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APPORT DE L'HOMEOPATHIE
AUX TRAITEMENTS ORTHODONTIQUES
 



INTRODUCTION

 

         Le moins qu’on puisse dire est que l’orthodontie a peu inspiré les auteurs homéopathes ! Car on n’en trouve aucune mention dans les très nombreuses revues que nous possédons (10280 articles référencés). On en trouve quelques paragraphes seulement dans de très rares ouvrages.
 

          Bertrand de NEVREZE (1877-1951) est sans doute le seul auteur de notre connaissance qui ait consacré de nombreuses études détaillées à la morphologie dento-maxillaire, à partir des travaux sur les constitutions minérales d’Antoine NEBEL, revus par le prisme simplificateur de Léon VANNIER. Il est vrai que B. de Névrezé a été longtemps professeur d’orthodontie à l’Ecole Dentaire de Paris. En 1909, il a été le premier, avec FREY, à publier une étude sur les anomalies du sens vertical. Et à une époque où l’on considérait la dent comme pratiquement un corps étranger à l’organisme, comme un clou planté dans les maxillaires, de Névrezé avançait: « Les dents ne sont pas des organes indépendants dans le corps, leur constitution chimique ainsi que leur forme sont soumises aux conditions biologiques et pathologiques qui régissent le corps humain tout entier ».

          Toujours pour cet auteur, « la forme, le ligament, la couleur, l’arcade et l’occlusion forment une pentiade morphologique dentaire ». Et c’est à partir de ces 5 critères qu’il étudie la dent et son support maxillaire, le tout inséré dans les constitutions minérales = dents carbo-calcique, phospho-calcique et fluoro-calcique. 

         Plus près de nous, Jean MEURIS a consacré un court chapitre de son ouvrage  « Homéopathie en odonto-stomatologie » à l’orthodontie. Mais personnellement, cette trop brève étude nous laisse sur notre faim. 

         L’étiologie des malformations maxillaires a été souvent évoquée par les auteurs qui ont signé les articles de l’E.M.C.; mais aucun n’apporte de lumière sur les causes profondes, alors que la sémiologie et les moyens diagnostiques sont abondamment décrits. R.G. GUDIN propose d’étudier les dysmorphoses maxillo-faciales à partir de deux ou trois générations d’ascendants. Mais il n’en tire aucun enseignement autre qu’une banale constatation, sans prise sur ce « terrain » héréditaire. Et certes, les auteurs soulignent le double caractère des malformations: « aux malformations de structure de la sphère faciale s’opposeront les déformations et les troubles de la croissance acquis au cours du développement ». Le rôle étiologique du rachitisme est bien étudié, de même que les auteurs insistent sur sa forme plus discrète, fréquente dans notre pays, qui passe souvent inaperçue ou est diagnostiquée un peu tard, mais qui peut être à l’origine de troubles du développement, dans le sens de l’hypotrophie, avec retentissement sur le massif facial. Hélas, ces auteurs ignorent l’homéopathie et les possibilités préventives et curatives de médicaments comme NATRUM MURIATICUM, SILICEA et les trois CALCAREA de base.

         Quelques rappels sémantiques semblent utiles. Le terme « orthodontie » vient du grec ortho = droit et odonton = dent. Mais ce terme paraît trop restrictif. Il semble préférable de parler d’orthopédie dento-maxillaire ou d’orthopédie dento-faciale. A l’évidence s’il s’avère nécessaire de « redresser » les dents, c’est qu’elles ne sont pas droites, du moins dans la position qu’elles devraient occuper. On sait que la masse musculaire externe (les muscles faciaux) exerce une action centripète sur les dents, alors que la langue et ses 17 muscles leur font subir une action centrifuge. Il existe une zone de neutralité que l’on appelle le couloir dentaire dans lequel les dents se positionnent dans un équilibre stable. Il y a donc là une cause fréquente de malpositions dentaires, dans un sens ou dans un autre.. Ensuite, les dents peuvent avoir un volume trop important ou trop faible par rapport à l’espace disponible dans le couloir dentaire. Ou encore les maxillaires peuvent être trop grands ou trop petits par rapport à la dimension « normale » des dents. On parle alors de dysharmonie dento-maxillaire relative. 

         Il est classique de distinguer les anomalies maxillaires des anomalies alvéolaires et de classer les malformations dans les trois plans: transversal (endo- ou exognathie), vertical (infra- ou supragnathie) et sagittal. Toutes ces notions constituent le b-a ba des orthodontistes. 

         Mais, s’il est très souvent indispensable de corriger les anomalies constatées, qu’elles soient dentaires, alvéolaires ou maxillaires, les auteurs classiques oublient systématiquement un autre facteur qui apparaît capital pour les homéopathes, le rôle du « terrain ». C’est que les officiels ignorent totalement les conceptions homéopathiques, qui ne sont pas enseignées, et que la plupart des revues professionnelles refusent de publier. C’est cette lacune que nous tentons ici de combler. Les rares orthodontistes qui sont en même temps homéopathes constatent l’intérêt des notions de terrain homéopathiques, soit dans la prévention d’éventuelles malformations dento-maxillaires que la morpho-physiologie des enfants laisse deviner, soit dans l’accompagnement d’un traitement orthodontique qui s’avère indispensable.

 

LE PROBLÈME DE L’ETIOLOGIE
DES MALFORMATIONS

          Même si ce problème reste ardu, il convient de rechercher systématiquement une cause possible, dont la suppression conditionne l’évolution. Il faut se souvenir que plusieurs causes peuvent être à l’origine de la même déformation ou qu’une cause peut provoquer des troubles différents..

 
LES CAUSES HÉRÉDITAIRES:
 

         Il existe des familles ayant de génération en génération la même malformation. L’exemple le plus illustre est celui de la prognathie mandibulaire de la famille des Habsbourg. Sur le plan homéopathique, il y a une dimension héréditaire dans les modes réactionnels. Ainsi, peut-on voir des enfants de morphologie dystrophique et réagissant sur le mode luétique exactement comme l’un des parents, voire les deux. Il existe des familles de « carboniques » ou de « phosphoriques », ou encore de « fluoriques », dénominations qui disent encore quelque chose aux homéopathes, surtout aux plus âgés, même si l’on préfère aujourd’hui celles de  « bréviligne », « longiligne » et « dystrophique ».  

         Il est évident que si l’on a l’opportunité de voir au cabinet dentaire des adolescents ou des adultes jeunes susceptibles d’être des parents ou à plus forte raison des femmes enceintes, on doit conseiller les traitements préventifs, pour ne pas employer le terme d’eugénisme qui a acquis une acceptation ambiguë depuis la dernière guerre mondiale.

