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APPORT DE L'HOMEOPATHIE AUX TRAITEMENTS DES PROBLEMES BUCCO-DENTAIRES DES PERSONNES AGEES
 

 

      Le troisième âge, voire le quatrième, ne posent pas de problèmes qu’aux caisses de sécurité sociale ou de retraite. C’est un truisme que d’affirmer que les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses dans les pays industrialisés, qu’elles le seront sans doute davantage dans quelques décennies. Il est donc logique que le chirurgien-dentiste, comme le médecin, soient confrontés chaque année davantage aux problèmes particuliers des pathologies diverses du vieillard. La gériatrie devient progressivement une spécialité médicale autonome. La gérodontologie est devenue l’objet d’un enseignement spécifique dans quelques facultés de chirurgie dentaire. 

      La bouche et les dents, comme le reste de l’organisme, subissent à l’évidence les effets du vieillissement. Selon certains nutritionnistes, la sénescence débute dès la quarantaine, puis commence une période d’adaptation plus ou moins longue, et enfin le vieillissement proprement dit commence réellement. Bien entendu, les variations individuelles s’expriment compte tenu des modes de vie, des conditions hygiéno-diététiques, des aléas de la vie et peut-être aussi d’un déterminisme génétique. Mais de plus le vieillissement varie selon les tissus : dès 20 ans pour la peau, vers 25 ans pour le système nerveux, vers 30 ans pour le squelette.

     Aussi est-il fréquent d’être étonné en apprenant l’âge réel d’un patient à qui on donnait 10 à 15 de moins, ou de plus ! ! ! Dans la plupart des cas, les modifications physiologiques de la sénescence se développent insidieusement, lentement, avec parfois des phases d’accélération, liées à des facteurs défavorables du mode de vie. Selon une heureuse formule de Charles BERENHOLC : « La vieillesse n’est pas une maladie, mais les transformations liées à l’âge peuvent faciliter les pathologies ».  

       Les tissus dentaires et buccaux ne peuvent éviter les effets du vieillissement, reflets des atteintes physiologiques générales. Et il ne faut pas oublier les effets iatrogènes des nombreux médicaments chimiques qui retentissent au niveau de la cavité buccale, rançon du progrès médical. Il n’est que de rappeler les conséquences des tranquillisants et autres psychogènes sur la salivation ou ceux des corticoïdes au long cours sur le métabolisme osseux ou encore ceux de certains traitements hormonaux.

 
Les dents et leur sénescence:

             La pulpe est constituée d’odontoblastes, de collagènes, de vaisseaux et de fibres nerveuses. Tous ces tissus sont fatalement concernés par la sénescence. Il y a d’abord le ralentissement circulatoire dû soit au rétrécissement du foramen apical par minéralisation, soit par dégénérescence des parois vasculaires à l’image des autres vaisseaux de l’organisme. Le collagène a tendance à augmenter du fait des traumatismes divers subis par le dent au cours de sa vie. Puis il se sclérose ou se calcifie, d’où le rétrécissement progressif du volume pulpaire bien connu  et qui pose des problèmes endodontiques. 

            La dentine évolue vers une dégénérescence scléreuse par hypercalcification progressive avec rétrécissement des tubuli puis oblitération. Les conséquences sont soit la diminutions de la perméabilité dentinaire aux agressions chimiques, soit le dureté dentinaire qui expose aux risques de fracture.


            L’émail se modifie essentiellement par usure physique. L’abrasion physiologique est facile à constater  avec disparition des cuspides et du modelé occlusal et formation d’une dentine réactionnelle généralement de couleur brune et d’une dureté variable expliquant la formation de cupules. De même il est fréquent de constater des résorptions en « coups de hache » aux collets vestibulaires qui augmentent avec l’âge. Ces modifications de structure des tissus durs sont rarement douloureuses du fait de la rétraction pulpaire et de la sclérose de pulpe et de la dentine.
 

      Le Pr J. LEROUX signale qu’outre les lacunes cunéiformes des faces occlusales, les faces proximales subissent également une involution : les points de contact deviennent des surfaces de contact, propices aux rétentions de débris alimentaires et donc aux caries.

       Enfin, et cela est banal, la coloration des dents varie avec l’âge du fait de la diminution de la translucidité.

Le parodonte et sa sénescence           

      En dehors de toute maladie parodontale, le parodonte subit les effets du temps et reflète les troubles généraux. Tous les tissus parodontaux, gencive, desmodonte, os alvéolaire et cément subissent une involution physiologique avec diminution des éléments cellulaires, atrophie et sclérose. L’atrophie des septa interdentaires est bien connue, elle reste horizontale et évolue progressivement vers la diminution de la hauteur du parodonte. Selon les sujets, on peut constater soit une diminution de l’espace desmodontique, avec calcification du conjonctif, soit au contraire un élargissement de cet espace. D’une manière générale, l’espace desmodontique est d’environ 0,20 mm chez l’adolescent, il passe à 0,15 mm après 50 ans. Le cément subit également des modifications : amincissement à l’image des décalcifications osseuses ou hypercémentose qui se rencontrent essentiellement chez l’adulte mûr et chez le vieillard. Ces hypercémentoses se rencontrent surtout chez ce que les homéopathes appellent les « brévilignes » ou encore les « carboniques ». L’artériosclérose physiologique des vaisseaux dentaires et péri-dentaires entraîne une diminution des réponses immunitaires aux agressions buccales.

 
La langue et les muscles évoluent:

        Avec le vieillissement, les fibres musculaires s’atrophient et sont remplacées progressivement par du tissu conjonctif. Il s’en suit une diminution de 20 % de la force masticatoire vers l’âge de 65 ans. Si l’on ajoute la fatigabilité due à l’âge, on comprend que le déficit masticatoire peut devenir important et retentir sur la digestion en général.

         Les muscles de la langue n’échappent pas au vieillissement. De même que les papilles gustatives en s’atrophiant perturbent la fonction gustative. Chez le vieillard, on constate plus volontiers des troubles trophiques, des ulcérations, souvent traumatiques, des leucoplasies, sans parler des répercussions de troubles généraux comme l’anémie, l’insuffisance rénale chronique, etc...

         Les sensations gustatives sont rarement perçues d’une manière isolée, elles s’associent aux sensations tactiles, chimiques et olfactives, tous facteurs souvent perturbés chez certains vieillards. Les altérations du goût et de l’odorat participent à la perte de l’appétit du vieillard. Le goût disparaît progressivement de la pointe de la langue vers sa base, touchant successivement l’amertume, le salé, les acides, le sucré. De ce fait les sujets âgés abusent volontiers d’assaisonnements, de sucreries, ce qui est préjudiciable à plus d’un titre.

 L’articulation temporo-mandibulaire (ou A.T.M.):
 

     La diminution de la dimension verticale par abrasion dentaire, l’atrophie des muscles masticateurs, parfois l’ostéoporose entraînent progressivement de nouvelles conditions anatomiques et fonctionnelles des A.T.M. avec fréquence d’un syndrome algique à ce niveau. Sans oublier les risques d’atrophie et de dégénérescence du cartilage et de l’os tels qu’on les rencontre en rhumatologie générale et qui peuvent se localiser également sur les A.T.M. 


L’os basal et les maxillaires:

       L’os basal et celui des procès alvéolaires, en dehors de toute maladie parodontale, subissent l’involution osseuse normale avec l’âge. Ce phénomène est d’autant plus important lorsqu’existe une ostéoporose, que l’on retrouve chez 50% des personnes âgées, et notamment chez les femmes. Avec l’édentation, on sait que la résorption du maxillaire supérieur est centripète, alors qu’elle est centrifuge ou verticale à la mandibule, ce qui pose surtout des problèmes en prothèse totale. L’angle goniaque lui-même subit des modifications : cet angle à la naissance est compris entre 160 et 170°, il se ferme à l’âge adulte (95 à 100°) et s’ouvre à nouveau chez le vieillard édenté (140°).
 

Une autre conséquence => l’atrophie des glandes salivaires

       L’atrophie des glandes salivaires est lourde de conséquences. Si l’asialie est exceptionnelle, la diminution du flux salivaire est beaucoup plus fréquente, souvent d’ailleurs amplifiée par les conséquences iatrogènes de certains médicaments pris en abondance par le vieillard. On constate également une fréquence accrue du syndrome de Gougerot mais il ne touche pas exclusivement le vieillard.

       L’hyposialie n’a pas pour seule conséquence la baisse du pH salivaire avec les conséquences comme la carie ou la gingivite par diminution de la réponse immunitaire. Ce qui n’est pourtant pas négligeable. S’y ajoutent diverses conséquences sur la digestion. Par exemple, l’amylase salivaire ou ptyaline est en moyenne diminuée des 2/3 chez le vieillard par rapport au sujet jeune. Or la ptyaline dégrade l’amidon cuit à environ 40% dans la bouche. Cela ne pose pas trop de problème car l’amylase pancréatique permet la digestion des hydrates de carbone, qu’il faudrait de toute façon réduite chez le vieillard. La fonction digestive commence dans la bouche et il faut se souvenir que 30% des personnes âgées se plaignent de dyspepsie.

