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EXPRESSION BUCCALE
D’UN MODE REACTIONNEL

EXEMPLES = MEZEREUM, LACHESIS, SULFUR

 

  

            Dans la plupart des cas, une gingivite exprime un trouble local développé à partir de facteurs étiologiques bucco-dentaires, comme l’absence d’hygiène, la présence de tartre ou d’autres épines irritatives de la gencive. 

            Dans d’autres cas, notamment ceux pour lesquels aucune cause apparente n’est retrouvée malgré une investigation minutieuse, peut-on se contenter d’un traitement chimique classique ? Un chirurgien-dentiste homéopathe ne peut que répondre par la négative. La bouche n’est pas isolée du reste de l’organisme. Tout cela est banal à l’évidence. 

            Voici une illustration = un adolescent de 18 ans vient consulter pour une gingivite dont il souffre depuis deux jours. L’examen endo-buccal montre une bouche propre et aucune carie. On constate que c’est la gencive autour des molaires et prémolaires supérieures droites qui est œdématiée, qui saigne au moindre contact. Aucune cause dentaire n’expliquant cette gingivite, il est normal de penser à une éventuelle sinusite maxillaire. Imaginons que tel n’est pas le cas et éventuellement l’avis de l’ORL lèvera le doute. Dans un tel cas, que fait le dentiste « classique » ? Dans l’immense majorité des cas, il prescrit un antibiotique ou un antiseptique, associé éventuellement à un anti-inflammatoire si le contexte inflammatoire est important. Mais que se passe-t-il si, après une amélioration, la gingivite récidive au bout de quelques semaines ?  

            Devant le même cas, un dentiste homéopathe raisonne différemment. L’absence d’une cause locale l’incite à regarder « autour de la bouche ». Il pose quelques questions et apprend que quelques jours, voire une ou deux semaines avant la première gingivite, ce jeune homme a utilisé une pommade « miracle » pour faire disparaître une acné faciale qui le complexait. Lui sait immédiatement qu’il y a un rapport entre la suppression d’une éruption cutanée et le développement de la gingivite. Cette notion est totalement inconnue des « classiques », médecins ou dentistes. Les uns prennent en charge l’éruption et estiment avoir rempli leur devoir lorsque celle-ci disparaît. Mieux, le malade s’estime guérit. Les autres s’occupent des dents, détartrent s’il y a lieu, recherchent d’éventuels points d’occlusion pathogènes. Et si malgré tous ces soins, il y a toujours une récidive, les antibiotiques pallient un temps les inconvénients.  

            Seulement, dans cet exemple, il peut arriver que, quelque temps après la « guérison » de la gingivite, le patient souffre d’un asthme ou d’une entérite. Le médecin s’en occupe avec la même efficacité. Tout le monde est content. Mais aucun des « classiques » n’a compris les liens entre l’acné et la gingivite, et encore moins celui avec l’asthme ou l’entérite. Les homéopathes interprètent tout cela d’abord comme des alternances entre un trouble cutané et un trouble muqueux, consécutif à la suppression du premier. Puis l’asthme ou l’entérite comme une métastase consécutive à l’efficacité du traitement antibiotique itératif. Ils reconnaissent là des manifestations d’un mode réactionnel, en l’occurrence le mode réactionnel psorique et interprètent le traitement efficace de la gingivite comme la fermeture d’un émonctoire. Chez un jeune malade comme celui de l’exemple, en bonne santé générale malgré ces petits problèmes, le traitement homéopathique se montre particulièrement efficace, car après quelques temps, il n’aura ni acné, ni gingivite, ni asthme ou entérite.

 

            Voici un second exemple, un cas clinique réel de syndrome de SLUDER qui, est comme chacun le sait une algie vasculaire de la face débutant souvent au niveau des molaires supérieures. L’histoire de cette femme de 31 ans peut ainsi être résumée : vers l’âge de 15-16 ans elle a eu une acné traitée par une pommade elle aussi « miracle ». Peu de temps après elle a commencé à souffrir d’une aphtose buccale récidivante, plusieurs fois par an, très douloureuse, traitée uniquement par des topiques. Cette aphtose a curieusement disparu spontanément vers 29-30 ans. Et puis sont apparues les premières algies vasculaires. Tout a  commencé par des douleurs violentes au niveau de la première molaire supérieure droite. Ensuite, la douleur a évolué vers l’œil, puis vers l’oreille, etc… Il s’agissait de douleurs surtout brûlantes, ou encore battantes. A la supplication de la patiente, le dentiste a commencé par dévitaliser la molaire, puis par l’extraire, sans aucun changement dans les crises. Les crises se sont répétées épisodiquement, depuis deux à trois fois par semaine, tantôt plus fréquemment, tantôt semblant disparaître. On a ensuite posé le diagnostic de névralgie faciale, traitée par du Tégrétol. Devant les récidives, un service hospitalier a fini par poser le diagnostic de syndrome de SLUDER. Mais l’inefficacité des traitements a conduit cette patiente a consulté un homéopathe qui nous l’a adressé. Tous les symptômes locaux de la crise étaient présents dans un seul médicament = BELLADONA. Et toute l’histoire de la maladie se résumait dans SULFUR. Tous ces troubles n’étaient que la manifestation du mode réactionnel psorique. Le traitement de fond par SULFUR et celui de la crise par BELLADONA a permis, en plus de son efficacité, a vérifié les lois de HERING = d’abord l’évolution des troubles de dehors vers dedans qui est d’un mauvais pronostic puis avec le traitement homéopathique, guérison du dernier trouble (le syndrome de SLUDER) mais avec réapparition des aphtes buccaux, et ensuite de l’acné. Mais cette fois, la réapparition des troubles anciens dans l’ordre chronologique inverse n’a été qu’éphémère sur le plan clinique et la patiente, dûment informée, ne leur a opposé aucun traitement chimique et a eu la sagesse de la patience. C’est encore la vérification d’une des lois de HERING. 

