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LYCOPODIUM

CLAVATUM


            La poudre de lycopode est insipide, inodore et pratiquement sans action médicinale au point qu'elle a été longtemps utilisée pour enrober les pilules ou les comprimés de certains médicaments. On l'a utilisée aussi comme du talc. 

            En homéopathie, on utilise les spores de Lycopodium clavatum = elles sont écrasées au mortier et la teinture-mère est préparée au titre alcoolique de 90%. 

            "Lycopodium" signifie "pied de loup" (de "podia = pieds" et "lycos = loup"). "Clavatum" vient de "clava" = massue" en raison sans doute de sa forme. 

            La première pathogénésie a été réalisée par Hahnemann et publiée dans son "Traité des maladies chroniques" (1828) (mais j'ai eu beau chercher et rechercher dans ce livre, je n'ai rien trouvé, du moins dans la traduction de Pierre Schmidt)!

 

LA MATIERE MEDICALE DE
LYCOPODIUM CLAVATUM

  

I – LES CIRCONSTANCES ETIOLOGIQUES

·   Suites de colère, de vexations, de peurs

·   Après des abus de tabac, de vin

·   Après absorption d'huîtres, d'oignons. 

Commentaire: 

     Dans l'ouvrage "Pharmacologie et matière médicale homéopathique" (Editions Boiron, 1993), il n'y a aucune mention du moindre facteur étiologique !  

     On peut cependant, s'étonner de la banalité des facteurs étiologiques cités ci-dessus en regard de l'importance de Lycopodium dans la Matière médicale. Effectivement, ils ne sont que des épiphénomènes occasionnels car le plus important se retrouve dans l'anamnèse = on ne devient pas Lycopodium du jour au lendemain, car ce médicament est indiqué essentiellement pour des affections chroniques évoluant progressivement à la suite d'une insuffisance hépatique acquise, avec toutes ses conséquences sur l'appareil digestif et dans les troubles de l'élimination et de la nutrition générale.

             Pour Lycopodium dans les affections chroniques, deux modes réactionnels jouent un rôle déterminant = le mode tuberculinique (en particulier chez l'enfant) et le mode psorique chez l'adulte sédentaire. Ces problèmes seront explicités plus loin dans un chapitre à part.
 

II – SIGNES ET SYMPTOMES PSYCHIQUES

            “Le psychisme de Lycopodium est un des plus intéressants de toute la Matière médicale. C’est un des plus complexes, un des plus secrets aussi, et pourtant il se laisse pénétrer pour peu qu’on l’observe avec attention, avec patience et surtout avec compréhension, avec affection, sinon avec amour” Pierre JOLY (Annales Homéopathiques Françaises - 1974 n°8). 

            Signes alternants d’irritabilité et de dépression:

  1. Irritabilité = coléreux, irritable, intolérant à la contradiction, mauvaise humeur < au réveil, à la vivacité intellectuelle menant à l’autoritarisme.
     
  1. Dépression = peureux, émotif, anxieux, manquant de confiance en lui, à la mémoire défaillante, devient avare, mélancolique avec larmes faciles.    
        

 

            Pierre JOLY (1928-1992) a bien décrit ce sujet: “Misanthrope parce qu’il aime les Hommes, solitaire parce qu’il en a peur, se rejetant lui-même plus qu’il n’est rejeté, se réfugiant dans l’isolement qu’il craint... Il ne veut pas partager puisqu’il se sent supérieur aux autres, mais cet être dur n’a dans son gant de fer qu’une main de velours”.

 

            Ce qui frappe tous les auteurs = la vivacité de l'esprit et de l'intelligence contraste avec une faiblesse physique.

 
III – SIGNES GENERAUX

·   Tendance aux affections chroniques d’évolution progressive avec insuffisance hépatique, troubles digestifs (flatulence abdominale inférieure), troubles des éliminations (taches jaunes temporales, sable rouge non adhérent dans les urines = contraire => Sepia, le tout aboutissant à une atteinte nutritionnelle (émaciation pire à la partie supérieure du corps avec gros abdomen). 

·   Tendance sclérogène plus ou moins précoce selon le mode de vie = les temporales sont sinueuses, saillantes et sclérosées précocement. 

·   Triade réactionnelle thermique = Frilosité mais < par la chaleur et > au grand air. Mais certaines douleurs sont améliorées par la chaleur. 

