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LA SECHERESSE BUCCALE ou
SYNDROME DE GOUGEROT-SJÖGREN
 

 

           La sécheresse buccale pose plus de problèmes qu’il n’y paraît car il faut distinguer la sensation de sécheresse ressentie par le patient et la vraie sécheresse objectivée par des tests qui mesurent le flux salivaire. Ensuite, il existe différents paliers depuis une banale hyposialie et une vraie xérostomie ou asialie. Enfin se pose le problème du diagnostic étiologique et de l’existence éventuelle d’un syndrome de Gougerot-Sjögren qu’il convient de préciser d’une manière objective. Pour mémoire, rappelons quelques définitions : 

¨    Xérostomie = état de sécheresse de la cavité buccale lié à une importante diminution ou à la disparition de la sécrétion salivaire, résultant d’une atteinte de la totalité des glandes salivaires principales et accessoires (Syndrome de Gougerot-Sjögren).

¨    Asialie = absence de salive résultant d’une acrinie ou d’une rétention salivaire liée à un obstacle canalaire, frappant une ou plusieurs, ou la totalité des glandes salivaires.

¨    Acrinie salivaire = absence de sécrétion glandulaire salivaire quelle qu’en soit la cause. 

            Le volume de la salive sécrétée chaque jour varie entre 0,5 et 1,5 l. Cet écart du simple au triple provient essentiellement des difficultés techniques pour apprécier et mesurer exactement le flux salivaire. 

            DECHAUME rappelle que la première observation de xérostomie a été publiée en 1875 par un certain SAVA. HUTCHINSON, qui a décrit par la suite les conséquences bucco-dentaires de la syphilis, signala en 1888 la possible association de la xérostomie et d’un lupus érythémateux disséminé, avant donc que l’on ne connût les maladies auto-immunes. C’est en 1925 que GOUGEROT montra que le tarissement salivaire pouvait concerner également d’autres muqueuses, notamment celles des yeux. Il décrivait ainsi le syndrome qui porte son nom : « Insuffisance progressive et atrophie des glandes salivaires et muqueuses de la bouche, des conjonctives et parfois des muqueuses nasale, laryngée et vulvaire ». Ensuite, en 1927, un dénommé HOUWERS signala la fréquence de l’association d’une polyarthrite chronique à la xérostomie et à xérophtalmie.  Enfin, SJÖGREN réunit en 1933 tous ces éléments en un seul syndrome : polyarthrite, kérato-conjonctivite sèche, xérostomie, atteinte parotidienne. Mais c’est relativement récemment que l’on classe ce syndrome dans la cadre générique des collagénoses. 

Que faire face à un patient qui se plaint de sécheresse buccale ?
Tout d’abord rechercher une cause ou une explication rationnelle !
 

            Il faut d’abord confirmer le diagnostic, ce qui suppose l’élimination de causes apparentes que l’on pourra peut-être supprimer. Par exemple : 

n    Un patient peut se plaindre de sécheresse buccale simplement parce qu’il a souvent soif. Il est vrai que la véritable sécheresse buccale entraîne une polydypsie. C’est peut-être un diabète léger qui peut en être la cause. Le traitement de cette xérostomie apparente passe par celui du diabète. Une autre fois, une allergie ou une intolérance à une nouvelle prothèse en résine acrylique peut expliquer une sécheresse buccale.

n    Ensuite, l’examen des glandes salivaires s’impose. Il y a à l’évidence quelques causes iatrogènes certes rares :  exérèse d’une glande salivaire importante (sous-maxillaire et surtout parotide), arrachement du nerf auriculo-temporal, évidements sous-maxillaires, irradiation de la région pour cause de cancer... Ces causes sont responsables d’hyposialie et malheureusement on ne peut pas apporter de solution miracle. Mais ces situations sont tout de même assez rares, mais devaient être signalées. Il y a également le problème des lithiases salivaires. Le diagnostic est très facile grâce à la sialographie et il se produit une tuméfaction plus ou moins douloureuse de la glande salivaire concernée au moment des repas, car la glande reste fonctionnelle, sécrète normalement de la salive et celle-ci ne peut s’écouler.

n    Un peu moins rares sont certaines maladies générales : l’insuffisance rénale, le diabète insipide, déshydratation des opérés et des cachectiques. Penser également à certaines avitaminoses, même si elles sont exceptionnelles en Europe : B2, PP, A, E. Certaines anémies s’accompagnent d’hyposialie, voire de xérostomie.

n    Beaucoup plus fréquemment, l’hyposialie peut être due à des intoxications médicamenteuses = belladone, opiacés, et surtout les psychotropes dont abusent de très nombreux patients, particulièrement les personnes âgées. Mais heureusement l’hyposialie disparaît lors de la mastication. Et se pose alors le problème du sevrage.

n    La vieillesse est indiscutablement un facteur étiologique possible d’hyposialie ou de xérostomie. DECHAUME évoque une dysprotéinose sénile voisine de la collagénose.   

            Mais la principale cause de la xérostomie est le syndrome de Gougerot-Sjögren, qui mérite donc une étude particulière.

 

LE SYNDROME DE GOUGEROT-SJÖGREN
 

            Le Manuel Merck de diagnostic et thérapeutique propose la définition suivante : 

Affection inflammatoire systémique chronique, d’étiologie inconnue, caractérisée par une sécheresse de la bouche, des yeux et des muqueuses, souvent associée à des troubles rhumatologiques avec manifestations auto-immunes (par exemple polyarthrite rhumatoïde, sclérodermie et lupus érythémateux disséminé) et infiltration lymphocytaire des tissus touchés. Une corrélation a été retrouvée entre l’antigène HLA-DR3 et le syndrome de Gougerot-Sjögren primaire (non associé à une connectivite). Le syndrome de Gougerot-Sjögren est plus fréquent que le lupus mais moins que la polyarthrite rhumatoïde. 

Clinique :

            Certains patients ne présentent que la sécheresse oculaire et buccale è Syndrome sec, ou syndrome de Gougerot-Sjögren primaire. Chez d’autres patients il a une connectivite, c’est-à-dire une atteinte du tissu conjonctif associée au syndrome sec, celui-ci est donc dit secondaire. 

            Tout commence par une sensation de sécheresse buccale et/ou oculaire, d’abord discrète puis de plus en plus gênante. Après avoir éliminé toute cause de sécheresse buccale, l’association de la sécheresse oculaire oblige à rechercher la présence d’un vrai syndrome de Gougerot. Il y a d’abord une série d’examens et de tests qui permettent d’objectiver les deux sécheresses. 

Sécheresse buccale: 

·       Test du morceau de sucre : normalement, un morceau de sucre fond en 3 ou 4 minutes chez un sujet ne déglutissant pas. L’allongement significatif de ce temps objective la diminution du flux salivaire.

·       L’abaissement du pH au-dessous de 6 est significatif.