            Il y a bien longtemps, Jean MEURIS (1914-1984) avait rapporté un cas de gingivite survenue peu après la sclérose des hémorroïdes. Le traitement de la gingivite avait réveillé les douleurs anales. Un homéopathe peut comprendre ce phénomène, qu’en est-il d’un « classique » ? La sclérose des hémorroïdes et le traitement antibiotique de la gingivite sont, pour les homéopathes, des erreurs thérapeutiques car ils constituent deux fermetures d’émonctoires. L’histoire ne dit rien de la suite, mais il est vraisemblable que ce patient a dû subir une autre pathologie, sans doute plus grave.

            Dans les exemples ci-dessus a été illustrée une notion qui a une valeur essentielle = la métastase à la suite de la suppression d’une éruption.  Et ce n’est pas par hasard que cette notion a été choisie parmi d’autres. En effet, un commentaire s’impose. 

            En 1788, HAHNEMANN avait abandonné la médecine malgré sa situation matérielle et familiale. Il pensait à juste titre que la pratique médicale de son temps était bien plus dangereuse que la « bonne nature ». Pour vivre, il faisait des traductions, écrivait des articles, publiait quelques ouvrages sur l’hygiène par exemple. Cette année-là HAHNEMANN publie un petit ouvrage : « Traité des maladies vénériennes ». Il avance une thèse originale à propos du chancre syphilitique. A cette époque, le chancre est systématique supprimé par des moyens un peu barbares = cautérisation à l’acide ou au fer chauffé au rouge, exérèse chirurgicale sans anesthésie et sans asepsie ! On imagine facilement ce que pouvait ressentir le supplicié et les conséquences infectieuses. Or HAHNEMANN affirme que cette intervention est inutile et même dangereuse. Pour lui, la maladie se répand dans l’organisme dès la contamination et celui-ci tente de s’en débarrasser par le chancre qui n’est rien d’autre qu’un exutoire somme toute salutaire et donc à respecter. Il faut reconnaître que cette thèse, qui s’est avérée exacte, n’a pas connu de succès. 

            On connaît la suite. En 1790, HAHNEMANN traduit la matière médicale de CULLEN, n’accepte pas les affirmations de celui-ci sur l’action du quinquina. Il entreprend une auto-expérimentation et constate que : « l’écorce de quinquina qui guérit la fièvre quarte peut aussi la provoquer ». Après 6 années d’expérimentations, il publie un article : « Essai pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales », puis en 1805 une première « Matière médicale pure » comprenant l’étude pathogénétique de 27 souches. Enfin en 1810, il publie « l’Organon de l’art de guérir », alors que le titre allemand est « Organon pour une médecine rationnelle »,  le terme « rationnelle » convenant mieux à la démarche intellectuelle d ‘HAHNEMANN. Et puis HAHNEMANN continue son travail de médecin en mettant en œuvre sa nouvelle méthode, l’homéopathie. Rapidement, il constate que le principe de similitude si éprouvé dans le traitement des maladies franchement aiguës ou accidentelles, ou encore épidémiques si fréquentes à cette époque, se montrait insuffisant, voire inefficace dans le traitement des maladies chroniques, qui récidivaient à la moindre occasion.  

            Après maintes réflexions, HAHNEMANN finit par comprendre que son principe de similitude était exact, mais mal appliqué dans les maladies chroniques. Pour la simple raison que l’on s’efforce de déterminer le « remède semblable » à partir des symptômes de l’épisode aigu qui a motivé la dernière consultation. C’est donc une application trop restrictive car elle ne tient compte que du dernier avatar alors que la maladie existait bien avant. D’où l’idée de rechercher des symptômes présents chez le malade depuis le début de sa maladie chronique et qui reviennent dans l’histoire de cette maladie. Pour ce faire, il est nécessaire d’interroger le malade sur toute son histoire, c’est ce que l’on appelle l’anamnèse, notion bien connue aujourd’hui mais nouvelle et innovante à cette époque. Or, en interrogeant de nombreux malades, HAHNEMANN découvre que dans la plupart des cas, les malades ont entamé leur maladie chronique après la suppression d’une éruption cutanée, pruriante le plus souvent. Et à cette époque où la nosologie n’était que balbutiante, les dermatoses pruriantes étaient considérées comme des manifestations galeuses. 

            L’histoire ne le dit pas, mais peut-être qu’HAHNEMANN est sorti un jour de son bain en criant à l’étonnement de son entourage : « Euréka, j’ai trouvé ! ». Et c’est là que l’histoire du chancre ressurgit. La suppression du chancre « enfermait » la maladie dans l’organisme par suppression de son exutoire salutaire. Et si la suppression de l’éruption galeuse avait la même conséquence ? Hypothèse qui est apparue bien fondée par le traitement homéopathique à partir des symptômes du malade retrouvés d’une manière constante tout au long de l’histoire de sa maladie. La cerise sur le gâteau, le dernier argument irréfragable = après le traitement, le malade voyait réapparaître sa dermatose originelle, que la poursuite du traitement homéopathique faisait à son tour disparaître, sans intervention externe.   

            La suite a été maintes fois racontée au stage d’homéopathie bucco-dentaire de l’A.O.S.H. = c’est la théorie des maladies chroniques d’origine miasmatique. Les « miasmes » étaient l’explication de ce temps pour expliquer la contagiosité des maladies infectieuses, car on ne connaissait pas encore le rôle pathogène des microbes et de leurs toxines. Mais le roc sur lequel repose l’édifice conceptuel de HAHNEMANN est celui des conséquences fâcheuses des suppressions cutanées.  Cette hypothèse est devenue une réalité clinique mainte et mainte fois constatée par plusieurs générations de praticiens.  

