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GRAPHITES

 

 


       En 1810, le Dr Weinhold a remarqué, à Venise, que les des ouvriers fabriquant des glaces utilisaient une substance contre les dartres, la plombagine, charbon minérale, appelé aujourd'hui le "graphite", largement utilisé dans la fabrication des mines de crayon. Cette substance se présente sous forme d'une masse amorphe, bleuâtre, tendre, s'usant par frottement sur le papier, insoluble dans les solvants ordinaires.

           
             
Hahnemann a eu l'idée de la première pathogénésie en 1812. Aujourd'hui, Graphites est préparé à partir du graphite anglais provenant des mines du Cumberland, car il est considéré comme le plus pur. Cependant, il s'agit d'un charbon minéral impur, car il contient d'autres substances, sauf du plomb (!) malgré son nom de "plombagine". Sa structure est proche d'un autre charbon, le diamant. Mais le graphite a une structure plus lâche qui permet l'insertion entre les différentes couches de l'alumine, de la silice, du fluor, du brome et surtout du chlorure ferrique

 

            Georges Hodiamont (1906-1984) explique dans son libre "Homéopathie et physiologie" (Similia – J.B. Baillière, 1983), que deux séries de symptômes dominent dans la pathogénésie de Graphites résultent de l'action physiopathologique des deux constituants principaux: 

·   La présence du charbon en grande quantité donne les signes les plus caractéristiques = diminution des oxydations, encombrement de la circulation veineuse, abondance de déchets carbonés donnant une extrême flatulence et des putréfactions intestinales, avec aggravation par tous les aliments… 

·   La présence du fer explique = l'anémie, encore la diminution des oxydations et donc la frilosité, la pâleur, la constipation. 

·   Cette double présence explique des signes nouveaux = tendance à l'embonpoint, aux ralentissements métaboliques, à l'hypothyroïdie, encombrements par des déchets métaboliques insuffisamment oxydés et donc plus difficiles à éliminer, expliquant ainsi la pathologie cutanée.

GRAPHITES
Sa matière médicale expliquée
selon Henri VOISIN  (1896-1975)

1 -  L'OBESE DEPRIME, FRILEUX et CONSTIPE

            C'est très souvent un adulte qui a eu (et qui a peut-être encore) besoin de Calcarea carbonica. Ce qui signifie = sujet bréviligne, autrefois appelé "carbonique", trapus, ayant toujours été plutôt gros et frileux, ou l'étant devenu progressivement (par accentuation de ses tendances naturelles). Il faut insister sur la progressivité du développement d'un état justiciable de Graphites

            Ce sujet est apparemment robuste, "enveloppé", voire gras, même obèse ! Mais en vieillissant, il peut maigrir. L'homéopathie est une médecine subtile, il ne faut jamais l'oublier. La femme a un aspect "hommasse", masculin. Malgré l'apparente robustesse, ce sont des sujets apathiques. Un examen attentif et une consultation minutieuse montrent que ces sujets sont des intoxiqués chroniques du fait d'un mode de vie défavorable = facteurs étiologiques du mode psorique et/ou du mode sycotique = excès alimentaires, absence d'exercices physiques. Plusieurs indices biologiques montrent une insuffisance des grandes fonctions et des éliminations salutaires, une paresse de la circulation avec des stases veineuses (système porte notamment) et un engorgement lymphatique. 

            En utilisant la langage homéopathique, on peut dire que Graphites est un intoxiqué chronique qui élimine de plus en plus mal et donc présente de nombreux signes de décompensation. 

            Lorsqu'un tel sujet pénètre dans le cabinet dentaire ou médical, on note très vite trois groupes de signes: 

·   Ce sujet est triste, mélancolique, timide, irrésolu, apathique. L'interrogatoire révèle qu'il est paresseux, égoïste et exigeant = ne pense qu'à lui, se concentre sur ses maux, se plaint sans cesse, appréhende toujours un malheur (tous signes qui rappellent Calcarea carbonica). De plus, il est d'une très grande sensibilité, il tressaille au moindre bruit, pleure pour un rien, avec une aggravation par la musique (mais la matière médicale ne dit pas de quelle musique il s'agit. Ce que l'on peut affirmer sans risque d'erreur, c'est qu'il ne s'agit pas du rap, qui fait effectivement pleurer, mais de rage, les gens civilisé, mais qui n'existait pas du temps de l'élaboration des pathogénésies). 

