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INTERET DES NOTIONS DE "CONSTITUTIONS"
EN HOMEOPATHIE

 

S. Hahnemann

 

     La conception des "constitutions" n'a jamais fait l'unanimité du monde homéopathique. L'une des premières explications doit être recherchée tout d'abord dans le fait que ces notions sont apparues longtemps après la disparition de Samuel HAHNEMANN et certains idolâtres les ont rejetées d'emblée, sans chercher à les comprendre en justifiant leur attitude par "Le Maître n'en a pas parlé, donc ça n'existe pas !". 
      Ensuite et comme toujours lorsque apparaissent des idées nouvelles, la constatation de faits cliniques suscite des interprétations et des explications différentes, parfois opposées. Ce qui est  somme toute bien naturel. Les interprétations sont bâties à partir des données acquises de la science médicale du moment et chacun sait combien l'évolution est rapide. D'où la nécessité d'une adaptation des conceptions ou la proposition de théories réellement nouvelles, ce qui entraîne à nouveau des querelles d'écoles entre ceux qui y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux et ceux qui adoptent les nouveautés. 

            Aujourd'hui, lorsque l'on parcourt la presse médicale homéopathique (anémique hélas depuis une bonne décennie), on est surpris de voir que les notions de "constitutions" sont totalement absentes. Ou bien les auteurs reprennent-ils les notions anciennes, sans même tenir compte de certaines évolutions dont ils n'ont sans doute pas connaissance alors qu'elles ont été formulées il y a plus de 40 ans! C'est ainsi qu'on peut lire parfois des textes faisant référence aux constitutions minérales de NEBEL (type carbonique, phosphorique ou fluorique) en oubliant les remises en cause postérieures de M. MARTINY ou de H. BERNARD. Ou bien d'autres auteurs affirment-ils que ces notions sont ou bien obsolètes ou bien totalement inutiles dans la pratique de l'homéopathie. 

            Notre dessein dans ce cours est d'abord de rappeler les notions constitutionnelles, de préciser leurs caractéristiques essentielles, de détailler l'évolution des idées et de montrer qu'elles peuvent encore être utiles en cette fin du 20° siècle, même s'il convient de ne pas en faire le centre de la méthode homéopathique

 

COMMENT EST NÉE LA CONCEPTION

DES CONSTITUTIONS EN HOMÉOPATHIE ?

             Hahnemann avait bien remarqué que certains médicaments correspondaient en clinique à un type précis de malades, dont il pouvait dresser un "portrait". Par exemple, alors qu'HAHNEMANN a fait sur lui-même la pathogénésie de PULSATILLA, il précise dans sa matière médicale que ce médicament correspond le plus souvent à une jeune fille blonde, timide, rougissant à la moindre émotion. Force est de constater que ce portrait ne correspond en rien à la personnalité de Hahnemann !!!

           La première esquisse d'une conception constitutionnelle est proposée par un médecin homéopathe allemand, dans la seconde partie du XIX° siècle = Eduard von GRAUVOGL (1811-1877) .  GRAUVOGL était un biochimiste éminent et il a tenté d'expliquer les trois miasmes d'HAHNEMANN par trois états biochimiques: hydrogénoïde, oxygénoïde et carbo-nitrogène. Chaque état exprimait une prédominance d'un élément biochimique, respectivement l'hydrogène, l'oxygène et pour le troisième le carbone et l'azote associés. Mais nous n'avons pas trouvé des explications sur ces prédominances.
 

ANTOINE NEBEL
(1870-1954)
Le "père" des constitutions en homéopathie

 

       Cet auteur a marqué considérablement de son influence l'évolution des conceptions homéopathiques, sur plusieurs plans importants. Cependant, il faut comprendre que les idées se mêlent et s'entremêlent intimement et c'est par un souci didactique que l'on doit tenter de décrire en les dissociant.

             Lorsque NEBEL a entrepris ses études, soit à la fin du XIX° et au début du XX° siècle, les sciences médicales avaient connu un bouleversement considérable = la découverte des microbes et de leurs toxines. Aussi NEBEL entreprit-il une mise à jour des conceptions des maladies chroniques d'HAHNEMANN = les "miasmes "devenaient obsolètes et il paraissait nécessaire de les remplacer par les "toxines" bien plus modernes et plus conformes aux données les plus récentes de la science. C'est l'une des plus importantes révolutions apportées à l'homéopathie au début du XX° siècle.