·       La sialographie et/ou la scintigraphie sont indispensables, de même qu’une biopsie d’une ou de plusieurs glandes salivaires (recherche des anticorps impliqués et précision du diagnostic anatomo-pathologique). Un tiers des malades présentent une parotidite hypertrophique, rarement douloureuse. L’infiltration de plasmocytes et de lymphocytes entraîne un rétrécissement de la lumière des canaux excréteurs. Tout cela évolue lentement vers la xérostomie. La biopsie montre des lésions atrophiques du parenchyme des glandes salivaires.

·       La plupart des patients atteints du syndrome de Gougerot présentent un taux élevé d’anticorps anti-gamma-globulines  antinucléaires et d’autres anticorps dirigés contre les différentes structures des tissus salivaires.  Les anticorps précipitants antiantigènes nucléaires (appelés anticorps SS-B) sont très spécifiques du syndrome de Gougerot primaire. Le facteur rhumatoïde est présent dans plus de 70% des cas. La vitesse de sédimentation est augmenté chez 70% des patients, un tiers d’entre eux ont une anémie et un quart une leucopénie et une éosinophilie. Enfin les urines peuvent contenir de l’albumine, traduisant une néphrite interstitielle. 

Les conséquences buccales de la sécheresse sont redoutables : gingivite ulcéreuse, précédée et accompagnée de brûlure, caries dentaires, lithiases salivaires, dysgueusies, gêne à la phonation, à la mastication et à la déglutition, etc...           

Sécheresse oculaire:  

·       Test de SCHIERMER : il  consiste à mesurer la sécrétion lacrymale au moyen de bandelettes de papier absorbant, par comparaison avec la mesure chez un sujet « normal ». Un adulte jeune « imbibe » normalement 15 mm de papier en 5 minutes. Mais le vieillard n’imbibe que 10 mm en 5 minutes. Dans le Gougerot, la plupart des patients ont une imbibition < 5 mm/5 minutes. Mais il existe environ 15% de « faux positifs ». 

·       Test au rose Bengale : l’hyposécrétion lacrymale entraîne des microlésions de la cornée que le collyre au rose Bengale permet de montrer et de mesurer l’étendue de la kératoconjonctivite.

·       Au début le patient commence par ressentir une sensation de brûlure et d’irritation, suivie de photophobie de plus en plus intense, de blépharospasmes. A un stade plus avancé, une kératinisation de la surface du globe oculaire survient, associée souvent à une déformation des culs-de-sac conjonctivaux. Plus tard surviennent des ulcérations suivies de cicatrisations de la cornée. Le tout pouvant aboutir à un déficit visuel. 

Les manifestations articulaires : 

            Au début, le tableau clinique peut laisser penser à un rhumatisme articulaire aiguë, évoluant par poussées, entraînant des douleurs dans plusieurs articulations. Progressivement, le tableau de la polyarthrite rhumatoïde se constitue, que l’on peut confirmer par la présence d’anticorps spécifiques. 

Les manifestations associées : 

            Les autres muqueuses peuvent être concernées successivement : 

·       Muqueuses O.R.L. et respiratoires : la sécheresse favorise toutes sortes d’inflammations plus ou moins infectées è rhinites, épistaxis, sinusites, otites, bronchites, le tout à répétition. La mort peut survenir par ou après une pneumopathie compliquée.

·       Muqueuses génitales et urinaires : troubles de la miction avec cystites, vaginites, mycoses, avec les conséquences imaginables sur la sexualité.

·       Muqueuses digestives : l’atrophie des muqueuses s’associe à une infiltration par des plasmocytes et des lymphocytes, le tout aboutissant à une atteinte hépatobiliaire, une pancréatite (il existe d’ailleurs une similitude structurelle entre le pancréas et les glandes salivaires).

·       Le cœur même peut être touché et la complication la plus commune est la péricardite.

·       La peau (sécheresse, aspect ichtyosique, syndrome de Raynaud, sclérodermie localisée, troubles des phanères) et le système nerveux (neuropathie sensorielle des 2° et 3° branches du trijumeau).

·       Enfin 20% des malades présentent une acidose tubulaire rénale. La glomérulonéphrite est rare mais la néphrite interstitielle est fréquente. L’incidence des lymphomes est multipliée par 44 chez les patients atteints d’un syndrome de Gougerot qui sont également exposés à la macroglobulinémie de Waldenström =>  Syndrome lymphoprolifératif chronique caractérisé par l’existence dans le sang d’une immunoglobuline (type IgM), associé à un syndrome hémorragique diffus, une hépatomégalie, une splénomégalie, une poly-adénopathie et une infiltration lymphoplasmocytaire dans le foie, la rate, les ganglions et la moelle. 

Pronostic et évolution : 

            Comme souvent, on constate des degrés dans l’atteinte. Certains patients se plaignent uniquement d’une sécheresse buccale et oculaire, l’atteinte articulaire venant plus tard. D’autres au contraire constatent d’abord les douleurs articulaires et secondairement la sécheresse. De toute façon, la maladie évolue pendant des années, insidieusement ou par poussées. Dans la plupart des cas, l’évolution reste bénigne, les patients sont seulement gênés par la sécheresse buccale et oculaire, ce qui n’est certes pas agréable.  

Dans d’autres cas, le pronostic est défavorisé par la présence d’autres atteintes auto-immunes : association par exemple d’un lupus érythémateux disséminé, d’une sclérodermie, d’une hépatite ou d’une cirrhose, ou encore d’une pancréatite.  

Trois sortes de complications sont possibles : 

·       Les complications pulmonaires avec fibrose interstitielle diffuse qui peuvent aboutir à une issue fatale heureusement assez rare, mais possible.

·       Survenue d’un pseudo-lymphome par infiltration plasmocytaires et lymphocytaires du foie, de la rate, des reins, des poumons, de la moelle, etc..., infiltration qui peut devenir maligne dans certains cas exceptionnels.

·       Survenue d’une hémopathie maligne par prolifération lymphoïde : leucémie lymphoïde chronique du type maladie de Waldenström ou d’une lymphosarcome.

Le traitement en médecine classique : 

            Que ce soit un vrai syndrome de Gougerot ou une sécheresse buccale iatrogène, il faut éliminer systématiquement les médicaments chimiques tels que les neuroleptiques (Nozinan, Largactil, Melleril....) , les antidépresseurs (Anafranil, Tofranil....), les atropiniques, les opiacés, bref tous médicaments susceptibles d’entraîner une sécheresse buccale et/ou oculaire. Mais le sevrage pose un problème complexe et doit être conduit avec précaution. 

L’hyposialie : 

Les sialogogues sont utiles et souvent indispensables même pendant un traitement homéopathique, du moins en attendant les résultats : 

·       Artisial : mélange de chlorures de potassium, de sodium, de magnésieum, de calcium, de phosphate disodique et monopotassique, à raison de 6 à 8 pulvérisations par jour.

·       Sulfarlem (anétholtrithione): 3 comprimés par jour 

·       Syaline-spray : 6 à 8 pulvérisations par jour.           

·       Teinture de Jaborandi : X gouttes avant les repas. 