Dans la conception homéopathique du « terrain »,  il est évident que les parents typiquement « fluoriques » et réagissant sur le mode luétique sont les plus susceptibles de donner naissance à des enfants qui auront de gros problèmes orthodontiques. Viennent ensuite les parents « phosphoriques » réagissant sur le mode tuberculinique. Et à plus forte raison lorsque l’on retrouve ces deux modes réactionnels chez les deux parents. Leurs enfants doivent bénéficier d’un traitement eugénique de la grossesse, puis d’une prise en charge de ce terrain très défavorisé dès la naissance. Cela demande évidemment que les parents eux-mêmes, puis leurs enfants consultent tôt.
 

LES CAUSES CONGÉNITALES: 

         Autrefois, on insistait sur l’action dystrophiante de la syphilis. Mais si aujourd’hui, la responsabilité de la syphilis a été dégagée de nombreux troubles qui lui étaient imputés, il reste ce que les homéopathes appellent le mode réactionnel luétique. Il est bien évident qu’une action de neutralisation sur les causes qui s’exercent durant la grossesse doit être tentée chaque fois que possible. Tout praticien homéopathe connaît les conséquences sur la croissance générale ou bucco-dentaire des causes du mode réactionnel luétique. La prévention commence là. 

         L’accouchement lui-même peut être traumatisant pour la tête et pour le massif facial et des troubles de l’articulé dentaire peuvent apparaître plus tard. Le rôle des lésions traumatiques de l’A.T.M. est prouvé dans l’atrophie mandibulaire. Depuis quelques années, les pédiatres homéopathes attirent l’attention sur ces causes. NATRUM SULFURICUM et ARNICA ont déjà une action déterminante, surtout donnés précocement et en hautes dilutions espacées durant un temps prolongé. Mais il existe d’autres médicaments qui doivent être individualisés.
 

LES CAUSES ACQUISES:  

         Sur le plan général, la cause principale des malformations dento-maxillaires est le rachitisme. La déminéralisation osseuse occasionne des déformations à la suite de la pression des dents, elles-mêmes soumises à diverses forces, comme par exemple la succion des doigts. Michel DECHAUME (dans son « Précis de stomatologie »)  souligne en plus le rôle étiologique de certains troubles endocriniens, tout en déplorant que leur diagnostic soit quasi impossible lors de la consultation orthodontique, c’est-à-dire plusieurs années après qu’ils aient disparu. Par exemple, une hyperactivité de l’hypophyse serait responsable de la prognathie mandibulaire de l’acromégalie, et à l’inverse une insuffisance hypophysaire provoquerait la micrognathie supérieure. L’hypo-thyroïdie interviendrait dans l’endognathie. 

         A ces causes générales qui ont souvent disparu à l’âge des traitements orthodontiques, il faut ajouter les conséquences respiratoires (insuffisance, végétations adénoïdes, respiration buccale = endognathie supérieure),  l’insuffisance du tonus musculaire des muscles de la face ou de la langue, le rôle des lésions de l’A.T.M. dans l’atrophie mandibulaire, enfin la succion d’objets ou des doigts. Ne pas oublier non plus le rôle de la persistance d la déglutition infantile responsable du syndrome de CAUHEPE et FIEUX.  Et encore la liste n’est-elle pas close. Il faut ajouter les problèmes posées par les dents elles-mêmes, comme les caries trop précoces qui ont entraîné des extractions puis des désordres locaux.   
 

LES PROBLÈMES DE LA CROISSANCE
ABORDES SOUS L’ANGLE HOMÉOPATHIQUE

  

         Peu après les premières applications cliniques des découvertes d’HAHNEMANN, les homéopathes ont constaté l’existence de groupes de malades unis par une symptomatologie semblable ou par une morphologie particulière, dans certains cas. Les exemples les plus illustres sont donnés par les trois CALCAREA qui sont  l’origine de la plus célèbre conception des constitutions minérales depuis les travaux d’Antoine NEBEL (1870-1954).  

         On sait que HAHNEMANN a proposé une explication des maladies chroniques par des « miasmes » contagieux (psore, syphilis, sycose). Cette conception a déjà divisé les homéopathes contemporains d’HAHNEMANN, malgré la dévotion que ses élèves lui portaient. Malgré le temps, les travaux modernes, les découvertes scientifiques, il y a des homéopathes qui continuent à la fin de ce XX°siècle de se référer aux travaux de HAHNEMANN comme s’il y avait sacrilège de les mettre en doute ! Au fur et à mesure des découvertes, des homéopathes ont tenté une explication des conceptions d’HAHNEMANN, une adaptation aux nouvelles idées. SCHUESSLER d’abord a mis en avant la biochimie et la physiologie = la maladie résulte d’une perturbation du métabolisme d’un des 12 sels constituants la matière vivante. GRAUVOGL peu après a utilisé la biochimie pour proposer une conception de trois états: carbo-nitrogène, oxygénoïde et hydrogénoïde. Après les découvertes pastoriennes, puis la découverte du bacille de KOCH, plus tard du tréponème, les homéopathes ont tenté une nouvelle interprétation des conceptions de HAHNEMANN. C’est surtout Antoine NEBEL (1870-1954) qui a « mixé » les types sensibles des trois CALCAREA, le principe de similitude, l’existence des toxines microbiennes récemment découvertes pour développer une nouvelle conception des constitutions minérales. Ensuite, Léon VANNIER (1880-1863) a dominé la première moitié du XX°siècle par une simplification et une systématisation des conceptions de NEBEL. Enfin, plus près de nous, Marcel MARTINY (1897-1982) et Henri BERNARD (1895-1980) ont remis en cause tous ces travaux en les réinterprétant à la lumière des nouvelles découvertes en génétique, en embryologie et en immunologie. BERNARD décrit une constitution de base la mieux équilibrée parce que la mieux équipée pour s’adapter puis se défendre = la constitution sulfurique. A partir de cette constitution équilibrée, il décrit deux constitutions déjà engagées dans la pathologie = la constitution carbonique et la constitution phosphorique. Il rétrograde la constitution fluorique de NEBEL et VANNIER au rang d’une constitution secondaire, parasitant plus ou moins les trois constitutions de base en des biotypes mixtes.  