             L'autre idée importante repose sur une constatation clinique. NEBEL remplace la notion de "maladies chroniques" d'origine infectieuse par celle de "diathèses" qui expriment une tendance, une prédisposition à faire telles ou telles maladies. A notre humble avis, il semble qu'HAHNEMANN avait bien entrevu cette notion sans pousser plus avant son raisonnement. En effet, après avoir constaté l'échec relatif de l'application du principe de similitude dans le traitement des maladies chroniques, HAHNEMANN avait abouti, après des années de recherche, à la nécessité de l'anamnèse, c'est-à-dire de rechercher chez un malade des symptômes revenant d'une manière constante dans toute l'histoire de sa vie. Il avait aussi remarqué que certains troubles des parents se retrouvaient chez les enfants. Il décrivait des familles d'eczémateux, qu'il appelait "galeux" ou d'asthmatiques, etc…

             Cette notion de prédisposition, de "diathèse", est importante car elle ouvre la perspective d'une action préventive: "prévenir vaut mieux que guérir" dit le proverbe. Mais comment pourrait-on prévenir une ou des maladies sans pouvoir apprécier le risque potentiel chez un patient ? C'est là qu'intervient la notion des constitutions qui reste encore confuse dans l'esprit de NEBEL. 

             Revenons un instant sur la découverte des microbes et des toxines, dont le bacille de KOCH  et le tréponème de la syphilis, qui vont jouer un rôle capital dans l'évolution des idées chez les homéopathes. Sans doute plus que la syphilis, la tuberculose a dominé les querelles médicales de la fin du XX° siècle. Les experts de divisaient entre les partisans de la contagiosité de cette maladie et ceux qui pensaient que le bacille de Koch ne pouvait se développer que sur un "terrain" prédisposé. Ces derniers affirmaient qu'une très grande partie de la population était "imprégnée" par la toxine tuberculeuse, mais que la maladie restait latente, ignorée et ne se déclarait qu'en certaines circonstances chez des sujets fragilisés par leur mode de vie, notamment les populations sous-alimentées ou vivant dans des conditions très défavorables.  En dehors de critères objectifs de l'existence d'une tuberculose latente chez certains malades, on parlait alors de "tuberculinisme", notion qui sous-entendait une prédisposition familiale sans doute héréditaire. Cette notion de tuberculinisme va prendre un sens original dans la pensée homéopathique.

             Ainsi, en ce début du XX° siècle, les médecins étaient convaincus que la tuberculose et la syphilis étaient responsables de nombreux troubles directement sur les sujets atteints ou indirectement par le biais de l'hérédité. On parlait volontiers d'hérédo-tuberculeux et d'hérédo-syphilitiques.

             D'autre part, Antoine NEBEL était un médecin homéopathe éminent. Il avait constaté comme les autres praticiens que le "type sensible" de certains médicaments d'origine minérale, essentiellement les trois sels de calcium = le carbonate, le phosphate et le fluorure, correspondait à trois types morphologiques. Le type sensible de CALCAREA CARBONICA correspond à un sujet bréviligne, trapus, lymphatique et lent dans toutes ses activités. Le type sensible de CALCAREA PHOSPHORICA correspond à un sujet longiligne, maigre, facilement anémique et fatigable, etc… Et enfin, le type sensible de CALCAREA FLUORICA correspond à un sujet de morphologie dystrophique, enclin aux hyperlaxités ligamentaires, un peu instable et aux réactions souvent imprévisibles.

             Pourquoi NEBEL a-t-il retenu particulièrement ces trois sels de calcium ? Sans doute parce que l'on pensait à l'époque qu'ils jouaient un rôle éminent dans l'ostéomorphogénèse, ce qui est certain pour les deux premiers, un peu moins pour le dernier, le fluorure de calcium. NEBEL propose alors une conception des constitutions humaines, basées sur la correspondance entre les types sensibles de trois CALCAREA utilisés largement en homéopathie et leur rôle respectif dans la croissance osseuse.

             Il décrit alors trois constitutions minérales de base = la constitution carbonique, la constitution phosphorique et la constitution fluorique.  Il lui restait à expliquer pourquoi l'un de ces trois sels prédominait dans le métabolisme osseux. Et c'est là que l'on retrouve la notion d'intoxinations par les toxines tuberculeuse et syphilitique. Il propose les hypothèses que la toxine tuberculeuse en faible quantité, présente dans une lignée familiale, influençait en l'excitant la thyroïde et les parathyroïdes qui jouent un rôle capital dans l'accélération du métabolisme aboutissant à une constitution longiligne, correspondant au type sensible de CALCAREA PHOSPHORICA, d'où le nom de phosphorique. La constitution carbonique résulterait de la non stimulation de la thyroïde par la toxine tuberculeuse. Et enfin, la toxine syphilitique provoque des perturbations dans les mécanismes de la croissance, sans doute par des troubles de la circulation sanguine, à l'image de ce que produit la syphilis, le tout aboutissant à des asymétries morphologiques caractéristiques de la constitution fluorique. NEBEL a également proposé une nouvelle interprétation des maladies chroniques de HAHNEMANN, les "miasmes" obsolètes étant remplacés par les toxines. Aussi ajoute-t-il d'autres hypothèses: la toxine tuberculinique qu'il croit à l'origine de sa constitution phosphorique, explique de ce fait la diathèse tuberculinique su fréquente chez ces sujets longilignes. Le ralentissement du métabolisme constaté chez les sujets brévilignes correspond à la diathèse sycotique. Enfin, la toxine syphilitique, outre la croissance défectueuse, expliquerait la diathèse luétique. La diathèse psorique semble absente, mais NEBEL la confond avec le tuberculinisme. 