La sécheresse oculaire : 

            Il existe de nombreuses préparations de larmes artificielles (Contractol, Dialens, Dulcilarmes, Gel-larmes, Hydralarm, Lacrigel, ....). Ce traitement local doit être poursuivi aussi longtemps que nécessaire, parfois à vie.  

Le traitement de fond :  

            Il est assez décevant. La corticothérapie est pratiquement la seule utilisée, avec les conséquences habituelles et la reprise de l’évolution dès son arrêt. Les immunosuppresseurs doivent être proscrits à cause du risque de transformation lymphomateuse (risque multiplié par 2).

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 LE  TRAITEMENT  HOMÉOPATHIQUE 

 

            Il est bien évident, mais les évidences méritent parfois être rappelées, que le praticien homéopathe ne peut s’exonérer de la nécessité d’un diagnostic précis. Car ce dernier conditionne le choix de la thérapeutique appropriée pour un cas clinique précis. D’autre part, la limite des possibilités thérapeutiques de l’homéopathie est fixée par l’irréversibilité des processus pathologiques. 

            Ainsi, si un syndrome de Gougerot est diagnostiqué et si les glandes exocrines sont sclérosées au delà de toute réversibilité, le traitement homéopathique ne pourra pas être entrepris, ou alors et tout au plus pour tenter de solliciter les dernières possibilités réactionnelles du patient, en le prévenant de ne pas attendre de miracle. Les larmes et la salive artificielles resteront la seule solution. 

            Mais l’expérience montre qu’il est utile d’entreprendre un traitement homéopathique de fond, même si les éléments objectifs du diagnostic ne laissent aucun espoir, car l’appréciation clinique de la sclérose n’est pas fiable à 100%.  

            Enfin, il faut rappeler que le syndrome de Gougerot déborde le cadre étroit de la cavité buccale et par conséquent, son traitement relève de la responsabilité du médecin. Le chirurgien-dentiste ne peut entreprendre celui de la sécheresse buccale lorsque celle-ci n’est pas l’un des éléments d’une maladie générale. Cependant, dentiste et médecin se doivent de collaborer lorsque l’intérêt du patient trouve son compte. Notre attitude personnelle tient compte de ces impératifs.  

            Lorsqu’un patient nous consulte pour une sécheresse buccale et même si celle-ci fait partie du syndrome de Gougerot, nous recherchons le ou les médicaments indiqués par la répertorisation des signes buccaux.  Aujourd’hui, les répertoires informatisés permettent des recherches successives en un minimum de temps. Il est possible par exemple de valoriser dans un premier temps les signes psychiques et généraux pour avoir une première liste de « remèdes de fond », puis ajouter les signes locaux pour déterminer le seul remède de fond possible s’il en existe un seul qui présente tous les signes du patient, ce qui est l’idéal . Ou bien on peut rechercher les remèdes de fond possibles, choisir celui qui convient le mieux à un patient donné et compléter son action par un ou plusieurs médicaments choisis sur les seuls signes locaux.

 

ETUDE DE QUELQUES MEDICAMENTS HOMEOPATHIQUES FREQUEMMENT IMPLIQUES DANS LE TRAITEMENT DE LA SECHERESSE BUCCALE

  

ARSENICUM ALBUM 

            C’est sans doute l’un des principaux remèdes du syndrome de Gougerot-Sjögren car on retrouve dans sa matière médicale pratiquement tous les signes à des degrés forts ou moyens. 

            D’abord les signes locaux qui motivent la consultation : 

·       Grande sécheresse buccale avec douleurs brûlantes améliorées par des boissons chaudes et aggravées par les boissons froides.

·       Soif constante pour de petites quantités d’eau fraîche. La soif doit être appréciée dans le syndrome de Gougerot, car les malades atteints de cette affection boivent souvent et peu à la fois pour humecter leurs muqueuses, pour pouvoir manger, parler ou avaler.

·       Grande sécheresse des yeux, avec photophobie intense, larmoiement très diminué mais acide et excoriant, ulcérations de la cornée, sensation de sable sous les paupières, paupières enflammées, collées, ulcérées.

·       Douleurs articulaires : faiblesse de la colonne vertébrale, dorsalgies, sciatique fréquente, douleurs osseuses, douleurs brûlantes, paralysies, tremblements, crampes....

·       Sécheresse = du vagin (2°d), des voies respiratoires, de la peau....            
 

          Le contexte général est bien connu. Il s’agit le plus souvent d’un patient amaigri, asthénique, agité, faible, avec des traits tirés, une face pâle, anxieuse et maladive, au teint terreux, avec des poches sous les yeux. Ce patient est frileux amélioré par la chaleur  mais a besoin d’air frais. 

            Le comportement est également bien connu. C’est un patient agité psychiquement du fait d’une grande anxiété qui peut lui faire penser qu’il est atteint d’un mal incurable, d’où le désespoir et l’agitation, suivie rapidement d’une prostration par asthénie. C’est le plus souvent un patient tatillon, méticuleux, ordonné, égoïste et méchant avec son entourage, maniaque pour des riens, avare, irritable ou irascible, ayant de nombreuses peurs.

             Très souvent, ces patients atteints de mille petits troubles prennent de très nombreux médicaments chimiques parmi lesquels certains ont un effet secondaire comme la sécheresse des muqueuses. Mais ceci n’est pas l’apanage exclusif d’ARSENICUM ALBUM !

             
Les photos ci-dessous dues au Dr Jacques Jouanny montrent quelques signes objectifs de Arsenicum album qui, s'ils sont présents tous ou l'un d'entre eux, confirment l'indication du médicament.



NATRUM MURIATICUM 

            Autre médicament parmi les plus importants du syndrome de Gougerot avec son complémentaire SEPIA. Cela s’explique par le rôle physiologique du chlorure de sodium au niveau de toutes les cellules dans le réglage de la pression osmotique et des échanges métaboliques.  En cas de perturbation, il y a déshydratation que l’on retrouve à tous les niveaux et en particulier : 

·       Grande sécheresse de la bouche, qui reste cependant humide du moins dans un premier temps. Grande soif qui peut exister en dehors des états de sécheresse des muqueuses ou les accompagner. Dans un premier temps, il y a sensation de sécheresse buccale avec une salivation abondante. Dans un second temps, il y a une véritable sécheresse de la bouche et d’autres muqueuses.

·       Sécheresse oculaire au degré faible mais sensation de sable sous les paupières au degré fort. Par ailleurs NATRUM MURIATICUM a de gros problèmes oculaires = troubles de l’accommodation, cataracte, asthénopie, blépharite avec paupières collées la nuit ou au réveil., ulcérations de la cornée, dacryocystite avec un larmoiement irritant...

·       Nombreux troubles articulaires qui peuvent exprimer un rhumatisme et en particulier une polyarthrite rhumatoïde. Et d’autant plus que NATRUM MURIATICUM est souvent impliqué dans des troubles allergiques ou des maladies auto-immunes, comme l’aphtose buccale, la maladie d’Hulusi-Behçet, l’anémie de Biermer, la sclérodermie, le pemphigus, le lupus érythémateux disséminé.  