 

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            Aux facteurs spécifiques et physiologiques de la sénescence qui menacent « naturellement » l’intégrité bucco-dentaire et contre lesquels le praticien ne peut opposer de thérapeutique efficace, il convient d’évoquer les conséquences bucco-dentaires de certaines pathologies générales, certes non directement liées au vieillissement, mais qui sont parfois plus fréquentes chez le vieillard. Dans le cadre du présent cours, il n’est pas question d’en entreprendre une  étude exhaustive, mais deux exemples sont évoqués ci-dessous.

 
La pathologie thyroïdienne :

           L’hyperthyroïdie est responsable, sur le plan bucco-dentaire, des troubles suivants : polycaries, alvéolyse, parodontopathies. Ces dernières sont graves le plus souvent et la cause extra-buccale rend vains les traitements locaux conservateurs. Et d’autant plus que s’ajoutent les autres facteurs dus au vieillissement. Comme cela ne suffisait pas, les hyperthyroïdiens sont hypersensibles aux anesthésiques locaux contenant de l’adrénaline ou de la nor-adrénaline, compliquant ainsi les interventions chirurgicales.

           L’hypothyroïdie est responsable entre autres d’une gingivite ulcéro-nécrotique, ainsi que des caries multiples des collets. Ce n’est sans doute pas par hasard que l’on trouve cette tendance aux caries des collets dans les remèdes homéopathiques de l’insuffisance thyroïdienne comme CALCAREA CARBONICA, THUYA, BARYTA CARBONICA, NATRUM SULFURICUM ou ANTIMONIUM CRUDUM....

 
L’insuffisance rénale chronique :

            Plusieurs signes buccaux, banals en eux-mêmes, peuvent être dus à une insuffisance rénale chronique = sécheresse buccale avec sensation de langue « rôtie » ou « brûlée », dépôts brunâtres et collants, gingivite ulcéreuse ou suppurée, halitose avec odeur ammoniacale. L’hyperuricémie entraîne une inflammation chronique des tissus parodontaux. Et il ne faut pas oublier les autres facteurs dus à l’âge et ceux d’origine iatrogène car il est patent que les vieillards consomment souvent de très nombreux médicaments chimiques.

          Le traitement de l’insuffisance rénale chronique ne relève certes pas du chirurgien-dentiste, mais il se doit de connaître cette affection afin de ne pas entreprendre une intervention chirurgicale vouée à l’échec. Plusieurs médicaments homéopathiques peuvent répondre à ces problèmes à condition que l’insuffisance rénale ne soit pas irréversible = MERCURIUS SOLUBILIS, LYCOPODIUM, PHOSPHORUS, ARSENICUM ALBUM, entre autres. Le plus grand intérêt est qu’il possible de mettre en évidence l’indication de ces médicaments bien avant l’irréversibilité des lésions et donc de freiner l’évolution en les donnant en temps utile.

 

CONCLUSION DE CE CHAPITRE

            Diverses modifications physiologiques liées à l’âge et à la vieillesse bouleversent les données générales et pour ce qui nous concerne les conditions odonto-stomatologiques. De plus et en dehors de son état général, le vieillard pose quelques problèmes psychologiques. Il faut se rappeler qu’après 40 ans, l’organisme perd environ 100.000 neurones par jour ! Certes ces pertes sont plus ou moins compensées par de nouvelles connexions et de nouvelles cellules nerveuses. Les prodromes de la sénilité commencent avec des pertes de mémoire. Nous avons vu le cas anecdotique d’un homme de 85 ans chez qui nous avons, à sa demande, réalisé une prothèse squelettée. Le jour de la pose, le patient affirme avec conviction qu’il a réfléchi et qu’il préfère reporter la réalisation de cette prothèse, ayant oublié sa demande et les séances préparatoires ! De toute façon, lorsqu’on prend rendez-vous avec un patient âgé, il faut toujours prévoir du temps pour l’écouter, le mettre en confiance, lui expliquer ce que l’on doit lui faire, lui répéter aussi souvent que nécessaire toutes nos propositions.

             Il nous arrive hélas souvent de voir des vieillards ayant négligé leurs dents toute leur vie. La prothèse, surtout totale, sera une épreuve pour le praticien et bien entendu pour le patient. Tout praticien redoute la réhabilitation prothétique complète chez un vieillard ayant trop tardé et présentant des arcades atrophiées, une bouche sèche, un déficit musculaire et psychologique !  Il y a aussi le problème des extractions indispensables chez des sujets fragilisés ou ayant une pathologie en cours, ceux par exemple qui sont sous anticoagulants.    

             Bref, avec l’avancement de l’âge, différents problèmes apparaissent qui compliquent les traitements bucco-dentaires. S’il n’est pas question, pour l’instant, de supprimer les conséquences du vieillissement, il est parfois possible d’éviter celles qui résultent d’un vieillissement prématuré.

             Le chirurgien-dentiste « homéopathe »  ne peut que partager les conseils proposés par J. LEROUX (référence déjà citée) : 

·      Conseils d’hygiène alimentaire dont la réduction des sucreries.

·      Conseils d’hygiène bucco-dentaire = brossages, élimination des débris retenus dans les espaces interdentaires (fil de soie, pulsojet +++...).

·      Détartrages soigneux et fréquents.

·      Fonds de cavité pour ménager la pulpe au pouvoir réactionnel diminué.

·      Etc...
 

LE CHIRURGIEN-DENTISTE « HOMÉOPATHE »
FACE AU VIEILLISSEMENT DE L’APPAREIL BUCCO-DENTAIRE
 

  
            Nous avons bien conscience de livrer dans les lignes suivantes les éléments d’une stratégie thérapeutique à visée préventive comportant une grande part d’utopie ou à effet curatif immédiat le plus souvent limité. Pourquoi ?        

Tout d’abord, le vieillissement est un fait biologique contre lequel il est impossible de lutter efficacement. Le temps a raison de tout, y compris des dents et de leurs tissus de soutien. Mais il y a le vieillissement précoce contre lequel il est parfois possible d’opposer une thérapeutique préventive ou curative. C’est là que se situe la part d’utopie évoquée plus haut. Tout simplement parce que nos patients, dans l’immense majorité des cas, viennent consulter trop tard, le plus souvent à une période où s’imposent des avulsions, des solutions chirurgicales parodontales ou des restaurations prothétiques, que tous n’acceptent pas, pour diverses raisons, souvent pécuniaires hélas. Il n’est pas question de leur jeter la pierre car les praticiens sont aussi nombreux à ne pas suivre eux-mêmes les conseils d’hygiène qu’ils prodiguent. 

            Pourtant, l’homéopathie permet de comprendre et de traiter précocement des désordres bucco-dentaires que l’âge n’arrange jamais. Certes, elle n’est ni la seule thérapeutique possible, ni une panacée. L’attente de la thérapeutique peut être déçue pour une raison simple. L’homéopathie est essentiellement une médecine réactionnelle, le « médicament semblable » du fait de sa dilution infinitésimale ne peut que susciter une réaction, il n’a pas d’action coercitive. Or le pouvoir réactionnel du vieillard se trouve souvent insuffisant par le poids des pathologies antérieures, par l’irréversibilité de certains lésions, par la sclérose générale, par le ralentissement métabolique général. Et si très souvent une médication de substitution s’impose, il existe de nombreuses pathologies pour lesquelles l’homéopathie se montre encore efficace et surtout, très gros avantage, sans ajouter à la pollution médicamenteuse. Par exemple, les béta-bloquants sont souvent indispensables en pathologie cardio-vasculaire, mais les cardiologues homéopathes constatent que l’apport de l’homéopathie permet d’en diminuer les doses et d’éviter un certain nombre d’inconvénients. 

 

La conception homéopathique du « terrain » et des « modes réactionnels » est l’une des clés de la stratégie préventive ou curative. Par exemple :
 

 1/     Le psorique encore sthénique du type SULFUR devrait, plus qu’un autre, surveiller ses émonctoires, parmi lesquels la gencive joue un rôle avec par exemple le tartre ou les gingivorragies comme autant de sonnettes d’alarme. N’importe quel homéopathe connaît les conséquences de l’insuffisance des éliminations pour ce type de patients. A l’occasion d’un banal détartrage, il est facile de prodiguer des conseils d’hygiène au sens large, bucco-dentaire et diététiques. Si ces conseils étaient suivis, on verrait des « vieux » SULFUR ayant encore un état de santé satisfaisant et un appareil masticatoire en parfait état, en dehors de quelques outrages du temps. Ce n’est plus le cas lorsque les émonctoires sont devenus insuffisants ou lorsque des erreurs thérapeutiques ont bloqué des éliminations. Bien entendu, ces erreurs ne sont pas l’apanage des vieillards, elles sont souvent commises dès la naissance, mais les conséquences n’ont pas la même gravité. Ainsi, lorsque la maladie parodontale, insérée dans son contexte général, peut être considérée comme une élimination du type psorique, il serait vain d’espérer et d’attendre un résultat dans le temps d’une correction chirurgicale. Car ou bien la maladie parodontale récidivera et on accusera une fois de plus l’insuffisance de l’élimination de la plaque dentaire, bouc émissaire facile, ou bien le malade subira les conséquences d’une métastase morbide = poussée d’hypertension artérielle avec risque d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), asthme, eczéma, etc... 