·   Désir de sucreries, de sucre, d’huîtres (pourtant mal tolérées). Dégoût du pain, de la viande, des aliments chauds.  FAIM VORACE MAIS VITE RASSASIEE. Faim la nuit avec sensation de faiblesse. 

·   Sécrétions et excrétions denses, visqueuses, très acides (sueurs, urines...). 

·   Très mauvaise humeur au réveil. Somnolence le jour < à 16 heures. 

·   Douleurs brûlantes, crampoïdes, coupantes avec engourdissement et ankylose > au mouvement. Sensation de froid glacial localisé. Un pied froid, l’autre chaud. 

·   LATERALITE DROITE. Les troubles évoluent de droite à gauche => cette seule modalité peut justifier la prescription de Lycopodium dans l'angine.


Les sensations =

o       De faim vite rassasiée

o       De plénitude après la première bouchée

o       De ballonnement et de gêne au niveau de la ceinture

o       De brûlure entre les omoplates

o       Un pied chaud, l'autre froid.

 




Dessin = Dr Nowak et N'Guyen

IV – MODALITES GENERALES: 

Aggravation: 

·   Entre 16 heures et 20 heures

·   Au réveil

·   Par la chaleur, malgré la sensation générale de froid = < par la chaleur d'une pièce ou par la chaleur provoquée par un exercice musculaire.

·   Par la contradiction qui est aussi une cause fréquente de colères 

Amélioration: 

·   Air frais (sur le plan général et local = prurit)

·   Par les boissons et les aliments chauds (pour les troubles dyspepsiques)

·   Par le mouvement lent
 

V – LES PRINCIPAUX SYMPTOMES LOCO-REGIONAUX:

 Les troubles digestifs: 

·   Troubles dyspeptiques = flatulence, pyrosis, dyskinésies biliaires. Ne peut supporter la pression des vêtements ou d'une ceinture à la taille (Lachesis)

·   Lithiase biliaire

·   Migraines et/ou céphalées d'origine digestive.

·   Ulcères duodénaux

·   Anorexie chez les enfants

·   Constipation des nourrissons.

·   Vomissements acétonémiques

·   Les troubles du lipidogramme = élévation des taux de cholestérol et/ou des triglycérides.

·   Faim canine vite rassasiée: le patient se met à table avec un grand appétit, mais après quelques bouchées, il ressent une sensation de plénitude parfois douloureuse. Sensation de faim la nuit, doit se lever – Dégoût pour le pain, pour la viande et pour les aliments chauds.

·   Constipation spasmodique avec des envies fréquentes infructueuses.

·   Hémorroïdes saignantes, formant des grappes dures, bleuâtres, douloureuses.
 

Les troubles uro-génitaux

·   Lithiase urinaire (uratique surtout mais pas exclusivement)

·   Tendance uricémique ou urémique, syndrome d'hyperazotémie ou d'insuffisance rénale

·   Prostatisme

·   Impuissance avec désirs conservés

·   Vaginisme ménopausique
 

Les troubles cutanés: 

·   Urticaire chronique +++

·   Eczémas du nourrisson ou de l'adulte = l'eczéma signe facilement au moindre contact, prurit intense amélioré par le frais

·   Dermatoses séborrhéiques, eczématides présternales

·   Lésions fissuraires et hyperkératosique des talons (Antimonium crudum)

·   Peau sèche, ridée, transpiration visqueuse et malodorante

·   Les cheveux grisonnent prématurément et tombent vite = calvitie notable vers la quarantaine, surtout médiane.

·   Taches brunâtres à la région temporale et à l'abdomen

·   Eczéma suintant autour et derrière les oreilles, comme Graphites ou Antimonium crudum
 

Les troubles des muqueuses: 

·   Coryza chronique (sec la nuit, fluent le jour)

·   Angines aiguës itératives, évoluant de droite à gauche

·   Pneumopathies de la base droite.
 


LES SIGNES BUCCO-DENTAIRES


On peut lire dans la "Matière médicale" de J.A. LATHOUD: 

·   Herpès croûteux et pruriant aux commissures des lèvres.

·   Mauvaise haleine, surtout le matin.

·   Sécheresse de la bouche et de la langue mais sans soif (comme Pulsatilla), mais la soif est en fait variable = soif intense ou soif nocturne ou absence de soif. Ce qui domine est la sécheresse de la bouche.

·   Salive salée.