            NATRUM MURIATICUM est prescrit surtout sur un ensemble de signes psychiques et généraux qui traduisent une hypersensibilité, une fatigabilité et une instabilité : 

·       Tendance à la dépression psychique avec tristesse, pleurs silencieux et en cachette, besoin d’isolement pour ressasser ses peines, aggravation par la consolation, susceptibilité  avec colères, irritabilité pour des riens, intolérance à la contradiction, peur de paraître ridicule,  sommeil agité avec rêves fréquents, notamment de voleurs......

·       Faiblesse physique avec tendance à l’amaigrissement (principalement du haut du corps) et malgré un appétit souvent très fort. Anémie hypochrome avec pâleur, frilosité, soif...

·       Faiblesse des tissus de soutien : pesanteur dans le bas ventre, incontinence d’urines en toussant ou en riant..., lumbago chronique.

·       Eréthisme circulatoire avec des palpitations à l’effort, des céphalées battantes et congestives, par et aggravées par l’effort mental ou des migraines ophtalmiques.

·       Tendance aux éruptions croûteuses sèches ou humides, dont l’herpès péri-buccal avec lèvres sèches et craquelées, eczéma, urticaire, acné....

·       Nombreux troubles respiratoires (coryzas, rhinites, rhumes des foins, bronchites, asthme...), digestifs (dont la constipation chronique opiniâtre) , génitaux (sécheresse du vagin), l’ensemble dû à la sécheresse des muqueuses avec hypersécrétion compensatrice ou réactionnelle. 

            Voilà donc un ensemble de signes locaux, inscrits dans un contexte général assez bien délimité, qui fait de NATRUM MURIATICUM un médicament bien plus souvent indiqué chez l’adulte qu’on ne l’écrit ça et là. De nombreux signes, notamment psychiques, annoncent SEPIA, d’autres, toujours psychiques, évoquent STAPHYSAGRIA, remède par excellence de  troubles psycho-somatiques. 
 

SEPIA 

            Ce médicament d’origine animale (rappelons que l’encre de seiche contient du chlorure de sodium, entre autres composants) constitue souvent une étape d’aggravation par rapport au précédent et l’on peut résumer ainsi ses grandes caractéristiques

·       Dépression mentale et physique, avec tristesse, mauvaise humeur et irritabilité (bruit, musique, contradiction, consolation,...), découragement, besoin de solitude et aversion pour la société (et en même temps peur de la solitude !) et indifférence à tout et à tous, notamment vis-à-vis de sa propre famille et de ses enfants...

·       Accentuation de l’insuffisance hépatique et de la congestion portale = foie gros et congestionné, douloureux (< couché sur le côté gauche), vésicule sensible, sécrétion biliaire insuffisante, atteinte des diverses fonctions hépatiques, notamment uropoïétique (les pigments biliaires passent dans le sang d’où : dysurie avec douleurs rénales, dépôt rougeâtre dans les urines, coloration bistre de la peau notamment autour de la bouche et sur le nez...).

·       Troubles digestifs avec lenteur de la digestion, ballonnement, sensation désagréable de vide à l’estomac ou à l’épigastre non améliorée en mangeant, nausées, peu d’appétit, désirs d’aliments épicés ou acides pour stimuler la digestion, aversion pour les graisses, la viande, la bière, le pain, le lait...

·       Tendance aux ptôses, notamment au niveau du petit bassin, avec sensation de pesanteur dans la région utérine, pire au moment des règles, par aggravation de la congestion génitale avec céphalées, douleurs dentaires, etc.... Nombreuses douleurs dorsales qui semblent converger vers la bas ventre (du fait des ptôses et de la congestion de ces organes).

·       Peau de mauvaise odeur, sujette à des éruptions chroniques, vésiculeuses, notamment autour de la bouche (dont l’herpès labial cataménial), transpiration localisée (aisselles et pieds) et irritante. 

            Dans ce contexte fait de dépression, de congestion veineuse (surtout portale), d’insuffisance hépatique et digestive, de ptôses (estomac, utérus particulièrement), SEPIA peut être un remède, sans doute l’un des plus importants du syndrome de Gougerot et plus précisément chez une femme au cours de sa ménopause ou après. Mais et curieusement : les matières médicales sont discrètes, voire muettes, sur la sécheresse buccale et oculaire. Alors que KENT précise dans son Répertoire la sécheresse buccale au degré fort et la sécheresse oculaire au degré moyen, il n’en parle pas dans sa matière médicale, et les autres auteurs non plus. Par ailleurs, il existe de nombreux signes articulaires pour justifier son indication dans le syndrome de Gougerot : dorsalgies avec sensation de faiblesse, douleurs tiraillantes convergeant vers la bas du dos, faiblesse des articulations, craquements au niveau des genoux et des chevilles, etc... 

            Enfin, lorsque l’on sélectionne les 5 symptômes suivants dans AIDE-HOMEO (version corrigée par nous) = Bouche/sèche + Articulations/douleurs + Nez/sec + Vagin/sec + Yeux/secs, l’ordinateur fait « sortir » 5 médicaments = LYCOPODIUM, BELLADONA, SEPIA, PULSATILLA et BERBERIS.

 
LYCOPODIUM 

            Les spores du pied de loup ont montré lors de leur pathogénésie, puis en clinique et en thérapeutique une action prépondérante sur le foie et l’appareil digestif = cible privilégiée qui explique que les signes à ce niveau sont obligatoires, mais ils apparaissent progressivement, atteignant la nutrition générale. 

            Ce qui frappe lors du premier contact, c’est le contraste entre la vivacité intellectuelle et l’impression de fatigue physique, du moins dans un premier temps car ce sujet peut offrir l’aspect d’une loque sénile précoce. 

Les troubles hépato-digestifs dominent et précèdent tous les autres : 

·       Appétit généralement bon, voire fort (fringale la nuit), mais vite rassasié, sans doute du fait d’une sensation de plénitude épigastrique, gastrique ou abdominale très précocement après les premières bouchées. Désirs de sucreries qui sont pourtant mal supportées.

·       Ballonnement précoce et pire entre 16h et 20h, amélioré en desserrant les vêtements, non amélioré par les gaz bien que le patient a la sensation qu’il serait soulagé.

·       Eructations brûlantes avec pyrosis.

·       Constipation fréquente, avec besoins inefficaces, selles insuffisantes, difficiles à expulser du fait de la présence d’hémorroïdes douloureuses, d’une constriction spasmodique douloureuse de l’anus...

·       Migraines ou céphalées d’origine hépatique : céphalée avec faim, surtout si le patient laisse passer l’heure du repas, hémianopsie verticale droite (ne voit que la moitié gauche des objets), céphalée congestive > en mangeant et au grand air, < par la chaleur du lit. Latéralité droite dominante pour tous les troubles.

·       L’atteinte de la nutrition commence avec les troubles dus à l’acide urique, à l’urée, au cholestérol...

·       Etc... 

            Ensuite, il est indispensable de retrouver quelques signes psychiques: 

·       Dépression réactionnelle, faisant suite aux troubles hépato-digestifs.

