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THUYA OCCIDENTALIS
 

 

          On se demande souvent comment l’idée d’expérimenter telle ou telle substance a pu naître dans l’esprit de certains expérimentateurs, en particulier d’Hahnemann. Il y a certes les médicaments de la pharmacopée de son temps, comme par exemple China, l’écorce de quinquina, à partir d’une lecture, celle de la Matière médicale de Cullen. On se souvient que l’idée d’étudier l’encre de seiche est venue à l’esprit de Hahnemann lorsqu’il s’est trouvé confronté à un problème thérapeutique chez un artiste peintre. Un jour, Hahnemann le surprit en train de porter à sa bouche le pinceau qu’il utilisait. Le peintre humectait le pinceau, encore empli de peinture noire. Cette peinture était de couleur sepia, faite avec de l’encre de seiche. Hahnemann demanda au peintre de cesser cette pratique et les symptômes disparurent ! Ainsi est né un médicament très précieux, Sepia !
 

 L’histoire de son introduction en thérapeutique par Hahnemann est racontée par
Ernest Farrington (1847-1885)
 
dans sa "matière médicale"


 

     
    "Hahnemann reçut un jour un malade qui se plaignait de certains symptômes des organes génitaux, symptômes qui étaient au minimum suspects. Il y avait un écoulement purulent épais de l'urètre, avec douleur en urinant. Il y avait également de petits boutons accompagnés de démangeaisons sur le gland, et du gonflement de ces parties. Hahnemann annonça au malade qu'il avait contracté une blennorragie. Ce qui fut énergiquement nié par le malade, qui d'ailleurs était séminariste. Cependant, sur le principe admis dans toutes les cours de considérer un homme innocent jusqu'à ce qu'il soit démontré coupable, Hahnemann décida de ne donner aucun médicament au malade et de le revoir dans trois jours. Le malade revint guéri. Hahnemann questionna étroitement de malade mais ne trouva aucune cause. Le jeune homme se souvint cependant que, quelques jours auparavant, il cueillait quelques rameaux de l'arbre de vie (Thuya occidentalis) et les mâcha. Cela amena Hahnemann à rechercher les propriétés de Thuya, quand il découvrit que le séminariste avait dit la vérité. Le premier proving (expérimentation)  fut réalisé à Leipzig en 1816.

          La même mésaventure est arrivée plus tard à Dudgeon, homéopathe britannique en 1871.

        Elle est rapportée par Richard Hugues dans la Cyclopedia of Drug Pathogenesy et les symptômes collectés sont dans l'encyclopédie de Allen sous le numéro d'expérimentateur 91.

"Le 10 juillet, je me promenais et passais devant un arbre de vie chargé de cônes verts. J'en pris un, le mâchouillait un peu, et n' y pensait plus. Le soir même, j'observais un très désagréable échauffement en urinant, qui continua toute la journée suivante; et j'étais horrifié d'observer en me déshabillant que mes sous-vêtements étaient largement tachés d'un manière extrêmement répugnante pour ma propre notion de respectabilité. Je trouvais un écoulement collant abondant par l'urètre, qui était évidemment gonflé et enflammé, le jet de l'urine était petit et bifide, et les brûlures s'aggravaient. J'avais complètement oublié le fait que j'avais mâché un cône de thuya, et je ne parvenais pas à imaginer ce qui avait pu produire en moi, honnête père de famille, un tel symptôme aussi mal venu."

Plus tard, Dudgeon se souvint qu'il avait mâché un thuya et fit le rapprochement, mais les désagréments ont duré 15 jours, malgré la prise d'antidotes (il ne précise pas lesquels).

Il a demandé à deux collègues de faire la même expérience, mais ceux-ci n'ont pas été malades. Il faut donc une sensibilité particulière pour faire des symptômes de thuya, même en teinture mère. » Extrait du site http://www.homeoint.org
 

   A gauche = semences de Thuya

A droite = feuillage de Thuya      

 

a
         
L'histoire de Thuya dans la thérapeutique homéopathique est intéressante à plus d'un titre. Elle va nous permettre de retracer quelques aspects historiques, de reparler d'expérimentations et de déboucher sur notre pratique actuelle, le but ultime de l'homéopathie étant de soigner (et de guérir si possible) nos malades. C'est la première recommandation de Hahnemann, il est de notre devoir de ne pas l'oublier.