             Cette nouvelle notion de constitutions minérales et des diathèses va connaître un retentissement considérable dans la pensée homéopathique car plusieurs générations de praticiens homéopathes vont en être imprégnées. Léon VANNIER (1880-1963) en France va leur donner l'essor étonnant. Cet auteur tend à la simplification et il ajoute aux trois constitutions de base, auxquelles on attribue un caractère de fixité à travers les générations, quatre étapes de décompensation, appelées tempéraments, à savoir et dans l'ordre: lymphatique chez l'enfant, sanguin chez l'adulte jeune, bilieux chez l'adulte d'âge mûr et bilieux chez le vieillard.

             On a fait le reproche, à juste titre, à Léon VANNIER d'une simplification excessive. Certaines mauvaises lui ont même fait le reproche d'avoir affirmé que la constitution carbonique était la moins concernée par les toxines parce qu'il était lui-même carbonique !!! VANNIER considérait donc la constitution carbonique au centre parce que la mieux équilibrée, la constitution phosphorique était d'origine hérédo-tuberculinique et la constitution fluorique hérédo-syphilitique

             Le risque de cette simplification était une prescription un peu systématique sur la notion biotypologique et non fondée sur la similitude des symptômes du malade et de son médicament semblable…

Quels que soient le bien fondé de ces critiques et le devenir de ces constitutions, il convient de les décrire. Mais il faut préciser que les trois types morphologiques décrits ici, s'ils correspondent à une approche schématique reposant sur de nombreuses constatations cliniques n'existent pas forcément à l'état pur dans la réalité clinique. Celle-ci ne montre en réalité que des biotypes mixtes.

 

LA CONSTITUTION APPELEE "CARBONIQUE"  ou  "BREVILIGNE"
(du fait de nombreux rapports avec Calcarea carbonica)

 

 

Morphologie:

Selon les explications proposées, les toxines héréditaires (essentiellement tuberculinique et syphilitique) seraient neutralisées au prix d'un ralentissement métabolique (hypophyse, thyroïde, parathyroïdes) et c'est pour ces raisons que le carbonique correspond au sujet petit et gros des caricatures, exemple Raymond Barre ! C'est surtout un sujet trapu, à l'ossature épaisse, généralement d'une taille plus petite que la moyenne, mais cela n'est pas obligatoire. Il donne l'impression d'un développement tout en largeur ou en épaisseur, au détriment de la longueur. On évoque à son propos la rondeur ou l'aspect carré. Pour les connaisseurs, il correspond au type digestif de SIGAUD = le visage en forme de poire, comme Louis-Philippe. Le visage est carré ou rond, le crâne brachycéphale, déséquilibré au profit de l'étage inférieur.

Les mains sont courtes, carrées, charnues, avec des doigts plus courts que la paume, à gros bouts carrés. 

Il existe une très nette hypolaxité  ligamentaire =  le bras forme un angle inférieur à 180° par rapport à l'avant-bras. Il en va de même pour les membres inférieurs. L'ensemble donne un aspect trapu, lourd, rigide, la motricité se fait avec une économie des gestes, une démarche pesante.

 

 

Tendances pathologiques:

             Pour Roland ZISSU, le carbonique présente naturellement une tendance à l'hypersurrénalisme et à un ralentissement de l'hypophyse, de la thyroïde, des parathyroïdes et des glandes génitales. Ceci explique le ralentissement métabolique général, qui le rend particulièrement sensibles aux facteurs de ralentissements du mode sycotique, notamment à l'imbibition hydrique, le tout aboutissant à une sclérose plus ou moins précoce.

             Les réactions du bréviligne sont habituellement lentes, progressives, chroniques, évoluant à bas bruits. Il est particulièrement exposé aux maladies de la nutrition = obésité spongieuse, par rétention hydrique, par surcharge alimentaire. Il est prédisposé au diabète gras, à la goutte, aux lithiases biliaires ou urinaires (Calcarea carbonica est l'un des principaux médicaments de la colique néphrétique). L'hypertension artérielle est fréquente, d'abord fonctionnelle puis par artériosclérose. Il a une tendance à l'hypercholestérolémie, aux perturbations des lipides,  à l'hyperazotémie.