·       Sujet extrêmement sensible, ayant besoin d’affection, de compréhension, peut-être d’admiration, mais doutant de lui-même, ressentant sa sensibilité comme une faiblesse et tentant de la camoufler par un comportement autoritaire, cassant, coléreux, irritable, surtout avec ses proches (ce qui rappelle Nux vomica).

·       Peurs : d’entreprendre une nouvelle tâche dont il se croit incapable, de paraître en public, qu’un malheur n’arrive, d’oublier quelque chose, de la solitude.... 

            Voici donc quelques signes caractéristiques  de LYCOPODIUM, même si le tableau mériterait d’être complété. Le syndrome de Gougerot s’exprime à l’évidence : 

·       Sécheresse buccale (degré fort) mais avec ou sans soif particulière. Langue sèche, salive salée, mauvaise haleine. Herpès croûteux aux coins des lèvres, aphtes, ulcérations, gingivite ulcéreuse....

·       Sécheresse oculaire (degré fort) avec conjonctivite, blépharite, brûlure, prurit, sensation de sable sous les paupières, photophobie....

·       Douleurs articulaires : tiraillantes, déchirantes, avec raideur - Goutte chronique avec dépôts calcaires dans les articulations....

·       Sécheresse du nez, du vagin, etc... 

            Si LYCOPODIUM est décrit ici à très grands traits, il faut se souvenir qu’il est l’un des polychrestes les plus importants, qu’il correspond à des troubles nutritionnels plus ou moins graves liés à une insuffisance hépatique le plus souvent acquise par un mode de vie défavorable et à un blocage progressif des émonctoires (intestin, rein, peau, muqueuses). On reconnaît là à l’évidence la mode psorique. C’est justement l’état des émonctoires qui conditionne sa prescription, qui peut être délicate et doit être souvent préparée par des complémentaires à visée émonctoriale.

 
PULSATILLA 

            Remède végétal ayant une action profonde surtout sur le système veineux périphérique (congestion à tous les niveaux dont le petit bassin et le système porte) et sur les muqueuses (inflammations subaiguës ou torpides avec des écoulements épais et non irritants), il peut être indiqué dans le syndrome de Gougerot car sa matière médicale réunit les signes suivants :

·       Sécheresse buccale sans soif, salive épaisse comme du coton.

·       Sécheresse oculaire, sensation de sable, brûlure et prurit, conjonctivite, blépharite, dacryocystite, photophobie, larmoiement excoriant ou non, iritis, ulcère de la cornée...

·       Nombreuses douleurs articulaires

·       Sécheresse du nez, du vagin, de nombreuses muqueuses. 

            PULSATILLA convient à des troubles relevant du mode tuberculinique lorsque la circulation veineuse se trouve congestionnée (peut-être par des déchets résultant de destructions cellulaires du fait de la déshydratation et de la déminéralisation des cellules). 

            Le sujet PULSATILLA ne supporte pas la chaleur, surtout confinée, a besoin d’air frais même si cela le fait frissonner. La grande caractéristique de ce médicament est l’extrême variabilité des symptômes, quels qu’ils soient, dont les douleurs qui sont erratiques, changeantes, à début et fin brusques. Mais le psychisme est encore plus caractéristique = sujet « dépendant », recherchant l’amitié, l’affection, l’attention, souffrant en cas de manque, confiant et vite déçu, très émotif, larmoyant puis souriant, doux mais irritable, pouvant être agressif en cas de déception, amélioré par la consolation (au contraire de Natrum muriaticum et de Sepia).

 

NATRUM SULFURICUM 

            Le sulfate de soude joue un rôle presque aussi important que le chlorure de sodium dans le métabolisme de l’eau, la pression osmotique des cellules et les échanges cellulaires, mais en cas de perturbation, l’effet est contraire = à la déshydratation du chlorure de sodium s’oppose l’imbibition et la rétention d’eau dans les espaces cellulaires. C’est pour cette raison que NATRUM SULFURICUM se trouve placé en tête des médicaments du mode sycotique dans sa phase dite « hydrogénoïde ». Il est donc logique de retrouver chez les patients l’aggravation par l’humidité sous toutes ses formes, de nombreux troubles déclenchés et aggravés par l’humidité et le froid humide, y compris le comportement psychologique. A cette circonstance étiologique s’ajoute les conséquences du traumatisme crânien.  

            Les signes du syndrome de Gougerot sont réunis dans la matière médicale de ce médicament : 

·       Sécheresse de la bouche avec sensation de brûlure.

·       Sécheresse oculaire avec conjonctivite et blépharite = paupières rouges, enflées, brûlantes, collées, larmoiement et photophobie intense.

·       Nombreux troubles articulaires influencés par le froid humide. 

            Bien entendu, ces signes correspondant au syndrome de Gougerot ne sont pas les seuls. Mais le plus intéressant avec ce médicament, c’est la progressivité de l’apparition des troubles, progressivité que l’on retrouve certes dans d’autres médicaments. Imaginons plusieurs cas. 

n    Voici un patient qui n’a pas de morphologie particulière mais qui vient se plaindre de troubles buccaux mineurs comme une aphtose banale ou une sensation de brûlure ou encore une sensation de sécheresse buccale. Il n’y a rien de particulier sauf une seule chose = une tendance à la tristesse ou à la dépression qui se manifeste lorsque le temps devient humide. C’est là la première manifestation de la mise en œuvre du mode sycotique que l’on peut expliquer par plusieurs causes :  une série de vaccinations, ou un séjour prolongé dans un lieu humide, ou un traumatisme crânien, ou la prise de corticoïdes, etc... Bien entendu, à ce stade il n’est sans doute pas encore possible de poser le diagnostic de syndrome de Gougerot, même si la sécheresse oculaire ou les douleurs articulaires sont présentes. Mais le praticien homéopathe sait que ce syndrome fait partie des menaces qui pèsent sur ce sujet, de même que l’éventualité d’une maladie parodontale et hélas bien d’autres troubles. 

n    Voici un autre patient qui présente déjà des signes de cellulite et de rétention d’eau, sa silhouette s’est déjà transformée dans ce sens. L’aggravation par le temps humide et froid est encore plus manifeste. Quelques troubles digestifs sont apparus (comme la diarrhée urgente après le petit déjeuner), de même que quelques verrues ou autres productions cellulaires, dont la verrue plantaire. Le psychisme est plus atteint avec sa tendance dépressive, sa tristesse  (par la musique expressive), sa mauvaise humeur, son hypersensibilité au bruit, etc... Dans ce cas, l’indication de NATRUM SULFURICUM est confirmée et il est indispensable de le prescrire le temps nécessaire. En cherchant, on trouvera sans doute les marqueurs immunitaires du syndrome de Gougerot. Mais, chance pour le patient, tout est encore réversible. 