Avant l'ère de la pharmacopée moderne on pouvait distinguer deux sortes de familles de "remèdes"

·         les remèdes "magiques ou théoriques" issus de théories ou de postulats: exemple: corne de rhinocéros contre l'impuissance masculine, etc. L'utilisation est le fait des "grands" médecins de la médecine officielle. Aucune justification expérimentale à cet usage

·         les remèdes végétaux issus d'un savoir empirique populaire d'ici ou d'ailleurs: reine des prés contre les douleurs, grande consoude contre les tendinites, euphraise pour la vue. Leur usage est le fruit de l'observation de leurs effets par des générations de guérisseurs et de guérisseuses. Les homéopathes, Hahnemann en premier, ont largement puisé dans ce réservoir, en faisant subir à cette base de connaissance populaire, la vérification et l'enrichissement des expérimentations homéopathiques.

          Pour Hahnemann, l'expérience empirique antérieure n'a pas été la seule source de remèdes pour la matière médicale.

          Il y a les effets secondaires des thérapeutiques ou non thérapeutiques: mercurius et arsenicum utilisés à doses massives dans la syphilis. Il y a aussi l'imagination : expérimentation de pôle nord et pôle sud d'un aimant.  Il y a l'imagination et le savoir faire scientifique: exemple Causticum (manipulations de divers produits chimiques aboutissant à un produit original) et enfin il y a la chance, mais toujours soutenue par un esprit d'observation de tous les instants. 

La synthèse des connaissances sur l’action de Thuya occidentalis
 

          Thuya a une double action =  d’abord une action inflammatoire par réaction de l’organisme contre une substance qui lui est étrangère (comme c’est toujours le cas. Ensuite une action métabolique indirecte dont la résultante présente deux aspects = un blocage des échanges péri-cellulaires réalisant ce que l’on appelle depuis Eduard von GRAUVOGL (1811-1877) « la tendance hydrogénoïde », dans un premier temps plus ou moins durable selon les constitutions et une évolution vers la sclérose

            Si l’on considère cette double action dans le temps, on constate, comme toujours pour les substances étrangères à l’organisme = une première phase dite « sthénique » car l’organisme est encore capable de réagir contre « l’agresseur » puis une seconde phase dite « asthénique » car l’organisme débordé subit l’action du toxique.

            Dans Thuya, le stade sthénique qui se traduit par l’état hydrogénoïde, l’organisme réagit par des éliminations, ici torpides et irritantes = tendance aux infections récidivantes et des muqueuses ou de la peau, progressivement de plus en plus tenaces. Le stade scléreux ouvre le chapitre des atteintes scléreuses des grandes fonctions de l’organisme, comme l’artériosclérose ou les arthroses et autres rhumatismes. On constate également la multiplication de productions tumorales bénignes souvent, malignes parfois.

Dans sa monumentale « Matière médicale homéopathique constitutionnelle » (première édition du tome 1 en 1958), Roland ZISSU présente une étude exhaustive sur le sujet qui nous concerne ici. Nous lui empruntons l’essentiel.
 

L’ETAT HYDROGENOÏDE DE THUYA
selon Roland ZISSU

            C’est un état décrit par  Grauvogl qui se caractérise par :

·        Une sensibilité exagérée à l’humidité avec aggravation par l’humidité et le froid humide (cette caractéristique se retrouve dans plusieurs médicaments que l’on peut regroupe de ce fait parmi les médicaments du mode sycotique dans sa phase hydrogénoïde).

·        Une infiltration aqueuse des espaces peri-cellulaires expliquant la silhouette de certains sujets = THUYA et NATRUM SULFURICUM pour les médicaments de fond du mode sycotique.

·        Une vagotonie de fond qui s’exprime en particulier au niveau de l’appareil digestif (troubles digestifs avec flatulence et borborygmes, entre autres).

·        Un ralentissement métabolique = hypohypophysie, hypothyroïdie, hypoparathyroïdie, par contre hypercorticoticisme.

            Cet état hydrogénoïde explique pour THUYA :

·        L’aggravation par l’humidité et le froid humide = dans les cas bénins, le moral est en baisse dès évolution du temps vers l’humidité froide, dans les cas plus avancés, tous les symptômes ont cette modalité.

·        L’aggravation de 3h à 5h du matin = insomnie, troubles digestifs, signature de la vagotonie.

