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 NATRUM MURIATICUM
 

 

            Quoi de plus banal que le sel de cuisine, c’est-à-dire le sel marin ?  Ou encore le chlorure de sodium ?

            Pourtant, c’est sans doute l’assaisonnement le plus ancien et plus important. Dans les temps anciens, des tribus germaniques se faisaient la guerre pour conquérir des sources de sel, notamment les marais salants. A-t-on jamais vu une seule guerre pour le sucre ? Au XIV° siècle, Philippe IV de Valois institua le monopole su sel pour combler (déjà !) les brèches du Trésor royal. La gabelle devint aussi impopulaire en son temps que les taxes sur les carburants de nos jours. Pourtant, on dit que les gouvernements « se sucrent » sur le dos des contribuables.
 



C'est le sel de Guérande qui est utilisé pour la préparation du médicament homéopathique

  Pourquoi le sel a-t-il pris une telle importance dans l’histoire de l’humanité ? Sans doute parce qu’il est indispensable à la vie, en dehors de son agrément gustatif. Sans doute y a-t-il un lien avec le fait que la vie est apparue dans la mer. A noter également que depuis la plus haute Antiquité, le sel est présent dans plusieurs symbolismes, dans certains folklores, ou encore dans de nombreux rites religieux, dont le culte catholique (lors du baptême). Certaines peuplades primitives de l’Amazone ne se déplacent jamais sans une provision de sel. Pourtant, il en existe d’autres qui n’en consomment pratiquement pas. L’explication doit être recherchée dans les habitudes alimentaires. Alors que l’on trouve peu de sel dans les aliments végétaux, on le rencontre dans la viande. Les peuplades se nourrissant presque exclusivement du produit de leur chasse n’éprouvent pas un besoin de sel car les aliments animaux le fournissent en quantité suffisante. La sédentarisation a provoqué le développement de l’agriculture, entraînant par là même la nécessité de rechercher le sel, notamment dans les marais salants.


           Certains auteurs, dont KAUNIZ, ont émis l’hypothèse que le sel aurait un effet de stimulation des fonctions intellectuelles, certes d’une manière indirecte = par l’intermédiaire des hormones cortico-surrénaliennes qui interviennent dans le métabolisme du NaCl, mais aussi dans celui des protéines, des hydrates de carbone, des lipides, etc…  

            Enfin, l’importance du sel peut être soulignée par le fait que plusieurs mots du langage courant ont pour étymologie le mot latin sal = salaire, salarié, salariat, solde…Le terme « salaire » signifiait « argent pour acheter du sel », les « salaires » étaient parfois payés avec une quantité de sel, de même que l’impôt, la gabelle, était défini par une quantité de sel que les contribuables étaient obligés d’acheter. 

LA PATHOGENESIE DE « NATRUM MURIATICUM »
 

       C’est Hahnemann qui a eu l’idée de réaliser la première expérimentation du sel. On peut se demander comment une telle idée a-t-elle pu arriver dans sa cervelle. La réponse est simple = Hahnemann a expérimenté la plupart des médicaments alors usités en médecine. Et le sel était l’un d’entre eux, qu’on utilisait contre certaines hémorragies. Hahnemann rapporte en détail la pathogénésie de Natrum muriaticum dans son Traité des maladies chroniques (1828). Il explique le mode de préparation, notamment comment débarrasser le sel de cuisine des autres sels contenus dans la récolte. Mais il ne donne aucune indication de l’origine du sel utilisé. Car, selon les différentes provenances, il est certain que la composition doit être différente, même si l’on parvient à l’épurer. Aujourd’hui, c’est la presqu’île de Guérande qui a été retenue.
 

L’intoxication aiguë provoque les signes suivants : 

1.      Troubles digestifs par irritation des muqueuses => vomissements et diarrhées. 

2.      Forte hyperthermie aboutissant à un syndrome délirant, puis au coma, enfin à la mort. 

            Une intoxication moins massive provoque une pathologie rénale => néphrite urémique avec des répercussions sur la tension artérielle
 

A noter = après Hahnemann, les pathogénésies ont été « enrichies »  de très nombreux signes et symptômes par d’autres auteurs, sans vérification rigoureuse. Cela pose le problème de la fiabilité de la matière médicale homéopathique. D’où la tentation très légitime de quelques auteurs de procéder à une vérification. Il y a quelques années, Jacques JOUANNY s’est attelé à cette vérification. On trouve l’étude de Natrum muriaticum publiée dans « Les Annales homéopathiques françaises » n°1 – 1982. JOUANNY remarque que sur 2901 symptômes colligés par ALLEN et son équipe, seuls 300 peuvent être considérés comme fiables. Les plus sûrs sont les suivants = émaciation importante avec fatigue et/ou lassitude générale, tendance dépressive générale avec manque de goût pour le travail, parfois tristesse, une soif importante (par périodes) et enfin des écoulements muqueux clairs et abondants.

 

         Cependant, la matière médicale homéopathique ne se limite pas aux signes d’intoxication et à la pathogénésie proprement-dite, elle comprend également le recueil des signes et symptômes observés et vérifiés par l’expérience clinique des praticiens (plusieurs générations depuis Hahnemann).
 

LA MATIERE MEDICALE DE « NATRUM MURIATICUM »

             A l’A.O.S.H. , nous avons adopté la classification hiérarchique proposée par Roland ZISSU (photo de gauche) et Michel GUILLAUME (photo de droite) :
 

Les circonstance étiologiques

Les signes et symptômes psychiques

Les signes et symptômes généraux

Les modalités générales

Les signes et symptômes loco-régionaux

 

Les circonstances étiologiques :

Les causes acquises
 : 

            Il s'agit essentiellement de tous les facteurs perturbant l'apport et le métabolisme des minéraux. Le chlorure de sodium, en réglant la pression osmotique entre les cellules et le liquide intercellulaire, contrôle du même coup les échanges de minéraux. 

1 - Les causes alimentaires : 

            Depuis des années fleurissent dans les magazines  "grand public" des articles et des propositions sur les régimes alimentaires, surtout "amaigrissants", certains sérieux, la plupart hélas assez farfelus, voire parfois dangereux. Lorsque ces régimes amaigrissants sont suivis sans discernement, l'une des conséquences est la carence en minéraux et en vitamines.  