         Enfin, depuis une vingtaine d’années, R. ZISSU  puis M. CONAN-MERIADEC ont a nouveau remis en cause toutes ces conceptions. L. VANNIER simplifiait ainsi: le carbonique est le plus « pur» parce que non intoxiqué par la tuberculose ou, la syphilis, alors que le phosphorique est un hérédo-tuberculeux et le fluorique un hérédo-syphilitique. R. ZISSU propose d’abord de ne plus mélanger des notions biotypologiques à l’homéopathie. Pour chaque constitution de base, il décrit les réactions vis-à-vis des grandes causes de décompensation parce qu’elles s’exercent sur tous: le carbonique face aux facteurs psoriques, sycotiques, tuberculiniques et syphilitiques. Il fait de même pour chaque biotype et montre comment et pourquoi les réactions ne sont pas les mêmes. M. CONAN-MERIADEC  a redonné à l’homéopathie son caractère réactionnel qui est son essence même. A côté d’une réaction individuelle qui conduit à la prescription d’un médicament semblable existent des réactions de groupe basées sur la manière dont ces individus ont réagi aux facteurs étiologiques liés à l’environnement au sens le plus large = ce sont les modalités réactionnelles générales. HAHNEMANN avait avancé l’hypothèse de trois miasmes qui parasitaient plusieurs générations d’individus. La « gale » du père, voire du grand-père, expliquait les troubles du dernier rejeton. Lorsqu’on a réalisé la pathogénésie de Psorinum, de Medorrhinum et de Luesinum, on a cru avoir la preuve de la véracité des hypothèses d’HAHNEMANN ( qui n’a pas eu l’idée de ces pathogénésies, curieusement). Mais ce même raisonnement de s’appliquait pas pour les autres médicaments: l’efficacité de BELLADONA dans une inflammation ne signifie pas que le père ou le grand-père du malade ont mangé des baies de belladone. CONAN-MERIADEC a seulement montré qu’il y avait simplement similitude des réactions.   

         Quoiqu’il en soit de ces conceptions, il reste cependant un guide objectif qui fait fi de toutes les interprétations: la Matière médicale. Aux données expérimentales de la pathogénésie et aux précisions apportées par la toxicologie, plusieurs générations de praticiens ont enrichi la Matière médicale de leur pratique deux fois séculaires, ou à peu près. Ainsi peut-on entreprendre l’étude de l’intérêt de l’homéopathie en pratique orthodontique.

 

LES PETITS  « CALCAREA »  ET  LEURS COPAINS
CHEZ L’ORTHODONTISTE

 

           

         Selon l’expérience clinique, et notamment selon de Névrezé, les enfants qui fréquentent le plus volontiers le cabinet de l’orthodontiste sont dans l’ordre: CALCAREA FLUORICA, CALCAREA PHOSPHORICA, loin derrière CALCAREA CARBONICA. Si nous mettons ces trois médicaments de fond en tête de liste, c’est justement parce qu’ils sont les chefs de file des trois constitutions carboniques et qu’ils jouent un rôle primordial dans la croissance qu’ils peuvent orienter dans un sens favorable à condition que leur prescription soit faite en temps utile. Mais il y a bien d’autres médicaments, soit qui gravitent autour des ces trois, soit qui ont une certaine autonomie. Par exemple SILICEA, remède important du rachitisme avec son atrophie mandibulaire caractéristique. 


"CALCAREA FLUORICA"
et ses copains 

         De Névrezé affirmait que « le type fluo-calcique est familier aux médecins. Il a aussi souvent recours au dentiste. Il est spécialement connu des orthodontistes ». 
 

Comment se présente le petit CALCAREA FLUORICA
 





Ce qui domine en principe, c’est d’abord l’hyperlaxité ligamentaire qui explique la morphologie toute en biais, souple, type acrobate, la démarche dégingandée. Cette hyperlaxité ligamentaire explique de nombreux troubles éventuels auxquels le sujet est particulièrement prédisposé: luxations, entorses, qui exclut la pratique de certains sports. Ensuite, la croissance présente très souvent quelques troubles, surtout osseux: os graciles et déformés, asymétries, déformations particulièrement de la colonne vertébrale (scoliose, lordose...). La bouche est très souvent concernée: dents le plus souvent petites, grises, taches dans l’émail, émail déficient par places ou plus globalement, ou anomalies de forme (incisives centrales très volumineuses et latérales trop petites, dents de sagesse minuscules, ou molaires décroissant de volume - dent de 6 ans grosse et dent de sagesse minuscule - forme conique fréquente des incisives latérales supérieures et des dents de sagesse - dents d’Hutchinson), dents absentes ou surnuméraires, persistance fréquente des dents de lait au-delà de l’âge habituel, voûte palatine souvent ogivale, troubles de position (chevauchement, malpositions),  enfin tendance à l’hypertrophie des amygdales.

Sur le plan orthodontique: 

       Tout est possible. La malformation la plus fréquente est la rétrognathie mandibulaire, puis la prognathie supérieure, les béances antérieures, plus rarement une biprognathie. 

       De Névrezé donne de nombreux exemples et classe ces malformations dento-maxillaires en plusieurs groupes: 

·       Premier groupe: bi-protrusion maxillaire avec diastèmes de toutes les dents.

·       Deuxième groupe: rétrognathie mandibulaire avec les incisives supérieures en anté-version (respiration buccale). Classe II d’Angle.

·       Troisième groupe: prognathie supérieure, souvent compliquée d’une rétrognathie inférieure.

·       Quatrième groupe: mésiogressions unilatérales par perte prématurée d’une ou plusieurs dents de lait.

·       Cinquième groupe: béances incisives importantes en dehors de la succion des doigts.

·       Sixième groupe: pas de malformations.        

         De Névrezé et les auteurs de son époque accusent la syphilis. On sait ce qu’il en est advenu depuis. 

Le comportement de cet enfant au cabinet dentaire: 

         Selon D. DEMARQUE: "Rien de caractéristique contrairement à ce que suggèrent certaines descriptions caricaturales"». Mais Jacqueline BARBANCEY n’est pas de cet avis. Elle affirme que CALCAREA FLUORICA est né sous le signe de la dysharmonie, physique et mentale. Mais, tout dépend de l’adaptation au réel. Le petit CALCAREA FLUORICA peut avoir une morphologie disgracieuse, ce qui n’est pas obligatoire. Il peut accepter son image et se croire beau. Ou il peut se croire laid alors qu’il n’en est rien. Certes, cette attitude n’est pas spécifique de ce « fluorique ». S’il se sait laid, l’enfant peut chercher à compenser sa disgrâce par la recherche de succès scolaires, puis professionnels plus tard à l’âge adulte. 