            On note une latéralité gauche, très fréquente, au degré fort, mais inconstante. Comme dans SULFUR et LACHESIS. Pour Thuya :

·        Sein gauche = gonflement, sensibilité, noyau induré, aggravation à la période menstruelle.

·        Ovaire gauche et région inguinale gauche avec douleurs violentes, piquantes et déchirantes pendant les règles et augmentant avec elles alors que Lachesis et Zincum sont améliorés par l’écoulement, surtout abondant.

La morphologie de Thuya :

            La rétention hydrique se complique d’une tendance à l’engraissement, avec empâtement des hanches, du bassin et de l’abdomen, donnant une silhouette caractéristique que l’on retrouve surtout dans Natrum sulfuricum que dans Thuya, mais avec tous les paliers selon la progression de cette rétention.

            Le visage présente un aspect gras et huileux, plus particulièrement au niveau des plis naso-géniens et de l’espace inter-sourcillier avec une peau irritée, épaisse, les pores sont dilatés et apparents (peau d’orange). On constate souvent des varicosités sur les ailes du nez, au niveau des pommettes et de la face inférieure de la langue. Les artères temporales sont souvent visibles, de même que les veines du dos des mains. La tendance scléreuse se manifeste au début par une hyposphyxie périphérique que l’on peut voir au niveau des lèvres = lèvres violacées, liseré blanchâtre transversal de la lèvre inférieure.

Aux signes précédents, il convient d’ajouter :

·        Les phanères = cheveux gras avec nombreuses pellicules durant la phase hydrogénoïde puis bifides, cassants lors de la phase scléreuse. Les ongles sont souvent mous, cassants, présentant surtout des cannelures concaves. Voir les photos.

·        Des constructions tumorales allant de toutes sortes de verrues à des excroissances de chair comme les molluscum et nævi. Photos = à droite type de verrues que l'on trouve dans Thuya mais également dans Dulcamara, à gauche cannelures longitudinales sur les ongles.

 

LES ELIMINATIONS

Les éliminations de Thuya sont le prototype des éliminations sycotiques. Elles s’opposent à celles du mode psorique dont SULFUR est le modèle = éliminations explosives, périodiques, alternant de la peau à une muqueuse ou une séreuse, améliorant l’état général, leurs suppressions intempestives étant suivies d’une aggravation générale. 

Les éliminations sycotiques expriment un mode réactionnel engagé dans la pathologie, traduisant un potentiel réactionnel diminué = elles sont torpides, irritantes, tendant à la chronicité. Ces caractères s’intensifient avec la décompensation sycotique allant de la phase hydrogénoïde vers la phase scléreuse. 

Pour Thuya, on note des sueurs plus ou moins acides sur une peau grasse, sueurs huileuses, localisées, accentuées aux mains et aux parties découvertes, dont le visage (ailes du nez). Viennent ensuite diverses éruptions = verrues, mollusca, condylomes, herpès, zona, pemphigus etc… 

Nous avons eu maintes fois l’occasion de dire et de répéter, à la suite de nos Maîtres, que deux secteurs de l’organisme s’affirment comme deux pôles très importants de la mise en œuvre du mode réactionnel sycotique = les muqueuses du carrefour ORL et  celles de l’appareil génito-urinaire.  

Il ne faut pas oublier que c’est à partir de la constatation de la suppression intempestive d’un écoulement urétral qu’Hahnemann a échafaudé sa conception des maladies chroniques. Dans le mode sycotique, on constate un ralentissement des échanges entre les cellules du fait de la rétention d’eau, aggravée par temps humide et froid. Il n’est pas illogique de penser qu’il en est de même avec les éléments cellulaires de la défense immunitaire. On retrouve la même perturbation immunitaire dans le mode réactionnel tuberculinique, mais pour une raison inverse = à la stagnation de l’eau péri-cellulaire s’oppose la déshydratation cellulaire. Le résultat est assez voisin = infections de ces muqueuses. 

Les muqueuses génito-urinaires : 

            C’est encore une constatation clinique. Les sycotiques ont une nette tendance aux infections répétées de ces muqueuses = c’est le syndrome gonorrhéique.  