            Les carences d'apport ne sont pas les seules causes de la déminéralisation. Il y a le chapitre des causes de la malabsorption intestinale des minéraux = diarrhées par exemple, entérites. Sans oublier une cause fréquente et trop souvent méconnue = l'abus de boissons acides, comme les sodas, les boissons gazeuses, à la fois trop riches en sucres et trop acides. Même si l'on ne peut pas ranger l'observation suivante dans ce chapitre, il faut la rapporter = il y a une vingtaine d'années, nous avons vu une jeune fille adolescente présentant une destruction très important des incisives et canines supérieures, dont il ne restait que les racines et une destruction moins importante des incisives inférieures. La cause en était que depuis sa tendre jeunesse, elle avait la manie de croquer à pleines dents (lorsqu'elle les avait !!!) dans du citron qu'elle adorait. La mère laissait faire car, chacun le sait, le citron est riche en vitamines, C notamment. Hélas, il est riche aussi en acide citrique. Et le plus curieux est que cette jeune fille, pourtant à l'âge où un beau sourire revêt une importance capitale, se fichait royalement de la destruction de ses dents !!!           

            Enfin, il ne faut pas oublier les régimes hyperchlorurés volontaires ou involontaires, comme par exemple, les marins d'autrefois contraints de manger des aliments trop salés pour leur conservation.

2 – Les causes thérapeutiques

            L'abus de quinine est une cause de l'indication de Natrum muriaticum.  Aujourd'hui, de nouveaux antipaludéens sont plus volontiers utilisés. 

3 – Les causes pathologiques

            Il s'agit de mettre dans ce chapitre toutes les causes de déminéralisation pathologiques = pertes de liquides organiques, comme la diarrhée, surtout si elle est répétée, les hémorragies (mais les conséquences ne durent que peu de temps), les épanchements (surtout l'ascite), les maladies plus graves comme le paludisme, la dysenterie, la tuberculose, etc… 

            Natrum muriaticum peut être également un remède d'allergie (cutanée = urticaire, eczéma…). C'est le remède le plus souvent retrouvé dans les allergies au soleil

4 – Les facteurs psychogènes

            C'est un chapitre important des facteurs étiologiques de Natrum muriaticum, sans que l'on puisse évoquer ici la fuite des minéraux. 

            Natrum muriaticum intériorise ses peines, ses déceptions  et ses chagrins, il n'en parle pas, se réfugie dans la solitude pour les ressasser. Parfois, il n'a qu'un ami et s'il a une très grande confiance en lui, il se confiera, et encore partiellement. Il n'aime pas qu'on vienne le déranger lorsqu'il est dans son monde intérieur, ne supporte pas la consolation. 

            Il faut tenir compte de cette cause psychogène lorsqu'un traitement pourtant bien indiqué par ce médicament, ne donne pas le résultat escompté. Et cette cause profonde, enfouie non pas dans l'inconscience du sujet, mais dans son refus de l'extérioriser, peut-être à l'origine d'un "barrage". 

            On peut lire avec amusement, mais surtout avec intérêt, une "lettre de Natrum muriaticum à sa fiancée Ignatia" due à la plume spirituelle du Docteur Andrée PELLETIER (voir la revue Les Cahiers du groupement hahnemannien n°10/1989). Elle prête à Natrum muriaticum les propos suivants adressés à sa fiancée: "Moi qui suis fidèle de cœur et d'esprit, totalement fidèle, si tu me décevais, tu briserais à jamais mon existence, je ne m'en consolerais jamais et je ne l'oublierais jamais". Alors que le comportement de Ignatia est bien différent: "Tandis que toi, après un chagrin violent, intense, mais passager, après le désespoir, après même des pensées de suicide, tu reprendrais le dessus, non sans quelque bonne maladie de courte durée qui emporterait au loin ta peine". Alors méfiance, un chagrin profondément ressenti peut pousser Natrum muriaticum au suicide, avec passage à l'acte sans confidence. Alors qu'Ignatia l'annoncera avec des cris et des pleurs, mais se consolera assez vite.

Les facteurs étiologiques héréditaires

            Les causes héréditaires impliquent ce que l'on appelle le "terrain" et surtout les "modes réactionnels généraux". A l'évidence, c'est ici le mode réactionnel tuberculinique et ce, pour une raison simple. 

            Il faut rappeler que le mode réactionnel tuberculinique se caractérise par une défense mal organisée, faisant appel à une brusque augmentation des oxydations, et donc des combustions, avec un besoin brutal et massif d'oxygène et de minéraux. Le prix à payer pour l'organisme est la destruction cellulaire par déminéralisation. La fuite du chlore, du sodium, des phosphates, du potassium, etc… entraîne une déshydratation des muqueuses. Et ce n'est pas étonnant de voir à ce stade l'indication de Natrum muriaticum = l'un des premiers signes à apparaître est la sécheresse des lèvres, signe pathognomonique de ce médicament. Si l'on ajoute l'amaigrissement, l'asthénie, la tendance dépressive, l'indication de ce médicament s'en trouve confortée. A tout hasard, il faut conseiller la relecture de ces données sur la clinique des modes réactionnels. 

            Evoquons en passant une querelle vieille d'une quinzaine d'années, due essentiellement aux conceptions défendues par Denis DEMARQUE (1915-1999) = il affirmait qu'il n'existait que deux modes réactionnels = le mode I psorique avec un sous-groupe tuberculinique et le mode II sycotique. Selon cet auteur, Natrum muriaticum reste dans le groupe des médicaments du mode tuberculinique. Il semblerait, selon certaines confidences, que le point de vue de cet auteur se soit rapproché des thèses défendues auparavant, qui séparaient psore et tuberculinisme.
 

Les signes et les symptômes psychiques:

 La matière médicale "brute"

  1. Réservé, timide, larmoyant, taciturne, triste, préfère être seul.
  2. Aggravé par la consolation (au contraire de Pulsatilla et comme Sepia et Silicea). Parfois se laisse consoler par un seul être qui lui est cher.
  3. Irritable et coléreux: se met en colère pour un rien = quand on le regarde, quand on lui parle), boudeur, susceptible, querelleur.
  4. Peureux (peur des voleurs, de la foule, de l'orage).
  5. Rancunier mais aime rendre service.

 Commentaires 

            Natrum muriaticum est essentiellement un déprimé, qui intériorise ses chagrins ou ses ressentiments, qui aime la solitude pour ressasser en toute tranquillité ses soucis. Il ne veut pas être dérangé, ni consolé, il se met alors en colère, repousse les marques de sympathie, se montre désagréable. A l'irritabilité, il faut ajouter l'inquiétude, une excitation fébrile avec un comportement précipité. 