·   Ce sujet est frileux, la diminution des oxydations entraîne un manque de chaleur vitale (tout le contraire de Iodum). Il craint le temps humide et froid, il est sensible au froid extérieur, aime être chaudement vêtu, mais a besoin d'air. Cependant, il craint les fortes chaleurs de l'été ou la chaleur du lit. 

·   La peau est sèche, rugueuse dure, infiltrée et malsaine. Il présente souvent des éruptions croûteuses, laissant suinter un exsudat épais comme du miel, localisées fréquemment autour de la bouche, derrière les oreilles, aux plus de flexion, aux paupières (blépharite fréquente avec les paupières collées le matin), au cuir chevelu, entre les fesses, aux parties génitales. Les ongles sont épais, déformées, cassants, souvent douloureux. Comme Staphysagria ou Antimonium crudum, Graphites a une tendance aux cicatrices dures, prurigineuses et douloureuses, aux productions cornées, aux verrues au bout des doigts.






 

D'une manière générale, ce sujet présente tous les signes cliniques de ce que les homéopathes appellent un blocage émonctorial, ici au niveau de la peau. Mais, le tout ayant progressé lentement, avec des périodes de rémission. Il y a d'abord, retrouvés dans l'anamnèse, des épisodes d'éruptions de vésicules banales au niveau desquelles on trouve souvent un staphylocoque = comme Sulfur et/ou Hepar sulfur = on retrouve souvent, très souvent même ces deux médicaments dans l'histoire de ces malades, à une époque où le mode de vie n'avait pas encore trop décompensé ces sujets, qui n'avaient pas encore la tendance à l'embonpoint, sauf chez les brévilignes du type Calcarea carbonica).

            Puis les éruptions présentent un exsudat épais, mielleux, gluant déjà décrit. Les croûtes se forment sur ces lésions, écailleuses et jaunâtres (toujours le staphylocoque). 

            A noter que ces sujets ne transpirent pas, ou très peu, ou seulement dans des zones limitées (cela annonce Thuya, remède du mode sycotique). Mais la sueur des pieds est fétide, comme dans d'autres médicaments dont SULFUR, CALCAREA CARBONICA ou SILICEA.


2 – LE DIGESTIF ATONIQUE, FLATULENT ET CONSTIPE:
 

            En "descendant" le tube digestif, Graphites a des problèmes avec son estomac:          

1.      Douleurs gastriques brûlantes et crampoïdes (< le matin, par les graisses, à jeun)

2.      Ou des douleurs rongeantes lorsque l'estomac est vide, forçant la malade à manger, ce qui le soulage provisoirement (> par les aliments ou boissons chauds).  

            A un étage plus bas, le niveau intestinal, la FLATULENCE domine: 

1.      Après le repas => éructations fréquentes, rances ou putrides qui ne soulagent pas.

2.      Puis des nausées et/ou parfois des vomissements qui ne soulagent pas.

3.      Distension abdominale avec des borborygmes (besoin de desserrer la ceinture).

4.      Douleurs crampoïdes dans le ventre > en mangeant.

5.      Emissions de gaz toujours abondants et souvent fétides. 

            Le FOIE est dur, hypertrophié et douloureux => c'est l'une des expressions de la stase portale.

 

            La CONSTIPATION est de règle = le malade ne va que rarement à la selle, car il n'en a pas envie. Les selles sont dures, grosses ou formées de petits morceaux enrobés de mucosités épaisses. A l'évidence elles sont difficiles à expulser, demandent de gros efforts et s'accompagnent de douleurs aiguës et piquantes au niveau de l'anus.

dessin des Drs NOWAK et N'GUYEN TAN HON
 Homéopratique - Ed. Octale 1988

 

             D'autant plus que les HEMORROIDES sont fréquentes = très douloureuses, douleurs < après la selle, brûlantes, piquantes avec des saignement de sang pâle (anémie). Prurit la nuit avec suintement épais, gluant et fétide. Les fissures anales sont fréquentes. 

