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Un peu d'histoire, romancée ?
Le second mariage d'Hahnemann
 


1835  Samuel HAHNEMANN a 80 ans. Sa vie a été dure, il a connu la misère, de multiples déménagements, des drames, mais il a sans doute au cœur le réconfort d’avoir bâti une grande œuvre. Il s’est fixé à COETHEN  (ou Köthen) en 1821 (photo de gauche). En 1830, sa femme Henriette meurt. On imagine la peine de HAHNEMANN. Elle lui a donné tout de même 11 enfants ! 

                                                Pendant 5 ans, HAHNEMANN vit seul et n’a plus comme horizon que sa maison et la fameuse tonnelle sous laquelle il a écrit le « Traité des maladies chroniques », publié en 1828.  Il occupe son temps à la dernière édition de l’Organon

                                                Mais le destin lui joue un bon tour !             

Un soir d’automne, le 8 octobre 1834, un jeune étranger descend d’une diligence poussiéreuse à Coethen. L’inconnu se dérobe aux regards des curieux. Mais le lendemain, à la grande surprise des présents, une jeune femme que l’on dit délicieuse se présente à l’aubergiste. Elle s’inscrit sous le nom de Mélanie d’Hervilly, venant de Paris. 

Pas d’ambiguïté dans ce travestissement. Il est d’usage courant à cette époque où les voyages n’étaient pas sûrs que des jeunes femmes se camouflent sous un costume masculin afin d’écarter les importuns.
 


Mélanie appartient à une famille d’aristocrates dont le chef en cette fin du 18° siècle est le comte Louis-Charles d’HERVILLY. Il s’est illustré dans la guerre d’Amérique, ce qui lui vaut d’être nommé colonel et ensuite commandant la Garde constitutionnelle de Louis XVI. Du 20 juin au 17 août 1792, il défend autant que possible la famille royale et doit par la suite s’exiler en Angleterre. Il fait partie de l’expédition de Bretagne, débarque à Quiberon mais il est grièvement blessé et meurt des suites de ses blessures. Durant la Terreur, il était pour le moins périlleux de porter un titre nobiliaire, aussi un proche parent, Joseph-Aimé d’Hervilly gagne l’Angleterre. Ce Joseph-Aimé se marie en Allemagne et une petite fille naquit à Bruxelles en 1800. Elle est appelée Marie-Mélanie. 

            Mélanie passe sa jeunesse à Paris mais souffre de la jalousie de sa mère. Elle quitte ses parents très jeune pour voler de ses propres ailes. Elle devient  artiste-peintre et connaît une certaine renommée. On la dit éprise d’idées neuves et généreuses, fort intelligente, femme de cœur et du monde. Seulement voilà, au cours de l’année 1834, elle tombe malade. . On parle de langueur (dépression ?) ou de phtisie (tuberculose). Après maints échecs thérapeutiques, elle entend parler de l’homéopathie et décide d’aller consulter le grand Maître à Coethen. 

            Quand elle pénètre dans le cabinet d’Hahnemann qui, bien que retiré de la pratique médicale, avait accepté de la recevoir, elle tremble d’émotion de se retrouver en présence de ce grand médecin dont la réputation était quasi universelle. Vêtue à la dernière mode, l’élégante parisienne, poudrée et parfumée, fit une réelle impression sur Hahnemann. Le vieillard de 80 ans aux boucles blanches accueillit la jeune parisienne avec une courtoisie inaccoutumée.  C’est que Mélanie connaissait toutes les ficelles de la séduction, elle était intelligente, racée, rompue aux usages mondains. Un courant de sympathie s’installe aussitôt entre eux. Peut-on parler de coup de foudre réciproque ? Mélanie décrit ainsi leur première rencontre : « Il bavarda longtemps avec moi, sa physionomie caractéristique éveilla en moi une étonnante admiration. Sa perfection morale, son intelligence sublime, toute l’excellence de cet homme, comme je n’en ai jamais rencontré, me captiva ». Quant à Hahnemann, bien que ne mesurant que 1,51 m, ayant un regard bleu pénétrant, il fut séduit par cette jolie jeune femme et fut flatté de lui donner ses soins. Sous le charme, il déploya la séduction de son esprit en un bavardage plaisant et spirituel, d’autant plus aisément que son élégante visiteuse lui donnait la réplique avec une égale subtilité. 