·   Langue sèche, noirâtre, crevassée, douloureuse. Petites cloques, aphtes sur la langue. Langue chargée avec goût acide, exceptionnellement putride, le matin au réveil.

·   Dents jaunâtres. Douleurs dentaires avec enflure de la joue, soulagées par les applications chaudes

      Comme d'habitude, J.T. KENT (1849-1916) propose une multitude d'autres signes = 156 symptômes pour le chapitre "Bouche" et 54 au chapitre "Dents" ! Nous n'en précisons que les suivants:

·   Aphtes (2°)

·   La langue garde l'empreinte des dents (1°)

·   Haleine comme des oignons (1°)

·   Nodosités dans la langue (1°)

·   Ulcérations de la gencive (2°) et de la langue (2°)

·   Grincement des dents (2°)

·   Mobilité des dents (2°)

·   Gencive scorbutique (2°) 

 

Commentaire: 

            Malgré la banalité de tous ces symptômes,  Lycopodium est pourtant, à notre avis, un très grand remède de stomatologie. C'est ce que nous nous proposons de démontrer dans les chapitres suivants car c'est avant tout le contexte général qui valorise la pathologie bucco-dentaire.
 

LYCOPODIUM ET SON DENTISTE
 

             Pour quelles raisons bucco-dentaires voit-on des sujets Lycopodium dans notre cabinet dentaire, en respectant, comme Roland Zissu, les âges de la vie. Mais auparavant, il nous semble utile de rappeler les points suivants qu'il faut garder à l'esprit: 

Lycopodium assimile mal = la cause en est l'insuffisance hépatique, soit précoce selon l'hérédité (chez l'enfant = parents réagissant sur le mode psorique ayant déjà eu besoin de Sulfur, de Lycopodium, de Sepia, voire même de Psorinum ou sur le mode tuberculinique ayant alors eu besoin  de Natrum muriaticum ou Silicea, voire de Phosphorus – ou enfant brévilignes type Calcarea carbonica avec ses problèmes hépato-digestifs liés le plus souvent à l'intolérance au lait). Soit acquise = le cas le plus typique est celui d'un sujet en équilibre de santé qui se décompense par un mode de vie très défavorable dont la sédentarité  et les erreurs alimentaires. L'indication de Lycopodium apparaît alors dans un contexte hépato-digestif avec la congestion veineuse, les perturbations progressives des constantes biologiques. 

Lycopodium élimine mal = plusieurs tableaux cliniques sont possibles selon le degré des troubles et l'état des organes d'élimination. A l'évidence, la muqueuse buccale participe aux éliminations et dans cette optique, une banale gingivite ou une aphtose itérative prennent valeur de sonnette d'alarme, comme pour Nux vomica ou Sulfur

Le nourrisson Lycopodium:

 

       D'une manière générale, le chirurgien-dentiste ne voit qu'exceptionnellement un nourrisson à sa consultation, sauf parfois (mais rarement) pour une poussée dentaire. Nous avons vu quelques cas d'aphtoses buccales, un cas de mycose.

 

 

         Un point mérite un bref commentaire = les troubles digestifs du nourrisson peuvent désorganiser l'absorption intestinale des minéraux qui peuvent manquer aux dents en cours de minéralisation. Il faut y penser et attirer éventuellement l'attention des parents. Il y a aussi le problème de l'anorexie mentale qui aboutit aux mêmes troubles de la minéralisation. 

            Le pédiatre note quelques signes  = le bébé apparaît vieillot (peau ridée et jaunâtre) – Rhume dès les premiers jours avec obstruction nasale, gênant le sommeil – Présence de sable rouge dans les urines (taches dans les couches) – Déjà un pied est chaud, l'autre froid (le gauche).      

            Chez ce nourrisson, les problèmes digestifs sont au premier plan =    flatulence abdominale après avoir mangé, distension de l'estomac non améliorée par les rots, régurgitation des biberons longtemps après la tétée, coliques les trois premiers mois, crampes entre 16h et 20h, le tout expliquant la caractère difficile! Viennent ensuite, des problèmes respiratoires = obstruction nasale, troubles ORL (l'adénoïdectomie se montre sans effet). Plus gravement, des pneumopathies peuvent se voir. Enfin, il y a les problèmes cutanés (montrant que ce nourrisson élimine mal = eczéma sec ou suintant (symptôme-guide = derrière les oreilles). 

