond des troubles de cette période d’éliminations centrifuges.
L’aphtose est une affection auto-immunes et sans que l’on puisse ici en
donner une explication, SULFUR donne d’excellents résultats dans le
traitement des aphtoses buccales chez de sujets jeunes particulièrement
en équilibre de santé et chez lesquels il est difficile de retrouver
deux ou trois symptômes significatifs, en dehors d’une certaine
périodicité. Dans ces cas, il faut le donner en 15 CH, une fois par
semaine jusqu’à ce que les patients constatent un espacement des
poussées. Ensuite, il suffit de le donner en 30 CH une fois par mois
pendant environ un an pour voir disparaître complètement cette affection
réputée particulièrement récidivante. |
Lorsque le patient est engagé dans une vie sédentaire
avec les conséquences déjà décrites de troubles digestifs du type NUX
VOMICA, ensuite du type LYCOPODIUM ou SEPIA, on retrouve chez le patient de
nombreux signes de SULFUR : les sensations de brûlure à différents endroits,
les éruptions cutanées qui peuvent alterner avec des inflammations des
muqueuses, une thermophobie progressive aggravée par la chaleur confinée et
par la chaleur du lit (il doit sortir les pieds du lit), le prurit sine
materia, le désir de sucreries, de boissons alcoolisées, de mets épicés,
etc... Dans ce contexte, l’aphtose buccale peut faire partie ou elle peut
être interprétée comme une élimination périodique et alternante avec
d’autres troubles. On commence alors le traitement par SULFUR 7 CH une fois
par jour, s’il y a une constipation, en espaçant les prises et en élevant la
dilution au fur et à mesure que l’amélioration perdure. Il est parfois
nécessaire de commencer par un complémentaire comme ceux cités plus haut.
SULFURIC ACIDUM:
C’est un médicament de gingivite ulcéreuse et d’une
manière plus générale d’inflammation des muqueuses avec tendance
hémorragique et ulcéro-nécrotique. L’aphtose buccale s’inscrit dans un
contexte digestif d’une dyspepsie acide = brûlures de l’estomac, éructations
acides et pyrosis, inappétence, gros désirs d’alcool, asthénie générale,
aggravation par les boissons froides et améliorations par les boissons
chaudes (ce qui rappelle Arsenicum album).
C’est un remède possible d’aphtose buccale grave chez
un alcoolique chronique dont l’état général est très atteint. Les ouvrages
ajoutent l’aphtose buccale au cours de l’allaitement aussi bien chez le
nourrisson que chez sa nourrice. Ou encore chez des malades débilités par
une maladie grave. Il serait également parfois indiqué chez une femme
ménopausée comme complémentaire de LACHESIS. On le donne en 5 à 7 CH une à
deux fois par jour.
Ce médicament
présente une certaine actualité. Quelques études ont montré son action
remarquable dans le traitement des ulcérations buccales consécutives à des
traitements de différents cancers par irradiations ionisantes. On peut même
le donner à titre préventif dès la première séance de rayons en 5 CH une à
deux fois par jour.
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QUELQUES
MEDICAMENTS AU "DEGRE MOYEN"
DANS LE REPERTOIRE DE KENT
Au nombre de 29 dans le Répertoire de KENT, il n'est pas possible
de les reprendre tous ici, d'autant plus que la plupart d'entre eux ont été
décrits dans d'autres chapitres (gingivites et herpès). Quelquefois la
localisation toujours identique peut orienter vers certains médicaments :
·
Aphtes des
gencives: NATRUM
MURIATICUM, Hepar sulfur, Sulfuric acid., puis COLCHICUM.
·
Aphtes du
palais: Calcarea
carbonica, Hepar sulfur, Nux moschata, Phosphorus, puis Agaricus et
Sarsaparilla.
·
Aphtes de
la langue: BORAX,
Illicium anisatum, Juglans cinerea, Lachesis, Mercurjus sol., Mercurjus
cyanatus, Muriatic acid., Natrum mur., Phosphorus, Sulfur, Sulfuric
acid., puis Aethusa cynapium, Agaricus, Arsenicum album, Arum
dracontium, Aurum metal., Camphora, Hydrastis, Nux vomica, Oxalic acid.,
Plumbum, Sarsaparilla, Tarentula et Thuya.