            Pendant les troubles digestifs, les migraines sont fréquentes = sensation d'engourdissement de la tête, sensation d'une toile d'araignée sur la face, nausées sans vertiges, apparaissant le matin au réveil. 

            Ou encore, le malade éprouve-t-il une céphalée occipitale constrictive, irradiée au cou et < en regardant vers le bas.

A noter = si une éruption est supprimée d'une manière intempestive, la constipation habituelle cède la place à une diarrhée => interprétée comme une élimination de substitution = c'est le mode psorique au stade du blocage des émonctoires.

 

LES SIGNES BUCCO-DENTAIRES 

·        Eruptions autour de la bouche, formant des croûtes qui laissent suinter un liquide épais comme du miel. Ce signe rappelle ANTIMONIUM CRUDUM, indiqué chez les mêmes sujets. Les éruptions péri-orificielles évoquent SULFUR, remède qui précède GRAPHITES lorsque le sujet réagit sur le mode psorique, mais à la phase sthénique. 

·        Langue blanchâtre (ANTIMONIUM CRUDUM a une langue blanche comme du lait, au cours ou à la suite d'une indigestion), épaisse, avec des petites vésicules brûlantes à la pointe. Salivation abondante, goût putride, haleine rappelant l'odeur des oeufs gâtés. Vésicules brûlantes sur la lèvre inférieure. 

·        Eruptions de "boutons" sur la face (3°d), sur les lèvres (2°d), de "comédons" (3°d), éruptions croûteuses sur la face (2°d), autour de la bouche (3°d), eczéma (3°d), humide (3°d) aux commissures labiales (2°d), herpès de la face (2°d), autour des lèvres (2°d), impétigo (2°d), vésicules (2°d), érysipèle (3°d). Paralysie faciale (2°d). 

·        Sécheresse de la bouche le matin  au 2°degré = à noter que trois médicaments: SULFUR, BARYTA CARBONICA et PULSATILLA ont ce même signe au degré fort, LYCOPODIUM et NUX VOMICA l'ont au 2°degré. Or GRAPHITES se trouve entre SULFUR et BARYTA CARB., et son indication voisine celles de LYCOPODIUM et NUX VOMICA. Et les signes d'encombrement de la circulation veineuse réunissent PULSATILLA et GRAPHITES. 

·        Ulcérations buccales (2°d) et linguales (1°d), des commissures (3°d), des lèvres (2°d).  

·        Douleurs dentaires (2°d), < aliments chauds (2°d), < à la chaleur du lit (1°d), < après le repas (2°d), sensation de brûlure (1°d), douleurs déchirantes (2°d), piquantes (3°d), tiraillantes (3°d), pendant les règles (2°d). Carie (1°d). "Déchaussements des dents" (2°d). 

·        KENT précise: "Les gencives se rétractent...". Gingivorragies (2°d), par le brossage des dents (2°d).

·        Dysgueusies = goût amer, d'œuf pourri.

 

ETUDE CLINIQUE DE GRAPHITES

ET

               Voici donc défini à grandes lignes le cadre clinique des sujets GRAPHITES. Comme nous l'avons souvent expliqué, il est rare qu'un patient réunisse toute la pathogénésie d'un remède, surtout dans le cas d'un polychreste. Mais il est nécessaire d'en retrouver quelques-uns dans les chapitres caractéristiques de ce médicament = insuffisance fonctionnelle avec paresse circulatoire, stase veineuse (système port), infiltration graisseuse avec tendance à l'obésité et à la boursouflure des tissus, éliminations cutanées torpides, blocage de tous les émonctoires (dont la constipation), la frilosité et l'anémie.  

            Cependant, lorsque nous avons la chance (chance ? non ! car tout dépend de la qualité de notre observation !), de subodorer l'indication de Graphites chez un sujet  encore peu décompensé, il est possible de prévenir les autres troubles annoncés par la matière médicale. C'est tout l'intérêt de la méthode homéopathique.  

            Nous allons entreprendre l'étude clinique des sujets Graphites en fonction de leur âge.

