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L'HOMEOPATHIE
une conception des malades et des maladies

LE "TERRAIN"
des "miasmes" aux toxines
des toxines aux modes réactionnels

 

 

AVANT-PROPOS

     Dans les chapitres suivants sont étudiées les notions de « terrain » en homéopathie, depuis la conception "miasmatique" de HAHNEMANN jusqu’aux nouvelles données actuelles, en tenant compte de l’évolution des idées, des déviations, des corrections et même des polémiques.

      L’homéopathie n’est pas une méthode thérapeutique figée depuis les dernières mises au point de HAHNEMANN. D’abord parce que lui-même a donné l’exemple d’une remise en cause permanente au gré de sa pratique, ensuite et à l’évidence parce que les connaissances ont tout de même évolué depuis sa mort en 1843.            

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HAHNEMANN et ses « miasmes »:

             Tous les principes de la méthode homéopathique ont été dégagés d’une manière empirique et fortuite par HAHNEMANN. Il n’était pas guidé par une intuition mais seulement par la volonté de comprendre enfin l’action des médicaments qu’il  donnait à ses malades. On sait qu’en 1784, HAHNEMANN abandonne l’exercice de la médecine: « Il se faisait scrupule de devoir traiter des états morbides inconnus avec des remèdes inconnus qui peuvent facilement faire passer de vie à trépas ou occasionner de nouveaux maux ou des troubles chroniques, lesquels sont souvent plus difficiles à faire disparaître que les premiers ».

             Les scrupules de HAHNEMANN s’expliquent par le fait que la nosologie n’était pas encore bien établie en son temps et que surtout la thérapeutique ne répondait à aucun critère scientifiquement démontré, ni à la moindre expérimentation. La posologie empirique faisait des dégâts importants, comme par exemple l’usage du mercure à trop fortes doses dans le traitement de la syphilis. D’où l’idée déjà émise par Albrecht von HALLER et reprise par HAHNEMANN d’expérimenter les médicaments sur « l’homme sain ». Le passage à l’acte, le « déclic » est apparu lors de la traduction de l’ouvrage de William Cullen, en 1790. HAHNEMANN ne voyait aucune logique dans les explications de Cullen sur l’action de l’écorce de quinquina, médicament que HAHNEMANN connaissait bien pour l’avoir déjà utilisé, notamment sur lui-même lorsqu’il fut atteint du paludisme quelques années plus tôt. On sait ce qu’il advint de cette première auto-expérimentation. On se souvient  également qu’il renouvela ses expérimentations avec d’autres médicaments de son temps, d’abord sur lui-même, puis sur quelques-uns de ses proches. Et c’est en 1796 qu’il publie un « Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales, suivi de quelques aperçus sur les principes admis jusqu’à nos jours ».

Albrecht von HALLER
(1708-1777)

William CULLEN
(1710-1790)

(Photos = Homéopathie internationale)

             Dans cet « essai », il propose déjà des principes révolutionnaires. D’abord, il affirme que « ni l’origine, ni la couleur, l’odeur, le goût ou la structure chimique des médicaments ne témoignent de quelque chose quant à leur action sur l’organisme humain vivant ». C’est là une critique acerbe des pratiques de son temps, comme la théorie des signatures chère à PARACELSE (HAHNEMANN ne supportait pas d’être considéré comme un fils spirituel de ce dernier). Et on veut bien se souvenir qu’à la fin du 18°siècle, de nombreux traitements étaient encore les mêmes que ceux de HIPPOCRATE, GALIEN ou AVICENNE. Ensuite, HAHNEMANN insiste sur la nécessité de l’expérimentation des médicaments sur l’homme, surtout sur l’homme « sain » car l’expérimentation sur l’animal ne suffit pas. C’est ainsi que progressivement, HAHNEMANN dégage de ses expérimentations le fait qu’une substance capable de guérir une maladie est aussi susceptible de la provoquer chez un homme sain. Il redécouvre ainsi le principe de similitude qui constitue la base de sa nouvelle méthode, appelée pour cette raison « homéopathie » (souffrance semblable). En 1799, HAHNEMANN connaît un énorme succès dans le traitement d’une épidémie de scarlatine par BELLADONA et ce succès déclenche l’hostilité de ses confrères. Il dégage en même temps et toujours d’une manière empirique et fortuite la nécessité d’une posologie infinitésimale, principe révolutionnaire au point de susciter des polémiques violentes, qui durent et perdurent encore en cette fin du 20°siècle et  même au début du XXI°. ! Après plusieurs publications, dont une première matière médicale en 1805, c’est en 1810 qu’HAHNEMANN publie son « Organon de la médecine rationnelle », traduit en français par « Organon de l’Art de guérir ».