            Sans développer ici une fois de plus la conception miasmatique des maladies chroniques, résumons ainsi = voir le sujet "Conception du terrain en homéopathie". Pour HAHNEMANN, il existe trois maladies chroniques, toutes trois conséquences d’une suppression pathologique : 

  1. La plus fréquente (7/8°) est due à la suppression d’une éruption galeuse à l’origine de la décompensation. Comme cette éruption était supposée de nature galeuse, HAHNEMANN a décrit les conséquences de la suppression sous le terme générique de « psore » (du grec psora = gale).
  1. La seconde est due à la suppression d’un chancre syphilitique et HAHNEMANN qui ne confondait pas la cause et ses conséquences appela cette maladie chronique « luese venerea ».
  1. La troisième, de loin la moins fréquente et la moins grave, est due à la suppression d’un écoulement urétral (HAHNEMANN ne connaissait pas le gonocoque). Comme les conséquences étaient la formation de constructions cellulaires (verrues, condylomes…), HAHNEMANN a appelé cette maladie « sycose » du grec syko = figue (par ressemblance de ces tumeurs avec ce fruit).

 oOo 

            Par la suite et après les découvertes de PASTEUR, la notion de « miasme » est devenue obsolète et on l’a remplacée par celle de « toxines » microbiennes qui polluaient une lignée familiale. Au lieu de maladies chroniques, Antoine NEBEL a défini des « diathèses », terme signifiant « prédisposition » à telle ou telle toxine. Il a poussé son étude jusqu’à décrire les conséquences de l’imprégnation toxinique de la lignée familiale, expliquant ainsi trois morphologies de base, répondant chacune à l’un des médicaments homéopathiques dits « constitutionnels », à savoir CALCAREA CARBONICA, CALCAREA PHOSPHORICA et CALCAREA FLUORICA. Ces conceptions du début du XX° siècle ont profondément marqué les praticiens homéopathes, au point que les plus âgés exerçant actuellement en sont encore imprégnés. Notamment, le stomatologiste et orthodontiste Bertrand de NEVREZE, à partir des années 1914-1915 a abondamment décrit des types morphologiques maxillo-dentaires découlant des trois constitutions de base (carbonique, phosphorique et fluorique). Il a été, à notre connaissance et dès 1914, le premier auteur a incriminé le rôle des toxines (tuberculeuse et syphilitique) dans la cariogenèse et le développement maxillo-dentaire.  

            Plus près de nous, juste après la seconde guerre mondiale, Henri BERNARD a bouleversé des notions que l’on croyait définitivement acquises. Grosso modo, il mettait en avant le rôle des trois feuillets embryonnaires dans le développement des types morphologiques. Mais pour expliquer le développement prépondérant ou insuffisant de l’un des trois feuillets, il conservait une fois encore la notion de toxines microbiennes qui polluaient la lignée familiale. Mais il proposait une nouvelle approche des constitutions, en mettant une constitution équilibrée, se défendant particulièrement bien et correspondant à SULFUR sur le plan thérapeutique, car il répond le mieux aux problèmes pathologiques de ces sujets. Il considérait la constitution carbonique comme déjà engagée dans la pathologie car s’adaptant aux agressions de la vie par un ralentissement métabolique général et endocrinien. La constitution phosphorique était pour lui également pathologique car subissant dès le début de la vie l’agression de la toxine tuberculeuse. La constitution fluorique était rétrogradée au rang secondaire sous forme de biotypes mixtes, les stigmates dus à la toxine syphilitique s’ajoutant aux autres. 

            A la fin des années 50, Roland ZISSU a proposé dans une monumentale « Matière médicale homéopathique constitutionnelle » une conception assez proche de celle de BERNARD, ajoutant aux deux toxines microbiennes (tuberculinique et syphilitique) deux toxines endogènes (psorique et sycotique). Par la suite dans le courant des années 70, cet auteur a révisé ses conceptions, reconnaissant que les fameuses toxines qui avaient dominé les explications physio-pathologiques ne pouvaient plus être plus considérées que comme des hypothèses séduisantes certes,  mais qu’il fallait abandonner parce que n’ayant jamais fait la preuve de leur existence, du moins dans la conception homéopathique. 

            Enfin, dans les années 1980, Michel CONAN-MERIADEC a entrepris une nouvelle étude clinique, démontrant les erreurs d’interprétation d’HAHNEMANN et redonnant à l’homéopathie son essence intrinsèque = elle est une médecine réactionnelle, et rien d’autre. Un malade réagit à un agent pathogène par un ensemble de symptômes, les volontaires réagissent à l’action d’une substance active par un ensemble de symptômes. La similitude des deux groupes de symptômes autorise le praticien à donner au malade la substance ainsi définie, à la dilution convenable. CONAN-MERIADEC avance l’hypothèse que si les deux ensembles réactionnels sont semblables, c’est sans doute parce que l’agent pathogène chez le malade, la substance active chez les volontaires sensibles, ont mis en œuvre les mêmes mécanismes réactionnels, ce qui explique la similitude des réactions. CONAN-MERIADEC décrit, à côté de réactions individuelles, des réactions de groupe permettant de classer les malades en 4 grands groupes, correspondant sans doute à 4 tactiques défensives de l’organisme. Il préfère remplacer le terme de « diathèse » par celui de modalité réactionnelle générale. Pour chaque mode réactionnel, CONAN-MERIADEC conserve les descriptions cliniques, les trois de HAHNEMANN (psore, sycose, luétisme) et celle de NEBEL (le tuberculinisme). 

            Nous n’allons pas plus loin ici dans ce survol des conceptions, et nous laissons de côté les polémiques suscitées par Denis DEMARQUE, réduisant les diathèses à deux (psore et sycose, le tuberculinisme n’étant qu’un sous-groupe de la psore et le luétisme n’étant qu’une vue de l’esprit !).  Nous avons constaté à ce sujet de nombreux cours et publications.
 

LES MODES REACTIONNELS AU CABINET DENTAIRE
EXEMPLES =  TROIS MEDICAMENTS
SULFUR – MEZEREUM - LACHESIS

 

            Il faut préciser, même si cela semble aller de soi, qu’une pathologie bucco-dentaire n’est pas à chaque fois l’expression d’un mode réactionnel. Par exemple = une glossite accidentelle ou une gingivite par avitaminose, etc… Mais il arrive parfois que la constatation de troubles locaux ne puisse se comprendre qu’insérer dans un processus plus général. C’est l’exemple d’une aphtose buccale banale ou d’une gingivite érythémateuse qui peuvent ne rien avoir de particulier sinon qu’elles alternent avec une éruption cutanée ou qu’elles suivent sa suppression intempestive. Voici une explication à partir d’un médicament = SULFUR.
 