            A noter que ces problèmes sont favorisés ou aggravés par la dentition et/ou les vaccinations.

Pour clore ce chapitre:

 

Voici une réflexion de Jacqueline Barbancey "Il y a, dans le regard de ces petits  Lycopodium, une précoce dignité qui arrête net les "guili-guili" bêtifiants des adultes et leur rappelle qu'ils ont en face d'eux, non un "objet", mais une "personne, et cela met, parfois, une curieuse gêne autour du berceau".

L'enfant Lycopodium

            Cet enfant a pratiquement toujours des problèmes avec son foie, même s'ils sont encore très discrets, et donc difficiles à mettre en évidence, surtout pour le chirurgien-dentiste. L'attention doit être attirée par les signes suivants: 

  1. Le ventre un peu trop gros.
  2. L'anorexie (à comparer à Sepia).
  3. La dyspepsie flatulente avec de mauvaises digestions. Intolérance aux oignons et/ou aux huîtres, aggravation par les coquillages.
  4. La constipation avec des besoins inefficaces et sur ce fond, la diarrhée par le lait (à moins que cet aliment ne soit banni de l'alimentation).
  5. Crises d'acétone (penser à Senna).
  6. Nausées en allant en voiture avec vomissements faciles (surtout si on le contrarie).

            Comme cet enfant "hépatique" élimine mal, certains troubles apparaissent et semblent durer plus longtemps (surtout en comparaison avec un enfant Sulfur). L'enfant est frileux (nous sommes dans la suite Calcarea carbonicaLycopodiumPsorinum) avec souvent de nombreux bémols à la clé ! 

            La peau est sèche et tous les auteurs décrivent un aspect vieillot du visage. La sécheresse des muqueuses explique que le nez soit souvent bouché (coryza chronique). Il existe une tendance aux hypertrophies des végétations adénoïdes et/ou des amygdales, d'où des rhinopharyngites à répétition, favorisées par le froid, surtout humide (toujours Calcarea carbonica). Il y a aussi une tendance aux otites. 

            Enfin, il n'est pas rare que cet enfant souffre de troubles urinaires = urines abondantes, lithiase urinaire. Lorsque l'on avait l'habitude d'uriner la nuit dans un pot de chambre, on pouvait constater un sédiment rouge brique dans les urines. 

            Le comportement psychique est forcément influencé par ces désordres hépato-digestifs. L'enfant est nerveux, émotif, irritable, autoritaire, grognon, surtout au réveil. Il faut en tenir compte surtout à l'école et au cabinet dentaire. Comme il s'agit d'un enfant plus intelligent que la moyenne, il faut capter sa confiance en s'adressant justement à son intelligence et non le traiter comme un enfant attardé.  

Pour quelles raisons cet enfant consulte-t-il son chirurgien-dentiste ? 

            On pourrait dire très banalement pour "des caries dentaires" (2° degré dans le Kent) ou pour des douleurs dentaires. Mais cela n'avance à rien car de très nombreux remèdes ont des caries et tous les patients ayant des caries ne méritent pas de traitement homéopathique particulier ! 

            On les voit le plus souvent par l'herpès labial, en particulier au niveau des commissures labiales, évidement à droite le plus souvent et pour des aphtes récidivants au niveau de la gencive ou sur la langue, notamment à la pointe, parfois au palais.
 

            Citons encore et cette fois plus longuement Jacqueline BARBANCEY (1920-1995) sur le comportement psychique de l'enfant Lycopodium car nous avons affaire à lui quelquefois au cabinet dentaire.

 

 
            "Arrivé au premier degré de sa vie scolaire, notre sujet va faire l'apprentissage de la sociabilité. Le grand souci d'un tel enfant est d'observer ce qui se fait, afin de n'être ni étonné, ni ridicule, mais il n'a ni l'obéissance soumis des petits carboniques, ni la docilité rêveuse des petits phosphoriques ou l'espièglerie de SULFUR. Il admet la discipline (car il a, d'instinct, un certain goût de l'ordre et de l'autorité) mais pour autant qu'il l'estime (ou la sente) juste et logique. C'est dire que les occasions de conflit seront fréquentes au cours de la vie scolaire du petit Lycopodium: opposant, entêté, dans se petite enfance ou si ses facilités intellectuelles le servent mal, il sera, plus tard ergoteur, insolent parfois, la terreur des surveillants maladroits par l'injustice pour autrui que pour lui-même.