             Ainsi, après quelques années d’expérimentation, HAHNEMANN est certain d’avoir découvert une nouvelle méthode, d’abord grâce à la compréhension de l’action des médicaments qu’apporte l’expérimentation sur l’homme « sain », puis par l’application de la similitude à partir des symptômes d’un malade. La substance ainsi déterminée, qui est le « remède homéopathique », doit être donnée à dose très faible, infinitésimale même. Cependant,  HAHNEMANN rencontre des difficultés dans l’application de sa méthode, essentiellement dans le traitement des maladies chroniques, lors des épisodes aigus, qui récidivaient à la moindre occasion. D’abord, il attribue ses échecs au faible nombre de substances déjà expérimentées.

             Comme il ne peut remettre en cause le principe de similitude du fait des succès dans le traitement des maladies aiguës, il cherche une autre explication. Cela lui demande plus de dix ans ! HAHNEMANN, bien avant de découvrir sa nouvelle méthode, est convaincu qu’on ne connaîtrait jamais l’origine des maladies, qu’il est donc inutile de perdre son temps à cette tâche.  Et comme il suffit de connaître les symptômes du malade, puis de rechercher le remède homéopathique, il suffit d’enrichir la Matière médicale par l’expérimentation de nouvelles souches. « Mais ses échecs l’amèneront à proposer à son tour une théorie sur l’origine et la nature des maladies chroniques, et cette théorie sera miasmatique, c’est-à-dire infectieuse ».

             Nous verrons plus loin les critiques de cette nouvelle théorie et ce qu’il en est advenu après la disparition de HAHNEMANN. Mais d’abord, il convient d’en dresser les grandes lignes, car elle est bien connue. 

            Entre la publication de l’Organon de l’Art de guérir et celle du Traité des maladies chroniques, il se passe 18 ans = 1810-1828. C’est dire que la réflexion a duré longtemps. Humblement, HAHNEMANN attribue ses découvertes au Dispensateur de tous biens, c’est-à-dire à Dieu ! Mais il avoue que « c’est dans le plus grand secret que j’ai travaillé et suis parvenu grâce à une ardeur et des efforts inouïs à ce grand oeuvre ». Ce « grand oeuvre », c’est la conception miasmatique des maladies chroniques. Tout est résumé dans un seul paragraphe (§51): «J’en étais arrivé à ce point, lorsqu’en observant  et scrutant toujours plus profondément les maladies chroniques non vénériennes, je m’aperçus promptement que l’obstacle à la guérison homéopathique par des remèdes jusqu’ici éprouvés de ces exacerbations récidivantes, qui s’offraient comme des maladies particulières et autonomes, provenait dans la majorité des cas de la disparition d’une éruption galeuse ancienne, constatée et avouée par le sujet . Le plus souvent ces malades appellent l’attention du médecin sur le fait que tous les maux dont ils se plaignaient remontent à l’époque de cette dermatose galeuse et lorsque cet aveu ne pouvait être obtenu ou que le malade ne l’eut pas remarquée, ce qui était le plus fréquent, ou du moins qu’il l’eut oubliée, il finissait par ressortir, habituellement, grâce à un interrogatoire très serré, que des traces discrètes de cette affection (vésicules scabiéiques, dartres, etc...) s’étaient manifestées de temps en temps, quoique rarement, signe indicatif et dénonciateur d’une infection précédente de cette nature ». Pour ceux qui ne sont pas familiers de ces notions, il convient de proposer quelques commentaires.

             Tout d’abord, la nosologie des maladies cutanées n’était pas établie du temps de HAHNEMANN. On attribuait à la gale la plupart des éruptions cutanées pruriantes. L’agent causal de la gale était connu. D. DEMARQUE rapporte que « le parasite de la gale semble avoir été découvert par REDI (1687). Mais son rôle pathogène n’a réellement été mis en évidence par l’étudiant corse RENUCCI qu’en 1834 ».  Il ajoute que selon un dictionnaire gréco-latin de la fin du 16°siècle, le mot « gale » est ainsi défini: aspérité de la surface cutanée d’où naît une desquamation furfuracée, s’accompagnant de prurit et de suintement... c’est aussi le nom d’une petite bête... ».        