SULFUR couvre une longue période, celle qui concerne la phase des éliminations centrifuges, suivies d’une amélioration de l’état général. Lorsqu’une chirurgie parodontale se trouve nécessaire, la prise de SULFUR en dilutions adaptées permet d’éviter la récidive. Selon le biotype et le mode de vie, d’autres médicaments se trouvent indiqués : NUX VOMICA ou LYCOPODIUM notamment, ANTIMONIUM CRUDUM et GRAPHITES de préférence chez le bréviligne, SEPIA, LACHESIS, puis et plus souvent chez le vieillard = NATRUM CARBONICUM, KALI CARBONICA, AMMONIUM CARBONICUM, SULFURIC ACID. déjà de mauvais pronostic ainsi que CARBO VEGETABILIS et enfin PSORINUM.
 

2/     Le mode sycotique est caractérisé par un ralentissement des échanges intercellulaires par rétention liquidienne dans ces espaces, d’où la tendance à l’imbibition hydrique avec sa modalité caractéristique = l’aggravation par l’humidité et le froid humide. Viennent ensuite diverses manifestations scléreuses. Ralentissement des échanges et sclérose sont deux caractéristiques du vieillissement et c’est à ce titre que Henri BERNARD a intitulé l’un de ses livres « La sycose ou vieillissement précoce ». De plus le ralentissement des échanges entraîne des perturbations des réponses immunitaires aux diverses agressions microbiennes ou virales, ce qui explique la tendance à la chronicité des pathologies du sycotique. Ainsi, alors qu’une banale gingivite chez un sujet du type psorique est rapidement guérie, la même gingivite évolue vers une forme ulcéro-nécrotique qui dure des semaines, malgré les traitements. Rappelons ici sans les détailler les facteurs étiologiques de ce mode réactionnel = l’humidité sous toutes ses formes, le traumatisme crânien, les perturbations du métabolisme de l’eau dans le sens de la rétention, et surtout les médicaments qui concernent le système immunitaire dans le sens de sa dépression = antibiotiques mal adaptés et répétés, corticoïdes au long cours, sérums et vaccins. Enfin, rappelons que le mode sycotique est très souvent mis en œuvre à la suite de l’insuffisance du mode psorique. Selon l’heureuse formule de Roger SCHMITT, « la psore c’est l’élimination manu militari, la sycose c’est la prison », comme si le sujet ne pouvant plus éliminer des déchets qui l’encombrent les emmagasiner dans ses espaces péri ou intercellulaires. Sur le plan bucco-dentaire, la mise en œuvre du mode sycotique s’annonce d’abord par des douleurs dentaires au froid humide, puis par la torpidité des inflammations buccales et gingivales, ensuite par l’apparition de caries des collets notamment radiculaires dans THUYA, des troubles chroniques comme le lichen, les leucoplasie, les mycoses etc..., enfin par des tumeurs bénignes souvent puis cancéreuses. Autour de THUYA, deux autres médicaments dominent = NATRUM SULFURICUM dans la phase dite « hydrogénoïde » et CAUSTICUM dans la phase dite « scléreuse ». Sans oublier le biothérapique diathésique = MEDORRHINUM. Tous ces médicaments peuvent être indiqués à n’importe quel âge selon la similitude et le stade évolutif. Mais chez le vieillard, le pronostic est naturellement moins favorable pour les raisons déjà évoquées = ancienneté des pathologies et pouvoir réactionnel diminué. 

3/     Le mode tuberculinique mis en œuvre plus volontiers par les individus de morphologie longiligne se caractérise par une accélération du catabolisme cellulaire avec une très grande consommation de minéraux. Nous avons maintes fois souligné le risque des troubles de la minéralisation des dents en résultant chez le jeune enfant. Chez le vieillard, ce sont surtout la déshydratation, la déminéralisation, la congestion veineuse qui dominent avec une tendance à l’amaigrissement et surtout à la cachexie. La gingivite hémorragique du sujet jeune laisse place à de véritables maladies parodontales avec alvéolyse plus ou moins importante qui exigent ensuite des comblements. Mais chez ce vieillard, le pronostic est mauvais, fatalement mauvais. Comme le souligne M. CONAN-MERIADEC : « Pas plus que le sycotique, le tuberculinique ne s’immunise pas contre les germes et les virus, mais au contraire s’y sensibilise par une perturbation, sans doute constitutionnelle, de ses mécanismes immunitaires à médiation cellulaire, comme chez son modèle, le tuberculeux à l’encontre du bacille de Koch, d’où sa tendance aux infections à répétition ».  Autrement dit, il faut savoir que les gingivites du vieillard tendent à la récidive et à la chronicité avec évolution défavorable vers une maladie parodontale destructrice, et d’autant plus que la fonction hépatique se trouve atteinte, ou encore la fonction rénale. Si NATRUM MURIATICUM ou PULSATILLA conservent des indications chez le vieillard, IODUM, KALI PHOSPHORICUM, MURIATIC ACID., SILICEA et PHOSPHORUS prennent le devant. Rappelons au passage l’intérêt de l’homéopathie dans le traitement du syndrome de Gougerot ou dans les stomatodynies si fréquentes chez la personne âgée.

 4/    Le mode luétique est caractérisé par des processus inflammatoires évoluant vers l’ulcération et la nécrose, avec une prédilection pour les tissus riches en fluor et pour les vaisseaux plus généralement. Les maladies parodontales peuvent devenir très graves, quel que soit l’âge d’ailleurs, mais plus particulièrement chez le vieillard. Si les médicaments fluorés perdent de leur intérêt, les MERCURIUS  (Solubilis et corrosivus surtout), NITRI ACID, ARGENTUM NITRICUM, KALI BICHROMICUM, AURUM METALLICUM, LACHESIS, LUESINUM se trouvent indiqués quotidiennement chez les vieillards.

            D’une manière générale, les modes réactionnels traduisent les manières d’adaptation et de réaction des sujets aux agressions de la vie. Lorsqu’un individu conserve son pouvoir réactionnel, il met en oeuvre habituellement un seul mode réactionnel qui suffit à préserver l’équilibre. C’est notamment le cas du mode psorique, mode physiologique par excellence, ce qui explique sa quasi universalité. Les autres modes sont déjà plus engagés dans la pathologie et chez le vieillard, il est fréquent de constater la mise en œuvre simultanée de deux ou trois modes réactionnels. Ainsi dans la cachexie et surtout dans la pathologie cancéreuse, qui traduisent la défaite de l’organisme, les modes réactionnels sont intriqués, le mode psorique apparaît alors comme une période passée.

  

LA REPERTORISATION CHEZ LE VIEILLARD

             On trouve dans le Répertoire de Kent, trois rubriques concernant le vieillard. Bien entendu, il ne faut prendre les listes proposées comme absolues et le répertoire réunit par ordre alphabétique des médicaments bien différents, aux indications ponctuelles ou générales qu’il convient d’apprécier en clinique.

 Déchéance sénile :

 Agn., Arg-n, Ars, Bar-c, Cann-i, Con, Fl-ac, Iod, Lyc, Ov, Phos, Thiosin.   

 
Vieillesse prématurée :

Agn, Alco, Alum, Ambr, Arg-m, Arg-n, Bar-c, Berb, Bufo, Carb-v, Chin-s, Coca, Con, Cortico, Cupr, Des-ac, Esp-G, Fl-ac, Kali-c, Kreos, Lyc, Mag-f, Nux-v, Op, Prot, Psor, Reser, Sars, SEL, Sep, Staph, Stram, Sulf , Vip.

 
Chez le vieillard :

 Acet-ac, Acon, Agar, Agn, All-s, Aloe, Alum, Alumn, Am-c, Am-m, AMBR, Ammc, Anac, Ant-c, Ant-t, Apis, Arg-n, Arn, Ars, Ars-s-f, AUR, Bapt, BAR-C, Bar-m, Bry, Calc, Calc-p, Camph, Cann-i, Caps, Carb-an, Carb-v, Caust, Cham, China, Chin-s, Cic, COCA, Cocc, Colch, Con, Crot-h, Cupr, Dig, Fl-ac, Gamb, Gins, Graph, Hydr, Hyos, Iod, Irid, Iris, Kali-ar, Kali-bi, KALI-C, Kreos, LACH, LYC, Mag-f, Merc, Mill, Nat-c, Nat-m, Nat-s, Nit-ac, Nux-m, Nux-v, OP, Ov, Ph-ac, Phos, Puls, Rhus-t, Ruta, Sabad, Sanic, Sarco-ac, Sars, SEC, SEL, Seneg, Sep, Sil, Sulf-ac, Sulf, Sumb, Syph, Tereb, TEUCR, Thiosin, Thuya, Tub, Verat, Zinc.

