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TROUBLES DE LA FONCTION THYROÏDIENNE
ET CONSEQUENCES BUCCO-DENTAIRES

 

  

            Au cours de notre stage d’homéopathie bucco-dentaire, il était rappelé souvent que, dans certains cas, la cause originelle de différentes pathologies bucco-dentaires ne se trouve pas dans la bouche mais hors d’elle. Ainsi, il a été étudié les conséquences bucco-dentaires de l’insuffisance hépatique et de l’insuffisance rénale. A cette occasion l’attitude du chirurgien-dentiste homéopathe a été précisée. Il ne peut prendre en charge que les problèmes bucco-dentaire et s’il doit prescrire un médicament homéopathique, il n’a d’autres choix que de valoriser les signes locaux, certes en tenant compte du contexte général. C’est pour cette raison que le recours au médecin traitant s’impose systématiquement, ce qui est d’ailleurs le cas le plus fréquent. 
 

BREFS RAPPELS
SUR LA GLANDE THYROÏDE

              Cette glande endocrine participe à de nombreux métabolismes par l’intermédiaire de deux types d’hormones, mais elle ne peut fonctionner que sous le contrôle de l’hypothalamus par l’intermédiaire de le TRF (thyrotrophin-releasing-factor) et de l’antéhypophyse par le biais de la TSH (thyréostimuline hypophysaire). :

Les hormones iodées :

             Elles sont élaborées par la thyroïde à partir de l’iode circulant, qui est capté et concentré par les cellules et les vésicules thyroïdiennes. Il s’agit de la thyroxine (ou T4 ou encore tétra-iodothyronine) et de la tri-iodothyroxine  (ou T3). Ces deux hormones règlent la croissance osseuse, le métabolisme des muscles et du tissu conjonctif, ainsi que la maturation du système nerveux central. A fortes doses, elles provoquent la soudure des cartilages de conjugaison. Au cours de leur fonctionnement, elles augmentent la production de chaleur (oxydations) et le métabolisme de base, elles sont hyperglycémiantes, elles catabolisent les protéines et les lipides à fortes doses. 

La thyrocalcitonine :

             Cette hormone thyroïdienne a deux actions principales = elle est hypocalcémiante et hypophosphatémiante.   

 

RAPPELS SOMMAIRES SUR LA PATHOLOGIE THYROÏDIENNE

 
            On peut tout simplement classer les différentes pathologies thyroïdiennes de la manière suivante : 

·        L’hyperthyroïdie

·        L’hypothyroïdie

·        Le goitre exophtalmique

·        L’inflammation aiguë ou chronique = les thyroïdites

·        Les néoplasies ou carcinomes. 
 

CLINIQUE DE L’HYPERTHYROÏDIE :

             On retrouve les signes suivants, dont l’intensité varie selon les malades. 

·        La tachycardie = les palpitations peuvent être paroxystiques au moment d’une émotion, d’une peur, d’un effort physique, etc… ou plus permanente, sans cause déclenchante apparente. Dans ce dernier cas, elle annonce parfois une pathologie cardiaque = fibrillation auriculaire, puis insuffisance cardiaque avec dyspnée, œdèmes, oligurie, c’est ce que l’on appelle la cardio-thyréose.

·        L’amaigrissement est de règle, parfois impressionnant et d’autant plus qu’il s’accompagne le plus souvent d’un appétit dévorant, voire d’une véritable boulimie, avec soif intense. Il est dû à la fonte des masses musculaires.

·        L’asthénie physique, surtout vespérale, mais que rien n’explique dans le mode de vie. Cette asthénie s’accompagne ou explique la paresse et la baisse de l’efficacité professionnelle.

·        La diarrhée est fréquente, de 3 à 6 selles par jour, expliquant la soif et la faim.

·        Les tremblements sont symétriques, mais peuvent concerner la langue. Ils provoquent diverses gênes fonctionnelles.

·        La tendance à certains troubles névrotiques à l’origine de difficultés familiales ou sociales.

             Les examens de laboratoire montrent : 

·        Une augmentation du métabolisme basal.

·        Une hypocholestérolémie mais peu significative, en tout cas non pathognomonique.

·        Une augmentation de T3 et de T4 et une diminution du taux de TSH..

·        Une élévation de la courbe de captation de l’iode.

·        La présence d’un facteur voisin de TSH qui serait en faveur de l’hypothèse d’une origine auto-immune, qui doit être confirmée. 

            L’hyperthyroïdie d’origine centrale serait due à une succession de chocs émotifs. 

 

LE GOITRE EXOPHTALMIQUE ou MALADIE DE BASEDOW :

             Aux signes sus-décrits de l’hyperthyroïdie, on doit ajouter : 

·        L’exophtalmie = protrusion bilatérale des globes oculaires, qui font saillie. Parfois la protrusion est  telle que le malade ne peut fermer les yeux et il y a risque d’ulcérations de la cornée.

·        Le goitre est une simple augmentation de volume de la thyroïde. Il faut le distinguer de l’adénome, souvent toxique, qui est une cause fréquente d’hyperthyroïdie. 

Le traitement classique : 

            Il consiste bien entendu à donner des antithyroïdiens de synthèse, ou à proposer une iodothérapie radioactive ou encore à l’exérèse chirurgicale en cas d’adénome.

 
LES CONSEQUENCES BUCCO-DENTAIRES : 

1.      Chez l’enfant, les hyperthyroïdies sont rares, elles sont responsables d’une accélération de la croissance et des deux dentitions.  

2.      Chez l’adulte, on constate les troubles suivants :

·        Caries multiples

·        Lyse alvéolaire avec évolution vers les parodontopathies.




L'exophtalmie habituelle dans la maladie de Basedow, que l'on retrouve dans le médicament homéopathique IODUM

          
         Pierre. TONNELIER explique que la lyse alvéolaire est due à une hyperactivité des ostéoclastes le long de la lamina dura, par suite d’une hypercalciurie et une diarrhée qui conduisent à un bilan calcique négatif. Il est évident que chez ces patients, toute chirurgie parodontale est non seulement à déconseiller, mais à proscrire, aussi longtemps que la situation n’est pas rétablie et surtout maintenue. Il ajoute : « L’os alvéolaire est ici encore le plus fragile de tous ceux de l’économie et c’est un signal d’alarme que le chirurgien-dentiste pourrait agiter… ». TONNELIER offre en titre de ce chapitre sur l’hyperthyroïdie : « Chez cette jeune femme, la thyroïde « s’emballe », l’ensemble de l’organisme vibre, tremble, « se consume » dans une chaleur métabolique, qui mène à l’épuisement physique et psychique ».