 

L’ENFANT "GRAPHITES" : 

       Toute la pathogénésie de GRAPHITES est placée sous la prédominance de divers ralentissements = endocrinien (thyroïde, gonades), métabolique (rétention d’eau, imbibition…) et caractérisée par les blocages des éliminations et des émonctoires = digestif (constipation sans besoin), peau (éruptions suintantes avec un exsudat épais comme du miel, chez le nourrisson et chez l’enfant, il s’agit surtout d’un eczéma localisé au visage, au cuir chevelu, autour des orifices)), lymphatique (engorgement ganglionnaire). Chez ce type d’enfants, il est logique d’hésiter entre trois médicaments très voisins = CALCAREA CARBONICA, ANTIMONIUM CRUDUM et GRAPHITES. 

       Comme pour tous les remèdes d’action profonde, il existe plusieurs aspects qui s’expriment chacun au mieux selon l’âge. L’enfant est gros, voire obèse, il peut sembler robuste, mais en fait, il s’agit de mauvaise graisse. Dans certains cas, et notamment après de nombreux troubles digestifs, cet enfant peut maigrir et il n’est pas alors facile de mettre en évidence l’indication de GRAPHITES, mais c’est aussi parfois le cas avec CALCAREA CARBONICA. Et attention, un enfant peut être "Graphites" car il possède de nombreux signes, alors que l'obésité n'a pas encore un aspect important. 

           Le comportement est celui d’un  enfant timide, triste, mélancolique, apathique, irrésolu, paresseux. Il est un peu replié sur lui-même et s’intéresse peu à son entourage. C’est encore un frileux qui a toujours froid, il craint surtout le froid humide qui provoque des angines ou des rhino-pharyngites. Sa peau est sèche, rugueuse, infiltrée, malsaine. 

       Lorsque le tableau est complet, GRAPHITES a moins d’appétit que les deux médicaments cités. Il a une aversion pour la viande, les aliments chauds, les sucreries. Il se plaint de sécheresse buccale, il a les lèvres gercées, les commissures souvent ulcérées, surtout par temps froid humide. Il se plaint de troubles digestifs = flatulence, éructations après les repas, douleurs crampoïdes dans l’abdomen (> en éliminant des gaz). La constipation est habituelle, mais ces enfants y sont habitués. Les selles sont toujours difficiles à expulser, demandent des efforts. Le matin, les paupières sont souvent rouges, collées par des croûtes humides (exsudat épais).   


Les paupières sont agglutinées le matin par un mucus épais comme du miel et formant des croûtes.

Les coins des lèvres sont fissurées.

       Sur le plan bucco-dentaire, il y a peu de choses nouvelles par rapport à CALCAREA CARBONICA ou même ANTIMONIUM CRUDUM. Ce qui domine => les éruptions labiales ou péribuccales, la perlèche surtout par temps froid humide. Il y a parfois quelques petites vésicules brûlantes sur la langue, qui reste blanche mais pas autant que celle de ANTIMONIUM CRUDUM. La carie dentaire est certes présente, mais sans rien de particulier. La gingivite ulcéreuse également. 

       C'est donc pour des éruptions sur les lèvres, pour de la perlèche par temps froid et humide, plus rarement pour des douleurs dentaires que viennent consulter les enfants. A ce stade-là, il est fort possible qu'ils n'offrent pas encore la silhouette obèse caractéristique qui attirera l'attention sur les médicaments tels que Calcarea carbonica, Antimonium crudum et Graphites. Dans ces cas "défectifs", le recours à l'ordinateur se montre souvent très précieux car il permet de dresser une liste de médicaments à partir d'un groupe de symptômes, même peu caractéristiques, en se basant sur la quantité de symptômes présents plus que sur leur qualité. Cependant, la clinique reste importante. Voici ci-dessous quelques éléments indispensables. 

1 - Le nourrisson Graphites attire l'attention par son gros appétit mais suivi d'une lenteur de la digestion = rots difficiles, éructations, les deux améliorent le comportement irritable. La constipation est de règle avec des selles volumineuses recouvertes de mucus qui peut suinter par l'anus. Il est fréquent de constater des éruptions autour de l'anus avec excoriations péri-anales.  

       Sur ce fond de constipation habituelle, la dentition peut provoquer une diarrhée ou encore après une vaccination. Cette circonstance étiologique "troubles après vaccinations" évoque à l'évidence le mode réactionnel sycotique. 

       Le chirurgien-dentiste n'est pas consulté pour ces troubles. 