 

ETUDE DE QUELQUES MEDICAMENTS INDIQUES CHEZ LE VIEILLARD QUELQUES PORTRAITS

 

     Nous  proposons ci-dessous quelques portraits de médicaments homéopathiques indiqués chez des vieillards mais vus uniquement au cabinet dentaire. Ce sont donc les problèmes bucco-dentaires qui nous retiennent ici, même s’ils sont replacés dans leur contexte général. Ceux qui désirent une étude plus complète de la gérontologie se reporteront à l’excellent ouvrage de notre ami Jean-Paul BILLOT : « Homéopathie en gériatrie » (Maloine 1992).

            Il faut rappeler que les pathogénésies sont réalisées par des volontaires adultes, jamais par des enfants. Or, le même médicament peut être utile chez l’enfant, ou chez l’adolescent, ou chez l’adulte ou enfin chez le vieillard. Mais les indications peuvent varier = par exemple les remèdes de sclérose en concernent que les adultes mûrs ou les vieillards. C’est le cas de PHOSPHORUS qui offre deux aspects bien différents, voire opposés selon qu’il concerne un adolescent ou un adulte plus ou moins âgé. 

 

« CALCAREA CARBONICA »

             Le carbonate de calcium est l’un des sels de calcium indispensables au développement osseux. Il est donc logique que son type sensible soit défini par des caractères morphologiques = le sujet bréviligne à ossature épaisse, aux tissus mous et lent à tous points de vue.
 

    Lorsqu’un papi CALCAREA CARBONICA arrive au cabinet dentaire, nous voyons d’abord sa morphologie bréviligne, souvent toute en rondeur, toujours au comportement lent. Dans ses antécédents, on retrouve :
 

·      La tendance à l’obésité qui est naturelle, mais dans des circonstances inhabituelles, ce sujet peut maigrir (type maigre).

·      La notion de lithiase biliaire ou rénale

·      Des alternances entre des troubles cutanés (eczéma, éruptions diverses avec suppuration et adénopathies) et des troubles muqueux (ORL = rhino-pharyngites itératives qui ont été très fréquentes dans l’enfance mais qui ont persisté moins fréquemment à l’âge adulte - mais par la suite bronchites chroniques ou asthme rebelle ou emphysème, avec < par le froid humide qui est souvent la cause déclenchante) ou des troubles digestifs (par surcharge alimentaire, appétit pour des aliments indigestes, dégoût de la viande, désirs d’œufs, digestion lente avec fermentations acides, insuffisance hépatique, intolérance au lait, constipation de plus en plus opiniâtre avec quelques débâcles diarrhéiques à la suite d’écarts de régime, coliques hépatiques et surtout néphrétique). Le tout aboutit à ce que l’on appelle des « troubles nutritionnels » avec modifications des constantes biologiques (cholestérol, acides gras, triglycérides, urée...) avec tendance scléreuse à tous les niveaux (arthroses, hypertension artérielle...).

            Tous ces troubles étalés dans le temps traduisent la mise en œuvre du mode réactionnel psorique. Mais du fait de la tendance constitutionnelle au ralentissement métabolique, ce sujet est contraint de mettre en œuvre plus ou moins précocement le mode sycotique qui s’exprime par : 

·      Une sensibilité au froid humide qui induit plusieurs pathologies (ORL +++).

·      Des proliférations cutanées (verrues planes de la face, verrues plantaires larges, polypes dans le nez, l’utérus, le vagin, la vessie..., des fibromes, des lipomes, des adénomes dont prostate, etc...)

·      Une atteinte rhumatismale comme la goutte ou tous rhumatismes aggravés par le froid humide, par les premiers mouvements et améliorés par le mouvement continué.

·      Une imbibition hydrique qui peut conduire à NATRUM SULFURICUM ou qui l’annonce lorsque s’accentue la sensibilité et l’aggravation au froid humide.. 

            Voilà donc le contexte clinique que l’on retrouve à divers degrés chez un papi CALCAREA CARBONICA lorsqu’il vient consulter son dentiste. Pourquoi vient-il voir son dentiste :


(Type équilibré)
 

         Il existe très souvent des papis de ce type en bon équilibre de santé. Ils ont certes la morphologie et la lenteur décrites mais leur mode de vie les a préservés de troubles graves. Ces sujets ont généralement des dents courtes et trapues et surtout un os alvéolaire bien minéralisé. On retrouve chez eux une tendance aux hypercémentoses. On constate souvent des abrasions physiologiques (tendance au bruxisme) parfois très importantes mais pas ou peu d’alvéolyse, donc pas de mobilité dentaire. Ils se plaignent parfois de douleurs dans les dents notamment en buvant de l’eau froide ou à l’air froid, ou encore aux courants d’air. On peut voir encore ces papis pour des aphtes buccaux notamment au palais. Ou pour des sensations de brûlure dans toute la bouche ou au palais ou à la langue (pointe notamment). Ou enfin pour des dysgueusies très variées, la plus fréquente étant un goût acide.
 

      Mais il existe aussi des papis CALCAREA CARBONICA ayant de gros problèmes bucco-dentaires. Ils viennent alors consulter pour l’un ou plusieurs des motifs suivants : 

·      Carie dentaire et notamment aux collets, avec émiettement des dents.

·      Maladie parodontale avec poches suppurées, gencive œdématiée, décollement cervical, alvéolyse, gingivorragies importantes...

·      Sécheresse buccale pire la nuit avec salive acide. C’est un remède possible du syndrome de Gougerot, d’autant plus qu’il existe une tendance à l’inflammation avec tendance à la sclérose des glandes salivaires, dont surtout la parotide.

·      Tendance aux proliférations cellulaires = épulis, grenouillette, toutes tumeurs bénignes ou même cancéreuses (langue). Penser aussi au pulpomes  (tumeurs bénignes de la pulpe dentaire).

·      Tendance à la perlèche, aux mycoses, aux éruptions vésiculeuses.
 

(Type scléreux)
 

          Voilà donc nos papis CALCAREA CARBONICA. Ils n’ont pas obligatoirement tous les troubles décrits bien entendu, et on retrouve là la possibilité préventive qui a souvent été précisée. Lorsque l’on voit un tel sujet en bon équilibre, il convient de lui prodiguer les conseils d’hygiène au sens large, de lui donner éventuellement son médicament en prises espacées. Lorsque les troubles généraux existent, la pathologie bucco-dentaire y est associée et le pronostic est fatalement moins bon. D'autant plus que CALCAREA CARBONICA est l’un des remèdes de l’hypothyroïdie. Il faut y penser même si c’est souvent le médecin qui la dépiste et surtout qui la prend en charge. En cas de parodontopathie, la chirurgie ne sera entreprise que si l’état général est restauré.

 

    C’est ce type de sujets qui présentent le plus volontiers des constructions cellulaires lors de traumatisme prothétique prolongé, alors que le luétique fait plutôt des ulcérations et que le tuberculinique réagit par une perte de substance


     En conclusion = CALCAREA CARBONICA chez le vieillard se trouve indiqué surtout pour des troubles qui expriment le mode réactionnel sycotique car la sclérose et la lenteur dominent. Le potentiel réactionnel est alors diminué. Il faut le prescrire longtemps en dilutions plutôt élevées (15 CH hebdomadaire par exemple pour commencer), sauf en cas de constipation opiniâtre ou en cas de blocage cutané (7 CH deux à trois par semaine). Bien entendu, il existe aussi des « Mamies » CALCAREA CARBONICA. Elles commencent souvent leur décompensation au moment de la ménopause, période où leur silhouette peut prendre l’aspect caractéristique infiltré, si elle ne l’était pas déjà car les occasions sont nombreuses (excès alimentaires, sédentarité, puberté, grossesses, vaccinations...)..

  

«KALI CARBONICUM »

             C’est l’un des remèdes d’aggravation de CALCAREA CARBONICA. Cela veut dire que l’on retrouve le type sensible : papi bréviligne, aux tissus mous et flasques, obèse et infiltré (la fameuse boule oedémateuse de l’angle interne des paupières supérieures è petit signe objectif qui peut précéder l’infiltration générale), teint pâle sans doute par anémie, vite découragé, anxieux pour tout (notamment pour sa santé), devenu hypersensible (bruits +++, moindre contact, courants d’air froid...), irritable, de mauvaise humeur. Asthénique et anémié, il est devenu encore plus frileux que le remède précédent, en particulier les courants d’air froid sont devenus des phobies. Malgré la frilosité, il transpire beaucoup et au moindre effort. 