            Ses relations avec les enfants de son âge ne sont pas plus faciles car ses contradictions caractérielles ont tôt fait d'y apparaître: susceptibilité qui fait de lui un mauvais joueur, détestant perdre, alors qu'il a souvent le goût d'organiser, voire de commander – besoin d'isolement fréquent qui lui fait rompre brusquement, sans souci d'autrui, une activité de groupe dont il est las.

            Par contre et, évidemment, dans la mesure où il est bien doué intellectuellement, l'étude est pour lui l'occasion de satisfaire ses curiosités, d'exercer son esprit logique. Aussi, les mathématiques le séduisent-elles presque toujours, parfois aussi l'histoire. Quand ses capacités le lui permettent, c'est un élève brillant, surtout s'il est ambitieux, ce qui n'est pas rare; alors, les plus espoirs lui sont permis. Moins régulièrement doué, ou assez instable, à moins qu'il ne soit buté ou révolté, il est capable de refuser tout effort, de s'installer bon dernier, quitte à narguer parents et maîtres, découragés, ou décrochant, quand il s'y décide, une première place".
 

L'adulte devenu "Lycopodium":

             Il faut rappeler encore une fois que tout découle de l’atteinte hépatique et tous les troubles se manifestent progressivement et s’aggravent vers une dénutrition générale. Il se passe donc du temps entre les premières atteintes facilement réversibles et les troubles graves. C’est ce que l’on constate également au niveau des dents et de leurs tissus de soutien. 

            L'histoire d'un sujet devenu Lycopodium commence par un adulte jeune, en parfait équilibre de santé. Certes il a eu dans sa jeunesse puis à l'adolescence quelques petits ennuis de santé, mais très banals et vite surmontés = maladies éruptives de l'enfance, vite guéries et suivies d'une longue période de bonne santé. Quelques-uns ont présenté un eczéma dans l'enfance ou quelques éruptions de "boutons de fièvre" épisodiques ou d'aphtes buccaux itératifs. D'autres ont souffert de véritables furoncles très douloureux. A l'adolescence on retrouve souvent une acné inesthétique combattue à force de pommades le plus souvent inefficaces, jusqu'au jour où enfin une nouvelle pommade a fait miracle = plus d'acné. 

            Les problèmes de santé commence en fait quelques années après le début de la vie professionnelle, surtout dans les professions sédentaires sans compensation par une hygiène de vie adaptée = alimentation équilibrée, pratique sportive. De temps en temps, en particulier après une période d'excès de table, les premiers signes hépato-digestifs apparaissent, vite résolus par quelques jours de diète ou de régime.  

            A ce stade-là, on ne pense pas encore à Lycopodium, mais plutôt à Sulfur, pour peu à l'évidence que ce patient consulte un homéopathe.  

            Au début, les signes bucco-dentaires évoquent un autre médicament, notamment NUX VOMICA = gingivite banale, gingivorragies abondantes (le foie joue un rôle capital dans les mécanismes de la coagulation), ou encore aphtose buccale périodique. Les signes concomitants restent très banals: sécheresse buccale avec absence de soif (signe inconstant, en tout cas pas aussi caractéristique que dans PULSATILLA), dysgueusies (goût amer, de fromage, de moisi). Les troubles digestifs qui précèdent ou accompagnent les troubles bucco-dentaires  évoquent également NUX VOMICA: dyspepsie flatulente, pyrosis, distension abdominale (même s’il mange peu), sensation de plénitude, constipation avec besoins inefficaces, défécation souvent douloureuse par constriction spasmodique de l’anus ou présence d’hémorroïdes procidentes et douloureuses (< au toucher, assis et > par un bain chaud), on ne retrouve pas l’antipéristaltisme, ou du moins aussi prononcé que dans NUX VOMICA. Mais LYCOPODIUM a une faim vorace vite rassasiée que n’a pas NUX VOMICA, de même qu’une faim nocturne (qui annonce sans doute PSORINUM et que l’on retrouve aussi dans PHOSPHORUS, autre « grand » remède du foie). Au début, il n’est pas facile de distinguer ces deux remèdes car les signes ne sont pas très différenciés. Progressivement, les différences apparaissent: NUX VOMICA est aggravé juste après le repas, avec besoin de desserrer sa ceinture, besoin de faire une sieste qui améliore. LYCOPODIUM est aggravé deux ou trois heures après le repas, entre 16h et 20H, période de la digestion qui fait participer le foie. 