2 – L'étude de l'enfant Graphites est déjà plus intéressante car le chirurgien-dentiste peut en rencontrer. 

       Lorsqu'il est en "bonne forme" physique, l'enfant Graphites est irritable,  n'aime pas qu'on lui parle (colères parfois violentes). A l'école, il est agité, ne tient pas en place. Il est impertinent, insolent et se moque des remontrances, se montre grossier. Mais attention, ce trait de caractère correspond à de très nombreux enfants actuels qui n'ont pas connu la fessée rédemptrice (opinion personnelle !).  

       Lorsqu'il est "fatigué", asthénique, ce qui est fréquent, il devient peureux, tout comme Calcarea carbonica, son médicament de fond. Il est craintif pour des riens, manque d'assurance, hésite à répondre aux questions en classe, irrésolu. L'autre versant est la tendance à la paresse avec aversion pour le travail scolaire. Et, mal moderne, son orthographe laisse à désirer !!!  

       Chaque fois qu'il rencontre un inconnu, il se réfugie dans les bras de sa mère, pleure. Il a peur d'aller au lit, craint l'obscurité, voit des fantômes en fermant les yeux, fait des cauchemars, a des problèmes d'énurésie. 

       Comme pour Calcarea carbonica, Roland ZISSU explique ces peurs et ces craintes par le décalage ressenti par l'enfant entre sa lenteur intellectuel et physique et la rapidité de ce qu'on lui demande à l'école ou dans sa vie familiale. Il se sent incapable d'assumer, ce qui le stresse. Mais lorsqu'un lui laisse le temps de faire ce qu'il doit faire, il est capable de réalisations bien conduites, comme Calcarea carbonica.

        Après ce portrait, il est facile d'imaginer un tel enfant à la consultation du dentiste. On voit souvent dans certaines matières médicales "Peur des soins dentaires, du fraisage des dents". Ce genre de signes ne doit pas être pris au sérieux. Qui  n'a pas peur des soins dentaires ? Les pathogénésies ont été réalisées à une époque où la turbine n'existait pas, pas plus que l'anesthésie locale. Tous les patients qui avouent leur peur des soins dentaires ne relèvent pas de Graphites ou de Antimonium crudum !

        L'enfant Graphites a généralement très bon appétit, il ne peut rester longtemps sans manger. Il a de nombreuses aversions = poisson, potage, aliments salés, sucreries, viande, mais  on peut retrouver des désirs pour ces mêmes aliments au degré faible. On retrouve le même gros appétit chez Calcarea carbonica qui éprouve de l'aversion pour le lait, la viande, les aliments gras, le pain et des désirs pour des aliments indigestes, pour les œufs, pour les glaces, pour les pâtisseries et pour les sucreries en général. 

       Evidemment, la peau est rarement épargnée = sèche, crevasses (au bout des doigts, commissures labiales),  eczéma suintant (suintement épais comme du miel = Antimonium crudum), blépharite chronique. 

       Ces manifestations cutanées avec leur allure clinique plutôt torpide évoquent à l'évidence le mode réactionnel psorique et annonce déjà le mode sycotique par la chronicité de plus en plus manifeste. Mais, lorsque le mode psorique est encore dominat, on constate des alternances entre les manifestations cutanées et des troubles internes, dont la pathologie intestinale ou/et respiratoire. La répétition de ces troubles peut expliquer l'émaciation et même un amaigrissement qui n'est pas habituel chez ce biotype. 

       On peut ajouter l'aggravation de la suppression des éliminations (sueurs, écoulements divers, etc...), qui favorise le mode sycotique, encore plus lorsque les vaccinations sont pratiquées sans discernement. 