            Par rapport au précédent, KALI CARBONICUM exprime une aggravation de la tendance scléreuse, notamment cardio-vasculaire (anémie, hypotension, faiblesse du myocarde, insuffisance cardiaque droite) et articulaire (lombalgies, rachialgies, arthralgies avec sensation de faiblesse des articulations - douleurs lancinantes, piquantes, brûlantes, erratiques). Ce qui explique cette évolution, ce sont = les suites de maladies graves débilitantes et à convalescence difficile, un surmenage physique et surtout intellectuel intenses et prolongés, le climat froid et humide mal supporté, des erreurs diététiques (excès de farineux par exemple). 

            Parfois, sous l’effet de ces causes, l’insuffisance hépatique s’aggrave, le sujet peut maigrir, présente un aspect maladif, frissonne au moindre froid, craint particulièrement le froid humide. Voyant son état de santé se détériorer, ce patient devient anxieux, agité, il pleure souvent, prend toute activité en horreur.  

            Les troubles digestifs sont souvent importants : digestion lente notamment des féculents avec fermentations acides, sécheresse buccale en dehors des repas, ballonnement intense juste après les repas, même en mangeant peu, constipation opiniâtre avec des selles dures très volumineuses, douleurs anales à la défécation, hémorroïdes volumineuses, saignantes, brûlantes, douloureuses, crises hépatiques douloureuses, etc...           

Comme CALCAREA CARBONICA, ce papi peut avoir des problèmes respiratoires = coryza, asthme, bronchite chronique .... 

            Pourquoi ce papi KALI CARBONICUM vient-il consulter son dentiste ?

Pour des troubles banals tels que : 

·      Aphtes ou ulcérations, ou vésicules brûlantes, douleurs variées (dents, gencives, langue).

·      Dysgueusies : goût amer, aigre, de sang, sucré, insipide, putride, vaseux...

·      Mauvaise haleine (vieux fromage) ;

·      Sécheresse buccale : le matin au réveil, sans soif... 

A un stade de décompensation plus avancé : « tout  se gâte » = 

·      Gingivite ulcéreuse pouvant aller jusqu’à un aspect scorbutique.

·      Inflammation, gonflement et ulcérations des gencives

·      Les gencives se décollent des dents, s’en séparent.

·      Les dents alors se gâtent et il faut les arracher de bonne heure

·      Parodontolyse.

 

            En résumé, KALI CARBONICUM réunit des signes de faiblesse physique et mentale, quelques manifestations d’excitation (irritabilité, hypersensibilités, douleurs...) sur fond dépressif, des troubles organiques au niveau des grandes fonctions (digestive, cardiaque, respiratoire, rénale, endocrinienne...), le tout aboutissant progressivement à des multi-blocages émonctoriaux et à de nombreuses scléroses. Comme nous le répétons très souvent, l’attitude du praticien dépend  du moment de la consultation. Si le patient vient consulter au stade des troubles banals, il n’est pas facile de mettre en évidence l’indication de ce médicament car les signes les plus caractéristiques sont discrets. Si le patient arrive au stade de la maladie parodontale établie et difficilement réversible, il ne faut pas attendre des miracles. Après quelques extractions parfois indispensables pour les dents les plus atteintes, puis suppression de toutes causes locales d'irritation, le traitement de fond doit être entrepris, le plus souvent avec la collaboration du médecin traitant. Lorsque l’état général s’est amélioré, on pourra alors entreprendre le traitement chirurgical s’il est nécessaire. c’est à ce prix que l’on évitera les récidives, du moins dans une certaine mesure.  

            En fait, KALI CARBONICUM n’est pas un remède de fond aussi important que CALCAREA CARBONICA ou d’autres. Il est seulement un médicament satellite qui marque une étape dans la décompensation d’un sujet soit ancien SULFUR, soit ancien CALCAREA CARBONICA. En tout cas, ce sujet abandonne le mode psorique parce que ses éliminations sont devenues insuffisantes, il a mis en œuvre le mode sycotique, comme CALCAREA CARBONICA. Il peut être comparé à GRAPHITES, il annonce LYCOPODIUM lorsque ou quand les fonctions hépatiques et rénales vont être atteintes ou NATRUM SULFURICUM quand l’imbibition hydrique va s’aggraver. Autrement dit, KALI CARB. marque une étape, il faudra reprendre l’observation du patient et lui donner un nouveau médicament qui s’imposera par la symptomatologie.

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BARYTA CARBONICA
 

  

 Le carbonate de baryum offre une nouvelle occasion de répéter ce que nous disons inlassablement à la suite de Roland ZISSU. A savoir = certains médicaments comme GRAPHITES, NATRUM SULFURICUM ou BARYTA CARBONICA, et bien d ‘autres, développent leur action lentement, progressivement, ils laissent donc le temps de prévenir les troubles annoncés dans la Matière médicale à deux conditions = voir le patient en temps utile et dans ce cas « ne pas rater » l’indication de ces médicaments qui ne s’expriment précocement que par des signes discrets. Mais les cadres réactionnels diathésiques constituent alors des guides précieux.

 

 

     Le carbonate de baryum a une action sur la croissance et sur la nutrition générale et se trouve indiqué soit chez l’enfant « retardé » pour tout, ayant des hypertrophies ganglionnaires (amygdales notamment), soit chez le vieillard polyscléreux. Cette action est diphasique : il y a d’abord un stade de pléthore avec engorgement et pré-sclérose déterminant une hypertrophie tissulaire puis une congestion artérielle, ensuite un second stade où la sclérose se confirme avec déshydratation, induration tissulaire et sclérose artérielle. Certains reconnaîtront là le mécanisme physiopathologique du mode luétique. En fait les choses sont plus compliquées car BARYTA CARBONICA est l’un des remèdes polydiathésiques : C’est essentiellement le mode sycotique qui domine chez le vieillard qui est prématurément vieilli. Tout l’intérêt est justement d’éviter au patient le stade ultime des lésions. Dans ce dernier cas, nous verrons au cabinet dentaire un vieillard débilité = sa mémoire est très faible, il ne trouve pas les mots, hésite, il est lent pour tout. Ce tableau peut aller jusqu’au gâtisme, on dit souvent de lui qu’il est retombé en enfance ! C’est un sujet hypertendu par artériosclérose, il n’est pas rare qu’il ait eu déjà quelques accidents vasculaires. Il se plaint de vertiges, de céphalées congestives. Il est faible, dur d’oreille, tremblant, il tousse fréquemment jusqu’à s’étouffer par des spasmes. Il est bien sûr très constipé (selles difficiles et noueuses avec inertie rectale).
 

 Au cabinet dentaire : 

·      Hypertrophie, induration, douleurs des glandes salivaires, sous-maxillaires et parotides, avec grande sécheresse buccale pire le matin, avec soif et cependant hypersalivation pendant le sommeil, la nuit. Remède possible du syndrome de Gougerot.

·      Parodontopathies : gencive enflée, rétractée, saignant, abcès récidivants avec ou sans fistules d’origine dentaire, mobilité dentaire, aphtes, mucosités dans la bouche.

·      Indurations dans la joue ou de la langue.

·      Faiblesse et paralysie de langue chez les personnes âgées, rendant la phonation difficile, morsures de la langue pendant la mastication, notamment en cas de prothèses.

·      Nombreuses douleurs dentaires.

·      Nombreuses dysgueusies.

             D. DEMARQUE conseille pour prévenir la sénescence = 9 CH chaque matin pendant 20 jours par mois en alternance avec ARSENICUM IODATUM  9 CH chaque soir dès la soixantaine.

  

« AMMONIUM CARBONICUM »

             Le carbonate d’ammonium constitue, du point de vue diathésique, une étape de décompensation grave sur le plan général par conséquent sur le plan bucco-dentaire. D’abord sur le plan général, ce médicament s’adresse à un sujet asthénique, épuisé par une anémie, ou par des hémorragies, par des intoxications (par l’oxyde de carbone par exemple), très frileux, aggravé par le froid surtout humide. Il annonce déjà PSORINUM par son manque de réactions aux médicaments homéopathiques d’action ponctuelle pourtant bien indiqués. Il s’agit plus souvent d’une femme grasse, épaisse, lourde, bedonnante, d’aspect malsain, indolente. Cette femme déprimée se néglige (horreur des lavages), elle a des crises fréquentes de défaillance (lipothymie à la moindre occasion et notamment au cabinet dentaire). Les éruptions « sortent » mal, les sécrétions sont irritantes, corrosives, excoriantes, les inflammations muqueuses évoluent vers l’ulcération avec hémorragies de sang noir, coagulant mal et vers la gangrène.

             C’est un remède important d’insuffisance rénale, d’asthme, de troubles cardio-respiratoires (dyspnée pire à 3h du matin et à l’effort - faiblesse cardiaque, accélération du pouls, palpitations, hémorragies foncées et fluides). L’atteinte rénale s’exprime par une insuffisance avec uricémie, urémie, évolution vers une néphrite scléreuse.