Commentaire personnel:
la localisation ne doit jamais être prise comme un impératif, il
s'agit tout au plus d'une indication supplémentaire, utile parfois,
mais souvent négligeable. Mais si le patient peut affirmer avec force que
ces aphtes apparaissent toujours au même endroit, alors cette indication
doit être prise en compte comme un élément important de l'équation de la
similitude.
BERBERIS VULGARIS :
 |
Il s'agit de l'épine vinette
ou vinettier, vivant en lisière des bois, sur des sols calcaires.
Le “génie” de ce médicament
s’inscrit dans un contexte de troubles rhumatismaux, hépatiques et
rénaux dans lequel apparaît l’aphtose buccale, banale en elle-même. |
On doit retrouver chez le
patient, même à degré faible, une grande variabilité des urines (abondance,
aspect, concentration, etc...) = urines tantôt abondantes et pâles, tantôt
rares et chargées d’un dépôt lui-même variable. Les troubles urinaires
s’accompagnent de douleurs lombaires (pires à gauche, le matin au lit, par
le mouvement...). La miction est souvent douloureuse (dans les reins, dans
les hanches). Remède éventuel de coliques néphrétiques, de lithiase
hépatique.
Au cours de ces troubles
urinaires, la lèvre inférieure devient rouge dans sa face buccale avec des
taches rouges ou bleuâtres près des commissures. La bouche devient sèche
avec une salive épaisse et cotonneuse.
IODUM (l'iode):
La Matière Médicale
précise: "aphtes et ulcérations de la muqueuse
buccale, gencives douloureuses, spongieuses, molles, saignant
facilement, mauvaise odeur de la bouche, salivation abondante avec mauvaise
odeur de la bouche".
Il s'agit donc de
signes d'une aphtose banale, insuffisants pour la prescription. Le
sujet IODUM a très fréquemment des problèmes avec sa thyroïde, dans le
sens hyper- le plus souvent. Il est maigre, boulimique, agité, mais vite
fatigué, intolérant à la chaleur. Il donne tout à fait le tableau clinique
de l’hyperthyroïdie. La boulimie est caractéristique: ce sujet mange
beaucoup, souvent, et pourtant il maigrit. Et surtout, il est agité et
anxieux s’il ne mange
pas, ou craint de ne pouvoir manger, avec amélioration totale s'il peut
manger. Ensuite, c'est un sujet qui a toujours trop chaud, qui est aggravé
par la chaleur (chambre, humidité chaude, quand il est trop couvert),
amélioré par l'air frais et quand il mange.
IODUM
est surtout un remède d'aphtose chronique. En raison du contexte général,
il faut le donner d'abord en 7 ou 9 CH une fois ou deux par semaine, puis en
15 CH tous les 15 jours.
NITRI ACIDUM:
Ce médicament a été décrit
au chapitre des gingivites. Il suffit de rappeler quelques points : les
ulcérations ont des bords surélevés, irréguliers, le fond bourgeonne et
saigne facilement. Le patient décrit une
sensation de rongement ou d’une écharde plantée dans l’ulcération.
C’est le seul médicament indiqué au degré fort pour les ulcérations
phagédéniques avec ensuite Arsenicum album, Arsenicum sulfuratum flavum,
Capsicum, Mercurius corrosivus, Sulfuric acid. Un signe concomitant
fréquent est la tendance aux fissures anales très douloureuses avec toujours
la sensation d’écharde, car Nitri acid. à une prédilection pour les
orifices. Enfin, le comportement est toujours perturbé dans le sens de
l’irritabilité pour des riens, l’hypersensibilité au froid et aux bruits,
l’agressivité, l’entêtement, le refus de la consolation, le tout alternant
avec une dépression avec lassitude de la vie. Et ne pas oublier que la
plupart des troubles sont améliorés lorsque le patient est transporté dans
un véhicule. On commence habituellement le traitement par une 7 CH. Et comme
ce médicament appartient au groupe des remèdes du mode luétique, il faut
associer souvent quelques doses de LUESINUM 30 CH une fois par mois.
KALI BICHROMICUM:
On dit dans tous les livres que les aphtes de ce médicament sont à bords
arrondis et surélevés, profonds comme à l’emporte-pièce. Les
ulcérations apparaissent dans une bouche sèche et brûlante, rouge, avec une
salive filante et visqueuse, une haleine fétide.