         Il ne faut pas oublier que l’enfant CALCAREA FLUORICA est rapidement fatigué, comme d’ailleurs son copain CALCAREA PHOSPHORICA.  Mais il y a une irrégularité dans son comportement: tantôt vif, tantôt lent, le plus souvent indécis, sans initiative et sans élan. L’intelligence reflète ces contradictions: cancre à l’école ou au contraire d’une intelligence supérieure. J. BARBANCEY donne l’exemple de J.P SARTRE: « Nulle part mieux que dans Les Mots sous la plume de J.P. SARTRE n’a été dit avec autant de talent, de sensibilité et d’ironie tendre, les avatars d’un petit Calcarea fluorica pour compenser sa disgrâce physique en développant jusqu’à l’hypertrophie la virtuosité intellectuelle ». 

         Lors d’un traitement orthodontique qui exige beaucoup de temps, donc de la persévérance, le praticien aura toujours des problèmes avec cet enfant: facilement séduit au début il manque de persévérance et de nombreux échecs des traitements proviennent de là. Il n’est pas facile de le motiver dans la durée.

 En résumé: 

         Ne jamais oublier que les prédispositions ne sont jamais fatales. Tout dépend du mode de vie adapté ou non. Lorsque le petit CALCAREA FLUORICA est en équilibre, il se présente comme un enfant plein de vie, sympathique, bon élève parce que méthodique et persévérant. Il n’y a pas de problèmes dans la relation patient/praticien. Seulement, il porte comme un étendard sa morphologie plus ou moins dystrophique, ce qui ne signifie pas « laideur ».  

         Lorsque cet enfant se trouve déséquilibré par plusieurs causes déclenchantes, il devient indécis et anxieux, ses réactions sont  le plus souvent imprévisibles, c’est alors un enfant versatile, capricieux, désagréable au cabinet dentaire, parce qu’il n’accepte pas toujours les contraintes et la discipline imposées par un traitement qui dure et n’est pas toujours agréable, comportement  qui annonce déjà le remède suivant FLUORIC ACID.
 

L'enfant "FLUORIC ACIDUM" 

         Le fluorure de calcium et l’acide fluorhydrique ont les mêmes cibles tissulaires, notamment les tissus durs, mais alors que la présence de calcium explique une tendance certaine aux constructions cellulaires (exostoses, indurations tissulaires avec hypertrophie, etc...), la présence de l’acide entraîne des destructions tissulaires, notamment une très nette tendance à l’ulcération. 

         Au cabinet dentaire, l’enfant FLUOR ACID. offre à l’examen la même denture, avec les mêmes malpositions ou malformations dento-maxillaires. Il n’y a donc rien de particulier par rapport à CALCAREA FLUORICA, sauf que la denture de lait est très souvent plus délabrée, donnant le tableau fréquent de la mélanodontie, avec des destructions dentaires, des complications apicales comme les fistules (dont l’orifice est enflammé et douloureux, au contraire de celui de SILICEA). Il y a une nette tendance à la suppuration. Cette atteinte de la denture provoque des désordres locaux par suite d’extractions précoces, de versions diverses, de rétentions de dents définitives. La gingivite ulcéreuse ou ulcéro-nécrotique est assez fréquente chez cet enfant, avec la tendance hémorragique due aux acides. On pense souvent à MERCURIUS SOLUBILIS qui est un complémentaire éventuel fréquent. C’est l’un des remèdes de caries des collets, complémentaire de LUESINUM. On comprend que chez ces enfants, plus que chez d’autres, l’extraction prématurée des molaires de lait expose les sujets à des malpositions du fait des déplacements mésiaux des dents permanentes déjà présentes sur l’arcade. Il est donc chaque fois nécessaire de mettre en place des mainteneurs d’espaces lorsque des extractions sont devenues inévitables. 

Le comportement au cabinet dentaire: 

         On retrouve la tendance diphasique des toxiques: période initiale d’excitation, puis dépression secondaire. FLUORIC ACID. peut arriver au cabinet dentaire dans sa phase d’excitation: il est alors satisfait de lui, confiant, bon élève, joyeux. Mais il a malheureusement l’autre versant: découragé, antipathique, provoquant et insolent car il se moque des remontrances et continue imperturbablement son attitude provocatrice. Il touche à tout, ouvre les tiroirs, déplace les objets... On retrouve chez lui les mauvais effets du surmenage intellectuel et ce comportement désagréable se retrouve plus fréquemment en fin de trimestre scolaire. 

         Lorsque les troubles ne sont pas encore trop graves, l’un des seuls moyens de distinguer CALCAREA FLUORICA de FLUORIC ACID. est l’attitude vis-à-vis du facteur thermique. Tous les CALCAREA sont des frileux, aggravés par le froid. FLUORIC ACID. est un thermophobe qui le rapproche de SULFUR dont il peut être un complémentaire ou de PULSATILLA ou encore de IODUM.  De plus, tous les remèdes « acides » sont améliorés par la chaleur et aggravés par le froid, sauf FLUORIC ACID. Ce que R. ZISSU explique par la tendance oxygénoïde de FLUORIC ACID. Il faut y penser lorsqu’on soupçonne un éventuel syndrome d’hyperthyroïdie. R. ZISSU ajoute: « Cet état oxygénoïde, sans lequel on ne peut pas comprendre les modalités de FLUORIC ACID. explique en outre les signes suivants: la sensation de chaleur qui paraît se dégager du corps, la sensation de chaleur localisée, le prurit brûlant > par le froid, le sujet recherche la place fraîche du lit la nuit, la faim canine et la soif, l’éréthisme sexuel avec érections nocturnes (dû à l’acide), empêchant le sommeil; l’excès de désir sexuel ». 

En résumé: 

         CALCAREA FLUORICA et son copain FLUORIC ACID. ont de nombreux points communs, essentiellement au niveau des troubles orthodontiques. On retrouve les mêmes malpositions et malformations. Mais pour le second, les conditions locales et générales sont plus difficiles. La tendance oxygénoïde plus manifeste dans l’acide rapproche FLUORIC ACID. des remèdes tuberculiniques. Nous avons souvent insisté sur les menaces réelles pour les dents que représentent la mise en oeuvre simultanée de ces deux modes réactionnels que sont le luétisme et le tuberculinique. La croissance et la minéralisation des tissus durs sont menacées. FLUORIC ACID., comme d’ailleurs CALCAREA FLUORICA mais à un degré moindre, sont menacés par le rachitisme. Et ce dernier est une cause importante de malformations des maxillaires. 