            Denis DEMARQUE (1915-1999) rapporte qu’en 1792, HAHNEMANN écrivait dans une revue que l’origine de la gale est « un petit insecte vivant ou acare qui habite notre corps sous l’épiderme, y vivant et croissant abondamment, il est une cause d’irritation, ses mouvements de reptation occasionnent des démangeaisons... ». Et DEMARQUE se demande à juste titre pourquoi HAHNEMANN qui connaissait bien le parasite n’en parle plus jamais dans son Traité des maladies chroniques publié en 1828. Il ajoute « qu’il paraît comme plausible que c’est en raison d’une prise de conscience plus nette de l’importance primordiale du terrain ». En fait HAHNEMANN considère bien la gale parasitaire comme cause de la psore mais élargit la cause à toutes dermatoses susceptibles de répercussions ou d’alternances avec d’autres affections, des muqueuses notamment. Bien entendu, le terme de « terrain » est ici proposé par DEMARQUE et non par HAHNEMANN qui ne parlait que de « personnes » plus sujettes que d’autres à contracter cette maladie. De plus, HAHNEMANN semble valoriser le rôle des « miasmes », c’est-à-dire des microbes, sur celui du « terrain », bien qu’à plusieurs reprises il parle de sujets prédisposés. Mais ce point particulier - HAHNEMANN donne-t-il la prédominance au miasme ou au terrain ? - pose quelques problèmes de compréhension car on trouve des avis opposés, et dans le même ouvrage. Ainsi, D. DEMARQUE dans son excellent ouvrage « L’Homéopathie, médecine de l’expérience »  (2° édition - Maisonneuve 1981) écrit-il ceci: « Les homéopathes français contemporains décrivent diverses diathèses dont ils attribuent la paternité à Samuel HAHNEMANN. En réalité, celui-ci a donné dans sa conception des maladies chroniques la prédominance au germe et non au terrain » (page 171). Or nous avons signalé un peu plus haut l’avis de DEMARQUE sur le fait qu’il ne cite pas le parasite de la gale dans son traité des maladies chroniques, parasite qu’il connaissait bien, oubli qui, pour DEMARQUE, proviendrait de l’importance primordiale du terrain reconnue par HAHNEMANN (page 191)! Comment s’y retrouver ?

             Mais si l’on connaissait la contagiosité de certaines maladies infectieuses,  on ignorait encore le rôle des microbes (que l’on voyait cependant au microscope), on pensait que la contagion s’expliquait par l’existence d’un « miasme », sorte d’émanation pestilentielle mal précisée. La découverte principale de HAHNEMANN, qui semble aujourd’hui évidente, est qu’un épisode aigu d’une maladie chronique n’est qu’un aspect de cette maladie, qui existait avant la dernière exacerbation et qui continuera ensuite. D’où la nécessité de retracer l’histoire de la maladie et du malade, c’est-à-dire de faire l’anamnèse, nouveauté en médecine. C’est ainsi qu’à partir de ses propres observations et en retrouvant dans la littérature de son temps et des temps plus anciens des cas semblables, HAHNEMANN finit par penser à l’existence d’une maladie cutanée supprimée (spontanément ou par traitement) au point de départ de la maladie chronique. Et HAHNEMANN se souvient d’avoir publié en 1788, un petit ouvrage sur la syphilis: il pensait, contre les idées dominantes de son temps, que le chancre syphilitique n’était qu’une tentative de rejet de la maladie par un organisme préalablement infecté, qu’il ne fallait donc pas supprimer ce chancre et que sa suppression par des moyens externes (cautérisation, excision...) « enfermait » la maladie, qui se développait ensuite d’une manière plus ou moins insidieuse mais certaine. Bien plus tard, lorsqu’il croit qu’une éruption galeuse est le point de départ de la maladie chronique, il applique le même raisonnement: c’est parce qu’on a supprimé cette éruption qu’on a « enfermé » la maladie, qui se manifeste alors par d’autres affections, alternantes et périodiques. En grec, « gale » se dit « psora », HAHNEMANN affirme dans le paragraphe 59 de son Traité: « La plus ancienne, la plus généralement répandue, la plus pernicieuse et malgré tout la plus méconnue de toutes les maladies chroniques miasmatiques, c’est la psore, qui tourmente et défigure les peuples depuis des milliers d’années ». 