            Qu’y a-t-il de vrai dans ces lignes ?  Les narrateurs n’ont-ils pas enjolivé les faits ?  

            Ils ajoutent que Mélanie était passionnée de médecine. Aussi fut-elle une consultante attentive. On raconte qu’un jour ; elle eut l’occasion de lire quelques pages de l’Organon et qu’elle fut séduite par la logique des idées exprimées, par leur enchaînement, par leur unité. Elle décida d’approfondir ses connaissances. En même temps, Hahnemann était heureux de rompre sa solitude, Mélanie venait chaque jour, ils bavardaient de tout. Mélanie lui conta sa vie dans tous les détails. Ainsi petit à petit, pendant les longues soirées de l’hiver 1834, le médecin et sa jeune malade et admiratrice, partagèrent leurs souvenirs, de longues conversations, l’intérêt pour les livres dont la pièce était remplie. Le vieillard solitaire semblait vivre une nouvelle page de son existence. Il avait 80 ans, elle seulement 30 !           

            On raconte que Mélanie, convaincue des bienfaits de l’homéopathie, portée par l’amour qu’elle ressentait pour Hahnemann, malgré la différence d’âge, était profondément blessée par les attaques, les railleries, les menaces dont le grand Maître était l’objet. « Elle voulait prêter son concours à l’achèvement de l’œuvre entreprise, consacrer son activité à la propagation de la doctrine salutaire et surtout placer l’illustre médecin dans un cadre digne de sa grandiose mission » (Dr Georges THOURET). Pour servir la cause comme elle le souhaitait, un moyen a surgi dans son esprit = le mariage et le départ pour Paris. 

            Bien entendu, on ne connaît pas les arguments mis en avant pour convaincre Hahnemann, mais au grand étonnement de ses proches, il accepta l’incroyable ! Toutes les questions d’âge, de religion, de familles, furent aplanies. La famille de Mélanie fut mise au courant au dernier moment. Mais la famille d’Hahnemann  n’accepta pas ce mariage, d’autant plus que plusieurs enfants d’Hahnemann étaient plus âgés que la future mariée. Pour écarter tous soupçons d’intérêt, Mélanie exigea et obtint, avant le mariage, qu’Hahnemann fit donation de tous ses biens à ses enfants.  

            Le mariage est ainsi célébré le 18 janvier 1835 à Coethen par un prêtre catholique. Puis Hahnemann fit ses adieux à ses proches, se recueillit une dernière fois sur la tombe de Henriette, sa première épouse. Mélanie entourait son illustre époux de soins presque maternels. Il semble qu’Hahnemann vivait entièrement sous l’influence de sa jeune épouse. Mais au bout de six mois, la vie à Coethen commença à peser pour Mélanie. Elle proposa à son mari le voyage à Paris en arguant qu’en France, il pourrait parachever son œuvre, qu’il y trouverait la reconnaissance de son immense mérite. 

            Quand les habitants de Coethen apprirent l’imminence du départ, ils tentèrent de s’y opposer. Hahnemann laissa entendre que ce départ n’était pas définitif, qu’il allait seulement à Paris pour régler quelques affaires familiales.  Ainsi, les nouveaux époux quittèrent-ils la petite ville dans la nuit du 7 juin 1835, dans une berline ayant les rideaux tirés. Les amis les plus proches les accompagnèrent jusqu’à Halle où eut lieu un dernier repas d’adieu que l’on imagine particulièrement émouvant.
 