Remède aussi bien
d’aphtose aiguë que chronique, l’état de la bouche varie alors en
conséquence. Mais la patient éprouve toujours le besoin de racler sa gorge,
surtout le matin, pour éliminer des mucosités adhérentes, gélatineuses,
filantes qui encombrent le pharynx.
A noter également, un
désir inhabituel de bière dont on se demande ce qu’il vient faire dans ce
contexte et c’est justement cela qui le valorise. Dans l’aphtose aiguë, le
patient éprouve une grande soif mais l’eau lui paraît avoir un goût
désagréable.
KREOSOTUM:
La créosote de hêtre peut
donner un tableau buccal évoquant le scorbut = gencive œdématiée, ulcérée,
spongieuse, rouge bleuâtre, très douloureuse, saignement abondant, haleine
fétide, salive profuse. Dans les cas chroniques, la nutrition générale est
atteinte et les dents se carient rapidement (mélanodontie des enfants
dénutris). L’inflammation buccale peut s’étendre à tout le tube digestif.
A noter également son
action au niveau des muqueuses génitales féminines qui peut faire de
KREOSOTUM un remède possible d’aphtose buccale bipolaire, d’autant plus
qu’il existe aussi des signes oculaires et cutanés.
LACHESIS:
L’action
ulcéro-nécrotique du venin de ce serpent en fait un remède de nombreux
troubles appartenant au mode luétique qui est particulièrement impliqué dans
les aphtoses buccales, notamment chez la femme lors des périodes
génitales et chez l’alcoolique délabré.
C’est un remède possible
de l’aphtose buccale cataméniale ou lors de la ménopause climatérique.
Cependant, il est nécessaire de retrouver chez la patiente les signes
caractéristiques = dépression matinale et excitation vespérale avec
loquacité incohérente, thermophobie et intolérance aux vêtement serrés
(taille et cou), amélioration par un écoulement physiologique ou
pathologique, tendance aux hémorragies, latéralité gauche, etc....
Pour une étude détaillée, voir le sujet Lachesis.
LYCOPODIUM:
Pour étude plus
détaillée, voir chapitre qui lui est consacré. Chez les patients répondant à
ce médicament, la fonction hépatique est toujours concernée et impose de
retrouver des signes hépato-digestifs, quel que soit le trouble que l’on
veut traiter. L’aphtose buccale n’échappe pas à cette exigence. Le
comportement est également très important = sujet sensible, manquant
de confiance en lui, masquant ce qu’il ressent comme une faiblesse par un
comportement tyrannique, surtout avec son entourage. L’aphtose
accompagne les troubles digestifs ou apparaît dans des périodes de
surmenage ou de stress importants.
CAPSICUM ANNUUM (le piment rouge):
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Ce
médicament d’action plutôt limitée devient un peu un remède d’actualité
pour une raison simple : il est souvent indiqué chez des sujets déprimés
par nostalgie (du pays natal, de la région d’origine, de la maison, de
l’ancienne école...), qu’il faut comprendre comme un stress devant une
nouvelle situation. L’aphtose buccale en elle-même n’a rien de
particulier, les ulcérations provoquent une sensation de brûlure comme
par du poivre, ce qui est normal car il s’agit du piment, aggravée par
la chaleur locale. |
Capsicum est surtout un médicament d'inflammations des os et des muqueuses
avec des douleurs déchirantes, tendance à la suppuration et aux écoulements,
aggravées par le froid, par les applications froides et améliorées par la
chaleur. Remède fréquent de prévention d'une mastoïdite en cas d'otite
compliquée. |
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LE TRAITEMENT DE FOND
DES APHTOSES BUCCALES
Chaque fois qu'une affection
revient périodiquement chez le même sujet, cela signifie que le traitement
symptomatique, efficace sur la dernière récidive n'a pas été suffisant pour
prévenir la suivante. C'est donc que le remède symptomatique n'est
pas le vrai simillimum, mais seulement celui correspondant à une période
particulière de la vie du patient. D'où la nécessité de rechercher le vrai
simillimum à partir des signes et symptômes retrouvés d'une façon
constante dans l'anamnèse, car ce sont eux qui expriment la
personnalité réactionnelle du patient. C'est là toute la conception
homéopathique du "terrain morbide" ou conception diathésique ou encore des
« modes réactionnels ».