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Le  miasme  « psore »: 

            C’est le « miasme » le plus répandu, responsable de 7/8° des maladies chroniques. Du fait de son universalité et de son ancienneté, HAHNEMANN lui attribue pratiquement tous les symptômes possibles ! A plusieurs reprises, il parle même de « lèpre » en même temps que de gale. Il remarque qu’avec le développement des règles d’hygiène et d’alimentation du Moyen-Age, les manifestations cutanées perdent leur aspect « monstrueux » et ne persiste qu’une banale éruption pruriante, voire seulement un prurit. Il note que lorsque l’éruption persiste, le patient jouit d’un bon état général. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas la faire disparaître par des moyens externes ou internes (fleurs de souffre, purgatifs...). Et il s’indigne de l’attitude des médecins « modernes » de son temps qui affirmaient: « Toute éruption scabiéique n’est qu’une vulgaire maladie locale limitée... » (§69) et « En conséquence, on peut et doit toujours, sans scrupule, en débarrasser localement les téguments par des fumigations ou des pommades soufrées, par des lotions à base de plomb et de zinc, mais surtout par des précipités mercuriels.... » (§70). Il remarque que lorsque le patient est « ainsi  guéri » par la médecine officielle, il revient tôt ou tard avec une très grande variété de troubles. Et les médecins officiels s’imaginent alors que le patient présente seulement de nouvelles maladies sans rapport avec l’éruption scabiéique !   

            Avec sa minutie, HAHNEMANN décrit plusieurs formes de psore (psore supprimée, psore constitutionnelle, psore contagieuse, psore primaire, secondaire, latente, tertiaire, puis psoro-syphilis, psoro-syco-syphilis...). Et il énumère de longues listes de maladies ou symptômes, au point qu’on a l’impression de retrouver un catalogue exhaustif de toute la pathologie. Mais c’est en vain que l’on peut chercher au chapitre « bouche » des symptômes caractéristiques ou spécifiques. Ceux cités sont banals: stomatite aphteuse, gingivorragies, maladie parodontale (pyorrhée), glossite, halitose, dysgueusies, caries dentaires, odontalgies, etc... 

            En fait, il faut replacer ces symptômes buccaux dans l’ensemble général. HAHNEMANN le fait mais il faut lire l’ensemble du Traité pour en découvrir la trame, car cela ne saute pas aux yeux. HAHNEMANN précise heureusement que l’ensemble des symptômes décrits pour la psore ne sont pas tous présents chez un seul malade, mais chez plusieurs.
 

Le miasme « syphilis »: 

            Le miasme psorique représente pour HAHNEMANN 7/8° des maladies chroniques. Il ne reste donc que 1/8° que se partagent la syphilis et la sycose, deux maladies chroniques d’origine vénérienne. Nous avons déjà évoqué la publication d’HAHNEMANN de 1788 sur la syphilis et son traitement par le mercure. Ce dernier était utilisé depuis des dizaines d’années, HAHNEMANN avait dénoncé la posologie toxique. A la fin du 15° siècle et au début du 16°, une épidémie de syphilis frappe l’Europe et le mercure est déjà largement utilisé à très fortes doses, même par la suite à titre préventif, et de ce fait une très large partie de la population est intoxiquée. HAHNEMANN propose dans son Traité des maladies vénériennes un mercure purifié selon un mode de préparation personnel qu’il appelle « Mercurius solubilis ». Bien plus tard, lorsqu’il a découvert les principes de sa nouvelle méthode, il ne peut que constater que la syphilis et le mercure sont liés par le principe de similitude = le mercure est homéopathique à la syphilis. Cette découverte a dû justement renforcer sa conviction d’être dans la bonne voie. Et déjà, HAHNEMANN distingue l’action antiphlogistique (anti-inflammatoire) du mercure, qui peut l’indiquer chez n’importe qui atteint d’une inflammation et celle plus profonde et spécifique dans la syphilis. Contre les avis des autorités médicales de son époque, notamment de John HUNTER et de RICORD, HAHNEMANN distingue la syphilis d’une autre maladie vénérienne, qu’on appellera plus tard la gonorrhée ou blennorragie et qu’il décrit par des écoulements urétraux non syphilitiques. Un autre fait mérite mention: alors qu’à la fin du 19° siècle, de nombreux auteurs comme WASSERMANN, HUTCHINSON ou GOUGEROT, puis les homéopathes comme Antoine NEBEL, Léon VANNIER, accusent la syphilis d’être responsable de nombreux troubles, notamment morphologiques du fait qu’on la croyait  héréditaire, HAHNEMANN affirmait que la syphilis n’était pas héréditaire et de ce fait était le miasme chronique le plus facile à traiter, à condition de commencer tôt avec du mercure en 30 CH.
 