Penser à des complémentaires pour avoir une action plus efficace dans ces cas qui deviennent résistants aux traitements comme RHUS TOXICODENDRON qui présente une sécheresse buccale au degré fort, une sécheresse oculaire au degré moyen et des douleurs articulaires au degré fort, très nettement influencées par le froid humide. Ou encore RHODODENDRON qui est indiqué au degré moyen pour la sécheresse buccale et oculaire, ainsi que pour les douleurs articulaires elles aussi influencées par le froid humide. 

n    Voici enfin un patient présentant à l’évidence le type sensible du remède, c’est-à-dire une silhouette très nettement infiltrée, une aggravation très nette par le temps humide et froid.  Dans ce cas limite, on peut affirmer que toutes les menaces décrites dans la matière médicale sont déjà présentes à des degrés divers, pas seulement le syndrome de Gougerot (qui reste une éventualité mais pas une obligation) ou la maladie parodontale. Il est évident qu’à ce stade évolutif du mode sycotique, le traitement ne sera pas aisé, il sera en tous cas long et les résultats partiels.  

            Avec le ralentissement des échanges intercellulaires du fait de la rétention d’eau, les éléments de la réponse immunitaire sont immobilisés dans les espaces péricellulaires, expliquant la torpidité des inflammations qui traînent et récidivent, qui ne cèdent pas facilement aux traitements. Cela explique également la tendance aux mycoses et aux infections itératives de pratiquement toutes les muqueuses. On retrouve cela dans THUYA ou MEDORRHINUM. Les médicaments du mode sycotique sont souvent impliqués dans les maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux disséminé, le pemphigus, etc... 
 

SULFUR 

            On peut affirmer sans risque d’être démenti que SULFUR peut être cité dans toutes les pathologies tant est vaste et étendue sa pathogénésie. Tous les tissus sont concernés par l’action métabolique ou toxique du soufre. Cela n’autorise pas à le prescrire systématiquement sans individualisation ! 

  C’est un remède de fond du syndrome de Gougerot ou même d’une banale sécheresse buccale. Cette dernière est citée au degré fort dans le Répertoire de Kent. Elle est souvent associée à une sensation de brûlure avec soif.

                Nous n’en dirons pas grand chose parce que c’est un médicament trop connu. Rappelons seulement que c’est le principal médicament de fond du mode réactionnel psorique dans sa phase sthénique, celle des éliminations centrifuges, périodiques, salutaires et alternantes. On peut le voir indiqué dans de nombreuses maladies auto-immunes comme l’aphtose buccale, la maladie de Behçet, l’anémie de Biermer, la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux disséminé, la sclérodermie, le pemphigus ou la maladie de Duhring-Brocq.

                Il est fréquent de voir des patients Sulfur en parfaite santé en dehors de quelques petits troubles mineurs. Mais on voit aussi des sujets présentant quelques signes cliniques tels que la tendance à l'hypertension artérielle, une dyspepsie épisodique, voire une congestion veineuse avec des hémorroïdes et/ou des varices. Ces sujets sont en général intolérants à la chaleur d'une pièce ou du soleil. Tous leurs symptômes sont aggravés par et à la chaleur = prurit à la chaleur du lit obligeant à sortir les pieds et recherche d'une place fraîche dans le lit, sensations de brûlure un peu n'importe où = plante des pieds, paume des mains, peau, muqueuses dont la bouche, sensations de chaleur localisées, etc...

                 Les signes buccaux sont généralement banals = sensation de sécheresse subjective ou objective, sensation de brûlure, tendance aux troubles  périodiques comme les aphtes buccaux et les éruptions labiales ou péri labiales. La gingivite est fréquente, d'abord érythémateuse, puis avec des gingivorragies le plus souvent contemporaines de troubles digestifs, avec une évolution progressive vers la maladie parodontale, débutant avec prédilection au niveau du bloc incisivo-canin, inférieur surtout (congestion veineuse).

                  Cependant, les grandes tendances du médicament doivent être retrouvées:

Périodicité des troubles dans toute l'anamnèse.
Coexistence, successions et alternances des troubles (affections cutanées et atteinte d'une muqueuse...
Tendance aux troubles parasitaires.
Parfois, manque de réaction aux médicaments homéopathiques pourtant bien indiqués.

                  SULFUR est, de loin, le médicament de fond du mode réactionnel psorique. Il est très utile de se reporter à ce chapitre pour une information plus approfondie.


CALCAREA CARBONICA
 

            Ce médicament dit « constitutionnel » est également indiqué dans la plupart des maladies auto-immunes. Et donc dans le syndrome de Gougerot. On ne dira ici que peu de choses, en rappelant seulement sa tendance au ralentissement métabolique, à l’obésité, aux troubles digestifs, sa mauvaise résistance aux infections dues souvent au froid humide, sa fatigabilité, etc...  Voici les signes les plus caractéristiques:

·      La tendance à l’obésité qui est naturelle, mais dans des circonstances inhabituelles, ce sujet peut maigrir (type maigre).

·      La notion de lithiase biliaire ou rénale

·      Des alternances entre des troubles cutanés (eczéma, éruptions diverses avec suppuration et adénopathies) et des troubles muqueux (ORL = rhino-pharyngites itératives qui ont été très fréquentes dans l’enfance mais qui ont persisté moins fréquemment à l’âge adulte - mais par la suite bronchites chroniques ou asthme rebelle ou emphysème, avec < par le froid humide qui est souvent la cause déclenchante) ou des troubles digestifs (par surcharge alimentaire, appétit pour des aliments indigestes, dégoût de la viande, désirs d’œufs, digestion lente avec fermentations acides, insuffisance hépatique, intolérance au lait, constipation de plus en plus opiniâtre avec quelques débâcles diarrhéiques à la suite d’écarts de régime, coliques hépatiques et surtout néphrétique). Le tout aboutit à ce que l’on appelle des « troubles nutritionnels » avec modifications des constantes biologiques (cholestérol, acides gras, triglycérides, urée...) avec tendance scléreuse à tous les niveaux (arthroses, hypertension artérielle...).

            Tous ces troubles étalés dans le temps traduisent la mise en œuvre du mode réactionnel psorique. Mais du fait de la tendance constitutionnelle au ralentissement métabolique, ce sujet est contraint de mettre en œuvre plus ou moins précocement le mode sycotique qui s’exprime par : 

·      Une sensibilité au froid humide qui induit plusieurs pathologies (ORL +++).

·      Des proliférations cutanées (verrues planes de la face, verrues plantaires larges, polypes dans le nez, l’utérus, le vagin, la vessie..., des fibromes, des lipomes, des adénomes dont prostate, etc...)

·      Une atteinte rhumatismale comme la goutte ou tous rhumatismes aggravés par le froid humide, par les premiers mouvements et améliorés par le mouvement continué.

·      Une imbibition hydrique qui peut conduire à NATRUM SULFURICUM ou qui l’annonce lorsque s’accentue la sensibilité et l’aggravation au froid humide.. 

            Voilà donc le contexte clinique que l’on retrouve à divers degrés. Rappels des signes bucco-dentaires:

·      Carie dentaire et notamment aux collets, avec émiettement des dents.

·      Maladie parodontale avec poches suppurées, gencive œdématiée, décollement cervical, alvéolyse, gingivorragies importantes...