La "conception du terrain" et les "modes réactionnels" sont largement
détaillés dans d'autres chapitres, auxquels il convient de se référer pour
une étude plus approfondie. Il n'est proposé ci-dessous que quelques
rappels.
LE MODE REACTIONNEL LUETIQUE
Plus que les trois autres modes
réactionnels, le mode luétique est directement concerné par
l'aphtose buccale en raison de la physio-pathologie de cette diathèse.
Les mécanismes réactionnels ne sont pas encore tout à fait élucidés,
mais tout se passe comme si l'organisme réagissant selon le mode luétique
fixait l'agent pathogène dans les tissus, au prix de processus irritatifs
favorisant des micro-endartérites disséminées, aboutissant à des ulcérations
et à des nécroses, puis à une cicatrisation par sclérose. Il y a donc là
une similitude anatomo-pathologique ou lésionnelle étroite avec les
mécanismes de l'aphtose. C'est la raison qui explique que les remèdes de
fond de ce mode luétique sont pratiquement tous des remèdes de fond des
aphtoses buccales. Ces remèdes de fond, quels sont-ils ? FLUORIC ACID.,
MERCURIUS SOLUBILIS, MERCURIUS CORROSIVUS, MERCURIUS CYANATUS, ARGENTUM
NITRICUM, KALI BICHROMICUM, NITRI ACID., LACHESIS, AURUM METALLICUM,
PLUMBUM METALLICUM, et le biothérapique LUESINUM.
Remarque:
·
Il faut rappeler
qu'un même médicament peut être en même temps un remède symptomatique et
un remède de fond: exemple = MERCURIUS SOLUBILIS ou encore dans certains
cas, l'importance des ulcérations indique comme remède symptomatique
MERCURIUS CORROSIVUS, et comme remède de fond MERCURIUS SOLUBILIS
(ce dernier a la pathogénésie le plus étendue).
·
Un même remède peut
être indiqué dans des troubles relevant de plusieurs modes réactionnels
différents. Exemple = LACHESIS. Ce venin a une action ulcérative importante
qui l'indique dans ce type de lésions luétiques. Mais LACHESIS peut être
indiqué dans des troubles psoriques résultant de la surcharge hépatique par
suite d'une sédentarité excessive. On retrouve dans la pathogénésie de
LACHESIS une modalité éminemment psorique: l'amélioration par une
élimination.
MODE REACTIONNEL PSORIQUE
Le mode psorique est une
modalité réactionnelle vis-à-vis de facteurs d'auto-intoxication chronique
par des éliminations accélérées et centrifuges, d'abord par les organes dont
c'est la fonction, puis par des émonctoires de suppléance, essentiellement
la peau et les muqueuses, accessoirement les séreuses.
Dans cette perspective, une aphtose buccale peut être interprétée comme une
élimination qu'il faut respecter, c'est-à-dire ne pas entraver.
L'argument en faveur de cette thèse est l'amélioration générale par
une élimination et l'aggravation lorsque celle-ci est contrariée. Il
faut aussi constater que la gravité d'une aphtose buccale reflète les
difficultés de l'élimination. Au début, dans la phase sthénique,
l'aphtose est banale, c'est le stade de SULFUR avec ses complémentaires.
Puis lorsque les émonctoires deviennent progressivement insuffisants,
en même temps que l'organisme subit l'auto-intoxication, l'aphtose
devient plus tenace, plus rebelle au traitement. C'est le stade de
LYCOPODIUM, GRAPHITES, SEPIA, KALI CARBONICUM puis in fine AMMONIUM
CARBONICUM, CARBO VEGETABILIS, PSORINUM.