         Ne jamais oublier que le fluorure de calcium a un métabolisme très lent, il est donc nécessaire d’abord et chaque fois que possible de commencer le traitement préventif aussi précocement que possible car l’on connaît les menaces qui pèsent sur la croissance  en général, bucco-dentaire en particulier. Ensuite, il faut le donner longtemps, pendant plusieurs mois. Il en va de même pour FLUORIC ACID., mais également pour d’autres médicaments comme CALCAREA PHOSPHORICA, et surtout SILICEA. 

         Une autre remarque s’impose: dans les ouvrages et dans les cours, on insiste beaucoup sur les signes pathologiques, et c’est bien naturel. Mais les enfants que nous rencontrons dans nos cabinets dentaires se portent souvent bien. Il n’est donc pas toujours aisé de mettre en évidence l’indication de tel ou tel médicament et l’on hésite souvent entre plusieurs en apparence bien différents. C’est là tout le problème. Les cadres diathésiques facilitent parfois les choix thérapeutiques. Ou encore la morphologie. Et pour les médicaments fluorés, il y a souvent cette possibilité qui devient d’autant plus précieuse.


L'enfant "LUESINUM"

         Les enfants à type « fluor » ont toujours un copain Luesinum. Autrement dit, LUESINUM est un remède complémentaire quasi obligatoire chaque fois que le mode luétique est mis en oeuvre. Ce qui est le cas de CALCAREA FLUORICA et de FLUORIC ACID. 

         Cependant il existe un enfant Luesinum = enfant d’aspect vieillot, petit, chétif, souvent malingre, toujours agité, ne tenant pas en place, d’humeur variable. Cet enfant est le plus souvent un mauvais élève surtout par manque d’attention et défaut de concentration et son inaptitude pour les maths est légendaire. L’aggravation nocturne de tous les troubles, modalité typiquement luétique, explique en outre le mauvais sommeil, peuplé  de cauchemars. Toute la croissance peut être perturbée, le plus souvent ralentie. Les troubles osseux sont fréquents (tibias en lame de sabre, scoliose, lordose, luxations...). 

         LUESINUM présente les mêmes troubles bucco-dentaires, dont les dents d’Hutchinson, avec une tendance aux caries précoces peu après l’éruption, ainsi qu’aux caries des collets. KENT décrit même une curieuse « sensation de reptation, comme par un ver, à la racine des dents ».  La langue est parfois scrotale, souvent fissurée, garde l’empreinte des dents. Les lèvres sont sèches et fissurées.. L’herpès labial est fréquent. Et bien entendu, on retrouve chez cet enfant tous les troubles orthodontiques décrits pour les précédents. 

         La posologie la plus fréquente demande de hautes dilutions en prises espacées,  9 à 30 CH une fois par semaine à une fois par mois. On ne prescrit pas ce médicament en 4 ou 5 CH plusieurs fois par jour.
 

LA PRÉVENTION « PRIMAIRE » 

         Il est bien évident que si l’on attend la réalisation des menaces annoncées par ce que l’on sait de la matière médicale ou de la conception des modalités réactionnelles, le traitement de fond peut alors devenir plus problématique. L’idéal est d’entreprendre chaque fois que possible la prévention primaire, c’est-à-dire bien avant que les troubles potentiels apparaissent.  

         On peut commencer par affirmer que des parents ayant une morphologie dystrophique seront d’autant plus prédisposés à engendrer un enfant du même type qu’eux-mêmes réagissent déjà sur le mode luétique. La prévention primaire consiste donc à donner à la maman durant sa grossesse des hautes dilutions espacées de LUESINUM, complété éventuellement par des prises de CALCAREA FLUORICA 15 ou 30 CH une à deux fois par mois. Il est évident que ce traitement préventif n’est pas du ressort du chirurgien-dentiste. 

         Dès la naissance, il convient chaque fois que nécessaire de neutraliser les éventuels facteurs de troubles de l’accouchement qui pourraient retentir rapidement sur la croissance = ARNICA en hautes dilutions, complété parfois par NATRUM SULFURICUM en hautes dilutions en cas de traumatismes crâniens lors de l’accouchement. 

         Ensuite, on sait que les facteurs luétiques ne sont pas les seuls à perturber la croissance. S’y ajoutent surtout ceux du mode tuberculinique, notamment les carences minérales parfois suscitées par des troubles digestifs.  Ou encore, les infections O.R.L. répétées de l’enfance retentissent sur la minéralisation en général et sur celle des dents en particulier du fait de la mobilisation des minéraux dans les processus réactionnels, surtout lorsqu’est mis en oeuvre le mode tuberculinique. 

         Cette prévention appartient, répétons-le, au médecin. Le chirurgien-dentiste peut conseiller des parents non informés des possibilités de la méthode homéopathique. 

         Ne jamais oublier = du fait de la laxité ligamentaire et de la labilité osseuse, les malformations ou malpositions de l’enfant dystrophique sont généralement faciles à corriger, mais récidivent volontiers. Il est nécessaire de maintenir une contention durable et surtout, la prise du médicament de fond pendant plusieurs mois s’avère indispensable pour consolider le résultat obtenu.

 

L’ENFANT "CALCAREA PHOSPHORICA"
 

         Le phosphate de calcium assure le rôle de chef de file d’une série de médicaments constitutionnels du biotype longiligne, longtemps appelé phosphorique. Ce sel est l’un des principaux constituants de l’os et de la dent. Le rôle du calcium dans l’organisme est si important que de nombreux mécanismes physiologiques en contrôlent les taux. Les sujets répondant à ce type sensible longiligne ont toujours, tout au long de leur vie, des problèmes avec leurs minéraux qu’ils utilisent dans les mécanismes réactionnels du mode tuberculinique (accélération des oxydations). Aussi, le rapport Ca/P est-il très important: une alimentation trop riche en phosphates favorise la fuite des minéraux de l’os. 

         Nous avons coutume de répéter comme une litanie, à la suite de nos Maîtres, qu’on ne prescrit pas sur un type sensible, car les signes qui le définissent ne sont pas d’origine pathogénétique. Mais dans le cas précis de CALCAREA PHOSPHORICA, « le type constitutionnel longiligne est d’une importance primordiale pour le choix du médicament, bien que certaines indications en soient indépendantes (consolidation des fractures, douleurs des symphyses)».

         Tous les CALCAREA ont une action préventive sur les troubles de la croissance. Il est donc utile de les prescrire en temps utile, le plus tôt possible, et déjà pendant la grossesse. Ne pas oublier non plus qu’en raison des brassages génétiques, il est courant de constater un mélange de signes de deux, voir des trois Calcarea chez le même enfant, avec certes prédominance de l’un d’entre eux.