·      Sécheresse buccale pire la nuit avec salive acide. C’est un remède possible du syndrome de Gougerot, d’autant plus qu’il existe une tendance à l’inflammation avec tendance à la sclérose des glandes salivaires, dont surtout la parotide.

·      Tendance aux proliférations cellulaires = épulis, grenouillette, toutes tumeurs bénignes ou même cancéreuses (langue). Penser aussi au pulpomes  (tumeurs bénignes de la pulpe dentaire).

·      Tendance à la perlèche, aux mycoses, aux éruptions vésiculeuses.

            C’est bien davantage sur les signes psychiques et généraux qu’il sera prescrit comme remède de fond d’un syndrome de Gougerot chez les patients répondant à la similitude et réagissant un temps sur le mode psorique puis précocement sur le mode sycotique. 

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DE QUELQUES « PETITS » REMÈDES COMPLÉMENTAIRES 
 

            D’une manière générale, les médicaments de fond sont prescrits en moyennes ou hautes dilutions en prises espacées, une à trois fois par semaine. Selon les cas, les résultats sont parfois longs à venir et le patient peut se décourager.

            Il semble donc utile de compléter l’action du remède de fond par un ou plusieurs « petits » remèdes choisis selon la symptomatologie locale, que l’on donne en 4 ou 5 CH deux à trois fois par jour. Cette manière de prescrire semble donner de bons résultats. Voici quelques-uns de ces remèdes complémentaires.
 

ALUMINA: 

L’alumine est surtout un toxique du système nerveux avec grande faiblesse musculaire et tendance parétique généralisée (démarche chancelante, inertie mictionnelle, parésie intestinale avec constipation par inertie rectale. A cela s’ajoutent des troubles sensoriels , des vertiges rotatoires, un affaiblissement de la vue, des troubles de l’humeur et du comportement (nervosité, hâte), des troubles mnésiques.

         Mais ce qui nous intéresse ici c’est l’action de l’alumine sur la peau et sur les muqueuses au niveau desquelles elle provoque une sécheresse importante. Toutes les muqueuses sont concernées, dont celle de la bouche : sécheresse matinale, au réveil, avec parfois une salive acide ou sure - gorge sèche - intestin sec - vagin sec - nez sec, etc... 

         Le type sensible évoque celui de Lycopodium (qui contient de l’alumine) = sujet maigre, ridé, d’aspect vieillot, indécis, déprimé, se lamentant, commettant des erreurs par oublis ou confusion, ayant la sensation que le temps passe trop lentement. Malgré sa lenteur, il fait tout avec hâte parce qu’il veut finir avant d’avoir commencé. Dans certains cas frôlant la psychiatrie, le sujet a des phobies multiples, notamment pour les couteaux, la vue du sang ou des objets tranchants (tendance autolytique ou homicide). 

         On peut le donner en 5 CH trois fois par jour comme complémentaire de LYCOPODIUM par exemple ou encore de SILICEA qui contient également de l’alumine et qui a une grande sécheresse buccale. 
 

ALUMEN : 

         Il s’agit de l’alun de chrome, très proche de ALUMINA,  que VOISIN présente comme « un remède intéressant, trop peu connu et trop peu employé, généralement fidèle chez les vieillards affaiblis et bronchiteux chroniques ». Toutes les muqueuses sont sèches, notamment la bouche et la gorge (sensation de constriction avec dysphagie). Tout est sec, sauf les bronches (crachats abondants), constipation opiniâtre par sécheresse intestinale et inertie rectale, selles sèches et dures comme des cailloux. 

         Si les matières médicales sont très discrètes, le Répertoire donne les précisions suivantes : sensation de brûlure dans la bouche et à la langue, gingivite ulcéreuse, dysgueusies (goût amer, acide, mauvais, sucré), haleine fétide, bouche et langue sèches et sans soif, nez sec, larynx sec....
 

NUX MOSCHATA : 

         Il s’agit de la noix muscade si agréable en cuisine mais qui peut être toxique à forte dose. La pathogénésie a été réalisée en 1833 par Helbig et montre deux cibles privilégiées : 

Le système nerveux : 

·       Somnolence irrésistible, tous les troubles s’accompagnent d’une somnolence invincible.

·       Confusion des idées, perte de la mémoire (oublie ce qu’il veut dire ou ce qu’il est en train de faire). Le tout pouvant aller jusqu’à une grande indifférence.

·       Faiblesse et évanouissement.

·       Humeur changeante avec alternance de rires et de pleurs. 

La peau et les muqueuses (surtout digestives) : 

·       Grande sécheresse buccale, telle que la langue colle au palais et sans soif.

·       Le patient boit un peu d’eau et très souvent pour humecter sa bouche ou pour parler ou pour pouvoir avaler ses aliments.

·       Sensation de salive cotonneuse.

·       Sécheresse des yeux, avec difficultés pour le port de lentilles de contact.

·       Sensation que les aliments restent comme des blocs dans l’estomac.

·       Sécheresse de la peau qui ne transpire pas.

·       Sécheresse de la bouche, de la langue et de la gorge au moment des règles. 

         NUX MOSCHATA se trouve indiqué, et c’est pour cela un remède d’actualité, pour la sécheresse des muqueuses et particulièrement celle de la bouche, par effet iatrogène des médicaments psycholeptiques. Aucun autre médicament n’associe avec la même intensité la sécheresse de la bouche et la somnolence diurne irrésistible. Dans ce cas, il faut le donner en 15 CH au réveil, soit seul, soit en association avec un autre remède d’action plus profonde comme LYCOPODIUM ou CALCAREA CARBONICA.

 
BRYONIA : 

         La bryone est bien connue pour son extrême sécheresse des muqueuses, notamment celles de la bouche, des lèvres (fines squames sans cesse arrachées), de la gorge, du pharynx,  avec une soif intense pour de grandes quantités d’eau froide à de longs intervalles. Mais le plus souvent cette sécheresse accompagne un syndrome inflammatoire des mêmes muqueuses. 

         On peut le donner pour un syndrome de Gougerot, en dehors du contexte inflammatoire, comme complémentaire de NATRUM MURIATICUM, en 4 ou 5 CH deux à trois fois par jour.
 

BERBERIS VULGARIS : 

         Remède de prescription courante qui peut convenir au syndrome de Gougerot pour les raisons suivantes : 

·       Bouche sèche  avec une salive diminuée en volume, épaisse, comme du coton.

·       Sensation de sécheresse oculaire et de sable sous les paupières.

·       Douleurs articulaires, lombaires, sacrées, goutte par uricémie. 

         BERBERIS s’adresse essentiellement à des sujets atteints de troubles hépatiques, rénaux, urinaires avec lithiases rénales et/ou hépatiques, coliques néphrétiques et des troubles rhumatismaux par hyperazotémie, le tout complété de quelques troubles cutanés comme l’eczéma avec prurit violent, < au grattage et > par des applications froides. C’est dans ce contexte que se produit la sécheresse des muqueuses buccales et oculaires. 