SULFUR 

            HAHNEMANN a fait des découvertes fondamentales et il était sans doute doué d’une grande intuition, même si parfois ses interprétations n’ont pas résisté à l’épreuve du temps et aux découvertes scientifiques. Ainsi, il pensait que sa maladie chronique appelée « psore » représentait environ 7/8° des maladies chroniques et il en avait conclu à l’universalité de la contagion galeuse. Il suffisait de serrer la main d’un galeux pour l’attraper ! Aujourd’hui, on pense que le mode psorique est universel parce qu’il correspond à une tactique défensive physiologique = l’organisme a des besoins et des besoins énergétiques. S’il satisfait à ses besoins par des apports équilibrés, il reste en équilibre. Si les apports sont insuffisants, il y a des carences. Mais si les apports sont excessifs, l’organisme doit éliminer les excès sous peine d’auto-intoxication. C’est pour cette raison que dans un premier temps, les émonctoires sont sollicités et en premier lieu l’appareil digestif. Lorsque celui-ci devient déficient par excès fonctionnel, l’organisme cherche des émonctoires de suppléance = la peau, les muqueuses, puis les séreuses. Mais aussi longtemps que les éliminations sont assurées, naturellement ou par les voies de suppléance, l’organisme reste en équilibre, certes parfois instable. Dès que les émonctoires deviennent à leur tour insuffisants ou si une thérapeutique coercitive les ferme, alors le patient bascule-t-il dans une pathologie de plus en plus organique, puis lésionnelle.

             Toute l’histoire pathologique du mode réactionnel psorique se retrouve ainsi. Elle se confond avec tous les processus d’éliminations physiologiques. Uniquement par la clinique, HAHNEMANN a découvert le rôle prépondérant de SULFUR chez ce type de malades appelés psoriques. HAHNEMANN ne pouvait connaître ce que la biochimie a révélé bien plus tard après sa disparition = le soufre joue un rôle prépondérant dans tous les mécanismes d’élimination et de rejet des déchets métaboliques. Voici textuellement ce que nous apprend Roland ZISSU sur le rôle biologique du soufre : 

bulletLe soufre est un élément constitutionnel important de la molécule albuminoïde.
bulletLe soufre a une action capitale dans tous les processus biologiques de réduction et oxydation, sous forme de cystéine ou de cystine et de glutathion. Ces derniers contiennent tous deux du soufre dans leur molécule complexe. Le glutathion est contenu dans les surrénales et est modifié dans l’insuffisance surrénalienne. Le rôle du soufre dans la physiopathologie des surrénales est important. Or, SULFUR reflète fidèlement cet aspect glandulaire : Sulfur gras est un hypo-surrénalien alors que Sulfur maigre est un hyper-surrénalien. Nous avons là deux types glandulaires opposés, absolument opposés, mais qui correspondent l’un et l’autre au même remède SULFUR, ce qui s’explique par l’action du soufre dans la physiopathologie des surrénales.
bulletLe soufre sous l’aspect de groupement « disulfure » a une action sur la sécrétion d’insuline. Or, SULFUR est un des principaux remèdes de fond du diabète gras.
bulletLa vitamine B1 dite anti-névritique contient du soufre dans sa molécule. Or, cette vitamine combinée à l’acide diphosphorique, constitue le co-ferment de la carboxylase qui régit le métabolisme hydrocarboné. La carence de cette vitamine détermine les troubles polynévritiques du béribéri. Les troubles du métabolisme des sucres éclatent dans SULFUR, non seulement remède du diabète, mais remède de troubles névritiques. Et en lisant la Matière médicale, on constate que SULFUR a un désir violent d’aliments sucrés, probablement parce que c’est un sujet qui présente des troubles de sa fonction insulinique et que, par réaction, il a besoin de sucre, au même titre que NATRUM MURIATICUM, qui a des troubles du métabolisme du sel, a un désir de sel. 
bulletLe soufre est présent dans de nombreuses sécrétions physiologiques : tout d’abord dans la salive sous forme de rhodan, qui peut être décelé dans le sérum où il augmente au cours de certaines maladies comme l’ictère (Sulfur est un remède d’ictère) et au cours de l’insuffisance cardiaque (Sulfur présente dans sa pathologie des signes d’hypertrophie cardiaque). Le soufre est contenu également dans les acides biliaires, notamment dans la taurine qui n’est autre que l’acide sulfonique.
bulletEnfin, par l’acide sulfurique, le soufre sert à la détoxication des produits de putréfaction des albuminoïdes et en particulier des phénols. Cette action se reflète dans les selles de SULFUR qui sont particulièrement fétides. (Fin de citation).

Il faut encore ajouter que les immunoglobulines forment des paires réunies par des ponts disulfure, ce qui explique peut-être ou sans doute le rôle de SULFUR dans diverses pathologies allergiques ou auto-immunes. Mais en plus de sa présence dans diverses molécules participant aux métabolismes physiologiques, on trouve encore du soufre dans pratiquement tous les produits d’éliminations = dans la peau notamment, dans la sueur, dans les sécrétions des muqueuses, etc… Cela n’a pas échappé aux officiels qui ont utilisé et utilisent sans doute encore le soufre en thérapeutique pour diverses pathologies : dans diverses dermatoses, parasitoses, catarrhes respiratoires purulents, rhino-pharyngites chroniques, rhumatismes, etc…

            Revenons à l’homéopathie et à la matière médicale de SULFUR, en commençant par les troubles bucco-dentaires :

bulletAutour des lèvres rouges et brillantes en même temps que sèches et brûlantes, il y a beaucoup de boutons d’acné et d’éruptions.
bulletL’intérieur de la bouche présente souvent sur la muqueuse des aphtes, des lésions de stomatite. Aucune de ces lésions n’a de symptômes très caractéristiques.
bulletAprès les repas, l’haleine peut être mauvaise, de même qu’il peut y avoir un goût amer le matin au réveil en même temps q’une salive d’un goût salé.
bulletLa langue est blanche au centre, mais rouge au niveau de la pointe et des bords.
bulletOdontalgies aggravées la nuit, en mangeant et par l’eau froide.