MODE REACTIONNEL TUBERCULINIQUE
Le mode réactionnel
tuberculinique se développe en deux phases, la première sthénique, la
seconde asthénique, se succédant dans le même processus défensif. Lors de la
première étape, l'organisme réagit contre un agresseur par une augmentation
des combustions et des oxydations métaboliques, aboutissant à une
brutale déminéralisation cellulaire, d'où les destructions
cellulaires et la formation de déchets en résultant, véhiculés dans la
circulation sanguine et responsables de congestions veineuses. Dans la
deuxième phase, la déshydratation cellulaire, notamment des muqueuses
aboutit à un blocage de leur fonction excrétrice, à un amaigrissement
durable (c'est pourquoi les remèdes tuberculiniques ont dans leur
pathogénésie: maigrit tout en mangeant bien. Aussi, les inflammations des
muqueuses, dont l'une des formes peut être une aphtose buccale,
traduisent le résultat de cette lutte organique. La déshydratation des
muqueuses perturbent sans aucun doute les mécanismes immunitaires expliquant
une tendance aux maladies allergiques ou/et auto-immunes, dont l’aphtose
buccale.
Parmi les médicaments du mode
tuberculinique peuvent être considérés comme remèdes de fond des aphtoses:
NATRUM MURIATICUM, FERRUM METALLICUM, PHOSPHORUS, SEPIA, IODUM, SILICEA,
ARSENICUM ALBUM.
MODE REACTIONNEL SYCOTIQUE
Pendant longtemps, on a
considéré la sycose comme une "réticulo-endothéliose chronique" (H.
BERNARD). C'est dire que parmi les facteurs responsables de la mise en
oeuvre du mode réactionnel sycotique sont en place importante les facteurs
d'agression du système immunitaire (infections répétées, torpides,
tenaces et leurs traitements classiques), les vaccinations ou
sérothérapies répétées, les antidépresseurs chimiques, la corticothérapie
intempestive, etc... Or, l'aphtose buccale est une maladie
auto-immune. C'est sans doute pour ces raisons que de nombreux
remèdes sycotiques sont également des remèdes de fond des aphtoses
buccales: THUYA, NATRUM CARBONICUM, NATRUM SULFURICUM, LACHESIS,
MEDORRHINUM...
Rappel:
dans l'individualisation du remède de fond, il ne faut pas rechercher
dans les remèdes envisagés les signes de l'aphtose, qui peuvent
manquer, puisque l'aphtose aiguë est en principe traitée. Et si elle n'est
pas présente lors de la consultation, il n'y a pas à l'évidence ses signes
buccaux !
oOo
En guise de
conclusion:
Le Répertoire de Kent
n'est qu'un outil, certes très utile, mis à la disposition des praticiens
par un homéopathe américain particulièrement compétent =
James Tyler Kent (1849-1916).
Même si l'informatique a considérablement renforcé son intérêt, il n'en
reste pas moins que parfois, un médicament n'est pas cité dans telle ou
telle rubrique. D'autre part, les réponses évasives de trop nombreux
patients sont sources d'incertitude et d'erreurs.
Dans notre présente étude, nous avons dû limiter le nombre de médicaments
étudiés éventuellement indiqués dans le traitement des aphtoses. Une étude
exhaustive aurait nécessiter beaucoup de place.
En guise de conclusion, voici une observation clinique tirée de notre
pratique personnelle et qui concerne un médicament que nous ne connaissions
même pas car peu souvent indiqué en pratique bucco-dentaire. Comme dans
chaque cas, nous devons nous garder de tout a priori.
Observation:
PORTRAIT D’UNE PATIENTE
DE MAUVAISE HUMEUR
Une dame me
demande au téléphone si je suis bien un spécialiste des « aphtes » !!! « Parce
que vous comprenez, des médecins et des dentistes, j’en ai vu des tas, tous
leurs traitements ont été nuls, j’ai toujours mes aphtes, et j’en ai marre! ».
Lorsqu’elle
pénètre dans mon cabinet, je suis surpris de sa maigreur car malgré sa
quarantaine apparente, son cou semble particulièrement ridé et son visage,
outre quelques boutons, semble plus vieux que le reste de son physique. Sa
peau est sèche et on remarque des grosses veines sur le dos des mains, très
colorées en bleu. Et observation que je garde pour moi, je constate qu’elle
semble ne pas avoir de seins, tant ils paraissent petits. Comme elle est
arrivée en retard malgré mes mises en garde au téléphone et que je le lui
fais remarquer, elle rouspète qu’elle n’est pas responsable des
embouteillages et que mon cabinet n’est pas facile à trouver !!! Cela
commence bien. A l’interrogatoire, je constate qu’elle est très fatiguée,
elle répond avec lenteur à mes questions comme si elle ne les comprenait pas
bien. Mais surtout elle est découragée, profondément, en raison des nombreux
traitements qu’elle a suivis et subis, sans résultat.