       Il a été déjà dit que la flatulence et la constipation étaient deux traits dominants de Graphites. Mais chez un enfant, les troubles digestifs ont très souvent un retentissement général, dans le sens de l'amaigrissement, de l'émaciation, de la fatigue avec toutes les conséquences. En particulier, les troubles digestifs, aussi bien la constipation que la diarrhée, entravent l'absorption intestinale des minéraux. C'est pour cette raison que le mode tuberculinique est souvent mis en œuvre chez ces enfants d'habitude plutôt rondelet, voir un peu gros et qui se mettent à maigrir pour les raisons décrites. Il ne faut donc pas s'étonner de trouver l'indication de Natrum muriaticum ou même de Silicea. Une fois encore, dans ces cas particuliers, l'ordinateur et la recherche informatisée du remède semblable est d'un grand secours car il n'a pas d'a priori, "il ne voit pas le type sensible" de l'enfant, "il est neutre" !!! On procède par l'interrogatoire et par l'observation clinique à l'établissement d'une liste de signes et symptômes, en ne gardant que les plus précis. L'ordinateur fournit une liste de médicaments possibles. Ce n'est qu'après que l'on peut se livrer à des interprétations, à partir de ce que l'on sait des modes réactionnels. 

       Pour conclure ce chapitre, rappelons que Graphites est un remède important des ralentissements glandulaires, notamment de l'hypothyroïdie. Il semble utile d'en rappeler la clinique:
 

CLINIQUE SOMMAIRE DE L’HYPOTHYROIDIE : 

            Il s’agit d’une insuffisance d’élaboration ou de la sécrétion des hormones thyroïdiennes, avec ou sans goitre. Ce dernier peut être la conséquence d’une hypersécrétion de thyréostimuline, pour compenser l’insuffisance des hormones thyroïdiennes. 

            La clinique s’exprime par les signes suivants : 

·        L’asthénie physique, mentale, génitale qui conduit à la torpeur.

·        L’infiltration des téguments et des muqueuses = faciès bouffi, en « peine lune », lèvres et paupières épaisses, langue plus volumineuse, voix rauque (infiltration du larynx), doigts boudinés, etc…

·        L’altération des phanères = chute des cheveux, perte de la queue du sourcil (Thuya), de la pilosité pubienne, ongles et cheveux cassants…

·        L’obésité et l’hypothermie avec frilosité

·        Les troubles digestifs avec anorexie, constipation…

·        Les troubles cardio-vasculaires avec bradycardie, hypotension…

·        Les troubles génitaux avec frigidité ou impuissance, aménorrhée… 

            Le laboratoire confirme un effondrement du métabolisme de base.  

            Devant un enfant ayant un retard psychomoteur grave, ne souriant pas, indifférent à son entourage, bouffi et petit, il faut penser au myxœdème

             Le myxœdème de l’enfant se présente ainsi = constipation opiniâtre, macroglossie, troubles de la déglutition,, dysgénésie épiphysaire, retards de la formation des germes dentaires, de la fermeture des fontanelles, des deux dentitions, de la croissance en général. 

            Dans la seconde enfance, l’apparition et le développement d’un myxœdème expliquent, entre autres signes, une hyperplasie gingivale avec des ulcérations favorisées par une tendance aux infections (baisse de l’immunité locale).  

            Chez l’adulte, on constate encore une fréquence des gingivites ulcéro-nécrotiques chroniques avec des caries des collets, une alvéolyse horizontale, le tout réalisant le tableau classique des parodontopathies.  

            Les chirurgiens-dentistes homéopathes reconnaissent en lisant les lignes précédents le mode réactionnel sycotique avec son ralentissement métabolique, la rétention hydrique, la diminution des réactions immunitaires qui explique la chronicité des inflammations ou infections. Plusieurs médicaments viennent à l’esprit = CALCAREA CARBONICA, BARYTA CARBONICA, GRAPHITES, ANTIMONIUM CRUDUM, NATRUM SULFURICUM, THUYA  et bien d’autres… 

 

LES ADOLESCENTS "GRAPHITES": 
 

       Il est bien évident que l'on retrouve chez l'adolescent les mêmes troubles que ceux présents chez l'enfant. Mais la puberté va bouleverser la physiologie. Et c'est surtout lors de retards pubertaires que Graphites va se révéler. Même si le chirurgien-dentiste n'est pas concerné, le chirurgien-dentiste "homéopathe" se doit de les connaître pour pouvoir les comprendre et mieux cerner la personnalité de Graphites qui peut ne pas être encore trop manifeste. 

       Le plus souvent, il s'agit de sujets brévilignes ayant tendance à l'embonpoint, ayant eu besoin étant nourrisson de Calcarea carbonica pour le retard de la dentition, les troubles digestifs (l'acidité particulièrement et l'intolérance au lait), etc... Il est difficile de synthétiser en quelques lignes des situations complexes.  