             Dans ce contexte, LATHOUD annonce « Un gonflement inflammatoire des gencives, gencives scorbutiques, les gencives s’écartent des dents qui se déchaussent et la muqueuse saigne facilement. La bouche est sèche, avec une grande sensibilité des dents, surtout en les serrant. On a alors l’impression qu’elles sont trop longues, ou bien cela provoque un ébranlement douloureux à travers la tête...Les dents font très mal à chaque changement de temps ou de modification de la température intra-buccale... ».

             C’est donc le tableau d’une maladie parodontale évoluée et évolutive, de pronostic d’autant plus sévère que la fonction rénale est atteinte. Il est rare que ce soit le dentiste qui dépiste cette dernière à partir des signes buccaux = bouche sèche et déshydratée, sensation que la langue est « rôtie », dépôts brunâtres et collants, gingivite ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique, poches suppurées, halitose d’odeur ammoniacale, parotidite... Si ce diagnostic n’était pas encore posé, le rôle d’orientation du dentiste doit s’exprimer. Mais le plus souvent, cette Mamie vient consulter trop tard, la chirurgie parodontale serait vaine sans amélioration de l’état général. En tous cas, la prothèse est sans doute la meilleure solution.  

 

« AURUM METALLICUM »

            L’or était déjà utilisé dans l’Antiquité, notamment par Dioscoride (36 avant J.C.) ou par Avicenne (XI° siècle), pour le traitement de la mélancolie, contre la mauvaise haleine, contre la chute des cheveux, les cardialgies, etc... Même si son utilisation dans les reconstitutions dentaires remontent déjà à plusieurs siècles, l’or n’en est pas moins un métal étranger à l’organisme et par conséquent, son action ne peut être que toxique, en deux phases. La première s’exprime par des congestions, des spasmes, des hypertrophies, la seconde par des défaillances organiques avec des scléroses multiples sur un fond dépressif dominant.

             MAIS, et c’est pour nous un leitmotiv, l’action de l’or est LENTE et les troubles chroniques le plus souvent. D’où la possibilité d’une prévention si les circonstances conduisent le papi Aurum a une consultation suffisamment précoce.

             D’abord que disent les Matières médicales à propos de la bouche et des dents de AURUM METALLICUM ? 

·      Haleine fétide comme du « vieux fromage », goût putride.

·      Douleurs dentaires au moindre froid, douleurs rongeantes ou de contusion lors de la mastication. Carie dentaire, aux collets.

·      Douleurs perforantes du palais, ostéite du palais, ulcérations du palais (syphilis).

·      Gingivite ulcéreuse, sialorrhée, suppuration alvéolaire, tendance à la nécrose osseuse, mobilité dentaire...

·      Hypertrophie et ulcération des amygdales, adénopathies satellites...

·      Brûlure dans toute la bouche - Lichen buccal...

·      Aphtes, notamment au niveau de la langue....

 


        AURUM peut donc être un remède de gingivite ou surtout de parodontopathie grave, suppurant beaucoup et donc d’un pronostic plutôt défavorable si l’on  désire conserver le maximum de dents. La chirurgie doit être particulièrement réfléchie car le contexte général n’est pas favorable.

       Le papi AURUM a habituellement des problèmes cardio-vasculaires, il est souvent déprimé, il souffre de rhumatismes et ne parlons pas ici des problèmes sexuels. C’est encore un ancien alcoolique ou même un alcoolique qui n’a pas encore pris sa retraite !

       Le « moins » qu’il puisse avoir est simplement une atteinte rhumatismale = douleurs articulaires chroniques, souvent erratiques avec congestion locale, dilatation veineuse, douleurs aggravées par le froid (et donc en hiver), au toucher et la nuit, améliorées par la chaleur (et en été). 

        Le plus fréquent est l’atteinte cardio-vasculaire = hypertension chez un papi congestionné et pléthorique. Il a des bouffées de chaleur, des palpitations violentes qui peuvent inquiéter le dentiste, des battements visibles des carotides ou des temporales, le tout accompagné d’anxiété. Il existe aussi une « Mamie Aurum » qui présente le même tableau d’hypertension qui est apparu progressivement après la ménopause et qui évoque LACHESIS. 

       Dans la phase d’excitation, on peut voir un papi agité, précipité, autoritaire, coléreux, hypersensible (à la contradiction, à la douleur, au bruit, au froid....). Il a souvent des penchants pour l’alcool que pourtant il ne supporte pas bien : ballonnement de l’estomac, brûlures gastriques, éructations et régurgitations. Ce qui le met en colère !

        Et puis il y a le contexte dépressif si souvent décrit : VOISIN le décrit comme « un mélancolique introverti dégoûté de la vie ». Ce grand-père (ou cette grand-mère) est triste, « voit tout en noir », n’a plus confiance en lui, hésite pour tout, a des scrupules pour des riens, craint l’avenir. Il se renferme sur lui-même dans une introspection constante avec désir de solitude, pleurs sur ses fautes (lesquelles ? il n’en sait pas plus que LACHESIS !). Le dégoût de la vie apparaît avec des idées obsédantes d’autolyse compensées par une crainte de la mort. Mais cette inhibition du passage à l’acte suicidaire peut être parfois levée et il est classique de conseiller la surveillance de tels patients.

     AURUM s’intègre le plus souvent dans la liste des médicaments du mode luétique (ne pas oublier que les sels d’or ont été utilisés dans le traitement de la syphilis). Ce mode réactionnel est très souvent sollicité chez un ancien SULFUR qui a succombé à l’intoxication alcoolique. Son action lente impose un traitement prolongé. 

 

  « CAUSTICUM »

 
            Voilà un papi qui semble bien triste. Certes le cabinet dentaire, pour le patient, n’est pas forcément un lieu de plaisir ! Mais ce papi que l’on connaît pour l’avoir suivi depuis longtemps a perdu  son épouse il y a quelques mois et de plus relève d’une maladie grave (troubles respiratoires). 

            Ce vieillard grand et sec, à la démarche enraidie, est particulièrement pâle. Il marche avec peine, il souffre de rhumatismes depuis des années et certaines de ses articulations semblent paralysées. Il éprouve d’ailleurs une même paralysie au niveau de la langue ce qui explique sa parole déformée, hésitante et les morsures de sa langue lorsqu’il mange ou parle. 

            Ce qui frappe d’emblée, c’est d’abord sa grande faiblesse qui se voit dans le comportement hésitant et sa tristesse : il semble désespéré, il est larmoyant, son regard traduit une anxiété comme si un malheur allait arriver. Mais en même temps il est irritable, d’abord contre lui et ses maladresses. 


Pourquoi consulte-t-il son dentiste ?

             Les signes bucco-dentaires représentent près de 4 pages dans le Répertoire de Kent. On ne prescrira jamais sur ces seuls signes locaux et c’est la raison pour laquelle le contexte général est décrit plus loin, comme d’ailleurs pour tous les médicaments d’action profonde.

·      Gingivite ulcéreuse avec des gingivorragies faciles, douleur de plaie ou de meurtrissure, ou brûlante comme par de la chaux vive. Plusieurs poches suppurées, déjà traitées mais récidivant  souvent. Abcès et fistules.

·      Douleurs dans toute la bouche et au niveau de la langue : surtout brûlantes, mais aussi sensation d’écorchure, de rongement, de piqûres...

·      Il y a toujours une douleur dentaire chez ce pauvre homme : en aspirant de l’air froid, après une boisson, au toucher, douleur déchirante, piquante, brûlante, cuisante, etc...

·      Dents : cariées, abcès d’origine dentaire, grincement des dents en dormant, maladie parodontale, sensations : dents longues, dents « molles », trop grosses, qu’on arrache ses dents... Les douleurs dentaires irradient un peu partout.

·      Vésicules brûlantes et douloureuses dans toute la bouche et particulièrement au niveau de la langue.

·      Cancer lingual.

·      Dysgueusies : acide, amer, gras comme par de l’huile, insipide, putride, irritation des papilles et haleine nauséabonde...

·      Troubles de l’élocution avec morsures de la langue ou de la joue dus à la paralysie ou aux parésies de la langue. Sécheresse linguale. 

            En dehors de la pathologie dentaire lésionnelle, CAUSTICUM peut être un remède de stomatodynies ou de glossodynies.

            Plusieurs de ces troubles bucco-dentaires peuvent s’inscrire dans un contexte digestif : sécheresse de la langue et de la bouche, douleurs crampoïdes et surtout brûlantes au niveau de l’épigastre et de l’estomac, nausées aggravées en mangeant de la viande, vomissements acides, éructations ayant le goût des aliments, beaucoup de gaz fétides, constipation habituelle avec besoins fréquents et inefficaces, selles dures, d’aspect graisseux, demandant beaucoup d’efforts (les selles passent mieux en position debout ! ! !), hémorroïdes gonflées, dures, prurigineuses, brûlantes (sensation de plaie à vif).