Pour THUYA  

·        Chez l’homme = urétrite avec écoulement de peu abondant, verdâtre, de mauvaise odeur, avec des mictions fréquentes, parfois brûlantes. A la fin de l’épisode, les douleurs deviennent tranchantes, suivies d’une sensation de goutte coulant le long du canal.

·        Chez la femme = urétrite ou vulvo-vaginite avec leucorrhées verdâtres, épaisses, irritante, grande sensibilité du vagin, douleur de l’ovaire gauche. 

            La répétition de ces troubles infections expliquent la chronicité. Et comme ces sujets non seulement ne s’immunisent pas, mais au contraire se sensibilisent à ces germes, ils développent des infections tenaces, dites torpides, résistantes aux traitements. L’antibiothérapie itérative n’arrange rien à l’évidence, elle ne fait qu’ajouter des effets de résistances bactériennes aux gonocoques, aux colibacilles, plus rarement aux staphylocoques.  

Les muqueuses respiratoires et ORL : 

            Le coryza, la bronchorrhée, l’otorrhée chroniques sont un fléau pour ces sujets qui « mouchent » à chaque changement de temps vers le froid humide et qui toussent durant des semaines. Les otites chroniques avec otorrhée sont également très fréquentes chez l’enfant. 

A noter = le mauvais effet du froid humide n’est pas la seule circonstance étiologique de Thuya. Il ne faut pas oublier le rôle des vaccinations nombreuses, massives et dès les premières semaines de la vie. Il est de constatation très fréquente que les premiers troubles respiratoires apparaissent peu après les premières vaccinations.  Thuya donné dès les premiers troubles peut suffire à empêcher le cycle vicieux des infections répétées et de l’antibiothérapie itérative qui ne prévient pas pour autant les récidives. Ne pas oublier que Burnett a été le premier à montrer le rôle des vaccinations dans l’apparition de l’indication de Thuya.

 

L’ETAT SCLEREUX
 

            C’est pour une raison didactique que l’on fragmente ces notions pathogénétiques et cliniques en chapitres autonomes. La réalité clinique est plus complexe. Lorsqu’il y a prédominance de la première phase, on a affaire à un Thuya « gras »  à la silhouette enveloppée déjà décrite et illustrée par une photo de Jacques Jouanny. Lorsqu’il y a prépondérance du second stade dit « scléreux », on a affaire un Thuya « maigre », qui se rapprochent de Causticum. On trouve dans la matière médicale de Thuya des troubles correspondant à ces deux phases, c’est pour cette raison que ce médicament est considéré comme le chef de file des médicaments du mode sycotique. 

            Déjà au cours de la première phase des manifestations scléreuses apparaissent et peuvent s’aggraver progressivement. Cela s’explique par le blocage des éliminations. On constate aussi les premières productions tumorales, en particulier de banales verrues, dont Thuya est l’un des principaux médicaments de fond (mais pas le seul !). 

            Un exemple de blocage éliminatoire est fourni par la constipation de Thuya = au début il y a une diarrhée de fond, dont l’illustration est celle de Natrum sulfuricum (matinale et impérieuse peu après la première absorption de liquide = diarrhée après le petit déjeuner). Petit à petit, la sclérose encore insidieuse se manifeste entre autres au niveau de l’intestin = c’est la constipation de Thuya avec des épisodes diarrhéiques de sursaut réactionnel, aboutissant à la constipation totale de Causticum par sclérose intestinale et par parésie, voire paralysie.           

            La constipation de Thuya offre un autre signe « amusant » = l’inertie rectal, les selles dures difficiles à expulser explique « que les selles remontant dans le rectum après avoir été partiellement expulsées (Sanicula, Silicea). Hélas, ce n’est pas tout ! La contraction spasmodique de l’anus explique les besoins fréquents et infructueux, souvent accompagnés de douleurs rectales violentes empêchant les efforts, dues le plus souvent à des fissures anales ou à des condylomes. 

 

LES PRODUCTIONS TUMORALES
 

            Nous ne savons plus quel auteur du XX° siècle affirmait que Thuya stockait dans des constructions cellulaires les déchets métaboliques qu’il ne parvenait pas à éliminer. Ce n’est sans doute pas exact sur le plan physiopathologique, mais l’image est attrayante. 