             P. TONNELIER ne connaît pas l’homéopathie mais un lecteur homéopathe ressent l’impression que cet auteur « classique » décrit le mode réactionnel tuberculinique, dans sa phase dite oxygénoïde, de même que dans la description de la clinique de cette affection, on retrouve IODUM, NATRUM MURIATICUM ou encore PHOSPHORUS.  

 

CLINIQUE SOMMAIRE DE L’HYPOTHYROÏDIE 

 

            Il s’agit d’une insuffisance d’élaboration ou de la sécrétion des hormones thyroïdiennes, avec ou sans goitre. Ce dernier peut être la conséquence d’une hypersécrétion de thyréostimuline, pour compenser l’insuffisance des hormones thyroïdiennes. 

            La clinique s’exprime par les signes suivants : 

·        L’asthénie physique, mentale, génitale qui conduit à la torpeur.

·        L’infiltration des téguments et des muqueuses = faciès bouffi, en « peine lune », lèvres et paupières épaisses, langue plus volumineuse, voix rauque (infiltration du larynx), doigts boudinés, etc…

·        L’altération des phanères = chute des cheveux, perte de la queue du sourcil (Thuya), de la pilosité pubienne, ongles et cheveux cassants…

·        L’obésité et l’hypothermie avec frilosité

·        Les troubles digestifs avec anorexie, constipation…

·        Les troubles cardio-vasculaires avec bradycardie, hypotension…

·        Les troubles génitaux avec frigidité ou impuissance, aménorrhée… 

            Le laboratoire confirme un effondrement du métabolisme de base.  

           Devant un enfant ayant un retard psychomoteur grave, ne souriant pas, indifférent à son entourage, bouffi et petit, il faut penser au myxœdème

              Le myxœdème de l’enfant se présente ainsi = constipation opiniâtre, macroglossie, troubles de la déglutition,, dysgénésie épiphysaire, retards de la formation des germes dentaires, de la fermeture des fontanelles, des deux dentitions, de la croissance en général. 

            Dans le seconde enfance, l’apparition et le développement d’un myxœdème explique, entre autres signes, une hyperplasie gingivale avec des ulcérations favorisées par une tendance aux infections (baisse de l’immunité locale).  

            Chez l’adulte, on constate encore une fréquence des gingivites ulcéro-nécrotiques chroniques avec des caries des collets, une alvéolyse horizontale, le tout réalisant le tableau classique des parodontopathies.

             Les chirurgiens-dentistes homéopathes reconnaissent en lisant les lignes précédents le mode réactionnel sycotique avec son ralentissement métabolique, la rétention hydrique, la diminution des réactions immunitaires qui explique la chronicité des inflammations ou infections. Plusieurs médicaments viennent à l’esprit = CALCAREA CARBONICA, BARYTA CARBONICA, GRAPHITES, ANTIMONIUM CRUDUM, NATRUM SULFURICUM, THUYA  et bien d’autres…  
 

HOMEOPATHIE ET TROUBLES BUCCO-DENTAIRES
DE L’HYPERTHYROÏDIE

  

            Il faut répéter une fois encore que lorsque la cause des troubles dentaires n’est pas buccale, le chirurgien-dentiste ne peut prendre en charge la pathologie générale. Il ne peut que se préoccuper des troubles buccaux en tentant de ne pas contrarier le traitement de fond proposé par le médecin traitant.  

            Dans le cas des hyperthyroïdies ou dans la maladie de BASEDOW, plusieurs médicaments homéopathiques répondent à la situation, qu’il convient de connaître. Mais de toute façon, seule une répertorisation à partir des signes et symptômes de chaque malade n’a de réelle valeur, le chirurgien-dentiste valorisant en cette occasion les signes buccaux. 

            Le médicament le plus important de l’hyperthyroïdie est IODUM et cela ne peut surprendre quiconque dès lors que l’iode est l’un des composants principaux des hormones thyroïdiennes.
 

IODUM : 

            Ce métalloïde a été découvert en 1812 par H. COURTOIS et c’est une fois encore Samuel HAHNEMANN qui a réalisé la première pathogénésie à partir des effets toxiques de l’iode. Ce n’est que plus tard que l’on a compris son rôle dans les troubles de la thyroïde. Le manque d’iode dans l’organisme conduit à l’hypothyroïdie et au crétinisme, alors que son excès produit l’hyperthyroïdie et la maladie de Basedow. Cependant, la pathogénésie de IODUM ne se limite pas aux seuls troubles de la thyroïde et dépasse largement ce cadre limité.  Rappelons en cette occasion que l’homéopathie ne repose pas sur la similitude nosologique mais uniquement symptomatique.  

            Comme l’iode a une double action, métabolique d’abord, puis toxique, sa matière médicale reflète ces deux actions. C’est le mérite de Roland ZISSU d’avoir bien expliqué cette dualité d’action de certaines substances. 

            Son action métabolique explique son indication dans des troubles du mode tuberculinique à la phase oxygénoïde : accélération du métabolisme, hyperfonctionnement de la thyroïde et en même temps hypo-surrénalisme (qui explique la fatigue)). L’action d’excitation dépasse la thyroïde et concerne toutes les glandes, sauf les testicules et tous les tissus (nerveux, muscles striés, cœur, système nerveux, estomac, intestin, rate…). On retrouve ainsi les signes cliniques décrits dans l’hyperthyroïdie dont la tachycardie, l’amaigrissement malgré un fort appétit, l’asthénie, les tremblements, etc…  

            L’iode organique a également une action métabolique sur le soufre réduisant le glutathion (coenzyme formé d’acide glutamique, de cystéine et de glycocolle, qui joue un rôle important de transporteur d’hydrogène). Il peut donc être un complémentaire de SULFUR par l’intermédiaire de SULFUR IODATUM.  

            L’action toxique de l’iode s’exprime classiquement en deux phases successives : 

1.      Excitation = congestion, irritation, hypertrophie, induration (voies respiratoires, digestives, peau, tissus lymphatiques et glandulaires).

2.      Dépression = atrophie puis sclérose, induration avec électivité ganglionnaire et glandulaire. 

            Les initiés reconnaissent dans cette action en deux phases le mode réactionnel luétique. Mais curieusement, les ulcérations si typiques du mode luétique ne dominent pas dans la matière médicale de IODUM alors que l’aphtose buccale figure au deuxième degré. Nous avons eu l’occasion de voir des patients pour cette raison. 