Le miasme « sycose »: 

            Contrairement à ce que pensait « le » spécialiste des maladies vénériennes de son époque, John HUNTER, HAHNEMANN distinguait la syphilis de certains écoulements urétraux. Comme on confondait volontiers ces deux maladies, le traitement était le même = le mercure à forte dose. On sait ce qu’HAHNEMANN pensait du mercure. Il ajoutait que ce mercure était totalement inefficace dans le traitement des écoulements urétraux, ce qui était bien un argument en faveur de sa thèse. Toujours selon sa théorie sur la suppression des manifestations externes, HAHNEMANN s’opposait encore une fois aux traitements de l’écoulement urétral par les procédés externes (permanganate, nitrate d’argent par exemple) ou internes (mercure). La conséquence de la suppression était l’apparition de formations bourgeonnantes, appelées « fics » ou « sics » par analogie avec l’image d’une figue (ficus en latin, siko en grec). Ces tumeurs étaient à nouveau traitées de la même manière par la médecine officielle (cautérisation, ligature, exérèse). HAHNEMANN décrit les conséquences de ces suppressions: apparition de tumeurs semblables un peu partout dans l’organisme, dont la bouche, et d’autres troubles dont il cite le raccourcissement des tendons.

 Remarque personnelle:

   Il existe plusieurs traductions du Traité des maladies chroniques. Dès 1832, JOURDAN a proposé la première, que tous les auteurs reconnaissent comme étant fidèle au texte original.  Viennent ensuite celle d’un médecin alsacien, BIGEL, qui serait émaillée d’erreurs selon P. SCHMIDT et celles des Drs SIMON, père et fils, complétée par l’adjonction de 47 nouvelles pathogénésies.  La plus récente est celle de Pierre SCHMIDT en 1969. Ce dernier reproche à JOURDAN, qui était médecin « allopathe », de n’avoir pas compris certaines subtilités que seuls les homéopathes peuvent apprécier.  Il accuse même JOURDAN d’erreurs grossières: « dyspnée en s’éveillant » au lieu de « dyspnée quand on le réveille » ou « sueurs après avoir mangé » au lieu de « sueurs en mangeant », etc... P. SCHMIDT est beaucoup plus sévère avec la traduction de BIGEL, médecin alsacien installé à Varsovie. Pourtant, il reconnaît que BIGEL était un bon homéopathe, que c’est grâce à lui que le tsar de Russie autorisa l’homéopathie en 1833 par ukase. Selon G. TILITCHEEFF? la traduction de BIGEL en France a été proposée par le Comte Sébastien des Guidi, à Lyon en 1832. TILITCHEEFF pense qu’HAHNEMANN avait dû avoir connaissance de cette traduction, qu’il n’y a aucune trace de critique de la part de ce dernier, pourtant sourcilleux sur ce point.

  Quant à la traduction des SIMON, elle date de 1877, soit longtemps après la mort de HAHNEMANN. SCHMIDT reproche surtout à ces auteurs d’avoir ajouter des pathogénésies sans distinguer entre la nature des symptômes, et encore ce reproche n’est-il que bénin. Moyennant quoi, SCHMIDT qui reproche à ses prédécesseurs certaines libertés de traduction ou des erreurs grossières, s’autorise des libertés bien plus dommageables à notre avis. Ainsi, SCHMIDT parle de « blennorragie » au lieu d’écoulements urétraux. Or la blennorragie n’était pas connue d’HAHNEMANN, ni ses synonymes la gonorrhée ou la gonococcie  ! 
 

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Comment le "Traité des maladies chroniques" a-t-il été accueilli ?

             Malgré le prestige du « Maître », il ne faut pas croire que ses écrits, affirmations, recommandations furent pris comme « paroles d’Evangile ». Il y a toujours eu des esprits critiques, notamment sur les dilutions infinitésimales qui choquaient déjà l’entendement de praticiens habitués à des doses pondérables.

             Après la parution de son Traité des maladies chroniques, quelques médecins rejetèrent la conception de la gale comme cause de la psore. Pourtant à cette époque, le nombre de médecins homéopathes était d’environ 90 selon BUSCHAUER. Les dissidents constituèrent une « branche scientifique-critique », entraînant de vives réactions de HAHNEMANN, particulièrement susceptible.