Les mots-clés pour une recherche répertoriale sont = dépression, besoin de solitude, aggravation par la consolation.  

A titre d'illustration, voici une observation de médecine vétérinaire, amusante en elle-même, mais aussi significative pour réfuter l'effet placebo attribué comme seule vert curative aux médicaments homéopathiques. On peut retrouver cette observation dans la revue "Les Cahiers du groupement hahnemannien" n°8-9-10/ 1984, sous la plume du Dr Alain DUPORT: taureau blond aquitain qui ne veut plus saillir et qui a des difficultés pour se déplacer (raideur des articulations, souffrance apparente à la marche). L'agriculteur révèle que ce taureau a été acheté en même temps qu'une génisse et que les deux animaux étaient toujours ensemble, au pré comme à l'étable. A l'étable, le taureau mettait sa tête sur la génisse ! Une vraie histoire d'amour. Si une vache était en chaleur, il accomplissait sa tâche sans rechigner, mais revenait auprès de sa belle aussitôt après. Mais, les circonstances ont obligé l'agriculteur à vendre la génisse. Et c'est à partir de là que les difficultés ont commencé ! Le taureau a déprimé, il refusait de rentrer à l'étable, mangeait moins, maigrissait, boitait et refusait les saillies ! Le vétérinaire a procédé à la répertorisation à partir des signes suivants: 

·         Troubles après chagrin d'amour

·         Dégoût de la vie

·         Aggravation en marchant

·         Manque d'appétit après déception

·         Aversion pour le coït

 Le remède qui sort de cette répertorisation = NATRUM MURIATICUM;

 Après vérification dans la matière médicale, le remède est prescrit en 30 CH. Deux jours plus tard, une vache est saillie sans problème ! Trois semaines plus tard, 5 autres saillies. Mais il faut chaque fois "inviter" le taureau, il n'y va pas spontanément ! Cependant, les troubles somatiques disparaissent. Deux ans plus tard, il "honore" 4 vaches dans la journée, s'en trouve très fatigué, se remet à boiter, maigrit et semble souffrir. En tenant compte de la faiblesse après coït et de l'aggravation par le mouvement, Natrum muriaticum est prescrit en 200K avec une très nette amélioration dès le lendemain.   

Un autre trait de Natrum muriaticum = la TIMIDITE. 

C'est un sujet réservé, timide, timoré, surtout en présence de tiers notamment lorsqu'il ne les connaît pas (étrangers à son cercle de vie). Cette timidité est souvent interprétée comme un excès de pudeur car il ne peut uriner en présence de tiers. Cette particularité semble curieuse, car habituellement la satisfaction des besoins naturels se fait en lieu fermé. Mais, il y a les écoles, les collectivités (parfois). Voici une illustration démonstrative car elle concerne, encore une fois, un cas vétérinaire. Un vétérinaire rapporte qu'un chien avait plusieurs troubles somatiques pour lesquels il ne trouvait pas le remède homéopathique. Il eut l'idée d'aller promener ce chien dans un parc. Or, à chaque arbre, le chien levait la patte mais n'urinait pas, du moins lors qu'on le regardait. Alors que lorsque le vétérinaire feignait de regarder ailleurs, le chien urinait normalement. Le diagnostic de Natrum muriaticum était posé ! 

Pour comprendre le comportement de Natrum muriaticum, il faut toujours avoir à l'esprit que l'on a affaire à un sujet hypersensible, hyperémotif, attendant beaucoup des autres sur le plan affectif. Ce qui explique qu'il est rapidement frustré et, à la manière de Staphysagria, il n'extériorise aucune émotion, se referme sur lui-même, feint l'indifférence. Et plus tard, lorsqu'il se retrouve seul, il pense et repense à sa déception, allant jusqu'à pleurer silencieusement. Cependant, le côté irritable, explique parfois des réactions de colère, surtout chez l'enfant qui refuse les marques de sympathie comme les caresses. Ce comportement introverti explique la grande tendance à l'anorexie mentale, notamment chez les adolescents. 

Timidité + anxiété facile + introversion => voici les éléments d'une équation qui explique les problèmes de l'éveil à la sexualité des jeunes sujets Natrum muriaticum
 

Sur ce plan, nous nous basons sur l'enseignement de Jacqueline BARBANCEY (1920-1995), médecin psychiatre et psychothérapeute: "Les premières pulsions sexuelles chez la jeune fille comme chez le jeune garçon, sont très souvent ressenties comme avec inquiétude et, dans de nombreux cas, que ce soit consciemment ou inconsciemment, refusées. Cette mauvaise intégration (quand ce n'est pas un véritable refus) de la sexualité entraîne des troubles physiopathologiques et des syndromes psychiques très spéciaux". Par exemple un retard pubertaire, qui contraste chez ces sujets dits "tuberculiniques" qui sont souvent précoces.
 


           A notre époque dite "moderne", les médias exaltent sans cesse la sexualité précoce, sous peine de passer pour un ringard. Il s'en suit pour ces sujets Natrum muriaticum (comme aussi les Pulsatilla ou les Staphysagria) un échec des premiers rapports sexuels avec un retentissement psychosomatique plus ou moins grave = impuissance ou éjaculations précoces, dysménorrhée et frigidité, etc… 

Comme cela n'était pas suffisant, les adolescents Natrum muriaticum ont une très nette propension à la dysmorphophobie = ils se trouvent moches, ont peur de l'obésité alors qu'ils sont longilignes et maigres le plus souvent ! Survient en plus le problème de l'acné juvénile qui ne fait qu'ajouter un facteur d'aggravation avec pour conséquence l'anorexie mentale. Comme par compensation, certains de ces sujets se réfugient dans la boulimie, qui peut masquer l'indication du remède. 

J. BARBANCEY souligne que l'un des signes somatiques de ce médicament est l'anosmie (décrite déjà dans la première pathogénésie réalisée par Hahnemann). Or l'olfaction joue un rôle capital dans les mécanismes du rut chez l'animal et un déficit peut entraîner, même chez l'homme des troubles des pulsions sexuelles avec retentissement psychique.
 

Les signes généraux: 

  1. Amaigrissement considérable avec anémie, cachexie, tout en mangeant bien ! Amaigrissement de haut en bas.
  2. Grande faiblesse au réveil, aggravée à 10 heures du matin.
  3. Frilosité (ressentie aux genoux et aux jambes), sensible au froid, mais aggravation par la chaleur du soleil ou rayonnante. Besoin d'air frais. Prend froid facilement (rhume, rhinite…).
  4. Désir anormal de sel (du moins par périodes)  =  soif insatiable (boit souvent et beaucoup à la fois, comme Bryonia, son complémentaire dans les troubles aigus ou subaigus).
  5. Sécheresse des muqueuses et de la peau = mais aussi peau grasse, huileuse, malsaine. Fissure médiane d'une lèvre. Langue en carte de géographie.