HAHNEMANN ET MELANIE
A PARIS

             Le 21 juin 1835, le couple arrive à Paris et s’installe dans l’appartement de Mélanie, au 26 de la rue des Saints-Pères, face à l’actuelle Faculté de médecine. Une plaque rappelle ce souvenir. Mais cet appartement était trop exigu et le couple emménage dans un appartement plus vaste, face aux Jardins du Luxembourg, Rue Madame.  

Plaque apposée sur la façade du 26, rue des Saints-Pères à Paris, en face de la faculté
de médecine

(Photo = site Homéopathie internationale)

            HAHNEMANN était attendu avec impatience par ses partisans. L’homéopathie était pratiqué dans la capitale, elle avait été introduite en France par le comte Sébastien des Guidi. Il existait déjà une société médicale homéopathique, créée en 1832 = « La Société Gallicane d’Homéopathie ». Cette même année le premier journal d’homéopathie en langue française était créé = la « Bibliothèque homéopathique ».  

            Il est donc logique qu’HAHNEMANN ait reçu un accueil des plus cordiaux de la part des quelques médecins homéopathes de Paris. 

            On trouve dans la seule revue de cette époque, une lettre de bienvenue du Dr Peschier : 

            « Dieu soit loué ! Notre vénéré Maître est arrivé à Paris. Il semble décidé à rester près de nous, afin de propager sa doctrine par les mots et les actes. Il espère être bientôt en mesure de créer un hôpital homéopathique avec le secours d’une souscription. Que tous ses disciples français s’associent à cette entreprise. La Société d’homéopathie parisienne présente ses hommages déférents au Maître qui possède la haute estime et l’admiration de tous ».
 


(Photo Wikipedia)

            Malgré son grand âge, malgré sa renommée, et sur les conseils de Mélanie, Hahnemann dut demander l’autorisation d’exercer en France. Encore à Coethen, Hahnemann avait demandé par écrit au Ministre de la Santé publique d’accueillir avec bienveillance la création d’un hôpital homéopathique à Paris. Mais cette requête est restée sans réponse ! D’abord sans doute en raison de la situation politique de la France. Ensuite sans doute à cause de l’hostilité de l’Académie de médecine qui a émis un avis défavorable. Mais peu après le Ministre de l’Education publique, François GUIZOT (1787-1874) se montra plus ouvert et refusa la requête de l’Académie de médecine demandant l’interdiction d’exercer la médecine pour Hahnemann. On connaît la fameuse réponse du ministre : 

 


             « Hahnemann est un savant de grand mérite. La science doit être libre pour tous. Si l’homéopathie est une chimère ou un système sans valeur utilitaire, elle tombera d’elle-même. Si elle est, au contraire, un progrès, elle se répandra en dépit de vos mesures de préservation et l’Académie doit le désirer avant tout autre, elle qui a mission de faire avancer la science et d’encourager les découvertes ». 

            Comme le ferait sans doute aujourd’hui la revue « Sciences et Vie », une revue de ce temps, justement appelé « Le temps », ironisa sur la décision du ministre GUIZOT en ces termes : 

            « Les homéopathes ont le dernier mot. Monsieur Hahnemann reçoit l’autorisation d’exercer son art de donner ses remèdes et de faire école. C’est un doctrinaire aussi bien que Monsieur Guizot. Sa doctrine consiste en ce qu’il prescrit les médicaments à ses patients en doses aussi petites que le ministre doctrinaire donne la liberté au pays.

            On dit aussi que le nouveau médecin vend chèrement ses conseils, on parle de dix louis d’or le tarif d’une consultation. Il est évident que dans cette méthode de traitement les extrêmes se rencontrent ». 

            Pendant des mois, les querelles s’enveniment. L’Académie revient sans cesse à la charge, les journaux et revues s’en mêlent. Les homéopathes prient Hahnemann d’y répondre et l’on sait combien il avait la plume acerbe et la dent dure. Mais Hahnemann refuse de s’engager sur cette voie, car il n’est que l’hôte de la France. De plus Mélanie propose une stratégie plus subtile et plus intelligente. Elle use de ses relations mondaines dans l’aristocratie parisienne pour attirer une clientèle aisée sur le plan matériel et influente sur le plan politique et social. Pour compenser, Hahnemann donne de nombreuses consultations gratuites pour les malades nécessiteux. 