            Ces formations tumorales se retrouvent dans les deux types de Thuya, « gras » et « maigre », de même qu’on le retrouve dans les médicaments des deux stades évolutifs du mode sycotique, « hydrogénoïde » et « scléreux ». Mais il y a une tendance progressive à l’aggravation lorsque le sujet évolue vers le stade scléreux. Roland ZISSU explique que l’émonctoire cutané « se ferme » progressivement aux éliminations = la peau devient de plus en plus froide (mais en particulier), présente des taches brunâtres sur tout le corps mais davantage sur le dos et les bars. Les sueurs sont de plus en plus denses et fétides. 

            Au premier stade « hydrogénoïde », on note des excroissances de chair, des verrues, des végétations ou des éruptions de grosses pustules au niveau des parties couvertes du corps. 

            Au second stade « scléreux » ou « maigre », on trouve des polypes, des condylomes, des végétations et malheureusement des néoplasies. Elles sont en commun dans les deux stades = la mollesse, le suintement, le saignement facile, l’aggravation par l’humidité (1° stade) et par le froid ‘2° stade). 

            Les localisations sont: 

·        Surtout génitales = tumeurs bénignes ou malignes de l’ovaire gauche, fibromes utérins, cancers génitaux, adénome ou cancer de la prostate.

·        Peau et muqueuses = verrues pédiculées en chou-fleur, végétations, condylomes, polypes du nez, polypes des cordes vocales, végétations adénoïdes, hypertrophie des amygdales chez les enfants sycotique (chef de file des remèdes de fond = Calcarea carbonica).

 

LES TROUBLES DIGESTIFS

             Les troubles digestifs sont importants dans la matière médicale et ils sont rarement absents chez nos patients, certes à des degrés divers. 

            Deux caractéristiques pour ces troubles : ce que l’on appelle la dyspepsie flatulente et la constipation de fond. 

La dyspepsie flatulente s’exprime au niveau de l’estomac et de l’intestin : 

·        Il existe une aérogastrie qui explique sans doute des renvois rances, surtout après avoir absorbé des aliments gras (insuffisance hépatique) et des éructations du même type. Ces troubles sont aggravés pat le thé, par les oignons, le café et les graisses. 

·        L’aérocolie explique la distension de l’abdomen = borborygmes, gaz, le péristaltisme intestinal est exagéré. Lorsque le sujet est suffisamment décompensé sur le plan psychique, en particulier lors qu’existent la tendance obsessionnelle et les idées fixes, ces flatulences lui donnent l’impression qu’il a quelque chose de vivant dans le ventre, impression qui peut devenir une obsession. 

·        La tendance habituelle est à la constipation de fond, avec de temps en temps des débâcles diarrhéiques = diarrhée matinale, de bonne heure, expulsée avec force, avec de nombreux gaz, des gargouillements (la matière médicale précise = comme si de l’eau s’échappait d’une barrique !). La diarrhée est aggravée après le repas, le café (éructations, diarrhée), les oignons (diarrhée, flatulence), les aliments gras (éructations), par le thé, par la bière (flatulence et renvois). Chez l’enfant surtout, la diarrhée apparaît plus fréquemment après des vaccinations. Le temps humide et froid n’arrange rien, bien au contraire. 

            Ces troubles digestifs s’accompagnent d’un goût fade qui incite à saler un peu trop les aliments.  La constipation s’accompagne de besoins mais la défécation est difficile = parésie rectale, grosses selles dures et foncées, difficiles à expulser en raison de leur grosseur et par des douleurs rectales et anales, dues à des fissures ou à des formations cellulaires (condylomes). La selle sèche partiellement expulsée remonte dans le rectum, ce que certaines matières médicales appellent « selles à ressort ». 

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SIGNES ET SYMPTOMES PSYCHIQUES

 

            Rappelons encore et encore une autre fois que les substances étrangères à l’organisme provoque une double réaction, d’abord une première dite sthénique, une seconde dite asthénique = l’organisme réagit  au début avec une certaine force parce que son potentiel réactionnel est encore entier, puis il subit l’action du toxique. 

            Cette précision permet de faire comprendre (aux néophytes !) des signes en apparence contradictoires dans les matières médicales, par exemple = excitation psychique, et plus loin dans le même paragraphe dépression mentale. Il est facile de comprendre que « l’excitation psychique » correspond à la phase sthénique, la dépression à la phase asthénique. Le plus souvent ces signes opposés se suivent dans le temps, d’autres fois ils alternent plus ou moins rapidement, comme par exemple dans Lachesis = excitation vespérale, dépression matinale. 