MATIERE MEDICALE
 

1/ Suite de : abus d’iode (par médicaments iodés, par un séjour prolongé au bord de la mer…)

suite de déminéralisation au cours d’une convalescence épuisante (mode tuberculinique). Suite de chagrin, de traumatisme. 

2/ Psychisme en deux phases : 

·        Irritation, agitation, ne peut rester en place, mais rapidement épuisé.

·        Anxieux, peur d’un malheur imminent, < par le repos et s’il ne mange pas.

·        Après l’agitation, dépression avec perte de mémoire, répugnance pour l’effort mental

·        N’aime pas se reposer même quand il se sent épuisé.

·        L’anxiété explique peut-être des colères pour des riens

·        Idées fixes = crainte constante d’avoir oublié quelque chose, qu’il s’énerve à rechercher

 3/ Les signes généraux :  

Ø      A toujours trop chaud, aggravation par la chaleur 

Ø      Amaigrissement progressif malgré un appétit vorace = toujours préoccupé par le besoin de manger, mange souvent et beaucoup, n’est jamais rassasié ; devient agité et anxieux s’il ne peut manger, se clame s’il mange ou s’il sait qu’il va manger.

Ø      Hypertrophie des ganglions et des glandes avec induration, puis atrophie. Surtout = kyste et hypertrophie de la thyroïde, ou encore atteinte des sous-maxillaires et/ou des parotides avec hypersalivation. Ou encore des testicules puis de la prostate, ou des glandes mammaires (suivie d’atrophie avec nodosités). Ovarite, kyste de l’ovaire (droit), pancréatite….

Ø      Inflammations des muqueuses :

·        ORL : Coryza irritant, excoriant, irritation laryngée avec pseudo-membranes, toux rauque, croupale.

·        Digestives : aphtes buccaux, constipation avec besoins inefficaces, urgents, améliorée en buvant du lait froid, mais l’absorption de lait peut déclencher une diarrhée !

·        Génitales : leucorrhée abondante, irritante, excoriante..  

Ø      Sensations de battements, de pulsations artérielles, palpitations au moindre effort, rapides et violentes. Sensations que le cœur est serré comme par une main, ou un lien, < à l’effort (Cactus grandiflorus).  Céphalées battantes, < dans une pièce chaude.

Ø      Hyperesthésie au bruit

Ø      Tremblements. Douleurs osseuses ostéocopes, nocturnes. 

4/ Les modalités : 

Aggravation = par la chaleur (soleil, pièce, temps), au repos (mais il aggrave l’anxiété).

Amélioration = en mangeant, par l’air froid, par le mouvement (mais il est vite fatigué)
 

Signes et usage en pratique bucco-dentaire : 

·        Aphtes et ulcérations de la muqueuse buccale

·        Gencive douloureuse, spongieuse, molle, saignant facilement

·        Hypersalivation avec mauvaise odeur, pire le matin au réveil. 

Au cabinet dentaire, comme ailleurs dans la vie, le sujet répondant au type IODUM est maigre, plutôt grand, il est surtout agité et anxieux. Ce dont il faut tenir compte.  

Il vient consulter surtout pour des aphtes ou pour une gingivite, et au début de celle-ci pour des gingivorragies. En fait, on hésite parfois entre NATRUM MURIATICUM et IODUM, mais le premier a périodiquement une sécheresse des muqueuses bien plus importante. La frilosité est commune à ces deux médicaments mais IODUM est particulièrement thermophobe, bien plus que Natrum muriaticum.  

Comme tous les tuberculiniques au stage oxygénoïde, la fatigue est de règle. Mais IODUM est encore plus rapidement épuisé que les autres, et notamment en cas de dysthyroïdie marquée, le plus fréquemment dans le sens de l’hyperthyroïdie, comme le corollaire est l’hypo-surrénalisme.  

NATRUM MUR. et IODUM sont souvent complémentaires dans les indications bucco-dentaires. En fait, c’est le comportement vis-à-vis de la faim qui emporte la décision.

Comme cela a déjà été dit, IODUM peut être indiqué même si la dysthyroïdie n’est pas confirmée. On le prescrit alors en 7 CH deux à trois fois par semaine pour les indications buccales. Dans ces cas, on le trouve le plus souvent chez des adolescents. Avec l’âge mûr, l’aspect oxygénoïde disparaît progressivement et c’est la tendance scléreuse qui s’affirme, confirmant le second aspect de ce remède, c’est-à-dire le volet luétique avec ses atteintes glandulaires et ganglionnaires. Chez l’adulte mûr, on hésitera avec LYCOPODIUM, puis au fur et à mesure que se développe la tendance scléreuse, IODUM perd peu à peu sa prédominance au profit de CONIUM, BARYTA CARBONICA, SILICEA et surtout PSORINUM.    

            RAPPEL = IODUM n’est pas le seul médicaments des hyperthyroïdies, même s’il est l’un des principaux, notamment dans la maladie de Basedow. Parmi les « polychrestes », il faut citer = NATRUM MURIATICUM, TUBERCULINUM, PHOSPHORUS, LACHESIS, FERRUM METALLICUM, ARGENTUM NITRICUM, CALCAREA FLUORICA, sans oublier les composés iodés = Sulfur iodatum, Ferrum iodatum, Arsenicum iodatum, Kali iodatum, Calcarea iodata. Il est impossible de les décrire tous en détail, voici seulement quelques commentaires sur certains d’entre eux.

 
TUBERCULINUM :

            Nous avons coutume de ne pas parler de ce médicament car à notre avis, sa prescription revient uniquement au médecin, car il s’agit d’un médicament à prescription délicate, pouvant avoir parfois des conséquences graves. 

            Ce médicament préparé à partir de la tuberculine de Koch a été étudié par Antoine NEBEL, et sa pathogénésie est surtout clinique et correspond en fait, et c’est logique, à la tuberculose. Mais comme toujours en homéopathie, on peut et on doit le prescrire sur la similitude des symptômes, en dehors de cette maladie. 

            TUBERCULINUM fait partie des médicaments des dysthyroïdies, avec l’agitation, la tachycardie, l’amaigrissement, la diarrhée, l’anxiété. La très grande asthénie s’explique en particulier par l’hypo-surrénalisme. On retrouve l’amaigrissement parfois considérable malgré un appétit augmenté. On retrouve en plus les troubles de la croissance lorsque ses circonstances étiologiques agissent chez un enfant, généralement vivant dans des conditions défavorables. 