            Enfin, l'eczéma est fréquent, commençant souvent dès l'enfance (cuir chevelu, fesses). Ensuite avec la mise en œuvre du mode sycotique, on constate des constructions cellulaires de toutes sortes, notamment des verrues. Les atteintes rhumatismales sont très fréquentes, évoluant vers des arthroses.

            D'une manière générale, le carbonique est sensible au froid, surtout au froid humide (autre facteur étiologique prépondérant du mode sycotique). Cette sensibilité au froid humide va s'accentuer progressivement au cours de la vie, plus ou moins précocement selon les facteurs étiologiques sycotiques = froid humide, vaccinations, médicaments perturbant le métabolisme de l'eau (corticoïdes, diurétiques…).

 Comportement neuro-psychique:

             Il est dominé par deux caractères essentiels = la passivité et l'économie. Le carbonique aime la paix, l'ordre, la méthode. Bien entendu, ces caractères doivent être modulés.

             Il existe un type équilibré du carbonique avec de nombreuses qualités = réalisateur méthodique, efficacité sans gestes inutiles, sans éloquence superflue, le tout avec une opiniâtreté persévérante. Mais le type déséquilibré se manifeste par une tendance à la paresse, à la passivité, partisan du moindre effort, entêté souvent, indifférent sur le plan affectif.

             En fait la lenteur habituelle de fond explique sans doute que dans la vie moderne trépidante, le carbonique se sent déphasé, décalé, incapable de soutenir le rythme demandé, ce qui peut expliquer de nombreuses peurs, voire un reli sur soi.
 

L'appareil bucco-dentaire:

Bertrand de NEVREZE (1877-1951) a particulièrement étudié ces problèmes car il était médecin, stomatologiste, homéopathe et professeur d'orthodontie. On peut résumer ainsi ses travaux sur la morphologie bucco-dentaire du carbo-calcique

·        Dents trapues, courtes, épaisses, aux racines courtes et épaisses, de couleur blanche (les   plus blanches de toutes).

·        Os alvéolaire souvent bien ou trop minéralisé. Tendance aux hypercémentoses.

·        Du fait de leur implantation solide dans un os dense, au cours de la vie, les dents ont une tendance à l'abrasion physiologique, favorisée de plus par des dents peu cuspidées et par une musculature faciale puissante.

·        Résistance naturelle à la carie dentaire, mais fréquence éventuelle des caries du collet.

·        Peu de problème sur le plan orthodontique = pas ou très peu de malpositions, voûte palatine aplatie, occlusion quasi parfaite.

·        En cas de chirurgie, la syndesmotomie est souvent nécessaire pour prévenir le risque de fracture des parois alvéolaires.

 

Noter:

A gauche = l'abrasion fréquente des dents chez la personne âgée

A droite = la blancheur et la forme carrée des dents

 

LA CONSTITUTION DITE  "PHOSPHORIQUE"  ou  "LONGILIGNE"

(du fait de nombreux rapports avec Calcarea phosphorica)

 

Morphologie:

             La taille est supérieure à la moyenne avec un développement tout en longueur au détriment de la largeur. L'accélération du métabolisme explique que le sujet n'a pas les moyens de grossir, il est donc maigre ou mince, et maigrit encore à la moindre occasion pathologique.

             Le visage est triangulaire avec prédominance de l'étage supérieur, ce qui correspond au type cérébral de SIGAUD. C'est l'exemple de Valéry GISCARD D'ESTAING, dont le biotype longiligne est opposé à celui de son ancien Premier ministre, R. BARRE. A la bradycéphalie de ce dernier s'oppose la dolicocéphalie du longiligne.  Les mains sont longues, notamment les doigts qui sont plus longs que la paume. Habituellement le bras et l'avant-bras forment un angle plat (photo).

Autre différence: à l'hypolaxité ligamentaire du bréviligne s'oppose l'hyperlaxité ligamentaire du phosphorique qui explique sa démarche souple, souvent élégante, mais aussi quelques difficultés articulaires comme la tendance à se tenir voûté, les pathologies de la colonne vertébrale.

 


Les tendances pathologiques:

             Il est toujours intéresser de noter que le phosphorique est la plupart du temps opposé au carbonique. Alors que ce dernier réagit avec lenteur à n'importe quelle agression, le phosphorique réagit vite, mais n'a pas les moyens d'une réaction de longue durée. Et il est amusant de souligner la correspondance avec la flamme du phosphore qui brûle vite mais pas longtemps.