Pour THUYA : 

            Pour la première phase, la matière médicale précise = « le sujet est inquiet, sensible, impressionnable avec tendance à pleurer, « larme à l’œil en écoutant de la musique ». La matière médicale ne précise pas le genre de musique, mais étant réalisée au XIX° siècle, on peut éliminer sans risque d’erreur le rap ! Et on imagine les réactions d’un Nux vomica obligé d’entendre ce que certains appellent de la musique !  Assoupi dans la journée mais le sommeil est agité, troublé par des cauchemars (rêves de mort) et réveil vers 4 heures du matin. 

            Pour la seconde phase = cette phase est dominante dans Thuya avec une évolution dans le temps = d’abord les signes psychiques assez curieux parfois gardent tout de même un support objectif ou réel, ensuite le patient se trouve dans l’incohérence. Par exemple = l’idée fixe. 

            Au début, l’idée fixe naît et gravite autour d’un sujet mais garde une relative cohérence. Par exemple = des borborygmes et des spasmes intestinaux donnent au malade l’impression qu’il a quelque  chose de vivant dans le ventre. Le ballonnement et la mobilité des gaz donnent l’impression à une femme qu’elle est enceinte. Et le signe capital = lorsque Thuya se sent de plus en plus asthénique et que de surcroît il maigrit, il s’imagine être atteint d’une maladie grave et c’est le vaste chapitre de la cancérophobie.  A son tour, cette conviction au début imprécise se transforme en idée fixe, qui explique l’agitation anxieuse, l’impatience, la précipitation suivies de dépression et d’abattement. Le sujet devient de plus en plus pessimiste, redoute l’avenir qui ne lui réserve rien d’agréable, au contraire, « il se fait une montagne d’un rien » ! Comme on peut le voir, ces interprétations de symptômes banals reposent sur une base réelle. L’imagination anxieuse produit le scénario catastrophique.           

            Puis, les choses se gâtent ! Le malade n’a pas besoin d’un support pour se focaliser sur une idée fixe qui devient de plus en plus irrationnelle = le sujet croit qu’un tiers se trouve à ses côtés ou que quelqu’un marche à ses côtés dans une rue pourtant déserte. Ou encore il croit que son corps est fragile, en « verre », que le moindre choc peut le briser, d’où la phobie de la promiscuité (Luesinum en a une mais par peur des microbes et de la contagion). L’aboutissement de ces troubles est le dédoublement de la personnalité.   

            On comprend ainsi que Thuya est sans doute le principal médicament des troubles psychosomatiques. En particulier, il est un remède important de stomatodynies. 

 

LES CIRCONSTANCES ETIOLOGIQUES 

Voici ce que l’on peut lire dans les matières médicales : 

1 - Les agressions du système immunitaire = VACCINATIONS intempestives et répétées (variole), les infections répétées ou traînantes (dont la blennorragie), leurs médicaments chimiques déprimant le système immunitaire (antibiothérapie itérative), les sérums répétés, les anti-inflammatoires (dont les corticoïdes...). Il ne faut pas oublier la POLLUTION sous toutes ses formes, surtout chimiques. 

2 - Suites d’HUMIDIT?, surtout de FROID HUMIDE, sous toutes ses formes, dont l’habitat humide (à l’origine de nombreux troubles inflammatoires et infectieux, ORL notamment). Ces troubles entraînent le plus souvent des traitements chimiques à base d’antibiotiques, parfois de corticoïdes. Bref, de médicaments qui peuvent perturber la réponse immunitaire. 

3 - La suppression intempestive d’un écoulement, surtout génital, comme la blennorragie (c’est cette constatation qui est à l’origine de la conception des maladies miasmatiques chroniques de Hahnemann.  

            On constate que ce sont les mêmes circonstances étiologiques que celles du mode réactionnel sycotique. Personne ne peut être surpris !

 

THUYA OCCIDENTALIS
ET PATHOLOGIES BUCCO-DENTAIRES
 

Joseph-Amédée  LATHOUD (1882-1944) écrit dans sa "Matière Médicale":

·        L’intérieur de la bouche peut être le siège d’une vive irritation; il peut y avoir des aphtes sur la langue et n’importe où dans la bouche. 