             C’est essentiellement le rôle attribué à la gale qui pose des problèmes. Les in conditionnels de HAHNEMANN acceptent sans réserve, tels STAPF ou Constantin HERING qui a réalisé la première pathogénésie de Psorinum. D’autres comme Benoît MURE émettent seulement quelques réserves. Il s’étonne que 48 médicaments soient nécessaires alors qu’une seule cause est avancée pour la psore. En fait, de nombreux auteurs, et ce sera plus vrai à la fin du 19°siècle acceptent les descriptions cliniques des miasmes, mais rejettent l’étiologie galeuse et proposent des explications plus conformes aux données médicales de leur temps. Avec aussi quelques « dérapages » comme James Tyler KENT et ses épigones Tomas Pablo PASCHERO ou Sanchez ORTEGA qui affirment que les miasmes ne seraient que des perversions d’ordre moral, comme le péché original pour punir l’homme de ses turpitudes. Tout devient psycho-somatique.  

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Eduard von GRAUVOGL (1811-1877) et ses états biochimiques:
 

Photo = homéopathie internationale
 

   
    GRAUVOGL accepte les descriptions cliniques d’HAHNEMANN mais récuse la théorie de la gale. Il part d’une constatation: la gale- maladie a considérablement régressé du fait des conditions d’hygiène, et malgré cela les médecins de la deuxième moitié du 19°siècle peuvent constater que les maladies rattachées par HAHNEMANN au miasme psorique existent toujours et sont toujours guéries ou améliorées par les médicaments anti-psoriques proposés par le Maître. Du fait de sa formation poussée en chimie et biochimie, GRAUVOGL propose une nouvelle explication des trois miasmes, en les dégageant des facteurs étiologiques d’HAHNEMANN. C’est ainsi qu’il propose trois états constitutionnels: carbo-nitrogène, oxygénoïde et hydrogénoïde, dans son ouvrage « Traité d’homéopathie » (1866)..

 

          L’état carbo-nitrogène = il se caractérise par un ralentissement des oxydations, donc par une diminution de l’absorption d’oxygène par les tissus, d’où l’accumulation et la rétention des substances carbo-nitrogènes et donc auto-intoxication chronique, avec des tentatives d’éliminations périodiques = clinique de la psore hahnemannienne. Ainsi, GRAUVOGL confirme le rôle anti-psorique majeur de SULFUR qu’avait bien vu HAHNEMANN: « Le soufre augmente fortement l’activité des émonctoires qui éliminent le carbone et l’azote de l’organisme ».

             L’état oxygénoïde = il se caractérise, au contraire du précédent, par une suractivité des échanges, « le malade se brûle et ne peut réparer ses pertes tissulaires ». L’augmentation des oxydations s’explique pour cet auteur par une carence en azote et en carbone. Comme la notion d’une diathèse tuberculinique n’a pas encore été proposée, GRAUVOGL rattache cet état au miasme syphilis. Il y a une certaine justesse dans ce point de vue car tuberculinisme et luétisme sont concernés par l’hyperthyroïdie, notions apparaissant plus tard dans la pensée homéopathique. 

            L’état hydrogénoïde = il se caractérise par un ralentissement des échanges et la rétention d’eau dans les tissus. GRAUVOGL voit dans les descriptions cliniques de la sycose par HAHNEMANN l’expression de son état hydrogénoïde, mais déborde le seul cadre étiologique de la gonococcie. Il souligne le rôle thérapeutique majeur de NATRUM SULFURICUM du fait de la rétention d’eau et de ses modalités vis-à-vis de l’humidité (Cité par H. BERNARD dans un article: « Les classifications morpho-physiologiques de GRAUVOGL et de CORMAN » dans le bulletin de la Société de médecine homéopathique d’Aquitaine n°3 - 1957).

             Ces notions biochimiques apparaissent modernes, en tout cas plus conformes aux nouvelles données scientifiques. Elles sont adoptées par un autre médecin homéopathe, Antoine NEBEL, mais avec des critiques et des réserves. H. BERNARD, grand spécialiste des notions constitutionnelles, affirme: « La classification de GRAUVOGL nous apparaît davantage comme une conception clinique que comme une conception morphologique. Elle a toutefois le mérite d’être la première tentative de ce genre dans l’école homéopathique, et rien que pour cela elle suscite notre intérêt... » (5). Ces travaux de GRAUVOGL ont peut-être influencé un autre homéopathe féru de biochimie, Guillaume-Henri SCHUESSLER (1821-1898) qui proposa ses 12 sels dans le traitement de nombreux troubles qu’il attribuait à des perturbations de leur métabolisme = la substance chimique prédominante du tissu perturbé a un cycle biologique vicié que la dilution infinitésimale rétablit.
 