Discrètement, tout en l’interrogeant, je pianote sur l’ordinateur, ce
qu’elle n’apprécie pas. Mais l’ordinateur indifférent à sa mauvaise humeur
me livre un seul médicament lorsque je lui demande à quel remède
correspondent les signes suivants: aphtes, asthénie,
amaigrissement, mauvaise humeur, lenteur, découragement.
Un seul médicament est indiqué. Malheureusement je ne le connais que très
peu. Je poursuis donc mon examen et mon interrogatoire.
Ses aphtes
siègent presque toujours au niveau de la langue et du palais. Elle se plaint
de sécheresse buccale, de brûlure de la langue, même en dehors des poussées
d’aphtes. La salive est abondante, elle a un goût acide, parfois métallique.
Son haleine est fétide malgré de nombreux bains de bouche. La langue est
saburrale. Cela provient sans doute de troubles digestifs: pas d’appétit ni
de soif, nausées rien qu’en pensant aux aliments, constipation opiniâtre
nécessitant de gros efforts et la selle est douloureuse. Il est difficile de
lui faire admettre qu’elle aime bien les alcools.
Elle craint
l’humidité, surtout le froid humide qui aggrave son humeur !!! Elle affirme
que depuis des années, elle a les jambes lourdes, avec des veines épaisses
et quelques varices. La peau est sèche, plissée notamment au cou, elle a
quelques crevasses discrètes aux mains et aux orteils. Et puis elle se
plaint de boutons disgracieux sur le visage, souvent pruriants, qui
reviennent trop souvent à son goût, notamment avant les règles et plus
particulièrement au printemps, ou encore elle a quelques fois de l’herpès
sur la lèvre supérieure. Enfin, elle a déjà eu plusieurs coliques
néphrétiques et a encore souvent une pollakiurie et des douleurs à la
miction. Une seconde entrée de symptômes dans l'ordinateur et celui confirme
le médicament déjà cité.
Je prescris
donc SARSAPARILLA 7 CH, une fois par jour, médicament indiqué par
l’ordinateur dès le début de la consultation et confirmé ensuite par les
autres symptômes.
Je la revois
deux mois plus tard. Cette fois elle arrive à l’heure, souriante et
apparemment de bonne humeur, car: « Docteur, c’est un miracle, depuis que
je prends vos pilules, je n’ai plus d’aphtes ». En reprenant
l’interrogatoire, il semble que ses aphtes ont commencé il y a trois ans,
peu après une série de vaccinations qu’elle a dû subir avant un long séjour
au Laos. La deuxième prescription comprend: SARSAPARILLA 15 CH tous les 15
jours, SULFUR 7 CH une fois par semaine. Depuis plus de 8 mois, tout semble
aller bien. Pourvu que cela dure !
Je dois
avouer que je n’avais jamais vu d’aphtose relevant de ce remède, connu
surtout pour ses troubles urinaires et cutanés, sans doute participant au
mode psorique, ce que HAHNEMANN avait déjà affirmé il y a bien longtemps.
J’avais pensé à NATRUM MURIATICUM ou à LYCOPODIUM. Ce dernier parce qu’il y
a avait une latéralité droite (aphtes, boutons, coliques néphrétiques) et la
mauvaise humeur, son comportement un peu hautain. Mais j’avais tort. Merci à
l’ordinateur. Et ce médicament est précisé dans le Répertoire au degré
faible. Mais, pour cette patiente précise, ce "petit" médicament était son
médicament. La preuve, il l'a guérie.
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Le Docteur Alain
Horvilleur donne les précisions suivantes =
"Cette plante fut exportée en Europe à partir du XVI° siècle.
Traditionnellement, on utilisait la salsepareille comme dépuratif,
sudorifique, antiasthmatique (en cigarettes), antirhumatismale. On la
considérait comme l'antisyphilitique par excellence. On s'en servait
également dans les maladies de peau rebelles.
En homéopathie, on la prescrit dans l'eczéma, la
cystite et les coliques néphrétiques. Les urines sont floconneuses,
contiennent du "sable". Le patient a des douleurs en fin de miction"
- ("Le grand livre de l'homéopathie - Les créations du pélican -
1996). |
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