            TUBERCULINUM se caractérise par les signes suivants : 

·        L’instabilité nerveuse avec faiblesse (Natrum mur., Silicea)

·        L’alternance des symptômes qui passent brusquement d’un organe à un autre

·        Le manque de réactions aux remèdes qui explique les rechutes et la chronicité.

·        Les troubles cutanés (eczéma, infections).

·        Les troubles de la nutrition = amaigrissement malgré la faim (se lève la nuit pour manger, désir de lait froid, aversion pour la viande) et évolution vers la cachexie.

·        La tendance aux inflammations des muqueuses (rhino-pharyngites itératives, bronchites, colites, cystites…), aux adénopathies chroniques, à l’hypertrophie chronique des amygdales, aux atteintes des séreuses (pleurite, pleurésie, synovites…).

·        L’instabilité physique (douleurs erratiques, agitation) et psychiques (besoin permanent de changement = habitat, amis, occupations, sentimentalement -> Luesinum).

·        Céphalées des adolescents après effort mental (ce qui est un signe caractéristique du mode tuberculinique). 

            Mais TUBERCULINUM est un frileux, aggravé par le froid, par l’humidité, avant une tempête.            

            Les signes bucco-dentaires sont nombreux = aphtes, aphtes sur la langue, ulcérations linguales et buccales, dysgueusies, herpès, glossite, langue géographique, caries +++ et notamment aux collets, mycose.

 
LACHESIS :
 

            Ce médicament a été souvent étudié au cours de notre stage parce qu’il a de très nombreuses indications bucco-dentaires. Rappelons simplement ses troubles neuro-psychiques caractérisés surtout par l’excitation vespérale et la dépression matinale, circulatoires avec la thermophobie, les bouffées de chaleur,  les hémorragies…, l’hypersensibilité nerveuse et sensorielle aux bruits, à la constriction (cou, taille), au toucher, sa grande loquacité incohérente, la latéralité gauche, etc… 

            Rappelons que LACHESIS est un très important médicament de gingivite ulcéreuse et de parodontopathies notamment chez l’alcoolique, au cours des périodes génitales (menstruation et surtout ménopause). C’est aussi un remède éventuel de dysthyroïdie, dans le sens hyper.

 
ARGENTUM NITRICUM: 

         Son indication dans l’hyperthyroïdie est sans doute contingente, mais ce médicament se voit assez souvent au cabinet dentaire. On retiendra de ce médicament ses signes les plus caractéristiques : 

·        Précipitation, anxiété, conflit avec le temps qui passe trop vite = voudrait avoir fini avant d’avoir commencé ; diverses peurs = lieux élevés, places pleine de monde, endroits trop spacieux, et surtout peur de lui-même et de ses réactions (impulsions de se jeter d’un pont, par exemple).

·        Amaigrissement, tendance à la déminéralisation, remède proche à la fois de NATRUM MURIATICUM (tendance à la cachexie, sécheresse buccale, entre autres) et de IODUM (tendance aux ulcérations des muqueuses).

·        Asthénie, tremblements, troubles de la coordination motrice, crampes, vertige à la vue de lieux élevés, < en fermant les yeux….

·        Tendance aux inflammations et ulcérations des muqueuses avec écoulements muco-purulents verdâtres, tenaces = gastrite avec aérophagie importante, éructations bruyantes, douleurs comme un ulcère, brûlures,  diarrhée verdâtre, souvent émotive.- Enrouement chronique, < le matin avec des mucosités épaisses obligeant à racler la gorge – Sensation d’écharde de bois au niveau des ulcérations…

·        Aggravation par la chaleur sous toutes ses formes… 

            C’est dans ce contexte qu’apparaissent les signes bucco-dentaires : 

·        Gencive sensible, saignant facilement, molle, peu ou pas d’œdème, douleurs comme par une plaie, haleine fétide et hypersalivation.

·        Langue sèche, papilles proéminentes, bout de la langue rouge et douloureux. 

            ARGENTUM NITRICUM est l’un des principaux médicaments de la vie moderne, avec ses stress, son surmenage, sa pollution.

  
CALCAREA FLUORICA
 : 

            Il fait partie des médicaments dits « constitutionnels » et a donné son nom à l’une des constitutions minérales de Antoine NEBEL (1870-1954). Il est vraiment exceptionnel que sa prescription ne se justifie pas sur ses signes morphologiques, en raison de son action métabolique, notamment sur les tissus osseux et dentaires. C’est particulièrement le cas lors d’une action préventive (favoriser une croissance harmonieuse par exemple). 

            Rappelons rapidement quelques-uns de ses principaux signes : 

·        Signes osseux = troubles de la croissance donnant une silhouette dystrophique, asymétrique, tendance à la scoliose ou à la lordose, troubles du métabolisme de l’os en hyper (exostoses, ostéophytes…) ou en hypo (carences, ostéoporose…).

·        Signes dentaires = troubles de l’éruption et de la minéralisation des dents -> dysminéralisation de l’émail, anomalies de structure, de formes, d’implantation, etc…

·        Signes élastiques = hyperlaxité ligamentaire, relâchement des tissus de soutien, entorses,  ptoses viscérales, varices, tumeurs vasculaires (anévrisme +++).

·        Signes lympho-ganglionnaires = infiltration, indurations des glandes et des ganglions, ce qui explique en partie son action dans les dysthyroïdies, surtout dans le sens hyper (complémentaire de IODUM ou de NATRUM MUR.).

·        Signes cutanés = peau sèche, dure, souvent fissurée, ongles durs, cassants, épaissis.

·        Aggravation par le froid, surtout humide, u repos et au début du mouvement.

·        Amélioration par la chaleur et les applications chaudes, par le mouvement continué.

           

HOMEOPATHIE ET TROUBLES BUCCO-DENTAIRES
DE L’HYPOTHYROÏDIE
 
 

            Plusieurs médicaments répondent aux signes cliniques correspondant à l’hypothyroïdie. Car, il faut toujours le rappeler, les matières médicales homéopathiques regroupent des symptômes provenant de trois sources (pathogénésie, toxicologie, pratique médicale) et non des maladies précises.  

            Les « grands remèdes de fond » de l’hypothyroïdie sont (par ordre alphabétique) = AMMONIUM CARBONICUM, ANTIMONIUM CRUDUM, BARYTA CARBONICA, CALCAREA CARBONICA, CAPSICUM ANNUUM, GRAPHITES, HEPAR SULFUR, KALI CARBONICUM, MANGANUM, NATRUM MURIATICUM, NATRUM SULFURICUM, PULSATILLA et THUYA OCCIDENTALIS. 