ANTOINE NEBEL
(1870-1954)

le père des "diathèses" homéopathiques

 

            Ce médecin homéopathe suisse a marqué très profondément la pensée homéopathique de son temps et on peut même affirmer que nous sommes encore et toujours dans la période nebelienne tant ses conceptions ont influencé l’évolution des idées médicales homéopathiques et ont par là même bouleversé la pratique de cette méthode thérapeutique.  Ce qui a provoqué comme toujours des polémiques plus ou moins stériles. Comme il a relativement très peu publié, ses idées et conceptions ont souvent été plagiées par des auteurs pourtant réputés. Selon le voeu de Roland ZISSU, nous ne développerons pas ce triste chapitre. NEBEL reste encore d’actualité parce que si ses conceptions ont été critiquées au sens positif, notamment par Henri BERNARD, c’est toujours par rapport à elles que les auteurs se situent et on peut dire que de nombreux homéopathes restent encore attachés aux trois constitutions minérales. 

            Le Dr André ROUY (1893-1978) a eu cette belle formule: « HAHNEMANN nous a donné une ossature, nous ne devons pas en faire une ossification ». C’est justement ce qu’a évité le Dr NEBEL. Il n’a pas « ossifié» la pensée homéopathique, il l’a vivifiée en apportant de nouvelles conceptions: les constitutions minérales, le tuberculinisme, la technique du drainage, pour ne citer que les principales.  

            NEBEL a beaucoup étudié le cancer au point d’avoir un temps pensé qu’il pouvait exister une diathèse cancérinique. Cette tentation a aussi « tourmenté » Léon VANNIER qui y a cru plus longtemps. Mais c’est surtout la tuberculose et le tuberculinisme qui ont motivé un grand nombre des travaux de NEBEL. Il faut rappeler qu’à la fin du 19°siècle et au début du 20°, la tuberculose divisait le corps médical entre ceux qui croyaient à sa contagiosité et ceux qui affirmaient que la contagion ne pouvait se faire que sur des organismes préalablement sensibilisés par une imprégnation de la lignée familiale par la toxine tuberculeuse. Après la découverte des microbes et de leur rôle dans la pathologie, après la découverte du bacille de KOCH en 1882, NEBEL a essayé de « moderniser » la conception de HAHNEMANN = les toxines remplacent les miasmes. A cette époque, la tuberculose et la syphilis sont accusées d’être responsables de nombreux troubles, congénitaux ou acquis, mais surtout héréditaires. A côté du bacille décrit par KOCH, qui montra son polymorphisme, différents auteurs décrivent des formes variables, on parle même d’ultra-virus ou de tuberculose latente, puis héréditaire. Et c’est ainsi que progressivement l’idée a germé =  une très grande partie de la population est imprégnée par la tuberculose qui reste latente très souvent, mais qui peut se révéler en certaines occasions. En l’absence de critères objectifs de l’existence de la tuberculose chez un malade, on parle alors de tuberculinisme, c’est-à-dire d’un « terrain » sensible à la tuberculose

             Maurice FORTIER-BERNOVILLE (1896-1939) rappelle qu’au début de sa pratique, NEBEL exerçait la médecine dans une région suisse où les habitants étaient indemnes de blennorragie et de syphilis, vivaient dans de bonnes conditions d’hygiène par rapport aux habitudes de l’époque. Mais ces populations étaient enclines à vivre dans des atmosphères confinées (pour lutter contre le froid) et surtout se nourrissaient mal. Aussi la tuberculose était-elle fréquente. NEBEL y voyait deux grandes explications: les carences alimentaires et les fautes alimentaires par des régimes déséquilibrés (surtout excès de viande en certaines périodes). Or, les remèdes homéopathiques les plus fréquents que retrouvait NEBEL étaient les antipsoriques de HAHNEMANN. Voilà une bonne explication fournie par FORTIER-BERNOVILLE au cheminement intellectuel de NEBEL qui a tendance, progressivement, à confondre la psore de HAHNEMANN et le tuberculinisme, notion plus moderne. Il affirme même que les sujets imprégnés héréditairement  par la toxine tuberculeuse étaient attirés par les stimulants, dont l’alcool et par les aliments azotés, dont les excès de viande. Alors que les sujets imprégnés par la syphilis cédaient aux drogues, hypnotiques, toxiques divers. NEBEL constate enfin que les médicaments anti-tuberculeux de son époque, sont éliminés par les muqueuses, par les séreuses et par la peau. Voila donc réunis plusieurs faits qui expliquent pourquoi NEBEL s’est trouvé entraîné sur la voie de l’identification de la psore et du tuberculinisme, ou du moins il affirme que le tuberculinisme reprend la plus grande partie de la psore d’HAHNEMANN, mais pas tout. Et c’est par respect pour le Maître que NEBEL tient à conserver le nom de « psore ». C’est aussi très logiquement que NEBEL réalise la première pathogénésie de TUBERCULINUM. Un autre fait mérite un bref commentaire: puisque selon la nouvelle « vision » de la pathologie chronique, NEBEL pense que les organismes étant imprégnés de diverses toxines, surtout tuberculeuses ou tuberculiniques, il convient de les drainer pour les débarrasser de ces toxines. Or, il constate l’efficacité de TUBERCULINUM, puis d’autres tuberculines = c’est donc bien la preuve que le tuberculinisme existe et sévit !