         Il y a toujours dans la mise en oeuvre d’un mode réactionnel une part plus ou moins importante de l’hérédité. Comme pour les sujets luétiques de morphologie dystrophique, des parents longilignes sont susceptibles de donner naissance à des enfants du même type morphologique, surtout si eux-mêmes réagissent déjà sur ce mode réactionnel. Là encore, la prévention primaire doit être entreprise dès la grossesse par le médecin traitant, le chirurgien-dentiste jouant comme d’habitude son rôle de conseiller lorsqu’il rencontre de tels parents. Ensuite, la prévention sera nécessaire dès lors que l’on constate chez le nourrisson, puis chez l’enfant, les signes d’appel de CALCAREA PHOSPHORICA, ou d’un autre médicaments de cette série tuberculinique comme NATRUM MURIATICUM, IODUM, PHOSPHORUS ou SILICEA, et sans doute quelques autres. 

Sur le plan orthodontique: 

       L’enfant longiligne tuberculinique est prédisposé aux anomalies du développement transversal des maxillaires, notamment à l’endognathie supérieure avec voûte palatine ogivale. La proalvéolie des dents supérieures antérieures est également très fréquente.. La micrognathie mandibulaire ou son atrésie se rencontre surtout dans SILICEA. 

       Le syndrome de CAUHEPE et FIEUX qui s’explique par le maintien de la déglutition infantile qui empêche l’expansion du maxillaire supérieur, est fréquent chez ce type d’enfants sans en être exclusif. La respiration buccale est très fréquente chez ces enfants longilignes, surtout pour des raisons morphologiques. Elle joue le même rôle que la déglutition infantile en empêchant la langue d’exercer sa pression sur les dents supérieures.
 

Comment reconnaître CALCAREA PHOSPHORICA:

 Le nourrisson: 

·       Déjà la morphologie longiligne qui se dessine très tôt avec tendance à la maigreur.

·       Intelligence précoce: reconnaît sa mère très tôt, suit des yeux les objets déplacés.

·       Agitation avec pleurs faciles surtout s’il est sale.

·       Besoin de téter souvent. vomissements, cris après la tétée (sans doute par spasmes et gaz).

·       Diarrhée au cours de la dentition, souvent avec des selles verdâtres, éclaboussantes, gaz fétides (JALAPA, CUPRUM, CHAMOMILLA, ARGENTUM NITRICUM, PODOPHYLLUM...).

·       Insuffisance hépatique avec tendances à la déminéralisation, au rachitisme, voire à l’athrepsie.

·       Amaigrissement rapide dès le moindre trouble.

·       Dentition en retard. 

L’enfant: 

         Comme nous l’avons répété souvent, il n’y a jamais fatalité dans la réalisation des menaces potentielles. Un enfant longiligne (ou d’un autre biotype) peut rester en équilibre normal si les conditions de vie adaptées à ses besoins sont réunies. De plus l’aspect morphologique n’est pas suffisant, sauf dans les cas limites et encore avec nécessité de confirmer par la présence de quelques signes du médicament correspondant. 

         L’enfant longiligne en équilibre, tout en ayant une activité normale, présente cependant quelques caractéristiques, qui permettent de confirmer le remède: 

¤  Fatigue matinale: besoin de dormir le matin (au contraire de CALCAREA CARBONICA). R. ZISSU écrit: « Alors que le carbonique pourra sans inconvénient se lever à 7 heures du matin, il faudra ménager le phosphorique et le faire lever juste avant qu’il parte en classe ».

¤  Suractivité de la thyroïde: l’enfant ne grossit pas alors que son appétit est bon au augmenté - l’enfant supporte mal les efforts physiques: dyspnée, points de côté, palpitations, pouls rapide...

¤  L’enfant supporte mal les efforts intellectuels prolongés, il a besoin de pauses et de compenser en mangeant. 

         Chez cet enfant, CALCAREA PHOSPHORICA en 7 ou 9 CH une fois par semaine permet une meilleure assimilation des minéraux. On peut ajouter CALCAREA PHOSPHORICA 6 X trituration, une à deux mesures à sec sur la langue deux à trois fois par jour pendant les périodes de surmenage ou de fatigue (3° mois du trimestre scolaire par exemple). Cette trituration constitue un apport en phosphate de calcium qui présente l’avantage de la dynamisation.  


L’enfant NATRUM MURIATICUM: 

         Sur le plan morphologique, cet enfant est incontestablement un longiligne = enfant grand et maigre, voire amaigri, pâle, frileux. Mais son indication ne rend pas compte du mode réactionnel de fond = tuberculinisme ou psore. Il est donc souvent indiqué chez un enfant CALCAREA PHOSPHORICA qui a des problèmes avec ses minéraux du fait de certaines circonstances étiologiques ou encore chez un enfant SULFUR, à la suite des mêmes circonstances étiologiques. 

Sur le plan orthodontique

       NATRUM MURIATICUM peut être un remède d’endognathie ayant tendance à l’aggravation, sans doute par perte du tonus des muscles de la face, avec béance antérieure.
 

Comment reconnaître un enfant Natrum muriaticum ? 

1/ Le comportement:  

         Certains pédiatres, notamment homéopathes, accordent de plus en plus d’importance aux incidents de la grossesse pour expliquer l’indication de certains médicaments par la suite chez l’enfant. Un chapitre important est consacré à Natrum muriaticum dans l’ouvrage « L’Homéopathie exactement » (tome II - p. 214), par le Dr Ramon Frendo qui est sans doute psychiatre... 

         Cet auteur insiste sur l’importance de l’intériorisation des peines, des déceptions, des indignations ou des chagrins par NATRUM MURIATICUM, aussi bien par la femme enceinte que par tous les sujets justiciables de ce médicament. Mais les peines de la maman pendant la grossesse influenceraient son enfant par la suite. Les interprétations apparaissent tout de même pour le moins curieuses. Ainsi, cet auteur affirme « qu’après avoir été le premier objet d’amour, la maman peut devenir le premier objet de haine ». En cas de déception, s’il s’agit d’une petite fille ce serait sa première déception pour une personne du même sexe. S’il s’agit d’un petit garçon, ce serait sa première déception pour une personne du sexe opposé pouvant expliquer bien plus tard une tendance homosexuelle !!! Même chose pour une déception par le père pour une petite fille !!!  