            Voici quelques commentaires sur certains d’entre eux.
 

CALCAREA CARBONICA: 

            Ce médicament est l’un des principaux remèdes dits « constitutionnels » du bréviligne car il répond particulièrement bien aux problèmes de ce biotype = type sensible, pathologies pour lesquelles il permet une action prophylactique et/ou curative. De plus HAHNEMANN en faisait l’un des trois principaux remèdes du mode psorique avec SULFUR et LYCOPODIUM. 

            Le métabolisme du carbonate de calcium et surtout ses perturbations correspondent exactement au développement du bréviligne avec ses tendances naturelles et pathologiques: ralentissement nutritionnel, circulatoire (notamment lymphatique expliquant les engorgements lympho-ganglionnaires et la pathologie immunitaire). Le métabolisme de l’eau est également concerné dans le sens de l’imbibition hydrique, expliquant de ce fait l’implication de ce médicament dans les troubles du mode sycotique. Le ralentissement métabolique concerne également tout le système endocrinien: hypopituitarisme, hypothyroïdie, hypogonadisme, mais à l’inverse hypercorticosurrénalisme.  

            Il est bien souvent difficile de distinguer le mode psorique du mode sycotique dans les troubles, surtout chroniques, de ce sujet, même enfant. L’asthme alternant avec un eczéma (ou encore avec un érythème fessier) est très fréquent aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte. C’est là une caractéristique psorique, mais le rôle déclenchant ou aggravant du froid humide, l’imbibition hydrique, l’atteinte lympho-ganglionnaire, le rôle étiologique des vaccinations et des médicaments chimiques opposés aux troubles respiratoires (rhino-pharyngites ou angines à répétition pendant la saison froide) sont autant d’arguments qui témoignent de la mise en œuvre du mode sycotique. Ce qui montre que chez ce sujet « ralenti », les éliminations étant difficiles, le mode psorique seul ne suffit pas à maintenir l’équilibre de santé, le patient est obligé d’en mettre en œuvre un autre, en l’occurrence le mode sycotique, qui est tout de même pathologique par lui-même. 

            Dans nos « Cahiers de médecine homéopathique » n°6 et n°9, nous avons déjà décrit les divers aspects bucco-dentaires de CALCAREA CARBONICA. Il suffit de rappeler quelques faits. Dans le type équilibré, la croissance en générale est ralentie, de même que la minéralisation des dents,  mais elle se fait bien. Les dents sont donc bien minéralisées et peu sensibles aux facteurs cariogènes. De même que l’os alvéolaire bien minéralisé résiste bien aux facteurs étiologiques de la maladie parodontale = chez l’adulte mûr on constate plutôt une abrasion dentaire importante accompagnant une alvéolyse horizontale. Il n’en est pas de même dans le type déséquilibré. La tendance habituelle à l’obésité peut être inversée, certes assez rarement, par suite de troubles digestifs qui perturbent l’absorption des minéraux. On peut voir chez le nourrisson une gingivite érythémateuse avec tendance à l'œdème et à l’hyperplasie (cas chronique) lors des poussées dentaires, dont BELLADONA est le remède le plus fréquent. On peut voir également une aphtose buccale assez grave répondant bien à BORAX. Chez l’enfant plus grand, surtout déséquilibré, les dents de lait peuvent être à l’origine d’abcès ou de parulies à répétition dont HEPAR SULFUR (mélange calciné de soufre et d'écaille d'huître) vient à bout, parfois complété par CALCAREA SULFURICA dès lors qu’une tendance à la chronicité se manifeste. 

            Chez l’adulte, il peut être assez fréquent de voir une denture bien équilibrée et peu sensible aux facteurs pathogènes habituels, mais à condition que ce sujet respecte une hygiène de vie adaptée à ses besoins. Ce n’est hélas pas le cas le plus fréquent. La sédentarité et les autres facteurs étiologiques du mode psorique conjuguent leurs effets avec ceux du mode sycotique (vaccinations, médicaments chimiques, pollutions, froid humide, etc...). D’où la gingivite ulcéro-nécrotique et les répercussions sur le parodonte. SULFUR laisse alors souvent la place à d’autres remèdes  comme GRAPHITES, ANTIMONIUM CRUDUM, plus tard AMMONIUM CARBONICUM ou à des remèdes plus sycotiques comme NATRUM SULFURICUM ou THUYA. 

            La tendance à l’hypothyroïdie explique sans doute les gingivites ulcéro-nécrotiques et les atteintes parodontales, comme de plus les caries du collet. Si l’atteinte thyroïdienne était confirmée, toute solution chirurgicale sur le parodonte serait vouée à l’échec. 

            En conclusion pour ce médicament constitutionnel, voici en résumé les signes retrouvés dans sa Matière médicale et chez le sujet qui confirment la mise en œuvre du mode psorique, puis du mode sycotique:


Un complémentaire fréquent = ANTIMONIUM CRUDUM
 

            Les Matières médicales sont souvent discrètes sur les problèmes bucco-dentaires de ce médicament, alors que le Répertoire de Kent le cite au degré moyen aux rubriques « Gencives scorbutiques » et « Déchaussements des dents ». 

            ANTIMONIUM CRUDUM est l’un des principaux remèdes de « grande bouffe » = excès alimentaires, désir et intolérance de la charcuterie et des mets acides, aggravation par le vin, le lait. Les excès alimentaires, cause importante du mode psorique, déterminent une dyspepsie avec des éructations (ayant le goût des aliments), une diarrhée aqueuse mêlée de matières solides, des nausées et des vomissements, céphalées, humeur maussade, somnolence. C’est au cours de la dyspepsie que l’on retrouve le signe abondamment décrit « langue blanche comme du lait ».  

            Lorsque les causes alimentaires persistent, comme la boulimie après une peine ou une déception sentimentale, le sujet peut se décompenser. Le mode psorique traduit alors des difficultés éliminatoires: éruptions vésiculeuses d’aspect impétigineux au visage et autour de la bouche, avec un suintement épais et mielleux qui annoncent GRAPHITES, dermatoses fissuraires et hyperkératosiques, verrues cornées et dures, verrues plantaires, toujours comme dans GRAPHITES. C’est alors que la pathologie bucco-dentaire participe à cet ensemble: la gingivite érythémateuse du début, contemporaine des troubles digestifs, évolue vers une forme ulcéreuse avec progressivement une atteinte du parodonte. Il faut alors discuter l’indication de ce médicament et le distinguer de GRAPHITES. Il n’y a d’ailleurs pas de problème en les alternant, car ils sont complémentaires. CALCAREA CARBONICA, ANTIMONIUM CRUDUM et GRAPHITES forment un trio répondant aux troubles des sujets le plus souvent brévilignes, ayant tendance à l’obésité, craignant le froid humide, et surtout mettant en œuvre le mode sycotique pour compenser les insuffisances du mode psorique, devenu inefficace. 