Commentaires

 1/ Amaigrissement malgré un appétit normal ou augmenté

            Ce chapitre peut être résumé par les mots-clés = déshydratation + déminéralisation => amaigrissement, anémie, in fine cachexie. Or ces mots-clés sont également ceux du mode réactionnel tuberculinique. Ce qui explique la place éminente de Natrum muriaticum parmi les remèdes des troubles de ce mode. 

            Le type sensible de Natrum muriaticum est celui des longilignes réagissant électivement sur le mode tuberculinique. Lorsqu'un tel sujet débute un trouble quelconque, notamment une pathologie respiratoire sous l'effet du froid, le premier signe apparaissant est la déshydratation des muqueuses, surtout celles de la bouche, expliquant la fissure médiane d'une lèvre, souvent inférieure et la grande soif, avec pour corollaire une augmentation du volume des urines, souvent foncées par surcharge de minéraux (phosphates). La sécheresse des muqueuses respiratoires au moindre trouble explique leur atteinte fréquente, à tous les étages, depuis la banale rhinite à la bronchite, voire à l'asthme. La mise en œuvre du mode tuberculinique se fait par une augmentation des combustions (le sujet ne supporte pas la chaleur confinée qui l'aggrave). 

            La déshydratation des muqueuses implique une fuite de l'eau péricellulaire avec fuite des minéraux = urines abondantes, colorées, pire la nuit. En même temps, la déminéralisation cellulaire perturbe le fonctionnement musculaire, ce qui explique la faiblesse musculaire en général et la maladresse des gestes (laisse tomber les objets), faiblesse des  sphincters (énurésie en toussant, en parlant, en éternuant…). 

            Voici comment se passe un problème pathologique chez un "petit" tuberculinique (mais c'est la même chose chez l'adulte) = après un refroidissement, l'enfant commence à devenir pâle, se sent fatigué, ses lèvres deviennent sèches, il a soif (boit beaucoup et souvent), il a parfois une température plutôt modérée (38°, 39°). Au bout d'un jour ou deux, voire même trois, la pathologie apparaît = respiratoire, digestive… Et puis, autre signe important = alors qu'il est maigre, il maigrit encore et hélas perd l'appétit ! Le besoin de sel se manifeste, sans doute pour retenir l'eau. 

            Il faut préciser également ou rappeler que le chlorure de sodium, élément indispensable à la vie, peut se montrer toxique pour les cellules lorsqu'il se trouve en excès. Ce qui peut expliquer certains troubles de Natrum muriaticum, tels que l'asthme, l'eczéma (sec, croûteux, enflammé, localisé aux plis de flexion, à la face, derrière les oreilles, à la limite du cuir chevelu, < au bord de la mer, par les aliments salés, par le soleil… 

            Enfin, l'action d'un toxique, quel qu'il soit, se développe en deux temps = une première phase dite sthénique de réaction d'un organisme encore peu touché – puis une phase dite asthénique par dépression, par épuisement de la réaction de défense. Cette caractéristique explique une contradiction apparente des troubles décrits dans la matière médicale. Et ceci est valable pour tous les toxiques. Ainsi, pour Natrum muriaticum, on note: rhinite avec hypersécrétion puis nez sec, asthme avec bronchorrhée puis sec, eczéma suintant puis sec, sensation de sécheresse buccale malgré une hypersialorrhée puis hyposialie, etc…

La déshydratation de la muqueuse buccale :


            La sécheresse buccale se rencontre dans toutes sortes de pathologiques et non uniquement en stomatologie. Le premier signe de sécheresse buccale est celle des lèvres avec fissure d’une lèvre (souvent la lèvre inférieure) ou des deux. Cette sécheresse buccale explique en grande partie la fréquence d’une gingivite avec des gingivorragies fréquentes, faciles, au moindre contact. Nous avons souvent émis l’hypothèse que la sécheresse buccale (comme celle de n’importe quelle muqueuse) pouvait affecter les mécanismes de l’immunité locale. Perturbation de la réponse immunitaire que l’on retrouve dans les nombreux troubles allergiques de ce remède. Enfin, Natrum muriaticum est un remède très souvent impliqué dans les maladies auto-immunes comme l’aphtose, le syndrome de Gougerot. 

 

              La déshydratation et la déminéralisation cellulaire compromettent la croissance et la minéralisation osseuse et dentaire. Il n’est donc pas étonnant que l’enfant Natrum muriaticum présente des caries dentaires précoces, globales, débutant très souvent par les faces proximales (forme de carie typiquement tuberculinique), le tout accompagné de douleurs, soit névralgiques par déshydratation des tissus nerveux et inflammatoires par réaction pulpaire. 

L’amaigrissement malgré un appétit conservé 
 

  Ce signe est tout de même original. Il y a des patients qui se plaignent de grossir alors qu’ils déplorent de manger peu, voire très peu. Et d’autres qui maigrissent malgré un appétit dévorant. Injustices de la vie !  

            On retrouve ce signe (car est-ce  un symptôme ?) « Amaigrissement malgré un appétit augmenté » dans tous les médicaments présentant le radical « muriatic », mais également dans d’autres médicaments, notamment IODUM = ce dernier est sans cesse préoccupé jusqu’à l’obsession par le besoin de manger => doit manger beaucoup et souvent et reste maigre, agité et anxieux s’il croit n’avoir pas le temps de manger, etc...  On le retrouve également dans de nombreux médicaments des troubles du mode tuberculinique

 

           
           L’originalité de Natrum muriaticum est l’amaigrissement qui commence par la partie supérieure du corps et qui évolue petit à petit vers le bas.  

On constate parfois, sur cette maigreur, des oedèmes, essentiellement lorsque sont présents des troubles de la fonction rénale. Il faut alors comparer Natrum muriaticum à Ammonium muriaticum.  Rappelons que l’insuffisance rénale est une cause ou un facteur d’aggravation d’une maladie parodontale, qu’il serait vain de traiter par la chirurgie sans régler d’abord cette insuffisance rénale. 