       Un sujet Calcarea carbonica peut être tout à fait en équilibre physiologique et n'a donc pas de problèmes particuliers, il réagit sur le mode psorique qui élimine vers l'extérieur tout ce qui peut perturber les différents métabolismes. Ce type équilibré n'a pas de problèmes non plus avec sa puberté.

       Malheureusement, "on tombe toujours du côté vers lequel on penche". Ce sujet a des penchants pour la paresse physique et les excès alimentaires qui expliquent sa décompensation. Ce qui explique certains nombres de ses troubles, le mode psorique peut devenir insuffisant et le mode sycotique est mis en œuvre avec les conséquences habituelles = ralentissement métabolique, éliminations devenus chroniques et souvent inefficaces, apparition ou aggravation de la tendance à l'obésité. Et pour peu qu'à une époque critique, celle de la puberté en particulier, surviennent les rappels de vaccination, les erreurs thérapeutiques du fait de la répétition et de la torpidité des troubles liés à la sensibilité au froid humide, etc... le mode sycotique est de plus en plus sollicité. C'est le "type gras" de Calcarea carbonica qui va s'amplifier avec, entre autres, le retard pubertaire. L'indication de Graphites apparaît avec le ralentissement glandulaire et métabolique. 

       Les règles de Graphites sont d'apparition tardive et d'emblée peu abondantes, de sang pâle. C'est donc là encore une élimination qui se fait mal. Et de plus, elles sont douloureuses, allant jusque des coliques utérines précédées de prurit vulvaire (que l'on voit dans Sulfur) à des douleurs de l'ovaire (comme par hasard le gauche comme Thuya, remède d'aggravation dans la décompensation sycotique). Un autre petit signe curieux = enrouement pendant les règles ! 

       Enfin, un autre aspect mériterait un long développement mais qui ne sera qu'évoqué = le retentissement psychologique de la tendance à l'embonpoint = la jeune fille, plus que le garçon, fait des complexes à cause de son tour de taille, pleure facilement et peut adopter deux attitudes = ou bien il se réfugie dans la boulimie compensatrice ou bien au contraire elle se lance dans les régimes amaigrissants draconiens. 

       Sur le plan bucco-dentaire, on retrouve les mêmes problèmes d'éruptions sur le visage ou sur les lèvres (herpès), douleurs dentaires pires pendant les règles, dysgueusies (amertume, oeuf pourri)). Même si c'est rare, on peut voir des mycoses buccales (et/ou génitales), du lichen, mais ces troubles sont plus fréquents à la ménopause.


L'ADULTE "GRAPHITES":

              Sur cette photo, nous avons deux biotypes bien différents = à gauche, le docteur Michel GUILLAUME illustre la constitution longiligne, il a toujours cette silhouette élancée et mince, même encore aujourd'hui. 

            A droite, le docteur Michel CONAN-MERIADEC est une incarnation parfaite de la constitution bréviligne = petite taille, trapue, lent (sauf sur le plan intellectuel). Nous ne savons pas si Graphites  a été indiqué chez lui, mais c'est vraisemblable. 

            Ce qui domine chez l'adulte devenu Graphites, c'est avant tout le mode sycotique, avec une phase où les deux modes se chevauchent. Roland ZISSU considérait Graphites comme un "remède-carrefour". Cela signifie que lorsqu'un seul mode réactionnel ne suffit plus à assurer l'équilibre physiologique nécessaire, l'organisme tente d'en mettre en œuvre un second. Et pour cela tout dépend des circonstances étiologiques liées au mode de vie.  

            Dans l'immense majorité des cas, Graphites est ce que l'on appelait autrefois un carbonique = sujet de constitution bréviligne, avec tendance à l'embonpoint et aux ralentissements de toutes les fonctions.  

            Les facteurs étiologiques du mode psorique tels que la sédentarité et les excès alimentaires vont petit à petit décompenser ce sujet, tardivement chez le normoligne type Sulfur, précocement chez le bréviligne type Calcarea carbonica.  