            Hahnemann découvre à Paris une vie mondaine qu’il n’avait jamais connue. Il roulait carrosse, paraissait aux premières des spectacles, soupait dans les restaurants à la mode, allait aux concerts. Hahnemann et Mélanie quittent la rue Madame et s’installent dans un grand appartement, au 1, rue de Milan, qui sera décoré d’une manière somptueuse avec des domestiques en livrées. Et pris dans cette vie mondaine trépidante, Hahnemann néglige quelque peu ses enfants. Leurs rapports deviennent espacés, ils se bornent à l’échange de quelques lettres aux anniversaires et aux fêtes de fin d’année. 

            1839 est l’occasion de fêter le soixantième anniversaire du doctorat de Hahnemann par une somptueuse soirée avec orchestre, chanteurs, danseuses, personnalités en vue. 

            Parallèlement à cette vie mondaine, Hahnemann consacre beaucoup de temps aux consultations. Bien qu’intellectuellement encore en pleine forme, Hahnemann n’en était pas moins un vieillard qu’il fallait ménager. Il consultait confortablement assis dans un fauteuil et Mélanie l’assistait, posait directement les questions, notait les réponses, proposait même l’ordonnance. Ainsi petit à petit, elle devint une experte en homéopathie.   Selon un chroniqueur de l’époque, Mélanie était « une brillante parisienne qui savait être à la fois femme du monde, maîtresse de maison, amie attentionnée et tendre conseillère ». C’est en grande partie à elle que l’on doit l’essor prodigieux de l’homéopathie en France et la renommée inouïe d’Hahnemann.  

            Ainsi se sont passées les dernières années d’Hahnemann, tendrement entouré et secondé par Mélanie et quelques amis proches. Il consacre encore quelques forces à la rédaction des dernières éditions de ses deux ouvrages principaux (« l’Organon de l'Art de guérir » et le « Traité des maladies chroniques »), qui seront publiées post-mortem.

            Au cours du mois d’avril 1843, le vieux Maître tombe malade, d’un catarrhe bronchique dit-on, qui vint à bout de sa robuste constitution. Hahnemann est isolé pour lui ménager la plus grande tranquillité. Il se soigne seul au début puis se confie aux bons soins d’un des ses élèves, le Dr Chartran. Mélanie prévient les filles d’Hahnemann de l’état inquiétant de leur père. Le 2 juillet 1843, Hahnemann cesse de vivre à 5 heures du matin. C’est Jahr, l’un des premiers collaborateurs d’Hahnemann, qui alla déclarer le décès à la mairie. Le corps est embaumé, mais le cercueil n’est pas scellé hermétiquement malgré les conseils de l’embaumeur, le Dr Gannal. C’est seulement le 11 juillet que le corps est transporté au cimetière de Montmartre, accompagné de très peu de participants. Une seule des filles d’Hahnemann était présente, Amélie. Il n’y avait non plus aucun prêtre, ni aucun homéopathe car Mélanie n’avait prévenu personne !  On se perd en conjectures sur la volonté de Mélanie de refuser une cérémonie plus éclatante ! Elle a refusé également et par la suite à quiconque de s’occuper de l’entretien de la tombe et il semble qu’elle l’a très mal entretenue elle-même. Pourtant, elle a rejoint son époux dans le même cimetière, elle est morte le 27 mai 1878, à l’âge de 73 ans.

            Cette attitude de Mélanie lui valu beaucoup d’animosité de la part des médecins homéopathes de Paris. Ils lui firent même un procès pour exercice illégal de la médecine, qu’elle perdit, car elle avait continué à donner des consultations d’homéopathie.

Hahnemann sur son lit de mort

 

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Dernière modification : 13 novembre 2011