            Voila bien des signes sans caractères originaux et si l’on se contente de répertorier sur eux, de très nombreux médicaments sortent.

            Et bien ces signes banals prennent une autre valeur si l’on peut les insérer dans un ensemble de symptômes constituant :

bulletUne alternance entre une dermatose (supprimée spontanément ou après traitement) et un trouble au niveau d’une muqueuse comme celle de la bouche = aphtes, stomatite érythémateuse, etc…
bulletUne périodicité des troubles = rhume des foins par exemple, ou aphtose buccale désespérément banale par ailleurs : « Ca brûle ! ».

            Une remarque cependant = nous avons souvent écrit et dit que lorsque l’observation clinique se montrait très pauvre en symptômes lors d’une aphtose buccale récidivante (le patient est en excellence santé, il ne craint ni le temps froid, ni le temps chaud, il n’a pas de troubles digestifs, n’est pas constipé, dort bien, etc…), le remède est SULFUR et notre argument est l’efficacité de SULFUR 15 CH une fois par semaine, puis en 30 CH une fois par mois. Dans ce cas assez fréquent chez des enfants ou des adolescents, il est bien difficile d’expliquer l’indication de SULFUR et surtout d’évoquer le mode psorique car sont absents les facteurs étiologiques (excès alimentaires surtout). Nous avons avancé l’hypothèse d’une sorte de résurgence du mode psorique des parents, ou de l’un des deux. Mais rien n’est très sûr. Dans un cas aussi simple, il est difficile d’affirmer que l’aphtose est la manifestation d’une élimination au niveau d'une muqueuse et qu’il faut surtout ne pas la bloquer, sous risque de métastase plus gênante. Il peut s'agir d'une banal ennui sans conséquence.

            Dans les cas où les troubles sont plus prononcés parce que le patient est engagé depuis quelques années dans une vie sédentaire avec ses excès et erreurs alimentaires, il n’en va plus de même car cette fois la gingivite peut être interprétée comme une élimination et il faut la respecter. Ces fois-là, l’observation révèle sans aucun doute des signes caractéristiques aussi bien de SULFUR (priorité à la matière médicale) que du mode psorique.

            Quand les éliminations ne sont plus assurées, ce qui se produit progressivement, les troubles fonctionnels cèdent le pas aux troubles organiques et lésionnels. Paradoxalement, du moins en apparence, SULFUR devient de moins en moins indiqué, puis dangereux.

            Lorsque la décompensation s’aggrave, que les émonctoires deviennent déficients et donc les éliminations insuffisantes, l’organisme n’a pas d’autres ressources, pour maintenir son équilibre, du moins pour le tenter, que de mettre en œuvre  d’autres modes réactionnels. Le plus souvent et sans doute en raison de facteurs héréditaires, le sujet se met à grossir, son métabolisme se ralentit, il devient de plus en plus sensible au froid humide. On devine l’indication en particulier de GRAPHITES, remède dit « carrefour » par qu’exprimant en clinique deux tendances = le mode psorique devenu insuffisant (blocage des émonctoires = en particulier la constipation qui devient opiniâtre, la peau qui devient sèche, présente des éruptions torpides laissant suinter un exsudat épais et mielleux) et le mode sycotique (aggravation par l’humidité, le froid, torpidité des troubles, notamment cutanés, productions de constructions cellulaires, hypothyroïdie, etc …). Dans d’autres cas, plus rares, le sujet se met à maigrir, devient de plus en plus pâle, ses muqueuses se déshydratent…, bref on assiste à la mise en œuvre du mode tuberculinique, dont SEPIA peut jour un rôle charnière par le biais de l’insuffisance hépatique qui résulte des erreurs alimentaires et de la congestion veineuse, surtout portale, évolution que peut constater le chirurgien-dentiste notamment par les gingivorragies, au début dans les deux ou trois jours précédant les règles, plus de plus en plus fréquemment. Il subsiste parfois des réminiscences du mode psorique comme l’éruption périodique de « boutons » autour de la bouche ou d’un herpès cataménial, etc…

            Henri BERNARD (1895-1980) avait bien remarqué et a décrit ces deux évolutions à partir d’un sujet SULFUR bien équilibré et se défendant particulièrement. Ce sujet-là BERNARD l’avait baptisé SULFUR NEUTRE, parce qu’il n’utilisait que le mode psorique, mode physiologique, pour assurer son équilibre. Lorsque la décompensation se fait dans le sens du mode sycotique, BERNARD appelait ce sujet SULFUR GRAS ou SCLEREUX. Gras pour la raison évidente de la tendance à grossir, scléreux parce que le terme de l’évolution du mode sycotique se fait dans le sens de la sclérose. Lorsque la décompensation se fait dans le sens du mode tuberculinique, BERNARD désignait ce sujet SULFUR MAIGRE, car la tendance à l’amaigrissement est l’un des principaux signes de ce mode réactionnel.

            Bien entendu, la pathologie bucco-dentaire évolue dans le même sens que sur le plan général. L’aphtose buccale banale ou la gingivite érythémateuse évoluent vers des formes plus tenaces, de plus en plus rebelles aux traitements homéopathiques. Notamment, la gingivite évolue vers la maladie parodontale.

oOo

            Deux notions méritent un commentaire.

            Pendant longtemps, on a eu du mal à comprendre l’intrication de plusieurs modes réactionnels chez un même sujet. On comprenait mal comment on pouvait être à la fois « psorique » et « sycotique », ou « psorique » et « luétique ». Cette difficulté provenait sans doute de la conception du « terrain » compris alors comme des maladies chroniques, transmissibles héréditairement.