            On peut voir ainsi des sujets normolignes grossir petit à petit, souvent après la trentaine ou la quarantaine sous l'effet du mode de vie mal adapté. La période la plus critique se voit surtout chez la femme au moment de la ménopause climatérique, car à ses nombreux blocages émonctoriaux (peau et intestins) s'ajoutent l'arrêt progressif des règles. Alors que nous savons que chez le bréviligne, la décompensation se voit plus tôt sous l'influence des mêmes facteurs étiologiques psoriques auxquels s'ajoutent ceux du mode sycotique = vaccinations répétées, chronicité des affections infectieuses du carrefour ORL et respiratoires favorisées par la sensibilité au froid humide avec les traitements chimiques au long cours (antibiothérapies répétées, prolongées, corticothérapie, etc...). 

            Pendant une période plus ou moins longue, on constate un équilibre instable entre des troubles digestifs à type de dyspepsie flatulente dus à l'insuffisance hépatobiliaire et des éruptions cutanées torpides (eczéma croûteux, suintant, suintement épais comme du miel, mycoses, lichen, verrues…), sans oublier les troubles trophiques des ongles et des cheveux. Le tout aboutit progressivement à un état général atteint avec menace ou troubles avérés de sclérose cardio-vasculaires avec tendance asthmatique, tendance urémique, insuffisances rénales et hépatiques, etc... 

            C'est chez ces sujets décompensés que l'on trouve dans toute sa splendeur la tétrade pathologique de Graphites  =  OBESITE + DEPRESSION + FRILOSITE + CONSTIPATION. Voici quelques commentaires. 

1.      L'obésité: il s'agit d'une obésité endocrinienne et nutritionnelle par hypo-hypophysie, hypothyroïdie, hypogonadisme et conséquence des troubles dyspeptiques par insuffisance hépatobiliaire. On peut voir aussi de la rétention d'eau qui évoque Thuya et surtout Natrum sulfuricum. 

2.      La présclérose hépatique et l'urémie débutante et progressive s'ajoutent à la sclérose cardio-vasculaire. Graphites est l'un des remèdes de ces états avec Lycopodium, Aurum metallicum, Lachesis, Baryta carbonica, Natrum sulfuricum et Thuya.   

3.      Lors de la préménopause, Graphites voisine avec Lachesis, puis Thuya.

             Nous retrouvons ainsi le tableau décrit au début de cette étude = l'adulte déprimé, frileux, apathique et constipé.
 

Graphites au cabinet dentaire:

             On a compris avec ce qui précède que Graphites n'est pas un remède de troubles buccaux aigus. La carie dentaire ne domine pas, ou alors elles n'ont aucun caractère particulier. Mais les douleurs dentaires existent, qui obligent à un examen minutieux à la recherche d'une cause = carie peu apparente au simple examen, infection canalaire, traumatisme occlusal, etc... S'il s'agit d'une femme et que ses douleurs dentaires apparaissent pendant les règles ou sont aggravées par le flux, le nombre de médicaments homéopathiques est limité à 22, dont deux au degré fort: SEPIA et STAPHYSAGRIA – 13 au degré moyen: Ammonium carbonicum, Arsenicum album, Bovista, Calcarea carbonica, Cedron, Chamomilla, Coffea, Graphites, Kali carbonicum, Lachesis, Natrum muriaticum, Nitri acidum, Pulsatilla – 7 au degré faible  = Baryta carbonica, Carbo vegetabilis, Castoreum, Kali arsenicum, Laurocerasus, Magnesia carbonica et Phosphorus. Le recours à l'informatique est ici très utile. 

            Il est rare que ces patients consultent le chirurgien-dentiste pour des poussées d'herpès labial, encore moins pour des éruptions périlabiales. Ils s'adressent plutôt au médecin.

            On voit donc ces patients le plus souvent pour une gingivite banale ou déjà à un stade plus avancé, stade ulcéreux avec déjà des poches gingivales et/ou parodontales. Ces affections parodontales n'ont rien de particulier. C'est donc le contexte qu'il faut valoriser ainsi que l'anamnèse. Même si le répertoire de Kent est très clair sur cette maladie = "Tuméfaction des gencives" au degré fort, "Les gencives se détachent des dents" au degré moyen, "Gingivorragies" au degré moyen.

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Dernière modification : 13 novembre 2011