         On le donne souvent comme « draîneur hépato-rénal » complémentaire de SULFUR, LYCOPODIUM, NUX VOMICA, CALCAREA CARBONICA, ou encore de PHOSPHORUS et THUYA.
 

CAPSICUM ANNUUM :

         Comme la noix muscade, le piment « pimente » la cuisine et certains peuples en abusent. C’est surtout un remède d’inflammation avec brûlure comme par le ... poivre ! ! ! 

         Ce n’est donc pas à proprement parler un remède du syndrome de Gougerot, mais parfois de sécheresse buccale avec sensation de brûlure chez des sujets plus ou moins alcooliques et surtout nostalgiques et déracinés = nostalgie de la région ou du pays quittés souvent pour des raisons indépendantes de la volonté des sujets. Il peut être un complémentaire de CALCAREA CARBONICA (obésité), de LYCOPODIUM, de SULFUR, de NUX VOMICA chez des alcooliques sédentaires.


SENEGA : 

         Il s’agit d’une plante de la famille des polygalacées, aux indications limitées mais qui présente la sécheresse buccale, oculaire et les troubles articulaires au degré moyen. Il peut donc être parfois indiqué, même si c’est surtout l’ordinateur qui le fera « sortir », chez des sujets âgés, atteints de troubles respiratoires (catarrhe bronchique, toux sèche, continue, violente, sécheresse du larynx,...), urinaires (cystites chroniques), oculaires ou neurologiques (parésies et paralysies, dont la paralysie faciale). Il peut compléter CAUSTICUM chez ces mêmes patients. CAUSTICUM possède d’ailleurs les trois signes majeurs du syndrome de Gougerot au degré moyen.
 

KALI BICHROMICUM : 

         Ce médicament est certes un remède de grande sécheresse des muqueuses, surtout bucco-pharyngées, avec une grande soif. Mais il est avant tout un remède d’ulcérations, souvent graves, avec des bords nets, comme taillées à pic à l’emporte-pièce, avec des douleurs erratiques et très localisées (le patient peut mettre le doigt sur la zone douloureuse, qui se déplace peu après).  

         L’alternance des certains troubles (rhumatismes - troubles digestifs dont la gingivite ulcéro-nécrotique) et la périodicité d’autres troubles (névralgies) évoquent le mode psorique, longtemps utilisé par ce sujet dont le physique évoque celui de CALCAREA CARBONICA, mais KALI BICHROMICUM est cependant plus souvent indiqué dans les troubles luétiques, comme en témoigne l’aspect des ulcérations nécrotiques, qui en fait un remède proche de MERCURIUS SOLUBILIS, autre remède de fond possible du syndrome de Gougerot. Le signe le plus caractéristique est le raclement de la gorge notamment le matin pour éliminer des mucosités adhérentes, gélatineuses et filantes.  

         Trois autres KALI sont précisés par la répertorisation : KALI CARBONICUM Kali nitricum et Kali phosphoricum
 

PETROLEUM : 

         Ce médicament possède bien les signes cliniques du syndrome de Gougerot au degré moyen. Il peut être indiqué pour cette affection chez un sujet ayant réagi longtemps par le mode psorique, mais parvenu à un stade de blocage des émonctoires, surtout cutané = peau très sèche, avec des éruptions suintantes, malodorantes, sensibles au toucher ou au frottement, avec des sueurs fétides des aisselles et des pieds. De plus, sa frilosité explique que l’hiver  ou le temps froid font apparaître des crevasses notamment aux doigts et aux paumes des mains, ou aux orteils, et même au bout du nez. On peut voir également des éruptions vésiculeuses d’abord, puis croûteuses aux mains, aux orifices (anus, commissures des yeux et des lèvres), aux régions génitales, aux sillons rétro-auriculaires, aux plis articulaires.  

         Il peut s’agir encore d’un sujet devenu tuberculinique, déminéralisé et anémique, frileux, présentant une grande sécheresse des muqueuses et de la peau, ayant conservé du mode psorique quelques alternances de troubles cutanés et muqueux.  

         Il peut complété dans de nombreuses affections, et dans le syndrome de Gougerot, des remèdes de fond comme PSORINUM (blocage des émonctoires, frilosité importante, éruptions cutanés) ou comme SILICEA (tuberculinique déminéralisé ayant une tendance à la suppuration...).

 

IL FAUT BIEN CONCLURE

 

            On peut dire avec le risque d’être accusé de faire de l’humour facile que ce sujet du syndrome de Gougerot n’a pas fait saliver nos prédécesseurs. Dans notre base de données d’articles d’homéopathie qui comprend actuellement plus de 10.250 fiches, nous n’avons trouvé qu’un seul article ! Sans compter le nôtre bien sûr. C’est un article de O. JULIAN intitulé : « Thérapeutique comparée de la maladie de Gougerot-Sjögren » paru dans la revue Les cahiers d’homéopathie et de thérapeutique comparée (1954 - deuxième fascicule - p. 181).  

            Comme cela a été dit dans l’introduction tout le problème devant un patient qui se plaint d’une sécheresse buccale est celui du diagnostic positif et différentiel. Très souvent depuis une ou deux décennies, ce sont les médicaments psychotropes qui sont incriminés et se pose alors le problème du sevrage. Mais dans ces cas, le problème thérapeutique est moins difficile et le pronostic plus favorable dans la mesure où l’on pourra trouver une solution de substitution à ces médicaments. 

            Le syndrome de Gougerot-Sjögren doit être confirmé et le laboratoire le fait en mettant en évidence un certains nombres d’anticorps spécifiques d’une maladie auto-immune en général , du Gougerot en particulier.  

            Lorsque le syndrome de Gougerot est confirmé, il se pose le problème du stade évolutif. L’homéopathie ne pourra donner un résultat que dans la mesure où les glandes concernées ne sont pas trop atteintes, en tout cas lorsque la sclérose n'est pas totale. Dans un cas ou deux, nous avons pu faire réapparaître une salive certes épaisse alors que le pessimisme s’imposait devant le tableau clinique. En dehors des remèdes indiqués par la symptomatologie, on peut tenter une action avec les médicaments ayant une action sur les glandes salivaires (congestion, hypertrophie, sclérose), par exemple les trois CALCAREA ou SILICEA, ou encore RHUS TOXICODENDRON ou BARYTA CARBONICA. 

            Rappelons pour finir que les médicaments proposés dans la présente étude ne sont pas les seuls. Une observation minutieuse permet ensuite une répertorisation efficace. Le traitement sera ensuite poursuivi le temps nécessaire, souvent plusieurs semaines, en vérifiant de temps en temps l’évolution et en corrigeant chaque fois que nécessaire la prescription. Notre tendance personnelle propose un remède de fond, en moyennes ou hautes dilutions espacées, complété par un ou deux médicaments d’action plus ponctuelle en 4 ou 5 CH en prises quotidiennes. Enfin, dans l’attente du résultat, il faut aider les patients avec les larmes ou la salive artificielles qui rendent de grands services.

 

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Dernière modification : 13 novembre 2011