            Depuis les travaux et mises au point de Michel CONAN-MERIADEC (1921-2000),  la compréhension est plus facile. Les maladies chroniques ont cédé la place à des modes réactionnels généraux, c’est-à-dire des tactiques défensives de l’organisme vis-à-vis des facteurs d’agression de l’environnement. Chaque individu possède les 4 modes réactionnels dans son patrimoine génétique, du moins c'est ce que pensent ces auteurs. Mais selon son hérédité et son mode de vie, il met en œuvre celui qui lui convient le mieux, donc très souvent le mode le plus physiologique dont on a conservé le nom de « psore » en souvenir de HAHNEMANN et faute d’en avoir trouvé un nouveau mieux adapté. Et puis quand la nécessité se fait jour, il met en œuvre un autre mode réactionnel, jusque-là gardé en réserve, latent, qui n’attendait que l’occasion de s’exprimer.

            Pour utiliser une image dans la mode du temps, tout se passe comme dans un ordinateur. Cet appareil est livré avec de nombreux programmes = traitement de texte, tableur, base de données, traitement des images, montage vidéo, jeux, etc… La plupart des utilisateurs ne recourent qu’à deux ou trois d’entre eux et il est certain que de nombreux ordinateurs finissent leur carrière sans que personne n’ait utilisé tel ou tel logiciel. Mais à l’occasion, l’utilisateur peut très bien ouvrir un programme resté longtemps sans utilisation. Il existait bien, il attendait sagement dans un secteur du disque dur. De la même manière que le mode psorique est mis en œuvre par tout le monde, parce qu’il est un mode physiologique contre les excès d’apport nutritionnel, le traitement de texte d’un ordinateur est utilisé également par tous les possesseurs car c’est une fonction de base. Les autres programmes sont en réserve pour le cas où !

            La seconde notion est celle qu’un même médicament peut répondre à des troubles exprimant un ou plusieurs modes réactionnels. Ainsi voit-on des médicaments cités tantôt dans ceux du mode psorique, tantôt dans ceux du mode tuberculinique, tantôt dans ceux des 4 modes réactionnels. Le débutant s’y perd un peu et c’est compréhensible s’il n’a pas l’information nécessaire.

            En voici deux exemples = MEZEREUM et LACHESIS.
 

MEZEREUM

 Ce remède végétal, le "bois gentil" , arbrisseau de la famille des Thymalacées, a une action lésionnelle comparable sur bien des points à celle du mercure, au point qu'on l'appelle parfois le "mercure végétal".

          Voici d’abord les signes bucco-dentaires :

·      Sensation de brûlure continuelle dans la bouche.  Tendance scrofuleuse des gencives qui se déchaussent autour des dents.  Les dents se gâtent; les racines des dents se carient; douleurs dans les dents cariées; élancements tractifs, brûlants ou térébrants dans les dents et jusque dans les os des joues et des tempes ... (LATHOUD).

·      .. Les dents semblent trop longues, la douleur augmente si on les touche et par le contact des aliments.  Les douleurs s'aggravent le soir et ne siègent pas tant dans les dents cariées que dans celles dont la membrane alvéolaire est malade; parfois les gencives sont couvertes de vésicules brûlantes.  Dans tous ces cas, il est nécessaire de noter que les sujets sont travaillés par des éruptions cutanées qui reparaissaient assez régulièrement tous les étés" (LATHOUD, citant ESPANET).

          Deux points caractéristiques doivent être soulignés dans l'action de MEZEREUM: l’aspect et les modalités des troubles sont tout à fait dans  la lignée luétique, qui permettent de comparer ce remède aux MERCURIUS.  Mais la circonstance étiologique fréquente: suppression d'une éruption cutanée place ce remède dans la lignée psorique, avec comme complémentaires sur ce signe: SULFUR et PSORINUM.

Au niveau de la peau, point de départ fréquent de la décompensation, on note: inflammation violente aiguë avec des éruptions vésiculeuses, ulcéreuses toujours brûlantes et pruriantes.  Ces éruptions se répètent et deviennent chroniques.  Ce peut être: eczéma vésiculeux, impétigo, zona, herpès, ulcères variqueux, éruptions post-vaccinales ... Le plus souvent, on oppose à ces affections des traitements locaux, dont les pommades antibiotiques ou corticoïdes.

Quelques temps après la suppression de l'éruption cutanée, peuvent apparaître plusieurs troubles:

1.    Des névralgies: intercostales (post-zostériennes), faciales ou trigéminales, ressenties dans les os de la face, surtout dans le malaire, ou au niveau des molaires et prémolaires supérieures, localisation droite fréquente = douleur vive, souvent brûlante ou crampoïde, aggravée la nuit par le froid humide, interdisant le lavage du visage, améliorée par les applications chaudes, irradiant dans le voisinage ...

2.    Des affections muqueuses avec inflammation, irritation, ulcération, sécrétions brûlantes (yeux, oreilles, laryngite, ulcère gastro-duodénal, muqueuse génitale...) et au niveau de la bouche: gingivite ulcéreuse avec des douleurs brûlantes, ou parodontite aiguë localisée aux molaires et prémolaires supérieures, donnant parfois le tableau d'une sinusite maxillaire, avec des douleurs osseuses, rongeantes ou térébrantes, pires la nuit, à la chaleur du lit.  Parfois on peut voir un patient pour une glossite aiguë, insérée dans un syndrome digestif à type de gastrite brûlante, acide, entraînant un besoin de manger sans faim réelle, intolérance à la bière et aux graisses.

3.    Une dépression psychique avec tristesse, pleurs après soucis, le tout pouvant évoluer jusqu’à la mélancolie, avec indifférence envers tout, tous et soi-même, faiblesse de la mémoire (faits récents). Sur ce fond dépressif, quelques accès d’irritabilité = colères pour un rien, céphalée après vexation…

En raison de la circonstance étiologique fréquente (suppression d'une éruption cutanée)  et de la nature et des modalités des troubles muqueux et ostéo-périostés, MEZEREUM se place dans une double série de remède: la série luétique et la série psorique.