·        Les dents commencent à se gâter à la base dès qu’elles poussent. Les dents se déchaussent et sont très sensibles. La racine des dents se carie, leur couronne restant intacte (Mezereum). Dents cariées seulement sur le bord tranchant (Staphysagria). Les dents s’émiettent, deviennent jaunes. Odontalgie pire en buvant du thé ou chez les buveurs de thé (notamment au niveau des molaires inférieures gauches.

·        Langue saburrale très sensible à la pointe. Cloques blanches sur les bords de la langue et au niveau de la racine.

·        Varicosités dans la bouche, surtout au niveau de la face inférieure de la langue et dans la gorge.

·        Grenouillette.Gonflement des glandes salivaires et salivation abondante”.Epulis, tumeurs bénignes.

          THUYA est avant tout un remède de fond du mode réactionnel sycotique. Il est donc presque exceptionnel qu’on ait l’occasion de le prescrive dans un cas aigu, car même la douleur, ou plutôt la névralgie, est chronique. 

Lorsque la matière médicale précise : « Les dents se déchaussent, caries des collets radiculaires », cela signifie que Thuya peut être un médicament de maladie parodontale et de caries. Commençons par la carie dentaire. 

La carie dentaire présente plusieurs aspects très intéressants :


 ·      Chez l’enfant =Les dents commencent à se carier à la base dès qu’elles poussent : il s’agit alors le plus souvent d’un enfant bréviligne du type CALCAREA CARBONICA qui a subi la série de vaccinations réglementaires dès sa naissance puis dans sa petite enfance, qui a ensuite présenté des rhino-pharyngites à répétition du fait de sa sensibilité au froid humide et de sa tendance aux engorgements lympho-ganglionnaires, traitées par antibiothérapie itérative. Dès leur éruption, les dents permanentes voient des caries à leur collet, symptôme que l’on retrouve aussi bien dans CALCAREA CARBONICA que dans THUYA. La prévention homéopathique prend ici tout son sens car la connaissance des modes réactionnels permet de deviner les risques potentiels qui menacent la dent, entre autres organes ou appareils. Les dentistes qui ignore cette conception constatent que leurs obturations ne suffisent pas à éviter la récidive de ces caries du collet, ils incriminent alors les mauvaises habitudes alimentaires comme le syndrome du biberon et les excès de sucreries, qui ne sont ici qu’un épiphénomène.

·      Chez l’adulte : on retrouve deux autres types de caries. 

1.    Les dents se déchaussent et sont très sensibles, la racine des dents se carie, leur couronne reste intacte. On trouve ce même symptôme dans MEZEREUM. Cela signifie à l’évidence qu’il existe une maladie parodontale. Cette dernière peut se développer progressivement à la suite d’une gingivite qui est devenue ulcéreuse. Ou encore on peut constater une alvéolyse précoce sans signe inflammatoire, c’est une manifestation du vieillissement prématuré qui caractérise entre autres le mode sycotique.

 2.    Les dents se carient au niveau des faces distales, sous le collet, en commençant par les molaires les plus postérieures et en évoluant progressivement vers l’avant. Ce type de carie a été décrit par Roger SCHMITT.

·      Chez l’enfant et plus rarement chez l’adulte : les dents se carient sur le bord tranchant, s’émiettent et deviennent jaunes, symptôme partagé par STAPHYSAGRIA.  Nous n’avons pas d’explication rationnelle. Il faut simplement rappeler que STAPHYSAGRIA chez l’enfant est un remède de troubles polydiathésiques, surtout de rachitisme, à comparer à SILICEA.

La gingivite de THUYA = elle est certes présente, mentionnée d’ailleurs plus dans le Répertoire de KENT que dans les ouvrages de Matière médicale. C’est que THUYA n’est qu’exceptionnellement indiqué dans une forme aiguë. C’est essentiellement un remède de gingivite chronique et son choix repose davantage sur les signes psychiques et généraux.

            THUYA est également un remède possible de petites tumeurs buccales, dont l’épulis, la grenouillette. On l’a cité dans le traitement de fond des granulomes apicaux, on a même dit qu’il avait une action préventive. Personnellement, nous pensons que le seul traitement de ces lésions apicales relève de l’endodontie. Les varices sub-linguales sont citées dans tous les ouvrages. Enfin, il faut rappeler l’indication de THUYA comme remède de fond des mycoses, en général, buccales en particulier, à condition de retrouver quelques signes psychiques et généraux et surtout de le prescrire longtemps. La mycose est bien une affection à l'image des troubles sycotiques, tenace, récidivante, rebelle aux traitements.