            L’amaigrissement s’accompagne d’une instabilité thermique = les sujets qui réagissent sur le mode tuberculinique sont des frileux de fond, mais leurs réactions défensives par augmentation des oxydations libèrent de la chaleur. D’où les signes en apparence contradictoires = frileux craignant le froid, s’enrhumant facilement, particulièrement frileux au repos et dans le même temps, besoin d’air frais (besoin d’oxygène), recherche du frais après des efforts physiques (qui dégagent de la chaleur), aggravation dans une pièce chaude ou surchauffée.  

            Voici une nouvelle occasion de comparer le mode tuberculinique et le mode psorique. A la suite de Denis DEMARQUE, plusieurs auteurs ont placé le mode tuberculinique dans une sous-classe du mode psorique. Cependant, si les psoriques au stade sthénique de SULFUR sont effectivement des instables thermiques, l’explication est bien différente.  

Les tuberculiniques dégagent de la chaleur par l’augmentation des oxydations, ils sont donc souvent aggravés par la chaleur (surtout confinée) mais restent des frileux de fond. Les sujets Sulfur présentent une congestion artérielle d’abord, puis artérielle et veineuse ensuite, ils n’ont pas une augmentation de leurs oxydations. Et encore ne la présentent-ils que par périodes, au gré de leur mode de vie, chaque fois que la fonction hépato-digestive se trouve surchargée par les excès alimentaires. Ainsi, comme l’a si bien montré Roland ZISSU, il est vrai que Natrum muriaticum et Sulfur, respectivement chefs de file du mode tuberculinique et du mode psorique, ont bien des signes communs (instabilité thermique, périodicité de certains troubles, des éliminations muqueuses ou cutanées) mais leur signification relève de mécanismes physiopathologiques différents. En exagérant un peu, on pourrait dire qu’un tracteur agricole et une voiture ont bien de choses en commun = les roues, le volant, le frein, etc... mais ce sont cependant des véhicules que l’on ne peut comparer, ni confondre ! 
 

2/  Natrum muriaticum dans les syndromes douloureux 

            Dans ce chapitre (comme dans tous les autres) revient le leitmotiv de Natrum muriaticum = déshydratation et déminéralisation. Ces deux mécanismes expliquent les douleurs de ce médicament.  

            D’abord, Natrum muriaticum est un remède important de céphalée = il est classique de l’attribuer à une consommation excessive de minéraux, notamment pendant l’effort mental. Ce n’est sans doute pas le fruit du hasard si l’on retrouve une céphalée dans la matière médicale de plusieurs médicaments à base de phosphore = Phosphorus, Phosphoric acidum, Calcarea phosphorica, etc... Le phosphore et les phoshorides jouent un rôle éminent dans les mécanismes cérébraux.

            La céphalée de Natrum muriaticum produit les signes suivants = céphalée battante, aggravée par la chaleur, avec la sensation que la tête va éclater, aggravée vers 10 h du matin jusqu’au maximum à midi, puis décroît. En fait, l’aggravation suit la courbe solaire. A l’évidence, cette céphalée est particulièrement fréquente lors des efforts mentaux, chez les écoliers ou étudiants, travailleurs intellectuels en général. Le caractère des douleurs, battantes, serait dû à une congestion cérébrale suscitée par la toxicité du NaCl en excès. Il en serait de même pour les palpitations après effort avec point de côté et une sensation de froid autour du cœur, que l’on retrouve dans Graphites, Kali chloricum, Lilium tigrinum ou Petroleum (sensation d’un bloc de glace). 

            Natrum muriaticum ressent cette sensation de froid autour du cœur après un effort mental prolongé, le tout dans un contexte de tristesse, de déprime, < par la consolation et à 10 heures. NASH affirme que « Natrum muriaticum est l’un de nos meilleurs remèdes de la céphalée des écoliers, avec Calcarea phosphorica ». Mais TYLER ajoutait de donner également Bryonia, le complémentaire au moment de la céphalée et Natrum muriaticum après..  

Natrum muriaticum a bien d’autres douleurs = épine dorsale ou vertèbres sensibles au toucher, > appuyé sur un plan dur – tension douloureuse au niveau des plis de flexion avec sensation de tendons trop courts – craquements dans les articulations (dus aux urates) – douleurs ressenties au niveau des reins ou céphalée au moment des règles – douleurs piquantes et brûlantes au niveau de l’anus après la selle – diverses douleurs brûlantes = lèvres, langue, yeux… 

La névralgie faciale: 

        Natrum muriaticum est cité au degré fort dans le Répertoire de Kent. Sa principale caractéristique est l'apparition le matin avec aggravation progressive jusqu'à midi puis diminution de la douleur. En fait, l'intensité de la douleur de la névralgie suit la courbe solaire (comme Spigelia).

 

3/ Natrum muriaticum et les endocrines : 

            Etant donné le rôle éminent du chlorure de sodium dans les différents métabolismes de l’organisme, il est naturel qu’il intervienne également dans celui des glandes endocrines. Dans un excellent article (" Les Annales homéopathiques françaises" n°3/1959), Denis DEMARQUE  affirme que, faute d'une étude biologique (à son époque du moins), on pense que Natrum muriaticum peut avoir une action sur l'hypophyse = l'argument est clinique. Le "type sensible" de ce médicament correspond à des sujets longilignes, c'est-à-dire grands et maigres, grandissant trop vite. 

            Cependant, la thyroïde est également concernée. Dans le même article, Demarque cite André ROUY: "Notre expérience clinique nous a permis, avec Arsenicum album et Thyroïdea en hautes dilutions de couvrir tous les symptômes de la maladie de Basedow. Mais à côté de l'hyperthyroïdie, la dysthyroïdie et l'hyperthyroïdie rentrent dans le cadre de Natrum muriaticum". En réalité, c'est essentielle l'hyperthyroïdie, ou la dysthyroïdie, qui domine dans Natrum muriaticum, avec comme complémentaires, notamment pour les manifestations psychiques, Ignatia et Moschus. Et dans la maladie de Basedow, il faut penser aussi à Iodum, à Fluoric acid. et à Lachesis.

             Si l'hyperthyroïdie concerne avant tout les sujets jeunes, l'hypothyroïdie peut se voir chez des sujets âgés, correspondant toujours à Natrum muriaticum. On constate des modifications de la peau et des phanères, des chutes de cheveux et de poils, une peau sèche et écailleuse. Et l'on retrouve même ici l'action diphasique de ce remède = alternance d'hyper- et d'hypothyroïdie chez le même sujet. Or, l'alternance de manifestations pathologiques sur le même appareil est un signe du mode tuberculinique, à l'opposé de l'alternance de troubles cutanés et muqueux dans le mode psorique. 