            Dans une deuxième période, l’état général se trouve atteint, comme d’ailleurs les troubles digestifs et bucco-dentaires: éructations et brûlures intenses,  ulcère gastro-duodénal, dyskinésie biliaire pouvant aller jusqu’à la lithiase ou à la colique hépatique, gingivite ulcéreuse avec parodontopathie, herpès croûteux et pruriant des commissures labiales, éruptions vésiculeuses dans la bouche.



            Enfin, dans un troisième tableau, l’aggravation est manifeste aussi bien sur le plan général qu’au niveau des différents appareils. Le sujet tend à maigrir mais garde un gros ventre, l’asthénie physique apparaît et contraste durant une période plus ou moins longue avec un intellect conservé. Les constantes biologiques sont perturbées: acide urique, urée, cholestérol, acides gras, triglycérides, etc... L’appareil rénal et génital n’échappe pas: lithiase urinaire, coliques néphrétiques, urines avec dépôt de sable rouge non adhérent, acétonémie avec vomissements, prostatisme, impuissance avec désirs conservés, etc...  Sur le plan bucco-dentaire, la maladie parodontale domine et surtout s’aggrave

            LYCOPODIUM correspond progressivement à un mode psorique devenant de moins en moins efficace, ce que l’on peut résumer en quelques termes: LYCOPODIUM élimine mal car ses émonctoires sont devenus insuffisants. De ce fait, LYCOPODIUM assimile mal et la dénutrition le guette. La peau reflète les difficultés éliminatoires: urticaire chronique du fait du rôle du foie dans la fonction anti-toxique, eczéma qui saigne au moindre contact, dermatoses séborrhéiques et lésions fissuraires et hyperkératosiques.


            L’intellect se trouve ensuite atteint (difficulté de concentration, perte de la mémoire, erreurs en parlant ou en écrivant...), de même que le comportement. On a souvent dit, et à juste titre, que LYCOPODIUM présente deux tendances opposées: une hypersensibilité avec émotivité marquée, besoin avide de tendresse et d’affection, manque de confiance en soi, anxiété chronique avec peurs diverses. 

            Le patient en est conscient et ressent sa sensibilité comme une faiblesse qu’il cache par un comportement orgueilleux, autoritaire, susceptible, irritable avec des colères relativement rares mais violentes, intolérance à la contradiction. De nombreux signes évoquent encore une fois NUX VOMICA, mais ce dernier semble plus instinctif = il réagit d’abord et réfléchit ensuite, tout le contraire de LYCOPODIUM. Tous deux ont un réveil difficile avec mauvaise humeur.

EN CONCLUSION:

 

            Même si la probabilité est excessivement faible, il n'est pas impossible de voir le même jour plusieurs patients ayant besoin de Lycopodium, mais à des stades d'évolution différents. On peut voir un sujet souffrant d'une aphtose buccale banale, sinon qu'elle récidive, que les aphtes se constatent plus volontiers du côté droit. Ou pour des éruptions herpétiques du même côté.

           

           
   On peut voir ces sujets pour des gingivites banales mais également pour des maladies parodontales plus ou moins évoluées. Ce que tous ces patients ont en commun, c'est leur histoire, celle d'un sujet qui se décompense progressivement sous l'effet de plusieurs causes, notamment la sédentarité et une hygiène alimentaire non équilibrée. C'est alors l'histoire classique de troubles hépato-digestifs, épisodiques au début, plus de plus en plus fréquent en même temps que les constantes biologiques se dérèglent. Tous les tableaux cliniques sont possibles, du plus simple et donc du plus réversible au plus compliqué et donc à la limite de la réversibilité, voire au-delà des ces limites. C'est le cas en particulier des maladies parodontales.  C'est l'avantage de l'homéopathie que d'accompagner les traitements chirurgicaux des parodontaphies afin d'en prévenir ou d'en limiter les récidives.

             La posologie ne pose pas de problème au début du fait du fonctionnement encore satisfaisant des émonctoires. Une 7 CH deux à trois par semaine donne de bons résultats. Avec la décompensation, ce médicament devient difficile à prescrire. Il est souvent nécessaire de le faire précéder par des complémentaires d’action ponctuelle, traitement qui revient au médecin.

 

 

 

 
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Dernière modification : 13 novembre 2011