             Il en résulte que le phosphorique s'épuise rapidement, aussi bien au cours d'un épisode pathologique = anémie, pâleur, asthénie brutale, amaigrissement, etc…, que même simplement au cours d'un effort intellectuel = enfant incapable de soutenir un effort mental prolongé, qui a donc besoin de pauses.  

            La mise en œuvre du mode tuberculinique préférentielle chez le phosphorique explique l'instabilité thermique (sujet frileux, qui a besoin d'oxygène, qui craint l'air confiné ou la chaleur d'une pièce…). Ce mode explique aussi les congestions veineuses très fréquentes, à chaque épisode pathologique, comme si ce mode, ayant besoin de minéraux, les prenait aux cellules, leur destruction consécutive entraînant des déchets qui encombrent la circulation veineuse.

             Le phosphorique est toujours menacé par des perturbations des minéraux. IL en a besoin plus que d'autres pour faire face à ses réactions défensives. Les minéraux peuvent manquer au moment de la minéralisation des dents, qui en porteront les stigmates pour le restant de la vie.

             Dans tous les cas de figure, le phosphorique est guetté par la déminéralisation et le rachitisme, qui peuvent aller, dans les cas extrêmes jusqu'à la cachexie.

 
Le comportement neuro-psychique: 

             Deux caractéristiques = l'hypersensibilité et la fatigabilité. On retrouve l'image de la flamme du phosphore = vite exalté mais vite épuisé. D'où un comportement cyclothymique, avec aucune endurance physique et mentale. La première conséquence est que la réussite d'une action est conditionnée à une courte durée, elle doit est réalisée dans la phase d'exaltation. Là encore c'est tout le contraire du carbonique. On peut rappeler que Frédéric CHOPIN, typiquement phosphorique, tuberculinique et même hélas tuberculeux n'a produit que des œuvres musicales de courte durée, car il était sans doute incapable de soutenir un effort de création durable.

             Ces caractéristiques expliquent que deux types de phosphoriques s'oppose = le type supérieur peut être un artiste génial, un intellectuel brillant, mais la productivité souffre d'irrégularités.  Le type déséquilibré donne un ambitieux, beau parleur mais superficiel, capricieux, guetté par la dépression mélancolique dès lors qu'une période de lucidité lui fait prendre conscience de la vanité de sa vie.  

L'appareil bucco-dentaire:

 ·        Dents longues, rectangulaires ou triangulaires, plus jaunes que celles du carbonique. Généralement les dents sont très cuspidées.
·        Ligament alvéolo-dentaire souple.
·       
Voûte palatine le plus souvent ogivale.
·       
Tendance à l'endognathie ou autres malpositions.
·       
Tendance aux caries, à l'hémorragie post-opératoire (PHOSPHORUS).

 

 

LA CONSTITUTION DITE  "FLUORIQUE"  ou  "DYSTROPHIQUE"
 

(en raison des nombreux rapports avec Calcarea fluorica)

 

 

       C'est la troisième constitution de NEBEL, mais par la suite elle a été rétrogradée par Henri BERNARD puis par Roland ZISSU au rang de constitution secondaire, parasitant les autres de stigmates fluorés (constitutions mixtes sulfo-fluorique, carbo-fluorique et phospho-fluorique). 

L'explication de cette constitution appelée aujourd'hui dystrophique fait appel à l'action dystrophique de la toxine syphilitique ou des facteurs luétiques.

Morphologie:

             La silhouette massive et tout en épaisseur du carbonique, ou celle tout en longueur et maigre du phosphorique laissent la place à des sujets de taille et de poids variables dont les traits communs sont l'asymétrie plus ou moins prononcée et l'hyperlaxité ligamentaire, ici au maximum. On associe souvent à ce biotype l'image du polichinelle, capable de positions extrêmes. certes, tous les fluoriques ne sont pas aussi caricaturaux et même on peut affirmer que la plupart des danseurs et danseuses répondent à ce biotype, ce qui souligne la grâce ou la beauté du corps. 

            Malheureusement, dans les cas critiques, les malformations ostéo-articulaires sont plus ou moins importantes, l'hyperlaxité ligamentaire prédispose aux pathologies articulaires précoces et parfois graves.

             Noter que les bras et les avant-bras forment un angle supérieur à 360°.

 

 

Les tendances pathologiques:

             Le fluorique est par nature prédisposé aux troubles de la croissance = déformations osseuses, malformations, pathologies osseuses précoces et graves, notamment de la colonne vertébrale. L'hyperlaxité ligamentaire s'accompagne d'un relâchement des fibres élastiques, expliquant une prédisposition aux troubles vasculaires, dont les anévrismes, les varices, etc…, sans oublier une très nette tendance aux inflammations à évolution ulcéro-nécrotique (en particulier aux aphtoses buccales).