            Toujours selon D. DEMARQUE, "l'affinité du bacille de Koch pour les surrénales explique la fréquence de l'insuffisance surrénalienne chez les tuberculiniques justiciables de Natrum muriaticum, de Lycopodium et de Marmorek". 

            Il ne faut pas croire que ces données endocrinologiques doivent être ignorées du chirurgien-dentiste. La croissance des maxillaires est influencée à l'évidence par l'hypophyse et la minéralisation des dents par la thyroïde. On constate souvent chez les enfants du type Natrum muriaticum une tendance à l'endognathie bi-maxillaire avec proalvéolie. De plus, l'hypothyroïdie est responsable chez l'enfant d'une gingivite chronique, de polycaries, de parodontite et chez l'adulte, d'une gingivite ulcéro-nécrotique avec alvéolyse, caries nombreuses, notamment des collets. 

L'hyposurrénalisme peut concerner également le chirurgien-dentiste. Notamment et indirectement par le biais de l'anorexie qui, si elle perdurait chez un enfant, pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur la minéralisation de l'os et des dents.  Trois médicaments répondent à cette situation = Sepia et Natrum muriaticum, puis Lycopodium. De plus, dans la maladie d'Addison existe une carence en vitamine C qui peut expliquer le développement d'une gingivite d'aspect scorbutique, que l'on trouve dans Natrum muriaticum. Mais il faut rappeler qu'une véritablement carence d'apport de vitamine C ne se traite pas par homéopathie, mais par apport de la vitamine.
 

Selon Pierre TONNELIER (ancien chef de service de stomatologie de l'Hôpital Sainte-Anne)  la maladie d'Addison s'exprime par trois signes capitaux = la mélanodermie (on en retrouve quelques aspects dans Sepia) + des taches sur les muqueuses (taches brunes, ardoisées ou bleu foncé qui posent le problème du diagnostic différentiel avec l'intoxication par des métaux comme le bismuth, l'argent, les sels d'or, le plomb, sans oublier les taches ethniques) et enfin l'asthénie.


           Enfin, Natrum muriaticum concerne la fonction génitale, avec encore une fois deux aspects opposés = soit des règles en retard et rares, soit des règles en avance et abondantes. Il y a également des modifications de la vascularisation gingivale avant, pendant et après les règles, pouvant expliquer une gingivite cataméniale dont Natrum muriaticum et/ou Sepia peuvent rendre compte. 

4/  La peau de Natrum muriaticum: 

            Les troubles cutanés s'expliquent par la double action de déshydratation par le chlore et d'une tendance catarrhale du fait du sodium. Le résultat abouti à une peau sèche, mais avec ça et là des zones de peau huileuse et malsaine (face, mains, aisselles). 

            Natrum muriaticum est un remède important et fréquent d'acné juvénile (avec des comédons, notamment au front à la limite du cuir chevelu). Cette acné survenant volontiers à l'adolescence peut engendrer ou renforcer une dysmorphophobie, source de complexes, exagérant une timidité maladive, un repli sur soi, des problèmes psycho-sexuels, etc... 

            L'herpès labial ou péribuccal est également une indication importante et fréquente. La localisation exclusivement linguale évoque Zincum metallicum. La localisation génito-anale se rencontre également. Enfin, l'eczéma et l'urticaire sont fréquents et souvent liés à une réaction allergique.  Le dermatologue homéopathe Marcel DENIS a consacré un article aux "Dermatoses de Natrum muriaticum". Il affirme: "Du point de vue dermatologique, si ces manifestations cutanées sont intéressantes, certaines modalités générales de Natrum muriaticum sont à considérer: aggravation au bord de la mer (+++) ou au retour d'un séjour à la mer, aggravation dans la matinée, l'urticaire est aggravé par de grands exercices physiques et toutes les dermatoses par le soleil". DENIS insiste sur l'intérêt de remèdes complémentaires comme ce "petit" remède un peu oublié aujourd'hui Aqua marina. Personnellement nous ajoutons Sanicula aqua qui a de nombreux signes comparables à ceux de Natrum muriaticum dans les cas d'herpès labial tenaces.
 


LES MODALITES GENERALES
:

 Les aggravations

< Par la chaleur (SOLEIL, rayonnante, pièce trop chaude)

< au bord de la mer

< Par la CONSOLATION 

Les améliorations

> en plein air, par les bains froids (en cas de fièvre)

> par le repos ou par le mouvement lent.

 

LA  BOUCHE  DE 
NATRUM MURIATICUM
 

  

D'abord ce que dit la matière médicale:

Grande sensation de sécheresse alors que la bouche reste humide, avec soif, salive profuse (aqueuse et salée). Lèvres sèches et fissurées.

Inflammation, gonflement et saignement de la gencive. Gencive scorbutique.

Aphtes n'importe où dans la bouche ou parfois (rarement) localisés à la langue (seul Zincum metallicum partage cette localisation).

Odontalgies très marquées par le froid.

Langue couverte d'une salive mousseuse, mettant sur ses bords comme un chapelet de bulles.

Langue en carte de géographie. Sensation de cuisson à la langue. Sensation d'un cheveu sur la langue.

Engourdissement avec picotements, démangeaisons au niveau de la langue, des lèvres et du nez.

Goût amer et pâteux.

Désir de sel (par périodes).

Commentaires 

Natrum muriaticum et la gingivite   

  Médicament fréquent de gingivite, souvent banale, prenant parfois un aspect scorbutique, avec des gingivorragies faciles, au moindre contact. ET, quel que soit le trouble, les lèvres sont sèches et fendillées (fissure médiane).  La gingivite débute presque toujours par une sensation de sécheresse de toute la bouche et des lèvres, avec une sensation de brûlure. C'est le stade de la gingivite érythémateuse banale, facilement réversible. Il est logique de penser à Bryonia (début lent, progressif, très grande sécheresse avec soif pour de grandes quantités d'eau froide à de longs intervalles) ou encore Arum triphyllum (lorsque des squames se forment  sur les lèvres que le patient arrache sans cesse jusqu'à se faire saigner).

            Cette gingivite se rencontre volontiers chez des sujets répondant au type sensible = longilignes et maigres. On retrouve le contexte psychique = surmenage intellectuel qui épuise, tendance dépressive, peu bavard, cherche la solitude, veut qu'on lui fiche la paix. A comparer à Phosphoric acid. chez les étudiants particulièrement surmenés ("vidés", diarrhée profuse et sans douleur, perte de mémoire) ou même à Phosphorus en cas d'aggravation brutale.
 