            Comme on peut le voir à travers les quelques signes ci-dessus, ANTIMONIUM CRUDUM n’est sans doute pas le principal remède de l’hypothyroïdie, mais il tient sa place, plus particulièrement chez le sujet bréviligne en pleine décompensation, trouvant dans les excès alimentaires un dérivatif à ses déceptions.

 
HEPAR SULFUR
 

            HEPAR SULFUR répond souvent aux manifestations d’élimination dont le caractère psorique est évident: périodicité (chaque hiver notamment), succession et alternances: peau (furoncles, eczéma prurigineux et souvent surinfecté)/ muqueuses (otite suppurée, amygdalite, toux, laryngite, etc.. et abcès dentaires). On connaît par ailleurs son indication fréquente (mais non exclusive) dans les suppurations aiguës, ainsi que sa posologie délicate dans ces cas. Sur cette indication, il peut être le remède de poches gingivales ou parodontales suppurées.

             Du fait de sa composition faite d’un mélange d’écaille d’huître et de fleur de soufre, HEPAR SULFUR peut être un médicament de fond, que l’on oublie souvent sans doute parce qu’il présente des troubles évoquant d’autres remèdes, comme GRAPHITES, LYCOPODIUM ou MERCURIUS SOLUBILIS. Il faudra y penser chaque fois que la maladie parodontale comporte une phase de suppuration, et pas seulement dans la suppuration aiguë. Lorsque celle-ci domine, il est un complémentaire fréquent de SULFUR. Quand elle devient chronique, il faut alors penser plutôt à GRAPHITES. Cela signifie que les émonctoires commencent à se fermer et donc que les éliminations si utiles deviennent insuffisantes, ce qui explique la torpidité et la tendance à la chronicité. 

            HEPAR SULFUR est donc un médicament possible de l’hypothyroïdie, mais surtout comme complémentaire des précédents chaque fois que dominent les manifestations suppurées aiguës ou ici plutôt chroniques.
 

GRAPHITES: 

            Avec ce médicament d’origine minérale, le mode psorique arrive à un stade de blocage avec comme conséquences un ralentissement général, notamment thyroïdien et digestif. Il est possible de décrire au moins deux blocages d’émonctoires: 

·      Blocage de l’émonctoire intestinal = constipation installée, sans besoin et de temps en temps des selles volumineuses et sèches, la défécation est de plus compliquée par la présence d’hémorroïdes avec fissures douloureuses et suintement anal, mais sans ténesme.

·      Blocage de l’émonctoire cutané = éruptions vésiculeuses puis croûteuses avec suintement d’un exsudat épais comme du miel qui se produisent surtout derrière les oreilles, aux plis de flexion, au niveau des paupières, autour de la bouche, au cuir chevelu, aux organes génitaux. Ces éruptions sont prurigineuses, brûlantes, aggravées par la chaleur et par les lavages, améliorées par le froid.  

            Ces éliminations torpides traduisent bien les difficultés du mode psorique, car il y a toujours alternance des éruptions cutanées avec des troubles digestifs. Un écoulement épais traduit également une élimination difficile. Mais le mode sycotique est mis en œuvre, on se trouve bien dans la suite de CALCAREA CARBONICA qui est de plus en plus auto-intoxiqué. Le mode sycotique s’exprime au niveau de la peau par l’apparition de verrues douloureuses (souvent péri unguéales), la peau devient sèche et rugueuse, avec des épaississements localisés aux zones malades. 

            Sur le plan bucco-dentaire, les troubles apparaissent progressivement, lenteur caractéristique des remèdes carboniques: gingivorragies d’abord au contact (brossage, pression des doigts) puis spontanées, aphtose périodique, gingivite érythémateuse puis « les gencives se rétractent ... » (Kent). 

            GRAPHITES est considéré par R. ZISSU comme un « remède carrefour ». Cela signifie que le patient arrive à un stade évolutif qui peut encore être réversible, même si cela demande des efforts ou peut évoluer vers l’aggravation, le plus souvent par la mise en œuvre du mode sycotique. Comme pour SEPIA ou LACHESIS, certains troubles concernent plus particulièrement la femme au moment de sa ménopause, c’est le cas notamment pour les parodontopathies.
 

BARYTA CARBONICA : 

            Le carbonate de baryum est bien connu pour son action sur la croissance et sur la nutrition = retards physiques et intellectuels, pour son action de sclérose artérielle et hypertensive réactionnelle, enfin pour son action sur le système lympho-ganglionnaire (hypertrophie des glandes et des ganglions = amygdales+++, végétations adénoïdes, prostate, utérus, glandes salivaires, goitre…). La clinique montre ses indications aux âges extrêmes de la vie = enfant retardé, « scrofuleux » et adénoïdien et vieillard athéro- et artérioscléreux, hypertendu, prostatique et fibromateux. 

            Ses principales caractéristiques cliniques sont = la lenteur pour comprendre, pour apprendre, pour bouger, la perte de mémoire qui peut être considérable chez le vieillard, la frilosité extrême, la grande susceptibilité à prendre froid, les sueurs froides et offensives des pieds, la sensation de toile d’araignée sur le visage. 

            Son intérêt réside dans son action préventive sur les retards d’acquisition chez l’enfant (développement physique et mental, puberté, problèmes scolaires…) et sur la sénescence trop précoce. 

            Les signes bucco-dentaires sont les suivants : 

·        Douleurs, hypertrophie, induration des glandes salivaires, sous-maxillaires notamment. Enflure de la parotide droite. Ces glandes s’enflamment, s’hypertrophient, deviennent douloureuses, souvent après exposition au froid ou aux changements de temps. Peu de suppuration mais induration.

·        Sécheresse buccale surtout le matin au réveil.

·        Aphtes

·        Enflure de la gencive, la gencive saigne facilement, enflure du palais avec suppuration.

·        Faiblesse et paralysie de la langue chez les personnes âgées, entraînant des morsures, notamment après la pose de nouvelles prothèses (observation personnelle – à comparer à CAUSTICUM). 