Si l'on voit le patient en temps utile, c'est-à-dire avant que la parodontopathie ne soit trop évoluée, il faut commencer le traitement par MEZEREUM pour améliorer les symptômes les plus gênants  (douleur évidemment), en expliquant au patient l'éventualité de la réapparition de l'éruption cutanée.  Mais la notion de chronicité impose la recherche d'un remède de fond d'action chronique, souvent MERCURIUS SOLUBILIS, complété par quelques doses mensuelles de LUESINUM 30 CH.  Ensuite, lorsque l'état général et local est amélioré, il est possible de trouver l'indication de SULFUR, qu'il faudra donner assez longtemps.  Si une intervention chirurgicale était indispensable en raison de la gravité des lésions parodontales, elle ne sera proposée qu'après amélioration de l’état général et local par le traitement homéopathique. 

 

LACHESIS :

          Médicament d'origine animale, le venin du serpent sururucu ou Lachesis mutus a une action particulièrement toxique. Sa première pathogénésie a été réalisée par Constantin HERING (1800-1880), sur lui-même, qui en gardé des séquelles tout le restant de sa vie. Voici d’abord les signes bucco-dentaires :

·      Gencives molles, spongieuses, saignant facilement. Rétractions gingivales, poches suppurées, parodontopathies.

·      Aphtes, ulcérations avec brûlure et cuisson (BOERICKE).  Stomatite, gingivite, angine de Vincent...(H. DUPRAT).

·      Ulcérations gangreneuses de la bouche; gangrène des gencives; ulcérations expansives de la bouche, ulcérations malignes.

·      Saignement, hémorragies noires de la bouche, ou après extraction. (BROUSSALIAN).

·      Langue : aphtes, glossite, « géographique », ulcérations, sensations de picotements, tremblement.

·      Palais : enflé, sec, brûlure, ulcération.

·      Grenouillette.

·      Dents : caries, douleurs à la mastication, pendant les règles.

·      Goût : amer, de cuivre, métallique.

·      Hypersalivation, salive épaisse, haleine fétide.

          Ce médicament est d'usage très fréquent au cabinet dentaire.  Quel que soit le type sensible du patient auquel il s'adresse, il y a un certain nombre de signes et de modalités caractéristiques qu'il est indispensable de retrouver:

·      Alternance de dépression matinale (deuxième partie de 1a nui t, réveil, matinée) et d'excitation vespérale (et première partie de la nuit).

·      Aggravation par l'arrêt d'un écoulement physiologique ou pathologique, et inversement amélioration par un écoulement, physiologique (règles) ou pathologique.

·      Latéralité gauche dominante: les troubles sont pires du côté gauche ou commencent à gauche et évoluent de gauche à droite (tout le contraire de LYCOPODIUM).

·      Troubles circulatoires avec bouffées de chaleur, tendance aux congestions, aux hémorragies, aux ecchymoses, aggravation par la chaleur...

·      Hypersensibilité tactile entraînant une intolérance à la constriction: vêtements serrés au niveau du cou et de la taille.

A partir de ces signes très importants, complétés par d'autres, l'usage clinique de LACHESIS permet de préciser les sujets les plus sensibles à l'action de ce venin, ou plutôt ceux chez qui il se trouve le plus souvent indiqué.

1/ Surtout mais non exclusivement chez la femme et la ménopause climatérique:

            En dehors de la castration chirurgicale, la ménopause évolue par paliers (ménopause c1imatérique) , les muqueuses gingivale et buccale présentent différents troubles pathologiques au gré de l 'état général.  La diminution des hormones sexuelles entraîne une atrophie de l'épithélium gingival , une involution des acini des principales glandes salivaires, le tout aboutissant à une gingivite érythémato-oedémateuse desquamative avec hyposialie, cette dernière pouvant être à l'origine de douleurs brûlantes.  Les répercussions cardio-vasculaires expliquent les gingivorragies.  Dans certains cas, les troubles du comportement retentissent sur la pathologie buccale, par exemple les douleurs constituent des stomatodynies, et l'inefficacité des traitements chimiques entraîne petit à petit une véritable cancérophobie (THUYA).  Enfin, le ralentissement endocrinien peut expliquer l'évolution de la gingivite en une véritable parodontopathie avec des poches suppurées, alvéolyse, dénudation gingivale, etc ...

On trouve l'ensemble de ces troubles dans la pathogénésie de LACHESIS avec la progressivité dans l'aggravation qui permet une action précoce, selon une évolution classique de SULFUR à LACHESIS, par le biais notamment de la suppression des éliminations que représente la ménopause.

Le choix de LACHESIS est assez facile à mettre en évidence: bouffées de chaleur avec tête chaude, thermophobie (chaleur confinée), céphalées congestives intolérance à toute constriction (col largement ouvert), palpitations violentes avec angoisse, sensations de constriction précordiale, ecchymoses au moindre choc, sommeil perturbé par des cauchemars (manque d'air, morts, d'enterrements dont le sien, ... ). Les troubles du comportement sont explicites: dans les périodes de dépression: tristesse, abattement, jalousie surtout vis-à-vis du conjoint, peur de la folie, conviction d'être persécutée; périodes d'excitation: loquacité extrême avec incohérence, agitation physique et mentale, vanité, autoritarisme, manie religieuse, etc... A cela s'ajoute, très souvent, une "persécution" du praticien qui se trouve, au moment de la consultation, agressé par un débordement de discours, de détails, de réponses aux questions aussi longues et embrouillées que certains discours politiques, puis lorsque la patiente est rentrée chez elle, des persécutions téléphoniques au cours desquelles cette femme donne des explications et apportent d'autres précisions sur des symptômes ou des troubles qu'elle a oubliés de donner lors de la consultation.

LACHESIS couvre toute cette période, parfois au début associé à SULFUR, qui supporte mal les blocages éliminatoires, puis par d'autres remèdes selon la symptomatologie.  Au début, la patiente peut venir consulter pour des gingivorragies abondantes les jours précédents les règles, qui disparaissent avec elles.  Ou pour une aphtose buccale ou pour une gingivite érythémateuse.  Ensuite, progressivement, la gingivite devient de plus en plus ulcéreuse.  Si les causes locales le permettent, une ou plusieurs poches peuvent apparaître, avec une tendance à la suppuration, dans un contexte de gingivite ulcéreuse hémorragique.  Théoriquement, il devrait exister une latéralité gauche prédominante, qui reste à vérifier par des radiographies panoramiques lorsque l'alvéolyse a commencé.