 
Des rhumatismes sont toujours là :

             Il s’agit de toutes sortes de rhumatismes et leurs caractéristiques proviennent des modalités : aggravation par temps clair et beau, par le vent froid et sec, au grand air, la nuit (entre 3 et 4h), amélioration par le temps humide et pluvieux. En même temps, le patient a la sensation que ses tendons sont trop courts et l’ensemble s’accompagne d’une grande faiblesse générale, de contractures tendineuses et musculaires, de raideur et de parésies locales ou générales.

           Et puis il y a des paralysies. D’abord celle spectaculaire qui est la paralysie faciale par suite de froid sec, qui correspond à la névralgie faciale dans les mêmes circonstances. Il y a ensuite des parésies ou des paralysies comme la ptôse de la paupière supérieure, l’incontinence d’urines en toussant, en éternuant par faiblesse parétique de la vessie ou au contraire la rétention d’urines avec des besoins fréquents et inefficaces, toujours pour la même cause. Ou encore la paralysie des cordes vocales, ou la constipation par parésie de l’intestin, ou enfin la paralysie du nerf optique avec des troubles de la vision. Il s’agit le plus fréquemment de paralysies progressives dans leur apparition, elles peuvent se produire n’importe où. 

          Il y a bien entendu d’autres troubles que ceux décrits succinctement ci-dessus. Comme l’écrit R. ZISSU, CAUSTICUM est un remède fréquent chez un vieillard paralytique (paralysies d’origine cérébrale ou paraplégies d’origine médullaire) et impotent, bronchitique chronique, incontinent avec une hypertrophie de la prostate, et surtout artérioscléreux (vertiges, cardio-vasculaire, vertiges, cataracte...). Inutile de dire combien la chirurgie parodontale ne sera envisagée qu’avec beaucoup de réserve.

  

« THUYA »

             On la reconnaît dès qu’elle entre dans le cabinet dentaire = classiquement le « type sensible » est défini par les signes suivants : aspect gras et luisant de la peau du visage et notamment les ailes du nez et l’espace inter-sourcillier (peau épaisse, irritée, pores dilatés), varicosités sur les ailes du nez, aux pommettes,  raréfaction des poils des sourcils (queue), veines distendues notamment sur le dos des mains, hanches imbibées (cellulite). Cela c’est ce que l’on voit ou plutôt que l’on devrait voir si Mamie Thuya ne mettait pas et n’abusait pas de poudre de riz ! C’est que cette vielle dame est restée coquette ! Ensuite, on peut affiner ce type sensible. Il existe souvent des varices sous la langue. Il existe également une tendance aux formations cellulaires dont certaines peuvent être apparentes sans faire dévêtir = verrues molles, pédiculées, en chou-fleur, humides, saignant facilement, molluscum pendullum, le tout fréquemment à la face et au menton, polypes des narines, et il y en a que l’on ne peut apercevoir d’emblée = polypes, condylomes, végétations, kystes (ovaire gauche notamment), fibromes localisés notamment dans les régions anale et génitale, ou ailleurs. On peut constater des ongles mous, cassants striés longitudinalement.   

             On peut voir cette Mamie au cabinet dentaire pour diverses raisons :

 n    Souvent pour des stomatodynies ou des glossodynies : sensations de brûlure dans la bouche et plus particulièrement au niveau de la pointe de la langue. Le contexte psychogène est apporté fréquemment par la disparition du conjoint surtout par maladie grave. Le tout aboutit à une véritable cancérophobie obsessionnelle. C’est qu’il y a dans THUYA une tendance à la dépression et aux idées fixes obsessionnelles, avec anxiété, sensibilité et impressionnabilité, tendance aux pleurs.

 n    Souvent également pour des caries = caries des faces distales des molaires et prémolaires, légèrement sous le collet ou caries des collets radiculaires, ce qui implique une dénudation des collets, fréquente chez la personne âgée.

n    Ou encore pour une véritable maladie parodontale, bien qu’habituellement celle-ci soit plus dégénérative qu’inflammatoire = enflure de la gencive, gingivorragies, douleurs brûlantes...

 n    Ou pour des douleurs dentaires ou faciales : brûlantes, coupantes, piquantes, avec les modalités typiquement sycotiques è influence de l’humidité et du froid humide qui déclenchent ou aggravent ces douleurs. Signalons pour THUYA les douleurs dentaires, plus volontiers du côté gauche, après avoir bu du thé ou chez des buveurs de thé (à condition bien entendu de retrouver les autres signes du remède).

 n    Plus rarement mais pas exceptionnellement, les sujets THUYA peuvent consulter pour une épulis, ou une grenouillette photo ci-dessous) ou encore pour une néoformation maligne, dont l’épithélioma de la langue.

             THUYA est le principal remède de fond des troubles du mode sycotique. On retrouve donc dans les antécédents ou dans les circonstances étiologiques des troubles dus au dysfonctionnement immunitaire, tenaces, rebelles aux traitements, récidivants, faisant suite à des injections de protéines étrangères (vaccinations, sérothérapies), ou à des chimiothérapies itératives (antibiotiques donnés pour diverses infections, notamment O.R.L. et génito-urinaires - corticoïdes prescrits par exemple pour des rhumatismes chroniques - contraceptifs, neuroleptiques, diurétiques...). La susceptibilité au froid humide, la tendance aux productions tumorales de toutes natures, la tendance à l’imbibition hydrique, aux infections répétées et tenaces dont les mycoses, la chronicité, la progressivité des troubles, la tendance dépressive secondaire confinant aux idées fixes, tout cela définit THUYA et la Mamie Thuya en offre un exemple , même lorsqu’elle se rend au cabinet dentaire. 

 

« MEDORRHINUM »

 
           Dans un excellent ouvrage, le Dr E.F. LEFORT dresse un portrait peu ragoûtant d’une femme prostituée qu’il appelle Medorrhina. Certes ce portrait décrit une femme encore jeune mais il est facile d’imaginer ce que le temps et la sénescence peuvent ajouter à cette description. Voici quelques extraits de cette savoureuse description :

              « Sous la poudre et le maquillage... on devine le teint réel de l’héroïne de Medorrhinum. Les traits dont le contour n’est plus qu’un rappel lointain du minois de l’arpette de 16 ans, sont oubliés sous cette peau qui a perdu toute apparence de fraîcheur et de santé. Le teint est jaune, non pas tavelé de taches régulières comme Sepia, mais d’un ton flétri, cireux, tirant sur le verdâtre, presque uniforme, plus marqué autour des yeux et à la lisière des cheveux, ces cheveux qui brunissent trop vite, ce qui désespère les blondes (les hommes eux, deviennent rapidement chauves, c’est encore plus grave). Les yeux sont gâtés par une blépharite chronique : le rimmel ne suffit pas à masquer le bord croûteux et suintant des paupières, et le larmoiement est là fréquemment pour rappeler « les larmes de Priape », qui ont valu à la malheureuse sa contamination première, sans compter celles qu’elle a fait verser à tant d’autres, souvenirs inoubliables des contacts impurs et désordonnés. La bouche ne cède en rien aux paupières : croûtes, herpès labial, voilà qui n’attire guère le baiser. Elle l’attirerait encore moins si l’amant ingénu savait ce qu’il y a derrière : des dents jaunâtres, cassantes et cariées, une langue chargée, épaisse surtout le matin (tristesse des réveils blafards après les nuits mal employées), blanche à la base, rouge par ailleurs, des aphtes un peu partout, un pharynx encombré de mucosités grisâtres et sanguinolentes.... ».

 Ce portrait ne doit pas laisser croire que tous nos patients susceptibles de recevoir MEDORRHINUM se livrent à la prostitution ou s’y sont livrés dans leur jeunesse !

 Notre Mamie Medorrhinum est agitée, impatiente, précipitée et fait tout avec hâte (alors qu’elle a le sentiment que le temps passe lentement). Elle tend à remuer sans cesse (notamment les membres inférieurs, ce qui fait penser à Zincum metallicum. Et surtout elle est très souvent déprimée, irritable pour la moindre chose, sursaute au moindre bruit, se plaint d’une grande faiblesse de la mémoire (surtout pour les faits récents et pour les noms propres). Tous ses troubles sont aggravés lorsqu’elle y pense en particulier les douleurs, comme Oxalyc acid.) et elle a tendance à pleurer en parlant de ses troubles ! Elle a tendance à la lipothymie avec besoin d’être éventée. Dans les livres surtout un peu anciens, on décrit MEDORRHINUM comme un ancien blennorragique qui paye plus ou moins tardivement les conséquences de cette maladie vénérienne par des rhumatismes, des névralgies ou des troubles cutanés, etc... En fait, il n’y a pas de systématisation, la blennorragie n’est pas fréquente dans les antécédents. Mais MEDORRHINUM est le biothérapique du mode réactionnel sycotique. On retrouve donc dans la matière médicale de ce médicament tous les signes et symptômes de ce mode réactionnel. Notamment la tendance aux infections des muqueuses avec les caractéristiques habituelles : chronicité, torpidité, récidive = infections génitales (dont les mycoses, les chlamydiases...), infections O.R.L. et bronchiques (asthme en particulier > au bord de la mer), le tout accompagné de sécrétions et d’excrétions profuses, irritantes, prurigineuses et de mauvaise odeur.