             Enfin, le fluorique est prédisposé à l'induration des glandes et des ganglions, à la sclérose précoce, aux déformations osseuses de toutes natures (rhumatismes déformants en particulier).

 Le comportement neuro-psychique:

             Deux termes le définissent = l'instabilité et le paradoxe. Alors que le phosphorique peut donner une impression d'instabilité qui n'est que l'expression de la fatigabilité, à l'opposé du carbonique qui évoque le contraire, c'est-à-dire la stabilité par la lenteur et la régularité, le fluorique est un instable par nature, ce qui se traduit par l'indécision, l'agitation physique et mentale. La paradoxe s'exprime par des réactions inappropriées à la situation, parfois farfelues, versatiles et éphémères. Sans exagération ni systématisation.

             L'ensemble de ce comportement explique deux types = le premier équilibré peut correspondre à un sujet à l'intelligence intuitive, aux idées géniales et lumineuses mais la réalisation doit être rapide du fait de l'instabilité, à comparer à la même situation chez le phosphorique vite fatigué. Mais le type déséquilibré peut donner un sujet caractériel, asocial,  enclin à la débauche et aux perversions de toutes sortes.


L'appareil bucco-dentaire:

             On trouve tout chez le fluorique, comme à la Samaritaine = denture normale, maxillaires parfaitement développés. Ou malformations dentaires, alvéolaires et maxillaires de toutes sortes. Les anomalies de forme, de nombre et d'implantation sont fréquentes = centrales énormes et latérales minuscules, dents supplémentaires ou absentes.

             Les dents peuvent être bien minéralisées, mais on trouve chez les sujets fluoriques une nette tendance aux anomalies de l'émail, à l'image de la fluorose chronique. De plus, l'os alvéolaire peut être mal minéralisé et c'est la voie aux maladies parodontales si fréquentes chez ces sujets. Fragilité des racines dentaires et os alvéolaire peu minéralisé expliquent la facilité des avulsions mais aussi quelques risques, comme le refoulement d'un apex de prémolaire dans le sinus maxillaire.

 

 

LA REMISE EN CAUSE

           

            Lorsque l'on veut aller à l'essentiel, on commet le péché de la réduction en laissant dans l'ombre des auteurs et des travaux qui ont participé à l'évolution des idées, chacun apportant une pierre à l'édifice, ajoutant un éclairage particulier ou soulevant un aspect méconnu ou enfin soulignant une orientation différente. Pour ceux que ces problèmes intéressent, nous renvoyons à la Matière médicale homéopathique constitutionnelle de Roland ZISSU et aux ouvrages de Henri BERNARD.

            La biotypologie n'a pas intéressé que les homéopathes. De nombreux auteurs "classiques" ont abordé ce problème et chacun a décrit des types constitutionnels avec des dénominations personnelles. Même s'il est parfois difficile de s'y retrouver, force est de convenir que les conclusions sont à peu de chose près très voisines, et c'est bien naturel. Il faut se limiter ici à citer seulement quelques auteurs éminents: CARTON, SIGAUD, SHELDON, CORMAN, PENDE…. et on arrive ainsi à Marcel MARTINY, qui est venu quelquefois présenter ces travaux à l'A.O.S.H., comme d'ailleurs Henri BERNARD.

             Bien plus biotypologiste qu'homéopathe, MARTINY aboutit à l'existence de 4 types constitutionnels expliqués par la génétique et l'embryologie, deux sciences médicales qui avaient commencé leur développement à son époque. A chaque feuillet embryonnaire = ectoblaste, endoblaste (ou entoblaste), mésoblaste et chorde, correspond un type morphologique car chacun donnant naissance aux différents appareils qui jouent un rôle déterminant dans l'organisme = système nerveux, appareil digestif, masses musculaires et appareil circulatoire, appareil cutané, etc...

            Et l'on arrive ainsi, en grandes enjambées à Henri BERNARD.

 

Henri BERNARD (1895-1980): 

Bernard a connu l'homéopathie grâce à CHAMOMILLA qui a soulagé rapidement les troubles d'une poussée dentaire de sa fille. Il reconnaît avoir subi l'influence de Henri DUPRAT et surtout d'Antoine NEBEL.

Bernard commence alors l'étude de l'homéopathie, en étudiant les médicaments dans l'ordre alphabétique ! Étude fastidieuse s'il en est ! Un jour, il assiste à une conférence du Dr JACQUELIN, grand spécialiste de la tuberculose qui décrit l'existence de types morphologiques à la tuberculose, grand fléau du 19° et début du 20° siècles. Bernard reconnaît dans les types décrits par JACQUELIN les types sensibles de CALCAREA CARBONICA, CALCAREA PHOSPHORICA ou SILICEA. 