             NEBEL propose ensuite une conception des constitutions humaines. HAHNEMANN avait bien remarqué des types sensibles médicamenteux, sans aller jusqu’à une conception biomorphologique. NEBEL part de la constatation que trois éléments minéraux prédominent dans le métabolisme osseux, support évident de la morphologie: le carbone, le phosphore et le fluor, liés au calcium. Le phosphate de calcium suivi du carbonate de calcium sont de loin les plus importants dans les tissus durs, suivis par le fluorure de calcium, puis par d’autres minéraux en faible quantité, comme la silice. Il échafaude alors une explication: l’hypophyse, la thyroïde et les parathyroïdes jouent un rôle essentiel dans l’ostéo-morpho-génèse. L’imprégnation tuberculeuse de la lignée peut expliquer une excitation de la thyroïde aboutissant à une croissance en longueur dont le correspondant homéopathique est CALCAREA PHOSPHORICA. L’imprégnation syphilitique aboutit à une désorganisation des mécanismes de croissance donnant le type sensible de CALCAREA FLUORICA. Le « carbonique » du type sensible CALCAREA CARBONICA apparaît comme le biotype le plus « sain » puisque peu influencé par les deux imprégnations.

             Ces trois constitutions de base reposent essentiellement sur des critères cliniques. Mais elles ont l’avantage de la simplicité, d’autant plus qu’on les rencontre fréquemment, même si la réalité clinique s’affiche plus complexe et explique la fréquence bien plus grande de biotypes mixtes. Léon VANNIER a ajouté aux constitutions de base, qui sont fixes, quatre étapes de décompensation que représentent les tempéraments: lymphatique, sanguin, bilieux, nerveux. Bertrand de NEVREZE (stomatologiste et orthodontiste) a développé pour chaque constitution de base les caractéristiques dentaires et maxillaires.

             Ainsi, avec NEBEL, l’homéopathie, ou plutôt les homéopathes de cette première partie du XX° siècle, sont persuadés d’avoir rénové les conceptions de HAHNEMANN en leur apportant un éclairage scientifique conforme aux idées dominantes. Certes des voix discordantes se font entendre, critiquant tel ou tel point particulier. Mais dans l’ensemble, ces nouvelles conceptions connaissent un retentissement extraordinaire, et malgré l’apparition de nouvelles thèses, certains homéopathes actuels continuent de s’y référer. Il est vrai qu’il y en a d’autres qui persistent à croire aux miasmes d’HAHNEMANN !! Plus loin dans ce texte serons évoquées les déviations conceptuelles, notamment celles de KENT aux U.S.A., qui abandonne le terrain matériel pour s’envoler dans les nuages psychiques: « les miasmes seraient des perversions d’ordre moral, conséquences du péché originel, véritable maladie première de notre race », « A partir de la maladie spirituelle, écrit KENT, toutes les races ont engendré ce que nous pouvons appeler la réceptivité psorique qui, à son tour, a posé les fondations de toutes les autres maladies ». D. DEMARQUE accuse KENT (1849-1916) du déclin de l’homéopathie aux U.S.A. après sa mort. S’il reconnaît la valeur de sa Matière médicale et de son Répertoire, comme de sa technique de valorisation des symptômes et d’individualisation du remède, DEMARQUE reproche à KENT ses déviations mystico-philosophiques, alors que l’évolution de la médecine officielle devenait de plus en plus matérialiste. Ce qu’était HAHNEMANN d’ailleurs, malgré ses convictions religieuses et sa foi ardente.
 

J.T. KENT

D. DEMARQUE

 

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Dernière modification : 13 novembre 2011