A droite = photo d'épulis. A gauche = photo de grenouillette

            En présence d’une tumeur bénigne, par exemple une épulis, il faut se poser la question de la tactique thérapeutique = ablation chirurgicale ou traitement homéopathique ?

            Il faut reconnaître de telles tumeurs sont assez rares. Ma conduite personnelle dépend de l’ancienneté de la tumeur. Une épulis récente mérite un traitement homéopathique car il n’y a pas urgence, on peut prendre le temps de tenter ce traitement. Mais alors, Thuya n’est pas le seul médicament possible. Il faut prévenir que le traitement homéopathique demandera quelques semaines. Si l’on choisit la chirurgie, il faudra de toute façon entreprendre le traitement homéopathique de fond afin de prévenir la récidive qui est très fréquente. Et pour ce traitement, Thuya a une place de choix.


Thuya et les stomatodynies :

            C’est sans l’un des deux ou trois principaux médicaments des stomatodynies. La cancérophobie est sans doute le signe étiologique majeure dans un grand nombre de cas, mais elle peut aussi être induite par les traitements inefficaces d’une douleur à un endroit quelconque de la bouche ou des dents.

            L’histoire la plus classique est celle d’une femme sexagénaire, veuve depuis peu (en particulier si le mari est mort d’un cancer). Elle déprime, se retrouve seule et somatise sa peine en un endroit de l’organisme, bouche ou dents entre autres. A cet âge, il n’est pas rare d’avoir un problème bucco-dentaire. Une douleur apparaît, banale à souhait, en un point de la langue, ou au niveau d’une dent, ou en un point de la gencive. Le dentiste consulté ne trouve aucune explication rationnelle, prescrit un bain de bouche. Mais la douleur réapparaît et un jour, elle devient obsédante, au point de devenir une véritable idée fixe. Cette malheureuse patiente entreprend un véritable chemin de croix, consulte plusieurs praticiens, jusqu’au jour où l’un d’entre eux parle de maladie psychosomatique et propose un antidépresseur, qui ne change rien. La patiente se met dans la tête qu’il s’agit d’un cancer que les praticiens sont incapables de découvrir.

            Dans un cas de ce genre, la cancérophobie n’est pas à l’origine de la stomatodynie, elle en est la conséquence. A l’évidence, la prescription de Thuya dans de tels cas se fait à partir de signes hautement hiérarchisés, pratiquement sur les signes de la stomatodynie elle-même mais l’on retrouve souvent les signes de la carie déjà décrits ou ceux d’une maladie parodontale, même peu évolutive.


Thuya et la névralgie faciale 
:

            La matière médicale parle de douleurs dans la face sous forme de céphalée très douloureuse, avec sensation comme si un clou était enfoncé à petits coups dans la région frontale (comme Ignatia), aggravée par la chaleur et après des excès sexuels, améliorée en se promenant au grand air. On cite aussi « Névralgies faciales chez les buveurs de thé (comme Selenium) ». Cette occurrence est assez fréquente.

            Cette névralgie faciale se localise souvent au niveau des dents, surtout du côté gauche (latéralité dominante pour tous les troubles), aggravée par la mastication et par le thé. Nous en avons vu plusieurs cas cliniques. 


EN CONCLUSION

            Thuya occidentalis est l’un des médicaments les plus importants de la matière médicale homéopathique. Il est de prescription fréquente au cabinet dentaire. Il y a quelques années, nous avons titré l’un de nos textes « Le mode sycotique – de plus en plus d’actualité ». Cette affirmation se trouve confortée car les facteurs de pollutions sont multiples et touchent tous les secteurs. Les vaccinations sont toujours pratiquées massivement, même si quelques restrictions apparaissent ça et là. Les mises en garde des médecins homéopathes à propos des effets secondaires de l’antibiothérapie dès le début de la prescription massive de la pénicilline après la seconde guerre mondiale sont enfin corroborées  par les officiels.

            Il faut donc que le chirurgien-dentiste homéopathe s’imprègne bien de la matière médicale de ce médicament polychreste, tellement utile pour nos patients.

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Dernière modification : 13 novembre 2011