         En fait, peu familier des interprétations psychanalytiques, nous préférons les explications de J. BARBANCEY. Elle donne de l’intériorisation de Natrum mur. des descriptions parlantes: l’enfant a besoin de s’assurer d’abord qu’il a sa part de tout: affection de sa mère, nourriture, jeux, etc..., après quoi il consent au partage. S’il se persuade d’un « manque », il se replie sur lui-même, s’enferme dans « son univers » (remède possible d’autisme). Mais il garde une cicatrice indélébile, indéracinable, sans exprimer sa peine, sans pouvoir s’en libérer par une colère explosive à la manière de Nux vomica, sans montrer « l’indignation pâle et contenue de Lycopodium »... Il est difficile de résumer ici toutes les composantes du comportement du petit Natrum mur., si complexe. Nous conseillons de lire et de relire les deux tomes de l’ouvrage de cet auteur: « Pratique homéopathique en psychopathologie ». 
 

2/   Les signes cliniques: 

         Au cabinet dentaire, on reconnaît l’enfant Natrum mur. à la présence de plusieurs signes suivants: 

·       Tendance à l’amaigrissement malgré un appétit souvent augmenté. Par périodes: désir de sel ou d’aliments salés avec soif importante.

·       Tendance à prendre froid, frilosité avec intolérance à la chaleur = coryza, rhinites, toux, asthme (le tout avec alternance de sécheresse et d’écoulement muqueux).

·       Tendance à la sécheresse des muqueuses: lèvres sèches et fendillées, bouche sèche, souvent avec accumulation de salive (c’est la muqueuse buccale qui se déshydrate, pas les glandes salivaires), constipation avec selles sèches et dures...

·       Tendance aux éruptions cutanées dont le fameux herpès labial.

·       Tendance à l’asthénie physique et intellectuel: douleurs lombaires, points de côté, céphalées battantes, éréthisme cardio-vasculaire, après efforts physiques ou travail mental intense.

·       Tendance à l’anémie.

·       Tendance à la dépression mentale avec repli sur soi, besoin de solitude pour ressasser ses problèmes, < par la consolation, chagrin sans pleurs (du moins en public), etc... 

3/   Sur le plan bucco-dentaire: 

·       Sécheresse buccale avec soif, lèvres sèches et fendillées.

·       Gingivite pouvant aller jusqu’à un aspect scorbutique avec gingivorragies.

·       Aphtes, ulcérations, herpès.

·       Glossite: langue en « carte de géographie », douleurs brûlantes.

·       Douleurs dentaires.

·       Caries dentaires: globales, évolution rapide.
 

La prescription de NATRUM MURIATICUM:  

         C’est un médicament complémentaire fréquent soit de SULFUR chez un sujet maigre, soit chez un enfant CALCAREA PHOSPHORICA. Ce dernier est le remède de fond constitutionnel, ce qui veut dire que sa prescription sera proposée aussi bien dans un but prophylactique que curatif. Lorsque NATRUM MURIATICUM se trouve indiqué (périodes de surmenage, convalescences, après des stress affectifs, au cours d’affections allergiques...), il faut choisir la posologie en fonction du contexte: pas de trop hautes dilutions en cas de constipation. Le plus souvent, on doit donner ce médicament en 7 CH une fois par jour. Si les problèmes psychiques dominent et en l’absence d’une constipation opiniâtre, on peut donner une 15 CH ou une 30 CH, une ou deux fois par semaine. Puis après disparition des signes, donner CALCAREA PHOSPHORICA pendant plusieurs semaines.


L’enfant  SEPIA :
 

         SEPIA est considéré à juste titre comme un complémentaire d’aggravation de NATRUM MURIATICUM et son indication peut précéder celle de SILICEA dans la déminéralisation et dans le rachitisme. 

         Sur le plan orthodontique, SEPIA présente également une aggravation par rapport aux médicaments précédents comme CALCAREA PHOSPHORICA et NATRUM MURIATICUM. J. MEURIS affirme: « La bouche est atrésique et les dents s’entassent littéralement, l’une vestibulaire, la seconde lingualisée et ainsi de suite, mais en conservant leur axe d’implantation normal ». Cela peut s’expliquer par plusieurs causes qui peuvent se combiner. Tout d’abord, l’action principale de SEPIA concerne le système porte avec un retentissement hépatique qui peut expliquer une très nette tendance à l’anorexie, aux nausées et une congestion veineuse de la circulation de retour, dont les maxillaires avec pour conséquence éventuelle une diminution de leur croissance. Ensuite, l’indication de SEPIA chez un enfant signifie que celui-ci réagit électivement sur le mode tuberculinique, avec ses conséquences sur la minéralisation des dents et des maxillaires. Enfin, il y a dans SEPIA une très nette tendance aux élastopathies qui explique son indication chez des sujets luétiques. L’hyperlaxité ligamentaire peut rendre les dents plus sensibles aux forces musculaires auxquelles l’enfant ne peut opposer une résistance efficace. Enfin, ne pas oublier les caries SEPIA: globales et d’évolution rapide, comme pour Natrum muriaticum.

 Le comportement: 

         On a également souvent souligné la similitude du comportement des enfants Natrum mur. et Sepia.  J. BARBANCEY explique que, lors de la consultation, le petit Sepia se recroqueville sur sa chaise, jambes entortillées au maximum, il « mange » ses lèvres tandis que ses parents répondent aux questions. Il demande souvent d’aller aux toilettes du fait de son anxiété. 

Les signes cliniques: 

·       L’enfant Sepia est souvent anémié, pâle, émacié, semble plus vieux (ce qui annonce déjà Silicea). Kent affirme même: « L’enfant prend l’aspect d’un vieillard ratatiné et desséché » ! H. VOISIN le décrit ainsi: « Nous aurons affaire à un enfant généralement hépatique. Il est triste, maussade, indifférent et sauvage, n’aime pas qu’on s’occupe de lui (bien qu’il craigne la solitude), n’a aucun goût pour le travail et aime peu jouer bien que sa tristesse et sa sauvagerie disparaissent parfois lorsqu’il est pris par le jeu ».

·       C’est un hépatique: digestion lente, aversion pour les graisses (qu’il ne digère pas du fait de l’insuffisance biliaire), constipation sans besoin, accumulation des selles dans l’intestin, parfois diarrhée jaune; faim ou anorexie, cette dernière en cas de problème psychique et redoutable dans ses conséquences pour la minéralisation des dents si elle durait; céphalées aggravées par les efforts intellectuels....

·       Troubles cutanés: peau de mauvaise odeur, transpiration irritante et d’odeur forte, éruptions vésiculeuses, notamment autour de la bouche (herpès comme Natrum mur.), eczéma (fréquent chez le tout jeune enfant)...

·       Enurésie (remède le plus fréquent chez l’enfant avec Lycopodium).

·       La bouche: sécheresse buccale, gingivite, carie dentaire rapide et globale.