          Au début du siècle, les médecins se divisaient entre ceux qui pensaient à la contagiosité directe de la tuberculose et ceux qui affirmaient que le bacille de KOCH ne pouvait s'épanouir que chez des sujets prédisposés. Et les homéopathes expliquaient cette prédisposition par la notion du tuberculinisme, car on était encore dans le sillage de la notion des miasmes d'HAHNEMANN, même actualisés par les toxines. Voici quelques phrases que l'on peut lire dans l'ouvrage de Henri BERNARD (Traité de médecine homéopathique) = "La tuberculose n'est pas une maladie qui éclôt au hasard: elle frappe certains individus et ménage les autres, et l'on peut à l'avance prédire quels seront les prédisposés = ce sont les descendants de bacillaires le plus souvent" - "On n'a jamais pu citer de cas indiscutables de contagion directe sans antécédents héréditaires tuberculeux", etc…

 Bernard accorde au système immunitaire et surtout au foie, première barrière contre les toxines, même chez le fœtus, un rôle capital dans le développement des types morphologiques. Et il semble faire une fixation sur la toxine tuberculinique, à défaut de toxine tuberculeuse. Pour lui tout s'explique par ces deux éléments = système immunitaire au niveau hépatique et toxine tuberculinique.

             Comme dans le même temps, Bernard est imprégné des nouvelles idées sur l'immunologie et l'embryologie, il trouve des concordances entre les types morphologiques et des perturbations des grandes fonctions vitales dont l'origine est les feuillets embryonnaires. Le système immunitaire provient essentiellement du feuillet moyen, le mésoblaste. Si ce feuillet se développe bien, ou trop bien, il assure au sujet une défense très efficace, parfois excessive (allergies). La morphologie de se sujet n'est pas influencée par les toxines qui ont été neutralisées, cela aboutit à une constitution équilibrée, à tous points de vue. Ce sujet se défend bine et la défense consiste à rejeter vers l'extérieur tout ce qui menace l'organisme, c'est donc la tendance centrifuge qui prédomine et Bernard trouve des corrélations avec le type sensible de SULFUR. Il décrit la constitution idéale,  car équilibrée et particulièrement capable de s'adapter au milieu de vie et de surmonter les agressions. C'est la constitution sulfurique.

           Et l'on retrouve dans ce biotype, capable d'une défense sthénique, des concordances avec le mode réactionnel psorique. La biochimie confirme le rôle éminent du soufre dans les processus d'élimination à tous les niveaux. 

             Lorsque, pour des raisons mal expliquées, le feuillet endoblastique se montre plus actif, c'est la tendance centripète qui s'exprime, c'est la fonction digestive qui prédomine et on retrouve la constitution carbonique avec CALCAREA CARBONICA, dont les troubles de l'appareil digestif sont bien connus. Au gré des générations, la constitution carbonique se confirme, le système immunitaire produit une défense par adaptation, par ralentissement du métabolisme. Et l'on constate progressivement chez les sujets carboniques, des troubles qui ont les caractères du mode sycotique avec leurs côtés tenaces, chroniques, récidivants, d'autant plus que ces sujets sont très sensibles au froid humide et déplorent au cours de leur vie, une tendance à la rétention d'eau, à l'imbibition hydrique.

             Enfin, Bernard affirme que, lorsque le feuillet ectoblastique domine, le sujet se montre incapable d'élaborer une défense spécifique efficace, notamment contre la toxine tuberculinique. Il réagit alors par une accélération rapide et brutale des oxydations métaboliques dans lesquelles on retrouve à l'évidence le mode réactionnel tuberculinique. Et toujours par similitude avec le type sensible de CALCAREA PHOSPHORICA, il décrit la constitution phosphorique.

             Ainsi et pour résumer, Bernard décrit trois constitutions de base:

 ·        La constitution sulfurique constitue un idéal par l'équilibre des trois feuillets embryonnaires, par une défense centrifuge particulièrement efficace, dont le soufre rend compte sur le plan métabolique et physiopathologique avec SULFUR comme médicament homéopathique de fond constitutionnel.

 ·        La constitution carbonique, ou bréviligne, résulte d'une prédominance du feuillet endoblastique, qui donne naissance à l'appareil digestif. La tendance centripète expliquerait une défense par adaptation = le sujet n'arrive pas à éliminer par les voies centrifuges, comme le sait le sulfurique. Alors tout se passe comme s'il stockait les déchets dans les espaces péricellulaires. R. ZISSU explique que c'est l'axe hypophyso-cortico-surrénalien qui prédomine.