En résumé, BARYTA CARBONICA réunit un ensemble de signes cliniques qui peuvent éventuellement correspondre à un syndrome d’hypothyroïdie, de myxœdème mais qui peuvent dépasser  cette indication limitée. Rappelons que son intérêt est sa prescription précoce = en 1 à 3 CH deux à trois fois par jour pour lutter contre la sclérose, avec une dilution plus élevée, 15 CH par exemple, en prises espacées dès lors que la similitude est retrouvée avec précision.  
 

NATRUM SULFURICUM : 

            Il est possible de formuler une règle dégagée de la pratique : chaque fois que des troubles sont influencés par l’humidité, il faut rechercher les signes de NATRUM SULFURICUM. Certes, au tout début de la mise en œuvre du mode sycotique, ceux-ci sont forcément discrets. En bout d’évolution, le type sensible de ce remède apparaît dans toute sa splendeur: sujet souvent de morphologie bréviligne, devenu corpulent par adiposité et rétention d’eau, infiltré notamment au niveau de l’abdomen et des cuisses, au comportement habituellement lent, apathique, indolent, facilement déprimé, de mauvaise humeur (le matin au réveil). 

            NATRUM SULFURICUM est le principal remède de fond de la phase hydrogénoïde du mode sycotique. Il est donc logique de retrouver parmi ses circonstances étiologiques celles de ce mode réactionnel : d’abord les facteurs de perturbation du métabolisme de l’eau dont l’humidité (chaude ou froide), le froid humide provenant aussi bien du climat que de l’habitat. Il ne faut pas oublier les traumatismes crâniens dont ce médicament est le principal remède. Ensuite, les facteurs de dérèglement du système immunitaire : vaccinations, antibiotiques, diurétiques, quinine, etc..., ainsi que les infections répétées et récidivantes qui entraînent à leur tour une pollution médicamenteuse. Le ralentissement métabolique induit par ce mode réactionnel explique l’indication de ce médicament dans les troubles de l’hypothyroïdie. 

            Il n’est pas question ici de développer toute la Matière médicale de ce médicament, que l’on peut synthétiser ainsi. 

            Au départ, le sujet n’a pas encore sa silhouette enveloppée. Mais il est déjà très sensible à l’humidité et peut venir consulter pour des douleurs dentaires (voir chapitre plus haut). Il peut venir aussi consulter  pour des sensations de brûlure de la bouche ou de la langue (langue en carte de géographie possible), pour des aphtes et même pour une gingivite érythémateuse banale = la gencive est en feu comme par du poivre. Ces signes buccaux peu significatifs en eux-mêmes s’inscrivent souvent dans un contexte digestif : blocage de l’émonctoire intestinal exprimée par une constipation avec selles dures, noueuses, grosses, alternant avec une diarrhée jaillissante, aqueuse, avec beaucoup de gaz. On peut retrouver déjà quelques signes d’imbibition hydrique = signe de la bague que le sujet peut retirer facilement le soir mais pas le matin au réveil, diarrhée matinale peut après le petit déjeuner. Ces deux signes peuvent s’expliquer ainsi : pendant le sommeil, l’eau stagne, notamment dans les régions déclives. Les doigts sont ainsi imbibés le matin. L’eau apportée par le petit déjeuner relance la cinétique de l’eau qui est alors chassée par la diarrhée. 

            Un peu plus tard, ce sujet se décompensant un peu plus,  son foie se congestionne, apparaît une certaine flatulence ou des troubles biliaires. Parallèlement, la gencive reflète l’état digestif : gingivite ulcéreuse, poches et alvéolyse, avec mauvaise haleine, brûlure, aphtes, etc... Dans le même temps, le sujet devient de plus en plus sensible à l’humidité ce qui explique les douleurs articulaires avec enraidissement, le tout amélioré par le mouvement lent (Rhus toxicodendron.). Il s’enrhume au moindre froid humide, avec un écoulement épais, une toux grasse, parfois un asthme.  

            Progressivement la silhouette se précise, l’obésité se développe. La peau s’infiltre et en même temps présente certains troubles : prurit pire au déshabillage, verrues (cuir chevelu, face, paupières, parties génitales, anus...), condylomes, mycoses (dont la mycose buccale). 

            Comme toujours, le comportement se trouve modifié dans le sens de la dépression avec mélancolie et tristesse, humeur chagrine avec irritabilité, impressionnabilité (la musique le fait pleurer). Sur le plan bucco-dentaire, la gingivite ulcéreuse évolue vers une maladie parodontale de plus en plus grave qui impose souvent des extractions multiples. Et ce d’autant plus que NATRUM SULF. est un remède éventuel d’insuffisance thyroïdienne du fait du ralentissement métabolique général.
 

THUYA OCCIDENTALIS: 

            Médicament important de l’hypothyroïdie, THUYA est surtout considéré comme le remède central du mode sycotique parce qu’il se trouve indiqué dans les deux phases, même si les troubles de la phase hydrogénoïde sont plus nombreux. Toute la physio-pathologie du mode sycotique se retrouve dans la matière médicale de THUYA, en commençant par toutes les circonstances étiologiques : atteintes du système immunitaires (vaccinations, sérothérapies, pollutions chimiques et médicamenteuses dont les antibiotiques, la cortisone, la pilule contraceptive..., les infections itératives et tenaces avec leurs traitements chimiques, les stress répétés. THUYA est également sensible au froid humide qui perturbe le comportement, produit des douleurs variées (notamment au niveau de l'ovaire gauche et à la face). Le type sensible est façonné par le mode sycotique : silhouette infiltrée (surtout tronc, hanches, cuisses mais pas les membres qui restent maigres), peau grasse, huileuse par endroits comme le visage et les ailes du nez, sèche par ailleurs. La peau offre diverses productions cellulaires = éruptions papulo-vésiculeuses ou pustuleuses, et surtout des verrues. 

            Le comportement est bien connu : il s’agit le plus souvent d’une tendance à la dépression consécutive à la chronicité et à la ténacité des troubles qui finissent par engendrer une cancérophobie. A l’image de l’eau qui stagne, les idées et pensées stagnent également = remède central des idées fixes. Les éliminations de type sycotique (persistantes, rebelles aux traitements, récidivantes, tenaces) se manifestent un peu partout mais plus particulièrement au niveau génito-urinaire et rhino-pharyngé, avec des sécrétions et excrétions épaisses et verdâtres.           