Donné en temps utile, LACHESIS donne d'excellents résultats, souvent spectaculaires sur l'état buccal.  Bien entendu, les troubles buccaux sont rarement isolés, il est donc normal de demander la collaboration du médecin.

2/  Chez l’alcoolique :

LACHESIS est l'un des médicaments homéopathiques de fond de l'alcoolisme chronique dont les conséquences sur l'appareil digestif d'abord, puis sur l'ensemble de l'organisme sont bien connues.  Au stade LACHESIS, le patient présente les deux phases d'excitation vespérale et la dépression matinale, les troubles hépato-digestifs sont ici plus marqués: inappétence, soif et désir d'alcool, foie douloureux et hypertrophié, nausées, hoquet, vomissements, sensibilité de la région épigastrique, mauvaise haleine, langue chargée, gingivite ulcéreuse très hémorragique, constipation opiniâtre, hémorroïdes procidentes, douloureuses ou diarrhée fétide et irritante par périodes.

Si l'on reçoit le patient le matin, il est alors de mauvaise humeur, bredouille les réponses, ne se sent pas bien, radote, tremble de tous ses membres. le soir, il semble plus en forme, parle d'abondance, il peut être agité, voire agressif.

L'état buccal reflète celui de l'état général : gingivite ulcéreuse périodique au début avec gingivorragies, "bouche sale" par manque d'hygiène, dépôts crémeux blanchâtres sur les dents, tartre abondant, puis des poches apparaissent avec des ulcérations plus ou moins profondes, hypersalivation nauséabonde, etc ...

LACHESIS couvre encore ici les différentes étapes, on en retrouve les principaux signes.  Il faut parfois compléter son action par d'autres médicaments selon le contexte clinique: SULFUR et NUX VOMICA très souvent, NITRI ACIDUM, MERCURIUS, THUYA, PHOSPHORUS, AURUM METALLICUM, LYCOPODIUM... Très souvent, on trouve une évolution physio-pathologique tant sur le plan général qu'odonto-stomatologique depuis le stade fonctionnel initial marqué par l’indication de SULFUR et de NUX VOMICA, au stade de 1 'atteinte hépatique et glandulaire avec LYCOPODIUM et LACHESIS, puis au stade lésionnel de l 'hépatocyte avec PHOSPHORUS.


3/ Les autres cas cliniques :

LACHESIS n'est pas indiqué exclusivement chez la femme ménopausée ou chez 1 'alcoolique.  Il donne de bons résultats chez l'hypertendu congestionné, chez des sujets présentant des congestions diverses: foie, tête, ovaires, etc ... chez lesquels on retrouve les principaux signes, dont les signes buccaux, dominés par la tendance hémorragique (gingivorragies, hémorragie per- et postopératoire, hémorragie de la pulpectomie ...). C’est un remède possible d’alvéolite.

La posologie tient compte du contexte clinique.  En raison de la toxicité du venin, les basses dilutions surtout répétées sont à proscrire.  A notre avis, il faut toujours commencer le traitement par une moyenne dilution, 7 CH une à deux fois par semaine, et ensuite moduler la dilution et la répétition des prises selon le résultat.

          Même si ce médicament est cité dans le chapitre des remèdes du mode luétique, il faut toujours garder à l’esprit son aspect polydiathésique. Le mode psorique a été rappelé par le biais des mauvais effets de la suppression des éliminations physiologiques ou pathologiques (notamment celle des menstruations qui explique ses fréquentes indications chez la femme ménopausée). C’est aussi un remède du mode sycotique par la désorganisation des mécanismes de défense immunitaire. Mais son action inflammatoire avec ulcérations et nécroses le place en bonne place parmi les remèdes du mode luétique.

 

EN CONCLUSION

            Il existe plusieurs manières de pratiquer l’homéopathie. Leur trait commun reste obligatoirement le principe de similitude, sans quoi il n’y aurait pas d’homéopathie (souffrance semblable).

            Beaucoup de praticiens homéopathes méconnaissent les conceptions du « terrain ». Soit par paresse intellectuelle, soit par dénégation, considérant qu’il ne s’agit que d’interprétations plus ou moins sérieuses, en tous cas sans intérêt pour leur pratique quotidienne. Les « unicistes » en particulier limite leur pratique à la détermination du simillimum et le prescrivent seul, le plus souvent en hautes dilutions, voire très hautes. Cette méthode exige une répertorisation rigoureuse car sans quoi, la maladie continue son évolution.

            Les tenants des conceptions du « terrain » considèrent que les modes réactionnels sont des cadres dans lesquels la maladie du patient s’inscrit avec une approche dynamique, chronologique = on sait d’où vient le malade, on prévoit où il irait sans prise en charge de son « terrain ». Bien entendu cette approche concerne essentiellement les maladies chroniques.

            Par exemple, une aphtose buccale récidivante impose la prise en charge du « terrain » sous peine de voir le malade rechuter à la moindre occasion. Ce qu’avait déjà remarqué HAHNEMANN, constatation qui l’avait conduit à réfléchir sur les causes profondes.

            Reprenons l’exemple de MEZEREUM, remède dit poly-diathésique parce que sa matière médicale inclut des troubles de plusieurs modes réactionnels. Si l’aphtose buccale de MEZEREUM peut être interprété comme une métastase morbide consécutive à la suppression d’une éruption cutanée, il est logique d’en conclure que le mode psorique s’exprime. Le traitement de fond comprendra à coup sûr SULFUR, plus rarement PSORINUM. Si l’observation ne révèle pas cette circonstance étiologique et que d’autres signes mettent en évidence le mode luétique, le traitement de fond comprendra à coup sûr quelques hautes dilutions de LUESINUM, le biothérapique diathésique de ce mode luétique.

            Chaque école de praticiens défend à juste titre sa pratique, avec parfois des arguments excessifs et des anathèmes injurieux. Notre pratique tient compte des modes réactionnels, nous n’imposons pas notre conception, nous la défendons tout simplement.

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Dernière modification : 13 novembre 2011