Natrum muriaticum et le problème de la carie dentaire: 

     La matière médicale et le Répertoire de Kent  précisent l'existence de caries mais au degré faible. Il faut rappeler que cette mention ne procède pas de la pathogénésie proprement dite mais de l'expérience clinique des praticiens, troisième source de la matière médicale et certainement pas la moins précieuse.  La carie de Natrum muriaticum est à l'image de celles des sujets réagissant sur le mode tuberculinique = souvent d'apparition et de développement rapide, en quelques semaines, avec une prédilection pour les faces proximales, notamment des incisives. L'apparition de caries peu après l'éruption des dents signifie que leur minéralisation n'a pas été correcte et qu'elles sont particulièrement sensibles aux facteurs cariogènes.

         La matière médicale et le Répertoire de Kent  précisent l'existence de caries mais au degré faible. Il faut rappeler que cette mention ne procède pas de la pathogénésie proprement dite mais de l'expérience clinique des praticiens, troisième source de la matière médicale et certainement pas la moins précieuse.  La carie de Natrum muriaticum est à l'image de celles des sujets réagissant sur le mode tuberculinique = souvent d'apparition et de développement rapide, en quelques semaines, avec une prédilection pour les faces proximales, notamment des incisives. L'apparition de caries peu après l'éruption des dents signifie que leur minéralisation n'a pas été correcte et qu'elles sont particulièrement sensibles aux facteurs cariogènes.

            L'explication est simple. Le mode tuberculinique met en œuvre une accélération brutale des oxydations avec consommation accrue d'oxygène et de minéraux. Ces derniers peuvent manquer aux processus de minéralisation de l'os et des dents. L'ennui est que les troubles de la minéralisation dentaire sont irréversibles. Le rachitisme laisse des traces apparentes chez l'adulte. Ce mode tuberculinique est mis en œuvre plus ou moins souvent, selon les circonstances de la vie. Il est évident que s'il est mis en œuvre très fréquemment, le risque pour les dents augmente d'autant. 

            Alors que peut faire le chirurgien-dentiste homéopathe ? 

            S'il voit un enfant de dix à douze ans, la minéralisation de ses dents est très largement réalisée. Il n'y a pas grand-chose à faire sinon instaurer ou renforcer les mesures hygiéno-diététiques, conseiller des visites fréquentes et à l'évidence traiter les lésions carieuses s'il en existe. Mais il n'est pas inutile de proposer un traitement de fond pour "sauver" ce qui peut l'être, notamment les dents étant encore en train de se minéraliser. 

            Le plus intéressant est de rencontrer un enfant beaucoup plus jeune afin de proposer, le cas échéant, un traitement préventif. Encore faut-il que cet enfant très jeune soit conduit à la consultation en temps utiles. Heureusement, il y a l'herpès labial ou la chéilite ou une gingivite banale qui peuvent motiver une consultation, voire même une langue en carte de géographie !!! Mais dans ce cas, il ne faut pas se tromper. Si l'on trouve l'indication de Natrum muriaticum, même sur des signes discrets, ce qui est fréquent, on doit penser immédiatement au mode réactionnel tuberculinique et se préoccuper de sa prise en charge sur le plan thérapeutique. 

            Malheureusement, la clinique se montre plus nuancée et parfois plus compliquée. Le mode tuberculinique n'est pas le seul en cause, on déplore parfois la mise en œuvre simultanée du mode luétique. Ces deux modes réactionnels associés sont particulièrement néfastes pour la minéralisation des dents. La mode luétique a une affinité particulière pour les vaisseaux et peut perturber la vascularisation des bourgeons dentaires et des maxillaires, expliquant la fréquence des anomalies de forme, d'implantation et les problèmes de croissance qui relève de l'orthodontie. Cette intrication des modes réactionnels explique la nécessité de donner Calcarea phosphorica en alternance avec Calcarea fluorica. Aucun médicament ne doit être rejeté sous le fallacieux prétexte de l'unicisme de la prescription. Il ne s'agit pas là de sémantique ou de respect de principes, mais de donner à un enfant toutes les chances, même "infinitésimales" de réussir la minéralisation de ses dents.
 

Natrum muriaticum et les maladies auto-immunes de la cavité buccale:       

            Pendant longtemps, on a pensé que Natrum muriaticum n'était indiqué que chez l'enfant et chez l'adolescent, ou chez l'adulte jeune. Cependant, force est de constater que l'on trouve souvent l'indication de ce médicament chez des adultes d'âge mûr pour l'aphtose buccale mais également pour le syndrome de Gougerot-Sjögren, ou encore dans les stomatopyrosis.  

            Pour l'aphtose buccale, il n'y a rien de particulier. La matière médicale précise "aphte brûlant" ce qui est inutile car tous les aphtes brûlent, le mot vient du grec "aphtein" qui signifie "brûlant" ! La localisation à la gencive est au degré fort, au degré moyen à la langue. Comme c'est très souvent le cas pour l'aphtose buccale, les signes buccaux passent au second plan, même lors d'une poussée aiguë car Natrum muriaticum est plutôt un remède de fond. 

            Le syndrome de Gougerot est une indiqué plus importante, même si cette affection reste tout de même assez rare. Contrairement à ce que disaient les auteurs anciens, Natrum muriaticum se voit indiqué chez l'adulte d'âge mûr et même chez le vieillard. La sécheresse des muqueuses en général et de celle de la bouche en particulier explique l'indication possible de Natrum muriaticum. La sécheresse oculaire est aussi présente dans la pathogénésie avec une sensation de brûlure, une hyperesthésie de la cornée, des troubles de l'accommodation et une éventuelle dacryocystite. L'action diphasique déjà décrite se retrouve au niveau de l'œil = sensation de sécheresse intense et en même temps larmoiement plus ou moins abondant mais toujours brûlant et âcre. Enfin, plusieurs signes articulaires complètent le tableau de ce syndrome. Ne pas oublier que, quel que soit le syndrome en cause, le choix de ce médicament repose avant tout sur la présence des signes psychiques et généraux. On ne prescrit pas Natrum muriaticum chez un sujet volubile et extraverti ! 