Voici donc le contexte général dans lequel vont apparaître les troubles bucco-dentaires. Comme pour tous les médicaments du mode sycotique, tous les troubles, quelle que soit leur localisation, sont progressifs dans leur évolution vers l’aggravation. Aussi, comme par exemple pour GRAPHITES ou pour NATRUM SULFURICUM, les troubles bucco-dentaires de THUYA débutent par des lésions réversibles : irritation de la muqueuse buccale, aphtes, douleurs dentaires par le froid humide, brûlure dans la bouche et notamment à la pointe de la langue. C’est un remède très fréquent de glossodynies et stomatodynies. 

            La carie dentaire présente plusieurs aspects très intéressants : 

·      Chez l’enfant =Les dents commencent à se carier à la base dès qu’elles poussent : il s’agit alors le plus souvent d’un enfant bréviligne du type CALCAREA CARBONICA qui a subi la série de vaccinations réglementaires dès sa naissance puis dans sa petite enfance, qui a ensuite présenté des rhino-pharyngites à répétition du fait de sa sensibilité au froid humide et de sa tendance aux engorgements lympho-ganglionnaires, traitées par antibiothérapie itérative. Dès leur éruption, les dents permanentes voient des caries à leur collet, symptôme que l’on retrouve aussi bien dans CALCAREA CARBONICA que dans THUYA. La prévention homéopathique prend ici tout son sens car la connaissance des modes réactionnels permet de deviner les risques potentiels qui menacent la dent, entre autres organes ou appareils. Les dentistes qui ignorent cette conception constatent que leurs obturations ne suffisent pas à éviter la récidive de ces caries du collet, ils incriminent alors les mauvaises habitudes alimentaires comme le syndrome du biberon et les excès de sucreries, qui ne sont ici qu’un épiphénomène. 

·      Chez l’adulte : on retrouve deux autres types de caries . 

1.    Les dents se déchaussent et sont très sensibles, la racine des dents se carie, leur couronne reste intacte. On trouve ce même symptôme dans MEZEREUM. Cela signifie à l’évidence qu’il existe une maladie parodontale. Cette dernière peut se développer progressivement à la suite d’une gingivite qui est devenue ulcéreuse. Ou encore on peut constater une alvéolyse précoce sans signe inflammatoire, c’est une manifestation du vieillissement prématuré qui caractérise entre autres le mode sycotique. 

2.    Les dents se carient au niveau des faces distales, sous le collet, en commençant par les molaires les plus postérieures et en évoluant progressivement vers l’avant. Ce type de carie a été décrit par Roger SCHMITT. 

·      Chez l’enfant et plus rarement chez l’adulte : les dents se carient sur le bord tranchant, s’émiettent et deviennent jaunes, symptôme partagé par STAPHYSAGRIA.  Nous n’avons pas d’explication rationnelle. Il faut simplement rappeler que STAPHYSAGRIA chez l’enfant est un remède de troubles polydiathésiques, surtout de rachitisme, à comparer à SILICEA. 

La gingivite de THUYA = elle est certes présente, mentionnée d’ailleurs plus dans le Répertoire de KENT que dans les ouvrages de Matière médicale. C’est que THUYA n’est qu’exceptionnellement indiqué dans une forme aiguë. C’est essentiellement un remède de gingivite chronique et son choix repose davantage sur les signes psychiques et généraux. 

            THUYA est également un remède possible de petites tumeurs buccales, dont l’épulis, la grenouillette. On l’a cité dans le traitement de fond des granulomes apicaux, on a même dit qu’il avait une action préventive. Personnellement, nous pensons que le seul traitement de ces lésions apicales relève de l’endodontie. Les varices sub-linguales sont citées dans tous les ouvrages. Enfin, il faut rappeler l’indication de THUYA comme remède de fond des mycoses, en général, buccales en particulier, à condition de retrouver quelques signes psychiques et généraux et surtout de le prescrire longtemps. La mycose est bien une affection à l'image des troubles sycotiques, tenace, récidivante, rebelle aux traitements. 
 

CONCLUSION 

            Aujourd’hui et de plus en plus, on reconnaît volontiers que de nombreuses maladies générales annoncent leur début de développement par des signes bucco-dentaires, certes discrets, alors que rien d’autre sur le plan général ne permet encore de les suspecter. 

            Cette affirmation ne peut étonner un praticien homéopathe. Combien de fois avons-nous insisté sur les signes bucco-dentaires qui annoncent la survenue plus ou moins proche de troubles buccaux plus ennuyeux ? Nous donnons volontiers, au point d’en devenir une litanie, que les aphtes ou les brûlures de la langue, ou encore les douleurs dentaires par temps humide, annoncent en même temps que l’indication éventuelle de NATRUM SULFURICUM, la mise en œuvre du mode sycotique avec tout ce que ce mode pathologique contient en puissance de troubles graves, notamment sur le  plan bucco-dentaire. Une aphtose buccale récidivante peut très bien évoluer vers une maladie de Behçet dont on connaît le risque mortel. Des aphtes banals peuvent être le signe de départ de la maladie de Crohn. Une banale sécheresse buccale, non expliquée par la prise de certains médicaments psychotropes, peut annoncer une hypothyroïdie, ou une maladie de Gougerot ou encore une sarcoïdose. 

            Des ulcérations du voile du palais, creusantes et douloureuses, font partie éventuellement d’une maladie générale plus grave, la maladie de Wegener, vascularite systémique qui peut être grave avec ses troubles ORL, respiratoires ou rénaux. Des ulcérations semblables peuvent être le point de départ d’un lymphome malin ou d’une leucose.  

            Encore un exemple = les télangiectasies qui sont souvent banales peuvent être le point de départ d’une sclérodermie systémique ou de la maladie de Rendu-Osler.  

            Il en va de même avec certaines pathologies générales comme les troubles de la thyroïde que nous avons tenté de mieux comprendre dans le présent sujet. Les médicaments cités sont parmi les plus fréquents mais ne sont pas les seuls. Mais il ne faut pas basculer dans la paranoïa = tous les troubles buccaux n’annoncent pas de catastrophe, heureusement. Et même ceux-ci sont tout de même peu fréquentes. En plus de 30 ans d’exercice, nous n’avons dépisté que deux syndromes de Behçet, alors que les cas d’aphtoses buccales, même graves, sont fréquents. A l’inverse, nous avons suivi pendant quelques années une jeune patiente traitée depuis des mois pour une hyperthyroïdie qui ne présentait pas les signes bucco-dentaires de cette maladie. Sans doute son traitement était-il bien conduit.

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Dernière modification : 13 novembre 2011