 La prévention: 

         Habituellement, elle est du ressort du médecin traitant. Mais le chirurgien-dentiste homéopathe reconnaissant l’indication de Sepia chez un enfant peut donner quelques conseils: éviter la sédentarité, recommander l’exercice physique (qui améliore), éviter la station debout, proposer des repas fréquents mais peu abondants (pas de lait, pas de graisses, peu de pain). 

         Prescrire SEPIA en moyenne dilution, par exemple une 7 CH hebdomadaire jusqu’à disparition des signes d’appel, puis passer à CALCAREA PHOSPHORICA.  

 
L’enfant SILICEA et le RACHITISME:
 
 

         SILICEA, médicament homéopathique, a son autonomie comme n’importe quel autre médicament, mais il est l’un des principaux remèdes du rachitisme et ce dernier joue un rôle  étiologique important dans la genèse de certaines malformations des maxillaires, parfois graves qui nécessitent quelquefois une solution chirurgicale. C’est dire l’intérêt pour le médecin, mais aussi pour le chirurgien-dentiste, de reconnaître le plus tôt possible l’existence d’un rachitisme, d’autant plus que sa rareté relative en France associée à des formes frustres explique qu’on n’y pense pas toujours. Nous avons vu un cas de rachitisme patent chez un enfant dont la maman, persuadée de l’efficacité de son auto-médication, s’obstinait à traiter elle-même des troubles digestifs chroniques par l’absorption d’argile, sans avoir consulté de médecin !
 

LE RACHITISME: 

         Comme on le sait, le rachitisme de l’enfant ou l’ostéomalacie de l’adulte sont dus à une carence en vitamine D. Elle existe sous deux formes: l’ergocalciférol (ou vitamine D2) présente dans les levures irradiées et le cholécalciférol (ou vitamine D3) synthétisé au niveau de la peau par le rayonnement solaire. On le trouve également dans les huiles de poissons (dont la fameuse huile de foie de morue) et dans le jaune d’oeuf. 

         Après avoir été synthétisée dans la peau, la vitamine D3 parvient au foie, puis diffuse dans la circulation sanguine, elle est ensuite réabsorbée dans l’intestin, subit une nouvelle hydroxylation dans le rein. Elle devient alors un métabolite actif dans l’augmentation de l’absorption du calcium alimentaire par l’intestin. L’hormone parathyroïdienne intervient, l’ensemble stimulant la formation de l’os.  

         Une exposition trop faible au soleil et une carence d’apport de vitamine D sont la cause principale du rachitisme, en dehors des formes familiales (liées au chromosome X).  Chez l’enfant, le rachitisme entraîne une décalcification des os en cours de croissance avec hypertrophie des cartilages de conjugaison (par arrêt de la dégénérescence des cellules du cartilage et apposition de couches nouvelles). Une autre cause est fournie par les malabsorptions intestinales de causes variées aboutissant à des carences minérales et vitaminiques. 

         Le signe le plus évident du rachitisme est la déformation des os: membres inférieurs incurvés, colonne vertébrale (cyphose, scoliose), poignets, chevilles, côtes, le tout avec des douleurs osseuses (bassin) et une faiblesse musculaire associée, sans oublier la tétanie. 

         Au niveau de la tête, le rachitisme provoque la saillie des bosses frontales, des déformations variées du crâne et des maxillaires. CAUHEPE a montré que les conséquences peuvent être discrètes pour les procès alvéolaires à condition que les forces musculaires restent équilibrées. Ce qui n’est pas le cas lors d’une respiration buccale, ou de la succion des doigts ou encore en cas de troubles de la déglutition et de la phonation. Pour les dents, on décrit un retard de la dentition de lait, une irrégularité dans la chronologie des éruptions, des anomalies de position, de volume et de formes.

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 EN CONCLUSION

 
        
Ce chapitre sur l’orthodontie permet de rappeler quelques notions à propos de la prévention en homéopathie. Car il peut sembler antinomique de rapprocher les deux termes de prévention et d’homéopathie. La prévention implique que les troubles que l’on craint ne sont pas encore présents, puisqu’on veut les ..prévenir ! L’homéopathie exige de résoudre l’équation de la similitude, c’est-à-dire la recherche d’un médicament qui a dans sa matière médicale les mêmes signes et symptômes que ceux du patient. Or ces signes n’existent pas encore ! 

         Si l’on attend que ces symptômes soient présents, il est fort probable que certains d’entre eux risquent de ne plus être réversibles. Et c’est sur ce plan que les conceptions homéopathiques des constitutions et des modes réactionnels rendent d’immenses services, malgré le scepticisme de certains praticiens.  

         Chacun des constitutions de base = normoligne, bréviligne, longiligne et dystrophique, ont des prédispositions plus ou moins graves. Sur le seul plan orthodontique, les deux constitutions les plus menacées sont d’abord la dystrophique, ensuite la longiligne. La dystrophique a toujours des problèmes de croissance et les médicaments qu’y s’y rapportent ont dans leur matière médicale des malformations maxillaires, alvéolaires et dentaires et une tendance très nette aux malpositions dentaires. La longiligne présente de gros risques de troubles de la minéralisation des dents et des maxillaires dès lors que le mode tuberculinique est mis en œuvre trop tôt et trop souvent.  

         Lorsque l’on veut tenter une prévention, il n’y a pas de signes et de symptômes. Il reste la constitution et le mode réactionnel, qui permettent d’abord de repérer l’enfant à risque puis de proposer un traitement préventif. Les Calcarea jouent ici un rôle fondamental, de même que d’autres médicaments comme SILICEA, déterminés selon les circonstances et les modes de vie. Il faut rappeler également que les constitutions existent rarement à l’état « pur » et que l’on rencontre le plus souvent des types mixtes. Mais cela n’est qu’un problème de technique et de méthode. 

         Pour résumer = lorsque l’on a la possibilité de rencontrer un enfant encore très jeune et qu’il appartient à l’un des deux biotypes à risque, il faut donner le médicament homéopathique correspondant, souvent en collaboration avec le médecin traitant parce qu’il est tout de même rare qu’il n’y ait pas d’autres problèmes, O.R.L. souvent. Il faut penser également au problème de la prévention de la carie dentaire. 

         Lorsqu’un enfant est conduit trop tard à la consultation, les traitements orthodontiques sont théoriquement mieux supportés et plus efficaces lorsque le traitement homéopathique de fond est associé. Il s’agit là de la conviction de quelques orthodontistes homéopathes encore trop peu nombreux et de quelques chirurgiens-dentistes homéopathes omni-praticiens.  

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Dernière modification : 06 janvier 2012