            Il est intéressant de noter ici, et une fois encore, la complémentarité de Sepia, autre remède très important et très fréquent du syndrome de Gougerot. Sepia a une nette tendance à la fixation des troubles sur tel ou tel appareil en corrélation avec une congestion veineuse du petit bassin. Or, le syndrome de Gougerot se rencontre volontiers chez des femmes juste après leur ménopause. La dépression de Natrum muriaticum est encore plus marquée chez Sepia. Petit à petit, les glandes exocrines tendent à la sclérose et Silicea se profile. Il convient de le donner en temps utile afin de palier les conséquences de la sclérose, c'est-à-dire bien longtemps avant l'irréversibilité des troubles. A condition d'en avoir le temps !  

            Il n'est pas toujours facile de distinguer Natrum muriaticum de Sepia, d'autant plus que tous deux sont introvertis, parlent peu, ne se confient pas. Tous deux ont une sécheresse des muqueuses, la sensation de sable sous les paupières, une aversion pour le coït sur le plan affectif et psychique, renforcée par la sécheresse vaginale. 

            Compte tenu de sa matière médicale et de l'expérience clinique des praticiens, il est logique de placer Natrum muriaticum parmi les médicaments les plus importants des maladies auto-immunes, notamment l'aphtose buccale et le syndrome de Gougerot. Il ne faut pas oublier la maladie de Behçet, l'anémie de Biermer, la polyarthrite rhumatoïde le lupus érythémateux disséminé, le pemphigus et la sclérodermie. Du moins au début de leur développement.
 

Natrum muriaticum et les stomatopyrosis

            Affection à l'évidence d'origine psychosomatique, de plus en plus fréquente du fait du mode de vie stressant et de l'augmentation du nombre de personnes vivant seules, la stomatodynie ou encore stomatopyrosis (brûlures dans la bouche) pose un problème délicat. D'abord, le diagnostic n'est pas toujours évident et le diagnostic différentiel encore moins. Le risque est de ne pas mettre tous les moyens en œuvre et de conclure à une origine psychosomatique, passant à côté d'une cause physique réelle. Un argument montre la difficulté =  la plupart de ces patients ont déjà consulté plusieurs praticiens, sans succès et l'échec répété engendre une cancérophobie que des explications claires ne parviennent pas à surmonter. 

            Dans la plupart des cas, la médecine classique utilise les anxiolytiques, qui eux-mêmes ont pour effet secondaire une hyposialie plus ou moins importante, elle-même source de pyrosis ! L'homéopathie a au moins l'avantage de l'absence d'effets iatrogènes, ce n'est pas son moindre mérite. 

            Natrum muriaticum est l'un des principaux médicaments de ces affections dont le point de départ est un facteur psychogène = suites de chagrin, de disparition du conjoint ou de la conjointe, introversion de la peine, peur de la solitude, etc..... Tous ces facteurs psychogènes sont présents dans la matière médicale de ce médicament, à comparer encore une fois à Sepia, tous hautement hiérarchisés, au point que les signes locaux n'ont qu'une importance relative. 

            L'un des écueils avec Natrum muriaticum ou avec Sepia est l'introversion de ces sujets qui, alors qu'ils viennent demander un soulagement, restent très, trop, discrets sur ce qu'ils ressentent sur le plan affectif. Il faut leur "arracher" des précisions, il est donc nécessaire, autant que faire se peut, de créer d'abord un climat de confiance. Il faut surtout éviter les questions trop directes, il faut "biaiser" (dans le bon sens du terme). Surtout, il faut qu'ils ressentent au plus profond d'eux-mêmes qu'enfin, "ce" praticien a compris leur problème. Il faut accorder une grande importance à des petits détails qui n'ont certes rien de déterminant. Mais ces patients anxieux tendent à se fixer sur tel ou tel point, jusqu'à en faire une fixation obsessionnelle. Bref, il faut faire preuve du plus grand doigté. Ensuite, il faut prescrire le remède en hautes dilutions, en commençant de préférence par une 12 ou 15 CH une à trois fois par semaine. Et comme cette posologie peut sembler insuffisante à un patient anxieux, il est souvent nécessaire d'ajouter un ou deux "petits" remèdes d'action purement locale que le patient pourra prendre plusieurs fois par jour, choisis sur tel ou tels symptômes décrit(s) comme gênant par le patient.


 CONCLUSION 

            Ainsi, le banal sel de cuisine se révèle un médicament homéopathique de première importance, ce que l'on appelle un "polychreste". L'ampleur de son action ne peut s'expliquer que sa double action = toxique d'abord, métabolique ensuite. La toxicologie a pu être mesurée par des observations chez des sujets ayant vécu des naufrages en mer et ayant consommé de l'eau de mer ou chez des sujets ayant abusé d'aliments salés. 

            L'action métabolique s'explique sans aucune doute par le rôle fondamental du chlorure de sodium dans le réglage de pression osmotique des cellules, et donc dans les échanges intercellulaires. Il est patent de comparer l'action opposée du chlorure de sodium dont le trait dominant est la déshydratation et du chlorure de sodium avec son imbibition hydrique. 

            Natrum muriaticum et Natrum sulfuricum sont deux médicaments homéopathiques importants, mais indiqués pour des troubles très différents les uns des autres. 

            Natrum muriaticum est l'un des médicaments principaux des troubles relevant du mode réactionnel tuberculinique. Il se voit fréquemment indiqué chez les sujets jeunes dans de nombreux troubles aigus ou subaigus avec, souvent infectieux faisant suite au froid, avec un signe d'appel caractéristique = la sécheresse des muqueuses, comme le complémentaire Bryonia. Cette sécheresse peut rester banale mais il est fort possible que les échanges cellulaires soient perturbés. La première conséquence est la perturbation des processus immunitaires, expliquant sans doute les nombreux syndromes infectieux et l'augmentation des manifestations allergiques ou auto-immunes. Une autre conséquence, lorsque ces troubles infectieux se répètent trop souvent, est la perturbation des mécanismes de la minéralisation du squelette et des dents. On retrouve là la mode réactionnel tuberculinique avec sa consommation excessive de minéraux et d'oxygène.

            On a trop longtemps réduit l'action de Natrum muriaticum à ces seuls troubles alors que l'expérience clinique montre son actualité chez des adultes d'âge mûr.

 

A comparer:

Le chlorure de sodium intervient dans le métabolisme de l'eau, dans le sens de la déshydratation.
C'est Natrum muriaticum
(photo de gauche)

Le sulfate de sodium intervient également dans le métabolisme de l'eau dans le sens de la rétention, de l'hydratation des tissus.
C'est Natrum sulfuricum
(photo de droite)

 

 

 

 


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Dernière modification : 13 novembre 2011