             Inutile de rappeler que nos papis et mamies Medorrhinum sont perclus de rhumatismes. Ils viennent consulter le dentiste pour les troubles suivants, banals par eux-mêmes mais que le contexte général valorise : 

·      Aphtes dans toute la bouche ou sur la langue (qui est saburrale).

·      Maladie parodontale : gencive pâle, rétractée, ulcérée, suppurante...

·      Caries dentaires avec émiettement, bords friables, dents sensibles à la mastication...

·      Haleine fétide, hypersalivation pire la nuit avec une salive filandreuse, goût métallique (cuivre).

·      Ulcérations et vésicules au niveau de la langue.

·      Herpès labial.

·      Mycose buccale.

             Comme on le voit, ces signes bucco-dentaires sont en eux-mêmes peu significatifs mais le mode sycotique s’exprime par la ténacité, la chronicité, la récidive des troubles et cela s’explique sans doute par une perturbation des réponses immunitaires locales et :ou générales. Rappelons en passant que MEDORRHINUM peut être un remède de la polyarthrite rhumatoïde, maladie auto-immune. On peut lire à ce propos une observation clinique de G. NOWACZYK dans laquelle MEDORRHINUM a été mis en évidence entre autres signes par une désir inhabituelle d’oranges (importance des signes curieux, inhabituels, singuliers déjà signalée par HAHNEMANN dans son Organon)!

            On retrouve fréquemment chez le vieillard une polypharmacie chimique comme les vaccinations répétées, l’antibiothérapie, les anti-inflammatoires dont les corticoïdes au long cours, tous médicaments qui favorisent ou accentuent le mode sycotique. Le ralentissement des échanges et la rétention d’eau dans les espaces péri-cellulaires perturbent la mobilisation des éléments cellulaires de la réponse immunitaire. C’est le même mécanisme que l’on retrouve dans NATRUM SULFURICUM et THUYA, entre autres. Mais, et c’est notable, MEDORRHINUM est beaucoup moins sensible à l’humidité que les autres remèdes cités.  

            Comme pour les autres biothérapiques diathésiques, on donne MEDORRHINUM en moyennes ou hautes dilutions lorsque la similitude l’impose. Mais on peut l’ajouter à une prescription lorsque le mode sycotique l’impose à l’évidence, en 30 CH une fois par mois par exemple, notamment lorsque dominent les troubles scléreux et lorsque la déshydratation commence à faire suite à l’imbibition de NATRUM SULFURICUM ou de THUYA.  
 

  « PSORINUM » 

             Avec ce Papi, prévoir du temps. Il doit enlever son pardessus, sa veste, ses pull-overs, sans oublier le cache-nez. Quoi ? Vous dites qu’on est en été ? Et alors. Ce Papi a toujours froid . Et puis penser au médecin lorsqu’il doit faire déshabiller complètement ! Et lorsqu’il est « enfin » prêt pour l’examen dentaire, on remarque son aspect souffreteux, sa silhouette maigre, son teint pâle, la peau grasse sur le front, sa perlèche, sa blépharite, ses cheveux secs et cassants (ou très gras). On dit dans les livres que ce Papi a un aspect sale et sent mauvais. C’est sans doute exagéré, du moins en patientèle de ville.  

            Ce papi est asthénique et cela se voit. Il est anxieux et cela se voit aussi. Comme ARSENICUM ALBUM, il se croit incurable, quel que soit le trouble dont il souffre, d’ailleurs il faudrait dire « les troubles », car il en a plusieurs.  

            PSORINUM, nul l’ignore, est le biothérapique du mode psorique lorsque celui-ci est parvenu au terme de son cheminement. Ce qui explique l’état général de ce patient, à l’opposé du SULFUR sthénique. Tous ses émonctoires ne fonctionnent pas ou le font très mal, d’où l’anergie qui en résulte et qui se manifeste par : 

n    Un manque de réactions aussi bien aux agressions banales de la vie, comme le froid qu’aux médicaments homéopathiques bien indiqués, au point que le praticien doute de sa prescription et le malade de l’homéopathie, voire de la médecine tout court, d’où son anxiété et sa certitude de l’incurabilité des ses troubles. 

n    Les alternances morbides et le côté violent des éliminations n’ont plus rien à voir avec SULFUR. Chez ce papi, tout est avec les 7 bémols à la clé, c’est-à-dire moins spectaculaires sur le plan clinique mais plus tenace et rebelle. La périodicité est ici annuelle = troubles accentués en hiver. Curieusement, ce parient toujours patraque se sent anormalement bien la veille d’une nouvelle maladie. 

n    Il a aussi chez ce pauvre Papi de nombreux problèmes respiratoires allant d’un coryza banal par temps froid, à un vrai rhume des foins et surtout à une bronchite ou à un asthme tenace, accompagnés d’une toux hivernale avec expectoration de mucus jaune verdâtre de goût salé. 

n    Ce Papi souffre fréquemment d’une migraine, ou d’une céphalée occipitale ou frontale, notamment lorsque tarde l’heure du repas. Cette migraine s’accompagne d’une sensation de fringale et se trouve améliorée en mangeant. Il est plutôt constipé avec inertie rectale qui explique les difficultés de défécation et sur ce fond quelques diarrhées impérieuses et brusques, parfois involontaires.  

n    La peau est malsaine avec des éruptions revenant sans cesse, très prurigineuses, surtout à la chaleur du lit et après lavage, souvent sèches et écailleuses ou suintantes avec un écoulement aqueux,  fétide et excoriant, souvent aux oreilles, aux plis de flexion, au cuir chevelu, entre les doigts. Mycoses cutanées et unguéales très tenaces. Très souvent la peau est rouge autour des paupières avec blépharite chronique, paupières agglutinées facilement, larmoiement, photophobie intense (attention au Scialytique), ophtalmie chronique. 

n    C’est un Papi maigre ou plutôt amaigri, malgré un appétit vorace = il se lève la nuit pour manger, il est mieux après avoir mangé. Il est particulièrement frileux, comme cela a déjà été dit = il craint le froid, l’hiver, les changements de temps (vers le froid), l’orage. Il est mieux en été, il recherche la chaleur mais la chaleur du lit réveille un prurit cutané intolérable ! Sa frilosité extrême ne signifie pas que la canicule lui convienne.

 
            Voilà esquissé à grandes lignes le contexte général de ce Papi. Pourquoi vient-il voir son dentiste ? 

·      Au mieux, c’est-à-dire pour des troubles de gravité moyenne : sécheresse buccale, aphtes, sensation de brûlure, gingivorragies, mucosités tenaces, dysgueusies (goût amer, graisseux, d’oeufs pourris, métallique, insipide, perdu, sucré). Perlèche, mycose. Douleurs dentaires, la nuit. Le problème est celui de la cause de ces troubles, souvent d’origine iatrogène du fait des nombreux médicaments chimiques que prend ce Papi. 

·      Plus grave : une maladie parodontale plus ou moins avancée, le plus souvent évolutive et au-delà le plus souvent d’une solution conservatrice.

            Ce Papi qui « dans la galerie abondamment garnie des portraits homéopathiques, occupe une place peu enviable sans doute, mais de choix », « Ce parent triste et misérable de Sulfur », « Un pauvre être qui va accablé, fatigué, qui marche voûté, l’air maladif, peu agréable à voir et peu appétissant à approcher », comme l’écrit LEFORT, ce Papi donc doit être rassuré. Certes, il ne faut pas lui promettre des miracles hors de portée du bistouri mais lui annoncer avec psychologie les solutions adaptées à son état. Et surtout, il faut prescrire ce médicament assez longtemps en l’accompagnant de satellites choisis sur les signes locaux.

            Ne pas oublier non plus de le donner en hautes dilutions espacées lorsqu’un sujet a des difficultés avec son mode psorique.

 

            EN CONCLUSION

             La pathologie du troisième âge, voire du quatrième, devient progressivement la pathologie du quotidien au cabinet dentaire comme chez le médecin. La vieillesse n’est certes pas une maladie, mais elle accumule de nombreux troubles chez le même vieillard. La pathologie bucco-dentaire n’échappe pas à ce fait. Et le dentiste doit s’y préparer. Il se passe toujours quelque chose dans la bouche du vieillard et les incidents mineurs peuvent devenir obsessionnels chez certains patients âgés. L’homéopathie offre l’avantage de ne pas ajouter à la pollution médicamenteuse. La iatrogénie du vieillard tend à devenir envahissante. Il faut le savoir et l’expliquer en mots choisis à ces patients souvent impatients !         

 

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Dernière modification : 13 novembre 2011