 ·        La constitution phosphorique, ou longiligne, résulte d'une défense non spécifique, que Bernard explique par le débordement du foie par la toxine tuberculinique. Le sujet se défend alors par des accélérations du métabolisme, aboutissant au développement en longueur. R. ZISSU explique que c'est l'axe hypophyso-thyroïdien qui est sollicité en priorité.

      
          Ceux qui ont suivi le cours de ces explications se posent alors la question: "Mais que devient la constitution fluorique, décrite par Nebel ? ".

On peut répondre par une lapalissade, il n'y a que trois feuillets embryonnaires, et donc seulement trois constitutions. Nous avons déjà dit que Bernard faisait une fixation sur la tuberculose et la toxine tuberculinique. Il n'accorde pas à la toxine syphilitique un rôle aussi important que ses prédécesseurs. Aussi il affirme qu'il n'existe pas de constitution fluorique autonome, il pense qu'elle n'existe que sous forme de biotypes mixtes, qu'elle est secondaire et parasite les autres constitutions, surtout la constitution phosphorique.

 Il n'avait pas échappé à Bernard que les trois constitutions de base étaient théoriques, que l'on rencontre certes en clinique, mais celle-ci offre surtout des biotypes mixtes du fait des brassages génétiques multiples chez les ascendants.  Aussi il scinde la constitution sulfurique idéale en deux autres biotypes qui forment comme un pont entre les biotypes. Lorsque l'on a affaire à un sujet réellement sulfurique, qui ne réagit que sur le mode psorique dans sa phase sthénique (c'est la prédominance clinique des éliminations centrifuges), Bernard le désigne par le terme SULFUR NEUTRE.

Lorsque pour différentes raisons, en fonction également du mode de vie, le SULFUR idéal présent quelques signes sycotiques, et notamment lorsqu'il commence à grossir, à s'imbiber sur le plan du métabolisme de l'eau, il appelle ce sujet SULFUR GRAS. Et à l'inverse, si le sujet tend à maigrir, il l'appelle SULFUR MAIGRE.



EN CONCLUSION

 

            Voici donc esquissées à grands traits les grandes étapes des conceptions sur la biotypologie et les constitutions en homéopathie. Chaque auteur a tenté d'apporter son éclairage personnel en fonction des données scientifiques de son temps.

             Les dernières mises au point sont celles de Roland ZISSU. Cet auteur a publié une très longue étude en 4 volumes à partir de 1959 = "Matière médicale homéopathique constitutionnelle". C'est à la fois une synthèse détaillée des auteurs qui l'ont précédé et un apport de conceptions personnelles.

             Roland ZISSU garde les trois constitutions minérales de base, tout en reconnaissant que la réalité clinique comporte bien plus de biotypes mixtes que de biotypes purs. Pour lui, la constitution fluorique de NEBEL conserve une certaine autonomie,, parce qu'elle existe en clinique, mais elle se manifeste surtout dans des biotypes mixtes.

             Pour Roland ZISSU, chaque biotype présente deux réalités cliniques = un type en équilibre biologique et un ou plusieurs types de décompensation.

             Enfin, depuis une trentaine d'années, Roland ZISSU préfère que l'on remplace le terme de "constitution" par celui de "biotype" et, afin d'éviter toute confusion demande que l'on désigne chaque biotype par son élément physique sans faire référence à la matière médicale homéopathique. Ainsi, il préfère le terme "bréviligne" à celui de carbonique, "normoligne" à celui de "sulfurique", "longiligne" à celui de "phosphorique" et "dystrophique" à celui de "fluorique".

             Ainsi, la biotypologie reste ce qu'elle est = une science médicale autonome qui étude les différents types morphologiques humains. L'homéopathie reprend sa place de technique médicale reposant sur le principe de similitude.

             Surtout, Roland ZISSU demande que l'on cesse d'expliquer les différents biotypes par le rôle pathologique de toxines microbiennes, surtout celles que l'on avait envisagées en homéopathie et qui n'existent pas. "Les termes de toxines ou d'intoxinations doivent être remplacés par ceux de DIATHÈSES, lorsqu'ils caractérisent une des quatre diathèses homéopathiques (psore, tuberculinisme, sycose luétisme) pour la simple raison que le terme de toxine ne doit s'appliquer qu'aux toxines microbiennes, parasitaires ou autres…" (Préface à la 2° édition, 2° impression 1989 - Boiron).

             Encore plus près de notre époque actuelle, le terme de diathèse est moins utilisé. La révision et l'actualisation des conceptions homéopathiques ont été proposées par Michel  CONAN-MERIADEC qui préfère parler de modes réactionnels, l'homéopathie étant par essence une médecine réactionnelle.

 

Roland ZISSU

 

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Dernière modification : 13 novembre 2011